S'JO
l'on prétendait nssujélir personnellement Il s évéqiies à toute l'i'te'iduf! de la nrôîlicalion dont il parle. I.lle devrait avoir lieu tous les dimanrlies, toutes Us fêtes solennelles de l'année , et tous les jours, du moins trois jours de chaque semaine dans tes tempe de jeune, de Carême et d'Aveul. C'est cello-là (|ue le concile (.xliorte les évèqucs d'etorcer par eux-mômes dans leur cathédrale, s'ils ne sont légitimement (•m|)èchi''S; la reiivo.vant dans les autres églises aux curés, et, à ieui' défaut, aux ouvriers évangéliques ([uo les prélats jugeront à propos de coinmettro pour co ministère. Il l'anl cofivcnir que Cl tle assiduité à la prédication, dont les exemples élaieiU ordinaires parmi les évèqnes des premiers siècles, est devenu del>uis longtemps incom|iatible avec la multiplicité des soins et le poids des afl'aires dont les évô(|ues son! surchargés, ki, l'extrôme dilliculté |ieut servir d'excuse h ceux qu'elle arrête ; cl , d'une excuse d'autant plus valable , qu'il est douteux qu'un évoque du |)lus grand zèle et de la (ilus haute jjiété , avec les talents qu'on a droit d'exiger do lui , fît autant de fru.l maintenant , si on lo voyait conlinuellemenl en chaire, qu'il aurait |iu en faire autrefois. C'est donc au sujet d'une prédication aussi assidue qu'on peut appliijuer avec justice la restriction du légitime empêchement adoptée par le concile de Trente.
Elle serait encore plus applicable à un assemblage de sermons tels que les prédicateurs de profession en composeni dans leur cabinet, les apprennent par cœur, et les prononcent dans nos églises. Il esi à désirer que cet usage se soutienne, quoique les ell'ets n'en soient pas aussi salutaires qu'ils devraient l'être. Le silence perjiéluel de nos chaires, ou seulement interrompu trois oa quatre fois chaque année, achèverait la ruine des mœurs cliréticnnes. L'essentiel est que ceux qui exercent celle carrière connaissent la religion, et qu'ils la prêchent. Il n'est pas moins nécessaire que les regards clairvoumts du publia aperçoivent en eux un zèle pur et désintéressé. Avec cela, on peut leur pardonner do ne pas égder Bourdaloue, et même de ne pouvoir être nommés, comme quelques autres, après ce coryphée de nos ()rédicateurs.
Qu'un évêque ne soit (las prédicateur de cette manière , loin de l'en blâmer, il faut plutôt l'en louer, si d'ailleurs il l'est comme sa dignité le comporte et l'y oblige ; il ne le pourrait pas sans manquer à une partie de ses devoirs ; car le métier de prédicateur, je demande tiu'on me ])asse ce terme, qui ne doit pas ullaiblir la vénération due à co ministère, le ujétier de prédicateur, tel que nous venons de le désigner, ne soutire pas
(83) Vos scUis quomudo niltil subtraxerim utilitim, qiiomiinis aiiiiunitiircm vobis, et Uocerem vus fiublicc
el per doinos quapropter conleslor vos Iwdienia
du, quia mundus sum a saiiguiiie uniiiiitm. {Acl. w, aD-iO.)
[tii) Spccidatorcm ded'i tt domui hrael. Audiens
ergo ex are meo sermonem annunhnbis cis ex me
.Si aniiunliciiue ad iiiipium til n iiis suis eo)iierlutnr, 71011 jiieiil eoiiversus a via ma, iijse iiiiiiiis in iiii^juilale sua morietur. l'unu lu uiamam luiim libeiUili. ([■.zccli. \xxni, -4-9.)
le partage des occupations allachées à Todminislralion épiscopale. Aussi l'a-t-on vu abandonné , ou faiblement suivi, par des prélats redevables de leur élévation aux succès qu'ils avaient eus dans la chaire. On en a accusé quelques-unsde jouir, dans une inaction [)eu honorable , de la récompense de leurs travaux précédents. J'aime mieux dire que ces travaux ne s'accordaient p^us avec ceux de leur nouvel état, et qu'en supposant qu'ils aient distribué en temps et lieu à leurs diocésains le i>ain de la parole céleste qu'ils leur devaient, il a pu leur suffire de revoir, de mettre en ordre et de limer les sermons qu'ils avaient prêches autrefois. D'ailleurs , le métier de prédicateur, liabiluellement exercé, use les forces du corps. Si un ecclésiastique du second ordre, séculier ou régulier, peut les sncrilier en se vouant à la chaire, et attendre pour le quitter que la vieillesse ou les intirmités l'y contraignent, il n'en est |)as de même d'un évêque; assez d'autres sacrilices s'offrent à son ïèle : celui-là les absorberait tous, et ne les remplacerait pas. Enfin, je veux que ses forces le lui permettent, et qu'il puisse se concilier avec le resie de ses devoirs. Est-il bien sûr que le personnage de prédicateur de profession , comme l'usage l'a établi, soit assorti à la dignité épiscopale? Un évêque qui prêche a sur ceux qu'il fait prêcher en sa place l'avantage de parler à ses diocésains avec toute l'autorité de son caractère : autorité paternelle, qui d'elle-même Inspire l'attention, le respect, ladocililé;aulorilésuréminente, image de celle de Jésus-Christ, continuation de celle des aiiûlres. C'est ce qui donne à ses paroles un poids queue sauraient avoir les discours, peut-être plus beaux, d'un prédicateur subordonné. C'est un motif de surcroît qui l'oblige à l'exercice de ce ministère ; mais s'il paraissait y mettre de la lirétention, si sa manière de prêcher, consistant dans une longue suite de discours artislement travaillés , ressentait l'étalage du savoir et de l'éloquence , il perdrait , en prêchant, la meilleure partie de l'avantage que lui donne sa dignité. Ses auditeurs ne seraient pas simplement des brebis, des disciiiles, des entants, qui entendent leur pasteur, leur maître, leur père; ils croilaient être devenus ses juges, et que luimême les reconnaît pour tels. Qui sait si , pleins de cette idée, ils ne lejugeraient pas avec plus de sévérité que des prédicateurs ordinaires ? et si le son, trop souvent répété, d'une voix qui ne charmerait pas toujours leurs oreilles, n'amènerait pas le dégoût et l'ennui? Il ne s'ensuit pas de là qu'un évêque ne doive pas préparer ses instructions publiques, ni ne puisse les mettre par écrit, et en charger sa mémoire avant que de les prononcer. 11 est des nommes , en quelque étal que ce soit , qui ont besoin de ces pré-
cautions pour parler en public. Il est des matières qui les exigent pour être traitées avec l'exactitude et la précision nécessaires. Tout ce que je soutiens , c'est que la juste confiance d'un évêque dans l'efficacité de son ministère, et dans les bénédictions que Dieu y attache, l'autorise à prêcher avec moins d'apprêts que tout autre prédicateur. Les sermons même qu'il n'aura jias composés d'avance, et, qui ne seront dans sa bouclie que des effusions de son zèle, des écoulements d'une abondante sagesse, puisée dans l'élude et dans la prière , honoreront sa dignité, bien loin de la déprimer : on y excusera volontiers quelques négligences do détail, quelques expressions incorrectes ou hasardées. La critique n'a pas de prise sur un orateur qui ne la redoute ni ne la brave , qui ne témoigne le désir ni n'affecte le mé'pris des louanges, qui ne demande à ses auditeurs que leur salut, et a plus de droit, comme pi us d'intérêt que jiersonne, de le leur demander. Celte méthode, qui abrège les dispositions imn:édiales, mais en suppose de grandes, acquises de longue main, lui facilitera la prédication. Il pourra s'y api)liquer plus ou moins, selon qu'il le jugera utile à ses diocésains ; et il n'abandonnera pas pour cela le gouvernement de son diocèse, ni les autres fonctions épiscopales.
