‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 84 sur 198 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

GALA OR

Seigneur, puisque vous êtes en train de marier, voilà Dariolette : tandis que vous jouez gros jeu avec la princesse, ne pourrois-je pas carabiner avec la soubrette ?

DARIOLETTE.

Est-ce que tu perds l'esprit? Crois-tu que je voulusse d'un carabin comme toi ?

GALAOR chante.

Ah, Dariolette'

Si blanchetle, si douillette,

Je connois sur l'étiquette Que tu ne t'en feras prier;

Car lorsque le chevalier

De la dame a fait emplette, C'est la raison que la soubrette S'ébaudisse avec l'écuyer.

UN BE R GE R chante sur un air de menuet.

Dans le bel âge «

Où l'on s'engage , L'hymen est doux; Fille fringante , Que l'amour tente , Sans en rien dire demande un époux.

Mais quand un père Trop lent diffère , L'amant sincère

Doit cependant Prendre en avance Quelque licence, Sauf à déduire quand il sera temps,

VN GA.ULOIS chante.

Au bon vieux temps , On s'aimoit d'amour sincère ; Qui plus aimoit , savoit plaire :

Les amants étoient constants

Au bon vieux temps.

L'amour à présent dégénère ; Ce n'est que feinte et mystère :

Ne verrons-nous de nos ans S'aimer comme on souloit faire

Au bon vieux temps?

( On joue nne gavotte, et tout le monde danse. )

UJN^ GA ULOIS chante. '

On ne peut bien garder les filles ; Elles s'écliappent quelque jour :

Les limaçons de leurs coquilles Sottent bien pour faire l'amour.

GAL AOR

Quand veux-tu , petite brunette , Remonter un jjauvre écuyer ?

N'est-il pas temps que ma mazette Tire enfin à ton râtelier ?

DARIOLETTE.

Quand on est et jeune et gentille, Il est bien fâcheux de mourir; Mais de rester encore fille , C'étoit mon plus grand déplaisir.

P É R I O N , aa parterre.

D'Amadis Yoilà la naissance, Assez suspecte à mon avis ; Sans trop médire , il est en France Encore bien des Amadis.

FIN DE LA NAISSANCE d'aMADI

COMÉDIE EN TROIS ACTES, Représentée pour la première fois le 26 décembre 1695

DE L'ÉDITEUR

Cette pièce, composée par Regnard en société avec Dufresny , a été représentée pour la première fois le 26 décembre 1695.

Lorsque les auteurs l'ont donnée au Théâtre italien y ils étoient déjà connus au Théâtre françois, etl'avoient enrichi de l'une des meilleures comédies qui aient paru depuis Molière , le Joueur,

L'intrigue de la Foire Saint-Germain est peu de chose ; son principal mérite consiste dans les scènes épisodiques.

Le Docteur, tuteur et amo^reux d'Angélique , la garde soigneusement , dans la crainte qu'elle ne lui soit enlevée par Octave son amant. La pupille trompe la vigilance de son tuteur , et elle profite de la circonstance de la foire Saint-Germain pour s'échapper de ses mains. Colombine,

i/^'i AVERTISSEMENT.

intrigante, qui est dans les intérêts d'Octave, facilite son évasion ; et, de concert avec Arlequin, autre intrigant , elle imagine plusieurs fourberies qui tendent à dégoûter le Docteur de son mariage, en lui rendant suspecte la vertu d'Angélique. Ils y réussissent ; mais le Docteur ne se décide pas en faveur d'Octave ; il craint que celui-ci ne lui demande un compte trop exact des biens de sa pupille : il fait venir de Pont-l'Evêque un nigaud de provincial , dont il espère tirer un meilleur parti. Arlequin et d'autres fourbes de ses amis jouent tant de tours au provincial, qu'ils l'obligent de quitter Paris , sans avoir pris le temps de voir sa maîtresse , et parviennent enfin à forcer le Docteur de donner Angélique à Octave.

Indépendamment des scènes comiques auxquelles les fourberies d'Arlequin donnent lieu, il en est beaucoup qui ne tiennent en aucune façon à l'action de la pièce , et ne servent qu'à former des tableaux variés de toutes les aventures qui arrivent communément aux foires. Le dialogue de ces scènes est d'un comique très agréable, quoique un peu chargé ; il en est peu qui ne soient assaisonnées de très bonnes plaisanteries.

Cette pièce en renferme deux autres : l'une est

AVERTISSEPJENT. î/j3

une parodie de Fope'ra à'Acis et Galatée; l'autre est une tragédie burlesque, intitulée Lucrèce, La parodie est très peu de chose ; quant à la tragédie, c'est une des meilleures que nous ayons dans le mauvais genre des tragédies burlesques ou amphigouriques.

Le succès de la Foire Saint- Germain a été prodigieux, au point d'exciter la jalousie des comédiens françois. Dancourt, pour le contrebalancer, donna à ce théâtre une comédie sous le même titre ; mais elle eut un sort bien différent : elle tomba , et les Italiens , pour se venger, ajoutèrent aux dernières représentations deux couplets que l'on trouvera à la suite du vaudeville qui termine la pièce.

On a aussi ajouté une scène intitulée la Scène des Carrosses ; mais il est incertain qu'elle appartienne aux auteurs de la comédie; cette scène n'a du sa naissance et son succès qu'aux circonstances , et son principal mérite nous paroît avoir été celui de l' à-propos.

Cette pièce a été reprise plusieurs fois par la nouvelle troupe : la première fois , le 1 5 décembre 1720; la seconde, le samedi 5 février 1729.

i44 AVERTISSEMENT Cette seconde reprise a ëtë donnée à T occasion des débuts de Mezzetin , acteur de l'ancien théâtre ; il y parut sous l'ancien habit qu'il avoit adopté, et dans les rôles qu'il avoit joués dans la nouveauté de la pièce.

PERSONNAGES

ARLEQUIN, intrigant.

COLOMBINE, intrigante.

LE DOCTEUR, tuteur et amoureux d'Angélique ANGÉLIQUE.

OCTAVE , amant d'Angélique.

PIERROT, valet d'Angélique.

NIGAUDINET, provincial amoureux d'Angéli

Mezzetin,

FANTASSIN, valet de Nigaudinet. Pierrot.

Un Marquis. Léandre.

Un Chevalier. Octcwe.

Une Coquette. Arlequin.

CASCARET, laquais de la Coquette.

Un Marchand d'étoffes. Scaramouche,

Un Garçon pâtissier. Mezzetin.

Un Asthmatique. Scammouche.

La Femme de l'Asthmatique. Angélique.

Un Dormeur. Scaramouche,

LA TRICHARDIÈRE, filou. Scaramouche.

Un Limonadier , en Arménien. Léandre.

Un Officier suisse. Scaramouche.

Un Petit Maître. Mezzetin.

Un Musicien italien. Mezzetin.

CARIGACA, apothicaire. Mezzetin,

Un Porteur de chaise.

Ujne jeune Fille. Colombine.

La Chanteuse.

Une Lingère,

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