‹ Œuvres complètesChapitre 92 sur 196 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

cet enthousiasme qui, dans les vieillards à tête vive, ressemble beaucoup à l'amour. Le service qu'elle lui avait rendu ne fit qu'y ajouter encore. Il l'avait vue à la tète de sa maison y rétablir l'ordre et le calme, rendre l'espérance à ses gens à qui le vert -de -gris déchirait les entrailles, le rassurer lui-même, et, de concert avec le docteur Malouet, faire au moral, de son coté, son office de médecin. Tant de zèle et tant de courage l'avaient ravi d'admiration; et, dès qu'il fut hors de danger, il ne sut lui exprimer sa reconnaissance qu'en lui disant, comme Médor à Angélique :

Vous servir est ma seule envie .

J'en fais mon espoir le plus doux Vous m'avez conservé la vie; Je ne la chéris que pour vous.

Elle fut assez sage pour résister d'abord à ses instances; mais elle eut la faiblesse d'y céder à la fin, à condition cependant que leur mariage serait secret : il le fut quelque temps; mais elle devint mère; il fallut le rendre public.

Alors la seule conduite sage à tenir pour l'un et pour l'autre (et ce fut le conseil que je donnai à mon amie), c'aurait été de se confiner dans une société d'hommes qu'ils auraient choisie à leur gré ; de la rendre agréable , et , s'il était possible, attrayante aussi pour les femmes, ou de se passer d'elles sans faire semblant d'y penser

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Madame d Ht roux illc s<'nlait parfaitement (jue cette conduilo était la seule (|iii lui coiixint; mais son époux, imj)alient de la produire dans le monde, voulut faire violence à Tc^pinion. Malheureuse imprudence! il aurait du savoir que cette opinion tenait au plus grand intérêt des femmes; et que, déjà trop indignées que les filles leur enlevassent et leurs époux et leurs amants, elles étaient bien résolues à ne jamais souffrir qu'elles vinssent encore usurper leur état, et en jouir au milieu d'elles. Il se flatta qu'en faveur de sa femme, un si beau caractère, un mérite si rare, tant de qualités estimables, tant de décence et de sagesse dans sa faiblesse même la feraient oublier. Il fut cruellement détrompé de sa folle erreiu' : elle essuya des liuniiliati(jns, et elle en mourut de douleur.

Ce fut aussi dans la maison de M. de la Poplinière que je me liai avec la famille Chalut dont j'aurai lieu plus d'une fois de me louer dans ces Mémoires, et que j'ai vu s'éteindre sous mes yeux.

Enfin je dus au voisinage de la maison de canq^agne où j'étais, et de celle de madame de Tencin , à Passy, l'avantage de voir quelquefois tête-à-tête cette femme extraordinaire. Je m'étais refusé à l'honneur d'être admis à ses dîners de £;ens de lettres; mais, lorsqu'elle venait se reposer dans sa retraite, j'allais y passer avec elle les iTioments où elle était seule , et je ne puis expri-

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