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OEUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. I.EFRAINC, MARQUIS DE POMPlGiNAN. 1112
Je sounailerais qiio ro genre réussît ns- .'oz parmi nous jiour ongnger nos bons poêles h le cultiver, et nos luibilps musiciens h y consacrer leurs chants. Les motets de Lainnde, de Cnmpra, de Mondonville charment les personnes même qui ne savent pas le latin. Elles entendraient avec bien plus de plaisir cette musi(|ue ravissante, si elle était sur des paroles françaises. Il faudrait qu'en se proposai. f pour modèles les Psaumes et les cantiques, on rassembiâl , dans ces petits poèmes français, tous les caractères de la poésie. Je les voudrais agréables, tendres et brillants pour les fêtes de la Vierge, pour la Nativité ; majestueux et sublimes pour la Résurrection, la descente ilu Saint - Ksprit , l'Ascension; lugubres, mais coiisnlanls pour le jour des Morts; terribles pour le jugement dernier; triomphants, remplis d'amour et d'allégresse pour la fête de tous les Saints. Une musique assortie à des odes travaillées dans ce goût, ferait vraisemblablement une sensation étonnante. Mes hymnes no seront, si l'on veut, (|ue des esquisses de ces grands tableaux; mais le dessein en est bon ; d'autres y mettront le coloris (25).
Telle est l'idée générale que je oonnais nu public de ces jioésies, lorsqu'elles parurent pour la première fois. Elles sont considérablement augmentées dans celte nouvelle édition. Quoique le goût du siècle ne favorise guère des productions de cette espèce, je ne saurais me plaindre de l'accueil qu'on a fait à celle-ci. Des journalistes' également éclairés et circonspects dans leurs jugements, n'ont pas craint de lui présager l'immortalité la plus flatteuse. On ne doit [)Ourlant pas dissimuler que l'objet de ces poésies fût d'abord un préjugé contre elles. Des personnes, de très-bon esprit d'ailleurs, furent effrayées du litre, comme si ce n'eût été qu'un livre de pure dévotion. Quand cela serait, je n'en rougirais pas; mais ce n'est jioint là du tout le caractère distinctif de cet ouvrage. Consacré aux vérités éternelles de la religion, il est propre encore, si je ne me trompe, à intéresser les lecteurs mémo lus moins religieux, par ks différents genres qu'il réunit.
J'ai de fortes preuves de ce que j'avance. Si je publiais (|uelques lettres qui me furent écrites, dans le temps, au sujet de ces poésies, tant do Paris que des pays étrangers, on serait étonné do voir des personnes, malheureusement pour elles trop connues (lar leur inditlérence en matière de religion, parler do ce livre avec une force et une chaleur de sentiment qui marquaient assez l'impression que sa lecture avait laite sur leur esprit.
C'est principalement pour cette sorte de lecteurs que j'ai écrit le» discours philosophiques qui lorment aujourd'hui la cinquième division de ce rei uuil. Ils y apprendront que la vraie philosophie n'avait pas attendu le xviir siècle pour se mon-
trer aux hommes; qu'elle est née avec eux; qu'elle est l'ouvrage non do leurs vaines spéculations, mais de celui qui a im|)rimé dans leur Ame l'idée de la Divinité, le sentiment du juste et de l'injuste, l'amour du bien, l'horreur du mal, en un mot, les notions de première nécessité.
C'était iicii de ces lumières primitives , qui ont suffi cependant pour faire des Socrate, des Platon, des Cicéron, et tant d'autres philosophes païens, dont la doctrine sera la honte éternelle des faux sages de nos jours. 11 fallait à Thomme une philosophie |ilus pure et plus sublime. Dieu lui eu a donné un abrégé parfait dans les livres saints. Les divines Ecritures sont le dépôt de toutes les vérités, de tous les devoirs , de toutes les sciences et de tous les arts. Quoi de plus philosophique et déplus lumineux que les livres Sa|)ientiauxl Quoi de |ilus instructif pour toutes les condi^ lions de ;la vie I Quelle connaissance du cœur humain I Quels principes féconds de politique, de justice, d'iiumanité, de morale, de droit public et particulier? Rois et sujets, grands et petits, pères, femmes, enfants, hommes de tous les âges, de toutes les [irofessions et de tous les rangs, c'est de ce livre céleste que nous vous dirons, comme à saint Augustin, prenez et lisez: lisez la règle de votre conduite et le précis de vos obligations. Apprenez h commander, à obéir, a être pauvres, a être riches, à ne point faire d'injures, à les souffrir, à les pardonner. Apprenez à détester le mensonge, la calomnie, la trahison, l'esprit do révolte et d'impiété; à aimer vos semblables, à chérir les droits de la nature, à respecter l'Etre suprême, les mystères qu'il a révélés, le culte qu'il a établi. Et vous partisans des lettres, des sciences et des arts, prenez et lisez. C'est là que vous trouverez le savoir et la modestie , les talents et la raison, la philosophie et la vertu. D'autres disent sans cesse à tout l'univers : Nous sommes des philosophes. Et vous qui ne le dites pas , vous serez plus philosophes qu'eux, ou plutôt vous seuls lo serez, parce que vous aurez fréquenté la seule école qui fasse de vrais philosophes.
