‹ Œuvres completesChapitre 30 sur 232 · SÎ · texte numérisé non relu

SÎ

encore trouvé d'évêque qui eût passé d'une grande Eglisf à une moinire : Cum nulltts in hac rc inventiis sit episcopus, qui de majori ad minorcm transiret. Nous verrons dans ja suite si cette preuve est infaillijjle dans toute l'étendue qu'on pourrait lui donner, et si la supériorité de la seconde Eglise sur la jiremière sufTit toujours, et sutlit même orilinaircment pour réprouver le passage de celle-ci à celle-là.

Entre ces deux conciles, et en l'année 341, il s'en était tenu un à Antioche, dont le décret contre les trant.lations paraît plus précis ei moins susceptible de modilication qu'aucun autre canon émané sur cette niaiière r)e r.iuiorité ecclésiastique : car, en renouvelant (loi) la défense faite à un évoque de passer d'une Eglise à une autre, il ne lui jicrraet cetle transruigration. ni do son propre mouvement et par une invasion volontaire, nec sponle sua prorsus insiliens, ni comme forcé jiar l'affeclion des peuples, «ec vi coactus apopulis, ni comme subjugué par le commandement des évèques, nec ab episcopis necessitfUe compulsus. Dans tous ces cas, il veut ijue la première Eglise, confiée à cet évêque, demeure son unique partage : Maiieal autein in Ecctesia, quam primilus a /)eo sorlilus est. Je ne répondrai pas que ce «■oncile était composé en grande partie d'cvôques ariens, ou jusleujent susj)ects de favoriser l'arianisme; que les piofessions de foi qu'on y lit sont insuflisantes et captieu- .-■es; qu'un de ses canons avait élé dressé pour noircir et perdre -a jamais saint Alhanase, sous prétexte qu'après sa déposition par le concile de Tyr, il n'avait (las dû renirer dans son siège sans avoir élé rétabli par un concile plus autorisé. En etfel, la cabale arienne ne manqua pas de se prévaloir contre lui de ce canon, et, longtemps après !a faction de Théophile, confie saini Jean Chrysoslome. Mais ces réponses ne trancheraient pas la dilliculté. Nonobstant la mauvaise composition elles procédés équivoques du concile d'Antioche, ses caneuis .•'Ur la discipline ont été reçus dans l'Eglise : les règlemenis en sont salutaires et sages;

i! ne laut pas même en excepter celui où l'intention n)aligne des rédacteurs n'a été que trop visible, et dont l'abus a été si criant. Entendu dans le sens général qu'il [irésenle, et indépendamment de la fausse extension qu'on voulait alors, et quedepuis on a voulu lui donner, il est nécessaire pour maintenir dans l'Eglise l'autorilé des supérieurs, d'une part; et de l'autre, la subordination des inférieurs (152): aussi, a-t-il été souvent renouvelé. Quant au canon contre les translations, on l'a également adopté ; mais on n'a jamais pensé qu'il contredît le quatorzième canon apostolique, dont il répèle quelques paroles, et à la décision duquel il conforme la sienne: secunduin regulam super hoc olim a patribus consiilulam. L'un et l'autre rejettenl le prétexte d'une violence soufferte , pour consentir à la translation; mais c'est qu'ils supposent que celle violence est collusoire; et si le concile d'Antioche le développe et retend davantage en l'attribuant, non-seulement aux peuples, mais encore aux évoques, c'est qu'il était très-possible, c'est qu'il était plus d'une fois arrivé qu'un prélat ambitieux, ayant commencé par briguer sourdement les suffrages d'une partie du peu[ile et de quelques évêques, colorAt sa translation d'une prétendue nécessité qu'il avait lui-même provoquée. D'ailleurs, peut-on croire que le canon d'Antioche ait (irélendu abolir la juste restriction apposée par le quatorzième canon apostoliipie, d'une cause raisonnable qui oblige un évêque. de consentir à sa translation, telle, par exemple, que le bien supérieur qu'il peut faire dans l'Egliseoù il est appelé, lorsque /ujviéme n'a désiré ni procuré ce changement, et qu'il y est déterminé par le jugement et les pressantes exhortations de plusieurs évèques. La liaison manifeste entre ces deux canons ramène nécessairement le sons de l'un à celui de l'autre. C'est ainsi que les canonistes grecs, (larmi lesquels Balzamon tient le premier rang, ont interprété le canon du concile d'Antioche. Dans la collection du Droit oriental, il est dit que ce concile, de môme que celui de Nicée, a dé-

(151) Coiic. Anliocli., can. 2,

(152) (".e laiioii, qui est le iiiialiioini' de ceux puliliés dans le coiaile d'Amioclic, piiile <|iie j si ujj Cvêqiie , coiidaïuné dans un concile, un prélie lUl un diacre, coiidaiiinc par son évèipii', ose exeiier )|iiel(|iiu parile de son iiiinisléie, il ij'tiiiiM plus TesperancC d'elle rélalili dans un aulre concile, ni d'y i.iire écouler ses inoycus de défense et de jiislKicalioii. > Uue deviendraieiil les ju!<einenis eeclësiasliipies ; que deviendraieiil l'ordre et la discipliue lians ri',.:;lise, s'il élait perinis à cliaipie p.iriiciiliei, Ju,^eaul lians sa proinecaUse eontie ses siipéi leurs qui l'ont jugé , de coiiliniier rexeici( e il'iiu iiiiuislèrc dont les fonclions lui oui elé iiiierdiles, sons prélexle qu'il eroll celte semence injnsle, et sans alteniire qu'elle ail élé léioriuée par nue plus grande atilorilé ? Alors il se lendiail certainement coiipa- Ide, quand il ne l'aurait pas élé auparavant; et il coniinencerail à mériier, par sa présiunpiion et par .sa désolicissancc, la peine qui avait élé injusieineiit iléceruce contre lui. C'est ainsi qu'on a raisonné ile|)uis , en conlirmanl la disposiliuii du concile

d'Anlioclio; el c'est ce que veut dire ce mol célèbre de saint Grégoire Pape, que tout inférieur craigne d'eue lié nièiue injusleinent, liyaii limeul vet injuste. Il doit à celte sentence , tant qu'elle subsiste, si ce n'est l'aeiiuiesceiueut de soii esprit, du moins l'exectitiou provisoiie qui le concerne. Tout cela suppose que le pieiiiier jiigeinenl a élé rendu pai un tribunal coiupeleul, et peut avoir clé injuste, mais non pas nul de plein droit : or c'est ce dernier vice ijiie saiiil Allianase lepiocliait , avec raison , à la semence de dépdsiiion prononcée contre lui par le concile de Tyr. ludépendainnient des violences ([ui s'y éiaienl ccuumises, et des calomnies grossières qu'il y avait conloudues avec tant d'évidence, des prélats du patriareliat d'Anliocbe étaient-ils supérieurs , dans l'ordre liiérarcliique, du palriarche d'.Mexandrie, le second poiilife de l'Eglise , qui n'aurait dû être juïc que par le concile de sa province, peut-être mèuie de sou dépaileinent palriareal, et (|ui avait pour lui, outre l'Eglise iiniverseile dont il défendait la cause, tout le clergé d'.Mexaiidi ie , tous les évêque» d'Egyple, à l'exccplion de qui-lipics tchisinaliqucs

lAiir. V. iiiioi.. «oii\i,K. - i.KTimis \ un i;vi:udk. ktp..

