SUR L'ANCIEN THÉÂTRE ITALIEN
L'établissemeî^t d'une troupe de comédiens italiens à Paris ne date que du milieu du dixseptième siècle. Avant ce temps ils n'y venoient que de loin en loin , et n'y séjournoient qu'une ou deux années. La première époque de l'arrivée d'une troupe italienne en France est annoncée dans les Mémoires de l'Étoile , de la manière suivante :
((En février i^^y^ les comédiens italiens, appelés gU Gelosiy que le roi Henri m avoit fait venir de Venise, et desquels il avoit fait payer la rançon , ayant été pris par les huguenots , commencèrent à jouer leurs comédies dans la salle des Etats de Blois, et leur permit le roi de prendre demi-teston (monnoie de 9 sous 9 deniers) de ceux qui viendroient les voir jouer.
((Le dimanche 19 mai (ï5jj)y ces mêmes comédiens commencèrent a jouer leurs comédies en l'hôtel du Petit-Bourbon (rue des Poulies) , à Paris. Ils prenoient de salaire quatre sous par personne ; et il y avoit un tel concours et affluence de peuple , que les quatre meilleurs prédicateurs
NOTICE, etc. 333 de Paris n'en avoient pas autant quand ils préchoient.
« Le samedi 27 juillet suivant, ces comédiens italiens , après avoir présenté à la Cour de parlement y lettres patentes , par eux obtenues du Roi , afin qu'il leur fut permis de jouer ( nonobstant les défenses de la Cour du 26 juin précédent) , furent renvoyés par fin de non-recevoir, et défenses à eux faites de plus obtenir et présenter de telles lettres , sous peine de dix mille livres parisis d'amende, applicables à la boite des pauvres.
(( Malgré ces défenses , au commencement du mois de septembre suivant, ils recommencèrent à jouer leurs comédies à l'hôtel du Petit-Bourbon , comme auparavant, par jussion expresse du roi.»
Cette première troupe de comédiens italiens à Paris n'y resta pas long-temps. Les troubles qui agitèrent alors le royaume , et principalement la capitale, n'étoient pas favorables aux spectacles.
En 1 584 il parut une seconde troupe de comédiens italiens à Paris , et une troisième en 1 588.
Henri IV, dans une expédition qu'il fit en Savoie, amena avec lui une troupe de comédiens italiens qui s'en retournèrent un an ou deux après.
Louis XIII, dans l'enfance du dauphin (Louis xiv), fit venir une troupe italienne, qui s'en retourna l'année suivante.
En 1645 il y eut aussi une troupe de comédiens
334 KOTÎGE italiens à Paris ^ que le cardinal Mazarin âvoit fait venir ^ et qui jouoit au Petit-Bourbon. Ces troupes de comédiens n'étoient point encore à demeure à Paris ; on les faisoit venir d'Italie , on payoit leur voyage. Ils restoient quelque temps à Paris ou à la suite de la cour, et on leur donnoit une somme pour les frais de leur retour.
Ce ne fut que vers 1660 qu'une troupe de come'diens italiens fut établie à Paris. En 1673, ils suivirent la troupe de Molière qui avoit ëte réunie à celle du Marais, et ils jouèrent alternativement avec elle sur le même théâtre , rue Mazarine.
En 1680 , le Roi ayant juge à propos de n'avoir plus qu'une troupe de comédiens françois, ordonna â celle de l'hôtel de Bourgogne de se joindre avec celle de Guénégaud ; et le théâtre de l'hôtel de Bourgogne se trouvant ainsi vacant , le roi permit aux comédiens italiens de le louer, et d'y continuer les représentations de leurs spectacles. Alors ces derniers , qui précédemment ne jouoient que trois fois par semaine, ouvrirent leur théâtre tous les jours , excepté le vendredi ; mais ils ne jouirent pas fort long-temps de cette faveur. On n'est pas d'accord sur les causes qui ont motivé la suppression de cette troupe italienne. Il est présumable que la licence des pièces et des acteurs donna lieu à cette mesure;. Quoi
SUR L'ANCIEN THÉÂTRE ITALIEN. 335 qu'il en soit, le 4 ïiiai 1697, M. d'Argenson, lieutenant-ge'neral de police , en vertu d'une lettre du Roi à lui adressée , et accompagne de commissaires , se transporta , à onze heures du matin , au théâtre de l'hôtel de Bourgogne y et fît apposer les scellés sur toutes les portes , non seulement des rues Mauconseil et Françoise , mais encore sur celles des loges des acteurs , avec défense à ces derniers de se présenter pour continuer leurs spectacles, Sa Majesté ne jugeant plus à propos de les garder à son service.
FIN DE LA NOTICE SUR l'aNCIEN THEATRE ITALIEN.