‹ Œuvres completesChapitre 202 sur 232 · IS · texte numérisé non relu

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TnOISlKMK P.VIUIK. - MKl.ANr.KS. - I.KTTRK A I.. U VCINF.

h eoii»é<|UfMce |)our son ciiitti'lrrc, ijin ii'tilai( ni lundi e ni sviimIiIu iidui- les ffinnifS. Oniliniil (louilunt.àn'uii |ia»jii;;LT(iUL' |iur la lia^OiliH iJy .son nom, iiu'i! tilnit iiflliirt'llfiiienl |iorlé h lumour. Il s'y livre on liomuie t)iii n't'sl pus moins tsilavc do tullo [mssion i|ui'dc la gli.iiedf vaincie ot du désir des ( i«n()U(Mi's. Son uUiiilieinent pour Cléoiilu remi'lK (oute rtMoiiduu dit son Aiiio. Jo longis pour lui du per>onn.É;^o iju'il t'ail joiii-r à lîplii'Slioii. Ce général uiacédonien (|ui lai le avec (aiit Ui- lu-Hé aui souverains de l'Inde, a déjà perdu dans mon espnl toute sa dipiiilé di|)uis ((u'il a sitjnulé Son enlréo sur la sténo par un uiinistère indéieiil, tiuoiijuc assez reclierclié à la cour des rois. La même bouche (pii dil à inie princesse ijalaiile elpcriide envi-rs si nalioii:

Fidèle confiiloiil ilubeau feu de mon niallro, SoulTrei que je l'explique aux jeux qui l'uni fail naître,

n'est puint faite pour diro ensuitu â des Indiens :

Voilà ce qu'un grand roi veul bien vous faire eiilcndre, Prèl à quitter le fer, où prêt à le repren.lri". Vous savez sou dessein. Cluiisisseï aujiMiril'liui Si vous voulez tout perdre, ou tenir tout de lui.

Tant de hauteur no s'alliait poinl alors avec tant de bassesse. Ce coniraste élait réservé jiour d'autres nations. Et c'est ici iiu'on accuserait justement Racine d'avoir péché contre la vraisemblance des caractères et des mœurs. Il doit ctti^ faute à l'inlervention de l'atnour, dans une pièce qui n'en avait pas besoin. Alexandre et l'orus sont assez intéressants par eux-iuèmes. Au reste, malgré cet étalage d'amour, car tout est amoureux, Alexandre, Cléotile, Taxile, Porus , Axiane; il u'y u guère rien de plus beau que quelques scènes de cette Iragéd.e. Celle de Porus et de Taxile au premier acte; au second celle d'Eplieslion avec les deux monarques indiens; joignons-}' tout le cinquième acte, dont la dernière .scène .est remplie de (lOiupe et d'un intérêt majestueux. Toutes les scènes d'Axiane sont aussi fort belles, parce^que son personnage est admirable d'un bout à l'autre, comu.e celui de Porus.

J'observerai à l'égard de cette tragédie, une chose qu'on doit a()(iliquir à toutes celles du même auteur : c'est qu'il est trèsfaux qu'elles doivent à l'amour leurs principaux ornements. Je n'en excepte que Bérénice. Je trouve dans toutes les autres des caractères parfaits, des beautés de détail, des Scènes ravissantes oïl l'amour n'est pour rien; des Androuiaque, des Agrippine, des Burrlius, des Acomat, des Miihridate, des Agamemnon, des Clylemnestre. Il n'en faudrait pas davantage, ce semble, pour lixer l'opinion coiuii;iiiie. Mais les préjugés populaires ce se détruisent point ainsi. Nous avons souvent sous les yeux des vérités que nous ne voyons pas. Dans toute question littéraire, on ne prend jamais que les extrêmes. C'est de ces deux jiostes oi)-

posi''s ipie l'on dispute avec ai^i-eiir, s, m!» avancer ni reciili-r, sans se tour I er ni s'entendre. Il n'y » que b's gens de bon esprit qui .so placent au mi i u.

Si j'ai rondamné l'amour dans les lr:i^(^dies de la Tlie'haule et ii'Ali-xdiiiln, jo lui ferai grâce dans Amlromiwur et dans llrilannicus. Dans la iiroiiiière de ces deux pit'ces il est si llié;Ural, si teirible, ceux qu'il agile font une lin si mallriiicnse que leur exemple e-l ilus capable d'épouvanlcr (juc de .'•éduire. D.nis Urilannicus, l'anKinr (lu jeune prince et de Jiinie est respeitib'e et vertueux. Celui de Néron n'est pour en monstre exécrable qu'un vice de plus. H les réunissait tous : c'eût été inanquer son caractère que do lui en ôler un seul.

