‹ Œuvres completesChapitre 205 sur 232 · ABRÉGÉ · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ

DE LA VIE DE SAINT-GRÉGOlrfE DE NAZIANZE, POUR l'intelligence des deux POEMES DONT ON DONNE ICI LA TRADUCTION.

Saint Grégoire, dit de Nazinnze, était natif Nonne au contraire, sortie d'une race

d'Arinnze, dans la partie de la Cappadncc sainte, surpassa encore la piété de ses ancé-

vppctée Tibérine, et dans le territoire de la très. Elle honorait son mari comme son sei-

ville de IS'azianze. Son disciple Gréijoirc, qui gneur, autant de cœur que de bouche. I\Jais

a écrit sa vie, ne lui donne point d'antre pa- elle gémissait sur son funeste égarement,

trie que Nazianze même, sans doute parce C'était l'objet continuel de ses prières et de

qu'il y avait été élevé, et qu'il en a été pré- ses larmes. Le ciel y fut sensible. Elle redon-

tre, et ensuite évéque. On lai en a conserve le blait souvent ses instances auprès de ce cher

surnom pour le distinguer de beaucoup d'au- époux, pour le porter au moins ù chanter des

très saints qui ont porté le nom de Grégoire, psaumes. Jl s'y refusait toujours, quoique

C'était aussi celui de son père. Sa mère s'ap- la vérité commençât à l'éclairer. Cependant

pelait Nonne. L'un et l'autre ont été mis au il lui sembla une nu'U qu'il chantait ce verset

nombre des saints. du psaume c\\\ ; n Je me suis réjoui de ce

Grégoire le père avait d'abord suivi les qu'on m'a dit que nous irons en la maison

ei'reursdes llypsislaires, ainsi nommés du du Seigneur. » Nonne se voyant exaucée, ache-

mot grec ûi^taTo?, parce qu'ils faisaient pro- vu la conversion de son mari,

fession d'adorer le Dieu très-haut, mais qui Ce fait arriva e« 323, pendant que les éré-

juignaient à ce culte légitime un mélange con- qucs s'assemblaient à Nicée, pour y conda:ii-

fus des impiétés du paganisme et des su- ver Arius. Quatre ans après, Grégoire fut

perslitions judaïques, révéraient le feu et les placé sur le siège épiicopal de Naziante ,

lampes avec les païens , et observaient avec comme l'avait prédit son prédécesseur immé-

tes Juifs le Sabbat et la distinction des ani- diat, en lui conférant le baptême. Il avait

maux. alors environ cinquante ans. Sa femme étan

lJi5

clf même Aqe que lui. Elle l'avait l'cndii chrédm ; il devint son évér/iir.

Ils avaient trois enfants, deux garçons et ■une fille: Gie'qoire, Ce'saire. Gorqonie. Celte famille entière fut pour l'Eglisr et pour le ciel une colonie de saints. Grégoire était vraisemblablement l'aîné. Nonne, qui l'avait demandé à Dieu avec les prières tes jilus vives, imita la mère de Samticl. et promit au Seigneur de lui consacrer le fils qu'elle souhaitait d'avoir, aussitôt qu'il serait né. Dieu l'écouta favorablement. Il ieti assura par un songe, où elle vit la fig\irc (1) et apprit le nom de l'enfant qu'elle devait mettre au monde. Nonne, fidèle à sa promesse, accoucha de Grégoire, et d'abord après sa nuisfance, le présenta à l'église, et sanctifia ses 7nains par les livres sacrés quelle lui fit toucher. On croit qu'il naquit en 329, et celte même année, Grégoire son père fut élevé à l'épiscopal.

Ce srint évégue .t'employa avec beaucoup de soin et de grandes peines à L éducation de ses enfants. Le jeune Grégoire s'étant instruit suffisa7nment dans les écoles de son pays, partit de Cappadoce avec son frère Césaire pour aller dans la Palestine, où il y avait alors d'excellents maîtres de rhétorique. H étudiait avec ardeur les lettres profanes, ynais uniquemenl pour les faire servir au.x lettres saintes, qu'il regardait comme sa véritable science.

Il alla ensuite à Alexandrie. Après y avoir demeuré quelque temps, il voulut passer d'h'gypte en Grèce et s'embarqua sur tin vaisseau de file d'Egine. A peine approchail-il des côtes de Chyjire , qu'il .t'thva une furieuse tempête, dont il a fait d admirables descriiitions dans ses poèmes. Elle dura vingt jours, ce qui n'a guère d exentple. Grégoire, saisi d'effroi, craignait moins cependant pour sa vie que pour son âme. QuoKjue fils d'un évéque, il n'était pas encore baptisé. Il promit à Dieu, s'il le délivrait d'un péril si pressant, de se donner entièrement à lui, et de le servir dans la retraite cl dans la solitude. C'était ratifier le vœu de sa mère. Par là il se trouvait doublement consacré à Dieu.

Son père et sa uière, avertis par un songe du danger qui le menaçait, se mirent enprières pour le secourir. Enfin ta tempête s'apaisa ; la mer devint calme. Le vaisseau aborda bientôt à Rhodes, et peu après à Eqine, d'où Grégoire se rendit à Athènes. Saint Basile y vint aussi. C'est dans cette ville que ces deux grands hommes formèrent entre eux celte union si étroite cl si célèbre qui les honore également l'un et l'autre. Grégoire fit des progrès rapides dans tes belles lettres , dans la poésie, dans l'éloquence et plus encure dans ta philosophie. Son esprit avide embrassait toutes les connaissances. Son frère Césaire avait les mêmes goûts ; il possédait les mêmes talents, excepté celui de la poésie. Il était de plus géomètre, astronome, et l'un des grands médecins de son temps; il fut appelé en cette qualité ù la cour de l'empereur Constance, qui te nomma son premier niéde-

<l)Or. 2, i>;ig. 178, D.

■EFRANC, MARQUIS DE POMPiGNAN. {IIG

rin. Il fit éclater dans celte profession tontes/ les vertus du christianisme. Cependant Grégoire blâmait la conduite de son frère, el , par ses instances réitérées, il vint à bout de lui faire quitter la cour. Il ne pensait pas que la médecine fût le chemin du ciel.

Grégoire, cédant à l' imporiunilé de ses ami^, fil quelque usage de son éloquence sur la scène du siècle. Il abandonna bientôt ce vain théâtre, qui n'était pas digne de lui. Saint Basile et lui avaient résolu de consacrer à Jésus-Christ leur scie7ice et leurs latents Ce fut à Athènes même, cette école des lettres et des arts profanes, et ta leur en particulier, qu'ils prirent ensemble celte admirable régolution.

On ne sait pas précisément en quel temps il reçut te baptême. Le prêtre Grégoire, son. historien, dit que ce fut seulement après qu il eut quitté la ville d'Athènes. C'est alors qu'il commença cette vie dure et mortifiée dont il augmenta sans cesse les austérités jusqu à sa mort. Il ne mangeait que de gros painavec un peu de set, el ne buvait que de l'eau.

Ces rigueurs , qu'il exerçait contre son corps, le rendirent habituellement infirme, cl luicausaient de fréquentes maladies, il tes supportait non seulement avec patience, mais avicjoie, comme on levait par un billet fort court qu'il écrivait à un de ses amis, malade aussi bien que lui. Je vais rapporter ici cette petite lettre, de la traduction de M. de Tiltcmont. On la lira avec plaisir.

« Je huis loumu'iUé |i;ir la maladie, et je m'en rt^'jouis, non |)arce que je suis ainsi louriiicnlé, mais parce que j'a|)(irtiids aux autres la patience. Car ii'élant jamais sans douleur, je lire au moins cet avantage de mon élald'iniinnité, que je le supporte patiemment, et que je rends égalemeiitgrAces à Dieu des souH'rances , comme des soulagements qu'il m'envoie, parce que je sais que la souveraine raison n'ordonni; rien à notre égard sans raison, quoique nous ne la voyions jias. »

Quelque détaché qu'il fût des biens du monde, il continuait de donner à son père et à sa mère tous les secours dont ils avaient besoin dans l'administration de leurs affaires temporelles. Les suites inévitables de ces sortes d'occupations lui déplaisaient infiniment, lise plaignait surtout des impôts el des procès.

Son assistance devint encore plus utile à son père dans les troubles de l'anaiiisme. Ce bon vieillard avait eu le malheur designer le formulaire de llimini. Dans la suite il répara sa faute. Durant cet inlervulle, son filsnepul empêcher que les moines de Nar.ianze ne se sèjiarassenl de leur évêque.

Son père le fit prêtre malgré lui. Cette ordination inopinée, qu'il traite de tyrannie, sembla d'abord altérer son caractère. Il quitta brusquement sa patrie, sans que ta considération d'un père et d'une mère qu il aimait si tendrement, el dont il était le soutien, fût cipable de le retenir. Il alla

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m Vl>l(TI(»N. - VIR DE S. GUKG. DE NAZ.

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)'>>iii(re «un umi Itmile ((uns tu lotilude, mu tl $e tenait meure ciiché.

l.e mécitnleitlemeitt de (îréfjnire ne fut pus i^uij. H était parti de Nuziaiize te (i janrier 3('i2 ; i7 ij retourna le '.i\ ite mars de la même année , pour y exercer les [onctions sacerdotales.

l'eu d années apri's il perdit sncccssivemeflt Sun fière Césaire et sa sirar (ion/unie , et lit leurs oraisons funèbres. Ces deu.t morts, surtout ta première, l'uflli(jèrenl extrêmement. Césiiire , en mourant, donna tous ses biens aux pauvres. (îrét/oire, exécuteur de son testament , eut à combattre une foule de faux créanciers, et principalement le fisc, dont l'injustice et l'aridité sont les mêmes dans tous les temps et dans tous les litals.

Les peines que lui causaient tant d'embarras n'approchaient pas cependant de celle qu'il rissenlil quand son ami llasile le fit évêque de Sasimes : il s'en plaint arec amertume. Le séjour de Sasimes était a/freax. Il quitta ce siéije sans y avoir fait inicuus fonction, et revint chez son pcre,qui l'oLliyca de (jouverner sous lai l'L'qlisc de iS'azianze.

il rie demeura pus longtemps dans celte ville après la mort de suyi père cl de sa mère. J'ressé de ses infirmités continuelles, et ayant toujours redouté les fondions de l'épiscopal, il quitta l'Eglise de Nuzianze, à laquelle d'iitlleurs il n'était point attaché.

Après une retraite de quelques années dans le monastère de Sainle-Thècle en Isaurie, il fut appelé à Constnntinople pour y soutenir contre les ariens le peu qui restait de catholiques dans celte grande ville. Il n'y alla qu'avec une extrême répugnance. Son extérieur n'avait rien que de rebutant ; il fut d'abord très-mal reçu ; les ariens prétendirent qu'il venait enseigner plusieurs dieux. Leur attachement outre pour leur évêque Démo~ phile les irritait contre Grégoire : ils portèrent la fureur jusqu'à le poursuivre à coups de pierre, et à le traîner ensuite devant les préfets.

Four comble de malheur, il s'éleva une division parmi les catholiques mêmes ; Grégoire vint (i bout de la calmer. Il prêchait ; ti faisait des instructions ; ou y venait en foule, mais il faisait tout cela pour le bien de la religion, sans être encore évêque titulaire de Conslantinople , quoiqu'il en remplU le ministère dans son église d'Ânaslasie. Ce fut

alors que Maxime le Cynifjue, cet homme si déci ié pour se» mwura et pour les flétrissure» qu'il avait essuyéis, entie/rit de se faire ordonner évéïiue de Con^iiintinopte, pur ta moyen d'une troupe de lu igands qw lierre, archivé lue d'.ilixundrie , uvait envoyés exprès d'Lqy/ite.

Tiiéodose arriva vers ce mène tenps à Conslantinople. Grégoire, fatigué de tout ca qu'il rproarail dans celte ville, indigné surtout de l'ordination de Maxime, persnil à se retirer. L'empereur le retint ; il le combla de marques d'estime et de dislircfion , el voulut l'installer lui-même dans liglise patriarcale ; ce qui se fit arec une grande pompe , malgré la fureur, les cris et lis larmes des ariens, dont le nombre était toujours beaucoup plus considérable que celui des catholiques. On aposta des scélérats pour l'assassiner. Il fat ensuite établi solcunelUvunl éeêque de Cimslantinople par saint Méiècc, évêque d'Antioche, président du concile alors assemblé dans celle eiipi.alc, el pur tous les évê(jues du concile.

On élail convenu précédemment que le surviviinl de Méiècc ou de l'aulin, l'un el l'autre élus par les deux i)artis du clergé catholique d Anlioche , demeurerait seul évêque des catholiques. Cet arrangement était d'autant plus S'.ige qu'on évitait p<ir là lis inconvénients d'une nouvelle élection, el qu'on réunissait ainsi l'Orient el l'Occident, divisés depuis si longtemps par le schisme d'une Eglise particulière. Saint Grégoire proposa ce Icinpér animent an concile, et l'appuya des plus fortes raisons. Sou avis fut rejeté arec la dernière indécence ; les vieux évêques sur lesquels il avait compté l'abondonnèrcnt lâchement , les jeunes se moquèrent de lui. Il offrit sa démission ; on l'accepta. Du concile tl se rendit au palais, où il demanda à l'empereur la permission de se retirer. Elle lui fut accordée avec la même facilité que le concile avait reçu sa démission. Il paraît que cette froideur de la pari de son prince el de ses confrères le loucha sensiblement. La sainteté ne triomphe pas toujours de l'amour-propre.

Cependant saint Grégoire fut regretté unirerscllemenl à ('onstantinople. il se relira dans sa solitude d'Arianze , son pays n ital. Il y passa les dernières années de sa vie à prier, à macérer son corps, à cultiver un petit jardin, et à faire de très-beaux vers.

ITIE BE S. GHI^CrCII^E HE M^ZI^M^E.

Ecrite pur lui-même, envers iambes.

J'entreprends Thisloire de ma vie. Les d'après la mienne; ce serait un juge susmêmes évéïiemerils en paraîtront tipureux pect.

ou inallieurcux, selon les dilléreiitus ma- J'écris en vers pour soulager m-.'S [leincs.

ni6rcs du penser. Je n'en déciderai pas Les vers sont l'inïlruction et l'amiKUMiieiii

OEl'vres cojjpl. de Lefuanc de Pompignan. II. iii

ŒUVRES RELIGIEUSES DEJ.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN. 1120

de la jeunesse. On trouve de la consolation dans leur douceur.

C'est à vous que ce discours s'adresse, vous qui avez été mon peuple, et qui ne l'êtes plus; Clirétieiis tidèies, Clirétieiis discoies , aujourd'iiui vous rue serez tous favorables : les morts n'ont plus d'ennemis (2).

El vous, citoyens, ornement de l'univers, qui habitez un nouveau monde au milieu (les ricliesses de la terre et de la mer ; nouvelle llouie, et comme elle, patrie de tant d'illustres maisons, ville de Constantin, colonne inébranlable de l'empire; hommes enfin, écoulez un homme qui ne vous trompera pas ; un homme longtemps agité par ces pénibles vicissitudes qui nous apprennent tant de clioses, et uous donnent tant de leçons.

Tout s'altère, tout s'affaiblit avec le temps. Ce que nous avions de mieux a disparu ; ce tiui nous reste ne vaut jias la peine d'ôlre compté. Ainsi les pluies violentes qui ont entraîné les sillons, ne laissent après elles que du gravier et des cailloux. Puis-je parler autrement de ces vils humains, conlundus auparavant dans la foule, et qui, semldables aux animaux, ne regardaient que la terre?

Pour nous, prélats, je le dis en gémissant, nous sommes ces ravins ;1pres et dangereux, ce terrain creusé par les eaux, nous rem[)lissons mal des places éminentes. Supérieurs du peuple, choisis pour l'enseigner, chargés de distribuer aux ûmes la nourriture divine, nous sommes privés nous-mêmes de cet aliment. Nous devrions être leurs médecins, et nous ne somrues que des corps sans vie et couverts d'ulcères. Quels guides 1 cruels contlucteuis dans des chemins escarpés qu'ils craignent tuïmêiues, ei oii ils n'ont jamais pénétré 1 Le moyen le (ilus sûr de se sauver est de ne pas les suivre. Le siège qu'ils occupent est leur propre accusateur. Ils s'y ])ar leur faste, et non par leur sainteté

Qui peut me forcer de parler ainsi? Je ne suis ni imjirudent, ni calomniateur. Que mes contemporains, que les siècles suivants m'écouteut, je vais leur dire la vérité. I

11 faut pour cela reprendre d'un peu plus haut les événements de ma vie ; quand le récit en devrait être long, je dois détruire les calomnies publiées contre moi. Les méchants rejettent volontiers la cause de leurs méchancetés sur ceux qui en sont les victimes; ils les persécutent encore [ilus par leurs impostures, et détourneul ainsi loin d'eux-mêmes les accusations qu'ils méii-

^2) A la lellre, vous êtes tous favorables à ceux qui se laneiii. Mtuu/oVtv, participe piclciit On vccbe ftvu, iliii sigiiilii; en laliii cluudo, ucchulu, a ici le iiiciiie btiis '\uc TiOvijzoffév, (Jui reiiipllj al i do me. ne la infsiucdu vers. .Saiiil Giéyoiie, pii\é île s.i |)l..cc, réiiuil à mener niie vie catliee el bolilaiic, se inel an rang îles liions. Ce sens est plus be.iu que le sens lu éial ilc fiiauzinv, qui se uiiseul ; exple^^iuIl

distinguent

tenl. Que ce soit là mon exorde; je poursuis.

J'avais un père singulièrement recommandable par sa probité. Vieillard simple dans ses mœurs, sa vie jiouvait servir d'exemple. C'était un second Abraham.

Bien différent des hypocrites de nos jours, il cherchait moins à (laruilre vertueux qu'à l'être en effet. Engagé d'abord dans 1 erreur, depuis chrétien fidèle et zélé; pasteur ensuite, et l'ornement des pasteurs.

Ma mère, pour la louer en peu de mots, ne cédait en rien à ce digue époux. Néede parents saints, majspliis sainte encorequ'eux, elle n'était femme que par son sexe, sufiérieure aux hommes |)ar les mœurs. Tous deux également célèbres iiarlageaient l'admiration publique.

