‹ Œuvres completesChapitre 135 sur 232 · XV. CANTIQUE D'EZECHIEL · texte numérisé non relu

XV. CANTIQUE D'EZECHIEL

Quare mater tua leœna tnter leones cubavit ? {Ezech. XIX, 2.)

ARGUMENT. — Ce cantique lugubre a deux parties. Dans la première, Joachas et Jechonias, son frère, rois de Juda, sont représentés sous l'image de deux lionceaux pris par des chasseurs. Le premier fut emmené captif par Néchao, roi d'Egyple, el le second par le roi de Babylone. Dans la seconde partie du cantique, Sédécias, frère de Joachas el de Jéchonias.est dépeint sous l'allégorie d'une vigne féconde, mais qu'on arrache et qu'on brûle ensuite, après l'avoir transplantée dans une terre aride. Le prophète soutient ces deux figures avec une exactitude, une justesse, une précision qui frapperont le lecteur.

Israël, pourquoi donc la mère A-t-elle aux yeux des nations, Souillé son divin carnclère Dans le gîle affreux des lions?

Un lionceau naît de sa couche; A peine ce monstre farouche Est-il échappé de ses mains, Qu'il court s'exercer au carnage, Et qu'il dévore dans sa rage La chair et le sans des humains

4I7S l'URMIKIU; l'.VIlili;.-l'OESIi:S SAC.UKIIS II l'Illl.tlSdl'IllurF.S.- CANTiyUKS. 1171

Avfilis (iiir la ixMDimiiéo Li's |ii)U|ilo.s Yoisiiisiml iVihiii.

Les mis nsscnibleiit loiir niiuéo (^iiUri) colVrooe l'iinecni. Qu'ils on lei.iiivpiit ilo blessures, Aviiiil (lu punir les injuro-s, V.l Ji's iiMiix (in'ils t'M oui soulTcrlsI Miiis su i.-liulc en csl plus horrible, lil malgré sii valeur lerriblo L'FjjyiJlu l'a cliargé île lers.

Sa mèro Ji ce roiip elï'oynlile Oui mut son espoir au loiiibeuu, I)ar)s sa (iiiiiillo inipitoyablo Choisit un aiitic hoiice.iu.

Il so lùve, il pari'Ourl la plaiiio :

Dans eelle incursion snuilaino Le nu'urlre ensaiif^lanlo ses pas; Et non Miniiis cruel ipieson IVùre, Il so nouriil, so tlésall^re, Dans le pillai^o et les ct)uibals.

Mille épouses infortunées Dnl déjà perdu leur épouï.

Les villes sonlabaiidouiiéos,' Les cliouips éprouvent son courroux Il rugit, cl la terre tremble :

Les provinces Ibrident ensemble Sur ce nouveau déprédateur. , (Jue de vains assauts on lui donne.

Et que de combattants moissonne, Son courage exterminateur!

Cent fois il brise avec audaco Les rots dont il est entouré :

(^ent fois il s'élance, il terrasse Des chasseurs l'elfort conjuré.

Mais il descend enlin du IrOno El suit leur char à Babylone Où l'attend un vengeur cruel.

Sa voix dans un cachot [)erdue, Ne sera jamais entendue Sur les montagnes d'Israël.

Et toi, reste d'un sang si cher à la patrie, lloi faible, dont la gloire est à jamais flétrie, Que les jours de la mère ont été radieux ! Comme une jeune vigne aux Iiords d'une onde pure. Elle a vu par les soins d'une heureuse culture Germer les fruits délicieux.

Ses branches, bois sacré dans la main des monar-

[ques, Du pouvoir souverain furent longtemps les mar

[ques ■ L'art pour les façonner épuisait ses travaux. Dans un climat fertile, à l'abri des orages, Elle olTiait à nos yeux l'ombre de ses feuillages. Et la hauteur de ses rameaux.

Que lui sert sa beauté, sa fraîcheur naturelle? Un ennemi jaloux qui s'est armé contre elle. L'arrache avec fureur, la jette avec mépris. Son éclat disparaît, sa vigueur s'évapore. Et dans ses fruits épars un air brûlant dévore Le suc dont ils étaient nourris.