Bérénice in; servira point à ra(iOlo.;ie de Uacino. Tout est amour dans cc;te pièc • ; et comme il n'y saurait avoir une issue légitime, on ne doit l'.ipprouver ni le tolérer. Titus n'ignore point l'obstacle inviiicibe qui éloigne du trône des Césars touti' femiiie élranj^èrc. Son amante en est insliiiito comme lui. Tous deux cependant se livrent h une passion (ju'ils ne peuvent écouler sans crime; ils liabileiit le inêiiie palais; ils se voient à toute heure et à tout momi ni en public et en secret. Xiphilm dit en termes fort clairs que Bérénice éla:t la concubine de Titus. Un fond ausai vi. ieux, et d'ailleurs si peu tragique, n'est point sauvé par la noblesse tles sentiments, ni par la beauié de la ve.silieaiion. Racine le jugeait trèspropre pour le théâtre, par la violence des passions qu'il y pouvait exciter (3). C'est un funeste avantage que celui-là. Je ne doute lioint que l'auleur ne se soit souvent repenti d'avoir fait celte tragédie dont la lecture est presque aus.si dangereuse que la représentation. Quel lionimage qu'il ait si mal employé son génie 1 car il en a fallu beaucoup pour conduire avec chaleur jusqu'au cinquième acte, un sujet qui semble ex()irer à chaque moment faute (Je matière. Que l'intérêt en est vit et soutenu I Que la versilication en est belle I II y a même des endroits d'une grande élévation. Ce morceau du premier acte,

De cette nuit, Piténice, as-lu vu la splendeur, jusqu'à ce vers,

Le monde en le vojant eût reconnu son maître, est véritablement sublime. Quelle magnificence d'expression et de pensée dans Jes vers suivants !

Celte n it enflammée, Ces aigles, ces faisceaux, ce peuple, cette armée, Celle foule de rois, ces ci usuls, ce sénat. Qui tous de mon amant empruntaient leur éclat.

Je viens de relire la tragédie de Bérénice : je l'ai de notiveau condamnée, mais en admirant Racine. ■

La tragédie de Corneille sur le même sujet contirme ce que j'ai dit plus haut, que le génie abandonne tout à lait ce grand homme quand il traite l'amour. Le fond de

(5) Préface de Bérénice.

(EUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

sa Bérénice ne vaut pas mieux que celui de la pièce de Racine; et il a de moins i'intérêl des silualions, la noblesse des caraclères et les beautés de détail. A ne consulter que le préjugé général, qui croirait que Tilus n'est empereur et Romain que da.is Racine; et qu'il n'est dans Corneille qu'un (irince irrésilu et qu'un amant langoureux? Ici sa grniMleur ni la dignité de l'empire ne tiennent point contre Bérénice en pleurs [k]:

El» bien ! madame, il faut renoncer à ce litre Qui de toute la terre en vain me fait l'arbitre, -allons dans vos Etals m'en donner un plus doux; Ma gloire la plus liaute est celle d'être à vous. Allons où je n'aurai que vous pour souveraine, Où vos bras amoureux seront ma seule chaîne, Où l'hymen en triomphe à jamais l'étreindra, Et soit de Rome esclave ou maitre qui voudra.

Lm je vois dans toute leur étendue et le courage d'un

rin-

eiu-

llexibililé roitjaine, 1 ereur (5) :

Ne vous attcndei pas que las de tant d'alannes, Par un heureux hymen je tarisse vos larmes. En quelque extrémité que vous m'ayez réduit. Ma gloire inexorable à toute heure me suit. Sans cesse elle préscnle à mon àme étonnée, L'empire incompatible avec mon hyménée; Et je vois bien qu'après tous les pas que j'ai faits, Je dois vous épouser encor moins que jamais. Oui, madame; et je dois moins encore vous dire Que je suis prêt pour vous d'abandonner l'empire, De vous suivre, et d'aller, trop content de mes fers. Soupirer avec vous au bout de l'univers. Vous-même rougiriez de ma lâche conduite : ■Vous verriez à regret marcher à votre suite I3n indigue empereur, sans empire, sans cour, il spectacle aux humains des faiblesses d'amour.