ti'iiilii /il (riin.wiiiiyriidii» , et itnii lit Inmilu- (loit J5:i), |ioiir tll^llll^lll-l■ un lrfltis|ii)i(, tiilonliiii'ii (Iniis ^>uh |)i'iiiiM|)», iiiiii:i|iriiii lui iloiiiit' l'air (lo la C(>iili'.iin(i\ (l'un tcarispni l (|ui h'ost ri^ull-'uictit i|n'<M'c'f|iU^, Shiis avoir rtosecrètouioiit ni ()ublii|uuiuuiit AMibilioii-

S'il fallait recourir h l'iisngo pour l'iiluiiilro iMicori) niit'ux celto loi, nous vurrinns c)uo rKi;lise (irii'Mlalo, i>(i les canons il'Anlioelio (Mil élo iiarticuliÎTornent r(;'vér(5s, n'a l'.iscru (léri'gi'rà ci'lui-ci, en autorisant des tiaoNlations. llalitaiDon cite l'exeniple di; saint llri'noirt) de Nazianzo , IransiV'ré de Sazvmo i\ ("onstantinople, te (]ui n'est pas, (Oiiiine on !'a vu plus haut, sans i|ueli|ue dilliiulli'. Mais Syn(.Vsius nous apprend (jue >alnl Allianase, plus jaloux sans doute do lu punie de la disciplino ec(;lésia>ti(iuo, (pio liis ev(V|uos assemblés Ji Anlioche !in 3VI, transféra un 6v0(juo do son paliiarelial au sii^ge niélroplitain do riold'uiaidc l'roelns, év(i(|ne (lo ('yzique, pa>sa, de l'avis des firincipaux LW(}(]nes d'Orient, au si(!'ge de Conslanlinople; et celle liansinlioti est d'autant plus reuian]ual)le, iiu'elle avait cité approuvée auparavant par le Pape saint Célestiii, évéque d'une Éi^lise où les Irsnslalions ont pénétré plus tard , l'i ont élé loiii^tenips plus odieuses (]ue dans toutes les aulres Eglises. Suint (îcrniain fut transféré du ni(5uie sié.;e de Cyziijue à Conslailinople, avec rafipiaudisseiDent du peuple, (lu clergé séculier et régulier, v.l de tous los évècjues présents. Combien d'autres t-xem- {)Ies pouirions-nous rap|)orler qui [)iinivci:t (]uo l'Eglise grecque n a pas expliijué le canon d'ÀntiOclie , ni cfelui de Nicée sur les translalions, autrement que le (juatorzi(';ue Ciuion de ceux qu'un numnie apostoliques î

Le i]uatriôme concile de Cari liage a pris sur cette niaiièie le même canon [lour son guide (loi). Il réiHinie raiiibilioii d'un évéque, ou de tout autre clerc des rangs iîilérieurs, qui voudiail passer d'un lieu obscur à un autre plus considérable et plus distingué: Episcopus de loco ignobili ad nobilein p\.r ambilionein non transcaC , nec quisquam inferioris ordinis clericus. Mais il inévoilque l'uiililé de l'Eglise [leiit exiger ce changement : Sune si utililas t'cclesiœ fiendum poposceriC. En ce cas, il ordonne (|ue le peujile et le clergé de l'Eglise vacaiile présentent leur requête aux évé(]Ues : Dccrelo pro eo laicorum el clericoruinepisco-

pii povitictu ; (|iie \i\ translalinn •'oit di'dibén-e ihuis lo synode, in prœaenlin synudi irausfmtilur : cl ipiu néaniiinins on doiini! h riWi^qui) liaiisiéré un succe'-scur dins l'Eglise do laquelle on le délie : Alio niliilumiinm in ejn» lucuin subroijulo. V.o décrci lixa la discipline, sur les translations, du l'Eglise latine , où copendant elbs furent boancoup jilus rares, jusipi'aiix viii* et ix' siècles, (pie dans l'Eglise d'Orient.

On ne doit pas cioirc (pi(! saint Léon ait eniropris de réformer celle discipline, et iju'il ail [iroscril, s.ins réserve, toute espôct» lie translations, loisiju'il a décidé que celui (|ui , « d'une cité médio(TO se serait in géré, sous quelque prétexte que ce fi1l, d.ms radminislralinn d'un lieu plus célèbre et d'un plus grand peufile, doit ôire nonseulement chassé de cette chaire étrangère, mais privé de lasiimno profire, comme également iniligne de gouverner et ceux qu'il a convoités par avarice, et ceux qu'il a méprisés par orguc'il (iîi.'i). » Celte double exclusion est juste. L'ambitieux et l'avare ne méritent pas ipi'on les laisse jouir des objets do leurs passions: c"est rétablir l'ordre, c'est sa tisfa'ire lo vœu public, c'est, au fon(J, les servir eux-mùmes que de leur enlever ces objels.Le mépris (lour une Eglise, parce qu'elle est pauvre et petite, ne mérite lias plus d'indulgence. On méconnaît, on profane le ministère épiscopal, on ne doit l'exercer nulle nart, lorsqu'on en mesure l'excellence el la dignité sur lo plus ou le moins de richesses et d'honneurs (]ui roccomj)agnent. Les ûmes créées à l'image de Dieu, rachetées du sang de Jésus-Christ , destinées à un royaume immortel , ont besoin, en tout licm, d'un pasteur qui sache quel est leur véritable prix, et ne les estime point |iar les avantages cju'il trouve à les servir. Saint Léon najOiitL' p:is, h la vérité, les coirectifs (.]ue nous avons vus, et que déjà l'Eglise avait admis dans la causé des trunslaliiMis. Mais peut-on soup(;onner qu'il les ait rejetés? et ne s'explique-t-ii pas suflisaniment dans les mollis pervers (les translalions qu'il réprouve "? il en veut à l'avidité qui se décèle par ses intrigues; elle est bien ditrérento du modeste ilésinté- •ressemenlqui s'est toujours tenu à sa place, etne(iemande(iu'ày rester. Il ne [leut soulli-ir ()u'uiie Eglise lie peu de considération devant le monde, soit méprisée par son évét[ue. Il ne repioclurait pas cet orgueil dédaigneux à celui qui, se trouvant déjà liop

mélélieiis et ariens? Il ii'av;\ii C()iiii):iru devaiil ces prélats, ses eimeinis dcclare^. i|iii; piiiir obéir aux ordres réitérés de lenijicreiii-, l't pour doiiiior des preuves palpaldcs de son iiineceiice. Ainsi, (pjaiid il ropril ses loin lions, au retour de son exi' des (".rules, et avant (pie le jngenienl leiulii coiiire lu. ircnt eié cassé, il nelait pas dmis le cas nianiuo par le canon (l'Antioclie, quel iiu'eùl élé liî dessein de-, ailleurs de ce canon. On s'en servit dans la suite avec aussi- peu de fondenienl. conlie ^ailll Je^m-Ciiiysiib- Kînie donl la cundaniiialion, priuioiicée par 1 liéiiplille d'Ak'saiidrie el ses parliMins dans le concile du cliiiiic, ou Ut i/HCKK, n'elail |.i.-. iiiuii.s iiu:oni|ié-

lente qu'injuste.