Il faut pourtant que ces sermons, ne fussenl-ilsque des catéchismes, soient supportables. Voulez-vous qu'un évêque monte en chaire pour y être bafoué? à Dieu ne plaise 1 Mais je demande à mon tour, s'il est réduit à cette dure extrémité, pourquoi en a-t-on fait un évêque? pourquoi a-t-il osé le devenir? Il avait en lui-môme un obstacle invincible à l'une des principales fonelioiis de répisco|)nt; c'était une véritable irrégularité dont l'Eglise n'a pu ni voulu le dispenser. Qu'il se fasse enlin justice en la faisant à sa (ilace. Mais, entre celle incapacité choquante et la supériorité du don do la parole , il y a différents points intermédiaires. Tous n'ont pas l'éloquence forte et sublime des Basile, des Grégoire de Nazianze, des Chrysoslome , des Léon , ou une éloquence aussi louchante el tout à la fois aussi ingénieuse que celle de saint Augustin. Je ne cite pas des [)rélals , plus rapprochés de nous, imitateurs de eus rares modèles. Il suffit à un évêque dont les lalents sont beaucoup moindres de prêcher avec dignité, avec solidité, avec une onction insé- |iarable des sentiments qui sorlenl de son . cœur pour se répandre et se communiquer au dehors. Avec cela seul, avec l'opinion établie d'une pureté de mœurs digne de son étal, et d'un allachement inviolable à ses devoirs, ses sermons seront avidement écoutés; et il n'y aurait qu'une répétition trop fréquente , moins heureuse que celle (le .saint Jean l'évangéliste (85), (encore lalfûlil qu'il en donnât la raisonj, ijui pût leur
(85) Saint Jean, accablé de vieillesse, disait conliiiuulleiuciil à se:> disciples: Mes en{aiUs, aimei-
vous les uns et les autres. Eiimiycs de telle uiiiforniiic, ils lui un dciiiandèreiii la cause. Il leur lit,
PAUT. V. TIIIOI. UORAI.K. l.ETTUKS A LN KVCQUE, ETC.
fiiiro (|iieli|iii« lorl iliiiis rr>|irit ilu ses iliocésaiiis. l.« (lisfllo ili" l;ili'iiU au-ilt'ssiis du ('(iiiwiitiii ne ilis|iuiisi! iIdiic |ifls un évi^'iuc de |iitV-tK'r, |>iii-;i|iio sans li'savmr il lo peut cl lo peut utiIi'Uii'iit. Lui i'ost(>-t-il la dillii-ulli' do parler en |udilic, provoiiuu uu d'uiit> tiinidi(i^ naturelle ou du défaut d'Iialiiludu '/ Culte dillu'ullé n'est lias insurniuiHnhlu ; il no s'agit, l'iMir lui , (jue de seiilu- vivement et (iroroiiilénient la nécessité d'en trioiuplier. Dès lors il l'era pour y |iarvcnir des elforts aussi pénililes, aussi réilérés, s'il est nécessaire, (|uo ceux de Uéiiu)>lliéiies pour dénouer sa langue ouilmrras^ée. Il assure le succès de ses eU'orts, lM) iinpIoriiBt, pour une lin plus noble que celle de cet tualeur profane, l'assistance du liel. Nous connaissons , vous et moi , un prélat qui a commencé par lies exiiortalions b ses domestiques dans l'intérieur de sa maison. Il sVsl aguerri par cet ess;ii 5 des iiislrucliuns |iubliques dans les églises et dans les asseinl)lfesdes lidèles. Un exemple d'un luul aulie poids est celui de saint Cliailes IJoiromée. On sait qu'oulre la médiocrité de son talent liumain pour la parole, surabondamiiient compensé par des vertus si éuiinenles cl de si héroïques travaux, il avait des empôchemonls naturels à parler en public. Il les vaiiKiuit assez pour joindre à loules les merveilles de son épiscopat le mérite de |irôclier , comme on devait l'attendre d'un |)Onlife rempli de l'esprit de Dieu et du reslauraleur de la discipline ecclésiastique.
Vous me demandez, Monseigneur, ce que je pense sur lo cours qu'un évèque doit donner à ses prédications pour remplir lidèlemeul celte iiarlie de ses devoirs. Nous comprenez aussi bien que moi que retendue et la [lopulalion d'un diocèse n'est pas la mesure à laquelle il faille s'arrêter. 11 semble, au conlraire, que [ilus le gouvernemenl d'un diocèse occupe son ()rélat par la multiplicité et la variété des all'aires, moins il lui laisse de loisir pour vaquer à la prédication. Un diocèse resserré facilite à l'évéque une inspection immédiate et presque journalière sur toutes les parties qui le composent. C'est une famille dont les enfants,placés à peu de distance du père commun, ne sont pas en assez grand nombre pour qu'il ne puisse les visiter successivement el à plusieurs reprises, les rassembler alors devant lui, el leur faire entendre souvent sa voix. 11 n'y a pas la même commodité, quelquefois la même possibilité, dans un diocèse vasle. La sanlé aussi el le tempérament doivent entrer en considéialion; l'un et l'autre, suivant leur degré de forcé ou de faiblesse, ajoutent aux obligations d'un évèque sur l'usage de la chaire, ou en retranclienl. Des maux douloureux cl presque conlinuels n'ont pas emiiêclié saint Grégoire, Pape, de prêcher fréquem-
siiivaiil sainl Jérôme, celle réponse iligne de saiiil Jean : C'esl (fue ce précepte es/ celui l'u Seigneur, et i'il est accompli, seul il sulpl.
(SU) ISunc er^o omncs nos in conspcclu tuo adsii-
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nient dans un pnntilicat do treize années, ilo même quo di- lifainoup écrire et d'éteiipie sans rui.lclie sa sollicitude pastorale sur toutes les l\.ilises. Il no serait pas juste do faire ."i tous les prélats une oblig.ilioii iji; co (pu n rendu ce grami l'upe radiiiirntion du son siècle et de la postéiité. La vieillesse (pu a surcédé à de longs travaux n'est (i.is une inoindre excuse. Dans celte situation, la vue seule d'un prélat vénérable rapfiello le souvenir de ses | rédications passées : elle en cirnscrvo le IViiil. On ne s'étonm rail [las de »on silence, quand même il ne le romprait plus. Indé|ieiidamment de ( es diverses nuances, plus physiques (|ue morales, et qui |)ar cela même iiilluenl plus furlenient dans la pratiiiue dont nous parlons, un évèque est autorisé à diminuer le nombre do ses préilications : 1" |iar la craiiile, fondée sur sa propre ex|)érience ou sur de lidèles rajiports, (pi'en les multi|iliaiil il no lasse SCS diocésains el ne les accouluine h renteiidrc avec iiidiUérence. Cet inconvénient, plus déplorable en soi, plus funeste dans ses suites, que s'il regardait tout aulre prédicateur, doit l'engager à réserver son iiiiiiisière pour des occasions plus rares, plus solennelles, où il deviendra plus ulilc, el ;^ dispenser avec sobriété un aliment dont Il profusion ferait [lerdre le goût ; 2° [larles services qu'il peul rendre à l'Eglise, toujours dans le genre de l'instruction, mais d'une autre manière. Un évèque capable d'écrire avec lumière et avec succès sur des matières intéressantes pour la religion, eng'igé, par une vocation spéciale, dans cette glorieuse carrière où chaque siècle a vu (>lus ou moins do prélats défendre l'Eglise, combattre ses ennemis, éclairer ses enfants, cet évèque peul prêcher moins souvent. Le temps qn'il emploierait à s'y préparer, il en consacre une partie à des occupations qui appartiennenl également à son ministère : il remplace celles de ses prédications de vive voix, qu'il est obligé d'omettre, par des instructions écrites, répandues plus loin et plus durables.