Ce dernier morceau fait la critique du précédent et du personnage entier deTitu.^^, qui no cesse dans Corneille d'ollVir è fa maîtresse le sacrifice des lois de Rome, et, s'il le faut, l'abandon de l'empire môme. Au sur[>lus, c'est dans celle pièce si l'aible que sont ces quatre vers si beaux :

La vie est peu de chose, et tôt ou tard qu'importe Qu'un traître me l'arrache, ou que l'âge l'emporte; Nous mourons à toute heure, et dans le plus dou.x sort Chaque instant de la vie est un pas vers la mort.

Rei)renons les pièces de Racine. Je ne dirai qu'un mot des Plaideurs, et ce mot sera relatif à I objet de mes rétlexions. Cette comédie cliarmanle, dont Molière faisait tant de cas, ne sera point mise au nombre des ouvrages dangereux pour les mœurs.

On s'y amuse, et on y rit eu toute sûreté.

Il est peu de tragédies où l'amour soit (ilus tendre et plus séduisant que dans Bajuzet. C'est une de ces pièces qui ne peuvent que déranger des têtes faibles et troubler déjeunes cœurs. Des passions de sultanes ne sont point des exemples d'héroïsme ni de sagesse. Si l'amour et la vertu s'accordent quelquelois, ce n'est jamais au sérail. Malgré ce vice fondamental, que l'auteur s'est rappelé plus d'une fois sans doulo dans ses secrets repentirs, la tragédie de Bajazel est une des meilleures de notre Ibéilire. L'amour n'en est pas le seul ressort ; la politique et l'ambition y sont mê-

(4) Corneille.

lées avec art et le rendent plus noble et plus tragique. Le caractère de Roxane est d'une grande force. Le personnage d'Acomat est au-dessus de tout éloge. C'est une vérité généralement reconnue, que la première S'jènede cette tragédie est le chef-d'œuvre des expositions. J'invite les airsaleurs des belles choses à la relire souvent. Elle est unique dan.s son genre, et par l'intérêt qui y règne, et par la netteté des faits, et par la beauté des vers. Il y a plusieurs momeuls de terreur dans le cours de l'aclion ; l'ordre donné par Roxane de fermer le sérail, l'arrivée de l'esclave d'Amural, l'évanouissement d'Alalide. Le mot de Sor/e^ prononcé pour dernière réponse par la suKane à Bajnzet, qu'allendent les muets armés du fatal cordon, sans que ce prince en soit averti ; ce seul mol, dis-je, fait frissonner les spectateurs, instruits déjà que c'est un signal de mort.

Je ne sais d'où l'on a jiris que Boileau trouvait les vers ûeBajazet moins travaillés que ceux des autres (lièces de Racine. Ce n'est point là un jugement de connaisseur, moins encore du souverain juge de l'art des vers. Depuis Alexandre, lôutes le tragédies de Racine sont également bien versiliées. S'il y a quelquefois des dilTérences, elles naissent uniquement du fond, i)lus ou moins susceptible de poésie. C'est partout la même élégance, la même harmonie, la môme majesté; partout la versilicalion la (ilus soutenue, le plus parfaile qui fui jamais, après celle (le Virgile. Si Racine est quelque part sujiériourà lui-même, comme versiticaleur, c'est dans Phèdre et dans Athaiie.

Milhridale esl, de toutes les tragédies de Racine , celle où il y a le [ilus de grandes choses et d'intérêts dill'érenls. Quoique ce vieux roi soit amoureux, de même que ses enfants, ils ne sont pas tellement remplis de leur amour, qu'ils ne méililenl des desseins importanls et conformes à leurs vues. La dernière défaile de Milliridate, les jirincipales aclions de sa vie ramenées habilemenl, et pour ainsi dire fondues dans la pièce, l'invasion qu'il projette, sa haine implacable conlre les Romains , secondée par son lils Xipharès, les liaisons de Pharnace avec ses mêmes enneuiis, et la trahison de ce |)rince ; la puissance et la lierlé de Rome, les vicloires de ses généraux, forment dans cette tragédie un tableau où l'on voit rassemblé tout ce qui se passait alors dans l'univers. Les Romains, sans paraître sur la scène , semblent néanmoins l'occuper.

C'est ainsi que, dans la Mort de Pompée, on est loul plein tle ce héros, sans le voir sur le théâtre. Ce sont là de ces coups de maître que l'art exécute, mais que le génie seul produit.

