PART. V. TIIKOI,. MORALE. — LETTRES A IN EVEQUE. ETC
lie 'mil co ([ui [it'Ul lu iciidre coujutblo dovuiit Uieii.
l)i , pour qu'i'lle nil co cnrailire il no suffit p.is iiu'ôn n'y Irouvo luutiii ilt'S vici-s ou lies nliiis (Tiiu)ls i|iu) nos iulvorsnires fi)iil |ir(it'»>s>io'i de coiiiiiimiuT ; il l'flui, et c'est la (lii'so i]iie nous avons h .soulftiir contre eux, (lu'fllo n'ait él't pnk'i^di^o ilo la ri'iliciclic, ni ni(?nH' du désir de ri''|ii>co|),ii. Ainsi, i|iiiron.|ut' II» dcniandi- ilircclcniftit ou iiiijjroc- Icnii'iit, par lui ni(^nit> ou par des pcrsunnei inIcrpiisci'S, (|uicoiii|uc le désire, en tievient positivcdienl indigne; (|uel(iuos qualités qu'il (Miisso avoir d'ailleurs, il n'y cnlro ([n'en lu profanant. Telle est la rc^gle inviolable; ut puisqu'elle est contrediln, nonseultinent dans le l'ail, ce qui depuis bien lies siècles n'a été nialhoun-usemont quo trop commun, niais encore dans îles discours où l'on prétend l'allaildir et la détruire sans renoncer au christianisme, il n'est pas possible d'en ouieltre les preuves essentielles tirées des oraclrs de la religion.
L'I'Ispril-Saiiit défend, dans le livre do VEcclésinstiqite, la rcciierclie de toute place qui joint I exercice de l'auloi'ilé à In prééminence du rang : Noli quœrcrc a Domino ducatum,neqne a rege cathcdram lionoris(l). Celle défense, dira-t-on, ne regardait pas les dignités ecclésiastiques de ce temps-là, puisque, étant renfermées dans la tribu de Lévi et dans la famille d'Aaron, un autre Israélite ne pouvait y être élevé. On se trompe : dans cette tribu et dans cette laluille il pouvait y avoir, et il y a eu etfeclivement des ambitieux à qui cette leçon était nécessaire. Qui ne voit d'ailleurs qu'appartenant h la morale, elle n'a pas ilù être restreinte comme les préceptes cérémonials et judiciels au temps de l'ancienne loi"? En etïet, l'Ecrivain sacré ajoute -.yeronsiustiliez pas devant Dieu, parce qu'il cannait votre cœur, et gardez-vous de vanter au roi votre sagesse (2). C'est prendre Dieu à témoin de sa propre justice quo se déclarer à ses yeux, capable d enseigner la justice aux autres par ses esem|>les et par ses préceptes. C'est vouloir persuader au roi qu'on est .sage, et dans le degré le plus sublime, que de lui demander d'être chargé en chef du soin et de la conduite des âmes. Qu'im[iorterait, après tout, que l'intention de l'Ecclésiastique dans ces paroles n'eût été que d'y défendre la recherches des dignités séculières? Le motif certain de cette défense est, d'une part, la déliance que tout homme doit avoir de soi-même; de l'autre, la difficulté des eraidois qui donnent du pouvoir et de la supériorité. 11 est évident (et, si l'on
(1) Ecdi. vn , i.
(2) y on le jusiifices anle Deiim , qnoniam nf/nilor cordis ipse est, et peiies regem noli veUe videri suijieiis. {Eci-li. v.)
(3) Le verset neuvième du niènie chapitre le prouve ofiiremem. 11 y e^l dit : iVe vous liez point pur un double péché (le vôlre et celui d'aulrni) ; c:ir V(Mis u'évilerez pas la piiuilidn d'un Sfiil. Il n'y a poiul d'rlal où le danger de répDUilrc des péclir* d'auliui soil aiiïiji jirocli.iiu f-i aussi lerrilile que le
tftS
roniesie cotio évi<lnncc, on abjure le christianisme), il osl, dis-je, évident ?i tout • hr(^tinri quo los dignités ecclési.istiipws sont colles dont l'objet est lo plus intéressant, les obligations pbis grandes, l'exercico [dus ilillicile, les comptes plus rigourcuï nu tribunal de Dieu. La demande en est donc encoii! l'ius contraire 'i l'esprit rpii faisait (larler l'Kcrivnin sacré que celle des dignités séculières (.•}); v\ la restriction (|u'on lui nltribn(! forlilie notre preuve, bien loin do l'énerver.
Le Nouveau Testament est encore plus exprès. Les apôtres ne deviennent point par leur propre choix ministres de Jésus-Christ ('th il les choisit lui-môme et les appelle comme il veut (5). Los enfant^ de Zébédéo ont beau lo sujiplier par la bouche de leur mère <lo leur accorder hs deux premières jilaces dans son royaume (0), il leur répond: Vous ne savez ce que vous demandez: il n'ap[>artient qu'à mon Père de vous fairo asseoir h ma droite ou à ma gauche. Faut-il donner un successeur au traître Judas, aucun disciple n'ose se présenler(7); les fidèles assemblés présentent Josèphe le Juste et Matthias, et, pour rendre la volonté divine plus éclatante dans l'élection du nouvel apôtre, on prie Dieu de montrer par la voie du sort celui de ces deux personnages sur lequel il a llxé son choix. Saint Paul entre le dernier dans le collège apostolique'.; mais il déclare, à la tête de presque toutes ses épîtres, qu'il n'y est entré que par la volonté de Jésus- Christ, par le commandement et la volonté de Dieu. A ces exemples le même apôtre en joint deux autres (8): le premier est celui d'Aaron, qui, dans l'établissement de l'ancienne alliance, ne dut pas le souverain pontificat à sa qualité de frère aîné de Moïse, ni même h son éloquence, pour laquelle il l'emportait sur son frère, mais uniquement à la vocalinn de Dieu; le second, le plus respectable et le plus grandde tons, est celui de Jésus-Christ, qui ne s'est pas glorifié lui-même pour devenir pontife, mais qui ne l'a été qu'en vertu de cette jiarole: Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'liui; et de cette autre : Vous êtes le prêtre éternel selon l'ordre de Melchisédech. Tout est décidé par ce seul exemple. Si les dons réunis dans l'humanité sainte de Jésus-Christ n'ont pu l'élever au faite du sacerdoce, indépendamment d'une destination spéciale de son Père, quel est l'homme qui ne doive se soumettre h celle règle générale que (9) tout pontife étant établi pour les hommes, en ce qui regarde le service da Dieu, afin d'offrir des jacrifices pour les pé-
saccrdoce et l'épiscopat.
(4) Non vos me elcgistis, sed ego elegi vos. (Joan. XV, 16.)
(5) Yocavil ad se ijkos volnil ipse. {Marc, m, lo.) Vocuvil diicipulos suas cl eic<jit duodecijn e.c ipsis , quus el aposlolus nominavil. ( Iaic. vi . 13.)
(li) MaUU. x\,-20, 25; Mure. \, 53-40.
(7) Ad. XVI , 24.
(8) Hcb. v, 5, 6.
(0) Hcb. v, ^î-ty.
ŒUVRES COMPLETES DE LEFUANC DE POMPIGNAN
chés, nul ne s'attribue cet honneur à soimême, mais qu'il faut y être appelé de Dieu.
