LIVRE I I. q
veuve, et un père à cinq orphelins! Homme cruel, impitoyable, et avec quelle douceur traîtresse il me flat t3it ! C'est-là , dit-on, leur génie et leur caractère. Mais vous, mon fils, vous qui jamais n'aviez eu de secret pour moi , vous me trompiez aussi ! Il vous a donc appris la dissimulation? Et votre coup dVssai a été de me tendre un piège ! Ce noble et généreux motif de refuser les secours d'un évèque n'était qu'un vain prétexte pour me donner le change et me déguiser vos desseins! Non, rien de tout cela ne peut venir de vous : j'aime mieux croire à un prestige qui vous a fasciné l'esprit. Je ne veux point cesser tl'estimer et d'aimer mon fils ; ce sont deux sentiments auxquels je tiens plus qu'à la vie. Mon fils s'est enivré d'ambitieuses espérances. Il a cru se sacrifier pour moi, pour mes enfants. Sa jeune tète a été faible, mais son cdèur sera toujours bon. Il ne lira point cette lettre, baignée des larmes de sa mère, sans détester les conseils perfides qui l'ont un moment égaré. »
Ah ! ma mère avait bien raison : il me fut impossible d'achever de lire sa lettre sans être suffoqué de pleurs et de sanglots. Dès ce moment l'idée de me faire jésuite fut chassée de mon esprit, et je me hâtai d'aller dire au provincial que j'y renonçais. Sans désapprouver mon respect pour l'autorité de ma mère, il voulut bien me témoigner quelque regret qui m'était personnel, et il me dit que la compagnie me saurait tou-
jours gré de mes boums iiikiitions. En efTct, je tioiiNai les régents du collège favorablement (Usposés à nie donner, Ci^mnie à Clermônt , des écoliers de tontes classes; mais alors mon ambition était d'avoir une école de piiiiosopiiie. Ce fut de quoi je m'occupai.
IMon âge était toujours le premier obstacle à mes vues. En commençant mes grades par la pliilosophie, je me croyais au moins capable d'en enseigner les éléments ; mais presque aucmi de mes écoliers ne serait moins jeune que moi. Sur cette grande difficulté, je considtai un vieux répétiteur appelé Morin, le plus renonnné dans les collèges. 11 causa long -temps avec moi; et me trouva suffisamment instruit. Mais le njoyen que de grands garçons voulussent être à mon école ! Cependant il lui \ini luie idée qui fixa son attention. « Cela serait plaisan!^', dit-il en riant dans sa barbe. N'importe, je verrai : cela peut réussir. » Je fus curieux de savoir quelle était cette idée. « Les Bernardins ont ici, me dit -il, une espèce de séminaire où ils envoient de tous côtés leurs jeunes gens faire leurs cours. Ec professeur de phil(>so|)bie qu'ils attendaient ^ient de tomber malade, et, pour le suppléer jusqu'à son arrivée, ils se sont adressés à moi. Comme je suis trop occupé ])oiu' ("'Ire ce suppléant, ils ruCn deniandent lui, et je m'en vais vous projiiiscr. »
On m'accepta sur sa paiole. Mais, lois(|u'il m'amena le iendenuiin, je vis distinctement reflet