SUR LE THÉÂTRE FRANÇOIS
troupes de comédiens qui parcoururent longtemps les provinces ^ le privilège des Confrères les empêchant encore de jouer à Paris. Une de ces troupes osa s'établir à l'hôtel de Cluny, rue des Mathurins , et réussit complètement ; mais elle fut renvoyée aussitôt par arrêt du Parlement. Enfin ime nouvelle troupe traita du privilège de la confrérie , dont le spectacle étoit déjà abandonné depuis long -temps, et elle exploita le théâtre de l'hôtel de Bourgogne.
Vers l'année 1 696 , des comédiens de province étoient venus à Paris pour profiter du temps de la Foire Saint-Germain , et y établir un théâtre. Les Confrères s'y étoient encore opposés ; et le peuple, qui se voyoit privé d'un amusement qui lui plaisoit beaucoup , s'en vengea sur l'hôtel de Bourgogne , dont il insulta les acteurs. Un arrêt du Parlement mit fin au désordre , et autorisa l'établissement d'un théâtre durant le temps de la Foire ; mais bientôt ces mêmes comédiens , puissamment protégés , parvinrent à élever un nouveau théâtre dans le quartier du Marais du Temple en i SgS. Il y fut maintenu jusqu'en 1 6y 3, que cette troupe fut jointe à celle du théâtre du Palais-Royal , dont Molière étoit directeur par privilège. Ces comédiens réunis formèrent un nouvel établissement rue Mazarine , dans un ancien jeu de paume , vis-à-vis la rue Guénégaud.
Le théâtre de l'hôtel de Bourgogne devint plus
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florissant alors ; ses acteurs obtinrent les premiers le titre de Comédiens du Roi , avec une pension de 1 2,000 livres ; mais ils furent à leur tour transfëre's , en 1 680 , au théâtre de Guénégaud , oii ils restèrent jusqu'en 1688, et de là dans un hôtel bâti aux frais de la compagnie , rue des Fossés- Saint-Germain-des-Prés .
La Comédie françoise n'éprouva plus d'autres vicissitudes jusqu'aux temps désastreux de la révolution de ï 789 , où tout ce qui portoit le caractère d'une institution fut renversé par l'anarchie. Forcés d'abandonner leur théâtre de la rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés j dont la salle menaçoit ruine, les comédiens françois furent établis sur le théâtre des Tuileries. De là ils passèrent dans la nouvelle salle construite sur l'emplacement des jardins et de l'hôtel de Gondé, et qui fut appelée depuis Odéon. A l'époque de la révolution, la Comédie françoise, divisée d'opinions , forma deux troupes , dont l'une resta au théâtre de l'Odéon , et l'autre passa dans la rue de Richelieu. Cette scission , défavorable aux plaisirs du public , ne fut pas de longue durée ; l'autorité réunit les membres divisés de l'ancienne Comédie , et le premier théâtre françois a été maintenu rue de Richelieu. Le théâtre de l'Odéon, deux fois détruit par l'incendie, a été, depuis sa troisième reconstruction, érigé en second théâtre françois par une ordonnance du Roi ; mais comme
SUR LE THÉÂTRE FRANÇOIS. 33 i l'ordonnance n'a pas créé en même temps des actem^s, le magnifique héritage laissé par Corneille Racine, Molière, Regnard, n'a pas encore été divisé , et n'est profitable qu'au premier théâtre françois , qui lui-même pourroit peut-être administrer mievix encore une aussi belle succession.
FIN DE LA NOTICE SUR TF TllFÂTRE FRANÇOIS.