‹ Œuvres complètesChapitre 69 sur 196 · LIVRE II I · texte numérisé non relu

LIVRE II I

ordre, nulle conduite. Il a été riche et il s'est ruiné; mais il n'en est pas moins prodigue. Dans ce moment il est dans la peine; je vais l'en tirer si je puis; car il faut bien aider ses amis au besoin. »

Arrivé à l'hôtel où il disait avoir affaire , il descendit de sa voiture, et le moment d'après il revint avec de l'humeur et murmurant tout bas. Je le vis hérissé, je lui en demandai la cause. « Mon ami , me dit-il , vous êtes jeune et nouveau dans le monde ; prenez bien garde à qui vous vous fierez; car il y a bien peu de gens sûrs! Celuici, par exemple, un homme à qui j'aurais confié ma fortune, le marquis de Montgaillard... — Je le connais. Qu'a- 1 -il donc fait qui vous anime contre lui? — Hier au soir (mais je vous confie ceci sous le secret : n'en parlez à personne; je ne veux pas le perdre), hier au soir, dans une maison où l'on jouait, il eut la rage de se mettre au jeu. Moi qui ne joue jamais, je voulus l'en dissuader. Il ne m'écouta point: il ponte, il perd; il double, il redouble son jeu, il perd tout son argent. Il vient à moi, et me conjure de lui prêter ce que j'en ai. Je n'avais que douze louis, et j'avais donné ma parole à ce bon Favier de les lui apporter ce matin pour payer une dette urgente. J'expose à Montgaillard le besoin que j'en ai, sans lui dire pour quel usage. Il me promet, parole d'honneur, de me les rendre ce matin. Je les lui donne : il les joue, il les perd; et, quand

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je crois venir les toucher, mou homme est sorti ou il se fait celer, et ce pauvre Favier, qui les attend, va croire que je lui manque de parole, moi (|iii non ai manqué de ma vie à personne! \h' je suis indigné. El n ai-jc pas raison de l'étie.* Vous, monsieur, qui vous connaissez en procédés, dites-moi, n'ai-je pas raison? — Monsieur le chevalier, lui dis-je, il y a trois jours que votre lettre de change est partie. Je vous en suis donc redevable dès-à-présent, et je vais m'acquitter. — Eh! non, me dit-il, non; j'emprunterai plutôt. — assurément, lui dis-jc, c'est ce que je ne souffrirai pas. Cet argent dans mes mains resterait inutile, et, puisqu'il vous est nécessaire, il est à vous. Trouvez bon, s'il vous plaît, que sur l'heure il vous soit remis. » Il fit la plus belle défense ; mais de mon côté je m'obstinai si fort, qu'il fallut me céder et recevoir mes cent écus.

Quelques jours après, ime lettre du supérieui* du séminaire fut pour moi un coup de massue. Dans celle lettre, il me reprochait de m'ètre moqué de lui en lui envoyant un chiffon. L'homme sur qui votre aventurier a eu l'impudence de tirer une lettre -de -chancre, m'écrivait- il, ne lui doit rien. Je l'ai fait protester et je vous la renvoie. Juge/ d(> ma fureur. C'était à mes yeux un grand crime que de m'avoir escamoté mes pauvres cent écus; mais une trahison bien plus horrible «lail de n)'avoir fait passer, sinon pour ini mal- Ikhiik'Ic honmie, du moins pour un homme lé-

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