Les Pères ont unanimement enseigné la môme doctrini'; les conciles l'ont conlirmée de tout le poids de leur autorité. Il est inutile d'en rapporter ici les témoigna;^es , on les trouve dans tous les livres écrits pour l'insiruction des ecclésiastiques. On y voit aussi, on connaît par l'histoire les actions des célèbres prélats, plus persuasives encore dans cette matière que leurs discours. Tous les saints, et l'on n'en citera pas un seul qui se soit ingéré dans l'épiscopat, tous les saints ne l'ont accepté qu'avec crainte; quelques-uns l'ont portée jusqu'à s'enfuir, jusqu'à se plaindre amèrement de la violence qu'on voulait leur faire , jusqu'à y résister avec une espèce d'opiniâtreté qui n'a pu être vaincue que par la nécessité d'obéir à une vocation indubitable. Etait-ce en eux défaut de lumières et petitesse d'esprit? était-ce pusillanimité?Pourjuserdecequ'ils pouvaient et de ce qu'Us savaient, ii suffit de se ra|ipeler leurs noms et leur conduite dans l'épiscopat.
Ces grands hommes fuyaient une dignité qu'ils connaissaient parfaitement ; ils la fuyaient quoi(iuc doués, pour la remplir, de vertus et de tide.its rares. C'est cette conn.ii'îsance même qui causait leur frayeur, et leurs qualités [leisonnelles ne les rassuraie; t
pîiS.
Ils sentaient vivement et profondément ce que c'est, |)0ur un homme environné de faiblesse, qu'une dignité qui l'établit médiateur entre le ciel et la terre, ambassadeur et lieutenant de Dieu auprès des hommes, intercesseur des hommes auprès de Dieu; qui le rend, au milieu d'une multitude nombreuse, le censeur universel di.'S méchants, ia joie et l'encouragement des bons, le refuge des pauvres, le soutien des faibles, le consolateur des affligés, le réconciliateur des ennemis, le guide des aveugles, l'oracle et le père de tous; qui le constitue chef du sacerdoce dans tout un tliocèse pour y )>résider au culte de Dieu, peu|iler le sanctuaire de dignes ministres, le préserver ou le purger des indignes, maintenir ou rétablir la pureté de la discipline, rejiousser les alti iutes [)oitées à la saine morale ou à la foi orthodoxe; qui, le laissant chargé du soin assez [)énible lie son pro|)re salut, lui conlie de plus toutes les âmes qui forment sou troupeau, avec l'obligation d'en répoudre à Jésus-Christ, le souverain pasteur, et le malheur inévitable de perdre ia sienne, s'il en périt une scuie par sa faute. Pour craindre une pareille dignité, il n'est pas nécessaire d'avoir l'abnégation des moines de la Tliébaïde. Disons plutôt que, pour la désirer, il ne faut pas moins qu'un orgueil semblable à celui de Luciier, ou qu'un oubli total de l'autre vie et de l'éternité.
Je sais que Dieu, ayantdeslinécetle dignité à des hommes, n'exige pas de ceux qui l'occupent une perfection au-dessus des forces humaines. Je sais (ju'il y en a que le ciel an a rendus capables par les dons qu'il
leur a départis. Les saints dont nous parlons, quoique différents de caractère, de vertus et de talents, et n'ayant pas tous un mérite égal, étaient de ce nombre. L'humilité, qui ne peut jamais contredire la vérité, n'allait pas jusqu'à leur persuader qu'ils eussent commis des péchés dont ils étaient innocents, ou qu'ils fussent dépourvus des connaissances acquises par leurs travaux; seulement elle restitue à Dieu la gloire do tout le bien qu'il avait mis en eux : elle ne permettait pas à l'amour-piopre de s'y complaire; elle étoulTait ces vaines complaisances par la pensée de leur néant et par celle des péchés dont la miséricorde divine les avait délivrés ou garantis. Mais, s'il eût été possible que ces motifs leur échappassent pour quelques moments, il leur restait toujours de puissants contre -poids an désir ambitieux de l'épiscopat. Ils considéraient que tout le mérite qu'on iieut supposer dans un homme, est, selon l'élroile justice, infiniment au-dessous de cette dignité; qu'il ne suint donc pas, sans un choix particulier de Dieu, pour suppléer à cette disproportion ; que les dispositions et les œuvres précédentes ne sont rien, si, dans l'exercice même de répiscoi)at, on n'est abondamment secouru par les giûccs privilégiées qui en assurent le succès et le fruit, et si l'on no correspond pas à ces grâces avec autant de fidélité que de reconnaissance. Or, un homme qui rechorrlie l'épiscojiat, éloigne de lui les grâces, loin de pouvoir y compter, et la correspondance qu'il leur doit (laquelle n'est pas une suite infaillible de la vocation la plus légitime) devient une chimère dès qu'elles lui manquent par le défaut de cette même vocation. Pleins de ces maximes, les Pères ne connaissent d'autre manière d'entrer sans présomption et sans témérité dans l'éiiiscopat que d'y être appelé de Dieu. Quelquesuns même ont attendu que cette vocation fût manifestée par des signes extraordinaires ; tous l'ont jugée d'autant [ilus nécessaire, au moins dans un degré sullisant de clarté, que Jésus-Chi'ist a sans doute le droit inaliénable de choisir lui-même ses oUieiers et ses ministres, et que, s'il y aurait de l'injustice et de l'absurdité à vouloir envahir les emplois séculiers contre la volonlé de ceux qui en disposent, il y en a nnlle l'ois plus à demander une place, et une ]ilace distinguée, parmi les coopérateurs du Fils de Dieu, sans être assuré de son agrément. Voilà pourquoi ces admirables prélats ont craint l'épiscopat, malgré le mérite qu'ils y apportaient et qu'ils y ont déployé. Leurs craintes confondent une hardiesse qui n'a point certainement les mêmes excuses (pi'on aurait pu chercher à celle qu'ils n'avaient pas.
Au surplus, je renvoie à des livres qui sont entre les mains de tout le monde l'indication des moyens propres à découvrir la vocation divine. Aujourd'hui elle est communéiiient moins éclatante , je ne dis pas que dans les occasions où elle a été déclaréo jiar des prodiges, mais que dans les lemiis
PAUT. V. TIIKOI,. MOn.M.K. — LETTRES A UN EVEQIJE. ETC.
anciens, oCi l'iuiUnilô des iiiinces iriiiflii.'iiit pas sur les éludions tlvs évi^iui^s, lus brigues, k'scabnicsy l'taictit liires, cl puiivuiuiil élro |)lus ruLileiui'iil |ii't''VL'iuifs ou plus ellicnrt'tnenl it?|)iinit't's. Il est l'oit douteux (|u'avec les nuL'urs cl les coutumes (|ui oui f>révalu de|)uis tant de siècles, lus éleetioiis coucenlréosd.iiisuiie|iarlie(liu-ler^;é,oouiuio elles se |iriiliL|ueiil eiU'Oroilatis un petit uouibru d'iî^lises, ou eu y iithuellaiit le |iei)|ilo suivant l'usage îles pieuiiers siècles, ou, ce qui ne s'est jaiuais vu, et qui sorull le pis do tous les nioveus, en les conliaiit au peuple seul dans la personne de ses re|)résontants , il est foi t douteux , pour ne rien dire de |ilus, que do pareilles éloclioiis fussent do meilleurs garants do la vocnlion tlivine que les nouiinations dos souverains. Mais j'en ai dit assez en excluant la demande etjusiju'au désir de l'èpiscopat. Un liomnio qui mo dit ôtre a|>pclè, sans y avoir [lensé, sans l'inlervenlion do la cliair et du sung, sans aucune sollicitation équivoque, à l'é|)iscopat, n'a plus (|u'ii examiner devant Dieu s'il a les qualités nécessaires pour une si liaulo dignité ; suivant celte règle de saint Grégoire (10), que celui dont le mérilo osl avéré, no doit entrer dans le gouvernement des ûmes (jue parce (ju'il y est coiitiainl, et (jue celui à qui ce morile maïuiue ne doit pas mémo y entrer quand on vnudiait l'y contraindre. Or, il y a tout lieu de présumer qu'on s'exajiiinant sur ce jioint avec [tins de répugnance que d'inclination pour l'èpiscopat, avec une liumilité Toritable, plus disposée à diminuer l'opinion du mérite personnel qu'à l'accroître, avec une intention sincère de suivre des conseils sages et désintéressés, on SB fera justice à soi-même. Si l'eu se trouve dénué du mérite absolument nécessaire à un év6(jue, on mettra néanmoins do justes bornes à la déliance et à la frayeur; on prendra une résolution prudente, on coniîatlia la volonté de Dieu, autant que des téuiuignages ordinaires, mais satisfaisants pour une conscience droite, peuvent la montrer ici-bas.