(155) M£Tc<e«a(,- o-j f/£T«0»jTi,-. (iui orientale, t. p. 295, Iraclaui De Inuisliitionibus.)

(154) Coiic. Cnilhay. iv, cuion 27.

(15.5) < Si (piis niediocrilale civilalis ilespec adniinislratioiieiii loei celebrioris ainlderit , et : iii.a.iorein- se pleliein, qiiacniiipie occasione, transt leril, non suiiiiii calliedia qnidein pelletiir alieii sed el caieliil el pnipria. Lt iiec illis piasi ie;i (pios per avaiiliaui coiicnpivit, nec illis qiios p siiperiiiani .sprevit. » \Saiicliib l.co , episiul. S cai>. ii.)

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

iiororé du gouvernement do celte Eglise, et conservant ponr elle un atlacliemini sincère, la quille avec regret, et n'accepte le service d'une autre que par soumission : en un mot, sailli Léon déteste les Ir.insla- ^ lions pernicieuses à l'Eglise; il ne b!ânie lias, il approuve celles que l'Eglise jugeait utiles ou nécessaires avant lui, et dont elle a porté de|iuis le même jugement.

En efTet, celle tradition n'a pas variédans les <lécisions [loslérieures des souverains ponliles. On lit avec horreur, dans les Annales de rEyIixe, l'oulrageux et barliare Irailrment exercé sur le cadavre du Pape Foriuose (158), qui avait Ipassé de l'évôclié de Porto à )a chaire do Saint Pierre. C'était pousser aux derniers excès la haine des translations, jusqu'alors, il est vrai, inconnues (15") dans la succession des Pontifes riimains. Celle-ci pourtant fut ajiprouvée, et la mémoire de Formose rétablie avec tout l'honneur qui lui était dû, dans un concile tenu , peu de temps après, sous le Pape Jean. IX. On y jugea que la translation de Foruiose avait élé fondée sur une véritable iiéci s^ilé el sur i'éclat de ses vertus: Neccssil'.itis rnusa de Porluensi ecclesia Formosus pro vitœ mcrilo ad sedem apostolicam. proreclus est. Mais c'est précisément à cause de celle nécessité qu'on ajouta que cet exemlilene devait |ias tirer à conséquence, parce que les canons, celui du concile de Sardiquc, ayant défendu les translations sous peine d'ôlre privé de la communion laïipn", même à la mort, il n'était pas permis d'autoriser, dans les cas ordinaires, ce qui avait clé l'ait quelquefois par nécessité : gia'/)7)e (/uod nécessitais aliquoties induclum est , nevessitate cessante, in auctoritatein siimi non est pennissum. Le Pai)e Jean IX et son i;ondle avaient rai~on de s'expliquer ainsi dans un lemps où les translations, encore rares en Occident, n'avaient pénétré qu'une seule fois dans l'Eglise de Rome. Le changement des circonstances a dû les y rendre plus roramunesdans les siècles suivants, quoique toujours sans s'écarter des anciennes règles. Parmi beaucoup d'exemples respeclaliles, il y en a de quelques Papes qui ont clé mis au nombre des saints.

Plusieurs, et de ceux mêmes qui ont porté le plus haut les prétentions de leur siège, dans les onzième el douzième sièchiS, ont unanimement enseigné que les translations, dès lors réservées à leur autorité, u'élaienl légitimement accordées que pour l'utilité on la nécessité des Eglises, et après de soiij;ueuses informations sur les quai i lés personnelles des prélats ipii devaient être transférés. C'est la doctrine expresse de Clément II, de Grégoire VII, d'Eugène ill, d luno-

(15G) Le !':ipe Elienne VI, son .siicccssoiir, assembla, vers la lin du i\' siècle, un roncilc à Wot-M- pnur le condaniiMM-. Il (il ilciener son toips, «lu'oii a\>poila au milieu du concile, ci, l'^iyanl fail jilae. r diins le siège ponlilical, revcln de ses oincniLMils, lui parla, comme s'il eùl élé vivant, en ces lermes : . l'uiiyqiioi, itdiil cvèqiie il''- Porto, ns-lu clé assez I uHi^i ifH.1 (Juio ciivulnr l'H'jlise de liuinc? Le cada-

cenl III. Dans des temps plus récents, Clément VIII ayant demandé à Bellarmin des avis sur le gouvernement de l'Eglise et sur la réforme des abus, ce savant et pieux cardinal lui représenta, au sujet des translations en particulier, que, «suivant les canons et l'usage de l'ancienne Eglise, elles ne doivent avoir lieu que dans le cas de nécessité, ou d'une plus grande utilité, jiuisque les Eglises n'ont pas été établies pour les évèques , mais les évèques pour les Eglises. » Excellente maxime, et dont la vérité s'étend à loule espèce d'administration ; car ce ne sont pas les places qu'il faut donner aux hommes ; ce sont les hommes qu'il faut donner aux places: mais aujourd'hui, conliniie-t-il , nous >oyoi:s à tous moments des translations dont l'unique motif est de procurer à des évèipies un accroissement d'honneurs ou de richesses. » Le Pape ré|)ondit à celle sage re(irésentalion, ijue lorsipie c les translations dépendaient de lui , il s'y déterminait diftkileraent; et qu'il n'avait pas manqué d'avertir les princes, [lar lui uiôme et jiar ses nonces, » d'y apporter la jilus grande circonspection.

Les principes de l'Eglise gallicane ne diffèrent pas, sur les translations comme sur toute autre matière appartenant à la foi et aux mœurs, des principes de l'Eglise romaine. Les capitulaires de Charleniagne (on sait quelle juirt les évèques avaient à la rédaction de ces actes, surtout quand ils regardaient la disci[iline ecclésiastique ) ordonnent (158) « qu'aucun évoque ne passe d'une Eglise dans une aiilre que sur un décret des autres évèques, aucun clerc, que sur l'ordre de son propre évêque. » Le fameux Hincmar, archevêque de Reims, à qui l'on a pu reprocher quelquefois de la hauteur et de l'animosilé dans ses procédés, mais dont l'habileté dans la science des canons est universellement reconnue, a parfaitement suivi l'esprit et les règles de l'Eglise iouchanlleslranslalions.il veul(159) qu'elles soient provoquées (lar une nécessité ou une utilité certaine : Si causa cerlœ nccessilatis tel ulilitatis exegerit ; (jue cela soit u)anifeslemenl constaté par le jugement d'un concile , ou par celui du siège aposlolu|ue, synodali dispositione . rel apostolica consensionc, aperlissima ralione mnnifeslum fieridebel; qu'un évoque soit transféré jiour |;i cause de la foi, non pour un intérêt temporel, causa fidei, non temporalis eommodi: jiour le salut des âmes, non pour un inlérèt |iécuniaire, pro animarum lucro, non pro rerum temporalium (juœstu. enlin , par des inolils purs et par oliéissance, non (lar le mouvemenl impétueux de son ambition, ou

vie fui dépouille des liabils sacrés; on lui coupa Il ois doigts cl la U'ie, clou le jeta dans le Tihio.

