I.ETTIIES A UN F.VEQL'E | ETC
>aint Jean Chrysosloine, appelé d'Anlioclio pour êli"' placi) sur le sié>;e<li.' Conslantinople, jUNlilie celle pri'féreiice. el il n'est pas le seul, (|noi(pni le plus remarquable. Saint (;(''leslinilonne (îusuite les rai'-onsiles égards qu'il exige dans les éledions épiscr)palcs pour les membres du clergé dépourvu do son chef. (Jue chaque clerc, dit-il, reeoivj le prix du service dans lequel il a consumé ses jours el p.irc<iuru Ions h-s degrés de la milice ecclésiastiipn,' : llaixal uriufi/itist/iiir cliiicorum siur fiuclum inililiw, in i/iia siKim ])(■)• omnia officiu vunsumjisit (vldlcm. Ouo |iersonne ne s'enq'are de la solde qu'il n'a l'as gagnée, et n'ose envahir la récomf)ense méritée par un aulre : In ulicna stipendia minime aller oùrepat ; ncc tilii debitam silii aller audeat vindicurc mercedem. Ces défenses ne tomberaient (pie sur l'ambitieuse invasion d'un héritage élranger. Mais le pape les étend aux prélats comprovincianx, qui, non contents de faire à tout un clergé l'injure de le déclai(!r, sans raison, indigne de fournir un évê(iuo à son église, voucJraient encore le conlraiiidre h recevoir pour lo si(Mi un sujet qui ne lui convi(Midrait pas. Il autorise ces ei ch'siastiipies mal Irai tés à le rel'user : Sil faculcas cUricis retiitendi, si se vtderint jjrayniKiri, e> f/uos sibi ingeri ex transverso cognuvcrint non limmnt refutare. Car s'ils sont JVustrés du prix qui leur était dû, il leur reste au moins la liberté et le droit déjuger de celui (jui doit les gouverner : Qui clsi non debilum pra'inium. vel libcrum de co qui eos rectums est debent habcre judicium. N'est-ce pas là un langago semblable;! celui que nous attribuions tout à l'heure à la fausse sagesse du siècle?
Non ; la dillerencc est grande entre uno règle él;:blie pour l'utilité générale do lEglise, e.t l'abus qu'on en peut faire pour un intérêt ()ersonnel. C'était sans doute une règle sage, lorsque l'ordination liait les niini5.tres des autels à une église dont ils ne quittaient plus le service, du choisir parmi eux un successeur au dernier évoque. Lo [irélat ainsi élu pouvait dire avec plus do vérité, à l'exemple de Jésus-Christ, Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent. L'ambition trouvai! un obstacle de [dus à raccoiii|ilissement do ses vastes projets ; car il lui était diUlcilc d'asjiirerà un siège ])\\\s considérable ou plus riche que celui de l'Eglise où elle était resserrée : i! ne faut pas môme croire ciu'on lui laissât une auiorce dans resjiérance d'obtenii' au moins celui-ci. Les décrets des conciles et des papes, et jusqu'aux lois iiu[iériales, proscrivaient sévèrement les brigues dans les élections épiscopales, et déclaraient intrus quiconcjue s'élevait par celte voie au gouverneujent de sa propre Eglise. Les Pères, dont la doctrine est mainlen.uit assez expliquée, tonnaient dans leurs discours et dans leurs écrits conlre ce désordre : ils en marquaient la cause dans le désir injuste et présomptueux de l'épiscopul. On n'ouvrait donc i)as une libre carrière aux démarches, ni aux vœux des candidats pour remplir lo
ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
siège vacani de l'Eglise à laquelle ils apparterfaienl; on disail seulement que li^s exclure !nus (pourvu que chacun d'eus ne le demandât pas, car dès lors tous iii eussent été jugés indignes), et leur subslituor. sans dos causes graves, un éliangcr, c'était les flétrir, les décourager, comprouieitre le service qu'on attendait d'eux. Il est sage, il est juste d'é|iargner, quand on le peut, cette confusion ( t tout à la fois collo tentation, à un zèle dont on a besoin; on doit cf l égard à la faiblesse buniaiiie, dont les âmes vertueuses ne sont pas exemptes; on le doit encore plus aux inlérèls de l'Eglise. Aussi le pa[ie saint Célestin n'épouse, ni même ne rapporte les