ODE XVII
Tirée du psaume cxxxvi : Super (lumina Babylonis,iHic scdimus et llevimtis, cum recordaremur Sion.
ARGUME>"T. —Dans ce psaïune, composé prophétique ment par David, ou par quelque autre à l'imitation de David, durant ou après la captivité de Bab^lone, l'auteur exprime les gémissements des Juifs et l'amoui singulier qu'ils ont tous pour leur patrie. C'est en même temps une prédiction de la vengeance que Dieu tirera des Fabvloniens et des Iduméens.
Captif cli^7. lin peuple inhuiiiain, Nous arrosions de pleurs tes rives éirangères.
Et le souveni? du Jourdain A l'aspccl de rËiipliraic:Mi^injntail nos ini'..cres.
Ili3 ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J
Aux a»!ires qui couvraient les eaux Nos lyrfs iris'ement demeuraient suspendu s,
Tandis que nos maîtres nouveaux Fatiguaient de leurs cris nos tribus éperdues.
Chantez, nous disaient ces tyrans.
Les liymnes préparés pour vos fêtes publiques,
Chantez, et que vos conquérants Admirent de Sion les sublimes caiitiquns.
Ah ! dans ces climats odieux.
Arbitre des humains, peut-on chanter la gloire !
Peut-on, dansées funestes lieux.
Des beaux jours de Sion célébrer la mémoire !
De nos aïeux sacré bercau, Sainte Jérusalem, si jamais je l'oublii.'.
Si ru n'es pas jusqu'au tombeau L'objet de mes désiis il l'espoir de ma vie :
Rebelle aux efforis de mes doigts Que ma lyre se iiiise entre mes mains glacées ;
Et (|ue l'organe de ma voix Ne prête plus de sons à mes tristes pensées.
Rappelle -loi ce jour aCfreux, Seigneur, où u'Esaii la race criminelle
Contre ses frères malheureux Animait du vainqueur la vengeance cruelle.
Egorgez ces peuples épars.
Consommez, criaient-ils, les vengeances divines:
Brûlez, abailezces remparîs, El de leurs fondements dispersez les ruines.
iMalhftur à tes peuples pervers.
Reine des nations, fille de Babylone;
La foudre gronde dans les airs, Le Seigneur n'est pas loin, tremble, descends du
[trône.
Puissent les palais enibrasés Eclairer de les rois les tristes funérailles ;
Et que sur la pierre écrasés Tes enfants de leur sang arrosent tes murailles.
ODE XVlll,
Tirée du psaume cxxxvm : Domine, probasli me.
ARGUMENT. — Ce psaume, quoique très-difficile et trèsobscur par rapport au sens allégorique, est néaumoins un des pus graves et des p:us inslruclil's de tous ceux de Davi'l. Le prophète nous y fjii voir que rien n'échappe à la connaissance et aux soins du Seigneur; d'où il s'ensuit que Dieu jugera les hommes sur celle connaissance parfaite quila de leurs aclions et de leurs moindres pensées, et sur les obligations infinies qu'ils ont tous à ce maître plein de bonté.
Seigneur, la m'as donné l'être, La vie el le iiiouvement :
(27) Je ne puis me refustr, en passant, une remarque assez importante sur cet endroit. Celte im;ige qui esprin.e si tran lement et d'une manière inconnue aux poêles profanes, la puissance et l'immi'nsilé de Dimi, se trouve en entier el presque dans les mêmes termes au livre dixième de Platon. Pour juger mieux de la ressemblance, il faut citer le texte sacré, comme il a été iradiiii par les Sep-
Le jour que lu me fis naîfro Tu sus mon dernifr moment.
Que l'homme agisse ou repose, Ce qu'il fait, ce qu'il dispose Avant les temps fut écrit; Comme en un livre liaiées, Tu lis toutes les pensées Que produira son esprit.
Que lui sert un vain mystère I
S'il se cache, tu le vois ;
S'il hésite ou délibère,
Tu sais d'avance son choix.
Sous une invisible flamme.
Dans le conseil de son ûme
Tu descends du haut des deux.
Libre il pèse, il e.xamine,
Avec loi se détermine,
Et n'agit que sous tes yeux.
Ta science offre à la vue.
Ses désirs et ses deslins.
Ta main sur nous étendue
Conduit nos pas incertains.