S'il ne faut que marquer dans celle matière les limites les [lius apparentes du devoir et de la prévarication, je dirai que tous les évoques, sans distinction et sans réserve, sont étroitement obligés de prêcher dans les visites des églises el des paroisses de leur diocèse. Celle obligation est renfermée dans celle des visites mêmes, tant recommandée par les canons. Ils doivent celte partie essentielle de leur ministère à des ouailles éloignées de la résidence de leur [lasteur, qui le voient rarement, qui l'altendenl avec impatience, qui accourent à sa rencontre, se rassemblent en foule am); es de lui, et donU'empressemenl|semble lui répéter ces paroles du centurion Corneille àsainl Pierre (8(3) -.Nous voici Cous en votre présence, prêts à écouter
tniis audire quœcuiique lit-i prœcepla sunl (i Donnno. Aperiens uutem l'eirus us suum , dixit. {Acl. \,ï>î>,
œUYRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
tout ce qt:e le Seigneur vous a ordonné de nous dire, (juiiiiil ouvrira l-il la bouche, s'il la ferme alors? Refusera-t-il (87) le pain de la parole à des enfants qui eu sont aU'ainés , et qui le demandent de la main de leur père,? 11 serait honteux que de toutes les fonctions qui remplissent sa visite épiscopale, il so réduisît à la contirmation et à des ordonnances, finrce qu'elles lui sont personnellement attachées, et que l'instruction fût le partage des prêtres qu'il trouve sur les lieux, ou de ceux qui l'accompagnent. J'en dirai autant des églises qu'il doit visiter dans sa ville épiscopale. La résidence qu'il y fait peut hien abréger, dans ces églises toujours sous ses jeux, d'autres cérémonies, d'autres fonctions de ses visites souvent répétées : elle ne le dispense pas d'y annoncer alors la parole de Dieu ; mais l'église cathédrale est, sans contredit, h; siège natnrel de ses prédications. Je ne conçois pas qu'il puisse être e:) sûreté de conscience, s, il [\'y prêche jamais ; ni que cette obligation puisse être remplie, si dans un épiscojiat de quelque durée, outre les occasions extraordinaires, comme un jubilé, une mission, une calamité générale, il n'y d pas prêché les principaux mystères du christianisme. C'est en exiger beaucoup moins que n'en ont pratiqué les saints évêques des premiers siècles et quelques-uns des derniers. C'est duiiner beaucoup à l'affaiblissement de la discipline parmi les chrétiens, comme dans le clergé, et à l'accroissement de soins extérieurs dont i'épiscopat est environné. '
Au surplus, ces sermons prononcés dans les chaires ne préjudicient pas dans un évêque h un autre genre de prédication ; c'est celui de ses conversations ordinaires : non qu'il doive y étaler une austérité de morale qui écarterait de sa personne et de son commerce la plupart de ses diocésains; sans cet étalage, contre lequel même la piété d'un homme de son état doit se tenir en garde, du moins qu'elle doit tempérer par le même priiici|)e qui engageait saint Paul à être fai- Ole avec les faibles, il y a pour lui bien des manières de prêcher dans la société, quoiqu'il n'y prenne pas le ton de prédicateur. C est peu qu'il en bannisse, par sa présence, tout discours contre la religion, contre les mœurs, contre la soumission et le resjiect dus aux i>uissances du siècle , tout discours emporté ou dillamani; il n'obtiendrait que ce (jue la bienséance et la civilité lui assurent ; et, s'il no l'obtenait pas, il n'aurait d'auirc parti à prendre que de couper court, et dans le moment et |iour l'avenir, a du pareils propos. Son zèle pastoral et l'édilicalion publique en demandent davantage.
Toutes les conversations qui se lienneiit devant lui ne roulent pas directement sur des objets religieux ; en vain essaierait-:!
de ne pas en admettre d'autres, il n'y gagnerait que de rester seul; mais il peut faire en sorte qu'elles deviennent plus fructueuses. Son devoir est d'y mêler de temps en temps des réllexions chrétiennes, tantôt, jilus courtes, tantôt plus développées, des réllexions qui corrigent par un langage viai le langage païen qu'une mauvaise habitude, ou plutôt res])rit du monde a introduit au milieu du christianisme sur la cause des événements, sur les biens et les maux de la vie présente. 11 est digne de lui de ramener la Providence où l'on (parle d'étoile, de fortune, de hasard, et de substituer à propos les saintes maximes de l'Evangile à celles de la chair et du sang; un des devoirs de la société civile comme de la société chrétienne, est do se réjouir avec ceux qui je réjouissent , de pleurer avec ceux qui pleurent (88). Ce devoir le regarde, '.notamment envers ceux de ses diocésains qui sont plus à portée de vivre avec lui; mais il le regarde en évoque, plus obligé ^que tout autre chrétien à écarter une joie ou une douleur profane, et à ne méiiager la faiblesse des personnes touchées de cos sentiments, que pour leur en insinuer de plus conformes à l'esprit du christianisme et à la volonté du Seigneur. En un mot, c'est à lui que s'adresse singulièrement cette leçon de saint Paul (89j: Que vos discours soient toujours assaisonnés du sel de la grâce, afin que vous sachiez ce que vous devez dire et répondre à chacun. Ainsi sa vie sera-t-elle une continuelle prédication, qui, soutenue de ses œuvres, ne cessera d'atl'ermir les justes dans la vertu, et d'inviter les pécheurs à la pénitence. Peut-être fera-t-il par là plus fo bien que par ses sermons, et je l'excuserais volontiers de monter rarement en chaire, tout persuadé que je suis de l'obligation qui le presse à cet égard, s'il possédait et s'il employait le talent de rendre ses converbaiions familières aussi instructives qu'intéressantes.
Nous voici arrivés au talent d'écrire sur les matières de la religion ; car sur toute autre, on dispense un évêque d'exercer le talent qu'il peut y avoir. Ou ne le lui pardonne que dans dos occasions passagères qui s'oiïrent à lui, surtout si elles lui imposent une espèce de nécessité. Mais avant que d'examiner si ee talent est absolument nécessaire dans l'exercice de l'épisco[)at, et si un évoque qui ne l'a pas [leut emprunter celui d'un autre , en faisant jiaraîlre sous son nom et sous le sceau do son autorité, des ouvrages dont il n'est pas l'auteur, (losuns [lour l'undeiiient dans celte question les règles tracées par saint Paul. Un évêque, dit-il (90), doit embrasser l'orlement les vérités de la lui, telles qu on les lui a enseignées. AmpUvlenîem euin, qui sccuudum doclrinam est, fuklein scrmonem.
(87) Parvtdi peliciuiit paiiem, et non eral qui Irangerei eis. (iltreii. iv, 4.)
(Hij Gaudere cum giiudeiilibus, Père cum pentibus. {Hom. \A, 15)
(89) Seimo rester seniper in gratin sale sit cor.dilus, ui scialii qnoiiiodo opurieul vos unicuique respoiutere. [Culoss. iv, U.)
(W) lit. 1, 9.
