SUR LES INFORTUNES DE SA VIE (33J
0 Christ 1 ô Roi ! qui mis en fuite toutes les forces d'Amalec, pendant que ton serviteur Moïse, assis sur la montagne, élevait au ciel des mains pures, symbole de la croix; qui enchaînas la gueule et les griffes des lions prêts à dévorer Daniel dans sa losse; toi par qui Jonas sortit des entrailles de la baleine, afirès t'avoir fléchi par ses prières ; qui enveloppas d'un tourbillon do rosée les trois enfants courageux que les Assyriens avaient jetés dans la lournaise; qui, m.irchnnt sur les ondes émues, apaisas les flots et les vents pour dérober tes disciples aux fureurs de la tem|)ête; qui guérissais les âmes et les corps; qui, étant JJieu, l'es lait homme dans les derniers temps, et qui n'as [iris un corps mortel que pour nous associer à toi; viens, o mon Dieul viens à mes cris; viens, sois mon refuge et mon salut.
La guerre, les monstres, le feu, les vents me persécutent ; je puis à peine lournernies yeux vers le ciel. Oui, les méchants sont à la fois ces bêles féroces, ces vagues irritées, ces flammes et ces combats. Ils détestent les vrais adorateurs de Dieu; ils ne craignent point sa justice, toujours lente à venir; ils s'embarrassent peu des cœurs ■vertueux qui les haïssent. Garantis-moi de leurs efforts; déi)loie tes ailes sur ma tôle ; chasse au loin les peines qui affligent ton serviteur. Ne m'abandonne pas aux chagrins cuisants que le monde et son dominateiu' suscitent aux malheureux mortels; rouille funeste de l'esprit, qui détruit eu nous la ressemblance divine, dégrade la plus nobie partie de l'homme, l'empêche d'élever avec elle au ciel la portion matérielle de nousmêmes que la terre attire, et force l'âme à se plonger dans la fange, où elle devient charnelle comme le corps.
Deux voies conduisent l'homme à sa perte. Les uns ont dans leur propre cœur la source bourbeuse des vices. L'injustice et la vanité, les plaisirs des sens, des desseins [lervers les entraînent dans tous les crimes.
(35) C'est le liire qu'on donne à cet ouvr.nge dans la talile latine de l'édition in-4° d'Aide, Koinaiii. Venise, ISOi. Cregorii i\'aiiniizem opus-
L'aveugieraent leur plaît ; ils périssent avec joie. D'autres contemplent Dieu des regards purs de l'esprit. Ils ont en horreur l'impudent orgueil du siècle; ils vivent dans un repos obscur, loin des agitations mondaines, et foulant la terre d'un pied léger, ils marchent où f> Seigneur les ap|ielle; initiés dans les secrets de sa vie cachée pour se découvrir un jour avec lui dans sa gloire et dans sa splendeur. Mais il naît des épines sous leurs [îas ; les besoins les pressent, et le démon artihcieux s'en sert contre ces infortunés.11 leur olfre souvent une fausse apparence du bien; ne pouvant les vaincre ouverleraenl, il les trompe et les séduit. Tels les [)Oissons avides courent au fatal hameçon, et dévorent à la fois les aliments et la mort. C'est ainsi que le perfide, quand j'eus reconnu ses ténèbres, se revêtit d'un corp.s de lumière. 11 voulut éprouver si je me perdrais par légèreté d'esprit; si je me livrerais au vice en croyant suivre la vertu. Le mariage, cet écueil et co fardeau de la vie , ne m'enchatna point de ses liens. Je dédaignai les précieux vêlements des Sères, les délices de la table qui nourrissent le feu des désirs, les palais vastes et magnifiques , les chants et les vers lascifs. La vapeur eU'éminée des parfums ne se réjiandil point autour de moi. Je laisse l'or et l'argent aux mortels avares qui aiment à pAlir sur leurs trésors. Leur plaisir est médiocre ; leurs inquiétudes sont grandes. Du biscuit, des viandes salées [>our me nourrir, des ruisseaux pour me désaltérer, le Christ j/our donner l'essor à mon âme, voilà mes richesses. Je ne les fais pas consister en des champs fertiles, en de belles forêts, en des troupeaux qui remplissent les prairies. Je les trouverais encore moins dans ce p.rodigieux nombre de serviteurs, nés de ma race, et dont je ne suis séparé que par l'antique tyrannie qui divisa en hommes libres et en esclaves , des créatures formées de la même terre, et par le même Dieu. Mais les lois humaines ont renversé l'ordre divin.
culum ubi pltilosovlialur, alque enarrat quœ in tota vita expertus est.