plaintes des prêtres qui, dans les deux provinces de Menue et de Narbonue, n'avaient pas obtenu les sièges épi.scopaux des églises qu'ils avaient longtemps servies. S'il avait reçu do pareilles plaintes, il les aurait méprisées, et en eût conclu, sans autre examen, qu'on avait eu raison de ne pas élire les plaignants. C'est uniquement de son chef, et comme administrateur général, qu'il se plaint de celle coiidnite; elle lui paraît injuste, non d'une injustice proprement dite, qui enlève à quelqu'un ce qni lui est ligoureusemenl dû (l'épiscopat ne l'est ainsi à personne), mais dans un sens moins exact et plus étendu, ordinaire pourtant dans le langage des lionimes; de celle injustice qui écaite mal à propos des sujets a|)|ielés par les lois, et trouble l'ordre qu'elles ont établi pour le bon gouvernement de l'Eglise. 11 veut que des clercs qui ont passé leur vie au service d'une église, en soient récompensés (lar la première dignilé. Aurait-il oablié. contre les maximes de ses prédécesseurs, et si liaulement enseignées de son temps, que l'épiscoiiat est une charge, nnlk'ment une récompense? Ce terme, dont on aurait tort de presser la siguilicalion littérale (38), n'ex|iiime, dans sa bouche, (]u'un rapport de convenance en soi , et d'obligation élroile pour les électeurs, entre l'élévation à l'épiscopat, et les services pri'-cédenls Quand on voudra employer le môme l;in-
(38) Si l'on cliprclie .n ces mois, de solde , de rétom;eiixe , de dette , nii sons l.nér;il <l;ins la leMre (le sailli Colesiiii , ils en piésonli'iil iin , qwi toiifCive h l'épiscopal li;s {|ualilos csscnlicllcs il'èlrc une (lesiin.ilion gralnilc de l.i |)arl de Hiew , et pour l'cioiiinie qui le porle, une cliarge a\issi redonlaldft ijne pesante. Les clcns, atiaclios aux églises, avaient droit d'être nourris et entretenus aux <lcpens de ces nion)es éi,'lises: ii-ur lionor.ùre était pr partioné à leur grade et à leur service, suivant ces paroles de saint Paul, qui beiie prœsunl prœibijleii, iliipUci lionore digni liabeantur. La portion de l'évéqne dans les hiens tenipoiels de son église émit plus considérable que celle <l'aucun aune n.cnibie de ce clergé. Ainsi , u!i ecclésiastique étranger, appelé à un siéi;e ciiiscopal vacani , oljlenail un accioissement de b:ens le.npojcls dans une église qu'il n'avait jamais servie, au préjudice des anciens serviteurs de la même église: déplus, il n'y laissait point de place vacante, et il privai! parla le prêtre, ou le ibacre ipii auv.iii suciéilé àl'évèqne clu, d'un avancement certain en revenu cumuie eu
gage pour éclairer et émouvoir la conscience des personnes préposées à la nomination des prélats, nous y consentirons volontiers, toutel'oJs avec les correctifs nécessaires pour qu'elles ne s'abusent passui la nature de l'éiii6Copal,et qu'elles ne soient pas les premières à en ex-ciler le désir. Celte idée de récompense leur apprendra du moins b ne pas regarder leurs nominations comme arbitraires, ou comme une proie de la cupidité, h les fonder sur un mérite dont on leur ait donné des preuves, à exiger des services qui les justifient aux yeux du public. Pendant que la loi de restreindre l'élection d'an évècjue au clergé qui avait perdu le sien, a subsisté, on y dérogeait quelquefois parles motifs qu'on a vus plus haut. Les promoteurs et les approbateurs de ces exceptions ne s'arrêtaient pas aux jalousies particulières, ni aux petits murmures qui pouvaient en résulter sur les lieux ; ils n'encouraient pas le blûmed'mjustice. (Dette loi est éteinte depuis bien des siècles. Les administrateurs en cette partie peuvent promener leurs regards sur le clergé entier d'un royaume, et appeler de fort loin h un siège vacani un ecclésiastique, qui peut-être n'aj.imaiscoiuiu c(!lte église, et y est parfaitement inconnu. Je ne dis pas que les circonslances ne |)uissent