On condamnera toujours, dans le personnage de Milhridale , la ruse dont ce prince se sert pour découvrir le secret de Monime. Je tranche le mot, ce détour est bas, et tout à fait indigne de la majesté royale.

(5) Uacine.

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luoi-iiMi l'.vuriK. - Mi;i.\Nf.i:s. - i.f;TTUF. .\ i.. racink.

CSÎ

On tliiM iiu'uii liDiiiiMu si)U|)i;ii>iiiou\ p;ir li.'i- >)ilii(lo il pur lt>ii)|'i^iniiieiil, i-diiiiih} l'i'Uiit Millitid.ili', 0 ri'i-ours niix plus vils inûyeiis pour éiljiircir sos <>uiipi^i)ns ; el (|ue souvt'iil un loi II'» (le lespcciuble c|U)i s.'i digiiilé. Ji! le sais. .M;ii.s dJiiis In lr;igiSlic>, il laiit ipic tiiiil soil griiii'l, (|Uf Imil suit nolile ul aii- Hiislo. l.v crime iiiôiii(> y iloil (Mio osompl (lo liasscssi'. Il fsi vr;ii ipn', (te cotle pi'lllo ruse, il nuit des siliuilioiTi, de l'inlériit, de la leireur, et ipie nous lui devons te iiioiiient ilii^iUnil , si iiciircusi-iiienl dépeint ildiis c(«s ipifitie mots :

Seigneur, \nus ili;iiit;i'i de visage!

Moiiime est la viilii luùiiie; cependant il y a trop d'amour dans celti' Iraj^édie. Je n'aime poini à voir la iii(>iiie princesse écouter tour il tour les déclaration- ilujpere et des eiil'.uiis.

(Jue direz-voiis de tout ceci, monsieur? Kn vérité, je rougis de ma conliance et de mon indiscrétion. Je censure sans ménagement un de ces hommes <io!ilon no doit lire les ouviiiges, ni prononcer le nom qu'avec respect, et j'adresse ma critique a son liis. \ous en ferez lus.igo que v(jus jugerez à propos; et comme Je la soumets sans réserve à votre jug'iueiit, je vais la poursuivre et la linir.

Qii'lphigénie est intéressante! L'amour y est paré de toutes les grâces de l'innucence et de la pudeur. La tille d'Agaïuemnon, promise |iar son père au jeune Aciiille, n'aime dans son amant (pie l'époux (jui lui est destiné. Tous les ressorts de la tragédie sont ici mis en jeu : pitié, paliiéti^pie, terreur, amour de la patrie, amour paternel, amour iiiial. lit iiuelle variété liaiis le même sentiment ! La teiuJresse d'Agamemnon pour sa tille n'est point celle de Cl^i temnestre. Quelle diversité de caractères ! La tierlé d'Agameniiion, l'cmporleiiieiit de Clytemnesire, la douceur d'iphigénie, la colère et l'imiietuosité (J'Achille, réioijuence et l'adresse d'Ulvsse, la jalousie d'Kriphiie. Quel contraste Ue passions et d'iuterèls 1 intérêt de religion, iiitei et d'amour, intérêt de politi-pie, intérêt de nation. Cette tragédie montre encore inieuv que MithridcUe eiliritanntcus , les ressources ({u'avail Racine j)Our attendrir et pour émouvoir sans le ministère de l'amour. Enpliile joue un personnage odieux, mais savamment imaginé jiouramener un déuoùment aussi heureux qu'inattendu.

Vn mot sulllra pour Phèdre. C'est le triomphe du vrai tragique, et de l'art des vers. Cette tragédie serait sans défaut si le sauvage Hippolyte n'aimait, au lieu d'Aricie, que son arc, ses javelots et son char.

Il n'y a donc que bien i>eu de pièces de Racine où l'amour soit irréprochable en luiuième, et par raiiport à l'auteur. Dans les unes il n'est point selon les règles exacies de la bienséance el de la vertu ; dans les autres il est étranger au sujet, ou s'empare trop de l'action.