(l57) On a ciie, mais avec peu de certilude, l'exemple de Marin 11, l'un des derniers prédécesseurs de Kormostî.

(!,■)«) C'«/ii(. Caroli Magiii, lit), i, cap. 157.

^lJ9) lli.NCM., loin II, pa^'. 7li.

IMlT V TIIKOI.. MOHAI.E. -

|iar lO <lini\ iirésoinpliii'iu ilo »n |iro|iro voloiiti) : ^('M urtline iiinhiliunis , rel fiite- ÊXniiptione prnftiKi' roluiiltitis.

A|irt''» ro Ji.sciTiUMiKMil, iiArlnuIct Iniil ilo fois ri^jiélé , t'Htro It'S niimviiisi's et les lioiiiu's Iriiiislnlioiis, il i-sl iiiutikMluJnindrc «m fXoiii|ili's (li^jà |>r()(liiits , loiitcs i-t'llrs t||ii mit éli^ t'Xi^fulét's cil Krniice, on An^letoiri' , iMi Alloma^iM', en Italie , où l'Ktîliso noii-seuleineiit lie s'est (las |>iiiint (|uc ses coiioiis eussent été violés, mais dmit elle s'est réjouie, et qui un l'on pas déloumén de [ilaeer sur ses autels dos (irélats ainsi Iraiisl'érés.

I.'iiiteiition de l'iv^liso est donc oncore, coiniiio elle l'a toujours été , (lu'iiii év(^(]ue ilciueuro ilaiis h- siège pour le(|uel il n élé eoiisacié, h moins ([ue des motifs supérieurs ne l'en tirent, et (|u'il ne soit riuioni(|uciiient aiipolé ^^ un autre siège. Kn ce cas, mais dans ce cas seul, elle approuve sa Iranslalion. 1! s'agit mainiena'ii d'.ippiiquer celte régie imnuialilo h la pialiqiie, et do juger parelle les translations (]ui se passent souvent sous nos yeux ; je dis les Iranslations , car , pour les personnes, il ne nous appartient pas de les juger : .'i Dieu ne plaise que nous en nommions, ni môu-.e que nous en désignions aumine.

Toute Iranslalion désirée, oncnrc plus sollicitée, directement ou indirectement, jiar le prélat qui s'y trouve intér('ssé, est esseiiliellemeiit vicieuse. I.es conciies et les Pères l'ont formellement décidé : /rf non ex se, nec spon(e sua int:iliens. Si quis adminislrationem loci celebriorisambierit, clc. L'engagement qui lie un év6(]ue à son Ei^lise n'a pas, de sa nature, l'indissolubilité du nœud conjugal, mais il est sérieux, il est sacré ;aii moment qu'il a été formé, il a dû être perjiéluel dans la volonté de révè(|iie, qiioi(iiie subordonné à des causes de ilissolulion , qu'il ne [louvait alors prévoir, ni prendre contre elles des précautions irrévocables. Il ne lui est donc pas permis, avant que ces causes soient survenues , et qu'il ait pu jiigi r que c'est la Providence qui les amène, de penser de lui-même à se dégager, |)Our contracter un nouvel engagement. S'il en conçoit le dess(!in, s'il travaille à l'exécuter, il commet une intidélité réelle envers son Eglise, il en commet une envers Dieu, qui a scellé son union avec elle par l'infusion de l'Es()rii-s;nnt et (lar le caractère é|)iscopal. Une translation de cette espèce aura, si l'on veut , de belles apparences aux yeux des hommes : ils en auront auguré le succès ; ils ne cesseront pas peut-être, après l'événement, d'y ap[ilaudir; mais Dieu , qui sonde les cœurs et qui juge par des vues plus hautes, condamne une pertidio dont il démêle les vraies motifs et les faux prétextes, qui offense son Eglise et insulte à sa propre majesté.

Il n'en est pas ici de la translation comme de la démission ; l'une et l'autre, il est vrai, rompent le lien qui atlaclie un évoque à son

LETTIIKS A IN KVKOIIK. ETC. T-'H

Eglise; l'iinu et l'autre ne le rompent légiliniemeiit que- lorsciii'elles sont approuvées comme elles doivent l'être. I.a dilléreiico entre l'uno et l'autre est qu'un évêqiie se démet pour être délivré du fardeau do l'épiscopal ; il est transféré jiour so charger d'un fardeau seiiililai)le, r;t qui même, dans la rêf^hs générale, devrait être |dus grand. Or, il faut bien iiu'uiio abdication, dont lo terrine est de ren(lr(! un évêque h soi cl de le débarrasser de Ttixorcice du ministère épiscopal, ait son origine dans sa volonté, mue d'elle-même, on librement délerminée fiar les conseils d'aulrui. La démission, arrachée par la crainte, ressemble à la dé|iositioii , il ne lui en manque que l'appareil et le jugement : elle es! plus ou moins irrégulière . suivant les motifs qui l'inspirent et les rpialilés du sujet sur lequel on exenis cette espèce do contrainte. Le projet de se démettre n'est donc pas, dans un évêque, un commennement d'infraction h l'engagement contracté avec son Eglise. La démission nu consomme pas cette infraction, pourvu (]ue ses raisons soient bonnes, qu'il les ait toujours soumises h la décision de ses supérieurs , et (ju'enlin il ne se retire qu'avec leur consentement. Les exem|iles contraires de démissions clandestineraent exécutées, évasions |)lutôt que renonciations canoniques, ne sont excusables que par l'inte'ition : s'il y en a qu'on puisse admirer, c'iîsI en les rafiportant à des inspirations extr.iordinaires qui n'en autoriseiit'pas l'imililion. Dans l'ordre commun des démissions, le nœud épiscopal n'est véritablement dissous que par leur acce[)tation précédée d'examen; il ne l'est point parle projet que l'évêque en avait conçu. Mais quand il s'agit d'une translation , si le projet en vient de l'évoque déjà lié, c'est alors de sa part un divorce médité qui a nécessairement pour principe, ou le dégoût de sa première éiiouse, incompatible avecla fidélité qu'il lui a [iromise au pied des autels, ou la préférence qu'il donne à une autre, ce qui ajoute au crime de sa séparation celui d'une passion adultère, dont le nom seul fait horreur à une âme chaste et chrétienne.

L'entrée dans l'épiscopal ne peut-être pure, si elle n'a été précédée d'une Inimililé et d'une frayeur qui en excluent le désir elfectif, et, à plus forte raison, toute démarclie jiour y parvenir. La translation exige une vocalion plus marquée, et (pii fasse encore plus de violence à la modestie, que la première promotion à l'épiscopal. Les mômes motifs, suggérés par la religioi, ennemis de l'ambition et de la cupidité, sont communs à l'une et à l'autre. La translation a de [larliculier celui d'un engagement antérieur qu'il faut romiire. 11 y a donc plus d'obstacles à vaincre , plus d'iiiforn'.ations à prendre, plus de préliminaires à remplir, pour assurer la légitimité d'une translation, que celle de l'entrée dans l'épiscopal. Anssi le Pape Eugène lU (loOj, a(irès

(liiOj lÀCLML, III, rpUloUi ad qùscpiws GcnminiiC, ;iiuul Uauo.mcm, aiiiio H52, ii. '.