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( iHilifilisiiit , tl eot qin eontradieuiil oi- (jurre.
ijiii'l i'nI cet enseii;msiK'iil nsti-i sur, iissi'i u(i(urisi>, |iiiiii' lixi-r iiiv.inaiilrmunl !a croviime i\\n\ «ivC.iui;, tl jiour l'otili^er fii Mll'^IlH' Irllips i\ t'MSuiglILT ce <|u'il cioil? Celui df ri'l^li.se (-iillHili<|Ui>. Klle o>t la l'ulrlu dé|>osituirc Jus livres saiiils vl des iimmiiiu-Mts tU> la (ruditioii, l'iiilcriirùlu iiifiiilliltlu du vi^rilaliio sens des uns el dos iiuln-s; el, l'UiMUiu rct eii>eij;nfiiieiil ne varie niiint, qu'il ne soull'ru pas irniliM'ru|>tiiMi, <|u il durera loujtnirs, duté par le Sainl-Kspnl , ju:>i|u't\ la lin ilu iiiiinde, il n'y a |i(iinl de siécli-, piunt d'année, poinl de jnur, où un évéi|ue, entrant en possession de sneliaiie, n'apprenne de l'Etjlise aittielliMnenl sulisistante les vérités de loi (|u'il doit enseigner. Ue môme, elle lui détermine, s'il le tant, dans le cours de son épisco(ial, les erreurs nouvelles i|u'il doit LOiuliallre el poursuivie. Les lumières (ju'il re(,-iiitil'eile,ol l'iiunible soumission ipi'il lui rend, ne lu dispensent pas, sans doulo, d'étudier rKcnlure suuite, les lonciles, les Pères de l'Eglise, du consulter l'anliquilé, et de puiser dans ces sources pures lu doctrine dont d se péliètre lui-même, et dont il instruit les uutres. C'est précisé. ucnt pour cela que >a première démarche, sa démarclie l'ondamenlale, doit être de régler sa croyance et Son enseignement sur l'enseignement et sur la croyance de lliglise qu'il voit et iju'il entend. Alors il sera indubitablement assuré de croire de cœur et de confesser de bauche l'ancienne doctrine, la docli iiie révélée; car où Irouverait-il ailleurs la même certitude'? quel aulre j.'uide prendrait-il dans celte recherche'/ seiail-ce son propre génie, son savoir? (Jueliiue perraiit t[Ue fdl l'un, quelque proloud que lût l'autre, ils puniraient l'égarer, el le risque serait d'autant j)lus grau'J, qu'il aurait meilleure opinion tle Sol el de ses res^ources [lersOMiielles. Kri croirail-il il des docteurs ()aiticuliers , plus éclairés el jilus vertueux à son gré que tous ceu.x qui pensent autremenl? Lu ce cjs, il commettrait une faute impardonnable dans un simfile tidéle, car Jésus-Cliiist a insépalatiiemeut uni l'autorité de l'enseignement à celle de la chaire. 11 a voulu que l'obéissance de ses disciples, indépendante des appuis bumains, même les plus S|iécieux, reposai tout entière sur rinslilution divine do ceux qui sunl leurs maîtres au même litre que leurs pasteuis. Celle obéissaiice au tribunal des poiiuies , assis, non dans la chaire de Moïse, mais dans celle des apùires, ou, [lour dire encore mieux, la cnaire de Jesus-Christ , est le devoir sacré d'un évoque comme il l'est du dernier de Ses diocésains. Il leur eu doit l'exeiiqile: s'il y manque, il est doublement cou|iable ; son JUlérêl mèuie le condamne. Indocile a une
autorité supérieure, coniiniino pour Ici diolé^ains et pour lui, il alTaiblil, il di'nieiubre l'tdli- qu'il a pnrtii'uliereinenl sur eui; non iju'ils ne doivent toii)oiirs la io>|)Ui'ter i-l y obéir dans ce ipi'il n droit do leur ordonner; mais, d'une paît, il les eipose h la leniution dun^ereuso do violer, ii son égard, unootiligation que Ini-inênib n'observe pas; et du I autre, il les met vlans la nécessité de jiorter malgré lui leur obéis-anco où il refuse do porter la sienne. Klabli l'un ilcs juges de la foi, il su dégrade lui-inèmc s'il ipiitto s» i>lacedaiis cet auguste tribunal, |iour {irendro c'die d'boinine ou de chef do parti. L'ncoro une l'ois, les décisions d(î l'Mgiise, el les récentes aussi bien que li-s ancirnnes, (luisqu'elles no peuvent )aniaisêlro en contradiction les unes avec les autres, sont sa boussole et sa règle dans rinlelligerico do l'Ecriture sainte et de la tradition. Plus il se rappellera les co'iiiaiss.iiRes qu'il doit y avoir acquises , jibis il en approfondira l'étude avec les dispositions (jn'elle exige, et plus il se convaincia qu'une adhr'sion réelle, el non ()as seulement de langage, aux décrets de l'Eglise, sans en excepter un seul, est la véritable clef de ces précieux trésors. Hors do celte voie , toutes les démonstrations de zèle pour la doctrine des Pères et de l'ancienne Eglise ne sont. que des armes de lu fausse science (91), réprouvée par Saint Paul, un piège tendu à la crédulité, un rempart qu'on se forme d'une autorité interprétée selon le désir et les préjugés contre une autorité qui parle cl s'explique ellemême.
(Ju'un évèque est l'i plaindre lorsqu'il s'est engagé à résister ouvertement à une déi-isio:i de l'Eglise, ou à en énerver l'au;oii:é par de captieux détours 1 Soit qu'une contianca imprudemment placée el fioussée à l'excès, soit que des ressentiments particuliers, suit que ces deux causes bientôt unies, si la seconde a d'abord été séparée de la première, l'aient entraîné dans ce précipice, il ne peut pas commettre de plus grand péché dans l'exercice de son ministère. En vain se glorilierait-il de garder les liens do la communion ecclésiastique avec tout l'épiscopat; il rompt ceux de l'unité la plus essentielle, qui est l'unité de croyance et de jugement. Il ressemble à ces hommes auxquels un ancien reprochait de faire la guerre à l'Eglise jusque dans ses murs : Intra Ecclesiœ septa contra ipsuin Ecclesiain stare. (S. CYPRiA>us.)Mais, sans Ôlrescljismatiijue, il ne suit pas tidelemenl les leçons déjà rapportées do l'aiiôtre saint Paul. 11 devait embrasser lortement les véi'ilés de la foi, telles qu'on les lui a enseignées. Amplectentem eum , qui secunduin doclrinam est, Jidelem sermunem. 11 retranche de cet enseignement celui de l'Eglise actuelle dans les points qui blessent ses engagements et ses préventions. Par ce relraiichemenl, il n'embrasse (ju'une ombre fugitive. Il devait ('Xliortur selon la saine doctrine, et peul-êlre
(9!) Oppoiitiones faisi iiommis scienliœ (l Jim. vi, 20 ).
UElvres coiirL. ue LtFKi.xc de Poupigna.^. II.
œUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
pn n-t-il la cnpîicilô. Ut potens sit exiiortari in dociriva sann. Mjiis ses exliortiilions iriêk-ul la niauvaisL' doctrine avec la saine , et sa capacilé devient plus nuisible que prolllable. Il (levait reprendre et réfuter les ailvei'saircs de la vérité. Et eos qui conirndicunt arguerc. Il se met au nmnbre de ceux qui méritent d'être réfutés et repris.
