LIVRE 11. TO
je kii tendis la main et je l'appelai à Toulouse. Il avait quatorze ans et il ne savait pas un mot de latin; mais il avait la conception très -vive, la mémoire excellente, et un désir passionné de profiter de mes leçons. Je lui simplifiai les règles , je lui abrégeai la méthode ; dans six mois il n'y eut plus pour lui de difficultés de syntaxe ; et encore un an bien employé le mit en état d'aller seul et sans maître : c'était là son ambition, car il me voyait accablé de travail, et il se sentait soulagé de la peine cpi'il m'épargnait. Le pauvre enfant! son sentiment pour moi n'était pas seulement de l'amitié, c'était du culte. Le nom de frère avait dans sa bouche un caractère de sainteté. Il me témoigna le désir d'être homme d'église, et j'en fus bien aise; car ce désir en moi commençait à se refroidir pour plus d'une raison, et singulièrement , par les difficultés épineuses et rebutantes dont on voulut semer ma route.
Le collège de Sainte -Catherine où j'avais une place, avait pour inspecteur et surveillant spirituel un promoteur de l'archevêque appelé Goutelongue, homme intrigant, rogue et hardi, on disait même un peu fripon, lequel voulait mener à son gré le* collège, et disposer des places ' en y faisant nommer qui bon lui semblerait. Sa qualité de promoteur, l'autorité de l'archevêque qu'il faisait sonner, le crédit qu'il se vantait d'avoir auprès de monseigneur, intimidant les uns et amorçant les autres, il s'était fait,