SI peu ineii igoo, on dire (c( pourquoi na

Apit'-s une niliqiic me permettra bien ili

dirais-jepas?) ce qu'il e^t temps aujourd'hui que tout le iiiondi! avo'ie : (|Ue si l'on l'aida t un examen aussi scruiuiliux et aussi délai Li lies pièces do Corneille, eu poi-io vénérariie serait convaincu do plus do l'autijs dans ce genre que Itncine même. On lui [lassera ramoiir dans l'olijemte, dans lo Cid, daiiH les lloriucsi. .Mais il est inutile ilans lieractiits, indécent dans la Mort de l'ompée, riilii-nle dans Serlorius, insuj poriablo dans Olùiipe. J'en pourrais citer d'autres où il n'est jias plus heureusement e:ii(lné; car de vingt-deux tragédie ijui comimsent le tlié;UredeCoiiieiili'. Il n'y en a pas une seule sans amour. Kacine esi le premier jioele IraïKjais qui ait la t des tragédie-, sans i elle Irivole jiassion. C'est un avantage |irétieux qu'il a sur Con.eille, et (|u'on ne saurait trop laire valoir dans la comparaison de ces deux grands hommes. On lis a souvent mis en parallèle; mais on n'a jamais dit [lour et contre ce qu'il lallait dire.

Les adiiiiraleurs de Corneille parlent de Hacine comme si ce n'était point l'auteur de Urilanniius, do Mithridate, de Phèdre et d'Alhatie. Je suupçonnerais sans peine ceux qui l'ont traité de pigeonneau (6), de n'avoir lu qu'.l/cxaH(/reet Bérénice. Dans les (|uatre poèmes que je viens de citer, il esl aigle (7) autant que Corneille peut l'êire dans les siens. Ses défenseurs au con:raire n'cuit eu ni la force de l'abandonner sur ses défauts, ni le courage d'atuiquer ceux de Corneille, qui sont les mêmes en matière d'amour, j'entends l'abus qu'ils en ont fait l'un et l'autre; et de tranciier la dispute en disant hardiment i\vi'Athiilie est le chef-d'œuvre du tlié.llre et de l'esprit humain.

Et qu'on ne croie i)as que par ci;; te préférence d'ouvrages je veuille ni'éiever contre la supériorité jieisonnelle de Corneille. Je mets VEnéide fort au-dessus de l'Iliade eu plaçant Virgile furt au-dessous d'Homère. J'ai lu depuis peu des leUres fort ingénieuses sur M. de Fonleneile, dont je ne connais pas l'auteur, et dans lesquelles on daigne parler de moi avec des élogi s qu'assurément je n'ai point recliercliés, et que je ne mérite pas. On dit dans ces lettres, à l'occasion de reieruelle dispute sur Corneille et sur Racine, que le bruit du l'arnasse est, que le premier gagnera son procès contre le second. Je pense à peu près de mèiiie. Mais il e-t vraisemblable aussi que les tragé lies de Racine gagneroit le leur contre celles de Corneille.

Eslher l'a emporté longlein[is sur Alhalie, et c'est ce qu'on a de la (leine à concevoir; non que j'en estime moins Esther, qui est un fort bel ouvrage; mais à la versilicatiou près, la dilférence est grande entre ces deux tragédies. La première et sans intrigue d'amour, comme la seconde; les sentiments

^C) Colinnbulns.

(1) Voyci la liarum-'iio laliiic où il esl appelé columbuius cl Cui iieille atiuila.

lôîS

'ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

d'Assuérus pour la reine n'étant qu'une tendresse d'époux fondée sur l'estime et sur la \erlu. Les beautés de détail sont dans cette pièce d'un ordre supérieur. Tels sont particulièrement les deux morceaux sur la puissance de Dieu, l'un dans la boucfie de Mardochée au premier acte :

Pour dissiper leur ligue il n'a qu'à se montrer, Aussitôt dans la poudre il les fait tous rentrer...

L'autre dans la bouche d'Eslher au dernier acte :

Ce Dieu, msilre absolu de la terre et des deux, N'est point, tel que l'erreur le Ugure à nos yeux...

Le caractère et les effets de l'ambition et de l'orgueil ne sont représentés nulle part aussi vivement, ni avec autant de vérité, que dans le personnage d'Aman. J'exliorlerais volontiers les ministres, et tout homme en place, à parcourir quelquefois dans leurs moments lie loisir les scènes de ce favori avec Hydaspe et avec Zarès.

Il m'est venu une pensée en relisnnt Esther. Ne serait-ce point la pièce que Racine s'est attaché à versifier avec le plus de lorce et de correction? J'ose au moins avancer qu'il n'y a pas dans tous ce (loëme un seul vers laibie. Quel charme et quidie énergie de versilicalion 1 Que d'expressions jieuvesl Que de traits hardis 1

Il fut des Juifs, il fut une insolente race; Répandus sur la terre ils eu couvraient la face : tn seul osa d'Aman attirer le courroux; ussitOl de la terre ils disparurent tous.