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ie ii'ui l'oiiit aiiihilioiiiiù lu l'uvtMir dus lioiniuos, ci< snulHo imssiuur i|ui sV^yniiuuit si vili'. Je n'iii |>;is ii'[^;irJt^ couiiiio un uyaii- Uigt'il'iMro nilmis à lu cour îles rois, ni tkiiiiuitiT uu Irihuiiul (lo lu Justice, d'uCi toiil lie jtii;i's iino-anls jetloiil ù |iL'ino un ru- ^arii sur leurs cliutils |iri)sli-riiés. Lu rnng el l'aulorilé dans les villes , ni les lioiiiluages Inuniieurs de ii'urs (ilo\ens no nie leulenl poinl. t'.u ser.iit se |i|aire à des suu- ^es vains et loulus, qui vunl rapideinenl de l'un b l'iiulro, et s'enfuient de uiônie.Co serait raninssor dans ses mains l'oniie <;nurante , s'appuyer >ur un nu.igo , |)rendre l'otulire poui' le cnrps.
Tels sont les liornnies ; tel est leur lionlieur : bonheur semblable aux sillons mobiles ([u'un vaiss. au Iraee lùgùrement sur l'omle, et qui s'ellneini quand il est passé. Je ne lus siiisibh' iju'à la gloire dos b'ilres; je la 'heri-liai partout où elle brillait (3V), el [irincipaletnent 5 Athènes, l'orneuieut do la Gièce. Mes études turent longues et pénibles. Je les mis au\ pieds de la sagesse incarnée, dtmt une seule parole anéantit l'intelligence et les disioiiis huuiains. Sorti de 1 e péril, je ne jius éviter l'ennemi cruel qui me dressait des einbùtlies sous un visage ami. Je vais raconter ici mes peines. Puissent-elles servir de préscrvatit contre ee monstre allVeux!
Je consolais par mes soins la vieillesse et les maux des deux auteurs de mes jours. Faible étincelle d'un brillant tlambeau , j'é- Isis le dernier enfant qui leur restât. Je uie IVattais , 6 mon Dieu, que ce devoir filial vous était agréable , et secondait vos lois. Vous avez donné les enfants aux jières jiour être leur force , leur secours , et l'appui de leurs membres chancelants.
Ces respectables vieillards sont vos plus fidèles adorateurs. Attachés à vos commandements par des liens indissolubles, ils so dérobent aux dangers de cette vie. Vous êtes leur principe et leur fin. Ma mère, à qui ses parents avaient transmis la vraie foi, en imposa l'heureux joug à ses enfants; courageuse et forte au-dessus de son sexe, dédaignant les occu[)alions du monde, et ne tnucb.ant des pieds à la terre que pour s'élever plus promptement au ciel.
Mon père avait servi les idoles (33). .Mais cet olivier sauvage, enté sur l'olivier franc, tira tant de suc de celte racine féconde, qu'il couvrit les autres arbres, et rassasia une infinité de personnes (lar la douceur de
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>es fruits, l.u vieillesse, r^n Idaneliissant ses elmveux, avait perfectionne son cspiit. Il s'insinuait dans les cu'urs |iMr lo charme du la parole. Nuuveun Moïse, nouvel Aaron.
niédiaioiir entre la Irrre et le eiul, ses mains pures otfraieni nos sacrilicos, qu'il rendait plus ellicaces par la saintidé de sa conscience, et (|ui réconciliaient l'honnne avec
Diru.
X'oilA les parents dont je suis né. Sujié" rieurs à tout lo monde en vertu, c'est entre eux seulement qu'ils en disputent le prix. Je m'occupais h les servir, j'y nn.'tlais mes soins et mon espérance, et je nuj lélicitais d'accouqilir ainsi les obligations naturelle-.. Hélas 1 il est toujours des traverses pour le pécheur. Le bien fut pour moi la source du mal. Le |»ieux emploi que j'cxereais me causa des soucis et des peines r^ui me rédigeaient nuit et jour, et me détachaieiit des choses célestes pour me replongei- dans la boue dont je suis sorti. (Joëlle soulfranee et quel détail! Des domesti(jues , ce lléau continuel, abhorrant leur maître s'il est dur. le méprisant s'il est doux, insolents quand on les chiltie, indociles quand on les traite bien, jamais contents, toujours prêts 5 se mutiner; l'administration des terres, des impôts perpétuels et accablants, les menaces, les violences de l'exacleur, la honte même des tributs, l'esclavage humiliant qu'ils imjiosenl à l'homme libre {3(i) ; le tumulte du barreau, les détours de la chicane, la contrariété des faits, l'équivoque des lois, la longueur des procédures , l'avantage du crédit, la vénalité des juges. Qui résisterait à tant de corruption, sans une assistance particulière de Dieul 11 favt, dans celte extrémité, céder la place aux méchanls, ou se corrompre avec eux. C'est ainsi qu'en s'approehant trop près de la fumée el du' feu, on en reçoit les impressions.
