‹ Œuvres complètesChapitre 48 sur 196 · LIVRE II. 6q · texte numérisé non relu

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dix-huit ans, à trouver en lui un grand fonds de connaissances, et que mon petit magasin dût lui paraître un petit trésor.

Je présumai bien du succès de mon début , lorsque le soir, à Tlieure de la promenade, au lieu d'un Sulpicien j'en vis arriver deux. Ce fut là que le fruit de mes lectures de Clermont acquit une valeur réelle. J'avais dit que mon goût de prédilection était pour l'éloquence, et j'avais rapidement nommé ceux de nos orateurs chrétiens que j'admirais le plus. On me remit sur cette voie. Il fallut les analiser, marquer distinctement leurs divers caractères, citer de chacun les endroits qui m'avaient le plus frappé d'étonnement , ou rempli d'émotion , ou ravi par l'éclat et le charme de l'éloquence. Les deux hommes dont je parlai avec le plus d'enthousiasme furent Bourdaloue et Massillon; mais le temps me manqua pour me développer; ce ne fut que le lendemain que j'amplifiai leur éloge. J'avais tous leurs plans dans ma tète; les extraits que j'avais écrits de leurs sermons m'étaient présents; leurs exordes, leurs divisions, leurs plus beaux traits, jusqu'à leurs textes, me revenaient en foule. Ah! je puis dire que ce jour-là ma mémoire me servit bien; au lieu des deux Sulpiciens de la veille, j'en avais trois pour auditeurs, et tous les trois, après m'avoir écouté en silence, s'en allèrent comme étourdis.

Le reste de nos entretiens ( car ils ne me quit-

tcrnil plus aux heures de la iironienadc ) s'étendirent plus Aai:;iuiiuMil sur Us plus belles oraisons funèbres de Hossuel et de Fléehier, sur cpielcpies sermons de la Rue, sur le petit recueil de ceux de (Cheminais, rpie je savais presrpie par cœur. Ensuite je ne sais comment on parla des poètes. Je convins que j'en avais lu quelques-uns, et je nommai le grand Corneille. « Et le tendre Racine, me denjanda Tun des Sulpiciens, ravez-vous lu? — Oui, je m'en accuse, lui dis-je, mais Massillon l'avait lu avant moi , et c'est de lui qu'il avait appris a parler au cœur avec tant d'onction et de cliarme. Et pensez-vous, lui demandai-je, que Fénélon , l'auteur du Télémaque , n'eut pas lu et relu vingt fois dans l'Enéide les amours deDidon?»

A. propos de Virgile, on en vint aux livres classiques ; et ces messieurs , qui ne savaient pas combien, grâce à mon infortune, je devais être imbu de cette vieille latinité , furent surpris de voir comme j'en étais plein. Vous croyez bien que je me donnais tout le plaisir de la répandre. Je n'en tarissais point. Vers et prose coulaient de source, et j'avais encore Tair de nen pas citer davantage de peur de les en accabler.

Je finis par un étalage de ma fraîche érudition <le Sainl-Honet. T^es livres de Moïse et ceux de Salomon axaient déjà |>assé snr le tapis; j'en étais aux saints peies , lorscpiarriva le jour d'aller rerevoir la tonsure. Ce jour- là donc, après notre initiation à Télal ecclésiastique, nous allâmes.

conduits pai nos trois directeurs, rendre nos devoirs à l'évèque. Il nous reçut tous avec une é»ale bonté; mais, au moment que je me retirais avec mes camarades , il me fit rappeler. Le cœnr me tressaillit.

