‹ Œuvres complètesChapitre 56 sur 196 · LIVRE II. TO · texte numérisé non relu

LIVRE II. TO

dans la chaire, tout comme il vous plaira; vous n'avez pas besoin de moi. » Ce magnifique témoignage excita dans l'assemblée lui murmure de surprise, et je crois d'approbation; mais son effet sur moi fut de glacer mes sens et de me troubler le cerveau. Saisi , tremblant , je monte les degrés du pupitre, et je m'y agenouille, selon l'usage , comme pour implorer les lumières du Saint-Esprit; mais, lorsqu'avant de me lever, je veux me rappeler le début de mon compliment , je ne m'en souviens plus, et le bout du fd m'en échappe; je veux le chercher dans ma tète , je n'y vois qu'un épais brouillard. Je fais des efforts incroyables pour retrouver au moins le premier mot de mon discours; pas un mot, et pas une idée ne me revient. Dans cet état d'angoisse , je suis plusieurs minutes à suer sang et eau , et tout près de me rompre les veines et les nerfs de la tête par l'effroyable contention où ce long travail les avait mis, lorsque tout- à -coup, et comme par miracle , le nuage qui enveloppait mes esprits se dissipe; ma tête se dégage, mes idées renaissent , je ressaisis le fil de mon discours , et bien fatigué , mais tranquille et rassuré , je le prononce. Je ne parle pas du succès qu'il eut ; il est rare que les louanges soient mal reçues. J'avais assaisonné celles-ci de mon mieux. Je ne me vante pas ncn plus de la faveur qui me soutint dans tout cet exercice. En me faisant passer par les plus Ijelîes questions de la physique, ceux des

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aciidrniicions qui daii^ncrciif me |)rov(^fjiicr ne s'occiij)èrent (jiic du soin de lairc briller mes réponses, lis en af^ircnt en vrais Mécènes, pleins d'indnlgence et de honte. Mais ce qn'il y eut de plus i'(iiiai(pial)lc, de pins touchant pour moi, ce lut le nohle procédé du professeur jésuite que j'avais trop légèrement quitté pour passer à l'Esquile, et qui, dans ce moment, vint me faire sentir mon tort; il m'argumenta le dernier sur le système de la gravitation , et , avec Tair de m'attaquer tle vive force , il me ménagea les moyens les plus avantageux de me développer. Heureusement, (lans mes réponses, je sus lui faire entendre qu'à sa manière de me combattre, on reconnaissait la sujiériorité du maître qui exerce les forces de son disciple, mais qui ne veut pas l'accabler. Quand je descendis du pupitre , le président de l'Académie , en me félicitant , me dit cjuelle ne pouvait mieux me marquer sa satislaction, qu'en m'oflraut une place d adjoint qui vaquait dans la compagnie. Je l'acceptai avec une humble reconnaissance, et, au bruit de ra[)probation publique, je reçus le prix du combat.

Mais ce qu'avaient de solide pour moi ces succès de jeunesse, c'était le nombre d'écoliers qui venaient grossir mon école et contribuer aux secours que je faisais passer à Bort. Assez riche de mon travail pour soutenir dans ses études celui de mes frères qui venait après moi.

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