C'est dans ce goilt-là que cette tragédie est écrite depuis la première scène jusqu'à la dernière. Et sur cela je demanderais pourquoi l'on dit de tant de versilicateurs qu'on n'oserait comparer à Racine, qu'ils écrivent avec force, et qu'on dit de lui simpleinent qu'il écrit avec éléyance. De combien de liagédies nouvelles n'ai-je point lu dans les extraits qu'on en donne, ou dans les éioyes qu'on en fait, qu'elles sont fortement écrites, que le style en est fort, que les vers en sont pleins do force? Ces expressions que l'on prodigue pour caractéristr ditl'érents versificateurs, celte ^/ej/ance attribuée à Racine, celle force accordée à de jeunes commençants, signitieraient-elles pour ceux-ci qu'ils réunissent la force et l'élégance, et pour Racine que l'élégance exclut la force? De quelque manière qu'on s'explique, je ne vois dans tout cela que du faux, ou du malentendu. i,l)e beauXjVers sont ceux oCi il y a de l'harmonie, de la force et de l'élégance. Sans ces trois qualités point de versification parfaite. Elles se haut degré, selon moi,

trouvent au plus dans les vers de Virgile et de Racine, Je m'étendrai quelque jour là-dessus sans olfenser personne en particulier, mais sans respecter le gotit moderne, qui se corrompt de plus en plus, quoi qu'on en puisse dire. Le sort d'Athalie est décidé. Elle jouit enfla sur le théâtre frani;ais d'une primauté jusqu'à présent indisputable, et (pii probablement le sera toujours. Je ne m'arrêterai

qu'aux leçons importantes qu'elle renferme- Cet ouvrage est fait pour corriger et rendre meilleurs les bons rois, pour effrayer les tyrans et les impies, pour consoh'r les opprimés, pour instruire les ministres el les sujets. Le précis de celte moiale salutaire est compris dans les quatre vers qui terminent la tragédie :

Parcelle fin terrible et due à ses forfaits, Apprenez, roi des Juifs, et n'oubliez jamais Que les rois dans le ciel ont un juge sévère, L'innocence un vengeur, et l'orphelin un père.

Je voudrais que tout in tiluteur de ieiine prince fît apprendre par cœur à so i é èvc, et lui expliquât les vers suivunis ;

De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse. Et des lâches llaUcurs la voix enchanteresse. Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois. Maîtresses d'un vil peuple, obéissent aux rois; Qu'un roi n'a d'autre frein que sa volonté même ; Qu'il doit immoler tout à la grandeur sup ême; Qu'aux larmes, au travail le peuple est condamné, El d'un sceptre de fer veut être gouverné; Que s'il n'est opprimé, tôt ou tard il opprime. Ainsi de piège en piège, et d'aiiime en anime. Corrompant de vos mœurs l'aimable pureté, Ils vous feront enfin haïr la vérité; Vous peindront la vertu sous une alfreuse image : Hélas! Ils ont des rois égaré le plus sage.

Un ample et judicieux coiiimenfalre sur chaque (rail de ce morceau sera il préférable à tous les ad usum faits et à faire. Que le théâtre serait une excellente école, si on n'y rejirésentait que des pièces telles qu'Esther et Athalie! Uoutera-l-on que Racine ne fût capable d'en comjioser plusieurs du même genre et de la même heaulé? C'est à ses successeurs, c'est à ceux qui marchent si glorieusement sur ses traces, de grossir le nombre de semblables trajiéiiies. S m exemple a déjà été suivi dans Mérope, avec un sucrés éclatant et bien mérité. Je connais quelqu'un qui avait dans son portefeuille des essais (iramaliques sans amour, avant (\\1Q Mérope eiit brillé sur la scène française. Cette réussite et ces tentalives sont les fruits d'une émulation inspirée par Athalie et par Esther. N'oublions pas c|ue si Corneille est chez les modernes le resiauraieur de la tragédie. Racine est parmi nous le pretiiitr auteur de tragédies sans amour; et qu'il est moins glorieux de rétablir, de créer, si l'on veut, le théâtre, que de le consacrer à la venu, à lu religion et à la piété.

