SUR L'AUGMENTATION DE LA BAGUETTE
Cette pièce, que Regnard fît en société' avec Dufresnjj fut jouée pour la première fois le lo janvier 1695.
On lit dans les Anecdotes dramatiques qu elle eut un succès prodigieux dans sa nouveauté , et rien ne le prouve mieux que l'addition que les auteurs y firent sous le titre â! Augmentation à la Baguette de Vulcain. La pièce fît passer X Augmentation y comme un tonneau de vin vieux en fait débiter plusieurs de vin nouveau. Cette comparaison est des auteurs eux-mêmes. \1 udugmentation commence par le conte d'un cabaretier qui avoit un muid de bon vin vieux : tout le monde en vouloit avoir; et il s'avisa^ pour le perpétuer, de remplacer sans cesse par du vin nouveau ce qu'il ôtoit du tonneau. Le
conte est applique à la pièce. La Baguette de Kulcain est le bon vin vieux , que le public savoure depuis trois mois , et qui doit faire passer plusieurs scènes ajoutées, qui sont le vin nouveau.
Ce n'est pas cependant que ces trois scènes soient inférieures à la pièce ; elles sont e'pisodiques comme les autres , et toutes roulent sur des demandes étrangères les unes aux autres, que Roger et le Druide sont chargés de décider. Il faut même qu'à la représentation on ait inséré les scènes de X Augmentation dans la pièce ; non seulement les deux couplets ajoutés au Vaudeville le demandoient, mais la question de Bélise à Roger : « Jouez-vous encore aujourd'hui votre (( Baguette de Kulcain ? » ( scène première de Y Augmentation ) ne peut se faire qu'avant que la Baguette soit jouée.
Le titre de la pièce est pris de la Baguette divinatoire y qui , dans les mains du nommé Jacques Aymar , avoit alors beaucoup de réputation dans Paris. Mais la pièce ne remplit pas son titre ; car il n'y a qu'une seule circonstance où la Baguette produise l'effet qui lui est propre ; c'est quand elle fait trouver le mari de Mélisse.
A u reste , toute la fortune de la Baguette nous paroît devoir être attribuée à cette scène, et à celle où les mœurs du temps sont mises en
opposition avec celles que l'on suppose avoir existé deux cents ans auparavant ; encore peut-on dire que l'ignorance de Roger sur ces mœurs anciennes est bien déplacée : il vivoit sans doute dans le temps que Bradamante a été enchantée, puisqu'il étoit son amant.
PERSONNAGES
ROGER. Arlequin,
BR A DAMANTE. Isabelle,
MÉLISSE. Colombine.
FLORIDAN. Octas^e,
ZEHBIN. Pierrot.
GABRINE, femme de Zerbin.
UN GÉANT, personnage muet.
BRANDI M ART, mari àe Mélisse. PasquarieL
UN DRUIDE, personnage chantant.
La scène est dans une île enchantée.
LA
COMÉDIE