Tout cela cependant était sui)portable.
Mais que n'ai-je pas soulfert par la mort de mon frère, et que n'aurai-je pas encore h souffrir 1 Les maux imprévus détruisent l'espérance. Pendant qu'il vivait, je jouissais de sa gloire ; car l'amour des richesses ni d'autres désirs n'ont jamais rempli mon cœur. Sa mort no m'a laissé que des gémissements et des larmes. Ses biens avaient été engloutis par le tremblement de terre de Nicée, ou pillés par des brigands au milieu de ce désastre. Dieu lui sauva la vie sous les ruines de la maison qu'il habitait.
O niun cher Césaiie, tu pyriis d'abord
(54) Texte yrec: au couchant et nu leemii. Il éliidia siiccessiveineiU à Cés;'.rée de CappailuLe, a Césaréc duPalesliiie, à Alexaiiiirie, el euliii à Alliéiies, où il euipour toiniiscipks S. Basile, cl Julien 1'.^p siat.
Çjb) Il élail de la secie des liypsisUiiies, ainsi noiiiiiiés pane ((u'ils laisaienl profession d'adorer le Dieu liés-liaul; mais ils réveraienl le l'eu ei les lampes, el observaienl ie Sabbat eilailisll:icli.on des viandes tommes les Juifs. IlisKcctiés. de Fleurtj, lo i;. III, pu;;- S j9.
(36) Celle pensée forte el pirilosophique contre les impôts, est reinar(|uable dans un saint. On ne doU pourtant pas l'entendre des iinpôis en général, puisqu'ils sont nécessaires, cl que sans eux les Etais ne sauraient ni se défendre ni subsister; mais .des exactions arbitraires, el des violences commises par les olliciers fiscaux, qui abusent souvent du nom et de l'autorité du prince. 11 n'a jamais été détendu de s'en plaindre, cl des saints même n'oiil pas gardé le silence sur ces abus.
ŒUVRES RELIGIEUSES DE J.-J. LEFRANC, MARQUIS DE POMPIGNAN
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avec etlai à la cour (Jes empereurs. Tu devins célèbre ()ar ta sagesse et par la douceur de Ion caractère, qui te tirent de puissanlsamis. Ton art guérissait les malades; la ctiarilé soulageait les pauvres. ïu as satisfait en mourant ces bêtes farouches qui m'épouvaiilent de leurs cris. Mes prnciies ni'aban(Jonnent ; il me resle peu d'amis. Ceux que l'intérêt m'avait donnés, fuient avec la forlune. Un chêne abattu par la lempôle est bientôt dépouillé do ses rameaux. Une vigne sans clôture devient la proie des voyageurs et la pâture des sangliers. Je ne 7)uis repousser ni rassasier ses ennemis, depuis que, séparé du monde, mon esprit s'élevant au-dessus de la chair, m'a transporté dans les tabernacles éternels où brillent les rayons ineffables de la Trinité, et d'oii iis se répandent sur tous les objets qu'ils animent et dont ils sont le principe. Je suis mort pour le monde, et le monde est mort pour moi. Je ne 5uis qu'un cadavre qui respire, sans substance et sans force. Ma vie est ailleurs. Je pleure ici dans mes liens de chair, de cette chair que les sages appellent les ténèbres de l'âme. Je soupire après cette dissolution du corps, qui me tirera du séjour obscur de la terre, où nous ne marchons que pour être trompés ou pour tromper. Une lumière éclatante m'environnera. Les l'antômes qui faisaient illusion à mon entendement, disparaîtront. II n'y aura plus de voile entre mes yeux et la vérité.
