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OCLYRES COMPLETES DE LEFRANC DE FOMPIGNAN,
fondions, et par ic poids qu'il impose dans la conduite des âmes (il l'a été ainsi dès le moment que Jésus-Christ l'a institué), mais encore par les dangers inséparables de l'éclat extérieur qui avait commencé à s'y attacher, et des prérogatives temporelles que le respect pour la religion lui attirait dans le corps politique. Il s'en fallait pourtant de heaucoup que l'épiscopat fût alors aussi dangereux, de ce côté-lù, pour le salut, qu'il l'a été dans la suite, et qu'il l'est l'ncore. Je dirai, en passant, que ces arcroissements successifs de richesses et d'honneurs, tant reprochés au clergé, mais qu'on a eu soin (lejiuis longtemps de borner, pour ne point parler des atleinies qu'on y porte souvent, ont été dus à la volonté des princes et des peuples, pliitôt qu'h l'ambition des ecclésiastiques. C'est une vérité dont on se convaincra, quand on voudra étudier l'histoire attentivement et sans prévention. C'en est ,une autre qui se fait sentir par elle-même, ;»iue, depuis la conversion des monarques et des nations au christianisme, l'épiscopat, et en proportion tout le reste du ministère ecclésiastique, n'a pas dû demeurer dans le même état d'indigence, d'abaissement et d'obscurité, que sous la domination du paganisme; c'en est une troisième, étroitement liée à lajustice et à l'ordre public, que, sans examiner si, dans l'origine, les uns ont trop donné, les autres trop accepté, les biens temporels, acquis au clergé, ne sont pas moins sous la sauve-garde inviolable du droit de proj)riélé , que ceux des laïques : ils ont même un titre de plus, leur consécration à Dieu dans la personne de ses ministres. Mais, sans nous départir de ces trois vérités, nous conviendrons, avec tout ce qu'il y a de plus pieux et de plus éclairé dans l'Eglise, que la nouvelle obligation de conscience, la nouvelle charge, ajoutée à l'épiscopat par les avantages humains qui le distinguent dans la société civile, loin d'être une invitation légitime à le rechercher, n'est propre qu'il en éloigner les âmes soigneuses de leur salut.
C'est ce qu'a pensé saint Chrysostome.
Déj;\ il voyait les' évêques admis dans les palais des rois, honorés par les grands, respectés par les petits, entourés de clients, exjTOsés, par leur élévation, à la jalousie de plusieurs, à l'adulation de beaucoup d'autres, et ayant le même besoin d'une ma^ gnanimité vraiment chrétienne pour résister a ces tentations séduisantes, que pour se défendre contre de manifestes hostdités. Il joignait la dillicullé de cette résistance (19) à tous les autres dangers de l'épiscopat, décrits avec tant de lumièi-e et d'éloquence dans les quatre derniers livres du Sacerdoce. C'étan l'une des causes qui l'avaient dé-
terminé à s'y soustraire par la fuite, dans le même temps qu'il engageait son ami Basile, dont le caractère lui paraissait alors plus ferme et plus solide que le sien, à en subir le joug. Saint Grégoire, pape, donne une raison semblable, pour condamner le désir de l'épiscopat, coloré par le zèle des b'iimcs œuvres. « Il arrive souvent, dit-il â (20), que la surface de la pensée démontre " une chose, et que le fond du cœur en recèle une toute différente. L'âme se trompe ellemême, et se flatte d'aimer dans les bonnes œuvres ce qu'elle n'aime pas, et de ne pas aimer dans ta gloire mondaine ce qu'elle aime réidlemenl. » La suite découvre l'illusion dans laqirelle on était. Car, dès qu'on est parvenu « à la dignité » qu'on désirait, on y mène une vie « séculière, » et « l'on oublie » tous ces beaux « projets de religion, » dont onso repaissait aupar'avant.