« ]\Ion enfant, me dit -il, vous ne m'êtes pas inconnu; votre mère vous a recommandé à moi. C'est une digne femme que votre mère, et j'en fais grand cas. Où vous proposez -vous d'aller achever vos études? » Je répondis que je n'avais encore aucun dessein pris là-dessus; que je venais d'avoir le malheur de perdre mon père ; que ma famille, nombreuse et pauvre, attendait tout (le moi, et que j'allais tâcher de voir quelle université pourrait me procurer, durant le cours de mes études, le moyen d'exister et d'aller au secours de ma mère et de nos enfants. « Et de vos enfants! reprit-il, attendri de cette expression. — Oui, monseigneur, je suis pour eux un second père, et, si je ne meurs à la peine, je me suis bien promis den remplir les devoirs. — Écoutez, me dit-il, j'ai pour ami l'archevêque de Bourges, l'un de nos plus dignes prélats; je puis vous adresser à lui, et, s'il veut bien, comme je l'espère, avoir égard à ma recommandation, vous n'aurez plus, pour vous et pour votre famille, qu'à mériter qu'il vous protège , en usant bien des dons que le Ciel vous a faits. » Je rendis grâces à mon évêque de ses bonnes intentions; mais je lui demandai le temps d'en instruire ma mère et de

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la consulter, in- (ioiil.ttit (»;is (pi cik- n'y lui .^t'ii- >il)lc aiil.iiif (|nc (»■ I tl:iis iiH»i-iU(iiK*.

Mon bon curé, de Cjui j'allai j)ien(lre congé, fut transporté de joie en apprenant ce qu'il aj)pciait un rouj) (\\\ Ciel en ma laveur. Qu'auraitil <lil , s'il axait pu pn-voir (pie cet ai-clicvèque de Bourges serait grand-aumônier, cardinal, ministre de la feuille des bénéfices, et que l'élo- (pieuicà iacjuellc j'avais dessein de me vouer, allait avoir sous ce ministère les occasions les plus intéressantes de se signaler à la cour? Il est certain que,j)our \\n jeune ecclésiastique qui, avec beaucoup d'ambition, aurait eu assez de talents, il s'ouvrait devant moi une belle carrière. Une vaine délicatesse, une plus vaine illusion mempéclia d'y entrer. J'ai eu lieu d'admirer plus d'une lois comment se noue et se dénoue la trame de nos destinées , et de combien de fils déliés et fragiles le tissu en est composé.

Arrivé à T.inars, j'écrivis à ma mère que je \enais de prendre la tonsure sous de favoraliles ausj)ices; cpie j'avais reçu de Tévèque les plus touillantes marques de bonté ; «pi'au plutôt j'irais len instruire. Le même jour je reçus d'elle un exprès avec une lettre presque effacée de ses l.n^mes. «Est-il vrai, me demandait-elle, que vous avez fait la folie de nous en<?ai2er dans la compac;nie du comte de Linars, frère du marquis, et capitaine au regmient d'Engliien? Si vous avez eu ce nialbcur, marquez-le moi; je vendrai tout

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le peu que jai pour dégager mon fils. O mou Dieu! est-ce bien là Je fils que vous m'aviez donné ! »

Jugez du désespoir où je tombai en lisant cette lettre. La mienne avait fait un détour pour arriver à Bort ; ma mère ne la recevrait que dans deux jours, et je la voyais désolée. Je lui écrivis bien vite que ce qu'on lui avait dit était un horrible mensonge : que cette coupable folie ne m'était jamais venue dans la pensée ; que j'avais le cœur déchiré du chagrin qu'elle en éprouvait ; que je lui demandais pardon d'en être la cause innocente ; mais qu'elle aurait dû me connaître assez pour ne pas croire à cette absurde calomnie, et que j'irais incessamment lui fiiire voir que ma conduite n'était ni celle d'un libertin, ni celle d'un jeune insensé. L'exprès repartit sur-lechamp ; mais tant que je pus compter les heures où ma mère n'était pas encore détrompée, je fus au supplice moi-même.