Vous me marquez, Monseigneur, qu'on prétend éluder ces autorités, et c'est par l'usage de tous les gouvernements. Dans les monarchies, les princes trouvent bon qu'on se présente à eux ou à leurs ministres, pour obtenir les charges de leur cour, le commandement de leurs armées, la direction ou le maniement do leurs linances, le droit et l'autorité de juger en leur nom. Ils sont les maîtres d'accueillir ou de rejeter ces demandes; mais la multitude des com|)étileurs éclaire leur choix. Est-il surprenant qu'ils emploient la même méthode pour la nomination qu'ils ont acciuiso aux dignités ecclésiastiques de leurs Etats? Dans les lépubliques ; jiar exein|>le, dans celle de Rome, lors même qu'elle élait gouvernée par des lois austères, et que l'esprit |iatiiotiqne y régnait dans toute son énergie, on ne [lor-
(1(1) « Vii'luiibiis pollens, coaclus ad rcgiiiieii (Sjutlui Grec;., De cum puiior., i parle, cap, D.)
too
initiait .pas «cult-minl niix citoyens d'asi'ller aux dignités dont ils étaient sii&ce|itibles par leur ;1go et par leurs services ; on les invitait à se mettre sur les rangs dans les assemblées du sénat ou dans le^ coiiiices du l)euplo. On aurait regardé de mauvais o-il, on aurait méprisé qui(on(|ue ayant rempli les |iri'liminaires déterminés par les lois, n'ei'ïl fait aucune démarclie p.)iir parvenip au terme do sa carrière. L'Eglise, i:i'tle ré- |iublii|Uo chrétienne {nom nions- la ainsi, sans |iréleiidro désigner par colle dénominatioa la forme précise do son gouvernemcnl) , riigliso no pourrait-elle pas (lorlor le mémo jugement d'une iiiaclion ou d'une timidité (pii lui envierait dans ses om|)lois les plus imporlanls des services utiles? Peut-elle du moins blâmer l'émulation de ceux ((ui se présentent pour les lui rendre? Doil-ello leur on faire un crime, et prendre droit d'un empressement qui semble mériter sa reconnaissance, pour les di'iclarer indignes de la servir?
Il sérail bien étrange que des raisonnements ou des exom(iles purement humains l'emportassenl sur des textes formels do rEcriture sainte, sur la doctrine commune des saints, sur les sentiments de leur cœur et de leur conduite; et celle préférence est proposée [);u' des hommes qui se disent chrétiens 1 Et comment la proposenl-ils?au sujet d'une dignité sacrée, dont l'iii-slilulion et la destination sont également surnaturelJes : c'en serait assez pour les arrêter dès le premier pas. Leur comparaison est caduque. Quand il faudrait approuver sans réserve la manière dont ils souliennent qu'on peut entrer dans les dignités séculières, elle ne conclurait pas pour l'entrée dans l'èpiscopat Dans l'èpiscopat I il faut ici d'autres secours d'en haut, une vocation divine plus spéciale el plus marquée. Ici, l'adminislralion vicieuse est [ilus funeste dans ses elfets, l'intrusion est plus injurieuse à Jésus-Christ; car on lui donne malgré lui des ministres, ce qui n'arrive aux princes de la terre qu'en les trompant ou en les intimidant : on le force à mettre entre des mains qu'il réprouve ses mystères, ses sacrements, tout le prix de son sang. Il soulfre cette violence, comme il permet beaucoup d'autres crimes, parce qu'il réserve à son dernier avènement l'exercice sensible de sa loutepuissance et sa fonction de juge suprême. Mais celle tolérance, loin d'excuser les prétendants à rè(iiscopat, les rend plus coupables. C'est un attentat sacrilège que d'abuser de la patience d'un Dieu Sauveur, et de son silence dans le monde, pour usurper dans son sanctuaire une place qu'il n'accordo pas , tandis qu'on n'oserait s'introduire , contre la volonté d'un prince, si ce n'était un fantôme de roi, dans sou palais elà sou service. Il y a une vocation naturelle aux dignités séculières dans ceux qui peuvent les remplir pour l'utilité publique ; et, quoi-
veiiiai : virlutibus vacuus, uec coaclus accedaU »(
œUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
qu'elle ne sufîîse pas suivant la saine et véritable doctrine, comme nous i'allons voir tout a l'heure, et qu'à cet égard il faille encore suivre les vues particul ères de la Providence, sans être en droit de les prévi'uir, toutelois les aspirants à ces dignités noulragent ni la majesté royale, ni la république. Ils soumelteut, de gré ou de force, leurs demandes au choix du monarque ou du peu[ile. Ils ne sont responsables à l'un ou à l'autre que des voies illégales et
fierverses qu'ils auraient employées pour eur avancement. Ici, au contraire, on profite de la séance de Jésus-Christ dans le ciel, et de sa présence invisible et muette sur la terre, pour lui dérober l'exercice d'une de ses plus hautes prérogatives, relie de choisir ses coopéraleurs dans l'œuvre de la rédemption. Il n'y a pas de vocation naturt lie pour une dignité instituée dans un OJ'dre qu'il a surajouté à celui de la nature, et (lour la |uelie il a jiréparé des secours d'un ordre également sujiérieur. Ainsi, quiconque l'obtient sans son aveu, attaque directement sa personne et profane son sacerdoce. S'il mêle à cette audace des circonstances 0 lieuses dans la poursuite même d'une dignité séculière, elles aggravent ses torts. Mais la demande seule de l'épiscopat prouve qu'il n'entre pas dans le bercail par la porte; il en esialade les murs. Ce n'est plus un pasleur des brebis de Jésus-Christ, appelé de lui pour les garder el les nourrir, c'est un voleur ou un mercenaire.
Du reste, nous ne convenons pas que les usages qu'on nous op|iûse soient irrépréhensibles en eux-mêmes, qu'ils soient même favorables aux États et à la société civile.