quelquefois leur foire un devoir de préférer h tout autre un sujet du diocèse même, et membre du clergé auquel il faut donner un chef; mais dans les cas ordinaires, où la discipline présente de l'Eglise les alfranchit des élections locales, ils n'en sont que plus obligés de chercher do tous côtés, et de couronner le mérite. Qu'aliii de mieux assurer cette recherche, ils demandent dans les sujets éligibles des services, préjugés du mérite que doit avoir un évêque, augures du succès de son ministère; ([u'ils ne s'en tiennent pas, )iour la preuve de ces services, à de simples tilres, souvent accordés trop facilement par des |)rélals;inais qu'ils exigent que ces litres aient élé réellement et habituellement exercés à la salisfaction des supérieurs, témoins oculaires de ce travail, et à l'édification du diocèse qui en a élé l'objet; c[u'ils annoncent la
grade. Il n'y avait que des causes de nécessité ou d'une très-grande utilité pour i'Eglise qui pussent justifier cette double inlerversioii. Saint ('.éleslin ne voyait pas de paiiilles causes dans le procédé des évéi|ues aiixi|iieis il écrivait ; c'esl pour cela qu'il se plaint i/u'en ravit à des ccclésiasli ■ ques le fiiiil d'iiitc iiiilice dont ih ont parcouru tous lis degrés , qu'ott t,iiiis]iorte ù d'iiulres la solde qu'ils ont gagnée , la récompense qni leur est due,qu''on les mullraite et qu'on les grève, en mctlanl , sans besoin et sans raison, à leur tôle des cliels dont ils ne veulent pas. La justice distiibutive n'est ici mise en avant ([ne relativement au temporel, et quant à «a dignilé spirituelle de l'éiiiscopat , le pape trouve injuste, non pour des pajticnlieis qui n'ont aucun droit sur elle, mais pour l'éylisc, dont les lois sont blessées et les intéiéts lésés, que cette dignilé soit conrérée à des étrangers, contre le gré du peuple et du clergé , taudis qu'il y a dans le lien même des sujets qui la reui|(liraie!it aussi bien et mieux (|uc CCS étia igers.
5SI PAUT. V, TIILOL. MORALE.—
ri^!ii)luliiiii do t'aiio (U'ccinlio ili's vt-rtiis coiiluii'S ut ilt's «l'iviics ;i|i(ii'(iiivés les iMiiiiilifllioiis ^ l'i^|iistii|ial, cl iiii'il» l'olisi'ivi'iit l'i-ligii'UM'iiient ; on ni' (H'Ul i|ti'ii|>|>laudir à une |iiU'i>ille ;utniinislialion. La prudi'iUL- lu iliflo ; ri^i^list' y recotinail son cs|Mil; la c'oriscii'nii' do l'adniinislialL'nr en est soulagtie. L'un de seslieurcnx ellels est d'e\iiter et d'entretenir une loualile éninkition ; mais cette t^mulalion neeim>isto |ias ï» mener une vie eieni|ilaii'eet à travailler nlilemenl, dans la vue de s'aelieminer par eetle route à ré|iiseo|>al. L'adminislralenr.qui demande ces préliminaires, lait son devoir. Xiùs ceui (jui les remplissent, no sont pas dispensés du leur, (jui e>tde n'agir que par des vues é|)urt'es do tout orgueil et do toute ambition :sans cela ils aiuiuleiaicnt devant Dieu le mérite do leur apprentissage; ils l'annuleraient aussi devant un administrateur lidèlo et éclairé , s'ils avaient la hardiesse de solliciter auprès de lui le pri\ ilc leurs seivices, ou s'il était d'ailleurs instruit, par des voies sûres, de l'esprit qui h s anime. Tant qu'il l'ignore, et (ju'il peut l'ignorer, il suit h leur égard, avec 'US-.iéf', la règle générale de n'appeln à !-vpiscopat «pie des iioaimes sullisauiiut'Ul éprouvés; malheur à ceux qui, se honuuit à l'écorce de celte épreuve, la dessèchent et la corrompent au de.|a;is d'eux-mêmes par des mollis prol'alies. Jlais une mélhoilc , qui ik; tend [>ar eUe-mème (lu'ù l'avanlage de l'Fglise et à )a perfection des minislres qui tloivent la gouverner , n'est pas resjionsablo do ce niallii'ur; elle n'autorise poirit le désir de l'épiscopat, etl'on voit assez que si elle peut occasionner quelques liypocr isies , la mé- Ihode contraire n'e^t propre qu'a multiplier des scandales , plus l'unesles encore à la religion.