Mais quelle preuve apporlerai-je ici des faits que j'avance? Qui me servira de témoin? Ma mère : sa bouche était celle do la vérité. Elle aimait mieux cacher des choses connues que li'en [lublier de secrètes qui lui auraient fait honneur. La crainte la guidait ; c'est un grand iiudlre (3). Désirant d'avoir un fils, désir si naturel aux mères, elle implore le Seigneur, et le conjure de l'exaucer. Son âme impatiente va [dus loin : elle consacre à Dieu l'enfant qu'elle lui demande, el le vœu prévient le don. Sa [irière ne fut pas vaine, elle en eut un heureux présage durarit son sommeil.

Un songe lui présenta l'objet tant souhaité ; elle vit distinctement mes traits, elle entendit mon nom , et celte faveur de la nuit était une réalité.

Je vis le jour enfin. Ma naissance a été pour mes parents une laveur du ciel, si j'ai mérité leurs vœux. Si je m'en suis rendu indigne, la faute n'en doit être imputée qu'il moi. J'entrai donc ainsi dans cette vie. Hélas! j'y entrai foimé de limon, de ces organes matériels qui nous maîtrisent, ou que nous avons tant de peine à maîtriser.

Ma naissame fut [lour moi le gage des plus gr.iuds biens ; je ne (lourrais le dissimuler sans ingratitude. Quand je naquis, je dépendais dej.i d'un autre. Heureuse dépendance 1 Je fus iirésenlé au Seigneur comme un agneau, ou comme une tendre génisse, mais néanmoins comme une victime précieuse et douée de raison. J'étais un nouveau Saruuel ; je n'oserais le dire, si mon soit ne ressemblait au sien par la destination et par le vœu de mes parents. Nourii dès le berceau parmi les vertus les plus rares, dont je voyais autour de moi les modèles les plus (lai la. ts, j'eus bientôt dans mon extérieur quelque chose qui tenait de la modestie grave des vieillarus.

([lie le sailli emploie ailleurs plus poéliqueineiil : (xîfiuz'JTa yjOtx af/à, lèvres jeriLèes p«i' U siUiue. M. lie lilleinonl, uans la Vie de sainl GiégoiiC do Naziaiize, a lail usage des dcu.v sens, pour ne pas manquer le Nérllable. Les iiiuels et les tuons n'oul jilus iCenneiuis. (TiLLtJiu.M, Uisl. ecclils., loin. 15., pag.50G.)

(5j <l'oêof yip îyîv, ô; ui'//; 3iûy.axK).(H'.

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UIAIUIKMK l'AKTIi;. - TIIAIUCTION. VIK l»r S. iM.C l)K y\7..

l't'l <|u'ii'i iHiii^o i|iii grossit iiiseiisiliiuiiit*ii(, iiiiiii Aiiiu se i'riii|ilis!<jiit |>uu à puii ilii iliSir du lu l'orlecliDii ; tiiti r.'iiHoii l'ioiosail h iiU'Siiro i|ui- l'uvaiirais un &A<'- J'u'liiais les livrus i|iii Vfii^i>;iii'iil lu l'iniso >lu l)iuu ; ju l't'claTi'liais la société îles lioiiiincs

lus |llus VL'lUlfllX.

Ti'i lui lo coiiimi'iiciMiKMil lie ma carrièro. Coiuiiiont m'y |ireiulrai-ji' imur ru couliiiuer le réi'il? l^ailiuiai-jf les iia'ivi'illi'S nue fit II" Sii^iieur |ii)ur aiigmoiili-r mnii zî'lo, en so seivanlilo co (lu'il y avaii d'iit'uroux dans mes [nemiùies dis|iL)Silioiis , car c'est ainsi (ju'il se |>lait h nuus alliiei' dans les voies du salut, uu bien raconlerai-ji: |)Ul)lii|uonu'nl ses laveurs? N'y aurait-il |>as do l'inj^ralilude dans le silence, et de la vanité dans l'aveu? Non, je ferai mieux du les taire, il suliit (]ue ju les connaisse. Ce i|ue je suis aujourd'hui paraitrait, hélasl trop dillérent de co que j'étais alois. Ne |iuLilions, en un mot, ijue ce qu'il est iiécessaiie de rendre |)iiblic.

J'étais encore dans l'enlaiicii que je ino sentis embrasé de l'ardeur de lélude ; jo voulus joindre les lettres sacrées aux lettres prolanes, poui' montrer (ju'on ne doit pas s'enorgueillir de ces dernières, où l'on n'apprend que l'Iiarnionio des mots, et une élo(|uence vide et IVivolo, qui dépend des inilexiuns sonores de la voix.. Je craignais aussi de m'embarrasser dans les livres d'une fausse dialectique. D'ailleurs, i! ne me vint jamais dans l'esprit de piéférer quelque chose que ce put être aux saints objets de mon application. Mais je Ile pus éviter les iin[irudeuces de mon âge, de cet âge plein de leu, qui s'abandonne aisément à son impétuosité naluiolle , Connue un jeune coursier qui s'élance avec ardeur dans les chamjis.

J'avais fait des piogrès dans les écoles d'Aleiandrie. \'oulant ensuite aller en Grèce, je partis de cette ville dans une saison peu pro(ire à la navigation, et oij la mer commençait à devenir dangereuse.

Le signe du taui eau paraissait. C'est être téméraire, disent les pilotes expérimentés, que de s'embarquer sous celte conslellalion. Notre vaisseau côtoyait l'île de Chypre, il est soudain assailli jiar les vents. Une nuit profonde nous environne; elle couvre la terre, la mer et le ciel. Les éclats de tonnerre accom|)agnent les éclairs; les cordages font un bruit aUreux suus le poids des voiles gonllées ; le mât chancelle. On ne peut conduire le gouvernail ; il entraîne quiconque y veut mettre la main; les vagues rem[ilissent le fond du vaisseau. On n'entend que des gémissements et des cris : matelots, esclaves, maîtres, passagers, tous d'une commune voix invoquent .le Christ ; ceux mêmes qui ne le connaissaient |)as l'implorent : la crainte est une puissante instruction. Mais le plus grand de nos maux était do manquer absolument d'eau douce : les secousses violentes du navire avaient jeté dans la mer le tonneau qui renfermait ce précieux trésor des navigateurs. Outre

la lioif, nous avions h cumtialtru la faim, les Ilots et les venis. Nous allions snecomlior, quand Dii'U nous délivra jiar un prompt seciMirs.

Des inarcliaiids phéniciens nous Sfierfuieiit. Onoiqu'ils eussent lieu de craiiidni pour eux-mêmes, l'exlrémilé iln danger où nous étions les tonclia. Leur éijuii âge était vigoureux; il force de rames et d'uvirons, ils atteignirent iiolre vaisseau. Leur hiimaniié nous sauva la vie. Déjà nous étions il demi morts, semblables à des | oissons qui, sortis île l'onde, expirent sur \n rivage, ou h des lampes qui s'éleignenl faute d'aliment, La mer cependant s'irritait de plus en plus, et cette ellroyable tempéie dura plusieurs jours. Lrranis an gré des Ilots, nous ne savions plus où nous allions; res|)érance nous avait abandonnés. Tous attendaient avec terreur une mort prochaine, mais j'en éiais en secret bien plus etl'rayé que les autres, llélasi nieiiaié du naulrage, je n'avais pas encore été purilié dans les eaux qui nous unissent à Dieu. C'était le sujet de ma doulmir et de mes larmes ; c'est ce qui m'arrachait du si pitoyables cris. J'avais déchiré mes vêtements; couché par terre, élevant les mains au ciel, je les frappais l'une contre l'autre, et leur bruit se faisait entendre au milieu de celui des vagues. Ce qui paraîtra peutêtre incroyable, quoique vrai, mes compagnons de voyage, oubliant leur propre danger, donnaient des pleurs à mon infortune. Leur piété dans nos périls communs joignait ses vœux à mes regiels, tant ils étaient touchés de ma funeste situaijon. O Christ, tu fus alors mon sauveur; tu l'es encore dans les tempêtes qui m'agitent. Il ne nous restait plus d'espoir, nul objet favorable ne se uionlrail à nos yeux. Point d'île, jioint de continent, [loint de montagne, (lOint de canal, point de ces signaux qui sont les astres des navigateurs. N'attendant plus rien d'ici-bas, c'est vers loi que je tournai mes regards, toi qui es la vie, l'âme, la lumière, la force, le salut do ceux qui t'ini|ilùreiit ; loi qui épouvantes, qui frappes, qui soulages, qui guéris, et (jui tempères toujours les maux par les Liens. J'osai te rappeler tes anciens prodiges, ces merveilles qui tirent connaître à l'univers ton bras tout-puissant; les mers ouvrant un passage aux tribus fugitives d'Israël ; l'Egypte frappée de plaies terribles; Amalec vaincu par la seule élévation des mains de Moïse; dc'S pays entiers réduits en servitude avec leurs rois; des murs renversés par la marche seule de ton |,euple au son des trompettes. J'osai joindre entin à ces miracles célèbres ceux que tu avais déjà laits on ma personne. Je suis à toi, m'écriai-je, ô mon Dieu, je suis h toi plus que jamais. Daigne me recevoir deux fois; l'olfrande est de quelque prix. Je suis un don de la terre et de la mer, consacré par le vœu de ma mère, et par la violence de mon etfroi. Je vivrai |iour toi, si j'évite les [lérils où je me trouve. Si je péris, tu

ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

im

perdras un adorateur. Ton disriple est nu milieu de la temj>ôte ; éveille-loi, marclie sur les flots, et que nos frayeurs se dissipent.

A peine eus-je achevé ces paroles, que la fureur des venis s'apaisa. Les flols loailièreiit ; noire vaisseau continua son cours, j^lais.ô fruil inestimable de ma ()rière, tous ceux qui liaient dans le vaisseau se convertirent à Jésus- Christ, reçurent ainsi deux grûces, et lurent sauvés de deux manière?.

Après avoir laissé derrière nous l'ile de Rhodes, poussés par un vent favorable, nous arrivâmes en jieu de temps au port d"K^ine : noire navire élait de celle île. De là je me rendis à Athènes, et j'en fréquenlai les écoles.

Que d'autres disent comme nous y vécûmes dans la crainte de Dieu, honorés singulièrement des Chrétiens; et comme, parmi tant de jeunes gens hardis et fougueux qui se livraient avec leurs com|>agnons à tous les excès de leur âge, nous coulions des jours doux et iranquilles ! Tels que celle source pure qui conserve, dit-on, la douceur de ses eaux au milieu des ondes amères, nous n'étions point entraînés dans le mal par l'exemple, cl nous ne cessions de porter nos amis au hiiui. Le Seigneur m'accorda de plus une faveur distinguée. Il me donna pour ami, le plus sage, le plus respeclacle le plus savant des hommes. Et qui, me dira-t-on? Un molle fera connaître : Basile, ce Basile qui a rendu (le si granils services à son siècie. Je partageais sa demeure, ses études, ses niédilalions, et, si je l'ose dire, nous formions un couple qui faisait quelque honneur ii la Grèce. Tout était commun entre nous. Il semblait qu'une seule ûme aiimâlnos deux corps. Mais ce qui acheva principalement en nous celle union si intime, c'est le service de Dieu et 1 amour de toutes les vertus. Dès que nous fûmes parvenus à ce point de conhance muluelle, do n'avoir plus rien de caché l'un pour l'autre, nous sentîmes que les liens de notre amitié se resserraient encore. La conforujité des sentiments est le nœud des cœuis.

Le moment élait venu de retourner dans notre patrie, et d'y prendre un étal. Nous avions sacritié beuucoui) de tenips à nos éludes; je touchais presque ë ma Ireniièine année. Je coinius alors toute la tendresse de nos condisciples, et l'opinion avauta-

(4) 'Ev Î ftioaofiîv Twv v:a\S>'j éyaiveTO. 11 CSl Ircsiiiiporlaiii lie n-iiiarquer ici ipie dans |pliisii'urs Pères grecs, iiolaïunieiil dans sainl Justin el d;iiis saiiu Grégoire de N'ui.inzo. (iIiiIus()|iIh; eUlinUien élaienl dos mois synoiiynics, el (ine le vcrlie ^sào- (TOfiîv ne si;;niliail anin- cl;Ose qne piofesser le ciiiistianisini;. CVbl qu'on ellt-l le clirisiianisine est la véritable pliiloSi)plue U'ieceux qui se disent aujdurd'liui pIclusDlilies n'aocuicnl plus leurs adversaires de les aUaqner coinuie pliilusiiplios. S'ils relaient \érital)lenienl, ils ii'auiaieiil que des a liuiraleuis el des amis. La pliilosopljic qu'ds profossoul esl 1 opprobre de la vrax phlosopiiie ei Ue l'ospril

geuse qu'ils avaient de nous. Enfin le jour prescrit arriva ; ce fut un jour de combats el de douleur. Figurez-vous ces cmbrassemenls, ces discours n êlés de pleurs, ces diTiàers adieux oti la séparation semble augmenter l'amilio. Nos compagnons ne cédèrent qu'avec peine, et malgré eux, aux raisons qui forçaient Basile de |)arrir. Je ne puis encore me rapiieler ce douloureux spectacle sans verser des larmes. Pour moi, je me vis environné d'étr.mgcrs, de -wes amis, de mes camarades, de mes maîlies, qui tous, unissant leurs $up|ilicaiions et le irs plaintes, y joignant môme la violence, car l'amitié va quelquefois jusque-là, me tenaient serré dans leurs bras, el proleslaienl qu'ils ne consi'iitiraienl pointa mon départ. Ils ajoiiluieiil que j'appartenais à la ville d'Athènes , qu'on ne devait pas lui ravir son bien. Leurs sulfrages me donnaient déjà le trône el le prix d'éloquence. Ils me fléchirent h In fin. Li dureté du chêne pouvait seule résister à des elforts si touchants. Je n'étais cependant pas persuadé; l'amour de mon pays m'entraînait toujours, pays oii la foi pénètre plus qu'ailleurs, et où j'esiiérais me livrer sans obstacle à la philosophie (i) chrélifune. Je mo ra|ipelais aussi la vieillesse de mes parents, accablés sous le poids de leurs longs travaux. Je me dérobai donc d'Alhènes furtivement el non .-ans difllculté, après y avoir un peu f)rolongé mon séjour. J"ar:ivai dans ma paire On mobligia d'abord de haranguer eu public; il fallut payer cette e.spèce de delta à la cnriosi é. Je n'aimais point les applaudissemcnis tumultueux, ni ces murmures doux u'une admiration vague et futile, qui flattent la vanité des sophistes dans une assemblée nombreuse dejeunjs gens. Le pretuier soin de ma philosophie (5) fut de sacrifier à Dieu, avec bien d'autres goûts, l'élude et l'amour de l'éloiiuence. C'est a.nsi que plusieurs ont abandonné leurs troupeaux dans les champs, ou jelé leur or dans les abîmes de la mer.

Mais, comme je viens do le dire, j'avais donné par complaisance un spectacle à mes amis. Ce n'était encore qu'un prélude de combat, ou qu'un premier pas dans la plus redoutable cariiôrc. J'avais besoin de conseils fermes et sages. Je consultai mus pro- [ires idées, comme des amis sûrs de ()ui j'attendais d'utiles avi^. Je me trouvai dans une leriible perplexité, quand il fut ijue.s. lion de choisir le plus excellent parmi les

liumain. Quels iionimes qneces prétendus sages! Ils u'oii; que l'iuquclence el l'orgueil îles t.iu.x pialosopbes que Plaloii dépeinl si bien, el qu'il iréi.i.se

tanl. .. ,

(5) Second exemple dans le même poenie, cl à peu de vers l'un de l'autre, du sens que kb Pères Grecs doimaieiit au mot <iù.oao<fîiv

Ili-wTov CE TOÛTO m').oai>f?,cai jipwBiiiwi'

■Pi-.J/e« ©£û, etc

A la lellre, je me propoS':i, pour première oc:ion de philuioplie, de j^ter aux pieds du Seigneur...

OI'ATUIKME [ARTIK. - TU VUK.TION. - VIK DE S. CUEfi. DE N.VZ.

nieilli'iirs. J'avais r^xilu ili'iiuis l(Mii;t(.'iii|is ilo giiuler lu l'iiiislt'li^ ;■ je m'iiiri'riiiis <lnviiiil'in'^ ulors (.liins rctto rosuliiliun. I^lais en o\«iiiini»iit les dillViciilPS voios du Soii;iii'iir, il MU m'était \k\s nisi^ du déiiuMcr rolli- (|iii $(M'iiit lu plus ngréahlu vl In |il(is |i,'iil'.iili' Il si'S yeux. (".Iincune «vnil sus av.iiitiigfs t'I *es incoiivéïiiorils ; cV'st lo sort de toutes les rlHis('!i i|u'()ii veut faire, ir peindrai iiiii'UX uiiHi rt.it p.ir uiio L'Oiii|);iraisoii . Or; l'iU dit que jo nuMjitais un long vova^i', ol i|Uf pour éviter lis dangers et les latiguO' de la mer je iliercliais le chemin le plus ei.mmode ut le plus sur. J(! mo retra- \'ais Elle, sa retraite et sa nourriture sauvage sur le Carmel; les déserts, uniijuo possession du saint f)récurseur; la vie pauvre et misérable des enfants de Jonadab. D'un autre côté, je cédais à ma passion pour les divines lîcritures, pour nés eiiseignemenls lumineux do l'Espril-Saint (pii éclairent notre raison ; mais une solitude entière, un silence perpétuel ne favorisent pas co travail. Après bien des considérations, inclinant tantôt d'un côté , tantôt de l'autre, j'apaisai ces mouvements contraires, et je lixai par un juste tempérament l'incertitude de mon esprit.

Je voyais que ciux ijui se plaisent dans une vie agissante sont utiles aux auti'es, et inutiles à eux-méiues ; qu'ils se livrent ii niiHi,' embarras, et qu'une agiuition conli— iiuelle trouble la duuieur de leur repos. Je voyais eu même tenqis ijue ceux qui se retirent tout k fait de la société sont à la vérité plus tranijuilles, et que leur esprit, dégagé de soins, est plus propre à !a contemplation; mais aussi qu'ils ne sont bons que pour eux seuls; que leur bienfaisance est resserrée , et que la vie ([u'ils mènent n'en est pas moins triste ni moins dure. Je pris le milieu entre ceux qui fuient les liomtues et ceux qui les fréquentent, m'aii[)liquant à méditer avec les uns, et h me rendre utile avec les autres. Des motifs eiiiore plus pressants me déierininèrent ; je mo devais aux auteurs de mes jours. La piété veut qu'après Dieu nos parents reçoivent nos premiers hommages, puisque c'est h i'i^xislence qu'ils nous donnent que nous devons le bonheur de connaître Dieu. Les miens trouvèrent en moi, dans la caducité de leur dge, tout le secours cl tout Tapimi qu'ils |)Ouvaienl aitendie d'un lils. En prenant soin do leur vieillesse, je travaillais à niériter qu'on eût un jour les mômes attentions pour la mienne; car on moisoune comme on a semé.

