L I V R E I I. III
n eut Aucune peine à m'engager clans son parti. Dès ce moment je fus noté sur les tablettes du promoteur; mais bientôt, par un trait qui m'était personnel , j'y fus encore mieux signalé. Il y eut dans le collège une place vacante. Les deux partis se balançaient, et, en cas de partage, c'était à l'archevêque à décider l'élection. Notre parti consulta ses forces, et il se croyait sur de l'emporter, mais d'une seule voix. Or, la veille de l'élection, cette voix nous fut enlevée. L'un de nos camarades, honnête et bon jeune homme, mais timide, avait disparu; nous apprîmes que, dans un village à trois lieues de Toulouse, il avait un oncle curé, et que cet oncle était venu le prendre et l'avait emmené chez lui passer les fêtes de Noël. Nous ne doutâmes point que ce ne fut une manoeuvre de Goutelongue. On sut quel était le village , et la route en était connue ; mais il était nuit sombre ; il tombait une pluie mêlée de neige et de verglas, et il y avait de la folie à crohe que, par ce temps-là, le curé consentît à laisser partir son neveu, sur-tout l'ayant emmené lui-même par égard pour le promoteur. « N'importe, dis-je tout-à-coup, je me fais fort d'aller le prendre et de vous l'apporter en croupe. Que l'on me donne un bon cheval. » J'en eus un dans l'instant, et, affublé du long manteau de Pujalou, j'arrivai en deux heures à la porte du presbytère, au moment où le curé, son neveu, sa servante allaient se coucher. Mon camarade, en
me voyant dcsceudir de elieval, vmt à moi, et en l'embrassa lit :« Du courai^c, lui dis-je, ou tu es déshonoré. » Le curé, à qui je m'anuoiual comme étant du collège de Saintc-C^atherine, me demanda ce qui m'amenait. «Je viens, lui dis-je, au nom de Jésus -Christ, le père universel des pauvres, vous conjurer de n'être pas complice de l'exspoliateur des pauvres, de cet homme injuste et cruel qui leur dérobe leur substance j)()nr la prodiguer à son gré. j> Alors je lui développai les intrigues de Goutelongue pour usurper sur nous le droit de nommer à nos places et les donner à la faveur. « Demain, lui dis-je, nous avons à élire ou un écolier qu'il protège et qui n'a pas besoin de la place vacante, ou un pauvre écolier qui la mérite et qui l'attend. Auquel des deux voulezvous qu'elle tombe?» Il répondit que le choix ne serait pas douteux s'il dépendait de lui. « Et il dépend de vous, lui dis-je : il ne manque au parti du pauvre qu'une voix; cette voix lui était assurée, et, à la sollicitation, aux instances de Goutelongue, vous êtes venu la lui ôter. Rendezla-lui, rendez-lui son pain que vous lui avez arraché. » Interdit et confus, il répondit encore que son neveu élail libre, qu'il lavait amené pour passer avec lui les fêtes, et qu'il ne l'avait point forcé. « S'il est libre, qu'd vienne avec moi, répliquai-je; qu'il vienne remplir son devoir, qu'il vienne sauver son honneur; car son honneur est perdu, si l'on croit qu'il est vendu à Goutelon-