LA FIN COMMUNE DE TOUS LES HOMMES
POEME TllADUlT DU GREC DE SAINT GREGOIRE DE NAZIANZE.
Je voudrais avoir .es ailes de la colombe ou de l'hirondelle pour fuir le commerce des mortels. Je voudrais vivre dans un désert, parmi les bêtes sauvages; elles sont plus fidèles que li'S hommes. Je coulerais mes jours sans douleurs, sans peines, sans soins. Différent des animaux irraisonnables par la seule intelligence qui me fait connaître la Divinité, et qui m"élève au ciel , je goûterais les douceurs d'une vie lumiieuse et Iranijuille. Là, comme d'un lieu élevé, je crierais aux humains d'une voix tonnante : O mortels 1 race fugitive, élros sans consistance, qui, ne vivant que pour mourir, vous remplissez de chimères, jusquesà quand, livrésaumensougeeljouets les uns des autres, ferez-vous des rêves en plein jour? Jusques à quand iraîiierez-vous sur la terre vos illusions vagabondes?
Homme volage. lais attentivement comme moi la revue des homuies ; car Dieu m'a donné l'expéiience du bien et ilu mal. Les regards do l'esprit pénètrent partout. Celuici se distinguait jiar su force et sa vigueur; robuste et fier, il dominait sur ses compa-
gnons. Celui-là, plus beau que le jour, attirait tous les regards, il brillait parmi les homme comme une fleur du printemps; cet autre était un héros dans les combats ; ce chasseur ne manquait jamais sa proie, il dépeuplait les montagnes et les forêts ; ce voluptueux, plongé dans les délices de la table, épuisait (lour ses repas la terre, les eaux el les airs; il est mainlenant infirme el courbé; l'dge l'a flétri; la vieillesse vient, la beauté s'envole. Les sens se refusent au [.laisir. 11 ne vil qu'à demi; la plus grande jiaitie de lui-même est déjà dans le tombeau.
Dn autre est enflé de ses vastes connaissances. Ce patricien montre avec orgueil les lombes de ses ancêlres. Cet ennobli n'est pas moins entêté du mince diplôme qu'il a obtenu. Celui-ci se fait admirer par la force de son esprit et par la supériorité de ses lumières ; celui- là, comblé de richesses, ou désire encore de plus grandes; ce niagislral étale avec vanité les balances de la justice; ce tyran, environné d'esclaves cliargés do chaînes el couverts de lambeaux
U7H Ul -^TlUIiVlt. l'AUrir.. - TIUUIICTION - H.WIMKS SI'IUIIIJKI.I.KS. H74
eiisantjliiiiliis. opprime hi lerro et binve los iu|ilil's jiiH(|irau jour dû luiirs corps rossus-
ciiHU. Morli'l, il cDfiroit (lc« os|iiMHiices iin- cilt^s ro|>ar.iilr<)iil sur la lorre.
inorti'lles. Fiiilikis huiiiaiiis I bu-rilùt ils no Vous ilonc qui voyez ci's rh.ingomfnis
sonl plii". (pif i-eriilro ; lin sort loiiiiiuin K'S tontiiiucls <lo srèiio, ù mes «nlaiiM rnrjo
«ili-nil. P;»iivrt's et rii.lit)s, Mijels et rois, .suis volro (lère pur l'ai,'<', (Scoiiliz m/i voix,
liiiiN siiiil oiiveloppt^s (les lnl^lllt's ténèbres, suivez nies ronseils. Ne vous livri-z plus
lous liiiliilent lo in6me lieu. Le seul avaii- aux erreurs du inoiido ; repousser loin do
lai^o des grands, c'est d'Olro inluiiiiés avec vous les si^ductions de ce roi lerrestre, d<i
plus dep(icu|io, ensevelis dans de riches ce ravisseur du bien d'aiitrui, di- ce perlido
iiiaiisoléos, et di- laisser leurs noms et assassin. Méprisois In (^lidro, les emplois ,
Kurs litres sur le marbre ol l'airain. Quel- la naissame , et ces richesses si irouipeu-
()ues-uns meurent lard ; mais ils meurent, ses. lIAlons-nous de fuir vers le ciel, où
Tous sont compris dans la loi gcnéralo; brillu dans toiil son éilal la lumière inell'.i-
lons devienreni des crdrics liideuï et dos ble de la Trinité. Que les autres lombenl ç.'i
ussomeiils décharnés. et là, qu'ils roulent comme ces dés nu. biles
l/orgued alors disparaît. Le Iravail ne dont ils atlemlent leur bonheur ; ou qu a-
faligue plus la pauvreté. Les maladies im- veuglés jiar do profondes lénèbres, ils chiîr-
(uévues, les haines, les forfaits, la cupi- client les murs en tiUonuant, et se préciiii-
dilé, les plaisirs oulrés et criuiinils, tout tent l'un sur l'autre sans se voir, t'st lini pour les ho iimes; la mort les lient
BIAXIBÏES SPIRITUELLES