ŒUVRES COMPLETF.S DE I.EFRANC DE POMPIGNAN.

avoir déclaré, conformément à la docirine de l'Eglise , que « la loi de Dieu ne permet les Iranslalions des évoques que sur des preuves manifeste d'ulililéou de nécessité, « ;ijoule»qu"tlles doiveni être prévenues par une plus grande concorde dans l'élection, » que si l'on élisait un sujet qui ne fût pas dans l'ordre épiscopa/. Celte décision est calquée sur l'esprit des anciens canons. Ils ne se contentaient jias , dans les translations, d'une élection où l'on prtt soupçonner la prépondérance de la brigue ou du crédit. Ils en voulaient une qui par son unanimité, sa liberté, sa régularité, altesiâl évidemment aux évêques comprovinciaux le vœu de l'Eglise vacante, et le besoin qu'elle croyait avoir des service d'un évéque éprouvé.

L'élection qui aurait pu suffire dans les occasions ordinaires, ne suffisait pas dans celle-ci. Si donc il était défendu de s'otfrir soi-même pour être promu à l'épiscopat, cette défense était encore plus rigoureuse pour être tranféré d'un siège à un autre. Depuis que les élections où le ])euple et le clergé concouraient , ne subsistent plus, et que les translations ne sont plus renvoyées au jugement des évêques comprovinciaux, les Piipes ne peuvent interposer le leur, suivant les concordats nationaux , que sur les élections capitulaires dont ces concordats leur donnent droit de connaître; alors ils regardent le vœu d'un chapitre apjielant h son Eglise vacante un évêque attaché à une autre , comnje une postulation , plutôt que comme une véritable élection. Ce qui confirme l'opinio;) où l'on a toujours été dans l'Eglise, (|Ufa la translation souffre des difficultés qui lui sont propres, et qu'elle ne partage pas avec l'élévation ordinaire à l'épiscopat.

Ces dillicultés, je l'avoue, semblent s'être évanouies dans les lieux où les nominations des princes ont remplacé les anciennes élections. Ces nominations lient les mains du Pape, à moins que son refus ne fût autorisé par une telle incapjicité ou indignité de la personne qu'on lui présente, que les princes Se vissent obligés de convenir eux-mêni5s de la sur[)rise laite .') leur religion. C'est l'état actuel des choses; il ne laisse pas les Papes plus véiitableuient libres dans l'acceplalion des translations que dans celle des autres nominations. La seule ressource qui leur reste, cmiime à Clément Vlll , est d'avertir paternellement les princes, que si le choix Ut s sujets qu'ils nomment à l'épiscopat, exige d'ejx en général les [ilus exactes préciiutions, ils doivent les redoublerquand il s agit de tirer un évè(|ue de son siège et de le porter sur un autre : du reste, et sans avoir besoin de ces avertissements, si dignes d'un chef de l'Eglise, la conscience des piinces en demeure chargée, ainsi que celle de leurs ministres en celte partie. Mais |i()ur nous renfermer dans les obligations des prélats, il suit évidemment de tout ce qui vif ni d'èlre dit, qu'aucun d'eux ne jieul solliciter, ni mênnj désirer sa translation, et qua)ant en cela le même tort que

tout ecclésiastique qui désire et sollicite un évêché, il aurait, de plus, celui de violer la foi qu'il doit à son Eglise. Nous serions liien à plaindre, vous et moi, si nous avions à nous reprocher ce désir ambitieux et infidèle ; nous le serions même si , pour consentir à être transférés, nous n'avions pas attendu de plus grandes preuves de vocation, que pour accepter la première fois le fardeau de répiscof)at : c'est encore assez que le défaut de certitude sur cette vocation, et que le regard continuel (ie notre cœur vers des Eglises dont nous pensions que la mort seule nous sé|iarerait.

Il est des translations ijui portent, s'il est permis de le dire, leur réprobation sur le iront : ce sont celles oii il est impossible d'apercevoir la nécessité ou l'utilité de l'Eglise, les seuls motifs canoniques qui puissent les justifier; on n'y trouve qu'un intérêt personnel pour le prélat transféré. Piir exemple, deux Eglises sont d'une égale importance pour la religion; même nombre h peu près et même qualité d'habitants; composition semblable du clergé; mêmes services à rendre dans la cause de la foi et des mœurs; égalité de talents et de connaissances, do vigueur de corps et d'activité dans l'esprit pour les différentes fonctions du gouvernement diocésain. Mais l'une est plus riche que l'autre, quelquefois elle a, selon le siècle, des prérogatives et des honneurs que l'autre n'a pas ; d'autres fois, elle est plus commode pour le prélat (ju'il s'agit delransférer, soit en le rapprochant de sa famille ou de ses amis, soit en lui procurant une société |ilus agréable, un climat plus riant, une plus belle habitation. Voilà les motifs de ces translations; je ne dis pas motifs secrets et cachés dans le cœur : il faudrait en renvoyer le jugement à Dieu , comme du désir d'être transféré, si ce désir n'a pas élé manifesté par des témoignages extérieurs ; mais motifs publics, avoués môme et soutenus par le prélat intéressé , acceptés , d'après cet aveu, par celui qui doit décider la translation. Si de jiareils motifs sont excusables, et si la translation dont ils sont sensiblement la base est légitime, que deviennent les écrits des Pères , les actes des conciles , les décrets des Papes et tout le droit ecclésiastique sur celle matière?

Et pour commencer par la supériorilé des richesses et des honneurs, amorce de l'ambition ou de l'avarice, n'est-ce pas là précisément ce que l'Kglise a voulu bannir de toutes les Iranslalions? Nous avons entendu dire à saint Jérôme que le concile de Nicéo a défendu le passage d'une Eglise dans une autre , de peur qu'un évêque, méprisant la société de sa première épouse pauvre , ne se jette dans les bras adultères d'une seconde plus riche : Ne virginis jmupcrculœ societale contempla, ditioris adulterœ quœrat amplexus. Nous avons vu le concile de Sardi(jue, le quatrième concile de Carth.ige , le grand saint Léon, caractériser les translations vicieuses par h préférence donnée à un siège plus Ojiulent , ou plus distingué,

l'Mir. V. TIIF.OI. MOIUIK - l.rilUKSA UN F.VKQUE, KTC.