On peut conclure de ces mêmes paroles, qu'il n'appartient pas à un évêque d'iui- IM'imer le sceau de son autorité sur des Sentiments, je ne dis pas déguisés sous des expressions équivo(|ues, et, dans le fond, infectés du venin de l'erreur (car ce serait retomber dans l'égarement dont nous venons de parler), mais sur des sentiments qui peuvent être vrais, qui ont mémo de célèbies défenseurs, mais que l'Eglise n'a point décidés. Insérer tie pareils sentiments dans (les livres classiques dont cm (irescrit l'usage, ordonner (|u'il n'en soit pas enseigné d'autres dans les séminaires ou d'autres écoles, vouloir absolument qu'ils deviennent la théologie dominante d'un diocèse, c'est bâtir sur Te sable, puisqu'on ne peut espérer raisonnablement, ni de les répandie ailleurs, ni de les transmettre chez soi, etajirès soi, avec la même faveur et le même ap|)ui. C'est encore, et l'inconvénient est plus graml, ravir à des théologiens une liberté que l'Eglise leur laisse; c'est entin obliger des maîtres à enseigner à leui'S disciples ce (ju'eux-mêmesne pensent (las, sans pouvoir néanmoins les oiiliger à dépouiller leurs jiropres pensées, ni même à les dissimuler. L'uniformité de l'enseignement dans un diocèse n'est ici (pi'un fjible motif; car outre? qu'elle est mal établie de cette manière, i[ui tend plutôt à jeter de jeunes élèves dans l'incertitude qu'à 'es réunir dans les mêmes sentiuienls, celte uniformité n'est pas nécessaire au point où Ion prétend l'exigef. Il doit sullir-j à un évêque de la faire régner dans les dogmes de la foi, et dans ceux que l'iîglise nationale, dont il est membre, a jugé à propos d'adopter authentiquement sous les yeux de l'Eglise universelle. 11 n'a' tiue le droit de veiller à ce que la liberté, qu'il ne trouble |ias, ne dégénère en licence, et (lue la diversité qu'il tolère n'engendre et n'aigiisse des divisions. Comme supérieur ecclésiastique, comme protecteur de toutes les écoles urlliodoxes , sa devise doit èlr(.' cette belle et judicieuse maxime : Dans les choses nécessaires, Vanité; dans les douteuses, ia liberté; dans toutes, la charité.
La morale qui distingue le péché de l'action permise, et les conseils des préceptes, n'est |ias moins conhée au ministère épistopal que la doctrine qui règle la croyance. Il a été un temps oiî les subtilités d'un grand nombre de casuisles l'avaient étrangement défigurée. La méthode scolaslique, utile pour les matières de spéculation, mais d'un dangereux usage dans celles de pratique, avait donné naissance aux décisions rel.lchées. D'autres causes avaient conlribué à
les multiplier. M. Bossuel observe (92), qu'on n'en a souffert les auteurs dans l'Eglise que parce qu'ils étaient sorimis à ses décrets. Il dit ailleurs, dans le nièiiie ouvrage (9.3), que les Papes, les écéques et les facultés de théologie se sont opposés, par de sévères censures, aux erreurs des mauvais rasiiistes. C'est ce qui prouve, pour le dire en passant, combien l'Eglise est au-dessus, dans ses jugements, de toute partialité, de toute acce(ition de personnes. Le Saint- Siège et l'Eglise gallicane n'ont pas fait plus de grâce à la morale rebkhée qn'ù une doctrine introduite et soutenue par des écrivains ardenlsà la décrier. La même autorité, devenue, par une approbation généiale , celle de l'Eglise entière, a prononcé ces deux condamnations. Il n'y a eu de dill'értuice qu'entre une soumission tramjuillc d'un cc'ité et une opiniâtre résistance de l'autre.
Il est donc du devoir d'un évoque de maintenir la morale dans toute sa pureté , non pas précisément parce que c'est une bienséance de sa dignité, et qu'il se rendrait méprisable aux yeux du monde môme s'il favorisait la théorie du relâchement; encore moins par ostentation, pour plaire aune cabale, |iour être a(i(ilau(Ji [lar des prétendues mères de l'Eglise, ou par animosilô, pour humilier des hommes fju'il n'aime |)as (il y aurait un relâchement elfeotif , et bien contraire à la sainteté du christianisme), mais parce qu'il n'a [las de plus grand intérêt que le salut des âmes, dont il répond à Ditu, et que ce serait les [lerdre , en se |ierdant avec elles, que de les flatter d'y parvenir par la voie large et spacieuse, qui est C( lie des réprouvés. Il est inutile d'ajouter que c'est pour lui un motif de plus de ne pas allier dans sa [lersonne, avec la profession d'une morale sévère, certains relâchements visibles (d'opinion et de conduite tout à la fuis), que les casuisles les plus indulgents pour les faiblesses des simples laïques n'ont jamais excusés dans un homme de son état.
Du reste, cette indulgence, qui a été souvent insiiirée (lar le désir inconsidéré du convertir un [ilus grand nombre de pécheurs, et de les convenir pluttit, est une illusion dont un évêque doit commencer par se défen Ire lui-môme, pour en garantir les ministres qui travaillent sous son autorité. Leur travail ne peut être bon et solide, lorsqu'il embrasse lantde monde en aussi (leu du temps. Toutefois la sage circonspection, qui s'éloigne de cet excès, n'autorise pas celui de fermer les [>orles de la réconcilialiOii, et d'inteidiro la sainte t.'.ble aux tiilèles par système [ilutôlque (lar un discernement é(iuilab!e el attentif des personnes; (J'où résulte dans les paroisses, gouvernées selon cet esprit, une cessation presque entière de l'usage des sacrements, le pire de tous les scandales.
Il laut aussi convenir qu'un évêque doit
(92) Sccoml nveriissi'ineiU aux proiestunls, n» 23.
(93) Second a erlisscmeiu nux pioics'aiils, ii« 2L
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Il nuis A UN KVLUtt. lie
peu iTiiindro aujniinriun <li> voir roii.<llre ifS |iri>|iusilioiis al)!>uriltts d'un Diaiiii , <riiii (lainiiiut*!, d'un tlscoliiir, d'un Kituni. Mlles :iohl tcuibiV'S duris un ju!>lu iné|>ris, uin^i i|uti li-uis auteurs, diuil les ouvrages miscvt'lis dans la (loussJeru de i]uel()ues tiihiiolliùt|ues, n'onl plus de lecleurs. el dont le» nouis suraient eg<ileuient ouiiiiés, saus la ridicule inetl';ii;id)le qui en coiiservo le souvenir. L'esiMil de nos Jours est dilk^reiil do relui (jui u enlanté ces éearls ; ce n'est pas que la iiHirale soil devenue si pure, qu'elle n'admette plus dans la spéculation, pour ne point parler do Li pratique, de niitii^atiuii pi'escnle par la loi de Diou. .M;ris alors on tlieiTJKiit ù concilier, (lar des rullincineiils do ilialectique, ces adoucissements avec la loi iiK^me. l)e là les elloils pour pallier le men.^ouije, l'usure, iiucUjuet'ois le vul et l'assassinat. Il fallait donner la torture à son esprit pour imaginer ou |)0ur colorer de pareils expédients, et ce qu'il y avait de siugulier , c'est que cuuï (jui les traçaient do sang-l'roid dans leur cabinet n'y avaient aucun intérêt personnel. Ils repoussaient pour euï- mômes des choses inliniinent moins réprohensibles que celles (|u'ils perluellaieiit à d'autres; ci marcliaiil dans la voie étroite, ils croyaient rendre service à Dieu, en élargissant au peuple ciirélieii le cliemin du ciel. Aujourj'liui l'on n'y lait pa» tant de façons , couiine aussi l'on ne se pique pas d'un zèle aussi vif, ni d'une régujarile aussi exemplaire. On trouve plus court de nier les [iriiiiupes de nos pères , ou de sup[iOser , quand un veut bien les Irailer plus respectueusemenl, que leurs princijies ont perau leur ajipiicalion et leur usage. Ils les loiidaient pourtant sur la loi naturelle el sur lu parole de Dieu. L'usure, dont nous Venons de parier, fournit un exem(ilo de celle iiardiesse. J'en pourrais ciler d'autres si je voulais, et même sans sortir de quelques-unes ues questions examinées dans ces lettres. Voilà une morale d'autant [ilus relichée, iju'au lieu d'éluder ou d'obscurcir la lui, elle eu conteste , elle en brave l'autorilé. C'est maintenant elle qui mérite de notre part un redoublement ue zèle et de vigilance; car où la morale de nos pères tiouvera-t-elle de lidèles adhérents et des défenseurs iiiébrunlables, si ce n'est daus l'épiïcopat? Mais j'avoue qu'il ne faut pus pour cela que nuus perdions de vue ies lelàelieiiieiits trop durables, i!idé()ei)damuieul ues casuisles décriés, dans les consciences qui se tlattent et qui trouvent des directeurs aveugles ou complaisuuts.
