‹ Œuvres complètesChapitre 91 sur 196 · LIVRE 1 V. a/j ï · texte numérisé non relu

LIVRE 1 V. a/j ï

jnour ne s'est exprimé plus délicatement. Celui (le milord honorait son objet par la plus haute estime et par le respect le phis tendre, et il n'était pas le seul qui eût pour elle ces sentiments. Aussi sage que belle, un seul homme avait su lui plaire ; et la plus excusable des erreurs où l'extrême jeunesse induise l'innocence avait pris en elle un caractère de noblesse et d'honnêteté que le vice n'a jamais eu. Fidélité, décence, désintéressement, rien ne manquait à son amour, pour être vertueux, que d'être légitime. Ces deux amants auraient été le plus parfait modèle des époux.

Le caractère de mademoiselle Gaucher était naïvement exprimé dans toute sa personne. Il y avait dans sa beauté je ne sais quoi de romantique et de fabuleux, qu'on n'avait vu jusque-là qu'en idée. Sa taille avait la majesté du cèdre, la souplesse du peuplier; sa démarche était indolente; mais, dans la négligence de son maintien, c'était un naturel plein de bienséance et de grâce. C'est d'après son image, présente à ma pensée, que j'ai peint autrefois la Bergère des Alpes. Une imagination vive et une raison froide donnaient à son esprit beaucoup de l'air de celui de Montaigne. C'était son livre favori et sa lecture habituelle : son langage en était imbu ; il en avait la naïveté, la couleur, l'abandon, bien souvent le tour énergique et le bonheur d'expression.

Autant qu'il est possible d'être charmé d'une

Mémoires. I- J '-*

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leninie, sans vXw jimoiiicnv d'clli', autant j'étais chaniic de ccHi'-c i. \|)rc.s la conversation de Voltaire, la j)liis ravissante pour moi était la sienne. Nous devînmes amis intimes, dès que n(jus nous lûmes connus.

Elle perdit niylord d'Albemarle : il lui avait assuré, je crois, deiw mille écus de rente; c'était là toute sa fortune. La douleur cpi'elle ressentit de cette mort fut profonde, mais courageuse; et, en maffligeant avec elle, je ne laissai pas de l'aider à soutenir décemment son malheur. Tous les amis de m} lord étaient les siens; ils lui restèrent tous fidèles. Le duc de Biron, le marquis de Castries et quelques autres du même étage, composaient sa société. Heureuse, si, d'une situation si douce et dont elle était satisfaite, elle n'eût pas été jetée, par une espèce de fatalité, dans un état qui n'était pas le sien!

Sa santé s'était affaiblie; on en prit de l'inquiétude, et on lui conseilla les eaux de Barége. En passant et en repassant par jMontauban, elle fut honorablement traitée par le commandant , le comte d'Hérouville; et, en arrivant à Paris, elle reçut de lui une lettre à-peu-prés conçue en ces mots ; « Je suis empoisonné. Tout mon domestique l'est comme moi. Venez, mademoiselle, venez à mon secours, et amenez -moi un médecin. Je n'ai confiance Cju'en vous. » Elle partit en chaise de poste avec lui médecin habile, et M. d'Hérouville fut sauvé. H s'était déjà pris pour elle do

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