J'employai })rincipalement ma philosophie à cacher mon goût pour la vie ascétique, et à devenir serviteur de Dieu plutôt qu'à le paraître. Je crus aussi devoir lionorer singulièrement ceux qui, s'étant liviés aux fonctions publi(iues, sont revêtus d'un caraitère sacré, et qui gouvernent les peu-

(6) L'ordre de prêtrise. Les prênes sont d;ins le saierdote; les évé(|iies en ont la pléiiilude, mais les préues S'Hil associés eu Ideii des elioses au miuisière épi-ciipal. L'expression de saiiu Gicgoirc le

«li'J

plus dans la dis pcnsalioii des saints mys lèies. (Juoiquo je vécusse au milieu de-s hommes, le désir de la vie inonasti |uo omiirasait mon cieiir. Je respectais le Irôiio épiscopal , mais de luiii; j'en détournais mes regards, connue des yciu faibles fui. Mil l'éclat du soicil. Je no peirais pas qu'aucun évéueiueiil pût m'y conduire.

Iloiniues sujets î» l'erreur, ne parlons point légèrement des grandes choses ; l'envie combat toujours l'élevalion. N'en cherchez poi'it ailleurs d'exompi ■ ; le mien sullira. J'étais dans ces dispositions d'esprit, quarul un violent orogo vint fondre sur nnji. .Mon père connaissait bien Uios sentiments; animé cependant de je ne sais (piels motifs, excité peiil-èlro par l'amour paternel , et appuyant cet amour vie l'autorité que lui dormait sa place, il voulut m'enchaîner par des liens spirituels. Pour mo décorer des honneurs ijui étaient en son pouvoir, il me lit asseoir malgré moi dans la seconde jilace (GJ du trône sacerdotal.

Je fus tellement allligé de celte tyrannie, (je ne saurais m'expiimer autrement, et que l'Esprit-Sainl le pardonne h l'excès di- ma douleur), j'en fus, dis-je, lellement effrayé, (pie j'abandonnai sur-le-champ parents, amis, procliis, patrie. Le taureau piqué par un insecte ne fuit pas plus rapidement. Je gagnai le Pont; j'allai chercher du soulagement h mes peines dans la cuuqiagnie d'un ami divin. Il s'exerçait dans sa retraite h converser avec le Seigneur, comme faisait autrefois le plus saint des législateurs dans le nuage qui le couvrait. C'était Basile, ([ui vit piésentement avec les anges. Ses entretiens calmaient ma douleur; mais mon[)èie, ce père si bot) et si chéri, languissant sous le poids do la vieillesse, et désirant avec passion de me revoir , me conjurait, par l'airection Qliale, d'accorder cette faveur à ses derniers jours. Le temps avait adouci mes chagrins, elfei qu'il n'aurait pas dil produire. Je courus de nouveau dans l'abime. Je redoutais les différents transports du cœur paternel ; je craignais que la malédiction ne succéJcIt à la tendresse. La douceur même outragée s'irrite à la tin. Bientôt je fus attaqué d'une tempête nouvelle, et si terrible que je n'en saurais expi'imer l'horreur. Je dis lout à mes amis, et ne n'en fais point une peine.

J'avais un frère qui remplissait une charge Ijubliijue. (0 démon de l'ambition , que ta as de piûuvoir sur l'homme [7] 1 ) C'était un emploi de linance. Il mourut au milieu de son exercice. Une troupe de chiens affamés fondit aussitôt sur sa succession : domestiques, étrangers, amis, tout voulut en avoir sa part. Qu'un arbre tombe, chacun sejelto sur ses branches. Ce brigandage ne m'inquiétait (loint personnellemeni. Semblable a l'oiseau, j'étais toujours urompt ù m'en-

à.l foriiielleaieiil :

KU.iJ.mil ^tulùi: ili Bpiiiuv TO'J; SjvrsobVS.

(7) 'q /«zisî' daov 9sMi;.

voler, mais loiit m'obligoail de supporter avec le meilleur des pères In bonne et la mnuvaiso fortune, et de partager moins ses biens que ses embarras.

Ceux qui ont déjà fait un pas dans le précipice, s'ils commencent une fois h chanceler, ne peuvent pins se retenir, ils tombent au fond de l'.ibîmn. De même je n'eus l>as pluiôt essuyé un revers que les plus fAcheux accidents se succédèrent à l'envi |>our ni'accahler.

Le plus cliir de mes amis me vint voir. Je tairai ce qui précéda sa visite, pour ne pas paraître blâmer un homme h qui tout îi l'heure je pro(lis;uais tant de louanges. C.el ami, c'était Basile. Que vais-je dire ? liélasi N'importe, achevons. S'il m'aimait en père, il me Imita plus durement que n'avait fait mou père. Je devais tout souffrir de celui-ci, mémo ses injuslices; mais rien ne m'obligeait de supporler l'autre, quand, pour me témoigner sa tendresse, il aggravait mes maux au lieu de les soulager.

Je ne sais si c'est à mes fautes, dont le .vjuvenir m'a souvent lourmcnlé, que je dois imputer ce coup terriblequi fait encore aujourd'hui saigner mon cœur , ou ne dois-je pas pliilôt, ô le meilleur des hommes I l'attribuer aux sentiments trop vains que la dignité de votre siège vous inspire? Mais si l'on balançait tout le reste, vous ne trouveriez peul-éirc pas que votre supériorité sur moi lût bien grande, du moins ne le pensiez-vous pas vous-même autrefois; et si vous eussiez été dans cette prévention, il n'est point de juge équitable qui, nous connaissant tous deux, n'eût cherché î» vous détromper. Que vous a vais-je fait? pourquoi ni'avez-vous tout à coup si cruellement humilié? Périsse et disparaisse à jamais du milieu des hommes la loi de l'amitié, si c'est ainsi qu'elle honore et favorise les amis ! Nous étions tous deux hier des lions; peu s'en faut que vous n'en soyez encore un. Pour moi je ne suis plus aujourd'hui qu'un mé|irisable singe.

11 paraîtia de l'orgueil dans ce que je vais dire. Oui, Basile, quelque peu d'égards que vous eussiez eu pour vos amis, j'aurais luérité une excejition, moi que vous aviez toujours préféré aux autres, avant que l'élévation de votre rang nous eût tous mis à vos pieds.

Mais, mon esprit, à quoi sert tant decha-

(S) La division de la Cappadoce en dcnx provinces.

(9) 11 y a dans le grec irpàyropeç, mol qnl signirii; égaleineiil exaclenrs cl'iwpn s il boKrremix. J';iiiriiis piéléié le pri'iiiicr; les mois (|iii pri'icdi'nl, el ceux qni siiiveiil, nronldéleriiiiiiépoiir le second. BpH-joi, CTiv'jyiiii. irTpîÇ/Ki, TTsSat.

(10) C't-t «criaiiieniciii le vrai sons, on du moins

)o sons iillcial dn lexle 'o TrîvTiizovra ^rj>pz-nt<y/.OTroi; (TTEïo-Jasvof. Ni les iiolis 1 e Ijillius, do.n la iradurlion '•Il rii endroil n'csl pas cxaric, ni les auleurs «(ni onl écrit la Vie de s-aint liasile. ne nous disent ririi (11' « os cliorévéfltics (|iii le çân^'ioiil, nu par IcsiiUels il ei;iil rcsseiié, comme purle le grec artvit-j-

leur? Retiens ce coursier par le frein, rouirons dans la voie, et marchons au liut. C'est donc ce Basile qui, le plus véridique des hommes pour tout le monde, fut pour moi seul le plus trompeur. Il m'avait souvent oui dire que tous mes malheurs me paraissaient supportables, et que j'en supporterais encore de plus cruels; mais que si je venais ?i perdre mes parents, j'étais résolu de tout abandonner, et qu'pn renonçant à une demeure tixe, j'aurais l'avantage au moins d'être citoyen de tous les pays. Il entendait ces discours, il les louait ; cependant il me fit asseoir par force sur le trône épiscopal, et me trompa deux fois par son amour paternel.

Ce n'est pas tout, écoutez patiemment le reste. La malice la plus rélléchie de mes ennemis n'aurait pas imaginé de moyen jilus sûr de me nuire. Vous demanderez pour(|uoi? Interrogez tous ceux à qui co trait a paru répréliensible , ils vous le diront. A l'égard de ma conduite envers cet ami, le Pont la connaît; la ville de Césarée en est instruite ; tous nos amis communs la savent : il ne me conviendrait pas d'en tirer avantage contre lui. On doit garder le souvenir du bien qu'on reçoit, et oublier celui qu'on fai!. Maison jugera de ses sentiments pour moi par les choses mêmes.

Il y a dans la Cappadoce, sur la grande route de cette province, un petit bourg (8) fiue traversent trois chemins ; lieu sec et aride, habitation indigne d'un homme libre. Dans cette demeure triste et resserrée, tout n'est que jioussière, bruit tumultueux de chariots, plaintes, gémissements, bourreaux (9), chaînes et tortures. On n'y voit pour ciioyens que des voyageurs et des vagabonds. Telle est Sasimes ; telle fut mon Eglise. Ce généreux bienfaiteur m'établit sur cinquanie chorévêques de cette contrée qui le gênaient ; et, pour s'assurer d'un pays qu'un de ses confrères voulait lui soustraire par force, il y institua ce nouveau siège, dans l'espérance que j'y maintiendrais son autorité, et que je con)balirais vaillamment [lour lui. J'ai sans doute été courageux autrefois; les blessures qu'on reçoit pour une cause sainte n'ont rien de fAcheux. Ajoutons en ellet à bien d'autres inconvénients la nécessité de conquérir à main armée le trôna épiscopal : car mon siège était entre deux firélats qui s'en disputaient la supériorité. La division de mon pays (10), que tout le

f/.îvo;. On peut croire que, par ces chorévêques in-

co loties, saint Giégoire de Nazianze désigne les

prêtres du territoire de Sasimes, dévoncs sans doute à Antliime, évoque de Tliiancs, qni prétendait que depuis la division de la Cappiidoce en deux provinces, la ville de Tliianes, capitale de la seconde Cappadoce, en devemiil le siège mélropolilain ; que celui de Césarée ne pouvait plus exercer le droit de métropole que sur la première (Jappadoce, ei que Sasimes apparlenait à la seconde. S. Bas;le soutenait au contraire que ce lieu était de sa niétinpole et de son diocèse, et même de sa province; et pour eu conserver la juridiction, il y ctahlit nu évéclic, auquel il nouuna saint Grégoire, qui ea

ni')

ui.viKU.\ii; r.vnTiE. — tuuiu.hu.n. sil dl s. (.ulg. ut s\i.

ur,o

Uioiule vovnit nvi>ii poiiio, pii^iDonlnil l'nigi'i'iir ilu ce coiiiliiil. D'uiut ({l'Jiiiilf iikMi'o- |i(ilo 011 II) fuisiiit (K'iiv |ietiti-s ; lu liieii ili's ,1iin's 011 t'-lfiil II' |iri-tt'\lti ; lu vr;iir catisi', c'olnit rniiilniioii, DU, ci! (|uu j'.'ii lioiito ito iliii', loilt'sir ili's riclifsses, co fuiiostu mobilo lie (oui l'univers.

(•r.ind Dieu I (|uo ili'v.iis-jo liouc ffliro? nie louer du mon sort? m'iilKiniloniier ii un lorieiit (le m;iiix '.' nm livrer h In lein|i(>lo? nie laisser l'IouH'er dans la l'aii^u ? «'•cepler un siégo il'uù l'on pouvait me chasser h loule heure, qui n'eût point servi il'asile h ma vieillesse, et où, pastiMir niissi pauvro que le troupeau, je n'aurais pas eu do pain adonner à mes hôtes '.'(]e lieu ne m'oM'iail OMJin ((lie les vices et le désordre des vdies, sans être susceptible, comme elles, do réfiirii.eetde changement. J'aurais moissonné des épines sans trouver de ruses ; j'aurais cueilli des maui sans mélaUi^o d'aucun b en.

Souliailez-moi plus dn force d'cspril, si vous vouii'Z, et niellez h ma place dos boni mes pi us courageux O séjour (rAlhi''i:es! nos travaux y élaienl coninuiiis ; nous n'avions qu'une môme habilalion, qu'une niùme table; que dis-jo '? qu'un mémo es- \)r\\. Celle union faisait raiimiralion de la Grèce. Nous nous étions promis l'un à l'autre de renoncer ensemble au monde, de consacrer ensemble noire vie au service du Seigneur, et tous nos discours à la seule sagesse éternelle. Tout cela est oublié', dispersé, l'oulé aux pieds. Les vents enifiorlcnl dans l'air mes premières espérances. Où fuir? où .se retirer? Bêles sauvages, recevez-moi dans vos n^ik'S; il y a parmi vous plus de tiiléliléque |iarrai les hommes.

Telle était ma situation ; j'en abrège le tableau. Je baissais ma léle sous l'orage, mais mon esprit ne pliait |ioiiil. Comment vous peindre ma douleui? C'élaienl à chaiiue instnntde nouvelles peines. Je prends la fuite une seconde fois ; je m'enfonce dans les monlagnes pour y mener furlivement la vie qui a toujours tait mes délices. Quel avantage m'en revint-il? Je n'étais plus ce fugitif inilexible dont on avait autrefois éi)rouvé la fermeté. Invincible jusqu'alors, une seule chose [»ouvait me vaincre. Je ne supportai point l'indigna-lioii de mon père. Son premier elfort fut poLir Sasimcs, où il voulait n)e fixer. N'y ayant pu réussir il consentait à ne |ias me laisser dans un siège inférieur, mais il voulait que je partageasse avec lui les travaux pénibles de son ministère, pour soulager ainsi le poids des années qui l'arcablail. Quels discours, quelles

liiiioigna le plus vif resseiiliineiil. Anlliime, pour ?'ji;mcnlfr sa nouvelle méliopiile, s'elloiçaiL de sdiisliaiie à Bnsile les préJals qui coiii|io3aieiil son synode, et les prêtres de ses églises. C'est proliableiiieiit de ces ilerniers que veut parler .s;iiiil Grégoire. Ce devaient ètie des c'norévèiines employés ilaiis le leniioire de Sasiines. Les cliorévèqiies élaienl des prèlres à ipii l'é^èqne donnait [ire^qne tmile son aulorilé, pour la cainpagne seiiicuieiil. Ces prêtres voulaient souvent s'arroger

insisncos n'nmplova-t-il pns (lour me IKirhir! () le jiliis rlnr df mt» rnfiinlt, me dilil, c'eut un pi- II- i/iii prie son (ils, un vietHard qui nniiliiir un jninr hiiininr, un tnaitrc qui f'huriiilir dniiiit !c sn vilcur ijiif la uiiturc el 1(1 lui lui oui soumit. Je ne le demande fioinC lie l'orni de l iiri/'-iit, ni dei iiierres jiréi ieuses ni des champs fnlUis. ni rien de ce i/ui sert au tuse Je n'aspire i/u'à le rapprocher d'.iaron el <le Samuel ; i/uW te rendre ai/réalile il Ion Dieu. Tu apparlitns à celui qui l'a donné à moi. A'e rejette jias mes rwu.r, ô mon fils! si tu veux que ton véritable père ejcauce les tiens. Ce que je demande est juste; c'est au moins un commandement paternel. Tu n'as pas encore revu autant d'années qu'il y en a que j'exerce le ministère hiiscopal. Accordemoi cette tjrâcc, 6 mon /ils, accorde-la-moi, ou qu'un autre m'enferme dans le tombeau: c'est la punition qnc je souhaite à ta désobéissance. Je n'exiije pas un lonq sacrifice. Mon danier jour qui s'approche en sera le terme; tu feras après ce qui te conviendra le mieux.

Co discours fit sur mon >lmc l'impression que le soleil fait sur les nungi'S ; il odoucit un peu le pesant fardeau tiont elle était accablée. Quelle fut ma résululion? où se terminèrent les pensées (jui m'agitaient ? Je me persuadai iju'il n'y avait nul inconvénient pour moi ù seconder les désirs de mon père, en évitant toutefois de monter dans la chaire épiscopale. On ne pcuvaii, di^aisje, m'y attacher malgré moi; je n'avais jioint été iiroclamé;je n'avais rien promis. Je fus ainsi vaincu par la crainte.

Quand mes parents furent sortis de cette vie pour entrer dans l'héritage heureux qu'ils avaient conslamment et uniquement désiré, je me trouvai libre. Mais quelle triste liberté! Je ne parus point dans l'église qu'on m'avait donnée ; je n'y olfris point de sacrifice; je n'y joignis pas mes prières h relies du peuple ; je n'y imposai les mains à aucun ecclésiastique. J'avouerai cependant qu'aux pressantes sollicitations do (pjelquos [lersonnes pieuses, qui prévoyaient les désordres que causeraient bientôt les im|iies, je pris soin, pendant un temps as^ez courte de l'Eglise qu'avait gouvernée mon père; mais en administrateur étranger d'un bien qui ne m'appartenait pas. Je disais sans cesse aux évoques, et je leur demandais du fond du cœur, comme une grâce signalée, qu'ils eussent à pourvoir cette ville d'un pasteur. Je protestais premièrement, avec vérité, qu'on ne m'avait jamais installé publiiiuement dans aucun siège. J'ajoutais ensuite que j'avais toujours été dans la

plus de droits qu'ils n'en avaient. Le concile il'Aulioftlie lit un canon coiilre leurs enocprises. Quoiqu'ils eussent reçu l'ordiiialion d'évéques, ils no pouvaient ordonner que des f:cleuis, des sous-diatres et descxorcisles. Antliiiuo se servait sans iloute de CCS denii-pi'élais pour (brlilier sa nouvelle métropole de lliianes tnnire saint Ifasile, et pour détaclicr Sasimcs de l'autieiinc méiropele de Césarée.