Le mainlieu de la saine ductiine el de la bonne morale est donc un devoir inséparable de la digniié épiscopale. 11 s'accomplit suivant que les circonslaiices l'exigent ; mais il ue s'accomplit pas de la môme ujanière par tous les évèques. 11 y en a, et c'est le plus grand nombre, qui n'ont le talent d'écrire que dans un degré médiocre. Cette luédiocrilé n'a pas dû seule les exclure do l'épiscopal. Elle ne leur |iermet [lus néanmoins Ue composer el de publier des ouvru-
geii, tels que l'iuiporlaiicu de la causi; lt;i demande, et (ju'on a droit de les alleiidrt* du rang qu'ils tiennent dans IKglisu; (ar il n'en est pus des écrits répandus dans le public par lu voie du riinpression, coinnie des discour:; prononcés de vive vou ; on pusse h ceux-ci, surtout (juand ils sortent de la bouche d'un évé()ue, des délaiils de st\le ou do ciiinposilitui, cli'ucés pur la dignité Uo l'auteur, par la sulidilé de ses inslructioiii, pairoiciiuii (|iii »'y lait sentir; aussi je n'ai pas balance à dire, qu'un évéïjue iiicajiable de se faire écouler dans la cliairo chrétieiiui^ avec alleiilioii et docilité, est évideiiiinenl au-dessous de celte place. Les écrits livrés à la presse sont plus sévèrement jugés, cl doivent l'ôlrc. Il y u sans doule de la pi titesse il'es(iril el du mauvais godl à y juélérer, | rinVipalenieiit dans les matières de religion, la be.iuié ou les agréments du langage, nu mérite des choses; mais ce mérite même n'y existe pas, sans un |lahnt particulier de l'écrivain; elles imperfections, ([u'il peut faire pardonne /, ne sont pas celles (]ui rendent un ouvrage ennuyeux cl iiisupporlablo aux lecleurs.
Ainsi, un évèque qui n'est pas en état de couifioser des écrits utiles à l'Eglise, est disjieiisé de poiirvcjir de celle manière à la conservali on ilu déiiùt dont il est chargé : il lui sullil de cumiaitie assez la saine doctrine el la bonne liiurule, pour en inslruiie, dans l'occasion, ceux qui ignorent l'une ou l'aulre ; |iour en réprimer, dans son diocèse, les conlradicleurs ; pour unir sa voix, quand il le faut, à celle de sts confrères, dans les mômes enseignements. Mais le devoir d'écrire (lour la religion oblige inconteslablemeut les prélatsqucDieu a()pelie à ce trava.i jiar l'altrail qu'il leur en donne, par les lalents dont il les o doués, (lar les lumières que l'élude et la prière leur ont acquises. 11 y a toujours eu dans l'Kglise de ces piélatsf, plus ou ujuiiis nombreux , [ilus ou moins éclairés, suivant les siècles où ils ont vécu; il faut espérer qu'il y en aura toujours, jusqu'à ce que 1 Eglise du temps, linissant son cours, aille se perdre heureusement dans celle de réternilé.
M. labbé Fleuri a dit, dans l'un des discours de son Histoire de l'Eglise, que Us anciens éiéques écrivaient peu. Cela est vrai, à ne considérer que le nombre des évèques de ces temps-là, connus par plusieurs ouvrages, et des ouvrages d'une assez longue étendue; car, si dans les siècles même les plus féconds en excellents écrivains de l'ordre épiscofial, on couiple saint Irénée, saint Cypricii, saint Hilaire de Poitiers, saint Oplat, saint Ambruise, saint Paulin, saint Augustin, saint Léon, saint Grégoire, pape, pour l'Eglise d Occident; et pour celle d Orieni, saint Aihuiiase, saint IJasile, les deux saints Grégoire, de Nysse et de Nazianze, sainlE|iipliane, suint Chrysostome, les deux saillis CyriUes de Jérusalem et d'Alexandrie, Théodoret, et linéiques autres, pour l'une et l'autre Eglise, dont Jes noms sont moins illustres, ou les ouvrages en moindre
quanlité; si l'on veut supposer que, dans ces mômes siècles, des évôiiues qu'on ne connaît (ilus, onl écrit des ouvrages abolis par l'injure du temps , qu'est-ce que ce nombre, comparé à celui delaiit d'évêqufs, contemporains de ceux-là, qui édiliaienl l'iiglise i>ar leurs vertus, qui [laissaient leurs troupeaux avec un zèle iiifaligable , mais qui n'écrivaient point, soit qu'ils n'en eussent pas le talent, soit qu'ils jugeassent que J'Eglise défendue, dans l'épiscopal, par de plus forts combattants, éclairée par de plus brillantes lumières, ne réclamait [las de leur part ce genre de service, et se conlenlait qu'ils rendissent à sa doctrine tous les léuioignages qu'ils lui devaient , dans les conciles, devant les empereurs et les magistrats, par leurs souffrances autant que par leur confession de foi ? Rien ne prouve mieux ce que nous disions tout à Theure, que tous les évèques ne sont pas obligés d'écrire pour la religion. C'est le partage et la vocation spéciale de quelques-uns. Dieu pèse, oans la balance de sa souveraine et clairvoyante justice, le mérite des combats livrés par ces généreux athlètes, et le mérite des actions saintes, renfermées dans l'exercice ordinaire du ministère épiscopal; il juge lequel est le (dus agréable à ses yeux de l'évèquo qui, semblable à Judas Machabée (9i), protège avec le bouclier et lépée le camp du Seigneur, ou de l'évêque uniquement cl conluiuellement occupé de tous les détails de l'administration de sou diocèse. Il le juge par le degré de charité habituelle et dominante qui les distingue. Lui seul peut coniiaitie avec certitude cette nuance ; et quoique les hommes puissent faire, de quelque prix que leurs œuvres extérieures soient par elles-mêmes, l'ordre de l'amour qu'ils ont pour Dieu décide entre eux de l'ordre de la sainteté. Mais en laissant à Dieu, comme nous le devons, le discernement des cœurs et le jugement des personnes, nous pouvons dire qu'un évêque, instruit et capable, plein de zèle pour les vérités saintes qu'il voit méconnues ou attaquées, sincèrement détaché des applauuissements humains et de la vaine gloire, invoquant sans cesse la bénédiction divine sur ses travaux, et qui, dans ces dispositions , emploie une partie de son temps à écrire pour la religion, ne l'emploie pas moins utilement, ni d'une manière moins conforme à l'esprit de l'épiscopal, que celui de ses confrères dont la vie est plus active et plus laborieuse au dehors.
