ACTE II, SCENE XI
ANGÉLIQUE, l'arrêtant.
Que faites-vous, Valère ?
NÉRINE, bas, à Angélique.
Hé bien, ne voilà pas votre tendre maudit Qui vous prend à la gorge ! Euh !
ANGÉLIQUE, bas , à Nérine.
Tu ne m'as pas dit , Nérine , qu'il viendroit se percer à ma vue ; Et je tremble de peur quand une épée est nue.
NÉRINE, à part.
Que les amants sont sots ! !
VAL ÈRE
Puisqu'un soin généreux Vous intéresse encore aux jours d'un malheureux, Non, ce n'est point assez de me rendre la vie ; Il faut que par l'amour , désarmée , attendrie , Vous me rendiez encor ce cœur si précieux, Ce cœur sans qui le jour me devient odieux.
ANGÉLIQUE, bas, à Nérine.
Nérine , qu'en dis-tu ?
NÉRINE, bas , à Angélique.
Je dis qu'en la mêlée Vous avez moins de cœur qu'une poule mouillée.
Madame , au nom des dieux , au nom de vos attraits. . . ,
ANGÉLIQ UE.
Si vous me promettiez....
VALÈRE
Oui, je vous le promets.
24o LE JOUEUR.
Que la fureur du jeu sortira de mon âme ,
Et que j'aurai pour vous la plus ardente flamme....
NÉ RI NE, à part.
ZJPour faire des serments il est toujours tout prêt.
ANGÉLIQUE
Il faut encore , ingrat, vouloir ce qu'il vous plaît. Oui , je vous rends mon cœur.
VA L E R E , baisant la main d'Angélique.
Ah! quelle joie extrême!
ANGÉLIQUE
Et pour vous faire voir à quel point je vous aime. Je joins à ce présent celui de mon portrait.
( Elle lui donne son portrait enrichi de diamants. ) N É R I N E , à part.
Hélas ! de mes sermons voilà quel est l'effet !
VALÈRE
Quel excès de faveur !
ANGÉI^IQUE.
Gardez-le , je vous prie.
VA L JE R E , le baisant.
Que je le garde, ô ciel ! Le reste de ma vie.... Que dis-je ? je prétends que ce portrait si beau Soit mis avecque moi dans le même tombeau , Et que même la mort jamais ne nous sépare.
N É R I N E , à part.
Que l'esprit d'une fille est changeant et bizarre î
ANGÉLIQUE
Ne me trompez donc plus , Valère ; et que mon cœur Ne se repente point de sa facile ardeur.