LIVRE II. Io
iluisants pour moi, ne prenaient pourtant rien sur mes occupations réelles. Je donnais aux vers des moments de promenade et de loisir; mais en même temps je vaquais assidûment à mes études et à celles de mon école. Dès ma seconde année de philosophie, n'ayant pu engager mon professeur jésuite à nous enseigner la physique newtonienne , je pris mon parti d'aller l'étudier à l'école des Doctrinaires. Leur collège, appelé l'Esquile, avait pour professeurs de philosophie deux hommes de mérite ; mais l'un des deux , et c'était le mien, avec de l'instruction et de l'esprit , penchait trop , ou par caractère , ou par faiblesse de complexion , vers l'indolence et le repos. Il trouva commode d'avoir en moi un disciple qui, ayant déjà fait sa philosophie, pût, de temps en temps, lui épargner la fatigue et l'ennui du travail de la classe.
« Montez , me disait-il , montez sur le pupitre et rendez-leur facile ce que vous saisissez vousmême si facilement. » Cet éloge me payait bien des peines que je me donnais; car il me valait la confiance des écoliers , et il fit souhaiter aux pensionnaires du collège de m'avoir pour répétiteur, excellente et solide aubaine.
Pour complaire à mon professeur, il fallut consentir, quoiqu'un peu malgré moi, à soutenir des thèses générales. Il attachait une grande importance à me compter au nombre de ceux de ses disciples qu'il allait produire en public , et ,
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comme il était membre de 1 Académie des sciences de Toulouse, il voulut (\\\v ce fùl à celte compagnie que ma thèse f Vit dédiée ; spectacle assez nouveau et assez frappant, disait -il, cpi'une thèse ainsi présidée. C.e fut par-là qu'il voulut terminer sa carrière philosophique ; et il imagina d'ajouter à la pompe de ce spectacle un coup de théâtre honorable pour moi, mais dont je fus étonné moi-même. Il n'y réussit que trop bien; et mon étonnement fut tel, qu'il manqua de me rendre fou ou imbécille pour la vie.
Dans ces exercices publics, il était d'usage constant que le professeur fût dans sa chaire, et son écolier devant lui, sur ce qu'on appelle un pupitre , espèce de tribune inférieure à la chaire. Quand tout le monde fut en place, et que l'illustre Académie fut rangée devant la chaire, on m'avertit , et je parus. Vous pensez bien que j'avais préparé un compliment pour l'Académie , et dans cette petite harangue , j'avais mis tout le peu que j'avais d'art et de talent. Je la savais par cœur , je l'avais vingt fois récitée sans aucune hésitation, et, pour le coup, j'étais si sûr de ma mémoire que j'avais négligé de me pourvoir du manuscrit. Je parais donc, et, au lieu de trouver mon professeur en chaire, je l'aperçois au rang des académiciens. Je lui fais respectueusement .signe de venir se mettre à sa place. « Montez , monsieiu', me dit-il tout haut avec son air d'indolence et de sécurité, montez sur le pupitre ou