il y a donc, suivant ces deux gr-ands hommes, un double vice dans le désir de l'épiscopat dont il s'agit maintenant. Le prenrier est de séparer, par une vague précisioit de l'esprit, et par une osteritalion équivoque de zèle, deux choses unies dans le fait, les bonnes œuvres que doit faire un évoque, et les avantages temporels c(ue sa dignité lui assure. Cette précision est trop dangereuse, [lour qu'il ne faille pas s'en délier. Jamais lelte déliance n'est (dus nécessaire, ni mieux fondée , que lorsqu'à la faveur d'une pareille abslradion , on se permet un désir, qui conduit loutùla foisair butqu'on avoue, et à celui qu'on n'avoue pas. Lesecond vice est de présager I infraction des promesses qu'on se fait peul-étr-eè soi-môme, et qu'on annonce aux autres. On jouira volontier-s, et beaucoup trop, de ces biens et de ces honn, urs, dont on av;iit prétendu ne faire aucun cas en désirant répiscojiat; et n'est-ce ()as déjà une insigne téruérilé que d'en courir le risque sans y être obligé? La triple concupiscence de lu chair, des yeux , et de l'orgueil de la vie, est un poison si sulitil et si pénélrarrt, qii'rl se glisse dans les âmes les plus pures, s'il peut api)rocher d'elles et s'il m trouve les avenires mal gardées. On voit tous les jours des hommes en qiri les honneurs changcni les uiœurs, oudévelop- |ient celles dont ils avaient le germe caché. Dans une ( ondition |irivée, ils {laiaissent se conlenler' du nécessaire : à les entendr'c, ils n'enviaierrt (las aux riches leur abondance et leurs commodités; aux grands, leur cor'tége et leur pouvoir. Peut-être pensaientils alor's ce qu'ils disaient. Elevés à des dignités suiiérieures, ils ne ressemblent jilus à eux-mêmes ; ils égalent , quelquefois ils sur[iasseirt le luxe et le faste des personnes nées dans le sein de l'opulence et de la grandeur. Quand cette funeste et lionteuse va-
(19) Lib. m De sacerd., cipitibiis 7, 9, 13, 15.
(2U) I ^ollmllli opcra boiia aiiiiuo piopoimni ; et qiiaiiivis lioc (episcopale iMUiiiis)elalioiiis iiileniione . pperiinl, opeialuios laiiieii se magna perlraclaiU : lilipiu ut aliiid iii iiiiis iiileiiliu suppiiriial, aliud iK'claiilis aiiiiuo bupcrlicies cogiialioriis osiendal. '
Nain sa-pesibi de se mens ipsa nieniiiiir, et fingil se lie bono opère aniaie (pioil non anial, de iiiuiiili aurem gloiia non aniaie (pioJ Liinar... Ciiiiiiiue per lepti piiiicipalus ullitio pLilrni s;ecularilei' tiepeiit, lilJenlcr obliviiCiUn- (luiilqiiiil rtligiuse cogiluviu » (Oe cura pasiorati , p. l , c;ip. 9.)
l'AUl V. illKdl. MOUALK. - LETTIIKS A LN EVKOHE, ETC.
niilioii arrive à iiii (•\t"(i|iic cIhiU li's ina'urs, siiii|ilfs fl iniiilfsU's liinl cm'il dViiiléli' ilims lo si'CiJiul orilri'.oiilt'iliouoioiilro un l'tiicil (|u'il 110 chorcliiiit |ius, on (imt lo iiluimlro. S;i voiMlioii |iuurlarU nu l'i^xiiiso pas : il est (In nMinhre iloieux ilniit s;nnl Clirysosloiuo ili^ploro si souvent Inciinte ell.i ré|irijhjiliiin, [■(irre qu'ils ont |irovai it|ni,S cnmnio S;nil et riiiiinie Juili'is, dans i'exerfii'eii'un ininistùre (|ue Dieu lour avait desiiné. Mais lurs(iue, njirc^s dj tels exuiuples, après tant d'avurtisseiuents sur sa propre faiblesse , on s'expose lie i^aité de cœur, et l'on succonilH! ensuite aux tentations, conipai^iies des riiliesseset des honneurs , il n'y a pas nu^mo une ombre d'excuse. L'indigiialion l'eiu- oiijet, c'est un sij.;ne nianiresto d'andjition
11' désir ipie nous rejetons ; colui-ci est ubMiiu , il e^t ellienee : comiiuu absolu, il embiasso, /ivue les bonnes (euvies, la di;^nité (jui en prescr'it l'obligation et (iiii en donne le pouvoir: coiuiiie ellicaee, il inspire l'usage des moyens propr«3s h y parvenir. L'ango de l'école n'a eu garde de le eonlondro avec celui (pi'il approuve; cl, pour eii(^lr(; convaincu, il nel'aut pas sortir du mémo ouvrage et (lu mùuu! arlicled'où les dernières paroles, ipio nous venons de citer, sont lirées (-2'»). Il y distinguo trois elioscsdatis répiscopat : la faculté do s'y rendre utile au prochain, le grade éle'vé, les biens temporels. Désirer i'épiscopat pour ce dernier
porto sur la pitié, et il ne reste j)lus que ta terrible attente du jugement le plus rigoureux [HD.