Vous nn daignez , Monseigneur , niellre an nombre des objections sér-ieuses , ni le rallinement de notre siècle conqiaré à la simplicité des vieux temps [\es priiici|ies ne vieillissent point ; et à vouloir leur en substituer de modernes, on ne devient pas plus habile, on n'en est que plus coupable), r.i la nrultitude des prétendants à l'épiscopat (c'est une teirtation de plus, mais non pas une règle et une apologie), ni la sécurité d'une dévotion <pii ne se fait aucun scrupule de ces prétentions fia fausse conscience n'absout personne et ne justilie rien). Contentons-nous dédire à ce sujet, que, comme il y a toujours des pr-élats selon le cœur de Dieu, il y a toujours des hommes élevés h l'épiscopat sans l'avoir demandé, ni désiré. Ces exemples errqècheraient la prescription, si elle pouvait s'acquérir contre la loi; ce sont les seuls auxquels il faille s'arrêter.
Il me reste. Monseigneur, à examiner avec vous quel conseil on peut donner, et même, si le tribuiral de la pénitence est ouvert, quelle règle on peut prescrire à un P'rélatdont l'entrée dans i'épisco[ial n'auiait pas été aussi pure qu'elle devait l'être conséqiremment aux principes que rions venons d'éla|,'lir. 11 veut en corriger le défaut. Corn-
LETTUES A UN EVEQL'E, ETC. 22Î
ment doit-il s'y pri'mlri!? La solrrlion di- ce (lorrle ilemamie i|uelipics détails. Mais avant d(! les entamer, convetioiiS ipie si la di/linilti; dos cas de eonscioncc est ordinairenrcrit moiirdre par l'obscurité de la matière et parle choc des raisons opposées, que parles disposiliorrs do ceux ipii coirsulterrt ; celte dilliculté n'est jamais plusgran<le, ipie lorsipi'il s'agit do remédier h l'engagement vicieux darrs un étal, tel surtout (pie la dignité épiscopale. Combien ce remède est-rl amer îi la nature 7 quels sacrilices n'exiget-il pas ? et qui est capable de s'y soumettre? Nouveau motif d'entrer canoniquemerit dcus répisco|ial, pour s'cîpargner ou l'elfr-oyablo assoupisserrrerrt d'urre conscience endurcie contre les rcnrords.ou di's re|)enlirs inutdcs, fiui, rr'allaiit [las h la source du mal , déchirent l'âme, cl ne la guérissent pas.
Nous ne supposons point qu'orr soitentrH dans l'épiscopat par des voies honteuses, manifestement perverses. L'abdicaiion serait le seul remède an vice d'une pareille entrée. L'Eglise, malgré les adoucissements iiilroduils datrs sa discipline, déposerait un évêque, s'il en était convaincu à son tribunal. Celui qui s'en reconnaîtrait coupable, devrait donc exercer sur soi le môme jugement. Il n'y aurait de salut [lOur lui, qu'à jH'évenir par une condnimiation volontaire, et celle de l'Eglise qu'il aurait méritée, et celle de Dieu qu'il encourrait infailliblement. On étend cette discipline aux [irélats [iromus simoni3(]ueruent (en quehiu'une des manières dont la .'imonie peut être exercée], mais sans leur consentement et à leiir insu. On les renvoie à une autorité supérieure pour la remise des fruits qu'rls ont per-cus; et on ne les oblige pas moins au dépouillement d'un litre, qui n'a jamais été valable sur leur tête. Je ne verrais point (le dilliculté il embrasser ce sentiment, si lo moyen odieux de procurer l'épiscopat était déjà ou devenait publie. Un homme pénétré des vrais princijies, devrait alorsà l'Eglise la preuve éclatante et unique qu'il n'a point parliciiié à ce crime , qu'il le déleste et le répare autant qu'il est en lui. Aucune puissance sur la terre n'aurail droit, à mon avis, de le disfienser de ce devoir, à moins que des circonstances, tout à fait extraordinaires, ne compensassent la ié|)araiion, et ne promis sent à l'Eglise plus d'avantages dans la coii tinuation, que dans l'abdication d'un minis tère aussi malheureusement commencé Mais les adversaires que nous avons combattus jusqu'à présent, forment une classe à part. 11 estqueslion d'évêques, qui se son" présentés eux-mêmes, mais noQ par des voies universellement réprouvées , et qui ont demandé, ou fait demander l'épiscopat, comme en étant cajiables, et l'ayant mrjriic par des services ecclésiastiques. C'esi d eux que vous demandez quelle conduite ils on' à tenir, s'ils viennent à se mieux connaître, et à connaître mieux la dignité au'ils on' obtenue.
