‹ Œuvres complètesChapitre 8 sur 196 · DE M A R M O N T E L. XIX · texte numérisé non relu

DE M A R M O N T E L. XIX

Quoique la littérature soit ici notre objet principal, je ne dois pas oublier que Marmontel fit aussi du Mercure tout ce qu'il devait être pour les sciences et les arts, en mettant à contribution toutes les académies de France et tous les hommes instruits qui s'empressèrent de concourir au succès d'un ouvrage devenu le patrimoine des hommes de lettres.

Malheureusement pour les lettres et pour celui qui les servait si bien , à peine quelques années s'étaient écoulées que le Mercure lui fut oté à la suite d'un événement qui doit trouver sa place dans son éloge, parce qu'il a été pour lui l'occasion d'une action dont on peut le louer autant que de son meilleur ouvrage.

Je dirai donc ici que Marmontel, accusé faussement d'avoir fait une satire contre un homme de la cour , après avoir été mis à la Bastille malgré ses dénégations, pressé de nommer l'auleur sous peine de perdre le Meicure^ c'est-àdire quinze à dix -huit mille livres de rente, garda le secret de sa société; car ce n'était pas celui d'un ami. Ce n'est là sans doute qu'un devoir rempli; mais, pour le remplir, il faut un courage et un désintéressement peu communs , qu'on peut louer en tout temps, et qu'on ne doit pas omettre de louer dans celui-ci.

XX É L o r, I

La perte du Mercure ne découragea pas Marmontel ; et, recouranl aux ressources que lui fournissait son talent, il donna bientôt deux ouvragées qui ont beaucoup contribué à étendre sa réputation littéraire, Bélisaire et les Incas.

I.e premier est la morale des rois, mise dans la bouche d'un homme d'Etat, à qui ses services, son expérience, son âge, donnent une grande autorité. Elle est par-tout élevée et noble jusqu'à la magnanimité; mais celui qui donne ces leçons ne néglige pas de tracer d'une main ferme la morale et les devoirs des peuples.

Bélisaire eut dès l'abord un assez grand succès; mais la Sorbonne et le clergé s'étant alarmés de la doctrine de l'auteur sur la tolérance des cultes établie dans son quinzième chapitre, et le menaçant d'une censure, l'ouvrage fut recherché avec encore plus d'empressement; on en fit en peu de temps plusieurs éditions. Il attira à JMarmontel des lettres flatteuses de plusieurs souverains, et fut traduit bientôt dans presque toutes les langues de l'Europe.

La question agitée dans ce quinzième chapitre n'était pas oiseuse.

Depuis plus d'un siècle la saine philosophie avait commencé à combattre cette doctrine fausse et funeste, qui doime aux souverains le droit

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