PIG.NAN
supérieure imprime à la machine son mouvement général, mais remet à des mains subalternes l'action et le jeu des ressorts. Rien de plus commun, je l'avoue, ui de plus nécessaire et de \i\as sage, avec des précautions et des bornes. L'inspection de celui qui gouverne ou commande alors en clief, est do nature à l'absorber tout entier; il déroberait au salut public l'application et les moments qu'il donnerait à des objets particuliers; toutefois il est de son devoir de veiller d'assez près sur les détails qu'il confie à d'autres, pour juger si sa çonliance est bien placée, et ses intentions fidèlement suivies. Il y a môme des occasions oii des généraux d'armée, pour ne parler que de ce genre de commandement, qui a plus de rapport à la milice dont nous sommes les chefs, sont obligés de payer de leur personne. Du reste, les exemples d'inspections générales qui dispensent de résider sur les lieux, sont rares et ne méritent pas d'être imités. S'il y a eu France des titres d'honneur, sans service local ni personnel, quoiqu'avec des revenus ; s'il y a des commissions im[iortantes, mais amovibles, dont on permet que les fonctions soient souvent et longtemps interrompues, pour être suppléées par des commissions inférieures ; on peut dire que c'est là un reste défectueux, ou un changement peu favorable de nos anciennes institutions.
Quoiqu'il en soit, l'administration épiscopale rejette évidemment, et sans exception, ces adoucissements; elle n'admet pas davantage, dans l'obligation d'une résidence habituelle, le retranchement absolu des détails qui lui sont propres: non qu'elle ne soit, comme la langue originale l'appelle, une véritable surintendance ; non qu'un évêque nn puisse et ne doive même, selon l'exigence des cas, surtout dans un diocèse étendu, avoir des vicaires généraux ; non, enfin, que les objets intéressant, pour le j)résenl et pour l'avenir, la police générale de son diocèse, ne méritent de sa part la préférence sur des affaires particulières : mais tout cela ne l'autorise pas à se décharger entièrement sur ses délégués des détails de son administration.
Ces détails ne sont pas tous d'une égale importance en eux-mêmes ; il n'en est pour-" tant aucun qu'on puisse qualifier de minutie, parce qu'il n'en est point qui ne se rapporte à la fin la plus noble, et qui n'ait ses droits sur la sollicitude pastorale; mais l'importance de plusieurs est telle qu'il ne peut les perdrede vueou les traiter négligemment sans compromettre l'ordre général de son diocèse. J'en citeruiicl quelques exemples.
Un évoque doit conférer de ses propres mains, ou par celles tl'un de ses confrères, ce qui est égal pour sa conscience, la tonsure, les ordres mineurs, les ordres sacrés, à ceux de ses diocésai ns qu'on lui présente à cet effet. Il lui est impossible, j'en conviens, de présider en personne à l'éducation ecclésias-
tique qu'il leur fait donner. Il n a pas toujours le loisir d'assister aux examens préliminaires à l'ordination. D'ailleurs , ces examens ne peuvent être ordinairement décisifs qu'à la suite d'autres épreuves : et cependant la présence du premier supérieur dans ces sortes d'exercices n'est 8 rien moins que superflue ; mais entin des témoignages , quelquefois vagues ou suspects, d'autrefois plus positifs et plus dignes de foi, mais qu'il ne veut discuter ni approfondir, lui suffisent-ils? Ne faut-il pas qu'il se soit fait rendre d'avance un compte fréquent et circonstancié des jugements portés sur ces jeunes élèves par leurs maîtres, par leurs instituteurs, par toutes les personnes qui les ont vus de près, qui ont pu discerner leurs mœurs, leurs dispositions, leurs qualités personnelles? Ne faut-il pasqu'ajuès avoir comparé et pesé ces jugements, il forme le sien, sous les yeux de Dieu, pour accorder ou pour refuser, pour admettre ou pour exclure? Comment accomplir sans ces précautions ce redoutable précepte de l'Apôtre (58) : N'imposez les mains précipitamment à personne, et ne devenez pas complice des péchés d'aulrui? De quoi un évêque répondra-t-il personnellement à Dieu, sinon du choix des ministres introduits sous ses 'auspices dans le sanctuaire? La composition de son clergé dépend de ce choix , et de cette composition dépend l'état de son diocèse.
