AVANT SA MORT
Andite, cœli, quœ loquor. Audiat terra verba oris mei. [Dent, xxxii, 1.)
AUC.l MENT. — Ce c.inlicjue de Moisc fut composé par le comiiiandPniciU exprès de Dieu. (Ju;iiiU les quarante années d'exil dans le désert l'urent expirées, le Seigneur dit à Moise ; l'ûiciiiite le jour (le voire mort est woclie. Appelez Josué, et entrez loits deux dmia le lubermicle de l'ullinme, ujin que je lui donne mes ordres. Ils obéirent. Le Seigneur p;irul dans une cojnnne de nuées, et leur dicUi les priEieipanx Irails de rnu\rag(!. 11 finit en leur disant : Ecrirez donc ce eimliciue. el npprenez-le imx enfants d'Israël. Qu'ils le retiennent pur cœur. Qu'ils le clumlent sims cesse, et que ce poeine iCarinen) me serre à jamais de témoimaye auprès d'eu.': Miiisc exécuta-les ordres de Dieu. Il écrivit ce formidable canliviue, et le récita lui-méiue d'un bout à l'autre en présence de tout Israël.
Cieux, terre écoulez-moi : Jacob, faites silence. Que mes discours touchants,' qire ma sainte élo-
[i|uence Péiiétienl vos esprits, renouvellent vos cœurs; Comme du haul des airs la féconde rosée,
ŒUVRES RELIGlElSESDE J. -j. LÉFRA.V:, MARQUIS DE POMPIGNAN.
llSi
Ranimant tous les fiuitide la iirre eiiibrasre, Relève riicrbe tendre, et rafîi.içliit los Heurs.
Rendez hommage au Dieu que ma voix vous aii-
[noiice, Adorez les arrêts que sa bouche prononce : l^e son de l'univers à ses pieds est écrit. Tout ce qu'il fait est bien, tout ce qu'il veut est juste. Fidèle observateur de sa parole auguste, Il lient ce qu'il promet, faisons ce qu'il prescrit.
De lâches révoltés ont armé sa colère, Ils furent ses enfants, mais il n'est plus leur père; Peuple ingrat, peuple vain, sa ;s raison, sans vertu. Pense donc au néant d'où sa voix te lit nailre; .Méeo:inais-tu ton Dieu, ton protecteur, ton maître? Sans lui, sans ses bienfaits, parle, que serais-tu ?
Parcours l'ordre des ans, des siècles et des âges. Compte de ses bornés lisnouibieux témoignages; Ou si de ta mémoire ils éiai ni effacés. Appelle tes aïeux, interroge leur cendre. Du séjour de la mort kiir cri te fait entendre Qu'ignorés de toi seul, partout ils sont Iracés.
Tu n'élais point encor, toi qui lui fais la giirrre.
Quand aux murs de Babel il divisait la terre
Entre les nations qu'il séparait da lui.
Mais dès lors pour toi seul il niaïqiiait les limites
Du pays fortuné d'où les races proscrites
A l'aspect d'Israël s'enfuiront aujourd'hui.
Lraèl qu'il aimait, Israël qui le brave. Dans les plaines du Nil n'était qu'un peuple esclave. Qu'un troupeau vagabond sans guide el sans pasteur. Ses yeux l'ont rencontré, sur des sabks arides. Dans de vastes déserts, où ces âmes perfides Osaient même insulter leur divin créateur.
C'est là qu'il attendait ce peuple trop rebelle; C'est là que tant de fois sa bonté paternelle Par d'utiles rigueurs a voulu l'éprouver. Soulageant ses besoins en pnnissant ses vices, Prodigue de secours, avare de supplices. Son bras ne l'abaissait que pour mieux l'élever.
Comme un aigle au milieu de ses aiglons timides, Les couvre, les soutient de ses ailes rapides. Dans les ondes de l'air forme leur vol tremblant : Tels des fils de Jacob, Dieu conduisait la trace. Encourageait leur foi, lanimait leur audace, El portail devant eux son glaive étincelant.
IJienlôl ils enlreronl dans ces riches asiles
Où parmi les trésors des champs les plus fertiles.
Ils vivront sous un ciel de cristal et d'azur.
Là des fleuves de lait arrosent les campagnes.
Des flots d'huile et de miel descendent des nionta-
[gties Et la vigne y répand son neclar le plus pur.
Par les mains du Seigneur tirés de l'indigence, Ils le méeo luaitront au sein de l'ai'on'a ce.
El des dieux inconnus ils cherclieronl l'appui. Qu'ils redouleiit du moins ses vengeances terribles; Deleurculie nouveau, de leurs fêtes horribles Le hruil tumultueux montera jusqu'à lui.
L'idole est sur l'autel et les bûchers s'allunieni. L'encens brûle à ses pieds, et les fleurs la piulu-
[iiieiil :
Israël perverti consomme son forfait.
Israël que fais-tu ? Peuple volage, arrête. Détourne les malheurs que ton crime l'apprête; Le Dieu que lu détruis est le Dieu qui l'a fait.
Ce Dieu jaloux a vu leurs lâchetés insignes.
I J'attendrai le succès de leurs complots indiguis,
El je mettrai, dit-il, un voile enlie eux et moi.
Ils servent un dieu sourd, un dieu d'or ou de plaire,
Et moi j'adopterai ce stupide idolâtre.