ŒUVRES RELIGIEUSES DE i.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAS. ii-Z?.

de Ini ci morte misérablement à In vérité, conserv.iit cnrore une faible semence de vie, quelques âraos infidèles, dont le nombre était petit, quoique grand devant Dieu, qui ne compte pns la multitude, mais les cœurs. Le Saiiit-Espril daigna m'envoyer au secours de ces ()lanles ciioisies, de ce reste (irécieux. On s'était persuadi', malgré ma vie agreste et sauvage , que je pourrais travailler avec succès pour le Seigneur. Parmi les pasteurs el parmi le troupeau, [tlusieurs m'invitaient à venir réi)nndre le rafraîchissement de la (larole sur les âmes aridfs el llélries; à ranimer par des flots d'huile une lumière prête à s'éieimlre; à rompre l'effort de ces raisonnements trompeurs, de ces arguments artificieux, qui séduisent la foi des sim()les; à détruire par des discours énergiques ces vils travaux d'araignées, filets sans consistance, liens qui entraînent les esprits faibles, et que les âmes fortes méprisent; à délivrer enlin de ces pièges ceux qui avaient eu le malheur d'y tomber.

Je vins donc, non pas de mon plein gré, mais entraîné comme par force, pour défendre Ja vérité. Le bruit s'était répandu que des évê(ii)es assemblés en synode devaient introduire une nouvelle hérésie dans leurs propres Eglises. Ces dogmes all'reux altéraient l'union du Verbe de Dieu avec la nature humaine, qu'il avait prise dans son incarnation , sans changement dans son essence, s'élant revôtu d'une ûme, d'un esprit et d'un corps passible. Nouvel Adam, semblable en tout au vieil Adam, excepté dans le jiéché. L'hérétique introduisait un Dieu sans âme (li), comme s'il eût craint que l'âme ne fût incom[iatible avec Dieu , ce qu'on aurait dû craindre plutôt de la chair, qui en est bien plus éloignée. Dieu , dans ce système, aurait proscrit l'âme humaine, celte âme qu'il devait principalement sauver, celte âme dont la chute du j)remier homme avait causé la [)erte. C'est elle qui avait reçu la loi , et qui l'avait reietée. C'est donc au criminel que le Sauveur devait s'unir. Non, le Verbe ne me sauvera pas imiarfaitcmenl, uioi qui ai soutfert les suites du péché dans toute mon existence. Dieu ne se dégradera pas lui-même jusqu'à no prendre de la nature humaine que la boue seulement, avec une âme irraisonnable et sensilive, comme celle des bêles, pour ne procurer le salut qu'à cette boue animée. Mortel impie, ce sont là les conséquences de les princi[ies I elles font horreur îi la |)iété.

Les ennemis insensés de l'heureux ac-

(12) hîi/vyy.' tpriuia;,

(I5j Ap')lliiiairo niellait des différences cnire les trois personnes de la Trinilé. Il l.i conipos.'iil d'un ^nind, d'un plus grand, d'un trèîgiund.

(14) Apollinaire enseignai! que le Veilie avait pi is un corps saiib enlciidcnienl, el quota divinité lui OH Iciiuil lieu.

ferme résolution de quitter mes amis el les ;!raire^. Je ne pus les persuader : tous ins:sliiient, tous voulaieut me vaincre; les uns par excès d'amitié, d'autres peut-être par amour-propre et par orgueil.

Je m'enfuis d'abord en Séleucie, oii l'on voit un temple consacré à Tliècle, celte vierge si célèbre. J'espérais que, lassé du moins par le temps, ils se détermineraient enfin (Je confier à- quelque autre la place que je refusais. Je fis un séjour assez long dans celle ville. J'y retombai dans les mêmes peines. Rien de tout ce que j'avais espéré n'arriva. Tout ce que j'avais lui 5e rassembla de nouveau pour me tourmenter.

Je sens qu'ici mon esprit s'allume. Ce que je vais dire e^l connu de ceux à qui je jiarlc, je le sais, mais je veux qu'éloignés de moi ils aient la satisfaction de m'entendre; ce discours les consolera. Il couvrira d'opjirobie mes ennemis; il servira de témoignage à mes amis des injustices que j'ai essuyées, sans avoir jamais olfensé personne.

La nature n'a pas deux soleils. Elle a cependant deux Romes, vrais aslres'de l'univers, l'une ancienne, l'autre nouvelle. Différentes par leur situation, la première biille aux lieux où lesoleil se couche ; la seconde le voit sortir des mers. Toutes deux sont égales en beauté. A l'égard de la foi, celle lie l'ancienne Rome a toujours été pure et sans tache deiiuis la naissance de l'Eglise; elle se soiilient encore. Sa docliine unit touD'Occidentdans les liens salutaires d'une même foi. Elle mérite cet avantage par sa l'rimaulé sur toutes les Eglises, el par le culte pnrf;iit qu'elle rend à l'essence et à rharmonie divine (11).

La nouvelleRome avait autrefois été ferme el inébraidable dans sa foi. Hélas 1 elle en était bien déchue. Celle Eglise , autrefois la mienne, et qui ne l'est plus, se voyait

longée dans les abimes

de la mort, depuis

(]u'Alexandiie, ville insensée et luihulenle, où se coinmetlenl laiil de crimes, où naissent la'il de querelles el latil de lioiibles, avait produit Arius, Vabomination de la désolation (12). Arius qui dil le pn-mier : La trinilé ne mérite point nos hommages; qui osa trouver des dilîérences dans une seule el même nature, el (larlager en personnes inégales une essence indivisible. De là, les diiïén nies liérésics qui nous ont déchirés (13).

Cependant celte malheureuse ville, ainsi livrée à ses erreurs, que le temps avait accréditées, car un long usage acquiert force

(11) Tr)v 7Tf,UÔf^C)) TOjV Î).'.jV.

"o/.r/v ciSo-jtjm xnv esoû ou^iyuviov.

Sainl Grégoire emploie ici une expression poéil- (iiie, mais lics-exaclo, pour dé^igne^ la Trinité, doiil Arius (léligurailrn cUel i'Iiarnionie, eu disiinguanl iniis essences diD'éreiiles; celle du Fils inférieure à l'essence du Père ; celle du Saiul-Espril inrérieure h celle du fils.

UlAlUltMh l'AUili::. III A DICTION. — \\K KL S. CHKC. UK NAX.

fil ijos (li'iu natures «ont «iissi ioii|iu- Mi-N i|iii) ctMix ijiii iiiliiii'lte'it lieux lils, l'un lie l)i.-ii, {'juHr- lie lu \lt'r(:;o. Livi |iii'uiiers tiiiiiiiuenl le Fils do Dieu , les secomls le lu illiplionl. Itaiis ce niullieureux s.vstèiiie,

je iTiillillfliS lie deux choses l'uno, OU, il'u-

diTcT on t'Il'et lieux ilioux , ou |(oiir éviter cet exct'-i, ili' »é|ioicr do Dieu eu (jui est vr.iiiiieiit uni. Dieu .siwis doute ne soullVe IMiiiil les ni(>uu'S accidents ijue \\ liiair. Or, dais rinca: niit'Oii. la i auiro huniiiiuu a été reuii'lio lie Dieu loal entier, non cmninc un (iroplièle, ou tuut aulrii luunino diviticiiaMit insi iré, qui |>ai lu i,i,- il aux choses do Diou, et I on à 1.1 divinité iiiOnio, mais substaiitielleuient el d.iiis son essence (la), couiiuo les rayons sont inior(ioi-és au soleil.

I oi:i de nous ces niorleN, s'ils no révèrent |);is riInniiiic-Dieii dans une seule per- .«•onne; celui t|ui ndo|ile et celui qui est nlopté; riilre éternel et l'élro créé dans le teni|)s ; lo Fils né d'un seul Pèro el d'uiio seule Vierge; deux natures en un mot unies dans le Christ.

Mais quelle fut ma situation en arrivant h Cnnslanliiio|)le? Que j'y éprouvai de oon- Iradiclinns et do maux 1 ■l'outo la ville se mit il'aboid en l'ureur contre moi ; on croyait que j'y venais inln-iluire plusieurs dieux , nu lieu d'un seul. Cela n'est pas étonnant, l'erreur aveug'ait les esprits ; ils ignoraient la foi lies fidèles; ils i^iiioraiint coniuienl l'iinilé de Dieu lorme la trinité, et comment la trinité se réunit dans l'unité: double mystère que la loi nous fait concevoir.

Le peuple se déclare volontiers pour ceux qui soutirent. Los habitants de Constantiiiople plaignaient leur pontife et leur pasleur, la piété les armait pour sa défense Insolents el liers de leui' nombre, ils regard.iient comme un alfront de ne pas obtenir tout ce qu'ils voulaient. Je passerai sous silence la gèle de pierres dont ils m'accablèrent. Je ne leur reproche que d'avoir manqué leur coup; ils ne purent m'olfrir qu'une vaine image de la mort.

Je fus traîné ensuite comme un menririer devant des juges superbes et arrogants, dont la seule loi était de se concilier le peuple ; moi qui, disciple du Verbe, n'avais jamais commis ni médité rien d'injuste ni de violent. Le Christ vint h mon secours; il embrassa ma cause; il la défendit lui-même par ma bouche, ce Christ adorable el puissant, (jui sait accoutumer les lions à l'hosj)italilé, changer la llaiiime en rosée rafraîchissante pour déjeunes adorateurs, et former dans les flancs de la baleine un lieu de canli(|ues et de prières.

II me lit triompher devant cet orgueilleux tribunal. Mais biuiilùt l'envie des

(15) Ce mnrce:iii lliéologiqiie est si inipnil.nn!, que je joins ici le texte pour (pi'on piiissc jir^er do lVx:icli iiilo litlérale île ma lr;nluclii)ii iJ;ui3 Ici ciiilrnits les I lus ilillkiles.

ôeoû S' ô).ou iJ.£xii7-/jJ ày'IpiiTzo^j tf'Jui; O'jy '',iç r-foyiîTri j , « Ti; a'Aof îvOiwv, 'Of 'r'j ÔEoù ij'.Tiiyj, Tjj-j 8£sO i5i yt

miens su déuluri nellumcnl contre niii. Ils vunlaignl m'atlncher comme fu\r force à leur Paul, h leur Apollon (10), qui ne se sont point revêtus pour nous d'une chair liuniaiiie , ijui n'ont point versé leur sang |iour notre raneun , et dont cependafit on aiiiii; mieux tirer son nom qui; de celui du Sauveur des hommes. Ces esprits tmbuleiils ébraiileiit tout, bouleversent tout, et no cément pas même troubler la paix et lo bO'ihi'ur de l'Iilglise. l'Ji ! quel navire, ipiello cité, qui Ile armée, quel'e société, quellu maison o'ilin pourrait se soutenir, si elle renfermait au dedans du soi des choses plus capables do la détruire que de la conserver?

C'est ce que soullrit alors le peuple fidèle. Avant d'avoir acquis la force et lo courage nécessaire, avant d'être débarrassé de leurs langes, et n'imprimant encore sur la terre que des pas faibles et mal assurés, ces illustres, ces chers enfants, étaient meurtris de coups, renversés, déchirés aux yeux de leurs parents par des loups iurieux, (juise rassasiaient du plaisir baibare de Uie voir sans famille et sans lrou| eau. Ils ne supportaient pas qu'un homme indigent, sillonné de rides, couvert de haillons, regardant toujours la terre, desséché par les larmes, par les jeilnes, par la crainte de l'avenir, el par tant d'autres maux, qui n'avait rien de prévenant dans sa ligure, étranger, errant, presque toujours enfoncé dans des antres, etlt néanmoins tant d'avantage sur des rivaux brillants el accrédités. Voici quels étaient à peu près leurs discours:

Nous fliiltons, vous ne te faites pas. Nous fdis'itis lu cour aux ijrands ;rous cultivez lu piùé. Nous aimons une chair ciclicalu; une nourriture grossiàe vnus suffit. Content d'un peu (le sel, rousnicprisrz le luxe insultant de nos tables. Nous serrons au temps, nous nous prétons aux désirs des peuples. Notre barque suit toujours le renC de la fortune, et comme le polijpe el le caméléon, nos paroles changent de couleur ; vous êtes une enclume inébranlable. Quel orgueil! On dirait qu'il ve doit jamais y avoir qu'une seule foi. 1 «"« rétrécissez avec excès les règles de la venté. On ne peut vous suivre dans vos raisonnements tortueux. Pourquoi celte différence entre ces discours prolixes qui nous servent à gagner le peuple et ces traits lancés avec lairt d'adresse contre ceux dont vous attaquez les difj'érentes erreurs? Peu semblable à nousmêmes , selon que vous (iic: affaire à des étrangers, vous tenez la fronde d une main et l aimant de l'autre , pour frapper ou pour attirer, selon le besoin.

Mais si tout cela n'est point réiiréhensible, comme en elfet il ne l'esl pas, quelle

'AaV o-J!7tw'3£(f wo-TTSp a-j'/ftr; ri).io(. (16) Ceci désigne noiulcs licrcsinnuu's.mnissimpleiioiil des clicfsile p:irli, iloiil les seclauiirs aiiiiaii:iil iiiieiiv purlci- le iioin que celui île Cliiélieiis Sain» (jrégoire en parle ailleiirs presque dnis les niè'iies tenues. ToOto noX/m; ô.vi!)nU Il«"">'Jc *«' Ato)A.if rai iirrf/; vy;' wv àvii Kf/'UToi y.'x ovLtsOot.

ŒUVRES RELIGIEUSES DK J.-J. leFHANC, MARQUIS DE POMPIGNAiN.

injure vous o-l-on faile, et do quoi vous plaignez-vous' S: ma conduite nu coniraiie est hlâniabie, et c'est à vous seul qu'elle le f)ataîl, jugez avec (';quité ; jugez en digne ministre de la justice de Dieu. Frappez le cou[)al)le, épargnez le peuple, qui n"a d'autres lorts que sa tendresse jiour moi , et sa soumission h tous mes enseignements.

Je pouvais jusque-lh supporter ces premiers maux. Car, quoique j'eusse été d'a- Ijnrd trouille par ces nouvenuiés hardies, comme un homme qui entendrait tout h coup un bruit eflrnyant, ou qui serait ébloui par la lueur souiiaine d'un éclair, j'étais cejiendaiit sans blessures, je me soutenais contre tous les événements. La perspective d'un changement Iicnreux, et l'espérance de ne plus retomber dans de semblables calarailés, iiounissait ma patience au milieu de tant de peints. Mais que de maux fondirent ensuite sur moi 1 Eh I comment en ferais-ie le récit 1 Dénion funesie, cruel artisan de tant de malheurs, par quels moyens as-tu consommé les des-eins sinistres ? Ce ne sont pas des eaux changées e:i sang, des grenouilles, des nuées de moucherons, des mouchis monstrueuses, des botes féroces, des ulcères, des grêles, des sauterelles, des ténèbres paljiables, la mort des premiers-nés, ce derniiT tléau de la colère céleste; ce ne sont pas dis-je, ces plaies-là qui m'ont frappé. Elles furent lu ch;Uinient terrible des iwibares Egyptiens. On ne me poursuivit pas non plus jusque dans les abîmes de la mer. Qui donc a [m me réduire à de si cruelles extrémités? La légèreté d'un Egyplieii; je vais en raconter rhi>l<)ire. il est nécessaire de la publier; il faut imprimer sur sa mémoire une éternelle ignounnie.

11 y avait autrefois dans celte ville un personniige etréniiné, un fantôrne égyptien, un enragé, un cynique, un esclave (lublic, un (irétendu Mars, un animal muet, une espèce de monstre, roux et noir, les cheveux crépus et plats joignant des couleurs empruntées aux couleurs naturelles. L'art sans doute a au>si le don de créer. Les hoinines s'occupent autant que les femmes du soin d'arranger et de jioudrer d'or leurs cheveux. Pourquoi nos philosophes ne se larderaient-ils pas le visage comme les philosophes lemelles? Pourquoi porteraientelles seules sur' leur fiont celte empreinte scandaleuse, ce signe trop expressif de la mollesse et de la corruption des mœurs? Ainsi la chevelure de Maxime annonçait déjà, (juoiqu'il le dissimulât encore, qu'on ne devait pas le compter parmi les hommes. Tels sont les t)rO(iiges des philosophes de nos jours: la nature se part;ige et réunit les (Jeux sexes : la n ôme pei sonne est femme par la coilTuie, philosophe par le bdton.

(17) S.iiiU Giégoiro, loiijoiiis figuré i1im;s ses rxprfs^ioiis rniiinu' llDiièii', emploie ici une iiniige (|iii piiiil bitn la iii:in cro donr ks gens eliciniiiés aiioiiiiiioil.ili'iit leurs cheveux.

Ces ornements méprisables faisaient l'orgueil de Maxime. 11 croyait en imposer parlà aux grands et aux petits, laissant tomber sur ses épaules les boucles lloitanles qui les couvraient, et s'appliqiranl avec l'atteirtion la plus sérieuse à tresser (17) artistement ses cheveux. Toute sa science était dans sa parure. La renommée nous a instruits des aventures flétrissantes de sa vie, nous n'en ferons pas le récit. Que ceux qui ont du temps à perdre s'en occupent ; son histoire (18] est dans les registres publics des magistrats. Il réussit entin h se placer sur le siège de celte ville.

On ne peut douter qu'il ne soit pénétrant et fort habile. Il fallait, en effet, autant d'habileté que de malice pour nous chasser d'utr trône épiscopal que nous ne possédiorrs pas, nous qui n'aviorrs d'ailleurs aucune autre dignité, ni d'autre emploi que lelui de veiller sur le peufile et de l'instruire. Mais le chef-d'œuvre de son habileté est de s'être servi de moi-même sans le secours d'autrui pour exécirler son pr-ojet. il avait sirr moi l'avantage que tout scélérat, expert et réfléchi rlans le crime, a sirr un homme à qui la ruse el la framie sorrt étrangères. Ce genre île talents m'élail incorrnu. J'avais a|)|iris seulement à mettre qirelipie sagesse dans mes discours, à l'admirci- dans ccrrx des autres, et à pénétrer le véritable esprit des livres divirrs.

Il m'éi:liappe sur cela une réilexion, elle est peut-être hasardée. Il serait à soirhailer qu'il n'y eîit dans tout l'urrivers que des fourbes ou des cœurs droits. Les hommes se niiirai(M)t moins entre eux s'ils étaient lorrs également trompeurs ou également siircèrcs.