Je ié|ionds (pi'avant péché par le fonUe ment, il ne leur reste, ou qu'à sacriiier ur
•EUVUES COMPLETES DE LEFRAÎNC DE FOMPIGNAN.
édifice construit sur le sable, et dont la chute les écraserait , ou qu'à le reprendre sous œuvre, et à hii donner, s'ils le peuvent, le fondement solide dont il a besoin: je ra'expli(pie.
La vocation divine est nécessaire pour enirer dans ré|>iscopnl , selon cette parole de saint Paul : Personne ne s'attribue cet honneur, mais il finit y être appelé de Dieu. Celle vocation leur a niun(|Ui' ; et la preuve s'en liouve dans celle même parole, qui oppose le choix qu'un homme lait de lui-même à la vocaliun de Dieu. On doit dire d'eux ce qu'on lit dans O-iéu , des rois de Samarie, SI hismatiqiivs dans leur cullc , et originairenient usurpateurs d'un Etat enlevé à la maison de David : Ils ont régné, tnais cen'est point par mai; iU sont devenus princes, mais je ne les ai point connus ; et, dans Jérémie, des im()OSteurs qui s'érigeaient en pro- ]ihèles -.Je ne les envoyais pas, cl ils couraient d'eux-mêmes ; je ne leur parlais pas, et ils prophétisaient. Ce (hîtiiul de voitalion divine n'intervertit |>as dans leur personnes l'ordie do la succession hiérarcliique. 11 n'altère jujint la dignité sacrée dont ils sont révolus ; il ne leur relianclie aucune de ses prérogatives; il ne disjiense pas, lùt-il môme connu, leurs diocésains de l'ohéissanco qu'ils leur doivent, ni tout le reste des fidèles, du res|iect dû à des successeurs des ajiôlres. Les 0[iératior)s, réservées au caraclèie ei au pouvoir épiscopal, ont dans leurs mains la même vertu. Leurs témoignages, com[)lés j.armi ceux des prélats altacliés à l'uniié. concourent?! per|iétuer dans l'Eglise la saine doclrine. ils peuvenldésirer le maintien des règles dans leurs diocèses, servir d'iiislrumenls jiar l'exercice de leur ministère, au salut de quelques ànies. Tout cela esl vrai; mais tout cela prouve seulement que Bleu, en permettant le njal, est toujours îidèle dans ses promesses en laveur de son Eglise el de ses élus. Il ne prouve pas que Dieu agrée un épiscopat, désiré malgré ses défenses, commencé sans son aveu. (Quiconque s'y est ingéré de celte manière, est bien le lieutenant et l'organe de Jésus-Christ, jiar la place qu'il occupe dans la tiiérarcliie; )1 no l'est poinl par un choix [larticulicr de Dieu. Dès lors il n'a ()as dioit de compter sur ces bénédictions, dont rclfusion abondante est si nécessaire à sa personne et ù ses travaux.
