IV. PROPHÉTIE DE JOËL
Chap. \. — Description des ravages caits('s dans le ruijavme de Juda par des nuées île sauterelles et de chenilles. Sécheresse, f"mine, mortalité d'hommes et de bestiau.
O nations 1 ouvrez l'oreille.
Et vous, vieillards, écoulez-moi.
Quelle infortune fui pareille Aux maux qui nous glacent d'etfroi 1 Du récit de lant de misères Entretenez, malheureux pères.
Vus fils au l)erceau tourmentés Qu'à leurs enfants ils les redisent.
Et que ces derniers en inslrnisent Leurs descendants épouvantés.
Des essaims d'animaux funestes Ont dévoré l'herbe et le grain ; Un air impur flélrit les restes Qu'épargna leur cruelle faim.
Eveillez-vous, pleurez sans cesse, Lâches mortels, qui dans l'ivresse Consumez les jours et les nuils; Vous n'aurez plus ces vins perlide.<i.
Ces liqueurs que vos mains avides Avec art exprimaient des IVuil.s.
(56) On peut voir dans les critiques et les commentateurs les différentes opinions sur lesquelles ils se fonitent pour fixer le tems où Joél a prophétisé. Il suffit d'observer ici que sa prophétie se réduit à quatre objets principaux : la plaie des insectes.
l'irruption d'un peuple nombreux el forjiiidable, les miséricordes du Seigneur sur son peuple, le jugement .terrible du Seigneur sur les ennemis de son peuple.
il99 ŒUVP.ES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN
S'élevant dans les airs, tels qu'un nuage sombre, Des bataillons ailés, des insectes sans nombre, De pampre et de raisins dépouillent nos coteaux : Du terrible lion les dents ont moins de force ;
L'arbuste est sans écorce,
Et l'arbre sans rameaux.
el les comble de prospérités. Effusion de l'Esprit-Saint sur'toute la terre. Don de prophétie. Prédiction du jugement dernier- Vocation des élus. Salut des hommes sorti de la montagne de Sion.
Gémis, nation désolée, Comme une jeune épouse en pleurs, Qui conduit jusqu'au mausolée L'objet de ses chastes douleurs.
Quels ravages épouvantables 1 Ecoutons les voix lamenlables Des pontifes de l'Eternel; La terre n'a plus de prémices Pour la pompe des sacrifices. Ni pour le culte de l'autel.
Nos campagnes en sont couvertes; Que de pitoyables débris 1 Le laboureur pleure ses perles, Le vigneron pousse des cris.
Nos vergers perdent leur parure.
Ces doux présents de la nature Qui flattaient le goût et les yeux.
Le bonheur qui suit l'abondance Fait place à l'aHVeuse indigence, Et s'envole sous d'autres cieux.
Prêtres, ministres saints, commandez la prière, Couchez-vous dans la cendre, et baisez la poussière. Toute offrande a cessé dans ces jours de terreur : Que les vieillards, le peuple accourent dans le temple;
Donnez à tous ("exemple,
Et criez au Seigneur.
O puissance 1 ô force invincible!
Dieu marche à vous, faibles mortels;
Son jour est proche ; jour terrible,
Mais suivi de jours plus cruels 1
La maison sainte est dans les larmes,
Victime, hélas ! de nos alarmes.
De nos Isesoins et de nos maux.
Sous les coups d'uu Dieu qui se venge,
Voyez expirer dans la fange
Et vos coursiers et vos troupeaux.
Pour eux il n'est plus do pâture.
Pour nous il n'est plus d'aliments • De nos voix le triste murmure Se mêle k leurs mugissements.
Nos édifices se renversent, Leurs habitanls qui se dispersent] Sont menacés d'autres horreurs.
Grand Dieul ce peuple qui t'appelio.
D'une sécheresse mortelle Voit déjà les avant-coureurs.
L'air n'a plus de zéphirs, le ciel est sans rosée; Les animaux mourants sur la terre embrasée Ne trouvent sous leurs pas ni fleuves ni ruisseaux ; Et le feu souterrain, dans sa brûlante course.
Jusqu'au fond de leur source
A dévoré les eaux.
Chap. n. — Continuation des mêmes fléaux. Conversion des Juifs. Dieu leur pardonne
Sonnez sur la sainte montagne, Trompette d'Israël, sonnez.
Qu'un effroi lugubre accompagne L'affreux signal que vous donnez.
Un peuple ennemi se déchaîne ;.
Plus prompt dans sa marche soudaine Que les premiers feux du soleil.
Jamais il n'en fut de semblable ;] Jamais la terre qu'il accable N'en verra naître de pareil.
Un tourbillon d'éclairs le guide, Un vaste embrasement le suit ; Rien n'échappe à ce feu rapide.
Tout ce qu'il touche, il le détruit.
Avant ces flammes étrangères.
Du jardin de nos premiers pères Nos champs avaient l'aménité; Depuis leur funeste passage.
Malheureux Jourdain, ton rivage N'est qu'un désert inhabité.