Mir l'olui i|iii n'fl pns les hh'^miu.s iivAnlfl^o!) tiMiipnirls : De tninori vivîtate ud mnjornn, lie lui» ii/nubili lul itiihilfiri, df meiliunidite iiiiliilii aiiie iid udministnitionem toci celebiiorii. l.'uiii'|ii>< o\ei-|)li(>n , (|ii('li|iii>r(iis i-V|iriMit''0 , il'aulres fois siuis-oiilcniliiu h l'fHo délViiso, esl (lui! riiilcriM lio l'Ivi^liso, ell'araiil ttiii( intérêt iiorsoiiiicl dont lu iiu^- I II gu 110 (loil j;iuuiis ôtre lult^ré, snllicitu le I a'*^i\g<i d'un iiioiiiilro <>\é'^t' à un [)lus grand ; 1 '»'>t et) iiu'oii 110 voil pas ici. Tout y osl on l'.ivfiii' de lii peisonni' , l'ii'i" pour rKj;lise, puis |u'oii esl d'aci orl .|U(i le setond dr ces siégrs no lourni! pas plus do uio\ens de la servir (|ue le premier. Ou le n'en lurmé avec it'lui-ei est un jeu , tm il doit tîlro res|)ect6 diuis celle occiisioii. I,.i rupture n'eu tournerait (|u'uu piolit du déseï leur et du transtiJt;e; elle raiiu lierait cet assemlilage |irol'aue dont saint I.énn si; plaignait si ainèrorenienl, te dédain orgueilleux d'une Eglise, joint à l'avare ou ambitieuse convoitise d'une autre.

Il s'agit , dit-on , de rtVompenscr nn évôi|iie qui se conduit bien dans sa place. De siège supérieur en ulililé pour rKgliso, il ne s'en présente pas iju'un puisse lui donner; peul-6tre ne le voudrait-on pas, s'il s'en présentait , peut-être lui-niùine s'en soucie peu : il craint, plus ([u'il ne le désire, un surcroit de travail et de peines: mais il croit mériter une récompense; il la trouve, on la lui accorde dans une augmentation de fortune, dans radjoucliiui d'un titie plus lionoriliquc. J'entends (]uo c'est ainsi qu'on pense et (|u'on agit selun l'esprit du monde. Le monde ne poul iniprouver un [irocédé coiiloriiie à des maximes qui sont les siennes : niais celles de l'Kvangile sont bien différentes ; et si Ton y ajoute les règles [irescriles par l'Eglise à ses ministres, il y aura lieu de s'étonner (juc ces motifs de translation soient avoués sans honte et l'avorablejuent accueillis.

(Jue veut-on dire par ces paroles, un évêque se condut bien dans sa place? Je n'analyse! ai pas cette conduite ; je ne la conlronter.ii (ia> avi c les devoirs de l'épiscopat ; je n'jipprofondiiai pas res|irit dont elle est animée, qiioit(iie ;\ parler franchement, il serait ddlicile d'y prendre le change et de ne pas distinguer une honnêteté purement humaine, une prudence plus séculière que religieuse, du zèle et de la piété. Mais enfin Celle conduite, fût-elle épiscopale de tout point, quelle récompense en demande-t-il ? !l cnmiaît mal le ministère apostolique, s'il croit que les mérites, acquis en l'exerçant, puissent être payés par les biens dont les liomiues disposent. Ceux qui le récompensent de cette manière, sont d'aussi mauvais estimateurs que lui. SL ses vertus, ses talents.ses travaux le montraient digne, non (las d'un siège plus riche ou plus honorable aux yeux du monde , mais d'un siège plus inqiortanl, plus pénible, auquel il fût nécessaire, où il pût rendre de plus grands

M'rvices ft l'Kglise, il Inudrait l'y éli'ver, iiiiirn» pDiir le réc(>iu|iifiiser (car uni.' Iranslalion 110 saurait jamais être une récoinpeh>o per.sonnello), (lue pour subvenir 'un iiesoins el pourvoir a l'ulililé do l'Kglise. Mais, que son émulalinn dans le gouvernement du diocèse qui lui est confié, ne puisse être soutenue que par la perspective d'une autre prélature ipii llallo davantage sa cupidité ou sa vanité, c'i'st une (ireiive évidente i|u'il ne mérite pas môme celle qu'il a, (ju'il ne s'y conduit pas, quoi qu'on en dise, comme il le devrai!, et (pie si on ne iii'iit l'en déposséder, au moins ne faut-il pas le placer ailleurs, (^'est un exemple scandaleux ipi'il donne, et dont on se rend complice eu secondant ses vues; c'esl traiter un évèclié comme un do ces établisscmenis jiassagers qu'on garde jusqu'à ce qu'on ait trouvé mieux.

J'en dis autant de la convenance qui résulte du rnp[ir(icliement île sa famille et de ses ami<, etde l'avantage(pi'or) cherche (Uns un plus beau logement, lians un pays plus agréable ou mieux habité. Ce sont (Je bien petits objets pour entrer dans une coiii[i3raisnn d'évèchés. Je vois, dans l'Histoire ecclésiastiiiue , de pieux prélats (lui ont demandé avec instance d'être déchargi^s de sièges éiiiscopaux , où on les avait atlachès malgré eux, et dont ils ne pouvaient supporler le climat ou les habitants. Quehiuesnns d'eux, après avoir obtenu leur retraite, ont été ensuite (toujours sans y avoir |iensé et contre leurs propres désirs) ajjjielés à d'autres sièges, où ils n'avaient jias les mêmes obstacles à combattre. Je conviens qu'un évéque qui les éprouverait aujouitl'hui, capable cepimdant de servir utilement l'Kglise, pourrait être canoniquement transféré, aveit autant et même plus de raison, (ju'on peut sur ce fondement accepter sa renonciation. Mais j'ai beau parcourir les fastes de FKglise, ils ne présentent fias de translations approuvées, telles qu'on les suppose ici. Il n'y a aucun canon de concile, aucun rescrit du Saint-Siège où les causes en soient réputées légitimes; au contraire, l'une des dispositions cjue l'Eglise exige d'un évèijue, au moment de sa consécration, est de se vouer tout entier au ministère qui lui échoit en partage : Vide minislerium quod accrpisfi in Domino, ut illud impleas (l(il). S'il avait plu à la Providence qu'il exerçât ce ministère auprès de sa famille, dans le commerce de ses amis, dans une résidence plus conforme à ses goûts naturels, il aurait eu à se défendre de celte tentation, et le plus grand malheur pour lui eût été d'y succomber aux dépens de son devoir. Maintenant que Dieu l'en a préservé, il n'est pas temps pour lui de chercher ce qu'il aurait dû craindre. H ne lui est pas permis de rompre , |)Our sa propre satisfaction, le nœud qui l'unit h son Eglise. (Juiconipie regarde en arrière, après avoir mis lu mainù lucliarrue,n est pas propre auroyaume

(161) ColosB. IV, 17.

œUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.

ÔU

de Dieu. Celui-là l'est encore moins qui, chargé par le Père de famille do cultiver «ne jiortion de son champ, l'abandonne pour jeter su faux dans une autre moisson qui lui filaît davantage, mais sans mission rie sa part et contre ses ordres.