La question est de savoir si un évêque qui ne se sent pas le talent d'écrire avec fruit et atec succès sur les matières de la religion, peut em|irunter une autre plume? C'est sur quoi, Moîiseigneur, vous désirez que je dise mon avis. Je ne vois point de difficulté louchant ce qu'on appelle usages du diocèse, comme catéchismes, rituels, livres liturgiques, livres de prières pour lus siaiples Qdèles. Ces sortes d'ouvrages sont
des compilations ; on en trouve môme aujourd'hui un si grand nombre de composés pour beaucoup de diocèses , qu'un prélat qui croit en avoir besoin pour le sien, n'a qu'à en choisir un parmi les plus estimés, ou rassembler des uns et des autres ce qui convient le mieux à son diocèse. S'il veut prendre sur lui ce travail , en le poussant même jusqu'à une rédaction totalement ditîérenle, à la doctrine près, des ouvrages ùéjà connus en ce genre, il est bien le ra.iître, lorsqu'il en a le loisir et le talent distingué, ne celui que d'autres compositions exigent. Mais qui peut trouver mauvais qu'il s'en repose sur u'autres mains plus libres et naturellement plus jiropres h l'exécuter? jiourvu qu'il s'y réserve une inspection qui n'y laisse rien entrer que d'exact et de correct, condition essentielle, dont le défaut retomberait sur lui.
Compterons-nous parmi ces usages de diocèse, où un évoque peut se contenter d'apposer sa signature et le sceau de son autorité, toutefois après un examen suffisant, les mandements qui ordonnent des prières puljliques, soit pour des événements annoncés |)ur le souverain, soit pour des causes locales? il n'est pas nécessaire que ces mandements soient des pièces d'éloquence, encore moins que l'esprit y brille: ce vain éclat serait un vice plutôt qu'un mérite. Il n'est pas question, ou du moins il ne d.iit pas l'être, d'y faire sa cour aux puissances du siècle, ni d'acquérir, auprès du public, par des feuilles volantes, une réputation usurpée, si l'on n'est pas l'auteur de ce qu'on lui présente, et très-frôle quand on le serait. 11 suffit que ces ouvrages soient écrite avec simplicité, avec dignité, avec religion : on écoute alors volontiers la voix d'un jière et d'un pasteur; on se console aisément de ne pas entendre celle d'un orateur. Il faudrait qu'un évêque fût dénué de talent, à un point que je ne crois pas lolérable, s'il n'était pas en état de tracer lui-même sur le papier ce qu'il doit dire alors à ses diocésains. J'avoue cependant qu'il est des villes et des résidences épiscojiales, oii la multitude d'oreilles délicates et enclines à la critique ont besoin d'être ménagées par des mandement.s plus soigneuseiueiU composés. Si les prélats de ces diocèses, accablés d'occupations, n'ayant ni l'habitude ni la facilité d'écrire de manièreà pouvoir soutenir sur de grands ihéitres le jour de l'impression, remettent ce travail à des écrivains de confiance, ils sont excusables. Cependant on a droit d'exiger d'eux qu'ils sachent choisir des compositeurs, non-seulement habiles dans l'art li'écriie, mais, ce qui est peut-être plus rare, cajiahles de prendre le style de la matière et le ton véritablement épiscopal. Quand ce choix a été heureusement fait, il reste aux prélats dont nous parlons, à s'assurer par eux-mêmes de la bonté du fonds jilus encore que de celle du langage et de la
(9i) / Uacli. m, 3.
SOS l'.vur. \. iiii.oi.. iioiiAi.ii;. - i.Kiriits \ un kvkoue, etc.
loiinitirc, avant do sii^iior k's luuiiduitiuiit^ ipi'ils iloiveiit piihlit'i'.
I.'i KiMiido dilli(Milt(i consiste dutis lus iiiiiiideiiifiils ducli iii.Hix, dans li-s instructions |iii<iloi'ali>s (|ui sont lies ouvraj^i-s du cuntrovorso, ou du moins dd raisrinniMiicnt et du discussion. On les ilt^|ii'inn] di^ n :>s jours; on essaye d'en aholir l'usure l'.irini les évôijues, cuniine s'ils L"t;iienl indii^nus do leur liiiii;; coinniL' si les (]ueslions do^ni(ilu|ues deviiienl Ôtro reléguées diins les éioles do théologie, et nn'il lallùt s'iiUendre i|ue, niOpriséos aujourd'imi par une espèce de puhlic, elle le serait à jamais par toute la postérité. L'no fausse philosopliiu
Iirétend que cela doit être, et le iiésire:iles louclius im|uudenles répètent les mêmes jiropos, sans croire et sans vouloir y distiller le même venin. On a beau faire, on no renversera pas les statues élevées aux. anciens évè(|ues, vainqueurs, [lar leurs savants écrits, do i'inlidélité et de l'hérésie ; et pour descendre à des siècles plus voisins du nôtre, on n'ettaceia [las des l'asles tie l'épiscopat un Bellarmin, un Duporroii, un Bos'iuet, parce qu'ils ont été théologiens, et lliéolov;iens |iolémi()iies. Mais plus les ouvrai^es émanés do répisco[iat , po\ir la di'l'enso do la religion , sont précieux , |dus il est nécessaire iiuu les noms (ju'iis portent no soient pas troai|teurs. Li disproportion de ces ouvrages à ceux que nous venons d'apt)eler, ne doit surprendre persoiHie : ils ont encore leur utilité; elle u'est pas médiocre. Mais il j a lieu de tlemander pourquoi des prélats , qui n'en sont pas auteurs, se les approprient? quel litre, quel exemple autorise ce larcin"? De titre, ils n'en ont pas plus que le reste des hommes, pour qui la défense est générale de s'attribuer le travail d'autrni. L'excuse que nous leur avons fournie plus haut, ne s'étend pas jusqu'à des écrits dont la publication no lait point partie de leur adiii'iiistralion diocésaine, et dans lesquels ils font montred'un mérite Ihéologique et littéraire qui ne| leur appartient pas. D'exemple. ils n'en ont aucun dans l'antiquité. Nous avons vu que la plupart des évoques de ces heureux temps, servant d'une autre manière l'Eglise dont les intérêts leur étaient si chers, la détendaient peu jiar leurs écrits. Nous savons que tous ceux qui voulaient paraître dans cette carrière, y combattaient en personne et avec leurs profires armes. Us n'imaginaient pas qu'ils pussent prêter leur nom et leur masque à des chainpions substitués. Ce procédé a été inouï en France jusque assez avant dans le ilix-septième siècle. Il n'a guère pénétré dans les églises étrangères.