Les nominations aux bénéfices sont peutêtre plus embarrassantes pour laconscionce des évoques, depuis qu'elles ont été distinguées des ordinations, et qu'on a connu d'autres bénéfices que les incorporations dans le clergé de chaque diocèse. Or, il est absurde qu'un évêque abandonne ces nominations à des mains étrangères, ou, ce qui est beaucoup plus commun, qu'il se réserve celles des canonicats et dos prieurés, les regardant, quoique très-mal à propos, comme de pures faveurs dont il veut disposer seul, ou comme des réconapenses qu'il destine, sans trop examiner si elles tournent au profit de l'Église. Dans le mémo temps il laisse à ses grands vicaires la disposition des cures, si ce n'est peut-être des cures plus riches ; comme si le plus ou le moins de revenu de ces places devait déterminer la mesure de l'intérêt qu'il y prend, et que celle mesure garantît de sages et utiles nominations. L'intérêt est toujours grand en soi, quelque titre ecclésiastique qu'il faille conférer; mais il l'est beaucoup plus, lorsqu'il s'agit de bénéfices à charge d'âmes. Les pasteurs du second ordre sont les coopérateurs nécessaires de i'évêque; ils font ce qu'il faisait seul dans la primitive Eglise, ou ce que desimpies prêtres faisaient rarement à sa place, et jamais sans sa permission. Ils font ce qu'il devrait faire encore, si le nombre des chrétiens, dont l'accroissement a rendu la division des paroisses nécessaire, le permettait. C'est le bon ou lu
(58) Mauus ciio nemini iinposveris neque communicaveris pecc(ili$ alienis. (/ Tim, v, 22.
r.\ur. V. niKoi.. moii.vi.k.
inaiiviiis usa);o (lu lour iiiiiii<>lùro ({ui diniilo dans leurs paroissui, i-l, m un on ctitisidùm riisscniblfli^o , i|ui diVidc; |irinci|tnlLau-iil d.-tri« luiil un dioitVsu di; l;i manière dont llitui y osl servi, du clieuiin qu'y pronntMil lès Ames vers renier ou \ers fo inirudi--. L'tW<^i|UO n'a donc |>as tfolditçalion i|ui lui suit plus prueliu et plus inliuie, ipiu d'appeler, (|uund il en esl le niailre, ilos sujcis t'prouvés aux l'onclions euiiales. Il no peul faire do plus (;rand bien à son dioièse, cutiinie il ne peul lui causer un plus grand pri'judice, que par des nouiiiKiliuns en ce genre vicieuses ou hasardées. Ce serait uiio étrange conliadiclion que du se plaindre, luéme avec justice, des entraves mises à l'exercice de son autorité jiour la correcliou ol la punition des curés inlidèles à leurs devoirs, et cepeiuianl do négliijerdans l'occasion le moyen qui est entre ses mains do n'avoir à corriger ni 5 punir. Il a besoin, à !a vérité, dans cette matière, d'iidbrmalions et de conseil ; mais consulter et s'iufonner, c'est éclairer sa {iropre conscience, ce n'est pas la livrer aveuglément à celle d'aulrui. D'ailleurs, il doit puiser en luimôme la l'Ius indispensable des informations, le conseil le plus instructif; il doit connaître, par des relations (liroclesave(;sa personne, que l'assiduité de sa résidence peut seuil! faiio naiue et entretenir, les sujets employés dans son diocèse. Alors, et avec les lumières qu'il joindra aux siennes , il s'assurera de ceux qui méritent d'être placés et des places qui leur conviennent.
Il y a des [)rélats à qui l'on doit l'éloge de tracer aux dépositaires de leur conliance d'excellentes règles d'administralion. 11 y en a qui, portant leur prévoyance et leur activité jilus loin, sans toutefois habiter beaucoup leurs divcèses, y forment d'utiles établissements [)our la religion et pour les mœurs. D'autres, quoicjuo absents de leurs diocèses, exigent que h-urs grands vicaires y conservent les (uécieux monuments du zèle et de la sagesse de leurs prédécesseurs. Des vues aussi louables font regretter ce qui manque à leur exécution. On n'est |ias moins aliligé que d'heureux talents pour le gouvernement d'un diocèse n'y produisent leur etTet qu'à demi. Ils promettaient les fruits les plus abondants, si, ne s'arrôtaiit pas à des projets généraux, ils fussent descendus jusqu'aux détails : car il ne sullit pas de concevoir une entreprise avec sagacité, d'en dresser le plan avec habileté, d'en surmonter les premiers obstacles, et d'en préparer les moyens par les mômes ressources, secondées d'un crédit acquis au[irès des puissances du siècle; il faut que l'auteur de ces établissements, après avoir été témoin oculaire de leur naissance, le soit aussi de leur allermissement et de leurs jirogrès; qu'il excite ou soutienne (lar sa présence, par ses avis, par ses soins, les ouvriers qu'il a choisis et les personnes ;■ rjnsiructioii desquelles ces ouvriers Iravailleiil. Celle surveillante immédiate et coii-