La morale et la relif^ion nous apprennent que le pouvoir el l'élévation en tout genre sont inséparables du devoir. Un rang distingué parini lus hommes, qui n'aurait aucune lonction à remplir, aucun service à rendre, aucun bien h faire, serait dans le monde un désordre monstrueux. Plus le pouvoir est grand et la place élevée, plus les devoirs sont vastes el pénibles. Ces devoirs, quoi (|u'en pensent la sagesse du siècle et la prétendue philosophie de notre temps, ne regardent pas seulement les hommes; ils regardent Dieu, elle regardent en deux manières : premièrement , parce que les (luissaiits lui répondent de l'usage de leur pouvoir, qu'il se tient oll'ensé et s'annonce comme le vengeur des injustices qu'ils font aux hommes ; secondement, parce que leur pouvoir et leur élévation les obligent à servir Dieu dans leurs personnes avec plus do fidélité, et à faire, dans leurs places, pour son service, c'est-à-dire pour le maintien de ses lois et de son culle, pour Ja défense de son Eglise, pour l'intérêt de la foi chrétienne et catholique, ce qui ne peut être fait que par eux. On a pu ignorer ces vérités dans les ténèbres du paganisme. Les Romains et les Grecs ne connaissaient rien au-dessus du service de la patrie; c'était pour eux une religion plus sacrée que celle de leurs tem]iles. Ils ont pu
croire que l'ambition d un citoyen ardent à signaler son zèle dans les emplois de la république était une vertu. Mais celte opinion, où il y a plus d'enthousiasme et quelquefois de fanatisme que de solidité, s'évanouit à la lumière d'une raison épurée (lar la révélation. Que la société civile pardonne le désir et la recherche des honneurs à celui qui promet de s'y rendre utile et tient parole, qui s'y présente avec des talents, qui a le bonheur d'y arriver sans |)révaricalioii et sans bassesse, qui s'y soutient de même, prêt à les abdiquer ou à les perdre, s'ils doivent lui coûter le moindre sacrilice de ses inviolables principes, on ne doit [las être surpris de cette indulgence. L'assemblage rare (y en a-t-il beaucoup d'exemples?) de ces conditions remplit l'atlenle de la société et satisfait à ceux de ses besoins qu'elle sent le plus vivement. Il nejustitie pourtant pas aux yeux de Dieu, ni de ceux qui eonnaissent la vraie vertu, le désir orgueilleux do s'élever (première cause des malheurs de notre nature, source de tant de désordres), l'amour de la gloire humaine, qu'il n'est jamais permis d'associer aux vues les plus» utiles et môme les plus dioiles, la témérité de chercher volontairement une charge plus pesante, des obligations plus étroites pour la conscience, des dangers plus menaçants pour le salut, l'exemple pernicieux d'une poursuite qui autorise toutes les démarches colorées des mômes prétextes, et en facilite le succès.
Car c'est une illusion, démentie par l'expérience de tous les siècles et de tous les pays, de s'imaginer qu'il n'y ait d'autre moyen, que ce soit même un moyen efiicaco et sûr pour discerner le mérite, que d'ouvrir la porte aux sollicitations. On ne l'ouvre pas seulement à celles des candidats, on l'ouvre à celles de leurs proches, de leurs amis, de leurs partisans, de leurs protecteurs, des ennemis de leurs rivaux. Il peut sortir quelquefois des nominations bonnes de ce chaos de brigues oj)posées , de ce combat d'intérêts particuliers, qui se couvrent tous de l'intérêt public. Mais, selon le cours ordinaire, combien doit-il en sortir d'emportées par la prépondérance du crédit, d'achetées par des largesses, d'extorquées par l'importunité , de surprises à l'amitié ou à d'autres sentiments moins excusables? Il est donc faux (|ue la multitude des compétiteurs éclaire le choix, comme on le prétend dans l'objection que nous réfutons ; au contraire, elle l'obscurcit, elle le gêne; et, s'il n'est lixé par un amour incorru(>tible do l'ordre , elle le détourne du mérite supérieur, filus souvent qu'elle ne l'en rapproche. Ces inconvénients sont moins à craindre, dira-t-on, dans les élections nationales que dans les nominations d'un monarque : il faut supposer pour cela qu'une nation, usant de son droit d'élire ses ofiiciers*et s*es chefs, soit pénétrée de cet esprit palrioticpie qui a éclaté dans les beaux jours de Rome, (l'Athènes et de Lacédémone. Et encore, que des citoyens illustres par leurs services
)B3 PART. V. TIIEOI.. MORALE. — LETTULS A DM EVEQLi:. ETC. 194
ont (^li^, ilniis l'cs iiu"'mL'S toiniis, fnisliés tli's lus iprt'cfuilions li.-s plus sagcH, dcTiondrotil
iionncurs «|u'ils av/iiciit niL^iili'S, on, fl|irt''S ccrdiinciiiunl plus r/iios (Lins co disccrni'-
ies «vdir Oïorcés gliMifUSLMnenl, proscrils nn-nl, qno si l'un laissiil le Vli,iiii|p liljie h
p.ir nn nslnicisnio |Mi|inl;nrn, un dùliimenl tmiiis les snilicii.iiions (K.Tsonnflles nu
df la ii''|iubliqne! .Mius si l'ardeur i-l lu |in- élriint^ùros; on d('Touvi'irn (dus du sujils
loti^ du |ialii(disino ont siKiircil, duns ei-liu cap.dilos ipiVin n'in lentonirciail anïru-
nalion, une dt-H-aJi-nci,' sfinhlahli; à ctdlu i|ui nionl; ot,i:e(|ni L'.*^! d'nno cor'.iliido évidiide,
|)ri^|iaia lu ruino (.Iv ces luniunses répuhli- cuninio de lu dernière iniporlunei? pour
ques, les éleclio'is y seront iid'ectées des i]uici)n(|ne exerce ce lorniidable minislùre,
niÔMies vices dont elles le lurent alors, et no on ne répondr.i ji.-is dcvanl Dieu, ni devant
vaudront pas iniiux que les nouiinaliuns l'I'^glise, des mauvais choix échappés invo-
d'uno cour où rintrit;ne donnne. lonl;iii enicnl ii rinipeileclion de la prudence
Il y a donc heaucoup h rahallre des élo- liiiniaine.
ges qu'on donne .'i l'usa^'e élahli ou favorisé Tris sont en abréj;^ les devoirs des dis-
d'aspirer ouvertement aux dignités sécu- trihiiteurs de Uigniiés ecclésiasliqncs; leur
lières. Les justes motils do le réprouver sorl n'ust pas à envier. Peul-éire cette légère
ont encore bien plus de force, et une appli- csiiuiss(! n'esl-clle pas nécessaire Ji la dis-
calion plus sensible .i l'égard des dignités cussion qui nous oc(;upe. Kn liïel, (piels
ecclésiastiques ; et cependant, fiuand la re- C]ue soient Icuis devoirs dans celle dislrilju-
cherche des unes serait louable, le désir tioii, et satis s'anélcr.! la manié e dont ils
des autres serait toujours nue ambition dé- s'en acquitlent, chacun n'a qu'à faire lo
réglée. sien, en s'abstenant d'entrer, contre la vo-
Alais, pour élever le mérite aux places qui loué de Dieu, dans l'épiscopal. Il est déonl besoin de lui, il faut lo connaître; le montré que, pour éviter co malheur, il no j>eut-on, s'il ne se présente pas? Comme s'il faut ni le demander, ni le désirer. Tout était impossible de découvrir le mérite rao- ecclésiasti{]ue persuadé de celle maxime, desle, quand on en sent tout le prix, quand non dans une vague et siérile spéculation, on s'occupe fortement du soin de le cher- n:ais par le senliment intime de son cœur, cher, quand on l'honore a(>iès l'avoir trouvé, voit de ses pa-eils se mettre liaidimcnl sur Sa modestie n'empôche pas qu'il n'ait déjà les rangs, sans être tenté de devenir leur l'ail, par devoir, non par ostentation, des conifiéliteur. Il ne se mesure [iasav(ceux, preuves auxquelles on doit le re( oiiiiaîlie. fn'ur juger si son mérite n'égale pas le leur, Si l'obscurité i]u'd aime le dérobe aux re- ou môme ne le suipasse pas; il lui sullit gards iuHuédials du gouvernement, si elle de n'en pas trouver en soi un qui réponde lait taire sur ses talents, sur ses services, à la grandeur de l'épiscopat. Il doit (leuser la voix de la renommée, il y a des témoi- ainsi par resiiect pour la vériié; il le peut gnages dignes de foi qui (leuvent être con- sans nu elforl héroi^iue d'humilité. Les désultés au mouient d'une vacance^ encore sirs ambitieux dont l'amour-pi-opre qui est mieux de bonne heure et par anticipation, tiuijoui s dans l'homme est le foyer, s'aïuoratin de foriuer de tous ces témoignages tissent par cette salutaire pensée. Si des aimbinés un tableau régulier des sujets démarches