‹ Œuvres complètesChapitre 86 sur 196 · LIVRE IV. 9 9.r · texte numérisé non relu

LIVRE IV. 9 9.r

et aussi méprisable queux. Dès mes premiers succès, je m'en vis assailli comme par un essaim lie guêpes; et, depuis Fréron jusqu'à l'abbé Aubert , il n'y a pas un de ces vils écrivains qui ne se soit vengé de mes mépris par son déchaînement contre tous mes ouvrages.

Telles étaient les dispositions d'une partie du public , lorsque je mis au jour la tragédie des Héraclides. C'était la plus faiblement écrite de mes pièces de théâtre, mais la plus pathétique; et, aux répétitions, je ne puis exprimer l'impression qu'elle avait faite. Mademoiselle Duménil y jouait le rôle de Déjanire ; mademoiselle Clairon , celui d'Olimpie; et dans leurs scènes, l'expression de l'amour et de la douleur de la mère était si déchirante, que celle qui jouait la fille en était pénétrée au point de ne pouvoir parler. L'auditoire fondait en larmes. M. de la Poplinière, ainsi que tous les assistants , me répondaient d'un plein succès.

J'ai fait entendre ailleurs (i) par quel événement tout l'effet de ce pathétique fut détruit à la première représentation. Mais, ce que je n'ai pas voulu expliquer dans une préface, je puis le dire clairement dans des mémoires particuliers. ÎMademoiselle Duménil aimait le vin ; elle avait coutume d'en boire un gobelet dans les entractes, mais assez trempé d'eau pour ne pas l'enivrer. Malheureusement, ce jour-là, son laquais le lui

fi) Foyez la préface du théâtre.

UV.JS M I M O I R 1. S.

vcisa pur, à son insu. Dans le premier aele, elle vciiail (iètrc siil)lime et applaudie a\ec transport. Toute bouillanle encore, elle avala ce vin , et il lui porta à la tète. Dans cet état d'ivresse et d'étourdisseinent, elle joua le reste de son rôle, ou ])lulot le balbutia d'un air si égaré, si hors de sens, que le palliéti(}ue en devint risible; et l'on sait que, lorscpTunc fois le parterre commence à prendre le sérieux en raillerie, rien ne le touche plus, et en froid parodiste, il ne cherche qu'à s'égayer.

Comme on ne savait pas dans le public ce qui ctait arrivé dans la coidisse, on ne manqua point d'attribuer au rôle l'extravagance de l'actrice; et le bruit de Paris fut que le ton de ma pièce était d'une familiarité si folle et si plaisante qu'on en avait ri aux éclats.

Quoique mademoiselle Duménil ne m'aimât point, comme elle s'attribuait au moins une partie de ma disgrâce, elle crut devoir faire ses efforts pour la réparer. On redonna , malgré moi , la pièce; elle fut jouée, par les deux actrices, aussi bien qu'il était possil)le; le peu de monde qui la voyait y répandait de douces larmes; mais la prévention contraire une fois établie , le coup était porté. Elle ne s'en releva point, et, à la sixième représentation, je voulus qu'on l'interrompît.

Mes enfants auront lu le récit que j'ai fait ailleurs (i) de la fête tpii m'attendait à Passy le

''i) Voyez la préface du ihéàUe.

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