‹ Œuvres complètesChapitre 6 sur 196 · DE M A R IM O N T E L. XIII · texte numérisé non relu

DE M A R IM O N T E L. XIII

selon la mesure de ses talents , on ne saurait lire et entendre, je ne dis pas sans indignation, parce que le mépris lempéche de naître, mais sans dégoût, ces injures grossières qui n'avilissent que ceux qui les profèrent, et ces déclamations vagues dont l'effet véritable n'est autre que de détourner l'esprit humain de la recherche de la vérité, ou de retarder sa marche vers ce noble but. Si quelques philosophes ont enseigné quelques erreurs, le plus souvent métaphysiques et spéculatives, et par- là nécessairement étrangères à la multitude, combattez-les dans des ouvrages que le peuple ne lira pas plus que les leurs; mais reconnaissez dans l'ensemble de leurs travaux, dans le but qu'ils se sont proposé, dans le mouvement qu'ils ont imprimé à leur siècle, un des plus grands bienfaits qu'ait jamais reçu le genre humain.

En composant pour XEncjdopédie les articles de littérature, Marmontel commença vers le même temps à donner au Mercure des Contes moraux, genre qu'il a créé, car les premiers de ses Contes datent de plus tle quarante ans, et il en a produit un assez grand nombre pour qu'on puisse en former dans l'Iiistoire de la littérature une classe à part.

Jl ne faut, pour en reconnaître le mérite, qu'ob-

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server la multiludc (Vimilations qu'on en a faites, et de pièces de théâtre qu'on en a tirées plus ou moins heureusement, sans que, dans ce dernier cas, ce soit hi faute du Conte auquel l'auteur n'a pas été obligé de donner toujours un caractère dramatique.

Ce qenre a son mérite et ses difficultés. On ne peut pas mettre le conte moral à coté du grand roman qui peint la naissance, les progrès, les effets des passions, et qui, presque à l'égal de la tragédie, remplit à son gré notre ame de sejitiments doux ou terribles.

Il est plus difficile, sans doute, de faire agir un grand nombre de personnages et de caractères différents, d'inventer beaucoup de situations intéressantes en les subordonnant à un plan régulier, d'élever devant soi de grands obstacles et de les surmonter heureusement; mais il n'est pas aisé non plus d'imaginer une fiction de peu d'étendue, de la bien conduire sans le secours du merveilleux, et par une suite d'événements pris dans la vie commune, de faire naître l'intérêt en un petit nombre de pages; et ces diflicultés, Marmontel les a toutes vaincues.

Un mérite non moins recommandable de cet agréable ouvrage, est la moralité dont il est empreint; non celle qui se fait rennemie des doux

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