qu'il n'a osé faire pour luiqu'il faut apjieler dans leur temjis, et sui- même élèvent à l'épiscopat des sujets indivant les circonstances, aux dignilés de l'E- gnes, il gémit de cette (ilaie, la [lius cruelle glise. Dépareilles informations sont bien dont l'Eglise puisse être frappée ; mais il dilfércntes des recommandations; celles-ci n'en conclut [tas que pour y remédier autant doivent être suspectes. Saint Bernard en qu'il est en lui, et se rendant témoignage du lai'sail une règle à son disciple : Pro quo zèle qui 1 anime, il doive procurer dans sa rogarissU suspectas. Car, ou elles sont pro- personne un bon évêque à l'Eglise. Le soin voquées |iar celui qui désire la dignité; de lui donner de lidôles ministres ne le rodés lors il est jugé, c'est-à-dire convaincu garde pas; ce serait de sa part une vanité d'en être indigne, parce qu'il la demande, inexcusable, et le piège le plus grossier que qui royat pro se jam judiaitus est, et qu'il le démon pût tendre à une piété ignorante, est égal de demander par soi-même, ou par à un zèle sans règles et sans principes. Où autrui, nec interest per se an per aliiiin quis en serions-nous si la recherche de l'éfiisroget : ou ces reLommaiidations agissent copat n'était pas seulement le partage des indépendamment des prières de celui qui âmes mondaines, si des dévots de (uofess'y trouve intéressé; celles-ci ne sont pas sion, sous prétexte qu'ils n'ont pas les mètoujours des tilres d'exclusion; elles ne mes vues, couraient la même carrière avec sont pas non plus des titres favorables : d'autant plus de scandale, qu'ils prétendraient elles inspirent une juste défiance, surtout la sanclitier? Notre ecclésiastique, mieuj SI l'on y ai)erçoit des traces de l'esprit du instruit, abandonne à la Providence, dans monde, uu mouvement imprimé par les l'état où elle l'a |)lacé, la disposition des aflections de la chair et du sang : elles prélatures ; il la conjure de faire céder dans obligent à un examen plus sévère et jilus cette disposition les décrets rigoureux de approfondi de la personne ainsi recomman- sa justice à sa tendresse pour l'Eglise. G est dét. Lors(ju on s'y prendra de cette manière ce qui arriverait, et nous n'aurions que do pour discerner le vrai mérite du faux, les dignes |uélats, ou du moins nous en aurons erreurs dont 1 homme est Iribulaire malgré J beaucoup davantage, si d'un côté la crainte^
OEUVnES COMPLETES DE LEFBANC DE POMPIGNAN.
de IV^piscopal ét.iit plus profondément gravée dans les esprits, et si de l'autre on écartait les prétendants, pour ne choisir que des sujets qu'il eût fallu cherclier.
Vïi insiste pourtant àjustilier la conQance que nous blâmons. On ne met pas le mémo jirix que nous à la crainte qui nous païaît si admirable et si nécessaire. On soutient que la confiance d'un homme dont le méi ite est réel, et qui ne peut ni ne doit se méconnaître entièrement, est la plus heureuse dis[)Osition qu'il puisse ap|iorter dans quelque place qu'on lui conlie, mais particulièrement dans une grande [ilace ; que c'est le noble sentiment d'une âme sûre d'elle-même, et qui, sentant ses forces, se charge avec joie d'un fardeau qui ne l'accablera pas; que c'est l'aiguilioii des talents dont ce candidat est doué, et qui n'allendent qu'un théâtre oii il puisse les déployer; que c'est le germe et le présage des grandes choses qu'il fera, pour réaliser tout à la fois ses propres espérâmes et celles qu'on a conçues de lui. Au contraire, ajoute-t-on, la crauiie et fa répugnance sont d'un mauvais augure pour le succès du travail qu'elles précèilent. Elles dégoûtent, elles découragent d'avance celui qui s'en charge. Elles donnent lieu de croire, ou qu'il ne se sent i>as assez de mélite pour y réussir, ou qu'il se rebutera tôt ou tard des difficultés qu'il éiirouvera.
Jugeons d'aboid de ces raisonnements j)ar des exemples au-dessus de toute critique; ils en rendi'oni la fausseté pal|iable ; ils amèneront naturellement la preuve des juiiicipes contraires. Saint Alhanase, saint Basile de Césarée, saùit Cirégoire de Naxianze, saint Jean-Clirvsoslou;e, ont redouté, ont fui l'épiscopal; on les y a élevés malgré eus. 11 en a éié de même , dans l'Eglise d'Alrique, de saint Cyprien et de saint Augustin. Saint Ambroise avait j)ris les plus éionnantes mesures pour anéantir son élection inesi)éréo à l'évêché de Milan. Saint Grégoire, Pape, avait également combattu la sienne par sa retraite dans un lieu caché, et par le déguisement de sa personne. Je demande si c"eût été servir utilement l'Eglise que de les prendre au mot, et de leur due : Vous ne voulez pas être évoque, vous ne le serez pas; vous craignez les suites de votre élévation, nous les ciaignons aussi sur votre témoignage et sur votre crainte mémo. On n'avait garde alors de parler et de fienser ainsi dans ces siècles heureux dont resi)rit sera toujours celui de l'Iiglise. Plus on voyait des hommes d'un mérite d'ailleurs connu s'éloigner de ré[)iscopal, et plus on ks en jugeait dignes, plus on s'applaudissait de les avoir élus, |)lus on s'atlacliait à suriuonler les obstacles qu'ils opposaient à leur élection, plus on attendait de leurs travaux une abondante moisson dans le champ du Seigneur. Les événements justifiaient cette aitente. Il n'y a pas eu de prélats ^plus courageux, plus intré[)ides que saint Cyprien, saint Athaiiase , saint Basile, saint Jeaii-
Chrysoslomc; plus savants que saint Grégoire de Nazianze, saint Augustin; plus fermes, et en même temps plus judicieux que saint Ambroise; plus versés dans la science au gouvernement , plus constamment appliqués au service de l'Eglise que saint Grégoire, Pape. Quelques-uns ont disputé la palme de l'éloquence aux plus grands écrivains de l'antiquité profane. Tous ont rempli, avec une persévérance infatigable, les fonctions de leur ministère; tous ont honoré l'épiscopal. Quand on me nommera des prélats qui aient égalé leur zèle, leurs travaux, leur gloire, ajirès avoir recherché la môme dignité, je conviendrai qu'il peut y avoir des exceptions à la vérité que je 'défonds.
Les raisonnements de nos adversaires pèchent par une notion peu exacte de la crainte et de la contiance dont il doit s'agir entre eux et nous.
La première n'est pas une faiblesse, une lâcheté naturelle. On a pourtant vu des âmes de cette trempe élevées au-dessus d'elles-mêmes, par des miracles de grâce, et devenues capables, sous la main de Dieu, d'exécuter les plus grands projets, de vaincre les plus grandes difficultés, d'affronter les plus gi'ands [lérils. 'Une vocation manifeste peut seule en faire espérer de pareils. Dans les règles ordinaires, la crainte que nous venons de délinir doit être une exclusion à réiiisco|>ai. Confiu'mément à cette parole de l'L'cclésiaslujue (II] : Gardez-vous lie vouloir cire juge, si vous ne vous scidez pas assez de force pour rompre tous les efforts du l'iniquité. La crainte que nous recommandons, qui a été celle des prélats anciens, ou plutôt celle des saints prélats de tous les siècles, des siècles postérieurs comme des premiers, n'est pas une crainte de tempéramenl, elle est raisonnée et rétlécliie; une crainte naturelle, la grâce en est le|irincipe, la foi en est le fondement. Elle n'ôte pas à ceux qui en sont frappés tout ce que la nature, le travail et la leligion ont mis en eux de talents, de lumières et de vertus propres à exercer avec succès les fonctions de ré|iisco[)at; c'est au contraire un secours de plus, parce qu'étant inspirée par une vive et profonde connaissance des obligations épiscûpales, elle doit en presser sans cesse et en j)eifectionner raccomplissement, dc- ])uis qu'on les voit, non plus dans le lointain, mais de près et autour de soi, et que, par l'ordre de la Providence, on est forcé de s'en acquitter. Une crainte de cette espèce, loin deloruier un préjugé contre l'élévation qu'elle précède dans un sujet estimable jiour son mérite personnel , donne lieu d'en concevoir les plus favorables espérances.