Les bons, aujourd'hui, sont la proie des méchants. Quel mélange dans la compositirm des créatures, et que l'Etre suprême a nris de dillérence entre elles 1 A quel sigrre l'honnête homme recoriunitra-t-il le pertide qui le trahit, (|ui lui tend des pièges, qui veut le perdre et qui déguise ses iroires intentions par mille artilices dill'<;renlsl Quiconque est porté au crime se déhe aisément des autres, les examine et se lient en garde contre eux. Celui qui ne fait et ne connaît qire le bien ne fieui se résoudre à soupçoirrrer le mal. Ainsi la bonté crédule est surprise |)ar la méchanceté.

Voulez-vous savoir coiument la chose se lit? Regardez ce nouveau Pr'Otéc égyptien. 11 était au nombre de ceux sur l'allachemerrl et la lidélilé desquels je comptars le plus. Hélas ! rien ne valait alors pour moi ce Maxime; il partageait ma maison et ma table; je l'associais à mes enseignements; il entrait dans mes corrseils. Qu'on n'en soit (ras surpris; il se déchaînait alors contre les hérétiques; il ne parlait de moi (ju'avec ailmiration. C'etl pourtant alors

(18) Maxime, nalif d'Alexandrie, intrrrs dans le sié^e palriarcil de ('.(>iisi;uiliri(i])le, avail éié plusieurs lois ripris de justice, eiiipi'isoaiié, Iiaiirji, foircrrc...

Ol'AiUlKMK l'AUlIK. MIVDU.IION

qii'iMiiraliiù |>nr ilo!teool(.'si.'isti(|ii<.'S i;ii ^r.'nlc, il coiitrnrla ilos son(iMU<ii(<( i|ii'i'iirinile l'orgiii-il, ce hroiniiT jx^clié ilt* riioiniiii-. lliiii ciivii' iiii|>lnrnlili-, viri' diitit If.s rai-iiii>s Siiiil SI |>rtili)iii|ivs l'i si tl'riicilfs h (irracluT, <liiiiiiiiiiit flli)is il.iiis cos lii'ii\. Il l'IiDJsit lions li> s;iiirtii;iii'o lient cfioiiornlcurs île sa iiia- I eu, ili'ux ti'iiii'i'i lt>s, iliiril le sei'Oiirs lui lit laiie reiil'aiilt'iiieni de l'as|iii; (1!)). Lo premii-r i^iail un vrai IlL^iiil, iiiirùs avoir él'^ iiii «n^eile luniiùro. l-i' si'i'oiul, ineiiilirc ilo mon clergé, plus ii.trbiirc encore |i;ir l'esprit que par le corps, n'iiynnl ri'(;ii de nioinulnffronl, nulle injusiice, et placé dans la chaire d'honneur cl do jiloire, avnil conçu contre moi la haine la plus lurieusu et la plus redoulabh-; je vous prends h témoin, ô Christ, ù juge inr.iillihie, s'il est permis tout f.iis d attester le Christ pour de pareils intérêts. \'erserai-;e assez de iarraes? Le ciel le plus pur lest ohscurci, et ces ténèbres nous viennent de l'Egypte.

D'abord on nous envnva de cette terre choisie d'I-iraél des espions t|ui n'étaient pas des Caleb ni des Josué, mais tout ce qu'il y avait de plus insolent dans la jeunesse et parmi les vieillnrtis, des Ammon, des A|ianHiion, des Arpocras, des Stippas, des lUiodon, des Anubis, des Hernianubis, des di vin i tés égypliennes.ou des démons sous des formes de chiens et de singes, de misérables matelots, des esclaves vendus îi vil jirix, et (]ui eussent amené en plus grand nombre de ces dieux de bas aloi, s'ils en avaient eu davantage.

Après ces envoyés vinrent h!s dignes chel's de cette piialange, ou plutôt les gardiens de cette troupe d'animaux. Je n'en dis rien de plus, quoique je piiisse à peine contenir tout ce que jaurais ?i dire. Le vin nouveau n'agit pas avec plus de force sur les outres qu'il remplit, ni l'air sur les soufflets d'une forge. Mais je me lais par égard pour celui qui les avait envoyés; sa légèreté le rend moins coupable. Je pardonne aussi aux autres; ils sont, en quelque sorte, digues d'excuse. Une ignorance grossière leur fermait les yeux sur la fausse démarciie où les enlrainaientde méchants esprits, qu'une jalousie implacable avait armés ici co'itre moi.

Voici un prol>lème que je propose aux plus habiles philosophes. Comment se peutil que ce Pierre, cet arbitre des pasteurs (pu nous avait d'abord adressé les lettres les plus honorables , où tout respirait la candeur, comme on s'en convaincra (lar leur lecture, et qui nous reconnaissait pour prélat légitime do celle grande ville, ait tout à coup changé de conduite, et mis un cerf ù la place d'Iphigénie (20)? Cette conduite a cerlainement besoin d'explication. Quel événement plus singulier a-t-on vu sur la scène, (]uoiqu'(ui y représente souvent de mauvaises aclioiis? Celle qui suit [laraîtra ridicule. Un buveur prétendait

Ml. in; s. (;um;. i>e naz. i4i«

que le vjii l'emporlnil <ur loiite» choses, un nulle soiilen.iit (|ue c'était In reinme, un philoii.phi. v'iiil.iit que ce fOt la sagpssu. l'our moi, je déciderais en faveur di- l'or; ce métal agile et manie tout, comme des iiistiumenls do jeu. Il n'est pas surprenant que les biens di.' ce monde jneiit plus do pouvoir sur nous que les avantages de l'es- >ril. Il Cillait de l'argent h cet impiidi-nt ilaxime. P;ir ipielles voi"S en troiiva-l-il?

Un I réire di; l'ilo do Tli.isse était venu à Conslantiiiople .'i dessein d'y acheler des marbres de Proconiièso pour sou église.

Maxime, aiilé de quehpii's amis de sa Irem- [le, s'empara de ce malheureux prétn;; les malhonnôles gens se lient promptoment ensemble. Il le séduisit par des llatteries, jiar des espérances, se rendit maître do son argent , et s'en servit à payer les compagnons et les satellites dont il avait besoin. On en va voir les effets. Ceux qui, dans les commencements, m'avaient témoigné tant de lespect i^t de tendresse, persuadés maiiiienant qu'un ami pauvre est un homme inutile, me méprisent, me dédaignent. La [ilus mauvaise cause est la meilleure, quand l'or tait penchi-r la balance.

Il était nuit et j'étais malade. Tels que des lou|)S qui, sans élre a[)erçus , s'élancent avec fureur dans une bergerie, les amis de Maxime, accompagnés d'une troupe mercenaire de ces mariniers alexandrins qui sont les lioiite-feux de leur ville, entrent furtivement dans l'église, et commencimt l'ordination de Maxime sans en avoir averti le peuple ni les magislrats, sans avoir daigné nous en prévenir nous-mêmes. Ils disent n'avoir rien t'ait que par ordre. C'est ainsi qu'Alexandrie honore les travaux et le mérite. Ahlje vous souhaite à tous un juge plus favorable.

Le jour parut. Les clercs qui logeaient aux environs de l'église, instruits de cet attentat, en furent irrités. Le bruit s'en répandit aussitôt de l)ouche: en bouche; l'indignation fut générale : elle s'empara des magistrats, des étrangers, des hérétiques mêmes. Tous voyaient avec élonnement que mes peines fussent si mal l'ecom- I)ensées. Que dirai-jo enfin ? Les Egyptiens ayant échoué dans leur lenlalive, se reli-' rèrent de l'église, outrés de dépit et confus. Mais pour que leur mauvaise volonté ne reslàt pas inutile, ils ?e h;V.èrentde conduire la pièce au déiioûmont. Ces hommes dignes de respect, et agréables sans doute à Dieu, suivis de quelques gens de la lie du peuple, eiiirèrenl dans une misérable maison, chez un joueur de llûle. Ce fut là qu'ils cou|ièrent les cheveux à Maxime, et qu'ils achevèrent la consécration du plus méchant des [lasleurs, sans qu'il s'y opposili, sans (|u"il y tût contraint par la force ou par l'auloriié. Uieii n'arrùlait sou impudence. Un instant lit tomber cette belli chevelure, ces boucles qui occupaient ii

(19) Ovii n«;ii(/nm rnycrtinl. {Uni. l\\, 5).

(îii) l'iDvcrln^ cuiiiiii il.iii< loiue la Grèce pour exprimer une chose imprévue.

Îi39

ŒUVRES RELIGIEUSES DE J. J. LEFRANC, MARQUIS DE l'OMTÏGNAN.

longtomps les mains adroites des coiffeurs. J.f seul service que lui ren'lit cette ojiérntion fut (Je dérouvrir le mystère de ses cheveux , qui faisaient sa iorce, comme celle de Saiiison consistait dans les siens. On p luvait le comparer à ce juge «l'Israël, dont une femme perfide sacrilia l'incommode etflotlan'e chevelure aux ennemis de son époux. 0,1 choisit dimcce pasteur parmi les loups (21) ; mais il redevint bientôt loup, de pasteur qu'il était. O honte ! ô déshonneurl il se voyait sans cheveux et sans lioui'eau, el ne se nourrissait, pour ainsi parler, que de ses b.isses inclinations (22). Infortuné! quel parti prendre 1 laisserastu revenir tes cheveux? en soutiendrastu la privation, qui te rend un objet de risée ? L'un et l'autre sont honteux, je l'avQiie; je n'y vois d'autre milieu que la corde. Mais quel usage ferais-tu de ces cheveux? nais-tu au théâtre, ou parmi de jeunes vierges? El ces viert^cs seraientelles cesûlles corinlliiernies avec lesquelles lu vivais seul jiour être leur guide spirituel, et les exercer à la plus houle piété? Après cela, tu mérites assurément d'être apj)elé le chien céle&le.

Cej)endant la ville fui si afDigée de cet événement Si'anJaleux que tous les ordres de citoyens y prirent part. De tous côtés on se r^j)and.;it en discours contre Maxime, et en accusations de sa conduite et de ses mœurs. Personne ne le ménageait. Chacun à l'envi publiait ce qu'il en savait pour loraier l'histoire complète d'un méchant liomme accoui|)li.

De môme que dans le corps humain les maladies violentes réveillent d'autres inliruiilés qui ne s'étaient pas encore déclarées , de môme cette dernière action de Maxime fit rechercher et connaître touii'S celles de sa vie passée. Mais je ne prétends pas les parcourir toutes , elles ont asscZ éclaté. Quelques maux qu'il m'ait faits, notre ancienne liaison me ferme la bouche; car enlîn, n)e dira-t-on , il n'y a p;is longtemps que vous étiez de ses amis, ne ^ave^-vous [las honoré des plus grands éloges? C'est ce que m'objecteront tous ceux qui en ont été témoins, el qui blânieiont justement ma complaisance pour un houime indigne de mon estime et de mes louanges.

Mon ignorance était assurément inexcusable. Je fus séduit, comme Adam, par un fruit amer, qui n'avait de beau que sa forme et sa couleur. Je me laissai prendre à ses discours et aux témoignages de sa foi, qui S3 peignait sur sou visage. Rien de plus facile à tromper que celui qui ne trompe personne; l'extérieur de la [iiété , qu'elle

soit fausse ou réelle, enlraîrie son coeur. C'est un vice de prnbiié. On se persuade aisément ce qu'on souhaite. Que pouvais-je faire? Parlez, hommes sages , qu'auriezvous fait vous-mêmes ? L'Eglise était dans un état déplorable: je pouvais à peine y glaner. Ses ministres ont moins de pouvoir et de crédit dans son adversité que dans sa prospérité. C'était beaucoup pour moi, dans ces circonstances, de donner un gar.lien, quel qu'il fût, à mon troupeau; un gardien qui adorât le Christ, et non les faux dieux. Je lui voyais encore un plus grand mérite; je croyais qu'il avait souffert l'exil pour la foi, quoiqu'il n'eût été banni que pour des crimes honteux. On l'avaii baltu de verges comme un malfaiteur; je le regardais comme un confesseur victorieux. Si c'est une faute, j'en ai commis souvent de semblables. Pardonnezmoi, ô vous qui méjugez, pardonnez-moi une erreur si belle. C'était un très-méchant homme, je !e sais; je le croyais homme de bien, et l'estimais comme tel , je me trompais.

Mais je m'emporte. Voilà celte langue inconsidérée, cette langue indiscrète. Qu'on me la coupe sans pitié. En est- ce fait? Quoi qu'il en soil, elle se tait el gardera longtemps le silence. Il faut la punir de loul ce qu'elle a dit mal h propos; il faut qu'elle apprenne que toutie monde n'ap|ilauilit pas à ses discours. Mais pourquoi ? Je n'ajoute qu'un seul mol.

La méchanceté raisonne mal (23). Celui qu'on n'a pu rendre meilleur par des bienfaits, par quels autres moyens le gagneraiton? C'est se faire tort à soi-même que de l'honorer. Quel était son caractère? Détestable comme ses mœurs. Si celle imputation est vraie, ne cherchez rien déplus; si elle ne l'est pas, n'ajoutez même aucune foi aux premières accusiilions. Que |)eut-on répondre à cela?

Il fut donc chassé justement el avec éclat de Conslanlinople. Théodose, vain(jueur des barbares, était à Thessaloniqne. qui lui servait de rempart contre eux. Qu'imagiiio alors l'insoleni Maxime ? Toujours accompagné de ce ramas d'Egy()tiens, je parle de ceux qui l'avaient si honteusement ordonné , il se rend au camp, dans ^e^pérance d'obtenir un ordre de l'empereur qui lui assurât la (losscssion du siège patriarcal. Ce jirince le rejeta avec indignation et des menaces terribles. La calomnie ne nous avail |ias encore atta:|ués à la cour; on y fermait l'oreille à l'imposture. Il tourna donc seselforls une seconde fois du côiéd'Alexandrie, el lit bien. Il attaqua Pierre, ce prélat double et léger, qui se contredit si souvent

(21) J'ai subsiiuié le iiiui de loup à celui «le f!iic-ii, l'image csl plus uoMe l'I l\'X|iressioii niuius giossii'ri;. Saiiil Grognire île î">aziaiize puuvail eu laire usago sans ilcrauger la inusure des Neis.

(22) Il y a ici «Jau» le icxle une fi^uie nui sciait

iiisoulenalile eu Irançais. Saiiil Grégoire ilil fpie Mixioie u'i'vaiil plus du iroupeauà ilévoier se Iruii- V il reiiuii à rtuigur lus os «lu'uii ubaiiJoiiiiait aux cliii^u-i «laus les buiicliuries.

Ciô) Aa-ji^iyiaTOv èariv ri ;rov/ipi«. C'est un vers 'JUS saiul Giugoiic a pris de ilteoguide.

Qi ATiiiKMF. PAUTii:. TUAHi'CTioN. \ii lu: S. cnvc.. Di: N\/..

tut

iIbiis luul co (|u'il ik-nl. Il i^i'onviinli-, nvoc sn hflhtle im-iLuiiuiri- , ro vioill.iril liiimlo , et In |ii(.>s$t> du lu iiiiiitiltiiii' dans Ia cliuiiu de r.dtiï^ljiiitmojilt', lu lui'inii.iiiil du lu tliassur lui-iu^mu do lullu d'Aluxuiiiliii'. !.u goiivuriieui , ciaigiKint avec raison ([uu culto élinrullu nu lalInniAt d'anciuinu'S lliUninus, cliassn ce liioiiillnn. Il paiMit liani|tiilio h \irésvu\, mais ju cr.uns (|nu eu no soit là unu nuL^u i^piiisso et obsiiiro ()ui, |l0us^ée \mv des vfiiis oiaguiix, crève à la lin, et vomit $urcuu!t(ini nu s'v atlendaiuilt i)as un dûluge (?|inuvanlablu du grOlu.

Un esprit jiurvors n'est jatuais Iranquillo. Rien no j'airùte, rien nu peut le contuiiir. Tels sont lus pliilosu|ilius (le nos jours. Ce sont des cliiens qui aboient; ils méritent liion lu nom du cyni(iuus. (Jue Dioj^ène, ni Anlislhùno no su comparent point à eux; Crûtes n'en approciiu |ms;Plato!i n'est digne uuo du mépris; le Porli(|uu n'est rion. O Socrale, tu ne liens jdus lu premier rang parmi les sages ! Je vais prononcer un oracle plus sur que celui du Delphes : Maxime l'emiiorie en sagesse sur tous les iionimes.

l'uur moi, je suis autant acconlumé aux revers qu'on jteut l'être ; j'en ai éprouvé dans tous les temps, ut j'en éprouve encore tous les jours. J*ai essuyé de grands dangers sur terie et sur mer. La terreur qu'ils m'ont inspiiée m'a été favorable. Elle m'a appris ii élever mon âme vers le ciel, et à m'éloigner des vanités terrestres. Je ne |ius soullrir ce[iendant l'injure qu'on venait île lue luire (lar l'ordination de cet indigne |iasteur;je saisis celte occasion. Wes amis, pour me tenir lieu de gardes, observaient les jnissagcs , les issues, les détours. Les hérétiques en concevaient des espérances; ils savaient ([ue le schisme est le destructeur delà loi. Témoin de ce désordre, et ne pouvant le supporter, je conçus un dessein qui marquait, je ne doispjsie dissimuler, plus di! simjdicilé que de piudence. Je changeai, comme on dit, la manœuvre de mon vaisseau, mai^ sans adresse. Personne n'aurait dû s'en douter. Un mot arraché do mes entrailles paternelles trahit mon Sicret: CoH^ecre;;, m'écriai-je dans un discours, lu ducirine pure de la Trinilé, celle doctrine qu'un père yénéreux a ensei- (jnée à des cnfuiili qa il regrettera toujours. O mes citers enfants, souvenez-vous de mes Iramux. A peine eus-je (iroléré ces paroles qu'un homme de l'assemblée pousse un grand cri; le peuple su lève, et joint ses tris au sien. Un essaim d'abeilles, surjiris par la tumée, sort de sa ruche avec moins de fureur. Hommes, femmes, jeunes ^ens des deux sexes, enlants, vieillards, nobles et roturiers, magistrats, anciens olliciers de guerre, tous marquent avec la môme vivacité leur amour pour leur pasteur, leur haine pour ses ennemis. Il ne me convenait pas de Uéchir, ni de retenir une place qu'on m'avait donnée peu régulièrement, aiirè^ avoir quitté celle où j'avais été promu sui

vaut toutes

les règles.