J'ouvre à peine la paupière,
Qu'un rayon de ta lumière
M'éljJouit (le toutes paris;
El ta vaste intelligence
list pour nous un gouffre immense,
Où se perdent nos regards
Oij fuir? Oij cacher ma course' Au Dieu vivant qui me suit?
Il fond les glaces de l'ourse, Il brille au sein de la nuit.
Si des airs perçant les roules (27j, Je monte aux célestes voûtes, Ce Dieu puissant s'oll're à moi; Des régions du tonnerre Si je descends sous la terre.
C'est encor lui que j'y voi.
Quand des ailes de l'aurore J'emprunterais le secours, Jit qu'aux mers du peu|ile more J'irais terminer mon cours :
Dans ma fuite vagabonde, Ce serait lui qui sur l'onde Me conduirait jusqu'au port; Et s,a puissance éternelle Dans ma demeure nouvelle Uéglerail toujours mon sort.
Je croyais que !a nuit sombre Me dérobail à ses .yeux, Mes plaisirs cachés dans l'ombre Élaienl vus du sein des cieux.
A()prenez à Je connaîlro, Mortels, ce terrible .Mattro Qui veille ijuand vous dormez.
Esprils laibles, cœurs profanes, Jugiz-vous par vus oigiines Du Dieu (jui les a formés ?
tante :
Ilwû nopvj^ûi Kitô ToO tiveO^kto; (Tou, nai «wô ToO 7r60o"^J7rou o"ou TtoG f^vyra \ io:j àv«€w zlç TÔv oypwvôv, <rj iy.il et, i,ii /.uru/jiù £(',- Tov âànv, Tiàpii.
Lisons à orésent Platon.
OO yip àatÀr/&rJ7'/j ttoté Ûtt' «OtÂs (otîoï;), oOx ovtw auty.poç wv Sùnri ZKtà To xrif yfi; ^v.fi'j;, o-j!f v^ni-ii , cl; TOV aùpxvôy ù.tv.r.-rt'yn.
iiuMii.ut; l'viiiiK. l'OKSits s\tiu:Ks i.r i'iiii.o^uiiiiuii:s; oins.
Il ir,
Devant lui l'abiiiii; s'oiivie, Dâ ses ruMiiis induire :
Lu voilo obsiur tiui iimis cûiivro Sous SOS (in$ est ili-chir'''.
L'dinhro luit ()ii;iiul il rorilomio ; Ia'S olijets i|u'fllt) ciivirniiiic.
Sun um! li'S (lisliiiguu tous :
l.a nuit l:i |>lus tihit'-liretisit Msl pour lui |)lus luu)iiR-u<i* yuo 11- jiuir ne l'est |ii)ur nous.
CiiVileur (le tous les èlies, Dans tnn ajnour palernul, Pour nous l'ornuc tu iirnùtii-s L'oiuhre ilu sein nifitiMMcJ.
I.à (l'une main s:i^o et silre, Tu ilcssines la siruclurc Du tous nos nunnhres divers; Ton souille ennoblit la lange Oui coni|iose le rnOlan'ijo Do mes os et de mes chairs.
Chaque jour accroît la force De leur tissu merveilleux ; La peau ([ui leur sert (fécorcc, Se dévolop(ie autour d'eux.
Tu vois toutes ces jiarties.
L'une avec l'autre assorties Obéir à ton décret; Kl d'un informe assemblage, Résulte à la fin l'ouvrago Dont toi seul as le secret.
Tu fais la plus douce gloiro Du bonheur de les amis; Dans les champs de la victoire Toi-même les alTerrais.
Bienlùt leur race innombrable Surpasse les grains do sable Qui ctiuvront Te bord des mers ; Et ses diverses frontières S'étendent jusqu'aux barrières Qui terminent l'univers.
Do tant de bontés frappée
Mon âme s'altaclie à toi.
Mais quand ta brûlante épée
Glace les jiéclieuis d'etTroi ;
Plein de zèle je m'étrie,
« Troui)e aux meurires aguerrie
« Osez dire désormais;
« Seigneur, vos peuples serviles
« Occupent en vain les villes
« Qu'ils tiennent de vos bienfaits. »
Ces monstres qui te haïssent.
Que je les hais, ù mon Dieu !
Ils m'insultent, me Irahissent, Et m'accablent en tout lieu.
Juge-nous; punis leur trame, Et si tu vois que mon âme Suive encor l'iniquité, Conduis sa marche incertaine Dans la route qui nous mène A l'heureuse éternité.