La réunion, dans le désir de I'épiscopat , do ces deux ciiconslances, l'une, qi-ie ce désir soit véritableiuent éjiuré de tout attachement aux avantages temporels de l'épisiopal, l'autre, (juc ce ilélaehement ait dans le cœur des racines assez ])rolondes pour qu'on puisse et qu'on doive y compter dans lo fort des épreuves ; celte réunion, dironsnous, n'est qu'une idée spécieuse, dépourvue de vraisemblance; supposons-y néanmoins de la réalité : dans cette su|iposition, le désir de I'épiscopat serait-il louable? Je réponds qu'encore il ne le serait pas.
L'épiscopat dans son essence, et indépendamment de ce qu'il a reçu des hommes, riMiferme, avecles plus subluues fonclions, l'autorité la plus noble et la plus auguste , cellede gouvernerles Ames. Qiiiconi]ue sous ce point de vue et sans aucun autre rapport désire I'épiscopat, ou s'en croit capable, ou le croit au-dessus de ses forces ; s'il se cioit des qualités pro.iiortionnées à l'éminence de ce iiiinistère, la présom|ition est visible et tout à la fois imiiardouiiablo; s'il recoiin;iit son insuflisance, pourquoi désire-t-il une dignité qu'il n'est pas en état de rpm[)lir? Ainsi le décide saint Thomas. Toutes les couleurs i]u'on peut prêter au désir de I'épiscopat, n'en ell'acent [las, à ses yeux (22), ou « l'injustice » de prétendre à un gouvernement dont on s'avoue incapable, ou « la présomption » de s'attribuer la ca[)acilé qu'il exige. Il est vrai quece saint docteur, dont resfirit, aussi (irofond que judicieux , n'omet rien dans les questions qu'il traite, a()|irouve ailleurs {23j un souhait conditionnel et purement idéal , conçu do cette manière : « Je voudrais faiie toutes les bonnes œuvres d'un évoque, si j'étais chargé de cet emploi, et que j'eusse la capacité nécessaire jiour m'en acquitter. » Alais ce n'est pas là
(•2i) Terribilis quœdam exspectatio judicii. (Hebr. x,27.)
(l'i.) I Qiiiciinque prœlalioni^n appelil, aiit csl injuslus , iuil siiperbus. » (S. Thomas, Qiitrsl. quodlib., qnoiliil). 2, qiia?sl. G , art. 1.) — «Non polesl carere aul vilio iiijustili;e, si velil se iiiiuoreiii praL'ferri majoiibiis (appelemlo pneiatiuiieiii) aul viiio pi-.csiJiiiplioiiis, si repulet se siillicieiil'.'iu praefeni aliis. » (IJein, ibid., quodlib. 1-2, quxsl.
ou de cupidité. Munifesluin est giioil est itlicilum, et pcrtinct ud ambitionein et cupiditulem. Le délirer pour le socotnl, qui est l'élévaliondii grade, c'est une présomption : Quantum ad scciinduiii, scilicct ud cdsiludincm yiadus , appeler e episcopalum, est prwsunipluosum. OiiniMuu premier, qui consiste dans l'utilité du prochain, il y admet le désir hy|iotl)é;i(]ue et spéculatif dont nous parlions loiil à l'heure, parce (pi'il e>t louable et vertueux en soi de vouloir être utile au prochain : Appctcre pruximis prodcsse est secuiulum se laudabilc et virluosum. Mais il ajoute, que cette utilité du [irocliain, comme opérée i)ar l'exercice du ministère épiscopal, étant inséparable de l'élévation du grade : Verum quia prout tst episcopalis actus, habet annexain gradus cclsitudinem, il est présomptueux à iiu:.lqii'iiii de vouloir être élevé au-dessus dis autres, pour devenir utile à ses inférieiiis : Prœsumptuosum videlur cjaud alic/uis privesseappctal, ad hoc quodiubuiiis prosit. il n'escejde d^.' cette censure que le cas d'une nécessité manifeste ; Nisimanifestanecessilate imminente Il en donne pour exemple, d'après saint Grégoire, pape, la didiciillé, dans les premiers siècles de l'Eglise, de trouver des hommes qui voulussent accepter un fardeau qui attirait infailliblement le mai lyre. Encore suppûse-t-il que, dans une semblable nécessité, celui qui se pré.-enlerait à l'épiscopiil, y fût excité par un zèle de clialilé divinement inspiré : J'rœserliia cum alicjuis cliarUatis zclo ad hoc divinilus invitatur. Celte iu'piraiion aurait besoin des preuves les plus chiires pour l'emporter sur la règle. Il n'est [las môme sûr ( et l'on nous permettra bien de modilier, sur C(;t arliile seul, le témoignage de saint Thomas et celui de saint Grégoire ] , il n'est pas sûr que, dans la primitive Eglise, où l'on ne trouve aucun exemple d'évèchés demandés, on eût ajiprouvé celte démarche, fondée sur
11, an. 2.)
