‹ Œuvres completesChapitre 203 sur 232 · DU DUC DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

DU DUC DE BOURGOGNE

Monseigneur,

J'obéis à vos ordres et à ceux de madame la dauphine, en vous présentant un ouvrage dont vous avez daigné l'un cl l'autre enlenjre la lecture, et qui a été bonoré de votre approbation. C'est riiistoire et l'éloge d'un prince que vous pleurez encore, parce que c'était voire fils, et que la France pleurera toujours, parce qu'il vous eût ressemblé. Les regrets publics et les vôtres ont excité mon zèle. C'est la première fois sans doute qu'on a écrit la vie d'un enfant de neuf ans; mais c'est la première fois aussi qu'une vie de neufans a mérité d'être écrite. Celleci, malgré la faiblesse de l'Iiislorien, fera l'élonnement de nos neveux, et embellira les fastes de la première maison de l'univers. !1 était réservé à cette maison si féconde en héros de tous les genres, de nous ollrir encore de nouveaux luodèles d'iiéloïsme dans les enfants même qu'elle produit.

Mais, monseigneur, comment ce prince a-t-il été si accompli dans un âge si éloigné do toute perfection? comment ses vertus étaient-elles déjà parvenues à leur maturité? comment avait-il fait de si rapides jirogrôs dans les voies de la religion et do la jnété ? C'est que le ciel avait ses vues, lorsqu'il a montré ce prodige aux Français. En nous laissant voir jusqu'où peut s'égarer la raison de riiomme, quand elle a pour guide une fausse et aveugle philosophie, il a voulu nous apprendre jusqu'où pouvait s'élever l'âme d'un enfant, quand elle était soutenue par la loi. Il a suscité cet enfant pour que ses sentiments, suii innocence et sa mort fussent la condamnation des principes, de la morale et de la vie des sages de ce leuips. La l'rovidence ne pouvait en eilet leur nen oUVir de plus touchant ni de plus propre à les éclairer, qu'un prince d'un ûge faible et tendre, qui, comme sujet, comme hls, comme discijjle, comme chrétien, conniit et pratiquât dans leur plus grande imreté, tous les devoirs religieux, naturels et (lolitiques.

C'est ce qu'on a vu, monseigneur, dans le li'is auguste que la mort vous a ravi. Mais

le souvenir pouvait s'en effacer de la mémoire des hommes. Il était important et nécessaire de le transmettre aux derniers âges |)0ur la gloire de la maison royale, jiour riionneur de la France, pour la consolation des personnes attacliées sincèrement à la religion et à l'Etat, et pour l'instruction des princes. Tous ne ressembleront pas au duc de Bourg'igne, il serait inutile de s'en flatter; mais tous seront élevés de même: c'est ce qu'il faut que l'on sache dans ce royaume et dans l'univers entier. Il faut qu'on sache que ce plan d'éducation est invariable; que les maximes des Monlausier et des Rossuel, des Reauvilliers et des Fénelon, seront ii perpétuité celles de leurs successeurs ; qu'on n'en enseignera point d'autres aux héritiers de la couronne; qu'ils ne seront jamais conliés à des mains suspectes; que des cœurs corrompus, que des esprits gàt(Ss par des opinions dangereuses ne seront point admis aux funttions de cette institution sacrée: qu'on instruira toujours ces respectables élevés à gouverner leurs sujets en pères, à les soulager dans leurs besoins, h maintenir l'autorité royale dans la plénitude de ses droits, à conserver la foi de saint Louis, à réconijieiiser le mérite, à punir le crime; et qu'avec des piincipes si purs, s'ils ne deviennent pas tous de grands hommes, ils seront tous du moins des nionarquts justes, humains, compatissants, chers à leur peujile, ennemis des impies, et )U'0tecteurs de la religion.

Tel sera, Monseigneur, le fruit des leçons que nos rois feront toujours donnera leurs enfants. Ce doit être un soulagement à votre douleur (l'imaginer, en vous rajipelant celui qui en est l'ubjet, que vous-même le proposerez pour exemple à vos arrièrepetiis-lils, et que l'histoire de sa courte vie sera éternellement l'école des jeunes princes de votre postérité.

Et vous. Madame, à qui j'ai vu verser tant de larmes à la lecture de cet écrit, je viens encore vous en arracher de nouvelles. Je viens remettre sous vos yeux et, pour ainsi dire, dans vos bras, un lils que vous \ avez comblé de toutes les tendresses do

IJSO iUOlSIKMK l'AUTIE.