Des bois le brillant incendie, Le hennissement des coursiers, | Les chars que d'une main hardie Conduisent de sanglants guerriers, Les clameurs d'une armée entière.
De cette troupe meurtrière N'égalent point le bruit perçant; Des monts elle franchit le iaîle.
Et tombe en fureur sur la tôle De l'Hébreu pâle et gémissant.
Le sort incertain des batailles N'intimident point'le courroux De ces guerriers, dont nos murailles E[)rouvent la force et les coups.
Leur cohorte est inébranble :
Armure aux trails impénétrables Leur écaille émousse les dards; Tels que des soldats intrépides, Ou tels que des larrons avides Us escaladent nos remc.arts.
La terre et la céleste voûte
A leur aspect ont tressailli :
Le soleil a quitté sa route.
Et les étoiles ont iiâli.
Le Seigneur parle h ses armées ;
Par ses cris puissants animées,
Elles répondent à sa voix.
l\ porto aux méchants leur salaire;
Du jour fatal de sa colère
Qui soutiendra l'hontble i)0idsî
U vous dit : rentrez dans ma voie,
Mortels trop longtemps égarés,
Que les maux qu'un Dieu vous envoie
Par vos remords soient réparés.
Pour le rendre à vos vœux facile,
Déchirez d'une main docile
Vos cœurs, et non vos vêtements :
Ecoutez ce Dieu qui vous aime,
Et qui daigne gémir lui-même
De ses terribles jugi monts.
JtOl l'IlKMlKlU; l'.VUriK.
POESIES SVCllEES ET l'IlILOSOI'lIlUlES. - l'IlOI'IIET i'2i)î
Qui sait si tant do (risics guerres
No fiiligueiit pas su boulé ;
S'il nu reiiilr.'i poidt h nos terres
l.oiir |iroinièro l'urtililù '.'
l'Dur rariinuT iiolrw L'S()t5ranco,
l'our li.'Uor cfS joui-s du clûiuonce,
'froniptlle, ;i|>peKz l.sraùl :
(Juu luul ijéiuisso et nuo Icv.il tremble;
Vieill.irds, ijnfiuUs, vlmioz ensemble,
Et ii'ubuadoiinoz (lus l'autel.
Ouo notre douleur se signale,
l'ïôres, omis, séparez-vous;
Que do sa courbe nuntialo
L'épouse sorte avec l'époux :
Qu'au nom do ma triste pairie,
Le iionlil'o en |ileurant s'éciie:
0 Pardonne-nous, Uiou dos Hébreux';
Le tjran do lou liérilagi)
l)ira-l-il pour comble d'outrage.
Leur Dieu n'est donc plus avec eux? »
Il le dira : mais ta tendresse'
Se réveille à nos cris touclianls ;
Tu nous ramènes l'allégresse.
Les fruits mûrissent dans nos champs
Ces mots sont sortis de ta bouche :
« O mon peuple, ton sort me louche,
J'ai uni tes afflictions.
Race autrefois si méprisée,
Tu no seras plus la risée.
Ni l'opprobre des nations. »>
Ces vils habitants des montagnes
Que l'aquilon rassemblera.
Loin do tes fertiles campagnes ^
Mon souftie les dispersera.
Aux lieux que le soleil dévore,,
Ou sous les portes de l'aurore,
Ils périront dans les déserts ;
Et leurs corps sanglants et livides,
De leurs exhalaisons putrides
Infecteront au loin les airs.
Objet de mes vœux les plus tendres.
Terre sainte, réjouis-loi ; Tu renais, tu sors de tes cendres.
Grâce aux triomphes de ton roi.
De l'homme esclaves domestiques.
Dans vos [lâlurages antiques Retournez, heureux animaux.
De raisins les ceps s'enrichissent.
Et les arbres courbés iléchissent Sous le poids des fruits les plus beaux.
Sion, que ton cœur s'abandonne
Aux doux plaisirs que tu me dois ;
Peuples fortunés, je vous a'onno
Un interprète de mes lois.
Mes bienfaits seront sans mesure :]•
Vous recevrez avec usure
L'eau que vous demandiez en vain :
iVos champs ne seront plus arides,
Et vos pressoirs trop longtemps vides
Regorgeront d'huile et de vin. ,
Je remplacerai les années Dont vous avez perdu les fruits. Et les saisons abandonnées Aux insectes que j'ai produits.
Dans la richeise et l'aboiidaiico
Vous rendrez grâce h ma puissanic, Uo mes faveurs rassasiés ; Mes enfants mu seront liilùlcs.
Et par des disgr/lcos nouvelles No seront plus humiliés.
Comnienco, Isratil, u connaître, Quo toujours j'habite avec loi ; f)ue je suis ton Seigneur, ton maître, Qu'il n'en-est point d'autro ijui; moi.
Fruit de ma parole accom|)lie, Sur toute chair l'Esprit di; vie Répandra ses vives clartés :
Jeunes et vieux, hommes cl femmes, Hrùlant de |)rophéliq:n;s llnnunes.
Annonceront mes vérités.
Dans des visions redoutables L'avenir frappera leurs yeux ; Des prodiges épouvantables Rempliront la terre et les cieui.