La philosophie n'est, en effet, que l'amour et la pratique de la sagesse. Or il n'y a que les livres [>hilosophiques de l'iicriture oii les devoirs du sage soient enseignés dans toute leur étendue et dans toute leur punilé, sans contradiclion de systèmes, sans combat d'o(Hnions, sans mélange de vérités et d'erreurs.
Ces écrits divins ont de plus deux grands avantages sur tout ce que nous avons de meilleur en fait de philosophie profane; le premier, c'est qu'on n'y trouve aucune leçon de conduite, aucun précepte de morale, qui, de l'aveu de tout homme sensé, du quelque religion qu'il puisse être, ne soient inconlesiab'eiuenl vrais; le second, c'est qu'il n'y a pas une seule vérité utile dans
(25) Jusqu'ici t'est l'ancien discours préliminaire qu'on trouve à la lélc Jcs preniicrcs éditions.
<II5 (IISCUIJUS l'UKlIMINAlIlK. Illi
les oiivrfl^os |iliiloso|ilii(|uesnn(.'icii.s ou iiiD- siijuls lires iiéaiiiiiuiiis des iiiôdios livres
tleriiiis , les plus eslim(5.s, (|ui no soil ion- (|ui m'ont fourni los iMiilériaux di; l'ou-
lenuo ihms 1rs livres suints. Ils [louvcnt vragc l'nur celn j'ai (iris djins diUérenls
diinc nous tenir lieu do toute Jiulre ins- ('linpitros tous les vers(;t.s reliilifs au rni^niu
Iruilion en co nenru, et l'on nurait tort de ol>jel. Je (les ui liés ensi.'intde. J'en ai dé-
elierelirr ailleurs co (|u'ils nous oirieiil ^i velopiié In sens et les preuves; j<j leur ni
alionduiuiuent et d'une iiianièro si par- donné une juste élondue, et j'en m e<jiiipos()
l'uile. lies discours délncliés et inilép(!ri(l,'iiits l'un
Ue tous los temps il s'est écliappô des de l'autre. C'est la loiiiie ipiej'ai oliservée à
rnvonsde ce ^iollO de liiuiiùrH ipii ont |>er<'ô l'égard dos l'ruverlifs , jÉarce ipie les nia-
la nuit du piinanisiiie. Que cette communi- tiùios y semiilenl niùlées et conroiidiios.Co
cation se soit l'aito do pruelio en proclie, ou livre est un trésor ilo pensées. C'est le
directement, ou par des voic^s détournées, traité de morale le plus prcfoiid et lo |)lus
il n'en est pas moins certain i|uo la doc- coinpiel (jui soit entre les mains des
Irine do l'iicrituro al'élo connue dans lioiiiiiies.
les écoles païennes. Ue savants chrétiens l.'/ùcle'siaste jiaraît [ilus suivi. Tout s'y
des premiers siècles n'en <loulaieiil pas. rapporte à un seul principe général, (piu
C'était le senliment de Minuties Félix, luut est vaniCé sur la ierre (Kccle. i, 2) ; et
\ous voyez, dil-ll , {comme les philosuplica h une soiiio conclusion, qu'il n'y a de so-
(tiseiil les mêmes choses (/xte nous. Ce n'esC pas lide (jue la crainte de Dieu et l'observation
(jtie nous ai/ons suivi leurs traces ; mais c'est de ses commandements. {Lccli. xxiii, 37.) Je
^i4'i7»- ont puise la vérité dans 7ios prophètes, no me suis [loinl écarté de ce plan, et j'ai
et qu'ils l'ont altérée (20). gardé l'ordre des cliajjitres.
Alallieuraiix discours dont je rends comiite Je me flatte enfin qu'on m'approuvera
ici au public, s'ils étaient dans ce cas; mais d'avoir imaginé dos poèmes phiiosophiijues
j ose croire (pi'ils sont à l'abri de toute im- d'un caractère nouveau. C'est un essai siis-
p.ulalion de cette nature. Je dois seulement ce[)tible do [lerfection , une route de plus
prévenir le lecteur qu'ils n'ont pas été Ira- ouverte à la poésie. Nous avons aujourd'hui
vailles dans le môme ordre ni sur le môme des poètes philosophes. Leurs vers valeiil
plan que les |isaumes, les cantiques et les mieux que les mieus, j'en suis persuadé ;
})rophélies. Là, je traduis fidèlement ou j'i- niais la philosophie de Salomon vaut cei-
mile avec exactitude l'original. Ici j'accoiu- tainement mieux que la leur ; et c'est celie-
mode le texte aux sujets que j'ai choisis, là que j'ai mise en vers.
(26) c AnimadvPFlis pliilojoplioseadem tlispiilare proplietaram iimbrain inlcrp'>hi;« verilalis iiiiilati
qiiœ ilixinuis: lum qiiod nos siimis eiiruiii vosligla giiDl. » (M. Mi.mjtii Felicis Octaeiiin.) subseculi, scd (juud illi de diviiiis prxdicaiiuuilius
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CEUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFR.VNC, MARQUIS DE POMPIGNAN.
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