‹ Œuvres complètesChapitre 88 sur 196 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

pièce; elle voulut la lire lorsqu'elle fut finie, et, avec assez de justesse, elle y fit quelques critiques de détail, mais reusemble lui parut bien.

Il me revient ici un souvenir qui va peut-être égayer un moment le récit de mon infortune. Tandis que le manuscrit de ma pièce était encore dans les mains de madame de Pompadour, je me présentai un dimanche à sa toilette, dans ce salon où refluait la foide des courtisans qui venaient d'assister au lever du roi. Elle en était environnée, et, soit qu'il y eût quelqu'un qui lui choquât la vue, soit qu'elle voulût faire diversion à l'ennui que tout ce monde lui causait , dès qu'elle m'aperçut : « J'ai à vous parler, » me ditelle; et, quittant sa toilette, elle passa dans son cabinet, où je la suivis. C'était tout simplement pour me rendre mon manuscrit , où elle avait crayonné ses notes. Elle fut cinq ou six minutes à m'indiquer les endroits notés et à m' expliquer ses critiques. Cependant tout le cercle des courtisans était debout autour de la toilette à l'attendre. Elle reparut, et moi, cachant mon manuscrit, je vins modestement me remettre à ma place. Je me doutais bien de l'effet qu'aurait produit un incident si singulier; mais l'impression qu'il fit sur les esprits passa de très -loin mon attente. Tous les regards se fixèrent sur moi, de tous côtés on m'adressa de petits saints imperceptibles, de doux sourires d'amitié, et, avant de sortir du salon , je fus invité à dîner au moins-

pour toute la scuiainc. [.c dirai -je? l'n homme titré, un homme décoré, avec qui j'avais dîné qucl(Hi( lois chez M. de la Pophnière, le M. D. S., se trouvant à coté de moi, me prit la main, et me dit tout bas : « Vous ne voulez donc pas reconnaître vos anciens amis? » Je m'inclinai confus de sa bassesse, et je dis en moi-même : « Oh! qu'est-ce donc que la faveur, si son ombre seule me donne une si singulière importance? »

Les comédiens furent séduits à la h^ture, comme madame de Pompadour, par la beauté des mœurs dont j'avais décoré les derniers actes de ma pièce; mais au théâtre leur faiblesse fut manifeste, et d'autant plus sentie, que j'avais mis plus de véhémence et de chaleur dans les premiers. Des combats de générosité et de vertu n'avaient rien de tragique. Le public s'ennuya de n'être point ému, et ma pièce tomba. Pour cette fois, je reconnus que le public avait raison.

Je rentrai chez moi , déterminé à ne plus travailler pour le théâtre; et, par un exprès, j'écrivis sur-le-champ à madame de Pompadour, qui était à Bellevue, pour lui apprendre mon nialhcur, et lui renouveler avec instance la prière que je lui avais faite d'obtenir que je fusse employé plus utilement que je ne l'étais dans un art pour lequel je n'étais pas né.

Elle était à table avec le roi lorsqu'elle reçut ma lettre, et le roi lui ayant permis de la lire: « La pièce nouvelle est tombée, lui dit -elle; et

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