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tiniiée est alisolumcnl nécossairo dans un -supi'rii.'ur ecclésiaslii|ue (il no s'agit ici que de lui), pour des élnblissetnenls dignes do son ministère, c'est'i-diro qui regardent la ndigion et les nm.'urs. Il (xtuirait se dispenser do cetto surveillance, s'il ne voulait quo faire parler de lui pi'iiilant sa vie, comptant l'avenir pour rii'ii, ou qu'en iiiiposor au public, se souciant peu du bien véritable et réel. Mais, avec des motifs plus purs qui l'animent sans tloule, il doit sentir (pi'en imaginant, ipi'eii ordonnant, il n'a qu'ébauché son ouvrage ; <pie le f)rincipal lui reste h faire; et (pio, s'il le renvoie à d'autres pour ni! plus s'en mêler que siiperlicielb!meiit, il cuiiit risipie de n'avoir rien fait. De même ce n'est pas assez de iirescrire h des grands vicaires leur marche, sans so mettre soi-même à leur tête dans la carrière (ju'on leur ouvre. Onelque attachement qu'ils nient à leurs devoirs, quelque mérite qu'on leur su|ipose, leur autorité coinmuniiiuéo et précaire n'est jamais celle du supérieur en personne ; ils ne peuvent se dissimuler celle dilfi'rence; ils savent qu'elle est aperçue de tout le diocèse; elle intimide ou ralentit leur zèle; du moins ello en all'aiblit les salutaires impressions : ello pccit compromellro, dans leurs mains, I nw lorilé qu'ils exercent au nom do leur pré al. On n'est que déji'i troii porté à relâcher, et mèiuo à rompre les liens de la subordination. On est charmé de trouver des prétextes qui colorent la désobéissance; on accuse les grands vicaires d'un prélat presque toujours absent, ou d'outrepasser ses iiitealions, ou de lui surprendre des ordres en l'informant mal de ce qui se (lasse. On les lasse, on les décourage, s'ils sont peu soutenus, quelquefois sans cela ; on leur résiste avec plus de hardiesse et de succès, si leur fermeté ne se dément pas : de là le méj)ris des règles, les abus qui se glissent ou se fortifient, les scandales qui croissent et s'étendent. Un évoque à qui la résidence est chère, et qui s'occupe sérieusement de son diocèse, y fait plus de bien, y empêche ou guérit plus de maux, avec des talents médiocres, que tous ses grands vicaires ensemble, avec les qualités les plus estimables, mais sans le secours de sa présence. On entend dire à des prélats qui se flattent de gouverner leurdiocècede loin, et par une inspection générale, que l'ordre et la tranquililé y régnent. Cela ne peut signitier autre chose, sinon qu'il est exempt de ces troubles ou de ces désordres qui éclatent avec fracas, qui sont honteusiiiuent traduits devant les tribunaux séculiers, que les cent bouches de la renommée publient. Encore est-il possible que, comme cette publiciié a ses nuances, ellesoitassez graodepour causer un scandale dans le lieu, ou dans le diocèse, sans que le prélat en soit instruit, ou sans qu'il se croie obligé d'en convenir. Je veux qu'on ne lui cache, et que lui-même ne cache rien à cet égard. En est-ce assez pour s'applaudir de l'état de son diocèse ? Un dioic.^e bien réglé n'est pas précisémeiit
OEUVIIES COMPLETES lE LEFRANC DE POMPIGNAN.
relui où règne une tranquillilé apparente. Des eaux bourbeuses n'ont pas l'agitation des torrents. C'est celui où les chapitres, exemplaires dans' les mœurs de ceux qui les composent, célèbrent avec décence et dans toute sa plénitude l'oftico divin; où les curés et leurs adjoints s'acquittent (idèlement de leur ministère ; où les religieux vivent éloignés du monde auquel ils ont renoncé, et ne s'en rapprochent, quand leur institut le permet ou l'autorise, que l)Our l'édilication publique et '.le salut des âmes ; où les religieuses, renfermées dans les nionastères dont elles ont fait leurs perpétuelles demeures, y observent leurs règles et leurs vœux; où les hôpitaux, asiles de l'indigence ou de l'infirioité, sont admislrés comme ils doivent l'ôtro; où les séminaires, où les collèges fleurissent ; où la parole de Dieu est avidement écoulée, les sacrements fréquentés, les lemp'es du Seigneur remplis par le concours des (idèles. Combien d'autres œuvres de piété entrent dans le bon ordre d'un diocèse, et sur lesquelles Dieu en Interrogera le premier pasteur 1 L'évoque le plus vigilant et le plus rigide observateur de la résidence succombe sous ce fardeau. 11 craint avec raison que si les hommes lo louent, parce qu'il accomplit une partie de ses devoirs, Dieu ne le condamne pour avoir manqué au reste. Il a sans cesse à la bouche ou dans sa pensée celle parole de saint Augustin, qui convient mieux aux évoques qu'à tous autres Chrétiens (59) : Malheur à la tie des hommes, mi'me louable, si vous écartez foire miséricorde datis l'examen que vous en ferez! Ciil ordre, donl la perfection lui échappe malgré lui , et qu'il a tant de peine à maintenir dans un degré suflisaiit pour trouver grûce devant Dieu , peut-il subsister dans un diocèse dont le jirélat ignore ou néglige tous ces détails ? Non sans doute ; il faudrait un miracle extraordinaire que Dieu n'a pas promis, et qu'il nous défond d'espérer. En l'accordanl, il favoriserait son peuple: il n'en serait pas moins irrité contre le chef de ce peuple délaissé. Quand ce miracle n'arrive jias, (|uand lo troupeau est ravagé, comme on a dû s'y attendre, le pasteur a mauvaise grAce do répondre qu'il avait pourvu d'ailleurs à la conduite et à la défense de ses brebis. Etait-ce trop de sa propre personne ? -.Quelle idée a-t-il de ces deux fondions, s'il ;lesjuge au-dessous de lui, et s'il croit ses repréi-entanls assez bons [lOur l'en acquitter?