Quelques égards que méritent les translations canoniques, je ne saurais nommer ainsi, sans les examiner plus à fond, celles qui se multiplient ilans une même personne. Il me semble que c'est bien assez pour un évoque d'avoir été transféré, s'il a dû l'être, une fois dans sa vie. Je ne voudrais pas condamner indistinctement tous ceux qui nnt passé, avec réserve, ce nombre, quoiqu'il y en ait bien peu dont la mémoire soit sins tache dans l'Eglise; mais certainement elle ne peut-être édifiée de voir un de ses prélats l'arcourir successivement beaucoup desiéges épiscopaux; le moindre reproche qu'elle ait à lui faire, est celui d'inconstance el d'inquiétude, si ce n'est pas celui d'avarice ou d'ambition. Il est des missionnaires qui, n'étant attachés au service d'aucune Eglise, ou dans les iiilervallos que ce service leur laisse, aiment à varier le théâtre de leurs travaux, etnes'arrêlent longtemps nulle part, pour réjiandre en plus d'endroits la semence de la parole. Dieu appelle quelques-uns de ses ministres à cette espèce d'aposlolat. Les évoques, quoique successeurs des apAlres, ont une vocation dilférenle ; la résidence assidue dans les diocèses qui leur sont respectivement assignés, est pour eux d'une étroite obligation ; et si cette résidence n'emportait point par elleiiiême la stabilité, autant vaudrait les en dispenser entièrement : car un évêque qui a gouverné peu de temps un diocèse, lui demeure presque aussi inutile que s'il n'y eût jamais résidé : on n'a pas eu le temps de l'y connaître, el lui-même ne s'y est pas assez attaché pour inspirer de l'attachement et de la conûance. En vain on opposerait l'exemple des prélats dont nous avons déjà eu occasion de parler, que l'on consacrait autrefois, non pour des diocèses déterminés, mais]iourde vastes régions à convertir, ou de ceux qui, soit par un ordre exjirès du Saint-Siège, soit par une inspiration secrète, quiitaient leurs diocèses, ou pour toujours, ou pour quelque teiups, dans le dessein d'aller prêcher l'Evangile à d'autres peuples. Ce n'étaient pas là des infractions à la r(;sidence, encore moins des translations : celles-ci ne sont justifiées que par des circonstances dont la répétition n'est guère vraisemblable dans la vie d'un seul nomme; elles deviennent choquantes, et n'ont plus même de prétexte apparent, lorsqu'elles ne font que montrer, dans un jiassage rapide, le môme titulaire à diverses Eglises.

Uegarderons-nous comme essentiellement vicieuse, toute translation d'une moindre Eglise à une plus considérable? Car nous

avons vu qu'Osius attestait, devant le concile do Sardique, qu'il ne s'était pas encore trouvé d'évêque qui eût passé d'une plus grande Eglise à une moindre; d'où il concluait que l'ambition élait le mobile de ces translations. Si Osius avait vécu beaucoup plus tard, il aurait vu, ce qu'on ne connaissait pas de son temps, l'échange d'une dignité supérieure, dans l'ordre hiérarchique, contre une dignité égale, quelquefois inférieure, dans le même ordre; et il n'en aurait été que plus scandalisé de ces translations, suriout des dernières : il y aurait aperçu, non pas une humilité chrétienne qui descenii volontairement, mais une avidité sordide qui met les richesses au-dessus de tout, et ne rougit pas de sacrifier à cette idole la supériorité du rang, les bienséances publiques, l'honneur même du monde. Dans le contraste dedeux dignités égales, il aurait pardonné l'abandon de l'une, au plus grand bien qu'il y avait à faire dans l'autre ; mais si cette ditférence ne s'y rencontrait pas, si elle consistait uniquement dans des vues particulières ou dans des avantages temporels , il aurait pensé que la translation n'était pas moins irrégulière que si l'inégalité des rangs en avait été le principe.

Est-il donc vrai, encore une fois, que cette inégalité sullise pour réprouver uno translation? Oui, si la translation a été sollicitée, désirée par l'évoque : car c'est alors l'oigueil qui dit (162), Je monterai, je placerai mon Irôtie plus haut. C'est la présomption qui, déjà trop faible pour le fardeau qu'elle porte, s'offre à une charge plus [lésante : oui, si la faveur, l'intrigue, le crédit ont déterminé sa translation; car en celte matière, plus que dans toute autre, l'acceptation des personnes est souverainement injuste, et la prééminence du mérite est le seul titre qui doive décider : oui enfin si, quelque mérite qu'on lui connaisse, l'Eglise peut se passer de ses services dans la dignité supérieure qu'on lui prépare, ou y en recevoir d'aussi utiles de quelqu'un qui ne soit (las engagé comme lui, el qui soit facile à trouver. Car dans cotte supposition, le motif d'une nécessité véritable, ou d'une plus grande utilité, disparaît, et tout le poids des anathèmes de l'Eglise retombe sur la translation que ce motif n'autorise pas.

Mais s'il doit avoir lieu, c'est principalement dans le passage d'un moindre siège à un plus élevé et plus important à tous égards. Celui-ci ayant plus de aevoirs à remplir , el une autorité plus étendue à exercer, demande naturellement plus de connaissances acquises, plus d'expénenco dans le gouvernement, des vertus épiscopales plus éprouvées, une réputation plus établie: il convient donc mieux, le mérite personnel paraissant d'ailleurs égal, à un évéque dont les preuves sont faites, qu'à

(162) Dicebas in co'de lito : In cœluin consicn /«m,5w;)fr uslii iô.J

Dii exiitabo suliiim incum. (Isa. xiv,

l'AKT. y. TIIKOI.. MOUVI.K. - LETTIIKS A UN F.VEQUi:. CTC.

un oi'rlii.siitslii|uu ilu stn-oml orilro, i|iii prniiiet l>t<niH'(iu|i, niais u'n \)as fin iiru réolisé, «laiis ruiliiiiiiislrflliuii il'iiii ilmcùsu , lus fs- |MTniiit's ([u'ildoniio. Trim-NlVror l'un )> la (iliii'u plus i^iiiinuiilu, ut dans rellu qui l'Dst mollis essayer lus laleiilsiie l'autro, est un aiiede |iruiience, un service ronJuàriiglisi\ l.o iimii'iis iMniiais^.'iieiil peu celte (^raduimn, pane (|u'il était d'uNiige parmi eux , i|ue cliiH|ue evt^(JUo l'dt lire du sa pro|ii(; l':i;lise;et ccpeiid;iiit ils dérogeaient tpu'li|Uet°i)is h cet usage, iioii-seuleiiieiil pour des prOtres étrangers >|u'oii appelait au gouveiiH'iiiciil d'une Kglise vacante, mais pourdos préUits ipi'oii jugeait nécessaires à des diocèses plus dilliciles et plus intéressants quo le leur. Nous en avons cité dos exemples dans les siècles les plus éclairés et les plus iiurs. Aujourd'hui , et depuis longtemps, l'incorporation dans une Eglise a cesséd'étro le degré ordinaire [lour en devenir le cliel'; le choix esliiarl'aiteiuont lihro dans toui le clergé d'un royaume, quand il s'agit do pourvoir à un siège vacant. Si ce siège esl d'une inuiorlance singulière, soit pour les besoins du diocèse, soit pour le bien général de la religion, qui peut trouver mauvais qu'on 3 place en connaissance de cause, avec des intentions droite.s, et par un piocéilé canonique, un évêquo pieux , habile, désintéressé? (Jui osera mettre cette translation au nombre de celles quo le passage d'un moindre siège à un (ilus grand rendait odieuses au concile de Sardique'/