Ou teuta dOiiC un

antre iimyen du me vaiiicru. On cniploj'p les prières, les supplnalio'is ; un me conjure lie demeurer oncnre, de les secourir, et du ne pas abandonner aux loups cet infiiiluné troupi-an. Comment anrais-ju ini retenir mes larmes? rt ma elièie Anaslasiej ô le plus précieux dos temples, loi qui es relevé la foi abattue; ari-lie du Nué, (jiii as seule évité Iti délngo où le niondu entier a |iéri, ut ({ui porti'sdans Ion »eiii un momlo nouveau ,, un monde orlliodoxo , quelle muliitudc de |)iii|ile n'accourut [las alors dans tes murs 1 11 s'agi'isait de décider (jui déco peuple ou do uioi i'umporteraii. J'étais r.n milieu de ce peuple, j'y étais U'i silence et plein do trouble, nu pouvant étouffer laiil de voix confuses, ni promellro co (]u'on me demandait. Je m; devais luiint me rendre, je craignais de refuser. Le cliaud m'accablait , j'étais couvert de sueur. Les femmes, les mères, surtout saisies deciainte, poussaient des cris ; les onlanls pleuraient. Le jour était sur son déclin ; tous protestèrent avec serment (pi'ils ne sortiraient point du temple, dussent-ils y être ensevelis, (jueje n'eusse consenli à ce (ju'ils désiraient. J'entendisalors une voix ijiii s'éleva, et qui prononça ces mots, que j'aurais bien voulu ne pas entendre : O mon p're, lu bannis avec loi la Trinité ! Celte exclamation me lit frémir; j'en redoutai les suites. Je ne lis point de serinent; car si j'ose mo glorilier un peu dans le Seigneur, je n'en ui point fait depuis mon baptême; mais je promis, et l'on me connaissait assez pour m'en croire sur ma jiai oie, que je resterais cl Conslantinople jusqu'à l'arrivée de quelques évèques. On en attendait en eiïel, et je me ll.itiais que ce serait le moment de ma délivrance.

N(7us nous séparâmes ainsi les uns dos autres, croyant desdeuv côtés avoir vaincUs les uns, parce qu'ils m'avaient retenu parmi eux, et moi, parce que j'osjiérais n'y pas demeurer longtemps. Les choses en étaieiit- !à, quand la parole divine reçut encore un nouvel éclat. La foi reprit sa force, coinine une phalange ébranlée dont un général habile rétablit les rangs, ou comme co rempart dont un ingénieur actif a. fermé proni[)tement la brèche. Ceux qui ne m'étaient attachés que par les liens de renseignement, témoins oculaires de tout ce que J'avais soull'ert, s'unirent alors ù moi par les sentiments de la plus vive tendresse. Celait un hommage qu'ils rendaient à la s.iinte Trinité. Longtemps exilée de celte grande ville, dirai-jo qu'on l'y avait presque exterminée , elle y reveiuiil comme étr.ingôre , quoique ce fût sa pairie. Ce retour, après tant de vicissitudes, élait une espèce de résurre. lion qui conlirmait celle des inorls. Quelques-uns peut-être élaient attirés p;ir uies discours; d'autres me regardaient comme un athlète courageux. Plusieurs croyaient voir en moi leur propre ouvrage. O vous qui l'ignorez, apprenez-le du ceux qui le saventi Que ceux qui en sont instruits en informent ceux qui l'ignorent, si

UiZ

ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

Uii

le bruit n en est pns parvenu encore dnns les pays éloignés du nôlre et de l'empire romain. Que celle aventure soil raconlée h DOS nyveus, comme un des événements les j'ius reinarqu:il)les (ju'a.t produits l'inconstance des choses humaines, qui joint louiours au bien une plus grande quantité de mal.

Je ne paile point encore des partisans de la vraie ibi, de ces inf.mts généreux de ma douleur el de mes l.irmes. Nul pasleur oi- Ihodose ne se présenlail à eu.\. Ils venaient en fiiule à moi dans leurs besoins, Ciirame dans une soif ardente on court à de simples lilels d'eau, ou comme au milieu des léiièlins on s'avance avec empiessement vers Ja laible lueur qu'on aperçoit.

Mais que ne dira-l-nn poinl de ceux qui, sans èlre encore de vrais tidèles, n'en étaient pas moins enchantés de mes discours? Il n'y a que trop de cliemins détournés qui nous égarent de la route du salut pour nous conduire dans les abîmes éternels. C'est jiar là que le corrupteur du monde se fait un passage jusuu'à nous , pour déliguier l'image de la Divinité, pour s'insinuer chez les hommes ei pour répandre sur la terie la confusion des es|irits, comme Dieu y l'épandit autrefois la confusion des langues.

De là cette multitude d'opinions ou de maladies philosophiques ; de là ces insensés qui ne connaissent d'autre Dieu que le hasard, et qui lui attril>uent la création et le gouvernement de tout, ceux qui introduisent une inlinité de dieux, et se prosternent devant leur ouvrage; ceux enlin qui, no voulant |ias que la Providence se mêle des choses d ici-bas, les font dépendie du mouvement et des révolutions des a.slres. Delà ce peuple autrefois c;ioi?i de Dieu, et qui a ciucilié \i: Fils pour iionorer le Père. Dans cette foule d'honjuies aveuglés |iar l'erreur-, les uns font consister leur piété dans ^c^^ervance des petits préceiites ; d'autres nient les anges, les esjirits et la résurrection. Ceux-ci rojeltenl les jirophéties, ne révèrent le CInist que dans les ombres de la loi; ceux-là, successeurs de Simorj le Magicien, oril leurs prétendues natures éternelles (24}, la proibndeur et le silence, d'oîi sont nées les éones , ces toupies de mâles et de femelles. Les rejetons de cette secte cherchent la Drvirnlé dans rariangemeni des lettres. Ajoutons à ces im|.ies b.s inventeurs (25) de deux dillere Ils dieux, l'un bon, l'autre mauvais, dont le premier est l'auteur de l'Ancien Testament, et le second du Nouveau; ceux qui adruellcnl trois natures iiumobiles , 1 une sjiiiiluelle, l'autre terrestre, et la troisième qui participe des deux autr-es ; les admirateurs (2()) de Manès, qui attribuent aux ténèbres un principe créateur; les morilanisles , dont le culte est injurieux au tJdiiii-Espril; les novatiens, remjilis d'un

(24) Jlcvésics des valeinirileiis.

(23) Les ii:arcO!>ieiis, brandie de lenlrii.

'Iici éMC de Ya-

fol orgueil; les ennemis de la Sainte-Trinité en général, et des trois personnes en particulier. De ces erreurs comme d'une seule hydre, sont sorties toutes les tètes de l'impiété. L'un |)iélend que le Saint- Esprit est une créature ; l'autre le confond avec le Fils. 11 y en a qui disent que Dieu est contemporain de César. Les irirs ne donnent au Christ qu'une ligure fantastique ; d'autres veulent que celui qui est venu sur la terre ne soil qu'un secorrd fils. Quelques-uns (27) ont avancé que le Christ était une substance imparfaite, et sans entendement humain.

Telles sont en un mot les causes de nos divisions, et les sources de tant de secies. 11 n'y avait que des Iiomrues absolument insensibles qui pussent fermer l'oreille à mes discours; la fMce da mes raisons en entraînait un grand nombr-e, le reste cédait à la manière doirt je m'exprimais. On n'y apercevait ni senlimenis de haine, ni expressions injurieuses. Je ne parlais que pour me rendre utile. Je marquais de la douleur sans blesser- personne. Les succès ni la faveur des cii constances ne m'inspiraient, comme à tant d'autres, ni cor'liance, ni tieité. Ehl qu'a de couimun le min stère évangélique avec le pouvoir des gr-ands? Je ne couvrais pas muii ignorance du bouclier de l'audace el de la présorrrption ; car ce n'esl pas ainsi qu'on l'ail triom|<her la parole de Dieu. Ce serait, à l'exemple d'un vil poisson (28), vomir dans les eaux une liqueur- noire pour- s'échapper dans l'obscurité. J'em|iloyais une éloquence modeste, iiibiuuante, comme doit l'être celle des ministres de l'Homme Dieu , qui était luisi compatissant et si doux. C'est ce qui nie donnait tant d'avantage; c'est ce qui rendait ma victoire encore plus glorieuse, puisque je ne faisais de coiiquêto que [lur le secours puissant de Dieu.

Telle était la règle que j'observais. Je m'étais lait errcore une autre loi dans mes instructions, loi qui me parut sage el nécessaire. Je recomnrandais singulièrernent à me> auditeur^ de ne p>is croire que la |iiélé consistât à parler- de religion à tort et à travers, avec une abondante facilité. Je leur liiisais sentir qu'on ne devait point s'en er.tretenir darrs les théâtres, dans les lieux publics ni dans les lepas ; qu'un sujet aussi grave était interdit à des bouches souillées jar des discours libres, par des chansons obscènes, par des éclats de rire indécents; qu'il ne devait point être entendu par des oreilles profanes ou infidèles, et qu'il ne fallait pas prostituer- da-is d.s disputes frivoles ces vérités sublimes, mais obscures, auxquelles l'ajjjilication la plus sérieusa pouvait à peine atteindre. Je tachais do leur |icrsuader (pi'ils devuienl [irincipalemenl accom|ilir les (iréceples, pratiquer- l.i charité envers les pauvres, exercer l'hosp:-

(-2()) Les iiiôincs.

(27) Les apolliiiarlsies.

(ï8) La seclic.

Ui5 ylAHUEML PAIlTlIi. - TIIADI'CTION. - Vil! W. S. CUKC M. NAl. Utii

Inlild , l'reitlri) soin «les umlades, cliaiitur lialliis il.iiis laiio; on on voit lA dt- icnl.r-

assiiluiMuenl los pMiiiiMcs , inicr , gt-niir , me» il.iiis l/i ^^riiii^o ; un un vanne nilleiii-> ;

j>leurtr, se inosloinor, jt-ilnoi, iluni(iler les on un conserve m nnlnio dans tes greniers.

»ens, la colère, la joie, rt«.;;ler ses discours, l-Jilin nous voyons dn l>l'; so convertir en

soninellrc 1.1 ciiuir a renijine du l'es|irit. |iiii;i , co dermer cl princii.ul nlij.l «Je l.i

Nous avons plusieurs voies de salut ; cultures ce laiin néiininoins qui nu nourrit

toutes cotiduisenl à la jouissance du Uieu. p^is lu cultivateur, dinl l^s (ravaiix (n-mljes

Suivez-les, tl nu vous Ijornez |ios seulement l'ont produit, mais l'Iionnue oiiil, (|ui n'a

i> celle du la science, llelus 1 la loi seulo jamais arrosé do sa suour les campugnes ni

sulliiail, si elle a les qualités qu'elle doit les moissons.

avoir. C'est par la Iwi .[ue, Uieu sauve la Je voulais terminor ici ce discours [>our pliiparl des liomines. Si la loi n'était lailo nV rie» ajouter (|iii en lût indij^ie. L'état que pour les philosophes, pour les savants, présent des alluires nu le permet pas. rien ne serait plus sléiilc ù notre éj^ard Qiiel(]ues-i:nes ont tourné heurcusem-nt que Dieu. (Juu si néaimioins vous aimez pour nous. Je nu sais que dire des autant à parler, si vous éles plein de zèle, ut très, nié quelle circonstance on doit lu s'il vous jiarait cruel du ti^ider lii silence, succès, ni (luelles (lefsonues j'en jiuis eh bien 1 parlez ;c'est unutaiblessu humaine louer.

([ue je vous pardouiie ; mais ([ue ce nu soit J'étais dans celle situation quand i empas avec troj! du ciuiliance , ni continuelle- pereur arriva suliilemeut du son expédition ment, ni sur toute sorte de matières, ni contre les haihaiet. Il avait triomphé de devant toute sorte de personnes, ni en tous leur nombre et de leur audace. Ce princo lieux. Coimaissez plutôt les circonstances, n'était point mal inleiilioiiné (lour la loi. le besoin, le lieu, le moment. Cluniue chose Attaché inviolablemeiit au culle de la Tria son temps; ctia(|ue chose a sa manière, nilé, à ce dogme Ibndamental et si cher C'est une pensée du Sage. La Mjsieetia aux vrais Chrétiens, il eût bien gouverné l'Iiryj^iu sont des pays dillerenls. Mes dis- îles caraclèies simples et dociles; mais il cours ne lesseinbluiit pas aux discours n'avait pas assezd'ardeur dans l'i^spnt pour prolanes : ceux-ci sont des ouvrages ue remettre le présent sur le |iied du (lassé, parade et d'ostenlatioii; on dirait (ju'ils ont ni pour guérir-, par des remèdes |iiopres au été coiuiosés pour des assemblées n'en- temps, des plaies qu'un auiru tem, s avait lants, où l'on ne traite que do liclions et laites. Ou s'il avait assez d'ardeur, le diraide chimères. Il importe (leu dans ces occa- je? il n'avait [las peut-être assez de consions qu'on atteigne le but ou qu'on le liance et de courage. Vous le savez mieux manque. Que peut-on saisir ijuand on court que moi. Psut-être aussi n'étail-co que ajpiès des ombres? l'etiet de sa piudence. Ce n'est point par la Pour nous , dont l'objet uni(iuo est la force, c'est par la persuasion qu'il i'.iui agir, vérité, le succès de nos instructions n'est soit pour riionneur de notre ministère, }ioint iutiilléreiit. Le chemin où nous mai- soit pour l'intérêt de ceux que nous Vuuchous est entre di-ux pitcipices. Si un en Ions ramenor à Dieu. On cesse bientôt de tombe, c'est pour être précipité dans les faire ce qu'on ne faisait que par force. C'est goulfres de l'enter. On ne saurait prendre un arc bandé par une main vigoureuse, trtip de précautions dans les discours des- une eau resserrée dans des tuyaux étroits, tines pour instruire. 11 faut la même inten- L'arc se relâche; re:iu s'échappe et reliori (loui le bien, 'iiiis l'iuateur qui les (ireml son cours. Ce qu'on lait de bon gré (ironunce et dans l'auslileur qui les écoule, s'alfermil et dure, on s'y attache par les Quelquefois une juste crainte doit nous liens indissolubles de l'attrait. Je crois empêcher également de parler et d'eiilen- donc que ce prince, ne voulant pas iiis,iirer dre. On a plus à craindre de la langue que de la crainte, préféra les voies d'une doude l'oreille; mais il est encore [ilus sûr de ceur (lersuasive à celles de l'autoraé. Le fuir que d'écouter. Faut-il empoisonner un plaisir qu'il eut de nous revoir rendit le esprit déjà uialade , ou se |irésenter soi- nôtre encore plus vif. Dois-je ra|i[)orler même à la morsure d'un chien enrage? l'accueil distingué d(jnt il m'ho'ioia ? dirai- Pournous, inslruils dans cette \oie par les je commeni il daigna me parler et m'ecoulivres saints auxquels nous avions con^a- ter? Ah I j'aurais trop à rougir, si , à mon Clé nos études, avant que notre esprit fût âge et dans luon état, je me glunliais de entièrement formé, conduisant ensuite par ces vains honneurs, moi qui ne dois chérie même principe nos citoyens elles étran- cherde gloire etd'lioimour qu'en Dieu s.ul. gers, nous avons travaillé dans les cliam, s Ce ne fui |ias tout : Dieu vous donne, me les plus fertiles, quoique nous n'en ayons (i'\l-U, ce temple pur mes iiiains, comme une pas retiré toute la moisson. Ici la teiie est récompense due à vus travaux. Pa.-ole ina [leuie [mrgée des épines qui l'infeslaient. croyable, si révénement ne l'eût pas véri- Laje ne viens que de l'aplanir. Plus loin, liée. Le jiaili des ariens éla.t si inussuîV, si elle n'est ensemencée que depuis peu. animé dans cellecapitaly de I empire, qu'on Ailleurs, le germe est encore tendre, Lu devait croire qu'ils ne le âchciaient rien de quelques endroits, il s'élève en tuyau, leurs préleutions , quelles qu'en pussent Dans ces sillons, les épis se foriiUeul et être les suites, et qu'ils se llaiteraieiit toulauiiisseut. Dans ceux-là, leur blanch ur jours d'y réussir. Leur dernière ressource, ïi attend que la faux. Ou voit ici des gruhiS s'ils venaient à succomber, était de se

1447 OlUVIIES religieuses DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN.,

liiS

(lorter contre moi aux extrémités les plus violentes, espémnt se défaire siins peine d'un vieillard faible et sans appui.

A r.tt discours du [irincp, je fus saisi d'un mouvement de joie mêlé de frayeur. O mon Sauveur, m'écriai-je, vous qui invitez h souffrir ceux pour qui vous avez soulfert, vous récompensiez autrefois mes travaux; daignez être aujourd'hui mon consolateur dans mes peines.

L'heure était arrivée : une troupe nombreuse desoldatsarmés s'empare de l'église, un peuple innombrable et bouillant de colère s'oppose à leurs efforts. Supfiliant envers l'empereur, il s'emporte contre moi. Les rues, les places , les maisons étaient pleines de inonde; on voyait aux h nôtres des hommes, des femmes , des entants, des vieillards; on n'entendait que des cris, des sanglots, des gémissements. Tous les visages [lortaient des marques d'une vive douleur : c'était l'image atfreuse d'une v:lle prise d'assaut. Et moi cependant, dont le corps accablé d'inlirmités, et ne respirant qu'à peine, semblait n'avoir qu'un souille de vie, je marchais comme un général fier et courageux, entre l'emiiereur et les soldats. Je regardais le ciel, et me sentais animé de la plus llalteuse e^^pérance. Je me trouvais dans le temple presque sans m'en apercevoir.

Je ne dois pas omettre ici un fait singulier, un lait jugé digne d'attention par les personnes jiieuses qui voient laPro\idence en toutes choses, et plus encore dans les grands événements. Je ne puis me résoudre à rejeler leur témoignage, quel (ue ennemi que je sois, et plus ennemi qu'un autre, de 1 extraordinaire et du merveilleux, car il y a moins d'inconvénient à croire tout, qu'à ne rien croire. L'un est faiblesse, l'autre témérité. Quelle est donc celte chose si surprenante? Ne craignez jioint, ô mes vers, de la publier. Faites-en jiasser le souvenir à la postérité la j)!us reculée.