Que s'ensuit-il de ce défaut fondamental? Saint Léon, ce ponlit'e si ferme, et tout à la fois si éclair('', nous l'aïqirend. Il avait été informé que beaucoup d'élections épiscoliales étaient irrégulières dans la provinca de Césarée en .Mauritanie. Sa prutleisce ne lui permit pas d'ajouter une entière foi aux lajiports qui avaient passé les ujeis, pour venir jusqu'à lui. Il envoya sur les lieux un ciimmissaire digne de sa conlianco. Il sut, par celte voie, (jue l'irrégularité do ces élec lions jirovenai.t, ou des brigues qui captaient les suffrages, ou des émeutes j'opulaires
qui les violentaient. Il no paraît pas qu'on pût reprocher aux sujets élus el consacrés des mœurs scandaleuses ou d'insignes prévarications , depuis qu'ils étaient évèques. Saint Léon décide néaruuoins (39), « qu'un épiscopat que la sédition a extorqué, ou que la brigue a obtenu , est iiernicioux par l'exemple qu'il a donné dans son commencement, quoiijue son exercice n'otfrc plus rien de rcpréhonsible; et que les suites ni la fin ne peuvent être bonnes, quand le principe el le début ont été mauvais. »
Cette entrée vicieuse dans l'épiscopat, dont saint Léon se plaint, était publique, li fallait bien qu'elle le fut. Los élections se passaient dans des assemblées nombreuses du peuple et du clergé. On n'ig'-iorait pas si elles avaient été provoquées par d-es-sollicilalions ambitieuses (il y avait eu trop de voix à gagner pour que l'intrigue fût secrète) : ou si dans l'assemblée même une sédition Inmulluaire avait arraché les suffrages, le bruit s'en répandait au dehors; el dans le cas [jrésent, l'intervalle des mers n'avait pu en dérober la connaissance au Souverain Pontife. Mais sur les lieux mêmes on ne pouvait s'y Iromper. Un évè(iue irrégulièrement élu avait prestiuc autant de lémoins du vice de son élection, que de fidèles à gouverner. Les^uns y avaient coopéré ; ceux-là pouvaient se réjouir à la vue d'utie élection, leur ouvrage, et dans resi>érance que le prélat qui la leur devait, payerait chèrement leurs services : au fond, ils ne l'estimaient pas ; ils ne pouvaient avoir en lui la conliance que la voix du |)asleur inspire naturellement aux brebis. Les autres en avaient encore moins; justement indignés d'une intrusion à laquelle ils n'avaiei;t pas de part ; ils réclamaient contre elle, ou par une improbation déclarée, nu par les gémissements de leur cœur, double obstacle au fruit de ce ministère : l'un, de la part d(j Dieu, qui n'avait pas choisi son n)inistre; l'autre, de la part du peuple, qui ne pouvait le choisir, ni le re--|ieeter.
J'avoue que si l'audjiHon de quelqu'un des prélats dont nousjtarlons avait été connue [larliu'ulièrement dans son diocèse, el s'il me demandait conseil, je n'hésiterais pas à lui proposer le renoncement à l'é()iscopat. On aurait beau dire que ses mœurs y sont édifiantes, que sa capacité et ses talents s'y développent, je léjuuidrais avec saint Léon, qu'une administration épiscopalo oii il est de notoriété pid)liijue qu'on s'est élevé soi-même, i principatus quem aut sedilio exlorsit, aut ambitus occupavit; louable, si Ton veut, par des mœurs [)ures et des actions utiles, ctiamsi moribus alque aclibus non ojfcndat, esl cependant pernicieuse par le scandale seul de son origme, )ps(«s lamcn initii sui est perniciosus exemplo. Je m'en tiendrais à celle règle générale fondée sur toutes les actions divines el humaines, qu'un commencement sinistre pronostique et Iraiue a|i:ès soi une issue désastreuse •
(39) S. Léo, cpisl. l , alias 87, ad cpiscoaoi provincial Maurilaiiice Cicsarlens:./ , cap. 1
ïifi TAUT. V. TIIKOL. MOUALIC. •
Difficile est ut boiio prruiiuntur exiln ({wc malo .<I4H/ inrhoala iiriniiitiu. Jo voihIkiis |iiL'Miiio lies miriich's iioiir ino imtsujkIit ijiieli l'oiitiiiuiiliiin il'iin i^|ii<;roi>iil, rciiriiiivi! (I^s snii ciiliôo |i;ir la voix divine l'I |inr la viiiik |iuljlii|iio, \\i\l ilcvenii" nt^rùablo à DifU il àiiliiliiire au |<(MI|>I().