D'autre part, la confiance que nous proscrivons est uniquement celle qui s'appuie; sur des qualités naturelles ou acquises,' beaucoup plus que sur Uieu, sur ses giâces, sur sa vocation. Oulre qu'elle est visiblement
(11) Noli quœrere fieri judex, ni$i takas viiiute irrumpere iniquitates. lEccli. vu, 6.)
Ib7
rvilT. V. TIIKOI . MOIlM.i:. - I.KTTIIKS A UN EVKQUE, ETC.
K^iiii^iniio , cl ilii'tllf iill'cnso la M.ijesli'' iliviiit-, elle niHMiiici) iiii (^|iis<:i)|iiit (|ui iki rt'iii|)lirn|>nv sn vériliihlt' ilcsliiMlmn, i|(iiiti'l iiit^iiio il ser.iil exempl ik- ifs liulics iiuiitcuscs, olijrt (lo nu|iris |i(iur li'S liomiiios, 011 qu'il t'biouiiuit (luclcjue (tinis leuisyciix |iiir lies u'iivres |>lus i'(lat;mles (|ut' salutaires et religiuiiSL'S. Kii |>arfillo m.iliùiu, il e>t |ierriiis , il e>l juste ilo craiiuliL' pDur celui qui nu craint pas. Mais il y a une nuire conliance, ijiauiélralenunt 0|i|)iis(5o à (•i'lle-lî> , c'est ccllo d'un liunnue (jui , se ilotiant do soi , attonil tout de Dieu qui ra|i|iell(> à la dignité é|iiscO|»ale ; (|ui en nu'surc les olilii^atious, non sur ses iMopros forces, mais sur l'as^islanco du Toul-1'uissant ; et ijui, d'a|MÙs cette mesure, ne voit rien dans les immenses, dans les sidilimes devoirs de cette dijçnilé, qu'il ne puisse et nu veuille remplir : persuadt^ d'ailleurs que si l'inlirmité humaine lo laisse (]uelipiel'ois jui-de>siius do ses devoirs, Dieu, auteur de son élévation, ne lo juj^era jias dans toute la rigueur de sa juîlice. Telle a été la conlianco des grands évéques dont nous parlions tout à l'heure. Klle avait succédé à la crainte ipii les avait d'ahord déterminés à fuir l'épiicopat ; elle était née do citle crainte même, et l'emportait sur le sentiiiiciit qui leur en restait encore.
Nous en voyons un bel exemple dans ces paroles de saiiit Léon (12) : « C'est [lour moi une nécessité de tiembler à la vue de moi- Kiômo et de mes délauts. ïlais la religion ne m'en fait pas moins un devoir de me léjouir du don que j'ai reçu ; car, celui de ([ui vient le fiu'deau que je jiorte, ou l'Iionneur dont je suis revêtu (suivant le.s diflércntes lugons du teite origin;d cité au bas de la page), sera mon ap|)ui dans celle ()énible cl dangereuse administration ; et, pour qu'un homme aussi faible que je le suis ne succombe pas sous le poids de celte gri\ce, Dieu, qui m'a conféré la dignité, me donnera la force. » Et dans le sermon suivant , sur la même cérémonie, l'uninversaire de son sacre (13) : 0 Quand je regarde ma petitesse et la grandeur de mon enq;loi, j ai lieu de m'écrier avec lo prophète : Seigneur, j'ai entendu vos paroles, elles m'ont épouvanté ; j'ai considéré vos œuvres, elles m'ont glacé d'efj'roi. Qa'y a-t-il en ell'et de plus étrange et de jilus elfrajaut, que le travail coiiUé ù dos mains débiles , la bassesse placée dans un rang élsvé, la dignité possédée par celui ijui ne la mérite pas? El cependant nous ne tombons dans le désesi)oir ni dans l'abatieineni , parce que nous ne présumons pas de nousmêmes, mais de celui qui o(ière en nous. » Aiusi s'expliquait ce poniife , que nous
(I2) t Eisi necessarium est irepidiire de niciiio, religiosuîa est lainen gaiulere de ddiio. Quciiiiaiii (|iii lionoris (vel oiieris) esl aiiclor, i|ise lieladiiiiiiisnalioiiis adjiuor. El ne siib inagiiitmlinc yr.iliiu siiccurnbal iiiliiiiius , daliil, viniUeiii ([ni cuiitiilil di- ^..ilaleiii. » (Saiiclus Léo, scnii. 1 , De unuii'cmuuu ussuiiiptioitis stiœ.)
(lï) I llespiciens ail exiguilalis nicx lonuiialciii, ei ad bUbct-pu luuiieiis uiagiiiiudiiicui ; etiain Cj.'u
aurions pu compter parmi ceiit que l'inévil.ilile ccintiainle de leur voinliuii a i-n^a^^és dans le niiiiistùreépiscopal. Les merveilles du sou poiililirat, qui lui ont attiré le surnom (II! (inutd, ont emoro mieux prouvé que ses discours combien une liiiudjlo conlianco dans lo Seigneur peut donner do nerf è l'ilmo et d essor au génie.
Il n'en cst pas des fanleaux , entendus dans un sens nn^tapluiriquo et moral, eoinme lies fardeaux |iiiiprement dits, que lo corps soulève et qu'il |ii)rto : la ré|iugiianc(i cl Se charger de ceux-ci (sans uiio obligation de servitude, et nonobstant l'appAt du gain', est un ii:auvais signe. On augure iavorablement, et avec raison, d'un homme robuste cl vigoureux, qui s'y oliie du luimême , et les accepte avec empressement. Le monde est accoutumé h porter le môme jugement ù d'égard des dignités séiulières, qui sont aussi , de son aveu , des fardeaux , mais dans l'ordre politique et mcral ; il méprise la modestie qui les ledoute et les évite, il approuve la hardiesse à les rechercher. Mais, quoi qu'il en soit do ce sentiment, qui a été combattu plus haut, la règle applicable aux fardeaux physiques est évidemment fausse jiour des fardeaux tels que les dignités ecclésiastiques. Ils ne sont jamais mieux [lortés que (lar celui qui les craint (avec du mérite et dos forces) ; ils éciasent celui qui les a demandés. La raison en est simple , et il ne faul pour en concevoir la solidité qu'un retour sur les vérités de la foi. C'est que le premier, pouvant se rendre le témoignage qu'il a été canoniquemont appelé, a droit décompter sur la [iroteclion divine: cette pensée le soutient et l'animo au milieu des fatigues et des iriliulations de l'épiscopat. L'autre , élevé par ses propres désirs et par ses propres soins, demeure livré à lui-même .• faible et insullisante ressource, quelque esjirit et quelques talontsqu'il ait. 11 aurait besoin, à tous moments , qu'une |)rovidence attentive et bienfaisante i'éclaiitlt dans ses vues, secondât ses démarches , aplanit devant lui tous les obstacles, écurtût les [léiils et les (lièges qui l'environnent , accordât une lieuieuse fécondité au grain qu'il sème et qu'il arrose. Dépourvu de ces secours, quo Dieu ne lui a point jiromis, et indépendamment desquels il s'est introduit dans le sanctuaire, que lui restora-t-il'? Une aveugle cûiiliance dans ses seules forces. Elf; dégénère en désespoir, si la foi réveillée dans son cœur lui découvre l'abime qu'il s'est lui-môme creusé ; ou elle l'endoit parmi des jirévai icalions continuelles, dont les hommes ne connaissent pas toujours lo
cuin proplieta debeo proclama re ; Domi/ii;, audivi auditunt iuuin et limui ; consiUciavi openi lua , et exiKiii. Qiiid eiiim laiii iiisolilum el pavciidiim quaiii laiior fiagili, &uldiiiillas liuiiiili , digiiitas non iiiereiili? El laiiieii non desperaiiiiis neipie delicimus, quia lion de iiobis , sed de illo pixsuinimus, qui operauir ia nobis. > (Sauclus Léo, senu. 2, iimili die.)