Il était grand jour. Un nuage é()ais obscurcit tout à coup le soleil, et la ville entière de ConslantiDOjile fut couverte de ténèbres. Celte obicuiité ne convenait pas à l'action qui se faisait ; les assemblées publiques n'aiment lien tant qu'un jour pur et serein. Nos ennemis en lurent comblés de joie ; ils crurent que le ciel se déclarait contre nous, et j'avoue que j'en lus moimême secrètement troublé. Mais à peine l'empereur et moi fûmes-nous entrés dans le sanctuaire, 5 peine eul-on commencé le chant des hymnes en élevant les mains, que le nuage s'ouvrit de toutes paris et se dispersa, que les voûtes de l'église, sombres et lugubres auparavant, furent éclairées des rayons les plus brillants du soleil, et que ce temple auguste nous retraça l'arche d'alliance, quand la majisté du Seigneur la remplissait et l'environnait de son éclat. Ce spectacle remit le calme et la sérénité dans lus esprits. Alors, encouragés par ce piouige, et déclarant leur vœu par une acclammiun générale, ils demandent tous que

je sois leur évêquo, comme s'il n'eût man- (]ué que cela au bonheur luhlio. Ils ajoutent i|ue le prince ne peut r en faire qui leur soit [ilus agréable, el (ju'il n'est point de citoyen qui, en me voyant élevé sur le trône patriaical, ne se crût lui-même parvenu au fatle des honneurs. C'était le désir unanime des grands et du peuple; c'était celui des femmes; elles l'exprimaient par des cris plus [)erp,ants qu'il ne convenait à la modestie de leur sexe. Ce bruit ressemblait à des écla:s de tonnerre répétés [lar ks échos.

Je priai alors, car la voix et les forces me manquaient, et j'étais saisi de Irayeur, je priai un de mes collègues de se lever, et je dis par sa bouche ce peu de mois: Conlenez-vous, retenez vos cris. Il ne faut penser dans ce moment qu'à rendre des actions de grâces au Seigneur. lienroyons à un autre temps les grands intérêts qui nous occupent. Le peuple ajiplaudit avec transpoit. La modestie plaît toujours. L'empereur se retira en me comblant do louanges ; l'assemblée se sépara. Il n'y eut dans ce tumulte effrayant qu'une seule éjiée de tirée, el qui fut sur-le-champ remise dans le fourreau. il n'en lallut pas davantage pour arrêter l'emportement du peuple.

Achèverai-je ce récit? Il ne peut contenir que des choses trop flatteuses pour moi. Quelle main assez amie voudrait le tinir? Je rougis de nus propres louanges, même (juand une bouche étrangère me les donne. C'est mon caractère ; poursuivons ceftcndaiit, je ferai de nouveaux efforts pour être encore plus modeste.

J'éiais dans le temple. Dès qu'on vit que j'en avais p:is prossession, les premières fureurs de la cabale se modérèrent, mais en |)oussant de profonds souj iis. Celait le géant précipité par la foudre sous le mont Etna, el qui, du fond des abîmes, vomit des lorretits de flammes et des tourbillons do fumée. Que devai~-je faire en celte occasion, dites-le moi, au nom de Dieu; enseignezle moi, ô vous hommes sévères, plus inconsidérés que des enfants, qui irailez la douceur de faiblesse, et la colère inflexible de fermeté louable? Fallait-il chasser, bannir les coupables, les poursuivre avec la flamme et le fer, prohler des circonstances, abuser de la faveur el de l'autorité, préférer enlin des poisons mortels à des leiuèdes salutaires? Nous trouvions deux avantages dans le [larti le plus doux, l'un de rendre nos adversaires plus modérés, en usant de modération à leur égard ; l'autre, de nous concilier la bienveillance publique, et d'acquérir de la gloire.

Celte conduite me parut la plus juste. Je l'ai toujours observée; je le devais alors plus que jamais. Je voulais premièrement montrer par là que j'attribuais ])ius ce triomphe à la puissance divine qu'au bonheur des circonstances. Guidé [lar le conseil intérieur et désintéressé de ma raison, avaisje besoin d'autres avis ? Qui m'en eût donné d'utiles? Mes collègues faisaient une cour

I44'J gl AKIIKMK r.\IUll.. — lUMUl.

scivile nui grands, (lailii niiùroiiu'iit aux iiileiiilanis ilu la cliiiinliro, (illii'ii'is Mi-hcs, nlTi'mitH^, (|iii ne siitii uilil'-. (iiio pour nios- »\r leurs ^aitis illititcs. i'.'ir i|ut>l /iiiilicc no BhiTfliBiotit-ils |>;is à s'insiiiui-r il;in< lo |ialais ? Ils en rein|ilissaiL-n( les vcsliliuic.'; ; faus acfusiileurs , inlri^;iiiis , hypocrilcs, <|ui nITfclAieiit luio li.uiio iiiéti', et qui la (iéuionlnii-nl ini|iuileiuin(iil pnr leurs atliiius. Jo crus donc iju'ii \alfliluiieux vivre d.itis lu Soliludo, ol se f.iiro désirer, quo do s'exposer à la liiiiiie. Jo uiu rnoiilrais rnreinenl pour arallirer plus de roiisidéralion. OciMipé du soin do pl.iirc h Uieu, jo laissais il il'uulres l'honneur d'assiéjj'or la perle des grands.

En second lieu, j"en voyais plusieurs qui, ne pouvant se dissimuler les injustices qu'ils m'avaient faiies, on redoulaieiil les suites; d'autres qui , ayant éprouvé nus bienfaits, en alteiidaieut encore de nouveaux. Je rassurai les premiers; je servis les autres autant qu'il défiendait de moi. l)e toutes les choses (jui m'arrivùrenl alors, je n'en rajiporterai qu'une seule; elle servira d'exemple :

J'étais retenu chez moi par une incommodité que les fatigues du ji)ui- m'avaient causée. Mes envieux ptihliaienl (jue ce n'était (|u'une feinte. Ouel(|ucs personnes du peuple entrèrent l)riis(juement dans ma chambre. Il y avait dans cette troufie ua jeune homme paie, avec des cheveux longs, et dont le vêlement annonçait une alllictini exirôme. Effrayé à celle vue, j'avançai un peu les pieds hors du lit pour me lever. Ajirès avoir rendu grûces à Dieu et à l'empereur, qui leur avait donné une si heureuse journée, après m'avoir honoré de quelques éloges, ils se retirèrent. Le jeune homme se jeta aussitôt à mes pieds, sans parler, et comme saisi de frayeur. Je lui demande qui il est, d'où il vient, ce qu'il veut; mais au lieu de répondre, il poussait des cris, il gémissait, il soupirait, et se tordait les mains. Ce spectacle m'arracha des larmes. Mais ne pouvant lui faire entendre raison, on le tira de force d'auprès de moi. C'est, dit un des assistants, c'est un assassin qui vous awail égorgé si vous n'eussiez été sous la protection de Dieu. Meurtrier aveugle, la conscience est son Bourreau, il vient s'accuser lui-même; il répand des pleurs pour le sang qu'il voulait verser. Ces paroles touchantes m'attendrirent, et je rassurai ce malheureux en ces mots: Que Dieu le conserve; puisqu'il m'a conservé moi-même, ferai-je tin grand elfort d'être humain à tun égard'.' Tu m'es livré par ton crime; songe à (e rendre digne de Dieu et de moi.

Ce trait de clémence ne | ouvait rester secret. Il adoucit sur-le-chani|) toute la ville. Ainsi le fer est amolli par le feu.

Cependant les biens de celte Eglise, enrichie par les libéralités des plus grands seigneurs de l'univers, étaient dans un horrible

iUl.N. - MK DE S. r.FlF.r.. DE N.VZ

désordro. Je no trouvai aucun élnl do ses revenus, de ses vases, <lo ses meubles précieux, (lans les papiers de mes prédécesseurs, ni dans les regisires des administrateurs ilii loiiiporel de l'Eglise. Je n'en lis point do rechirche. Quelques-uns me con- >;eillaienl, me |)ressaient même d'en conlieile soin h un lai |U0. J'aurais cru ()rofaner par là des biens consaciés au Seigneur. \H qu'importe on quoi consistent ces biens, ces revenus? On ne rendra pas compte do co ((u'ci devait recevoir, mais seulement de ce qu'on a reçu. Les amatiiurs des richesses n'/ipprouvero'it pas co principe ; ceux qui les méprisent l'adopteront. Lo desir insatiable de s'enrichir est un vice honteux, (juand môme il n'a pour objet que les biens profanes; i! est infiniment plus criminel quand il s'agit do biens ecclésiastiques. Si tout le monde pensait de môme sur cela, on verrait moins de maux et moins de plaies dans l'Eglise. Mo-i intention n'est pas do discuter ici cette matière. Je parle uniquement des personnes que lo saint ministère approche dos autels et do Dieu.

Nous ennemis publiaient qu'il n'y aurait pas môme as-ez de monde pour rcmjilir lo vestibule des églises. Le peu()le, il est vrai, n'avait été que trop divisé. La bonne cause alors était faible, abandonnée, tonjbée dans le mépris. Mais tout avait changé de face. Les temples du Seigneur nousapparienaient. Ils étaient remplis d'une multitude immensa de fidèles. Ce détail attirait tous mes soins. Je passe sous silence les pauvres, les moinés, les vierges consacrées à Dieu , les étrangers, les citoyens, ceux que j'avais établis sur les prisonnii rs , la psalmodie, les veilles, tant d'hommes et tant de femmes qui se livraient à de saintes occupations , enfin tous les ministères agréables à Dieu (juand ils sont remplis dignement.

L'envie, qui empoisonne tout , publiquement ou en secret, ne |)ut se contenir. Mon élévation lui fournit les premiers moyens de me nuire. Tous les évô(}ues d'Orient, excepté ceux d'Egypte, les prélats du continent et des îles, inspirés par je ne sais quel mouvement divin , accoururent enseiublo {)0ur atrermir le trône de la vérité.

Il y avait parmi eux un homme simple, ingénu, dont les regards respiraient la paix, modeste et courageux, et qui portait gra~ vés sur son visage les fruits spirituels du son âme. Qui ne reconnaît pas à co portrait l'illustre pasteur d'Antioche, dont le nom désignait le caractère, et dont le caraelèro était exprimé par le nom (29j ? Il avait essuyé bien des persécutions, soutenu dos combats célèbres pour la divinité du Saint- Esprit, quoiqu'il eût d'abord un peu perdu de sa gloire jiar l'impulsion d'une main infidèle.

Celte assemblée de prélats m'installa dans la chaire épiscopale , sans écouter mes géniissemen's ni mes cris. Une chose cependant combattit eu moi ma résistance. J'ose

(29) Sailli Mélcce.

OErviiES coMPi.. DE Lefranc de Pompignan. Il

lu

Ii5)

ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC. MARQUiS DE POMPIGNAN.

liai

en attester ici Dieu lui-même, je ne dissimulerai rien. Je me flattais; car on croit que tout ce qu'on veut fortement réussira ; tout paraît facile à un esprit vif et élevé; et j'ose dire que dans les grands objeis, j'ai autant de confiance et d'élévation qu'un nuire; je me flattais, dis-je, que si j'acceptais cette éminenle dignité, la considération attachée aux premières places m'aiderait à unir deux partis si cruellement opiiosés ; comme un coryphée entre deux chœurs, qui, les prenant l'un et l'autre par la main, les rapproche, les mêle, et n'en fait qu'un seul. Déplorable et funeste division, digne do plus de larmes que n'en ont jamais f;îil verser les événemtnls les plus malheureux des siècles passés et du nôtre, sans en excepti r la dispersion d'Israël , causée par la fureur d'une nation déicidel

Ces prélats, ces pasteurs du peuple, ces distributeurs des dons célestes du Saint- Esprit, et qui , du haut de leur trône, no doivent répandre que des paroles |de siilut ; ces anges de paix remplissaient 1 s églises de désordre et de clameurs. Animés, irrités les uns contre les autres ; accusés , accusateurs, cherchant partout des partisans et des amis , usurpateurs des places de leurs collègues, avides de pouvoir et d'autorité, ils déchiraient l'univers entier , comme je !'ai déjà dit, par des dissensions, par dis ravages que je ne saurais exprimer. L'Orie-t et l'Occident sont |ilus divisés parleurs querelles que par la iiillérence des lieux et ds cîioiats. Si les extiéniités les éloignent, i.s ont du moins des frontières communes qui les rapprochent. Mais leurs prélats ont rompu tous les liens qui les unissaient , môme ceux de la piété. La jalousie, celte passion aveugle et trompeuse , source de leur rivalité, a fait naître entre eux ces discordes scandaleuses. Que dis-jel Ah 1 je ne blâme pas ici (30) ces prélats fameux dont le droit était contesté. Je les connaissais assez tous deux pour les estimer l'un et l'autre également. Je n'accuse que leurs partisans fougueux, qui , loin d'éteindre l'incendie, ne cherchaient qu'à l'augmenter, et qui, par des vues particulières (l'intérêt , entretenaient le divorce entre deux homn^es illustres, faits d'aiileurs pour s'aimer.

J'éprouvai moi-même aussi l'intlnenco de tant de maux. Ce [irélat que je viens iJe louer si jusiement, ce pasteur de l'Eglisj d'Antioche, mourut alors plein do ces années que le temjis mesure, et qui vont se perdre dans l'éiernilé. 11 réi)éla jusqu'au dernier soupir tout ce que ses amis lui avaient souvent entendu dire de propre à concilier les esprits, et à ramener la paix. Son ûme bienheureiisefutenlevée aj séjour d-es anges. La plus magnifique pompe funèbre, au milieu des pleurs d'une prodigieuse aliluence de peuple, conduisit Sun corps hors des murs deConstantinople , d'où il l'ut transféré dans sa propre église, dont ce

dépôt inestimable fait !e plus riche trésor.

On mit aussitôt en délibération des choses qu'on n'aurait pas dû seulement proposer. Dos hommes factieux et méchants voulaient qu'on doniiAt un successeur à SIélèce, au préjudice de Celui qui se trouvait, par sa mort, seul et légitime possesseur de son siège. On fit des deux côtés des jiropositions ; les unes respiraient la pais, les autres ne tendaient qu'à aigrir le mal. Pour moi, je dis courageusement ce (jui me paraissait de plus utile et de plus salutaire.

Mes chers amis, m'écriai-je, vous ne touchez point au but; vous vous en écartez par des discours longs et superflus, qui vous détournent du seul objet auquel vous devriez vous attacher. Vous ne semblez donner vos soins à xine seule ville, que pour mieux diviser les autres. Cesl voire dessein, et vous voudriez m'y engager. Mais j'ai des intérêts ptua gi'ands et plus étendus. Voyez ce vaste globe de la terre, arrosé d'un saiig précieux, du sang d'un Dieu qui .<'est livré liti-méme à la mort pour nous racheter, et qtii a joint à ce sacrifice celui d'un nombre infini d'autres victimes inférieures. Supposons que deux anges eussent des contestations sur ce globe; et, après tout, quoique je le dise avec regret, les rivaux qui vous partagent ne sont pas des anges; il ne serait pas juste que le monde entier fût troublé par leur division. Plus leur nature est éminente , plus ils sont audessus de ces partialités malheureuses qui ne les honoreraient pas, et qu ils réprouvint. Pendant la vie de Mélèce, quand il n'clait pas décidé encore si les évéques d'Occident, irrités de sa promotion, le reconnaîtraient, on pouvait excuser dans les prélats qui croyaient défendre les saints canons , l'aigrenr qu'ils témoignaient concrète parti opposé. La douceur de Mélèce avait calmé ses adversaires. Ils ne le condamnaient sans doute que parce qu'ils ne le connaissaient pas.

A présent que la tempête est passée, et que, par la grâce de Dieu, le calme est rendu à l'Eglise d'Antioche, apprenez ce que je pense, et recevez les conseils d'un vieillard. L'âge inspire des précautions que la jeunesse ig ore. Les jeunes gens ne défèrent pas volontiers à nos avis ; ils aiment trop la vaine gloire pour être dociles. Que Paulin garde donc le siège dont il est en possession. Sera-ce un si grand mal, quand notre deuil se prolongera un peu, comme autrefois? Il est vieux; sa mort terminera bientôt cette affaire. Il lu désire, celle mort inévitable à tous, et qui le fera passer dans une meilleure vie, quand il aura rendu à son Créateur l'âme qu'il en avait reçue. Alors, par le suffrage commun de tout le peuple, et de tant de sages évéques, nous donnerons, inspirés par le saint- Esprit, un digne pasteur à cette Eglise. C est le seul moyen de finir tout d'un coup le schisme. On choisira si l on veut un étranger; car je vois qu'aujourd'hui l'Occident, l'est à nuire égard; ou

(30) Je me suis servi, pour l.i ir.idiiei.ion Je lexie original, des excellcuies nous de Jacques Kntl te morceau ipii esl Ion olisciir ditis le Billi.

Ol'ATUItMI. l'AIlTIF - THADICTION. - VIE DK S. GllFX. I)K NAZ.

ttt hithilants tU ii-tte ville, ti ijninde et si ntuplte, fittigiies ilr leurs touijiies iliscussiona, >e réuniront enfin d euj-méines dmis le iein de lu concorde et de lu paix II est temps r/ue cei aijiluliotis finissent. Aijons pitié de ceux qui ont été si nialtieureiiieinent divisés , de ceux Qui le sont encore, ou (jui te seront dans la suite. Me cherchons pas à voir jusqu'où peut aller le schisme, quand on permet qu'il s'accroisse. Mous sommrs dans ce moment critique où il s'agit de la conservation de nos dogmes les plus respectables et les plus sacrés, ou de leur destruction entière dans ce combat funeste d'opinions. Si on impute au peintre le vice de ses couleurs, quoique peutêtre sans fondement, et si on reproche au maître les mœurs dépravées du disciple, avec combien plus de raison ne demandcra-t-on pas compte à des Chrétiens, surtout à des prêtres, des injures faites ù la religion? Laissons-nous vaincre un moment, pourremporler ensuite une plus grandevictoire. Cunservonsuous ù Dieu, et sauvons le monde entier qui perd ta foi. La gloire ne suit pas toujours le triomphe. Il est plus beau de perdre honorablement ce qu'on possède, que de le conserver par des voies honteuses. C'est la philosophie que Dieu nous enseigne ; c'est celle que j'ai préchée publiquement, et avec conft'ince, malgré les dangers que j'ai courus, malgré l'envie des méchants.