En effet, et je ne dois point omettre celte nouvelle réllexion, il ne s'est pas contenté de supprimer l'amour dans ses dernières tragédies, il a fait plus ; dégotlté des sources mensongères de la fable, et des récits souvent fabuleux de l'histoire profane, il a cherché ses sujets dans le sein de la vérité même. La majesté divine, la grandeur et les vengeances de l'Iîlre souverain éclatent dans les ouvrages dont nous parlons.

Poèmes d'autant plus inslructifs et d'autant |)lus effrayants, que les événements y sont conduils par la main toute-puissante qui.se fait un jeu de l'humiliation des rois el de la destruction des empires.

C'est ici le lieu de remarquer que Racine

1585 TIUHSIKMR l'AIlTIK. - .MKI.VM^KS. - I.KTTRF, A I.. KACI.NE. «ôfm

A fourni pour lo UiMlro IVnnçnis iloin i-.ir- d'iitio n/ilion dans '|iiolc|ni) iirl ipio ce soii,

rièrps i^;;nli>n>i>nt lirill,\nles ; l'iino Imii.; jn imnio ipi'il est ilo In jnslici; do n'on |ior-

profino (jui mdhs h viiln nciir Imm^diis ; dr son jn^'oincnl qno sur li s rmvr.ii^os des

rnulri" lmiti> sninli', et ntidlnMircnseinont do im-illeurs Artistes. Nous |ioiirrions nvoir

trop l'cn dr durée. |iiiisi|u'elle n'n iirodiiil vin^l |i(iemes é|>ii(iies Rrees, nntnnl d(! I;i-

i\{\'Fslher el Alhiilie. Ces dont rarri^ms si lins, lims pins innnvais l'un fjne rnnln-,

dillVMcnti's l'niie de l'nnire ont lini par des ipie Vllindc et Vi'.nfidi- seuls snlliraii'iil (mur

t^poi|ucs j"! peu prùs spiidilid)les. Wit'i/rc, per- Tiire adju^jer ,'i la tlrèce el h Uunio le prix

séeulée dans sa nnissaiire par des cnneniis du gemo épi'iun. On sérail peu au l'ail do

fails i-our l'admirer, essuva la rivalité d'uno noire tliéAlrc, si l'on en juj^c lit par ec lon;^

misérable fhhlre y\i^ Pradon , el Alltalie Int et ennuyeux rceueil de Ira^^édies qu'oi a

si peu ri'eherehée dans sa imuveaulé, ipTnn décoré du liln- itn|iosonl do tlte'iUre français.

n'en parla presque pnint. Tant il est vrai (pie On y a ressuscité, je ne sais pouirpioi,

l'envie, la raliali- el sin^uliùremcnl II! inau- Imilcs les vieilles pièces île Mairel, dn

vais jjnûl coinliallent rpielipielbis, élouHent (Kunhaud, do noisroherl, qui no S'inl (|U'.'

niOme le succès des n:eilleiirs ouvrages el des élér^ies dialn^uécs et des conversations

la réputation des écrivains du premier or- dramaliiiues. Ces sortes do coHo tiois de,

(Ire. .Mais ce sont des elforts vains et |ia«- toute espèce, imaginées par l'amour du

sngers : le temps qui détruit tout, hors li t;ain, exécutées sans f^oûl, mullipliées sans

vérité, conlond h la lin l'injustice cl Ter- nécessiié, appauvrissent plus la république

reur. <les lettres (|u"e:los m? rerniciiissent. Ur»

Je ne terminerai point cet écrit. Mon- él^'iger. par exemple qui sait que le

sieur, sans v.uis entretenir d'un /f.cunï m ""^^^"'■'^ ^^^-^ V!"" '^", ' ' «■'""'f'y "" <>ont.ent

trois volumes n.-l:>, pul.lié en 1728, par M. 9"^ '<^-'^, "hm, eures traginiios d Ksch.yle de

le UK-rquis Mallei ..eus ce titre : Thcatro ^^op liocle et d Kurqiide, qu on n a nus dans

Ilaliano, o na >:celta di Irnqedie per usa ^"^ ^''''^Vl''^ '"'°''''f, T"' '''' ''"'?' ^ P'"^

detlasccna. Ce choix de Iragédics ù f tisane e^l'niaijies de biiakespeare, de Dryden,

dulhedtre esl précédé d'un discours très- '' O'^vay, et qui n aurait d ailleurs rpiuno

intéressant (lui contient riiisloire el la dé- connaissance superficiel.e <le notre langue;

fense du tliéâtre, cl c'est dans cet ouvrage ««' étranger, Uis-je, .-roinul qu un recueil

que j'ai lu des choses qui m'ont surpris do en plusieurs voaimes nititule : Thcdlrg

la pari d'un écrivain équitable el judi- fr^nÇ"'-^, oy licaietl des niallcures pièces de