On dit qu'il ne trompe pas le public. Je le sais. Un évêque est ordinaireiiienl, ou sera bientôt trop connu pour qu'il puisse faire illusion à cet égard, ou piuir qu'elle dure longtemps. On juge de lui d'abord par ses premières études. Il en reste des teraoins qui déposent si elles annoncent un écrivain tel qu'il se produit. Cet augure est
rarement démonli par les événements postérieurs. On eiijuse onsuilo par la vio fju'il h meiiéo avant son épiscopat. A-l-i Ho été assez laborieuse, assez retirée, pour cultiver, pour ap|)rol'(jndir, pour accroJlro les connaissances acquises dur/int son éducation ? On en jng.' entin par la vie qu'd mène dans le cours do son épiscopat. Ceux (|ui l'approchent, qui le voient souvent, ou qui ont appris, par la voix publique, eoinment les journées d'un homme exposé /) tant do regards, sont remplies, savent trèscertainement s'il aiiuj son cabinet, s'il y liasse une partie de son temps, si la dissipation l'entraîne ou si des occu|iations extérieures l'absorbent, en un mot, s'il a le loisir de composer des ouvrages d'une longue et sérieuse méditation. Le caractère môme do son esprit et ses I goûts dominants peuvent iniluer dans le jugement (ju'on en jiorte. Il est facile do distinguer les |)roductions dont il est ca- (lable, avec le talent d'une conversation vive et agréable, avec de la pénétration et de l'expérience dans les alTaires, des écrits dogtnati(]ues imprimés sous son nom. Ce jugement, commencé peut-être par un petit nombre de personnes, se rfpaiid au loin et passe de , bouche on bouche. 11 devient colui du public, malgré la contradiction de quelques amis plus chauds ou de quelques partisans allLIés. Aussi l'erreur n'a jamais été longue et commune tout à la fois sur un fait de cette nature. On a toujours démêlé, à ne pas s'y tromper, les prt^lats auteurs des ouvr.iges publiés sous leur nom et ceux quineréiaient pas. C'est là précisément ce qui continue mon opinion. Quand un évêque n'a pas de prétention au mérite d'écrivain et qu'il déclare franchement qu'une instruction (laslorale, munie de sa signature, revêtue de tout l'appareil de son autorité, n'est pas sortie de sa plume, il s'épargne le reproche de supercherie. Mais cet ouvrage a-t-il le mômn poids que s'il était le sien et qu'on eût lieu de le croire. On se raji|)elle toujours que c'est un simple théologien qui parle sous le nom d'un évêque. On juge ses propositions et ses raisonnements avec moins de réserve, on a moins de conliaiice dans son témoignage que n'en auraient des lecteurs véritablement respectueux pour l'autorité épiscopale. Il mancjue, ce semble, à ces compositions pseudonymes, et à leur effet, la grâce et la bénédiction spéciale réservée aux opérations d'un évèiiue agissant, parlant, écrivant par lui-môme, pour le service de l'Eglise. Et, certes, si l'ouvrage est bon, si l'évèque le juge utile à ses diocésains, ipie ne l'approuve-t-il'? que ne leur en recommande-t-il la lecture ? que ne le fait-il imprimer, mais comiue l'ouvrage d'un autre? Jl n"a|)prenilra rien au public : on vient de le voir; il n'exténuera jias l'autorité du cet écrit ; il préservera sa personne du riilii;ule inséparable de celte adoption d'enfants dont on n'est pas le père. Que si, par une faiblesse pitoyable, un évêque veut eu
imposer sur cela au public et n'y réussit pas; si i'insulflsance qu'on lui connaît dans celle partie résiste à son charlatanisme; si le plagiat est mis en évidence, quelle iiofile, quel avilissement pour lui 1 II s'est exclu de l'indulgence qu'une déclaration ingénue lui aurait méritée. En tout état de cause, !a dignité épiscopale ne peut que perdre à se parer ainsi d'ornements étrangers. Le bien qu'on en espère pour l'instruction des ti(iè!es, n'est pas comparable au ()réjudice qu'elle en éprouve dans la considération dont elle a besoin.
J'ajouterais à ces inconvénients le mal- Jieur arrivé plus d'une fois, que des écrits, décorés du litre de mandements et d'instructions pastorales, soutenaient des erleurs condamnées, attaquaient la doctrine et l'autorité de l'Église. Mais on m'objecterait que, d'un autre côté, et pour la dél'euse d'une meilleure cause , des prélats ont aussi des écrivains à leurs orires : j'en conviens ; et ce n'est pas la seule occasion où l'on a cru, mal à propos, pouvoir tourner contre un parti rebelle les armes dont il se servait. Il ne pouvait absolument s'en passer ; il lui fallait un appui contie Sa multitude des premiers pasteurs unis à leurs chefs, il le trouvait dans quelques [)rél.its. Il était de son intérêt de joindre à cet appui tout ce qui pouvait le rendre jilus spécieux : de là les écrits publiés et adoptés par ces prélats; souvent on y allait, sous leur nom, plus loin qu'ils ne l'avaient prévu et qu'ils ne le voulaient d'abord. Qui sait même si on ne leur faisait pas enlin dire ce qu'ils n'.iuraient jamais dit d'euxmêmes et ce qu'ils souscrivaient avec répugnance? On n'est pas le maître de s'arrêter quand on a pris de certains engageiiients. El quoiqu'on paraisse primer par son rang dans le parti qu'on a épousé, il faut, ou rompre avec lui, à quoi on ne peut se résoudre, ou accepter les ressources i|u'il ollre et qu'on ne trouve pas eu soimême. Mais lorsque des évêques, pensant autrement (|ue ceux-là, ont voulu comme liux suppléer par des plumes empruntées à la médiocrité de leur talent, pour composer des ouvrages de controverse, aucune jiécessité ne les y obligeait; ils pouvaient laisser ce soin à des théologiens aussi savants qu'orthodoxes, et surtout à ceux de leurs confrères exercés dans cette milice. L'Eglise ne leur demandait pas ce qui était au-dessus do leurs forces personnelles, ce " qui ne lui était pas nécessaire. Ils rem- )ilissaient envers elle la mesure de k'urs devoirs, par le concours de leur suHrage à tixer ses décisions, par un discernement éclairé de lu forme des paroles saines et des nouveautés profanes de paroles, par des téîuoiguages constants et plus marqués dans des conjonctuies critiques, de leur zèle pour les unes et de leur éloignenient pour les autres. La méthode qu'ils ont suivie les a confondus, aux yeux d'un public qui juge superticiellement , avec des prélals d'un bord opjiosé au bnir. Les uns et les
autres ont été l'objet des plaisanteries (lu'attire la publication d'un ouvrage dont l'auteur n'est pas celui qui se nomme : avec cette dilTérence, qu'on a dit, non sans fondement quelquefois , que les prélats, cantonnés dans leur parti , choisissaient mieux leurs écrivains que les prélats attachés à une cause plus générale.
Revenons aux principes de la question.
Le don d'écrire sur les matières de la religion est une de ces grâces que les théologiens appellent, par une dénomination [larticulière, gratuites, gratiœ gratis datœ, accordées à l'Eglise pour l'utilité de ses enfants : elle ne lui maïKiuera jamais. Il est à présiMuer qu'elle subsistera toujours avec [ilus ou moins d'étendue, et selon le besoin dans l'épiscopat. Mais, quoiqu'elle soit d'un bien plus grand poids dans la personne d'un évê(|ue que d.ms toute autre, elle no fait pas, dans tons les évêques, une partie essentitlle de leur ministère, elle est réservée à quelques-uns. Je ne vois pas qu'elle puisse être remplacée par le recours à une main étrangère. Je trouve des inconvénients fAcheux dans ce prétendu remplacement.
Ce n'est plus au moins la grâce particulière, qu'un évêque peut avoir reçue, pour instruire par ses écrits. Si vous i)ensez, Monseigneur, que des circonstances pressantes [leuvent déroger à celle règle, je ne contesterai pas avec vous. Mais vous conviendrez, sans doule, que ces exceptions, s'il y en a de légitimes, doivent être bien rares, et ne sauraient être accompagnées de trop de précautions.
Au surplus, quand je dis qu'un évêque ne doit faire imprimer sous son nom , hors du cours ordinaire de son administration diocésaine , que des ouvrages composés par lui-même, on entend bien que je ne le dis- (lense pas de consulter des gens habiles, et de proliter de leurs observations. C'est un avis qu'on donne à tous les écrivains. Il est plus nécessaire à ceux qui traitent de matières aussi importantes et aussi délicates que celles de la religion ; elles sont semées d'écusils, dont quelques-uns peuvent échapper aux regards d'un homme seul, et d'un homme emporté par la chaleur de la composition. Il est encore plus nécessaire à un évoque, témoin caractérisé de la doctrine, ancienne et présente tout à la fois, de l'église catholique. Les conciles œcuméniques, assemblés dans le Saint-Esprit, n'ont pas dédaigné ces consultations. Ils les ont regardées comme des moyens d'assurer à ieurs canons ei à leurs symboles l'infaillibilité qui leur est promise.'Un évêque particulier, qui n'a pas les mômes promesses, n'en est (|ue plus obligé d'invoquer les mêmes secours; on lui demande son propre travail. On ne lui conseille pas la iirésoraplion ni la négligence.