Il y avait, s'il m'en souvient, seize lieues de Linars à Bort, et, quoique j'eusse conjuré l'exprès d'aller toute la nuit, comment pouvais -je croire qu'il n'eût pas pris quelque repos ? Il me fut impossible d'en prendre aucun , et je n'avais cessé de baigner mon lit de mes larmes, en songeant à celles que ma mère versait pour moi, lorsque j'entendis dans la cour un bruit de chevaux. Je me lève. C'était le comte de Linars qui arrivait. Je ne me donnais pas le temps de m'habiller

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pour .''lier nn-(l('\ aiil de lui; iii;iis il ino |)i(''\ iul ; et, cil \<'ii;iiil ;i iixn cii lioiimie (K'-soU' : « \li ! iiionsitMii-, mr dil-il, roiiihicii va me rendre coiij);il)Ie à vos veux i iiiipiiidcnco d'un hadinage qni a mis la désolation dans %<)lie famille, e( dans le coMii' de votre mère inie doiilenr qne je n'ai on calmer ! Klle vous croit engagé avec moi. Elle est venue toute éploréc se jeter à mes pieds, et Mrolïiir, |)onr vous dégager, sa croix d'or, son anneau, sa l)onrse,et tout ce qu'elle avait au monde. J'ai eu beau l'assurer que cet engagement n'existait point, j'ai en beau le lui protester, elle a pris tout cela pour ini refus de le lui rendre. \À\e est encore dans les pleurs. Partez incessamment, allez la rassurer vous-même. — Eh! monsieur le comte, lui demandai-je, qui a pu donner lien à ce bruit funeste? — Moi, monsieur, me dit-il ; j'en suis au désespoir; je vous en demande pardon. Le besoin de lever d^ nouvelles recrues m'avait conduit dans votre ville. J'v ai trouvé f[uelques jeunes gens, vos camarades de collège, qui avaient envie de s'engager, mais qui délibéraient encore. J'ai vu que, pour les décider, il ne fallait que votre exemple. J'ai succombé à la tentation de leur dire qu'ils vous ain^aient pour camarade, qne je vous avais engagé, et le bruit s'en «'Si répaudu. — Ali! monsieur, m'écriai-je avec indignât ion,. se peut-iî qu'un pareil mensonge soit sorti de la bouche d'un honmie tel que vous! — Aceable/.-moi, me dil-il, je mérite les reproches les

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pins honteux; mais cette ruse, dont je n'ai pas senti la conséquence, m'a fait connaître lui naturel de mère comme je n'en ai jamais vu. \llez la consoler; elle a besoin de vous revoir. »

Le marquis de Linars, à qui son frère avoua sa faute et tout le mal qu'il m'avait fait, me <lonna un cheval, un guide, et le lendemain je partis; mais je partis avec la fièvre , car mon sang s'était allumé ; et sur le soir le redoublement me prit dans le moment où, par des chemins de traverse, mon guide m'avait égaré. Je frissonnais sur mon cheval, et la nuit allait me gagner dans une lieure. en rase campagne, lorsque je vis vni homme qui traversait mon chemin. Je l'appelai pour savoir où j'étais, et s'il y avait loin de là au A-illage où mon guide croyait aller, «^^ous en êtes à plus de trois lieues, me dit -il, et vous n'êtes pas sur la route. » Mais, en me répondant, il m'avait reconnu : c'était un garçon de ma ville. «Est-ce vous, me dit-il, en me nommant; et, par quel hasard vous trouvai-je à l'heure qu'il est dans ces bruyères ? Vous avez l'air malade! Où allezvous donc passer la nuit? — Et vous? lui demandai-je. — Moi, dit-il, je vais voir un oncle à moi, dans un village qui n'est pas loin d'ici. — Et votre oncle, ajoutai -je, voudrait-il bien me donner l'asyle dans sa maison jusqu'à demain? car j'ai grand besoin de repos. — Chez lui, me dit-il, vous serez mal logé; mais vous y serez bien reçu. » Je m'y laissai conduire, et j'y trouvai

<lii |);iiri v\ (lu l;iit pour iiioii i;iii(lc, <\\\ iuiii pour mon clicMil , cl pniir- moi im l)oii lil de paille iraîclie et de Teau panée |)our mon souper. Il ne m'en fallait j)as davantage, car jVtais dans l'accès, et il fut assez fort.