Mais ce bonheur n'est pas de ce monde. Ceux qui voudraient changer cette vie terrestre el périssable pour les biens éternels d'une vie céleste, sont traités ici-bas comme la poussière qu'on foule aux pieds. Mes ennemis, que rien n'intimidait, se jetèrent sur moi comme sur une proie qui ne pouvait leur échaf)per. O Césaire I ô tri.>les cendres! Il écartait celte troupe de furieux; il me consolait dans mes chagrins. Hélas! il m'honorait comme frère n'a jamais honoré son frère, el me res|)eclait comme s'il eût été mon fii.s.
Dépouillé de mes biens, dont je ne souhaitais la conservation que pour les partager avec les pauvres, étant moi-même sur la terre un étranger pauvre et vagabond, et tournant mes regards vers le suprême dispensateur des biens; accablé d'outrages qui révolteraient l'homme le ]ilus doux; privé de mes frères, qu'une mort prématurée m'a enlevés, el qui avaient mérité l'admiralion publique, je déplore au fond de mon cœur une perte encore plus cruelle. Qu'est <levenue mon âme, cette âme si grande el si belle qui régnait sur moi avec tant de majesté I Telle qu'une captive que le vainqueur a mise aux fers, elle gémii sous le poids de sa chaîne, et n'ose lever les yeux. Quelle iionte et quelle tourment!
Ceux .qu'une vipère a mordus, ne veulent, dit-on, parler de leur mal qu'îi des personnes qui aient essuyé de semblables morsures, parce qu'elles connaissent seules les douleurs aiguës qui sont TtlTel du ve-
nin. Ainsi je ne raconterai mes peines qu'à ceux qui briilent du même amour que moi, et qui souffrent les mêmes maux. Ceux-là seulement écouteront avec bonté mes paroles, et reconnaîtront les mystères d'un cœur affligé. Ils chérissent le fardeau de leur croix; leur place est déjà marquée dans l'empire du Kui des cieux. Jls ne font point de faux pas; mais ils plaignent ceux qui tombent. D'autres riraient de mes discours; hommes frivoles dont le cœur n'est [loinl ouvert à la foi, et dont les entrailles n'ont jamais ressenti le feu de la charité. Les amusements du jour occupent seuls toutes leurs pensées. Qu'ils périssent donc après avoir épuisé les traits de leur langue, cette arme si utile ou si dangeureuse, suivant l'usage qu'on en fait.
Mes pleurs ne tiniront qu'avec les maux qui en sont la source ; qu'avec ces mouvements déréglés auxquels le démon a ouvert toutes les portes de mon âme, qui était autrefois gardée (lar la main (uiissante de Dieu. Le vice alors n'avait point d'occasion. C'esl le feu qu'on allume au bord d'un champ; le venl le pousse, la moisson s'embrase, des tourbillons de tlammcs remplissent les airs.
Que ne me suis-je retiré dans des cavernes, dans des montagnes ou dans dus rochers 1 J'y aurais évité les périls et les embarras du mohdc. Dieu Si;ul aurait habité dans mon cœur; j'aurais vécu seul avec Dieu. Dans celle vie pure et sublime, j'aurais attendu, plein d'espoir, la lin de mes jours. Je le devais sans doute; mais la tendresse tiliale me relint. J'écoutai surtout la pitié, ce sentiment (jui déchire les âmes tendres, et qui est la plus douce des passions. J'eus pilié d'un père et d'une mère cassés de vieillesse ; j'eus pitié de leurs inlirmilés, de la douleur qu'ils auraient d'être finvés d'un hls, l'objet de leur crainte el de leur amour, qui était l'œil et lu consolation de leur vie.
Quels combats n'essuyai-je point, moi qui m'étais consacré à l'étude des livres divins, de ces écrits célestes que l'Esprit-Sainl a gravés lui-même sur la langue des hommes inspirés, et dont la lettre renl'eraie eu soi des trésors cachés de lumière et de grâce, ouverts seulement aux âmes pures. Je regrettais ces longues veilles, ces prières, ces soupiis qui l'aisaiLUl mesdélices, ceschœurs angéliques où, du milieu des temples, nous envoyons notre âme à Dieu dans des chants, et où tant de bouches différentes nelorLuent qu'une seule voix. Je me ra|)peluis ces jeûnes ([ui peuvent seuls dompter la chair, celte modération dans la joi':-, celte retenue dans le discours, celle modestie dans le regard, cette attention ù réjirimer la colère. Mon esprit rentrait en lui-môiue au moindre signe de la raison ; elle le ramenait au Christ par l'espérance des biens célestes. Ces mouvements du cœur sont agréables à Dieu. Plein de sa clarté brillante, je vivais avec les justes; je participais à leur gloire el à leurs conierts pieux. Je perdis ce trésor
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