ŒUYIIES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
nombre ni la grièvclé, mais que Dieu pèse dans la bnlaiice de sa justice, qu'il scelle' dans les trésors 'Je sa colère, et pour lesquelles on pourrait lui répéter ces paroles adressées, dans VApocalypse , à l'évèque de Laodicée (14) : Vous diles, je suis riche, je suis comblé de biens, et je n'ai bcsoinderien ; et vous ignorez votre misère, voire pauvreté , voire aveuglement, votre nudité.
On veut savoir , Monseigneur, si vous trouverez mauvais que i'épiscopat fût désiré dans la vue d'acquérir une plus haute perii-ction, et de rendre de plus grands services à l'église. Saint Paul approuve ce désir, d'ins sa première épître à Timotliée. 11 y établit (15) comme une vérité certaine, que si quelqu'un désire I'épiscopat , il désire une bonne œuvre. Les Pères ()ui ont le plus sévèrement condamné l'andjiHon dans la recherche des dignilés ecclésiastiques, n'en Ont pas luoins exjiliqué , dans ce sens , les j)aroles de l'Apôtre. Sauit Chrysostome y ajoute ce commentaire (16j : Si quelqu'un désire I'épiscopat, je ne le bldme pas ; car c'est une œuvre d'administration. Quand ce désir a (lour objet , non pas seulement l'empire et l'autorité, mais lolliee et le devoir de supérieur, il n'est pas vicieux. Car jSIoise a eu ce désir , quoiqu'il ne désirât l)as la puissance, et il l'a tellement eu, qu'il s'entendit dire : Qui vous a établi prince et juge au-dessus de nous? Il enseigne la môme doctrine dans son livre Du sacerdoce. Après y avoir qualilié le désir de l'élévation aux honneurs et au pouvoir de I'épiscopat, « de ]ioison mortel et contagieux , ce langage , continue-t-il , n'est (las opposé à celui de saint Paul ; il est parl'aitement conforme. L'A()ùtre assure que désirer I'épiscopat , c'est désirer une bonne œuvre : je n'ai pas dit que le désir de l'œuvre lût une peste, mais celui de la domination et de la puissance. » Saint Grégoire, Pape, dont le Pastoral est le livre classique des évoques et des prêtres, pense, comme saint Jeau-Chrysoslome {17j, que « si quelques j>ersonnes sont louables de n'entrer dans le ministère de la prédication qu'avec répugnance et par force, d'autres .le sont aussi
(14') Angelo Laodiciœ Ecclesiœ scribe... Dicis quia diveb ium , et lucupteliiliis , ei nulliia egeo. Hl nescis quia lu es miser, et miierabitis, et pauper, et cœcus, et lîiidus. (Ajioc. m, 14.)
(Lb) Fiiteiis senno ; Si quis episcopatum desideral, boiiuiii o;)«s Uciiderut. (1 tiin. m, 1.;
(|j) ( Si quis eplbcu|);iluiii ilesiileral , tion iiiiprubu illum, inquit (Apostolus). Opiis quippe regimi- «15 esi. bi (juis lioc desideiio iciieuir, lia ul non iiiilieiiuiii el ;iiitlorilaleni ciipial taiilum, beclpr^iiosili oilitiuiii; iiuii imprulio. INam .Mdyses illiiil appeliil, geil non piileiiuain : auiiie ila aesidciavil , ut auùiiei , quis le cuintiluil piiiicipem et juUicem super nus? I (baiicUis Joan. Cuuys-, lior.i. 10 m Episl. I iid 'Jiiiwilieuiii.} — I l'cMiiluiis ac leiliale esi appeienn* isiius virus. Neijue id dico cum bcato Paulo pugnore vuleiis , quin iiiio ul inaxuiio cuni illius verbis con» seiiUaui. ta vero liiijiisii.odi sunl, si quis episcopatum desideral bvnuir vpusdesiderut. Al ego non operis ipsiub sed doniinaliuiils ac poienlia: uesideriuni pe^ukiiSËsse (lixi. > [Idem, iib. m Desacerdoiio, cap. 9.)
de le désirer; » il en donne des exemples dans Isaie, à qui « Dieu demande : Qin enverrai-je? qui parlera en mon nom à ce peuple? Et qui répondit : J/e voici, envoyezmoi ; » el dans Jérémie, qui s'excusa d'aboid d'accepter la mission que Dieu lui offrait , en s'écriant : Ah! Seigneur! je ne sais pas parler , je suis un enfant. L'explication qu'il donne, dans le chapitre suivant , aux paroles déjà citées de saint Paul, porte sur ce principe , qu'il y a dans I'épiscopat des points (le vue qui peuvent en rendre le désir légitime ; el si l'un de ces points do vue a été (18) , du temps de saint Paul et dans les trois premiers siècles de l'Kglise, l'occasion prochaine du martyre (cet apanage alors de I'épiscopat ajouté à tant d'autres matières de mérite), saint Grégoire n'a-l-il ]>as pu penser que les évêqnes des temps postérieurs , avec les mêmes et de plus grands travaux que leurs anciens prédécesseurs , étaient ex/iosés à un autre genre de mailyie, aussi méritoire peutêtre que la mort soufferte pour le nom de Jésub-Christ ?
On ne nous oppose donc plus des raisons purement humaines. On tourne contre nous nos [iropres armes ; le témoignage de In parole de Dieu et celui des saints Pères. Serait-il possible que ce double témoignage favorisât le pour et le contre? Ils est juste de lever sur cela tous les doutes ; cet éclaircissement mettra dans un plus grand jour la vérité que nous soutenons.
On nous parle d'une précision de l'esprit, qui séparerait dans I'épiscopat les fonctions et les devoirs, de l'autorité, des richesses et des honneurs. On demande si le désir de I'épiscopat, fondé sur celte précision, s'éloignaiil des objets flatteurs pour l'amourpro[ire et la cupidité, et s'altachant uniquement à ceux qui existent et nourrissent le zèle, ne serait pas un désir louable. Je réponds d'abord à cette question par une autre. L'abstraction qu'on veut bien supposer, est-elle commune parmi les as|ilraiils à répiscojiat ? en trouve-l-o:i beaucoup qui ne considèrent, qui n'aiment dans celte dignité que les occasions de travailler plus
(1") « Nonniinquam praedicalionis olBcium el iiuunulli laudabiliier appelunl , el ad lioc noiinulli biudabilileicoacli perliabunlur. Quod liquide cognoscinius, si duuruin proplielaruui lacla pensauius ; quorum uiius m ad prsedicandiim inilli debnisset sponle se piiebuil ; qno lanien aller pergere cuin pavore recusavil. Isaias qnippe Uuniiuo quaereiili, quem millum? et quis ibil nubis? ullro se oblulil dicens, ecce ego, tnille me (Isa., vi , 8). Jereniias aijloii) niillilur, el Unien ne mini debtal, liuniiliter reluelaliir, diieiis, a a a, Domine Deus! ccce nescio loipii ijuia puer ergo sum (Jerem. i, C). » (Saiiclus GiiEC, De cura pastorali, pais i, cap. i.)