MKI.A.NI.I.S.

rainoiii maiiTiiel. C'c>l sur vtius i|u'il liiuiiia si'S ilurniiis ifi^iiiils; c'i-sl ft v(iii!> qu'il ailri'isa si-s doruitl'rn!! purok-s. \'i>iis fioiii'z Iti ifvoir, vuus cioiroi ruiili'irlri- ; illusidii |ias!>ii^t)ri> i|ui vous l'crj suiilir plus viviuntuit iDUl.i I'uiulmIuiiu du cello [icrlt'. 1,0 t.ibloau i|uo ju leliMco ici, ii'osl poiiil tail, Madauiu, |iuur diuiinuur vos regrets. >'iius n'eu Iruuverez riuloucissi'UUMil cjue dans vos venus, et dans eelles de l'auguste t^poux à ipii vous avez iloiuié celte pri^uieuse laniillo, où se réunissent vos cousolaliois mutuelles, notre e>pérance et notre l'élicilé. Fdio do ces printes belli(jueux, qui dis|iulùrent si longtemps h l'épin et à (lli;irleni;itjnc les plus nobles provincis de U Gc-i manie, vous avez mùlé au plus beau sang du monde lo sangillustre et euui'agi'U.v des héros Saïons. Us vous ont uppri>à supporter avec fermeté les malheurs de la condition humaine. Elevée par une mè're magnanime, ^ui a mérité les larmes et l'admiralion du loule riiuro|)e, vous trouvez dans votre nouvelle patrie, el dans la cour d'un roi

l.l.tx.l. IIISI. 1)1 l»LC 1)K I!0L'UG(JGM;. I5jl»

i|ui vous chérit commu sa lillc, uno outre mère .lUssi tendre et cussi vertueuse, ijiji lait son bonheur du v>'itre, et di: celui de tous ses entants, (^est dans les clianiies de cette société loyale et bien douci.', que di;s mains clièros essuieront vos pleurs, l'uisso lo ciel n'en r'ouvrir jamais la source, et ne verser sur vos jours que ses laveurs el ses bienlaits!

Ces vœux, Monseigneur, s'adressent également h vous. Us sont, coiume l'ouvrage que j'ai l'honneur de vous présenter, l'i.-xpiossion lidèledes sentiments de mon cujur. Heureux ! si je pouvais dans cet liommagu imiiimlalisur, sous vos ausiiices, mon atiacliumeiit (;t mon amour pour votre personne, et le profond ruspecl avec lequel je suis,

MoNSElGNliUU,

Votre très-humble et Ircsohéissaul serviteur,

LeFRANC UE POMPlGXA.ii.

AVERTISSEMENT

On ne saurait trop se défier, en général, de tout i.e qu'on dit des talents extraordinaires et des qualités rares des enfants. Ceux des /minces el des giaiids, ceux même des simples particuliers, ne sont communément annoncés [)Our dos [jrodiges que jiar des bouches suspectes. L'amour aveugle des pères, la comjilaisance intéressée des [)réce])teurs et des maîtres, la lljtlerie basse des domesiiques forment jiresquu toujours ces prétendus miracl(!S de la nature. ]| arrive aussi quelquetbis que ce sont des Iruits précoces, qui ne luûiissent pas. Tel des enfants célèbres de Baillet a Uni parn'équ'un ignorant ou qu'un Sijt.

C'est suitout du côté de l'esprit qu'on vanlj ordinairement les enfants des rois. On ne parle que de leur vivacité, de leurs réparties; souvent cjue de leurs maximes et de leurs sentences. Il y a certainement du faux ou de l'exagération dans ces louanges; et quand luùuie elles seraient vraies, comme elles n'ont pour objet que des saillies sans suite ni liaison, il serait difliciie d'asseoir là-dessus un jugement solide ou des espérances.

Ce u'est point sur de [lareils matériaux

qu'a été fait l'éloge historique du duc de Bourgogne. Quoique ce prince eill beaucoup d'esjirit, on n'a répété de lui ni é(iigraiiiines ni bous mots; mais il ne disait ni ne faisait rien qui ne fût un trait de caractère. Or ces traits-là ne sont fiolnt de ceux qu'on puisse amplilier ni supposer ; ils naissent l'un de l'autre, ils viennent du même priiiiipe et vont au même but; en sorte que dans cet ensemble départies analogues et si bien liées entre elles, s'il y avait,quelquo chose d'inventé, il faudrait que tout le fiît ; ce que nul esprit raisonnable n'oserait seulement soupçonner.

On a été d'e l'exactitude la plus scrupuleuse dans le détail des faits. Lorsqu'il a fallu citer les propres paroles du duc de Bourgogne, on s'est imposé la loi de les rapporter sans aucun, changement et sans la moindre altération, telles qu'elles ont été conservées par les personnes qui avaient eu le bonheur de les recueillir de sa bouche.

Je ne parlerai point ici des suUiages |)iécieux accordés à cet ouvrage. Je dirai simj)lemenl que l'examen respectable (lu'il a subi, doit lui assurer au moins la conliance du public.

ŒUVREiS RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC. MARQUIS DE POMPIGNAN.

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