l.e leiidemam a mon réveil ( car j'avais d(jriiii (pieUpies heures) i'appiis que ce village était une paroisse, ('/était le jour de TAs-soniption, et, quoique bien malade, je voulus aller à la messe. Un jeune ahhé dans cette église était un objet d'attention. Le curé m'aperçut, et, après la messe, il me pria de venir dans la sacristie. «Est-il possible, me dit-il, après avoir appris mon aventure, que, dans un village où je suis, un ecclésiasticjue ait couché sur la paille?» Il me mena chez lui; et jamais l'hospitalité ne fut plus cordialement i}i plus noblement exercée. J'étais atfaibli j)ar la diète et la fatigue du voyage; il voulut me fortifier; et, persuadé que ma fièvre n'était que dans le sang , et non dans les himieurs, il prétendit qu'un ch\le abondant , frais et doux, en serait le remède. Il ne se trompait point. Il me fit dîner avec lui. Jamais je n'ai mangé une si excellente soupe. Sa nièce l'avait faite .sa nièce, à dix -huit ans, ressemblait à ces viergesdu Corrége ou de Raphaël. Je n'ai jamais vu dans le regard plus de douceur ni plus de charmes. Elle fui ma gaide-malade tandis que le curé disait les vêpres à l'église ; et , tout malade cpie l'étais, je ne fus pas insensible à ses soins, c Mon oncle, me dit-elle, ne veut pas vous laiîjser par-

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tir dans l'état où vous êtes. Il y a, dit -il, six grandes lieues d'ici à Bort. Il veut, avant de vous mettre en chemin , que vous ayez repris des forces. Et pourquoi vous presser? N'êtes -vous pas bien avec nous? Vous aurez un bon lit; je le ferai moi-même. Je vous porterai vos bouillons, ou, si vous l'aimez mieux, du lait écumant d'une chèvre que je trais de ma main; vous nous arrivez pâle, et nous voulons absolument vous renvoyer couleur de rose. — Ah! lui dis -je, mademoiselle, il me serait bien doux d'attendre près de vous la santé! mais si vous saviez à quel point ma mère est en peine de moi ! combien elle est impatiente de me revoir! et combien je dois être impatient moi-même de me retrouver dans ses bras ! — Plus vous l'aimez, et plus elle vous aime, plus vous devez, me dit-elle, lui épargner la douleur de vous revoir dans cet état. Une sœur a plus de courage; et moi je suis ici comme une sœur pour vous. — On le croirait, lui dis- je, à ce tendre intérêt que vous voulez bien prendre à moi. — Assurément, dit -elle, vous nous intéressez; et cela est bien naturel , mon oncle et moi nous avons lame compatissante pour tout le monde ; mais nous ne voyons pas souvent des malades faits comme vous. » Le curé revint de l'église. Il exigea de moi de renvoyer mon cheval et mon guide , et voulut prendre sur lui le soin de me faire mener chez moi.

Dans une situation tranquille , je me serais

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Iroiivc l'iicliaiik- tlaiis ce j)rcsb> lère , côiiimc RciiMiid dans le [);tlais d Vrmide; car ma iiaïvc MarceUiiie ('lait iiiie Aiiiiidc- poiii- moi; et plus elle était iiiiioeeiile, plus je la troiixais daiie^ereiise. ■Niais, tjiM^iqiie ma mère dût être délr()ni})éc palmes deux lettres, rieu ne m'aurait retenu loin d'elle au-delà du joui- (ui l'accès de ma fièvre avant été j^liis laible, et me sentant lui peu remis j)ar deux nuits d'assez bon sommeU, je pus remonter à cheval.

Ma sœur ( c'était le nom que Marcelline s'était doimé, et que je lui donnais moi-même lorsque nous étions téte-à-lète) ne me vit pas au moment de partir sans un saisissement de cœur qu'elle ne [)iit dissimuler. « Adieu , monsieur l'abbé , me tlit-elle devant son oncle ; prenez .soin de votre santé; ne nous oubliez pas, et embrassez bien tendrement pour moi madame votre mère; dites- Ini cpie je l'aime bien.» A ces mots ses yeux se mouillèrent ; et , comme elle se retirait pour nous cacher ses pleurs : «Vous voyez , me dit le curé , ce nom de mère l'attendrit ; c'est qu'il n'y a pas longtemps (juClle a perdu la sienne. Adieu , monsieur, je vous dis comme elle, ne nous oubliez pas, nous parlerons souvent de vous.))