(25) ( Poli'sl alisque pra'Siiiiiplione quililicl appeu'ie lalia bo:ia opcra iaceie , Si emn coiiliiij^i.'iet in lali ollicio esse, \i;l eliaiii se essi; ilii;iiiiiii ail talia opéra cxseiineiiila : lia ([iiod opiis Ijomiiii c.utat siib (lesiilci'io, iKiii aiiioiii piiiiiaiiis dijjiiilatis. > (S. Thomas, 2-2, qiixst. 185, art. 1.)
(24) S. Thomas, ul supia, 2-2, ipiast. 1S5 , an. t.
(EU VUES COMPLETES DE LEl'RANC DE POMPIGNAN,
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l'fciiiprosscnioiit h obtenir In couronne du mai lyic : il est encore moins |iroh;ilile que In (iisetlc de chrétiens nssez counigeux pour s'exposer an mnrtyre par l'épiscopnt, inifiosât alors la nécessité d'accorder cutle dignité à ceux que ce courage aurait déterminés à ia rechercher. Saint Thomas admet dans ses Questions quodhhétiques (25), une seconde exception à la refile : c'est le cas du commandement donné pnr le supérieur, et, en géliérnl, celui de l'obligation où l'on serait d'obéir, si l'on était légitimement appelé H l'épiscopal : Qunndo omis imponitur a supcriore. Dans ce cas, il est méritoire do désirer l'éjiiscopat : TaHncccssitate exislente, mcrilorium csC appelcre. Mais, ou ce désir, s'il est absolu, suppose la vocation déjà connue, et ne la (irévient pas ( nous verrons ùientôl cotte docirinc dans les l'ères), ou s'il ne considère celte vocation que comme possible, il est plutôt une simple velléité p.;rlaquelleon dit, Je voudiais, qu'une voionlé iléterminée par laquelle on dise, Je veux. !it une durniùre preuve que le docteur nngélicjuc ne l'a pas entendu autrement, c'est que, ilans le même ouvrage des Questions quodlibétiques, il alliruie positivement el sans resliiclion, qu'attendu « l'impossibilité do savoir avec certitude, si l'on a cette excellente charité (]ui rend un houjme ca|iable de l'ullice pastoial, il est toujours vicieux de deujander l'épiscopat (20). »
Les Pères ont enseigné celte doctrine, non |)as avec l'analyse scolasli(iue, à lai^uello saiul Thomas fut assujetti de son temps, mais d'une manière aussi louchante quciiersuasive. Saint Augustin parlera [)0ur tous. 11 ojipose, dans le livre xix de la Cilé de Uku, chnpilre l'J, le loisir où l'on n'a d'autre objet (|ue d'étudier et méditer la vérité', à la vie active où l'on secûnsacre à l'utilité de seslVères.» Dans celle-ci , dit-il, il ne laul pas aimer la dignité et le pouvoir, car luul est vain sous le soleil ; mais l'œuvre môuje, qui s'exerce par le pouvoir et par cette dignité, pourvu que cette œuvre se lasse bitMi et utilement, c'esl-à-dire dans la vue qu'elle serve ii l'utilité des inférieurs. De là, ce discours de l'Apôtre : Si quelqu'un désire l'épiscopat, il désire une bonne œuvre. 11 a voulu nous apiirendi e ce que c'est que répiscoiiat, dont le nom exprime un travail piutôl,qu'un honneur, llsignilie, dans lu grec, sa langue originale, surintendance, pour martjuer que celui qui est au-dessus des autres, doit veillersureux. et qu'on n'est [las véritablement évèque, si ion aime à se voir élevé, et non pus àse rendre utile, »Voilà, pour l'élévation et les œuvres de l'épiscopat, la même distinction que nous venons de voir dans saint Thomas, cl que nous avons vue aussi dans saini Jean-C!ir.\ so;tome. Voilà un désir lég tinie des œu\res épiscopales, mais postérieur à l'instullation dans répiscoi)yt. Quelles cuiiséquences suint
■ (2S) S. Thomas, quo.llib. 12, quaesl. H , an. 1.