(ISj « ISolaiidum ([uod illo in lenipore lioc iliciliir (Si quis episcopatum desideral, bunum opus desideral) quo quisquis plebibus prxeial, priuius ad niailyrii curoiiani dueebalui. Tune iTgo laU'i 'biie fuil t'piscopauini qu.tiere , ([uando per tiuiic quein- (|iie uubiuin non eral ad supplicia graviora perveiiire. > (Sauclus Grec. De curu pas'nraH, pars l, cap. 4 )
lAlU. ^, TIIKOL. MOU.M.K. - LETTRES A IN EVtQUE, ETC.
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eni'-;;n'fmoii'. pinir In [îloiro ilo Dieu et nu s.iitil ili's AiDi'S, ri i|iii (■oiii|>li>iit |i(Mir l'iiii tous It'^i »Viiiilji,^0!> ieiiiiKirL'Is (|irellL' lonr jutimcl ? (,)iit<lijiies-iins hsckiiiI |ifiil-(Mrc le (liio; iiKiis le lt'iiitiigii;ii;i' ili'Siivimci ii;ii' lisiir piit|iio coiiscitincc, s'ils veulent l'écnuler, l'est iioluii'CMieiit pue les ninyeiis (|u'i!s |iienncnl pour s;ilisl\iire leurs va'ux ; on lie snllieile p.is iiulrenieiil les ijij^nilt^s S(5ruliùres, iiiiiorees de raiiilulion : il l'osl (■(^aleuieiit p.ir liïiir coiuhiile, l(irs(iu'ils sont pji venus 11 ré|iiscopiit ; elle nioiiliu ce (pi'iis » ont clierelu'. D'autres iliroiit ouverlemenl (Qu'ils veulent proliler tlos prérogatives acconJées iluns lo nioiido <i l'épiscopal, et cependant en rcni|ilir lidèlement les obligations. Dus lurs, ils iihainloniieiit la séparation ipi'nn nous iil)jc<.-le; ils ne peuvent plus se prévaloir du suHïage dos Pèros, puisi]ue ceux-ci ont proscrit inexorabieruent les sentiments dont ils ne se cachent [las, et n'ont jamais peiinis (pron les alliât au désir il'exereer utilenienl les fonctions épiscojiales. !1 faut tonvenir uiali^ré soi, et dans nn eipi-it tout dill'ércnt du celui des enfants dusiècln et des ennemis de l'Église, que s'il n'y avait h espérer, en devenant évèipie, que des peines et des travaux, sans aucun dédommagement pour la nature, lu uùudjrc des [uétendants à répiscO[)at serait inlinimenl moindre. Ceux suitout h qui la noblesse du sang, le crédit de leurs proches et de leurs amis, inspirent tant de conlianc.', et procurent tant de secours, seraient les premiers à s'en exclure. Ceux qui attendent leur fortune de leurs talents, les emploieraient ailleurs, et dédaigneraient une carrière où celte allenle n'aurait pas d'olijet. 11 lie resterait donc que des hommes amoureux de l'épiscopal par un (>ur molif de zèle; cl quand môme ils désiieraient y mener une vie humble, pauvre et laborieuse, ces hommes, s'il y en a de noire temps, sont les seuls en faveur de qui ra[)piicalion des paroles de saint l'aul et de celles de saint Jeau Chrysostome et de saint Grégoire, jiape, ait quelque ai)parence de vénié. La (pieslion réduite à ces termes, est toujours iutéressanie ; mais elle laisse sous l'anaihème, avant même qu'elle soit disculée, le désir de l'épiscopal tel qu'il existe dans la foule des aspirants, et qu'il se moiilre sans détour aux regards des hommes.
La persjicclive de répisco[)at, indé[),'udanle des richesses et des honneurs du monde, a éi6 celle des temps aposlolnjues et des siècles suivants, jusqu'à ce l\\iv, la leligion chréiienne lût montée sur le trône avec Constaniin. L'exemple de Taul de Samosate, patriarche d'Aiitinche, accusé de luxe et de faste, déposé pour cette cause, ainsi cpie pour ses erreurs, est peul-éiro unique dans ces lieureux tenqis. Jl y a même tout lieu de croire que, sans la protection deZénobie, qui régnait alors dans I Orient, et qui voyait dans ce prélat des seutimenis assez conformes aux siens, les ressources de l'admini-lratiou épiseopale ne lui aulaient pas sulli pour imiter l'étalage et la Olîvvnus COMPL. DE Lliiianc de i'osiPî
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inagni(icoiice dos (,'rands du siôcle. L'égli>;n n'olfrail h ses pontifes que riiérilage de Jésus-Chrisl et des apôtres. Il consistait dans la (lispi'nsati(jn des trésors spirilmils, et dans le (iénucmint des liiens terrestres. Ses possessions se hornaient à des olfrandcs volontaires, dont il n'était pas au iiouvoir do l'évèque d'int'.'rveilir la destin.ition. Du reste, nul rang dans l'ICiat, nulle distinction séculière, nulle dée(jr,ilioii extérieure; rien en tout cela d'attrayant pour l'ambition ni pour la cupidilé. Mais voici qui h.'S repoussait encore plus; c'est ce (|ue saint (ïrégoire, iiajie, reiuar(pie, comme on l'a vu plus liant, sur les paroles de saint Pan!. Du temps de cet apùtre, et duianl ipie l'Kgliso a été persécutée par les princes idolAtros, réjiiscopat était une occasion |irocliaiiio du martyre. La fureur des ennemis du nom chrétien cherchait pour premières viclimes les chefs du trouiieau de Jésus-Christ. Il fallait une charité héroïque (lour s'exposer à un péril aussi évident. La recherche do l'épiscopal (s'il y en eilt eu alors) ne |)Ouvaii être suspectée d'aucun intérêt personnel. .Mal à [iropos ou com|iarerait ce martyre à celui d'un autre genre; auquel tout bon évéque doil s'attendre. Ces deux martyres peuvent être égaux on mérite. Il y en a autant, quelquefois davantage, à supporter avec une patience invincible d'injustes et violentes contradictions, à s'opposer, comme un mur d'airain, au vice et à l'impiété, qu'à faire sous le glaive d'uu bourreau le sacrilice do sa vie. Toutefois ces deux martyres no s^; ressemblent pas assez, pour qu'il soit permis de les désirer do la même manière. L'un assure, dans le moment qu'il se consomme, la béatitude éternelle; il montre à celui qui le soulfre, les cieux ouverts pour le recevoir : l'autre ne promet qu'une victoire éloignée et incertaine; il est toujours mêlé de la crainte qu'on n'ait pas comballu commo on devait et qu'on ne succombe en do nouveaux combats. L'un n'a pour dédommagement que l'onction et l'appui de la grûce ; l'autre a trù|) de dédommagements humains, [lour persuailer aux hommes, et |i0ur se riqiondre à soi-même qu'on ne Fa désiré ijue par des motifs de foi. L'Eglise n'approuvait pas autrefois la recherche indiscret:! du premier de ces deux martyres; elle ne juslitiail que par une inspiration extraordinaire l'emiuessement à s'y présenter. Le.s évoques, ap|iclés à l'épiscopal qui les y dévouait en (jueli:[ue sorte, n'élaieiit pas coujiables de celle témérité. L'Eglise approuverail-ello aujourd'hui que, sous prétexte de rechercher dans j'épiscofiat une espèce du martyre, au milieu des richesses et des honneurs qui renvironnent , on s'y olliii avec contiaui'O et sans la garantie d'une vocation canonique?
Cette dilféieiice, amenée |iar la révolution survenue dans l'état du christianisme, n'a pas échapjiô aux Pères qu'on cite contre nous. De leur lonups, l'éi)iscopat était dovenu redoulableà l'humble et luodesle piété, non-seulement par la hauteur divine de ses
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