‹ Œuvres complètesChapitre 75 sur 196 · I-j/j MÉMOIRES · texte numérisé non relu

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c)icz lui; il n'y avait, (lisait-elle, qu'un seul moyen lie l'a|)[)aiser, et ce moyen dépendait de moi; mais elle eût mieux aimé mourir que de me Tin- <liquer; c'était à mou amour pour elle à me l'apprendre. Je l'eulendais très-bien; mais l'amour, qui, près d'elle, me faisait oublier le monde, ne me faisait pas m'oublier moi-même. Je l'adorais comme maîtresse , mais je n'en voulais point pour femme. J'écrivis à M. Navarre , en lui faisant l'éloge de sa fdle , et en lui témoignant pour elle ^ l'estime la plus pure, la plus innocente amitié. Je n'allai pas plus loin. Le bon homme me répondit que, si j'avais sur elle des vues légitimes (comme elle apparemment le lui faisait entendre), il n'était point de sacrifice qu'il ne fût disposé à faire pour notre bonheur. Je répliquai, en appuyant sur l'estime , sur l'amitié , sur les louanges de sa fille; je glissai sur le reste. J'ai lieu de croire qu'elle en fut mécontente; et, soit pour se venger du refus de sa main , soit pour connaître quel serait, dans un excès de jalousie, le caractère de mon amour, elle choisit, pour me percer le cœur, le trait le plus aigu et le plus déchirant. Dans un de ces moments où je devais la croire toute occupée de moi seul, comme j'étais occupé d'elle , le nom de mon rival , de ce rival jaloux dont elle m'avait menacé, fut celui qu'elle prononc a. J'entendis de sa bouche : ^df/i! mon cher Bctisj! Figiuez-vous, s'il est possible, de (piel transport je fus saisi; je sortis éperdu.

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et, à grands cris, appelant ses valets, je demandai des chevaux de poste; mais à peine m'étaisje enfermé dans ma chambre pour me préparer à partir , elle accourut échevelée , et , frappant à ma porte avec des cris perçants et une violence effroyable , elle me força de lui ouvrir. Certes , si elle ne voulait voir en moi qu'un malheureux hors de lui-même, elle dut triompher; mais, effrayée de l'état où elle m'avait mis, je la vis, à son tour, désolée et désespérée, se jeter à mes pieds, et me demander grâce pour une erreur dont , disait-elle , sa langue seule était coupable , et à laquelle ni sa pensée , ni son cœur, n'avaient consenti. Que celte scène fût jouée , c'est ce qui paraît incroyable, et alors j'étais loin moi-même d'y penser; mais, plus j'ai réfléchi depuis à l'inconcevable singularité de ce caractère romanesque, plus j'ai trouvé possible qu'elle eût voulu me voir dans cette situation nouvelle, et que, touchée après de la violence de ma douleur, elle eut voulu la modérer. Au moins est -il vrai que jamais je ne la vis si sensible et si belle que dans cet horrible moment. Aussi , après avoir été assez long-temps inexorable, me laissai-je à la fin persuader et fléchir; mais, peu de jours après, son père l'ayant rappelée à Bruxelles, il fallut nous quitter. Nos adieux furent des serments de nous aimer toujours; et, avec l'espérance de la revoir bientôt, m'étant séparé d'elle, je revins à Paris, La cause de mon évasion n'était plus un mys-

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