Celte vigne mourante est eiiûn iransplantée

l>;iiis mil- terre imuUe ri j;imais fiéipienliv, Où là lirulc périt, ou t'Iiommc est aux aliois. I>e son propre feuillage une flamme cslburlii-, El pur ce tourliillnn sa lige aiiéantii'

Ne lournil plus de sceptre auv rui.s.

O Tijre, tudixisti: Perferti dccoris ego lum. (t'zccli. xxvii, ;j.)

AlU'.l'MKNT. — Tvr, ca|iilale do la l'iiônirlc, ûbll .nncicnnoiiieiil le mafe'asiii du monde, et l'ciilrepiM ^c'iiéral du coniinen'O de toutes les nations. Il n'est point de ville plus célèbre dans l'hisloire. NabncliniliuMUor l'assiétfea et la raina de fond en couibic, ajirôs avciir (iris Jérnsalnn. le |irii|ilièle |iréilil ici cel rvéneinenl. ('u poénii^ Ui(;ubre nous ilonne nue ^;ranile Idée d(^ la puissance,du eonimorcc et de la navijjation des l'héniciens.

O Tyr, seras-tu satisfaite, 'l'oi ipii disais à l'univers :

« Je suis d'une beauté parfaite.

Mon trône est liMi dans les mors? »

'l'es citoyens, |)Our to construire , Dans la demeure ont su conduire Les plus hauts cèdres du Liban , Les sapins c|u'(Ierinon nous préseillo 'l'ont l'ivoire (jue l'Indo enfante, El les vieux chênes de Basan.

Tu vis rilalie et la Grèce T'olfrir dans un tribut nouveau, Leur industrie et leur richesse Pour rornement du ton vaisseau.

L'Egypte de ses mains habiles A tissu tes voiles mobiles Du lin cueilli dans ses sillons ; El l'Elidc h tes pieds tremblante, A de sa pourpre étincelante Formé les riches pavillons.

Tes besoins seuls et les usages De tes voisins lisaient les mœurs.

Arad défendait les rivages, Sidon t'envoyait dos rameurs.

Pour conducteurs de tes navires, Tu ne prenais dans les empires Que des sages et dos vieillards.

Ton commerce, tyran du monde.

T'amenait au travers de l'onde Tous les hommes et tous les arts.

De les phalanges renommées Les Perses étaient les soldats.

Dans les camps et dans les armées Los Lydiens suivaient tes pas.

Aux tours qui bordaient ton enceinte ils atlacliaienl, exempts de crainte, Leurs carquois et leurs boucliers.

Ils en décoraient tes murailles.

Et ces instruments des batailles Relevaient tes appas guerriers.

De Carlhage à les vceux unie Les métaux remplissaient la main. Tu rassemblais dans l'ionio Des esclaves et de l'airain.

Fier de le consacrer ses peine.?.

Le Scythe exerçait dans ses (daines De jeunes coursiers pour les chars; Ht les Syriens avec joie Cédaient les |)crles et la soie Qu'ils étulaieut à les regards.

1!7". OEUVRES RELÎGIEDSES DE J.-J. LEFIUNC, MARQUIS DE POMPIGNAN

Damas par d'utiles échanges

Payait les soins induslrieux.

Saba t'apportait les mélanges

De ses parfums délicieuï.

î'ii n'étais pas moins secondée

Des habitants de Ja Judée,

*'.rs peuples favoris du ciel,

Oui, pour remplir tes espérances,

Joignaient à des moissons immenses,

Du baume, de l'huile et du miel.

Elle garde le silence ; Les flots avec violence Ont englouti ses remparts.

O Tyr, ô ville célèbre, Quel voile obscur et funèbre Te dérobe à nos regards?

Cédar, Assur et l'Arabie S'associaient à tes efforts.

Les déseris de, l'Ethiopie Pour toi seule avaient des trésors.

Sur le continent, dans les iles Tu voyais les mortels dociles Ne commercer que sous les lois ; Et des campagnes du Sarmale Jusqu'aux rivages de l'Euphrule Ta puissance étendait ses droits

O Tyr, 6 trop superbe reine, Tes richesses t'enflaient d'orgueil Des mers unique souveraine.