r.'U) . Cli;iriL.loiii pcr V'.aw .ilninis est nloi.ciis
aiJ elliciv II) iKiSlorak, iioa poiesl idi.ims per cerniu-
Augustin lire-l-il de ces principes et du texte de sainlP.iul dont il les appuie? «Que le désir ardent de connaître la vérité, partage du repos louable, n'est interdit à personne, mais qu'il est cor.tre l'ordre de désirer une place supérieure qui donne le gouvernement du peuple, quoiqu'elle soit remplie et administrée comme elle doit l'être. C'est pourquoi la charité, ou l'amour de la vérité cherche un saint loisir. La môme charité, forcée par les circonstances, accepte une juste occujtatioii. Si cette charge n'est pas imposée, il faut vaquer à l'étude et à la méditation de la vérité; si elle est imposée, il faut s'y soumettre, parce que la charité l'exige. Mais alors môme, les délices qu'on goûte à contempler la vérité, ne doivent pas être entièrement abandonnées, do peur qu'en les perdant, on ne succombe sous le fardeau ([u'on porte. »
f Saint Augustin n'adresse pas ces leçons à des hommes sans vertus, sans science , sans talents. Il les suppose, au contraire, assez enrichis des dons de la nature et de la grâce, pour pouvoir exercer dignement répisco[iat, qui n'est autre chose que la surintendance du troupeau de Jésus -(Jh"ist.
Dans celte su|)position, il (iécido que c'est un désordre et un vice d'as|)irer à cette dignité : Locus superior, sine quo régi populm non polesl, elsi ila teneatur d adtninistretur ut decet, tamen indcccnter appetitur. Si l'on croit pouvoir disculper, par un mol f de zèle et de charité, ledésirqu'il condamne, il a réfuté d'avance celte apologie. La charité, dont il connaissait si bien les véritables mouvements, s'attache, par son [)roprc choix, il la vie privée, qui fait ici-bas la joie et J.i sûreté : Otium sanctumquceiit charitas veritalis. Ce n'{;st que parnécessité ([u'elle entre dans la vie |)ublique, (jui ajoute aux scdns ()u'elle se doit, ceux qu'elle doit aux autres : Ncgolium justuin suscipit nécessitas cliarilatis. Do ces deux états elle embrasse volontiers et retient l'un, tant qu'on lui laisse sa liberté ; elle redoute et luit l'autre. S'il faut pourtant que, par une obéissance indispensable, elle [)asse du premier au second, elle en entremêle les exercices pour adoucir le poids de sa chaîne, et la porter avec plus de fruit, comme avec plus do courage et de persévérance : Ne subtrahatur illa suavitas, et opprimât ista nécessitas.
Suivant saint Augustin et tous les Pères, il n'y a d'attrayant pour un cœur chiéiien, dans l'épiscopat, que l'œuvre môme, (|ui e.'-t encore méritoire pour révê(jue, saluiaire au peuiile fidèle : Opus ipsuin quod pcr eumdcm honorem vel polentiam fit, si recte et uliUler fit, id est si ruteat ad tUililatem subdilorum. Mais en aimant cette œuvre, im ne doit jamais aiintr riioniieur et le pouvoir : In actione non amandus est honor ulque potentia. StiiUMés ùu. n;érite dont ils fournissent la matière , ils se .confondent
dlnem scirc se liabcre. El ideo semper est vltiosiim poinIlicaUÈiii peieie. t (Idem, qiiodiib. 5, qua;;l. 4, ait. 1.;
su»
l'VIlï N. rilF.OI. MOUAI.E. - l.ETTUI'.S A UN EVKQUE, ETC.
iIhiis la r>uli' dos viinilôs (ini^clairf le soleil : (Juiinium uimiia t'diid mli soif. Ainsi laiMinne, (i|iri'S sa cofisécralinii, <'l lorsiiu'il n'a |iliis à délibérer sur son yeiiro île vie, un év(\|iio reni|ili de l'esprit do Dieu. Aul>aravaiit, il a |>u avoir pour la sainletédo ré|'isro|ial une do ces acJniiralions d'où iK:il ({ueli|uefois , suloii suint Tiionins , la c'.oin|>laisuui'e dans celle jienséo : Quel mérite n'ticmierrais-jf pus, si Dieu nie reiulait i-iipcible </(• cette diijnité, c/ s'il ilaiijnnit m'y appeler! Mais, oulro (|uo eclle eom|iiaisan(0 peul faciieuienl dégénérer dans un dangereux nniusouient de riniMi^inalion, l'aduiiralion due à la saiiiUté do ré|iisco|'at en éloigne le désir elleclif el atluei, au lieu de l'inspirer.