Il y a effectivement sur celle matière une erreur ditl'érenlo de celle que nous avons d'abord combattue dans celte lettre , mais opposée comme elle à la nature de ré[)iscûpat.Onalorl de la Iransformeren une magistrature séculière ; on a tort aussi d'en faire une magistrature qui ne consiste qu'à donner desordreset à prescrire des règlements. C'en
(3'J) « Vaï etiarn laudabili liomiiuiri) viue, .si rei-.iuia iiiisericordia iliscutlas eaui ! » (Coh/Vss.)
est une où la persuasion, l'exemple, le travail personnel sont inséparables de l'usage complet de l'autorité. Tout ce qui émane du gouvernement épiscopal tend à établir la connaissance et le culte de Dieu et de Jésus-Christ, l'amour cl la pratique des vertus, la haine et la fuite des vices. Un pareil gouvernement est plus fait pour purifier le fond des cœurs que pour réformer les dehors. Il ordonne, quand il le faut, mais sans ccsserd'instruire, d'exhorter et d'agir. Ici le général est le premier soldat, et le gardien des lois, le premier à les exécuter.
Telle est la forme d'administration é[)iscoiiale que saint Pierre, chef des apôtres, avait apprise de son divin maître, et qu'il a proposée aux évoques, ses collègues (60) : Seniores, qui in vobis sujU , obsecro consenior. Paissez le troupeau que Dieu vous a confié, et qui est h lui beaucoup plus qu'à vous. Pascite qui in vobis est gregem Dei. Le nom de pasteur, déleiiuiné par l'usage des livres saints à signifier l'autorité, vous avertit de la vôtre; il vous rajipelle en même temps vos obligations. Veillez sur ce troupeau, non avec répugnance et comme par contrainte, pr o vident es non coactc, mais avec une alleclion, avec un empressement qui soit selon Dieu, sed spontanée secundum Veum, non |)ar le désir d'un gain honteux, mais par un zèle gratuit et volontaire. Neque lurpis lucri gratia, sed volunlaria. Lu service épiscopal n'a [ilus de détail trop minces, ni trop ennuyeux ou trop fatigants, lorsqu'on les envisage sous le rapport du devoir, et (d'un devoir qu'on aime à remplir jiour plaire à Dieu. Le zèle d'un évoque est aussi libre que pur ; il devient plus laborieux et plus actif, lorsqu'il est parfaitement dégagé des chaînes de l'intérêt. El certes, il serait Ihinteux de montrer, d'uno part, l'attention la plus scrupuleuse à la conservation de ses droits temporels, au n'couvrement de ses revenus, et de l'autre, une extrême facilité à rejeter sur des substituts les soins spiriluels ; au lieu que les apôlres{61) retenant pour eux le ministère de la parole et celui du saint sacrifice, renvoyaient le sej-vice des tables à des ministn s inférieurs. N'aspirez pas à dominer dans riiérilsge du Seigneur. Nequeut dominantes in cleris. La domination est réservée auv princes de la terre ; votre gouvernement est d'une autie esiièce. Pasleurs du troupeau, rendez-vous en les modèles par une vertu qui ne soit pas de parade et d'oslenlation, mais qui, naissant du fond de votre cœur, se communique à celui des autres. Sed forma fucti gregis ex animo. Une administration épiscO|ialo soumise à ces règles n'a rien de flatteur pour la nature, rien d'al« Irayanl pour la cupid lié, pour rauibition,pour l'amour de la vaine gloire; mais elle ouvre un cham[) vaste à la charité : c'est la seule ipio Dieu approuve, et (|ui puisse donner
(OOi / Pelr. V, 1-4.
(tjl) Act. VI, ii-i.