Cet étranger impur qu'avait proscrit ma loi.
t Je leur ai préparé ces fournaises brûlantes, Ces épais tourbillons de flammes dévorantes Que la terre enirelieiit dans ses flancs embrasés ; Et qui sortis enfin de leur prison profi)iide, Consumeront un jour les ruines du mon. le Dans les gouffres de feu que ma haine a creusés.
« Leurs supplices divers, leurs maux feront ma joie. Par la faim desséchés, ils deviendront la proie De serpents monstrueux dans leurs maisons éclos. J'ai promis pour pâture à l'oiseau de carnage Leurs corps défigurés, dont la bcie sauvage Aura meurtri les chairs et bri.sé tous les os.
« Un effroi léthargique accablera leurs âmes. De lérocvs vainqueurs égorgeront leurs femmes, Leurs filles, leurs vieillard.', et leurs tendres enl^iiils. Où sont-ils ? quel asile est ouvert à ces traîtres ? Je retiie la foi proniise à leurs ancêtres. Et j'efface leur nom du livre des vivants.
I Mais ma gloire suspend l'effet de ma justice. Ma vengeance perdrait le fruit de leur supplice. Bientôt leurs ennemis n'en seraient que plus vains. Vils ressorts que j'emploie el qu'auss toljc br s.'. Ces peuples que je hais, ces rois que je méprise. Dira ent que ma victoire est l'œuvre de leurs mains. »
Et quel autre que Dieu, race orgueilleuse et vile. Devant un seul guerrier en a fait fuir dix mille ? Quel autre t'a livré nos coupables tribus? Entre les dieux et lui que Pharaon soit juge : S'il punit nos forfaits, il e.^t notre refuge; De tes divinités quels sont les attributs?
Que deviendraient sans lui les trônes de la icrre
II ordonne la paix, il coininaiide la guerre. Par lui seul toui s'élève et lout est renversé. Le courage, la peur, la force, la faiblesse. Et l'esprii de vertige et l'auguste sagesse,
Sint des présents de Dieu propice ou courmucé •
Familles d'Israël, quels vi-.cs l'onf souillée?
(m l'KKMKUi: l'AKiit:. — I'olsiks sa«;iuks i r l'iiii.osoi'iiiQi i:s. — rvNTiyi i;s n.',;
Iv la veitu preniit^rc aiijouiil'liui ili''|iniiilliie, Ton «eili lit' prinluil plus <|iie ilcs i-iiinc* lioiil^'iix. Tt llu ;iii bnril ili'S inaiaii tin l'iiil^iiic (Miinorrlic l,a Ifrrr que le tuiilTrd eiiipuisuniin et dévore, N'eiituiilc (|iie iloi fruits amors i.u viMiimcnx.
rlr niir(i>,iii lui i-n porça h l*lc d'oiilri» fii niilrp, enfon- Vdlil II! l'Uni jiiv|(ii' ibiiH la trrie. Itarac arriva iljiin rc niMiiii'iil, ri Iriiiita Miii omiiimiiI l''li-iiilii riiori aiii |<ii-ili (il- Jalii^l la priiphc'-li-ssi- iK'liiira, i|iii |U(;call In iiciipli', cl i|iii av;il( iinlniiiii; h llarai? di' pruiidru les ariiicit, m loiiiia avec lui ii: bran c'anli(|ur.
Tiiii mi>uari|u<' r-lt^rnol ne rlicrcli-' i|ir^ ralisoiidrn : Il l'aime, la doiiUili' peiil éloiiulre sa toiiilie ; l'I.-iiie, t;éiuii, le» leinps so pressent d'arriver. Mais le terme est venu des veiigeancis célestes Le Seigneur attendri rassemble eiilin les restes l>e ce peuple cxpirani qu'il veut encor sauver.
Mo voici, vouî dil-il, j'ai pitié de vos ciiuies. Où sont ces dieux nourris du san;; de vos victiuii'S, (x<s dieux (|ue vous couvrez d'un nuage d'encens? Aiiloiir de vos remparts les torclics élliicellent, Sous les coups redoublés vos derniers murs cliaii-
[eellent, Qiie font sur vos autels ces bustes impuissants?
Je viens vous soulager du poids de vos misères; Uecomiaissez la voix du pasteur de vos pères, Uentrez dans le bercail, troupeau que je chéris : Keiiirez : déjà la mon de meurtres assouvie > oit jaillir sous sa faux les sources de la vie. J'oie et je rends le jour, je frappe et je guéris.
Je suis le Dieu vivant, j'ai juré par moi-même. 1-cs barbares tyrans du seul peuple que j'aime S inl jugés à leur tour et vont subir leur sort. C'en est fait; ma fureur au comble est parvenue. l'Ius brillant que l'éolair qui partage la nue, .Mon glaive est dans la main des anges do la mort.
Ils frappent et tout meurt. Que de cris! que de lar-
[mes !
Mes ennemis troublés jeltenl au loin leurs armes; .Achevons, vengeons-nous, c'est trop les ménager. Je verrai leurs débris couvrir la Icrrc entière. Leurs têtes à mes pieds rouler dans la pnnssièr.\ Lt dans des flots de sang leurs cadavres nager.
Treni!)lez, prosternez-vous, naiioiis étrangères; Lt vous chefs d'Israël, conducteurs de vos frèr<s ; Au Dieu qui vous défend restez toujours unis. Juste dispensateur des biens et des disgrâces, Fidèle en ses traités, fidèle en ses nien.ices, U venge ses enfants quand il les a punis.