li n'esl jias douleux que ce n'ait été le l)Ul de saint Paul, lopsiiu'il a dit: Si ijucltjit'un désire l'épiiscopdt, il désire une bonne œuvre : paroles si souvent aliét;uées, ...ais dans un sens si | rotanu e( si peu dif;ne do loir autour. Qu'entenJ-il par celle bonne leuvre 7 Une œuvre excellente, une leuvre l'ai-l'aile, pour l'aciouiiilissenieiit de kupielle vui évoque doit éUo irrépréhensible, exeuii)t des délanls, des reproches, des soupçons niùiue(]ui teiniraient son minislère , digne do l'honorer par ses mœurs et d'en souleiiir le piiiJs par les ijualilés do son âme et «le son esprl (27). Une œuvre du celte importance, de celle didicuité, de ce danger, est plus eU'rayaiile qne désirable, lorsqu'on n'en e.^t [las encore chargé. C'est comme si l'Apôtre eùidil : Celui qui désire l'épiscopat, ou ne connaît pas ce qu'il désire, ou piésume au-dessus do ses forces. Il j a bien liiin de ce sens 5 une approbation formelle. Aussi, un ancien Père s'étonne que, pour juslilier le désir de l'épiseopul , on oit employé des paroles destinées h le réprimer. 11 compare ce travers à la folie d'un malade qui se ferait un poison d'un remède [)rét!aré pour sa guérison (28).
Saint Crégoire ne trouve de louable, au S(;ntimcnt de l'Apùlre, dans le désir de l'épisco[iat, que celui du martyre, quand le martyre et l'épiscopat étaient inséparables. Ce désir réservé, si jamais il a été réel, aux lemiisde la priu:ilive Eglise, no tirerait pas h conséquence pour celui que nous rejetons. Mais j'ai ijuclque iieine à convenir que celle iijlei|irétalion pro|)Osée iiicidemluent [)ar saint Crégoire, soit la véritable, el je lui piréi'ère celle qui vient d'être exposée, que ce saint [îape a connue, où il est encore mieux d'arcord avec lui-même et avec les autres Pères. En admettant que l'xVpôtre loue le désir do répisco;:al, il juge (|ue celte louange devient aussilôl une nienaue et un molitde terreur : Qui lumen tau-
(27) SI quls episcojiatnm dcsideral , botium opiis desiderat. Ùporlel crgo episcopuin hrepyelieiisibilem esse , ei le reslc où , iie|>uis le sccoutl jnstiu'aii noisiciiic vcisel du chapitre m île lu picmicie lipi- Ire à ïimolliée , ainsi (pie depuis le sepliémc verset jusqu'au neavièiiie du chapitre i de \'l£pilre à Tile, saint l'aal tleeiit les yraiules, mais nécessaires Ui.-'posi lions <|u'il faut ;'iip.>rtcr i l'épscopat.
iluns ilisiileriuni in puvorrm rerltt prulmus i/u')d liiuddtil (29). CiiMuiienl '/ Parce qu'il (Ml conclut imiiiéd^aliMiiont qu'un évéïjiii! doitélro irrépréhousible ; Cmn repente subjnniiit,j. Opurtet erijo episcopuin irreprrlu nsibileni esse : » el (|ue, par rénuméialion .snbséqueiile dt'S vertus épiscopales, il nionlre en (juiii consiste la perfeclion de cet (;lul : cum<iue virlutum neccssariu subsequcnler cnumeral, (juie sil irreprelicnsibilitas isla manifestai. Saint (irégciro a|ierf;oil dans ce molangi! d'invitations attirantes et de préceptes elfrayanls, et fuveC ex desiderio, et lerrel ex prwrepto, un Irail atliiiirable de la profonde sagesse do saint Paul ^ gouverner el instruire les dnies. Car si l'Apôlre annonce lefaîle de la jicifeclion, comme l'npaingo de l'épiscopat, il combat l'orgeuil (]ui aspire à celte dignité : Ut auditores siios, et descripto irrcprehensibililalis culmine restrinyat a supcrhia. S'il loue l'odice épiscopal, désiré par <|uel pies-uns, il exhorte les chrélieiis à mener une vie [larCaite, même sans en èlrc chargés ; il leur apprend quelle a dû être la vie des hommes qu'on choisit pour le remjdir, et conimeiil ceux-ci doivent coiilinuer ?i vivre ajirôs qu'ils y oui éléafipolés : et of/icium laudando quod quœrilur, compunat ad vilum.