Je tron\ai ma niere pleinement rassurée sur ma conduite; mais en me voyant l'ile lut alarmée siu* ma santé. Je calmai ses iiujuiétudes, et en effet je me sentais bien mieux, grâce au régime auquel le curé nravait nus. Mous lui écrivîmes l'un et

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Tautre pour le remercier de ses bontés iiospilalières; et, en lui renvoyant sa jument, sur laquelle j'étais venu, nous accompagnâmes nos lettres de quelques modestes présents, parmi lesquels ma mère glissa pour Marcelline luie parure simple et de peu de valeur, mais élégante et de bon goût. Après quoi, ma santé se rétablissant à vuc- (rœil , nous ne fûmes plus l'un et Tautre occupés que de mes affaires.

La protection de l'évêque , sa recommandation , la perspective qu'elle m'offrait, parurent à ma mère tout ce qu'il y avait de plus heureux pour moi; et je pensais alors comme elle. Mon étoile ( et je dis à-présent), mon heureuse étoile me fit changer d'opinion. Cet incident m'oblige encore à revenir sur le passé.

J'ai lieu de croire que, depuis l'examen du préfet de Clermont, les Jésuites avaient jeté les yeux sur moi. Deux de mes condisciples, et des plus distingués, étaient déjà pris dans leurs filets. Il était possible qu'on voulût m'y attirer; et un fait assez curieux, dont j'ai gardé la souvenance, me persuade au moins qu'on y avait pensé.

Dans le peu de loisirs cpie j'avais à Clermont je m'étais fait un amusement du dessin; et, comme j'en avais le goût , l'on m'en supposait le talent. J'avais l'œil juste et la main sûre ; il n'en fallait pas davantage pour l'objet qui me fit un jour appeler auprès du recteur. «Mon enfant, me dit-il, je sais que vous vous amusez à des-

siiur I arc lillorhire; el jr nous ai choisi poin- me loNtT lin |>laii : (■ <'sl celui de iiolie collège; examinez l>ien lédilice; et, aj)rès en avenir exactement tracé IVnceinle, figurez-en réiévation. Apportez-v le plus i:;ran(l S(Mn,car votre ouvracie sera mis sous les yeux du roi. »

Tout fier de celte commission , j'allai m'en acquitter, et j'y mis, comme Ton peut croire, l'attenlionla j)Ius scruj)uleusc;mais, pour avoir voulu trop bien faire, je lis tres-mal. f/iuie des ailes du bâtiment avait un étage, et l'autre aile n'en avait point. Je trouvai cette inégalité choquante, et je la corrigeai en élevant une aile comme l'autre. «Eh! mon enfant, (ju'avez-vous fait? me dit le recteur. — J'ai rendu, lui di.s-je, mon père,rédifice réguher. — Et c'est précisément ce qu'il ne fallait pas. Ce plan est destiné à montrer le contraire, d'abord au père confesseur, et, par sou entremise, au ministre et au roi lui-même. Car il s'agit (rol)tenir des fonds pour élever l'étage qui manque à l'une des deux ailes, w Je m en allai bien vite corriger ma bévue ; et , quand le recteur fut coulent : «Voulez-vous bien, mon père, me permetlic, lui dis-je, une observation? Ce collège qu'on ^ielll de vous bâtir est beau , mais il n'y a point tl'église. Vous y dites la messe dans une salle basse. Jvst-ce (\\\c dans le plan on aurait oublié l'église?» Le Jésuite sourit de ma naïveté. « Votre observation , me dit-il , est très-juste; mais vous avez dû remarquer aussi que nous n'avons

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