Miiis les MOinin.'iiidiis h ré|iiscopnl, qui vieiinenl il'iiii sriil el dt's lois, no s;iiir;ui'iil avoii', i-i)niiiimiL'ini!iU parlant, la nièiuo pn- Itlicité dans Ilmiis lUDlifs, ni dans les inuycns employés piun- les obtenir, que les élections loeales. Anssi, dans la supposition (pie le snjel élu lill mauvais, et que la cabale, la forée, traiilres voies eneore ()liis lai'pic^s eussent décidé son éleetion, elle serait plus préjudiciable qu'une noniinalion do nii5nie espèce, au mun du SDUverain, et lu |M'éiUdicc en serait |ilus irréparable. Par In raison des contraires, si le sujet était bon et son élection ré.^uiière, il y aurait plus de bien à espéi'cr de lui que d'un lioiunio d'un mérite égal, mais nounné par le souverain.
Faisons ici la supposition la plus Cavoiable. C'est un prélat dont la réputation a toujours été saine, tant sur les mœurs que sur la doctrine, qui possède la science et les talents d'un évoque, qui a commencé à en l'aire l'application au gouvernement dont il élait cliarj;é. Il a désiré et dem.nidé l'épiscopat , sans franchir dans cette recliei'clie les bornes d'une andjition, modérée [>ar des sentiments d'honnêteté et parquehpies principes de religion. Ses démarches, assez peu connues dans le lieu où elles étaient intéressantes pour lui, ont été et sont encoio ignorées dans son diocèse : on n'y sait rien h cet égard, on n'y voit rien dans toute la suite de ses actions qui [misse éloigner le troupeau de la personne et de la conduite ^e son [>asteur. Les yeux de ce prélat sont enQn dessillés sur le désirauqnel il s'était livré; il en reconnaît le dérèglement, il veut le réparer ; faut-il qu'il abdique sa dignité?
Toutes ces circonstances étant rassemblées, je ne l'y crois pas obligé. 11 a la ressource indiquée dans le second mondjre de notre alternative. Son édifice n'a pas été fondé comme il devait l'être; il peut le couserver en le reprenant sous-œuvre, ^et en posant un fondement solide à la filace du premier qui était ruineux. Mais la chose est-elle possible, puisque Dieu ne l'a pas appelé à l'épiscopal dans lequel il s'est luimême engagé? Oui, elle l'est. Nous savons (juc dans les conseils de la sagesse divine il y a de secondes vocations qui suj)[)léeiit ou qui reiiqdacenl les premières. Le mariage , l'étal monastique, d'autres professions qui ne forment jias les mêmes liens, mais embrassées d'abuiJ .sans voiation, ipioiqu'il en fallût une, en Ibuinissent des exemples. Les hommes ne doivent jamais oublier qu'ils sont sous la main de Dieu, arbitre souverain de leur sort, auteur et dispensateur unique^le Ions les dons nécessaires pour les dillérents étals. Ils l'ont grièvement oll'cnsé s'ils ont choisi le leur
LKTTUES A UN lùVEQUE. ETC. Uù
indépendamment de son choix; uiais eellu cdl'ciiso n'est pas iirémissibiti devant sa rni» séricorde. La voie d'uno salutaire pénitence est ouverte à tous : pour les uns, elle consiste dans le renoncemenl îi un état (pi'on doit ipiittcr; [lonr les autres, elle tio se réduit pas à ell'accr, par la donlL'iir j'I par les larmes, le mépris de la vocation divine, clliî exige de plus qu'on s'assur.- d'une vncalion p(jslérieuro. Dieu ne la ril'u>e pas à d'humbles el ferventes piières, aux be^oi'is do la per>0!ine , si elle est imlissolublemeiil liée, (lu, si elh? no l'csl pas, aux fruUs (pio l'Kglise peut attendre do son ministère. Mais, <l;nis celte silualiou criti(iue, il l'aiil plus du vigilance, plus de fidélité, plus d'olforts (jne si l'on avait été d'ahonl appelé ; et cela prouve, encore une l'ois, combii n il imjiorlo de l'être avant oue d'culrer dans l'épiscopat.