çjgjj ' . ■■ théâtre, esl un choix lait avec soin, el par

/->'....«.••. , -1. ■ • , "ne bonne main, des plus belles tragédies

Que M. Maflei ait entrepris lapologiedii q„i ^^l paru en dilTéivnls tenips sur la

IhOiUre Italien; uu il ail t;lclie d en rétablir .^èno française. Il se Iromperaii. Dans celle.

I honneur el de convaincre les autres na- nombreuse suite il n'y en a que fort peu liùi.s de 1 excellence des tragédies ita.ennes, j se soient soutenues constamment sur le

II n y a rien en cela que de louable, rien l\,é^^,^. Les autres n'ont eu que des succès qui ne convienne a un citoyen illustre, a un ni^.jjocres, uu si elles ont réussi dans le savant zélé pour la gloire lilteraire de sa ^ ^,.^5 sq^j tombées denui? dans patrie. Mais ne peul-(m s élever soi-même poujjij i^ jy^ profond.

sans abaisser les autres? M. MaUei parait

supporter impatiemment la répulUion dis- De-ih ces fausses impressions que l'on

linguée dont le Ihéàlre français jouit chez prend de la littérature française dans les

tous les peuples de riîurope. S'il ne dit pas pays étrangers, dans nos provinces même,

en termes formels qu'il n'en fut guère de où le bon reçu indilléremment avec k-

plus injustement usurpée, au moins le fait- mauvais sous le passeport de la ca|iitale,

il entendre assez clairement. Et l'on doit ilonne aux jeunes gens un goût confus et

avouer que rien ne sérail réellement plus incertain, aussi nuisible aux lettres (jne le

raé()risable que les tragédies françaises, si goûl bizarre el dépravé d(!S demi-connais-

elles avaient le malheur de ressembler au seurs de ce temps. Les Maffei sont rares.

(lOrtrait qu'on eu voit dans le discours du Des esprits de celle Irempeont des lumières

critique italien. sûres, et rarement obscurcies par des

J'oserais croire qu'elles lui sont peu con- systèmes de mode, ou par des préjugés de

nues, puisqu'il n'a seulement pas nommé imUon. Aussi ne suis-je pas le seul homme

celles de Corneille et de Racine. Dira-l-on '^'^ leUres qui ait vu avec étonnement la

de ces deux poètes qu'ils n'ont mis sur la "'\"'|rf "^T^ ^^ '"'f "' écrivain a censuié

scène que des Monsieur el des Madame? le théâtre Irancais et e silence allecléqu il

Cette plaisanlerie, qui peut être bonne en S^""^" ^","' Corneille et sur hacine. silence

italien, ne tombe pas sans doute sur les Ira- '■"" '.'""P "',/!"; " '-'"^'-•loi'Pe q"f 'es noms;

gédies do CmnaU'IIeraclius, de Phèdre et 9' '^ l^^^^'!" f''>'nçais compren I essenliel-

û'Alhalie. M. Mallei l'aurait-il pu.sée dans !'•*'"''"' ^^^ tragédies de Ces deux hommes

ces deux vers de la Sophonisbe de Mairet? ""™o"els.

Vous voyez, Monsieur, oîi m'a mené le

Mon .nmi, m'a-t-il dit, va-l"en dire à mailjmc désir do VOUS arracher un Ouvrage que je

Que Home ne veut pus qu'elle vive ma icmine vous ai demandé si souveni, cl avec tant

d'instance. J'en ai fail un de mon côté; et

Quand on veut prononcer sur le mériie c'est, j'en conviens, un > espère d'enlrepriso

OECVRES COMPL. DE LEFn4NC DE PoyrlGXAN. H. k'*

1587 OEUVRES KELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN. 1388

sur le vôtre, indépendamment de tout ce lellrcs, et a mon nltacliemenl inviolable

que je pnis avoir hasardé de répréliensible pour vous.

dans le cours de mes rénexions. Supprl- y . pi,onneur d'être, etc.

mez cet essai, jy consens; le public n y

perdra rien. Mais rendez justice aux sen- A Caix, ce 9 novembre 1751.

limenls qui l'ont dicté à mon zèle pour les

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