La vapeur dans l'air allumée.
Le feu, le sang et la fumée Couvriront l'univers tremblant ; Et dans un cercle de ténèbres La lune en ces' moments funèbres Roulera son globe sanglant.
Le soleil perdra sa lumière
Et tel doit être le signal.
Qui de ma vengeance dernière
Précédera l'instant fa'ta!.
Mais ma fureur sera sans armes
Pour ceux qui m'offriront luuis larmes.
D'une sainte frayeur saisis.
Jérusalem, tes murs augustes
Seront le refuge des justes,
El des mortels que j'ai choisis.
Chap. in. — Le Seigneur assemble les nnlions clans la vallée du jugement, elles interroge sur les cruautés qu'elles ont exercées contre Israël. Il punit rigoureusement les ennemis de son peuple. Jérusalem et la Judée, figures de l'Eglise de JésusClirisI, subsisteront dans la suite de tous les siècles.
Quand'j'aurai brisé les chaincs Des familles d'Israël ; Quand j'aurai fini les peines D'nn exil long et cruel.
Des nations rassemblées, Dans de lugubres vallées J'interrogerai les rois; Et d'un peuple, leur victime.
Ma colère légitime.
Revendiquera les droits.
Sur la race qui m'est chère Par eux le sort fut jeté.
Leur luxe a mis à l'enchère La tendre virginité.
Que prétend votre furie?
Parlez Tyi-, parlez Syrie, Suis-je l'objet de vos coups ?
Ah 1 malheureux, sur vos têtes, Mes vengeances bientôt [irètes Les feront retomber tous.
Vous avez du lieu Saini enlevé les richesses, Dissipé de nos rois les pieuses largesses, l'.t lies trésors du Tcnipic embelli vos autels.
Jiida de votre haine csi la triste victime; Vendus aux llls des Grecs, les enfants de Solyme Sont par vous arracliés des foyers paternels.
Mais de leur prison cruelle Le^ maux vous seront rendus :
A Jiida que je rappelle Vous-môm(is serez vendus.
Chez des nations loiiilaines, Courbés sous le poids des chaînes Vos enlanls suivront vos pas.
Ainsi le veul cl l'ordonne Le Dieu qui vous abandonne Aux vainqueurs de vos Etais.
El toi flûau de la (erre, Accours, prince amliititiux ; Hâte-loi, mène .'i la guerre Tes soldais audacieux.
Que transformé par la rage, L'inslrumenl du labourage Devienne un fer meurlrier :
Que le lAche entre en furie, El que le faible s'écrie :
Je suis fort, je suis guerrier.
Aux champs de Jeiraél qne tes peuples descenJcni, Que de tout l'univers les nations s'y rendent, Tyran, viens-y toi-même, et c'est où je l'attends : C'est où tu rendras compte à ton maître inflexible ; J'y serai sur mon trône, et dans ce jour ierril)le Je dois du monde entier juger les habitants.
Que ces moissons jaunissantes Disparaissent sous la faux (37) ; De ces vignes abondantes Foulez les raisins nouveaux.
Frappons enfin qui m'outrage ; Venez au cham[) du carnage, Victimes de mon courroux.
Ces valions qui retentissent, Ces bruits sourds vous avertissent Que Dieu s'approche de vous.
D'une obscurité profonde Les astres seront couverts.
Le juge irrité du monde Rugira du haut des airs :
Il frappera du tonnerre Les fondements de la terre, Et les pavillons du ciel.
C'est alors que sa puissance llanimera l'espérance.
Et la force d'Israël.
C'est alors que Sion jouira de son maître ; Dans ses remparts chéris il se plait à paraître, 11 bannira loin d'eux le trouble et les dangers. Règne, Jérusalem, cité sainte et tranquille; Tes superbes palais ne seront plus l'asile Des peuples ennemis, ni des rois étrangers.
A pleines mains'Ja nature Versera tous ses trésors :
(37) Ceux à qui les expressions et les figures des livres saints sont l'.imilières, savent que le temps des vengeances ilu Seigneur est souvent représenté dans l'Ecriiuie sons l'image de la moisson et des Vendanges : ici, par exemple : Millile lalci's qno-
Des ruisseaux pleins d'une eau pure Orneront ces heureux bords.
Pour fertiliser vos plaines Il sortira des fontaines De la maison du Seigneur; El vous devrez h leurs ondes, De vos campagnes fécondes, La richesse et le bonheur.
Mais l'Egypte consumée
Par un incendie afTreux,
Subira de l'Idumée
Les supplices rigoureux ;
Dans leurs provinces désertes
Dieu vengera par leurs pertes
Et par mille maux divers,
Juda qu'elles ravagèrent.
Et son sang qu'elles versfirent.
Dont leurs cliaraps furent couverts.
De ce même Juda les villes renaissantes. D'un peuple fortuné demeures llorissanles. Goûteront le bonheur tant promis sous ma loi. 0 mon peuple, mes mains dans les eaux les plus
[pures.
Laveront de ion s.mg les antiques souillures, Et je veux à jamais habiter avec toi.