Personne n'a été plus convaincu que saint Grégoire, pape, de la iiécessilé absolue de celle vocation, qui prévient tout désir et toiile recherche dans «puconijuo est légilimeuieiit élevé à l'épiscopat, el dont il ne dispense pas môme celui qui [losséderait les qualités les plus émiaentes pour l'exercer dignement. Il snlUt de jeter les yeux sur la première partie de son Pastoral. Qu'on se rapj)elle surtout celle célèbre maxime, que nous avons déj;'i cilée el qu'il donne coutme une règle générale : UueUju'un a-l-il le mérite nécessaire pour l'épiscopat? il ne tloit y arriver que i)ar la conlrainle tle sa vocation : Quid sequendum, qr.id tenendum? nisi ut virlutibus pollens, coactus ad regimcu reniât (30). On retrouve celle vocation préliminaire jusque dans l'exemplo qu'il allègue, et qu'on nous objecte pour montrer qu'il a[iprouve le désir de répisco[iat. 11 ojipose, à la vérité, rempressement d'isaie à se faire envoyer au peuple d'israijl, aux i)remières résistances du Jérétuie à la mission qu'il recevait de Dieu ; ruais il ne larde (las à oliserverqu'Isaiu ne prononça ces paroles : Me voici , envoyez-moi, qu'après (jue ses lèvres eurent été puriliées par le charbon de feu, qu'un ange avait pris sur l'autel du Dieu vivant: Isaie, dil-il, demande îi è!io envoyé; mais avant celle demattde il avait |)nssé par l'éprouve la plus décisive : /s qui mitti voluil, unie per altaris culculum pur-
(■28) i Episcopatiis anioreni iii seipsis alunt, Apostolnniqne , (pii exilialeiii connu inorlinni sanare sUnliiil , tanqnaui iiiorho sno pairotinanleni lesteiii piolerunt. » (S. 1su)i>rus IVIn-i., Iih. m, epist. '■lia, Palladio dincono.}
(29) Elseq. De cura paslornU , p. i, cap. §.
(501 Ibid., cap. 'J.
gnCum se ridic (31). Sa mission élait donc déjà certaine: il ne la prévenait pas; et tout ce que téruoigne la demande qu'il fait h Dieu, c'est une prompte obéissance à ses ordres, et un courage ardent à les exécuter. Il est bien d llicile, ^.continue saint Grégoire, de connaîtr(! si Ion est assez purifié pour enirepreiidi e les l'onclions du saint ministère ; ainsi le parti le plus sûr est de les éviter : Quia igiiur valde difficile esC purgaîum sequeiidibel passe cognoscere, prœdicationis officium lulius declinalur. Cependant le relus de ces loirciions doit céder à une connai.'-sance manifeste de la volonté divine : iSec tamen decUnarepertinaciier débet, ctim ad suscipiendum hoc voliintas dii-ina cognoscilur. C'est ainsi (ju'en usa Jérémie, dont la conduite, dans les premiers moments , est ujise in coniraste avec celle d'Isaie, quoique l'un et l'autre, de l'aveu de saint Grégoire, procédassent d'un même principe d'amcur et de chanté : Divcrsa vox iton a diverso dileclionis fonte einanavil.
Saint Jean Clirysostome n'a pas eu d'autre doctrine ; et il est surprenant qu'on prétende autoriser le désir de l'épiscopat | ar le sulTrage de celui de tous les Pères, qui l'a le plus hautement léjitouvé. Le génie et l'éloquence de ce Platon, de ce Demosthènes chrétien n'ont jamais mieux hi illé que dans la fieinture dos lonclions sublimes, et en même temps, des péiils de l'épiscupal. Ce n'est |)as cetie peinture qui peut laire naître à ceux (jui en saisissent les traits, l'envie de |iarvenir aux premières dignités de l'iiglise. Il cite pourtant, comme saint Augustin, sai ni Grégoire [lape, saint Thomas, ces paroles de saint Paul : Si quelqu'un désire l'épiscopat, il désire une bonne œuvre. 11 met, soit dans son ouvrage du Sacerdoce, soit dans son Commentaire sur la première épUre à Timothée, la mèmedillérence qu'eux e lire l'œuvre et la puissance de l'épiscopat : il a|iprouve le désii- de l'une, qiu)i(prd condauiue le désir de l'autre: il fonde celle disiinction sur l'exemple de Moise, à qui l'un de ses frères Israélites osa dire: Qui vous a établi prince et juge au-dessus de nous? Mais, pour commencer par cet exenqjle, sainlChrj>ostomen'ignorait pasque, lors(pie Aloïseessuyacettointerrogationoutragi'an e, déjà il avait lieu de croire que ses frères le regarderaient comme leur libérateur cnvoi^é de Dieu (3-2). Instruit lui-même de sa vocation , ii préférait dès lors, comme saint Paul nous l'apprend (33J, à tous les trésors de l'Egtjpte, l'opprobre de Jésus-Christ, que ia foi lui avait découvert par antici[)ation. Ce n'était donc pas de son propre mouvement, mais par une mission divine, ((u'il ayait agi dans la venge:H)ce tirée do l'insulte laite par un égypiien à un israélite,etdans la méuiation olferte à deux de ses i'i ères, dont l'un
LEFiaiNC DE POMPIGNAN.