Voilà ce que j'avais ù dire. Je l'ai dit dans la simplicité de mon cœur ; je n'ai consulté que la justice ; je n'ai considéré que l'ulililé publique. Si quelque âme vénale, si quelqu'un de ces hommes qui, s'étanl vendus eux-mêmes, achètent à leur tour ou briguent la faveur, osait penser que j'ai voulu plaire à de malhonnêtes gens, ou travailler pour mon propre intérêt, comme font tant d'autres, pendant qu il fait lui-même en secret ce trafic honteux, mais utile, qu'il se présente, qu'il paraisse. Je l'appelle en jugement au jour où ta vérité se montre à nous avec la mort. Pour moi, je ne demande point d'autre grâce que la liberté de quitter mon siège, et de passer le reste de mes jours sans gloire et sans péril. Je ne trouverai point de peines dans mon désert. J'aime mieux y vivre que parmi des hommes qui rejettent mes conseils, et dont je ne puis en conscience adopter les opinions. Q'.tils s'approchent donc sans délai, ceux qui connaissenl le siège d Antioche. Ils succéderont à de bons et à de mauvais èvéques. C'est à vous de délibérer. J'ai dit mon avis.

Il s'éleva aussitôt un mélange confus de voix diverses. On l'eût co!iii)aré aux cris perçiinls de certains oiseaux, au bruit des vents, des orages, des tempêtes. Jeunes téméraires, qui ne méritaient pas que des iiommes jaloux de maintenir l'autoiiié do leur caractèie, coniérassenl avec eux. Que pouvait-on gagner avec celt'r iroujie tumultueuse, semblable h un essaim de guêpes qui se jette en bourdonnant sur votre v.suge. Les vieillards cédèrent, bien loin de chercher à ramener la jeunesse. Mais adlijirez la raison dont on se servait. Il convenait disait-on, que l'avantage lût du

cftlé (li'S Orientaux , puisque Jcisiis-Christ (iv.iil V')ulii nadro i!i) Orient. .Mais (|iioi î Lu Christ ne s'esl-il pas incarné pour la réiloiiiption (le lr)us les lioinincs, dans qiiel- (jiio lieu (pi'ils soient nés el qu'ils tinhitonl. et ne pnurruit-on pas répondre?! cet orgue;! oriental, (pie si le Sauveur est né en Oiiciil, c'était pour y être mis <i mort par les Orientaux mômes, et (pio cotte moit a prodnii la résurrecti(jn et le salut? Ne valait-il donc pas niiiiix rpio ces liomnic< superbes se rendissent aux conseils de personnes sages et mieux instruites? On peut juger par là do leur i>résomptiori cl do leur opinijlln.'té dans d'autres matières. Je citerais pour exemple ci^tte source si jiure cl si belle du notre aulii|ue loi, de cette foi , i]u\, toujours attachée h l'essence indivisible de la 'l'riniié, semblait avoir établi son école et son trctne h Nicée. Je voyais cette source troublée (lar des eaux bourbeuses, par ces hommes doubles et incertains dans leur croyance, qui n'ont d'aulrc foi (|ue celle du prince; qui alTecleiit de tenir un jusie milieu, et plût au ciel qu'ils le tinssent en effet ce milieu, mais qui embrassent ro()iniûn contraiie ; (irélats courtisans, qui étudient les premiers éléments de la religion au moraenl qu'on les fait évoques; maîtres hier, disciples aujourd'hui, initiant les autres pour être initiés eux-mêmes; faits (lour servir de modèles au peu|)le,el ne lui donnant que l'exemple de leurs vices, sans en rougir, sans en verser des :armes. O comble d'impudence ou d'instnsibiiiié !

Telle est leur conduite- Ils disent (}ue tout doit céder aux circonstuicris; qu'il faut s'en faire un jeu, et que souvent on acquiert par cette voie ce que le travail ni l'or ne sauraient procurer. Nous avons en efl'ot usé de In plus grande complaisance. Nous avons mis un huissier à la porle du sanctuaire, et nous avons crié à tous : ()uicon(iue veul entrer ici en est le maître, eûl-il changé deux fois ou plusieurs fois do croyance. C'est jour de marché; que personne au moins ne s'en retourne sans en emporter quelque chose. Le jeu vous est-il contraire, car rien n'est plus incertain que !■' jeu, sup- [)léez-y par voire adresse; courez ailleurs. Vous n'avez pas npiuis mal-adroi;ement à ne professer qu'une doctrine et qu'une foi. Vous connaissez plus d'un chemin. Que sortira-t-il de ce manège? Le colosse foiiiié de plusieurs matières, qui se lit voir dan> un songe; de l'or, de l'argent, du cuivre, du fer, élevés sur de i'ar,j,ile. Je craiis bien qu'une seule pierre ne brise tout cela. Les iMoabites el les Ammonites peuvent entrer aujourd'hui dans le temple, dont rentrée leur était autrefois défendue. Alais, me dira-l-on , n'approuviez-vous pas ce qui sa faisait alors? Qui dominait dans ces assemblées? Ahl je ne l'ignore pas. Je rappelle avec peine des choses-dont je rougis. Tous voulaient avoir la principale aulorité, el personne ne l'avait. L'anarchie règne où la multitude gouverne.

Heureusement une maladie sérieuse me

ŒliVRES RELIGlEllSES DE J.-i. LEKRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN.

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retint chez miii. Dans cet (5[;il, je n'avais devant les yeux que le terme prochain do ma carrière, e' la fin de tous mes maux. Que ce qu'on a fait dans ces assemblées ail, si l'on veut, force de loi. Quelques-uns y assistèrent, mais à contre-cœur, et comme (lar force. L'ignorance pouvait Jeur servir d'excuse. Ils étaient trompés par la fausse exposition des dogmes. Les 'magnitiques éloges que l'erreur affectait de prodiguer à la foi, les séduisaient. Le sentiment des imposteurs était l)ien dilférent de leurs discours. Pour moi, j'admettrai dans ma communion ces âmes vénales, quand on mêlera les [larfunis les plus exquis avec les eaux infecles d'un bourhier. Le mal se conmiuiiique plus vite que le bien. Les uns imputaient aux aulres dt'S opinions nouvelles; ci'ux-ci reprochaient à ceux-là leur timide prévoyance. C'est le patriarche Abraham et Lot son frère, qui prennent l'un et l'autre (les chemins tout opposés, (lour ne pas se trôner dans leur marche ni dans leur habitation. Rappcllerai-je tous les discours que me ten:iienl mes meilleurs amis pour tenter mes cheveux blancs? Jls m'offraient les premiers honneurs, et ne demandaient <ju"un faible retour. Malheureux Grégoire! quels amis, et quelles demandes I Hélas, I qu'osail-on me prO|)oserî De me joindre à eux, c'est-à-dire do parlicipir à tout le mal (lu'ils faisaient. Eh 1 qui pouvait croire que je sacrifierais à la multitude les intérêts de Ditu et de son Fils? Les eaux remonteront vers leur source; la (lamme, au lieu do s'élever dans l'air, se précipitera vers la terre, avant que je risque volontairement mon salut.

Je commençai donc à mo retirer des asse'nblées. Je changeai môme de maison. Je m'éloignai d'une mer orageuse, de ces lieux où les conférences n'étaient plus que bruit, injures et complots. Quelques personnes cependant qui m'étaient alTectionnées, surtout parmi le peuple, ne m'abordaient qu'avec des cris et des sanglots. On eût dit qu'ils me pleuraient déjà comme si j'eusse été mort. O tendresse! ô larmes! quelle âme n'en eût pas été touchée! Nous abaiidonncrez-vous , criaient-ils? Nous sommes voire moisson, celle moisson si petite autrefois, et si abondante aujourd hui ! Que deviendront ces nombreux prosélytes qui sont aux portes de l'église, et qui méritent qu'on tes leur ouvre; tant d'autres que vous y avez déjà admis, et qui tâchent d'en attirer encore d'autres? Qui churycrez-vous du soin de toutes ces âmes? Qui nourrira ces jeunes troupeaux? Ah ! plutôt faites honneur aux travaux respectables qui vous sont confiés. Donnez-nous, donnez à Dieu ce qui vous teste ae vie. Que le temple où vous présidez soit voire sépulcre. Mon cœur était déchiié, mais il fut inflexible.

(51) il y a dans le Icxtc, que c>: lien soil noiiiiiié le lieu de l'étendue, p:ir allusion .tu dernier piiils tien>é par Isaac dans la Palcsliiie, el que ce paiiaielie iiuinina largeur on éieiulue, parce qu'il (il toâiT les coiilcsiauons qui s-'claieni éicveob enlre.

Le Seigneur lui-môme me tira bientôt d'embarras. Les évoques d'Egypte et deMacédoine, qu'on avait appelés, comme pouvant conlri!>uer à la paix, arrivèrent subitement. Ces ministres rigides des lois sacrées et des mystères ap[)Oitaienl avec eux contre moi tontes les préventions de l'Occident. La prélaiure orientale s'opi)Osait à eux avec la même fierté. Tels on voit dans les forêts, qu'on me permette cette comparaison, des sangliers farouches qui aiguisent leurs dents, et roulent des yeux enflammés en se préparant au combat, Ort agita plusieurs questions, et la modération n'y fut pas la. règle de la dispute. On er. vint ensuite à moi. On m'opposa d'anciennes lois qui, n'élant plus en vigueur depuis longtemps, ne pouvaient [las me lier. Ce n'est pas qu'ils en agissent ainsi par aversion pour moi, ni par le seul désir d'en mettre un autre à ma place; mais par haine pour ceux qui m'y avaient élevé. Ils me lo disaient eux-mêmes dans des entretiens secrets. Ils ajoutaient que l'orgueil de ces hommes-là n'était pas sup)Jortable ; qu'ils l'avaient éprouvé autrefois, et qu'Us l'éprouvaient encore dans les conjonctures présentes.

Cependant les peines de l'esprit ni les soutl'rances du corps ne changeaient rien à mes sentiments. Tel que ce coursier captif qui frappe des pieds la terre, et dont les tiers liennisscments respirent la liberté, je no (louvais dissimuler ma vive iinpalience. Mes regards, mes plaintes, mes discours, tout annonçait le désir que j'avais de rompre ma chaîne, et de rentrer dans ma solitude, La disposition où je voyais les esirits, m'en donnait l'occasion; je la saisis sans hésiter. Les ambitieux, les hommes avides d'honneurs et de dignités ne m'en croiront pas. C'est pourtant lu vérité même. Je rompis mes liens avecjoie. La circonstance était favorable. J'e:iU'ai dansi'asseuiblée, et je parlai on ces termes.

Prélats que Dieu a rassemblés ici pour y prononcer des décrets qui lui soient agréables, ne vous occupez de ce qui me regarde qu'après avoir statué sur des objets plus essentiels. La décision de mon sort est d'une médiocre importance pour tant d'évêques assemblés. Jilcvcz plushaut vos pensées. Réunissez vous enfin, réunisses vous, il en est temj)s. Jusqu'à quand vos divisions vous rendront-elles la risée du public? On dirait que toute votre science est l'art de combattre. Embrassezvous les uns les autres, et vous réconciliez sincèrement. Je serai Jonas ; je me livre pour le salut du vaisseau. Quoique jeji'aie point excité la tempête, jetez-moi dans la mer ; j y trouverai l'hospitalité dans le sein de la baleine. Que ce soit là le commencement de votre réunion. Vous penserez ensuite au reste. Que ce soit le puits d'haac (31). Ce sera pour moi

ses paslenrs el ceux de Céraie ; les uns el les auires s'élaiil irouvés d'abord Irop à l'elioil pour se servir en coinniiin des ureniiers puils qu'lbuac avait tail creuser.

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Ul ATHIKUK l'AKili:

m AOlU. riON. - VIK DK s. t.M.C. f)S NAZ.

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imeijtuiif, ii vous ptriivém ilan» l'unioit; iiiitis un tlfthonnetir, ji c'fst i-milie moi seul iine celte uiiio»! »>■ soutieiil. I.n lui quejevuit* recommande est tie combuttre pour les lois. Si vous êtes ituimésile Cfl esprit, riniiie vous sera difficile. Je fus instttllé malgré moi sur ce sxétje : je le quill- de mon plein (jré. La faiblesse de mon corps m'en donnerait seule le conseil. Je ne dois payer i/u'une fuis te tribut i) la mort, et c'est Dieu tjui m a mari/uc l'heure.

O Trinité sainte, c'est vous seule dont la caute m'intéresse. (Juellebouchenssez s'ivanlc, du moins assez libre, assez zélée, osera vous défendre? .Adieu, vies collèijues; souvenvivous au moins de mes travaux.

Ti'l fut le liiscouis (|iio jo leur lins. Ils iiiarciuèroiil urigiaiul einliarras. Josorlisdo l'assemblée avec une salislaclion niôléo 'le Irislesse. L'idée du repos dimt j'allais jouir après lanl de faligui'S, lue leuipïissail d'une douce joie. Mais le sort do mon peuple m'inijuiélail. On'ill^i'-'l '''-'venir? V.[ ipiel père se sé[iare (iu tes enfants sans rogrol 1 Telle olail ma siiualion. Dieu sail, au surplus, et ces prélut> le savent bien eux-niûnies, si te (ju'ils m'avaient dit était sincôro, et si leurs paroles n'étaieni jiasdcceséciieils cacliés, qui sont les ombùciics delà mer, et la perte des vaisseaux. Plusieurs n'ont pas crainlde le dire; pour moi je me tais. Je ne perdrai pas mon temps à fouiller dans des cœurs tortueux. La simplicité fut toujours le partage du mien. C'est avec elle qu'un l'ait son salut, et c'est là mon unique soin.

Mais ce qui m'e^t bien connu, ce que je voudiais |;eul-ê!re ignorer, c'est que ma démission fut rcgue avec le consentement le plus prompt et le plus unanime. Voilà comme la [latrie récompense des citoyens quelle aime. Que me vil-on faire ensuite à l'égard du piince ? Me vil-o:i l'aborder en suppliant, embrasser ses genoux, b;iiser sa main, lui adresser d'iiumbles prières, solt.citer le crédit de mes amis, la protection des courtisans à qui j'étais cher, oim>loyer le secouis puissant de l'or, pour mo soutenir sur un siège si éminenl? C'est ainsi qu'en usent les hommes insconsiauts et légers.

J'al!ai sur-le-cliamp liouver l'empereur, et en présence île plusieurs personnes qui l'environnaient : Seigneur, lui <lis-je, je viens à mon tour, comme tant d'autres, vous demander une grâce. Je l'atlends d'un prince dont la libéralité est aussi grande que le pouvoir. Ce n'est ni de l'or, 7ii des marbres précieux, ni de riches étoffes pour couvrir la table sacrée, ni des gouvernements pour mes proches , ou des dignités gui les attachent à votre personne. Ce sont là de médiocres objets d'ambition. Je crois mériter quelque chose de' plus grand. Accordez-moi, c'est la seule grâce que je demande, accordez-moi la consolation de céder à l'envie J aime à rendre hommage aux puissances , mais de loin. Je suis devenu odieux à tous, même à mes

(52) Le coq.

amis, parce que je ne puis avoir d égard que pour Dieu seul. Obtenez d'eux, .Seigneur, qu'ils s'accordent enfin, cl qu'ils mettent bas les armes, au moins par considération pour leur prince, si ce n'est par lu crainte de Dieu et de ses vengeances. L'Iecez un trophée t/ui n'aura point cutïté de sang, vous qui avez terrassé l'insolente audate des barbares. Rendez la liberté à un vieillard, qui, puur servir l'univers, a blanchi sous te poids des travaux, encore plus que sous celui des années. Vous savez combien c'est malgré moi que vous m'avez mis sur ce siège. L'empereur loua pnbli(|uement mon discours, ses courtisans l'applaudirent. et j'ob;ins mon congé. Le prince no me l'accorda, dit-on, qu'il regret; mais cnlin il mo l'accorda.

Que mo resiail-il à faire pour prévenir tout accident'? Ue calmer les esprits; do les poiler à la patience et à la modération ; d'ompûcher que par amour pour moi, et par haine jiour les méchants, ils n'en vinssent à des partis extrè.nes. Je Ihitle , je caiesso , j:; donne mémo des lt>uanges à des personnes cpii n'en méritaient pas. Je console le clergé, le [>enplo, des enfants (|ui regrettaient un père, enlin ceux des prélats (|ue cet événement afîligeait. En elfet, dès qno la résolution do m'abandonner eut été prise, [ilusieurs s'enfuirent do l'assemblée, se bouchant lesoix-illes,comino s'ils eussent entendu la foudre, so l'rappant les mains, et ne voulant pas être témoins de l'élévation d'un autre sur le IrOno d'où je descendais.

Il est temjs de tinir. Voici ce cadavre vivant; voici ce même homme vaiiujueur à la fois et vaincu, lequel, au lieu d'une dignité passagère, et d une [)ompo vaine, possède Dieu liii-:nèiue, et les vrais amis de Dieu. Insullez-moi, triomphez insolciumcnl et avec joie, ô sages du siècle 1 Que dans vos assemblées, dans vos repas, dans vos fonctions sacrées, mes inforlunes soii'iit le sujet de vos chanls. Imitez l'animal sul'erbe (32) qui célèbre son pro[)re liiomphe. Que l'air allier de vos visages, que vos ges:es désordonnés annoncent votre allégiesse aux partisans de vos excès. Un seul a cédé Volontairement la victoire, et vous croyez tous l'avoir remportée. Si j ai quitlo ma place de moi-même, osez-vous bien vous vanler do m'avoir contraint à m'en ilémetlre? Si ma démission a élé forcée, vous condamnez vous-mêmes vos actions.

Hier vous m'éleviez suk le trône, aujoura'hui vous m'en chassez. Où irai-je me réfugier en quittant ces lieux ? Dans la société des anges. Là, je ne craindrai plus de haine; je n'aurai plus besoin de faveur. Vains discours de la multitude, discours [ilus légers que les vents, perdez-vous avec eux dans les airs. Je ne vous ai que ti'op écoutés. Je suis las, je suis rassassié de censures et de louanges. Je cherche un désert impénétrable aux méchants, uu asile ou mon esprit ne s'occupe que de Dieu seul, et où l'espérance du

OEUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN

ciel soit l'aliment de ma vieillesse. Que donnerai-je aux églises? Des larmes. C'est h quoi me réduit la Providence, après avoir agile mu vie par tant de vicissitudes. Où se terminera, grand Dieu, ma misérable carrière ■? Ah I j'espère que vous daignerez

m'ouvrir vos tabernacles éternels. J'y verrai dans tout son éclat l'unilé brillante des trois personnes qui ne font qu'un seul Dieu. J'y contemplerai face à face la Majesté divine que nos yeux mortels ne sauraient voir ici-bas qu'à travers des ombres 1

POEME FeiLdSdFeiQUE

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