PROLOGUE
L'argent venoit en abondance ; Bref, la pièce eut tant de crédit.
Qu'il ne fut ni grand ni petit, Qui n'en voulut boire cliopine.
Mon matois faisoit bonne mine ; Plus le vin vieux il débitoit , Et plus le vin nouveau marchoit, Espérant, par ce stratagème, S'engraisser pendant le carême :
Mais par malheur le bon vin vieux s'usa , Et le nouveau du tonneau s'empara ; Tant qu'à la fin , pour finir mon histoire , Personne n'en voulut plus boire.
A l'application.
Nous sommes , ne vous en déplaise , Ce fripon de cabaretier, Qui depuis trois mois , à notre aise , Faisant valoir notre métier, Allongeons notre comédie, Et qui mêlons dans le tonneau Quelques pintes de vin nouveau , Pour vous le faire enfin boire jusqu'à la lie.
Le parterre, qui seul règle notre destin, Est ce fin gourmet de voisin Qui nous attire l'abondance ; Mais aussi , par reconnoissance , Pour quinze sous nous lui donnons
PROLOGUE. 9 Pareil vin qu'au théâtre un ëcu nous vendons. Nous allons vous donner encor quelques bouteilles De ce râpé par les oreilles :
Messieurs, nous serons trop heureux Si le vin nouveau passe à la faveur du vieux.