maltraitait l'autre. Aussi se rpi.ra-t-il dans le désert, moins par la crainte de l'animosilé du roi d'Iigyple (3i), que parce qu'il crut que le moment d'exercer sa mission n'élait pas encore arrivé, et peut-être parce qu'il désira qu'elle lui fût confirmée plus aulhentiquement,soit pour triompher plei-' iiement de sa timidité naturelle, soit pour vaincre l'incrédulité des Hébreux. C'est dans les mêmes vues que Dieu lui ayant apparu sur la montagne d'Horeb, pour l'envoyer en Egypte à la cour de Pharaon et au peuple d'Israël, il ne consentit d'y aller qu'après des [irodiges réitérés et un dernier ordre qui menaçait sa résistance, poussée [dus loin, de l'indignation divine. Saint Chrysost(une savait trop bien toute cette histoire, pour s'imaginer que Moïse, ébloui dans sa jeunesse do l'éclat attaché au ministère de libérateur des Israélites, en eût alors désiré l'exercice de lui-même, et sans une vocation particulière de Dieu. Il ne désira que de faire connaîlre à ses frères sa destination en leur laveur; et celte première tentative ayant élé infructueuse contre son altenle, il renonça d'ajjord, non pas à ce désir même, mais à son accomfilissement jirochain, comme il renonça dans tous les temps de sa vie, suivant saint Chrysostorae, il l'amour d'une puissance qu'il n'exerçait que malgré lui,. et fiour l'utilité des autres. Appelai opiis, non polenlium. Ce saint docteur, qui n'a loué que dans deux endroits de ses écrits le désir de l'œuvre éiuscopalo, en la distinguant du pouvoir d'où elle émane, suppose toujours ce désir conséquent à une vocation indubitable ; aussi disposé à le blùmer, s'il la prévenait par ignorance ou par un faux zèle, (ju'à condamner le désir ambitieux des richesses et des honneurs joints h l'épiscopat. Ses règles, dans la manière d'y être élevé, sont les mêmes que celles de saintGrégoire: craindra et trembler, |)ar le sentiment de sa propto faiblesse, et à la vue du pesant fardeau do celte dignité : Timere oporlct et contremisccre propler conscienliam, cl propter moleui iniptrii (35). Ne pas s'obsliner à refuser, si l'on est forcé: Ncquc si semel Irahantur, recusare. Ne pas se présenter soi-même, mais plutôt s'éloigner, si on vous laisse la liberté du refus: JScque, si non Irahanlur, prœcipitare scipsos, verum eli'Vn fugere. 11 prescrit à ceux qui sont surpris en quelque sorte dans le |iiége d'une |>romotion inévilable, le respect et la soumission. Il leur défend toute démonslralion indécente d'une modestie simulée, ou d'un entêtement réel : tos qui fuerint comprehensi, oporlct obsequium el révèrent iam exhibere. Nihil immodcralum sit ; omnia ex ordine fiant, il exhorte ceux qui prévoient leur élection future, à se retirer d'avance, dans la persuasion de
(51) De citra pns'ornli, \t. i , cap 7.
(5-2) Exislimabal autem (.Uoysfs) inlelligere (latres, quoùiam Deus per iiuiiius iinius ilaret salitleni plis. Ai un non inlellexeiuiit. {Asi. iv, 25.)
(35) Majores divitias œstimans ihesauro .Egyplio-
rum imjuoperium Clirisli. (Ilebr. \i, 26.) ,(54) Fide reliquu .■Eijijpium, non veritus animositatem régis. {Ibid., 27.)
(55j JoA?^. Chr^s,, lio.iiil. 3i m Epist. aà Uehra-vs.