Tu neredoulais point d'écueil.

En vain l'orage te menace.

Tes rameurs pleins de ton audace Te mènent sur les grandes eaux Mais, 6 confiance funeste!

iMinistrt'S du courroux céleste Les vents te brisent sur les flots.

Tes riches magasins, tes temples, les portiques, Tes vastes arsenaux, tes palais magnifiques, Tes prêtres, tes soldats, les docteurs de ta loi ; '''es trésors, les projets, et les grandeurs si vaines.

Et tes femmes hautaines Dans les profondes mers toml>eront avec toi.

Les îles et la terre en seront consternées Au bruit de ce revers les flottes éloignées

Interrompront leur course, et craindront même

[sort.

Les matelots troublés chercheront le rivage.

Et pour fuir le naufrage Ils quitteront la rame, et resteront au port.

Un déluge de pleurs couvrira tes ruines; Des royaumes lointains, des régions voisines Le cri retentira sur l'onde et dans les airs. Les cheveux arr.nchés, la cendre et les cilices.

Volontaires supplices, '

Annonceront partout le deuil de l'univers.

I.cs mortels accouraient pour admirer tes fêtes. Que verront-ils? des flois émus par les tempêtes. Tes courtisans plongés dans le sein des douleurs. Ils se rappelleront ton antique fortune,

Et d'une voix commune.

Dans de lugubres chants ils plaindront tes mal-

[lieurs.

Dans ce trouble épouvantable Avec eux nous redirons :

Quelle cité fut semblable A celle que nous pleurons 1

O Tyr, les maîtres du monde S'enrichissaient de les biens.

En peuple, en trésors féconde, Et puissante en citoyens:

L'univers ton tributaire.

De ta b(?auté mercenaire Fut trop longtemps ébloui.

Que te reste-t-il? les crimes.

Des mers les profonds abîmes Voilà ton trône aujourd'hui.

Les rois changent de visage.

Leurs sujets tremblent comme eux Tu ne fixais leur hommage Que par ton éclat pompeux, t^es enfants de l'avarice, Ces ador-ileurs du vice Poussent des cris superflus.

Adieu , ville infortunée, Pour jamais exterminée ; Nos yeux ne te verront plus.

Leoni gentium assimilatus es, et draconi qui est in mari. {Ezech. xxxii, 2.)

ARGUMENT. — Après les prophéties contre les Egyptiens, le Seigneur ordonne à Eiéchiel de faire une plainte lugubre sur Pharaon, roi d'Egypte, et sur son peuple. Les hvres saints ne nous oBVeut point de cantique plus remarquable que celui-ci. S'il n'est pas le plus beau, c'est au moins le plus extraordinaire. On y trouve une poésie sombre et farouche. On se croit au milieu des morts, dans leurs mausolées, dans les enfers. l.c's auteurs des livres prophétiques ont chacun leur caractère particulier. Isaie est sublime; Jérémie est tendre ; Ezéchiel est effrayant ; c'est le Milloii des prophètes.

Au lion des forêts, tyran, lu fus semblable; Tyran, tes cruautés te rendaient comparable

Au lier dragon des eaux.

Des fleuves sous tes pas la rive était foulée, Tu soulevais la fange, et dans l'onde troublée

Tu brisais les roseaux.

Ainsi, dit le Seigneur, j'assemblerai la terre; D'invisibles filets au milieu de, la guerre.

Tromperont tes regards.

Ton corps des animaux sera la nourriture. Et les oiseaux du ciel chercheront leur pâture

D;ins les membres épars.

Sur des rochers déserts et sur des monts arides, Aux ardeurs du soleil, aux aquilons humides

J'exposerai tes chairs.

Ton sang, monstre cruel, souillera les vallées. Et de ses flois impurs les vapeurs exhalées

Infecteront les airs.

Déjà ta mort funeste obscurcit les étoiles,

Sur le flambeau, du jour la nuit étend ses voile»,

1177 l'UKMIKUi: l'VUllK

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