Les Souverains l'onlilesonl jieiisé aucoii- Iraire i]ue co passage était lavorable, pourvu loulelois que le prélat à translérer eût les qualités requises pour assurer le succès de sa translation. Cléinenl 11 voulait (103) que dans ces occasions on véritidt, jiar un examen soigneux de la personne , si la translation était nécessaire, diligentisdme perscnUanda esl persona , utrum necessario sil Iransmulanda, atin que la plus grande utilité concourùtavec I élévation à un plus grand siège: Ac sic major utitilas oriutur , ubi major sedes assiimilur. Innocent 111 esl encore plus esjirès : il reprochait (16i), entre autres griefs, à l'évoque d'Hildesbeim d'avoir passée l'évèclié de VUrtsbourg, qui n était pas unedignitesupérieure, et ne l'empoitaii que par les richesses : il soutenait que la dispense, précédeunnenl accordée |iar le Sainl-Siége à cet évêque, de passer à une plus grande Eglise, s'il y était appelé, et si aucun obstacle canonique ne l'en éloignait, n'avait pas dû être appliquée à la iianslation qu'il s'était permise. Elleeùl pu, selon quelques-uns, autoriser son passage à une dignité supérieure (ce que le Pape n'accordait (las pour des raisons étrangères à la question présente], mais non pas à une dibmté égale, parce qu'il est d'usage de disl'cnser (dus lacilement dansie (lassage à une dignité plus grande, à cause de la plus gran-

(163) Cleiicxs 11, Episl. ad arcliiepiscopiim Salcr- K'ù/Hiim, ;ipiiil Kakomim, ;iiiiiu 10i7, ii. 11.

^i'jl) Is.MiiicMiLs III, liiiilo 7, Oe Iniiiiliilioiiibus,

de utilité : (uni in mnjuri diijnilulr, prnjilrr mnjurem utiiitnlem, fui ttius soient dupenuiri. I.u iiièiiH! l'apr III* pouvait soullrir (10.*); que le patrinrchu latin d'.\iiliocliu eût eiitnqirix de IraiisIériT h un évècliè un archi'véquo élu : Nous avez rendu, lui disait-il, p;ir une nouvelle inètaiiKjrphose , plus polit celui qui était plus grand; vous avez dégradé un arcliovèijue en lu i'aisaiit év6qiii* , ou plulôl, en lui iMaiil la dignité ar(hiépisco|iale : Ephi-opare urchiepiscopum , seu votius dearcliiepiscopart jjrœi ni fin. •

Avouons néaninoins que ce passage à une tligiiilé siipéiieiire, i*! un siège plus considérable, dans locas même où il est utile, où il est nécessaire, jieut laisser sur le prélat Iransféré un vernis d'orgueil el d'ambition. C'est jiour cela ipio les anciens se déliaienl des translations, el (|u'ils avaient pris les précautions les plus fortes pour que, d'une part, elles fussent rares, el de l'autre, (ju'elles fussent a{)prouvées avec tant d'éclat, (ju'on nejiûty soupçonner de secrètes manœuvres, ni des motifs pervers. Le changement introduit dans les élections des évoques et dans l'appreiitissago du minislôro épisco|ial, a enlraiiié l'habitude et la inulliplicilé des translations; elles ont des causes et des avantages qu'elles n'avaient pas autrefois aussi couiinunèinent; el |iarmi les sièges priiicijiaux, il en esl peu, j'ose le dire, iju'il ne faille remplir, dans l'état actuel des choses, plutôt par un évèque déjà formé, que par un sujet encore novice dans les travaux de l'épiscopat. Mais l'esprit de IKglise est toujours le môme : idusieurs de ces règles, dictées par cet esprit, sont invariables et iuiperscriplibles, celle, par exemple, qui exige une nécessité réelle, ou une plus grande utilité, comme le fondement de toute translation légitime. 11 esl triste que l'application de cette règle, forcée entre les mains du Pape, libre, mais imjièrieuse dans le souverain qui nomme et présente, dépende, en dernière analyse, de la conscience du ()rèlat intéressé el des conseils qu'il prend ou qu'il suit sur sa translation. Ouel embarras, quelle perplexité que d'avoir à juger par sesjiropres lumières, pur d'autres même qui ne sont pas puisées dans l'ordre hiérarchique, si l'on esl nécessaire à une autre Eglise, si on y est appelé pour le plus grand bien, el si le moment est venu de substiiuer un nouvel engagement à celui dont on était lié 1 Nous savons. Monseigneur, ce qu'il en coule, quand on ne désire que son salut, jiour franchir ce pas, el après l'avoir lianchl. Il manque, d'ailleurs , quelque chose à l'éditicationde l'Eglise, témoin de ces translations, sans être aulheiitiquenieiit informée des raisons canoniques qui les déterminent. La salle des événements et une lin heureuse [leuvenl seules lui donner l'assurance qu'elle n'a pas d'abord.

lIOS) Innoceistius III, Epist. ad palriarcham Anliuiiiciiiiiii, lilulu 7, De trunliilioinhus, c^ip. 1.

OEUVRES COMI'LETES DE LEFUAiNC DE POMPIGNAN.

Nous avons dit plus haut, et nous le répétons volonliers , qu'un remède désirable à ces inconvénients, serait le jugement préalable des prélats coinfirovinciauT, tant du siège où l'on doit être transféré , que de celui qu'il est question de quitter. Ce jugement ne préjudicierait pas à l'autorité que les souverains pontifes exercent depuis bien des siècles dans la matière des translations. Nous ne prétendons pas qu'on doive les en dépouiller; mais nous voudrions que l'exercice en îùl plus éclairé, comme plus volontaire.

Ils en exercent une semblable, et qui ne mérite pas moins d'être conservée, à l'égard des démissions : elles ont besoin d'une acceptation valable, pour dégager l'évêque attaché à son Eglise, et qui veut en être déchargé. Il est établi, il est juste que cette acceptation émane du chef de l'Eglise; on peut même dire que des instructions publiques et loi;ales tout à la lois ne sont pas autant nécessaires ici que dans les translations : car un évêque à transférer n';ibandonnepas,;i la vérité, le service de l'Eglise; mais il y a lieu de craindre qu'il ne veuille la servir avec plus d'avantage pour lui; et la question est toujours de savoir, indépendamment de ses vues personnelles, s'il la servira mieux dans un nouveau siège que dans le sien. L'évêque qui se démet, ne demande que sa propre délivrance, et dans le doute cummun, entre les translations et les démissions, si l'engagfment contracté par un prélat avec son Eglise doit être rompu, l'examen devient plus court de moitié : aussi les démissions sont-elles moins suspectes aux zélateurs de la discipline ecclésiastique que les translations. Elles ont cependant leurs règles, et c'est ce qui nous reste à examiner.

Ces régies n'ont jamais été mieux exposées que dans les lettres d'Innocent III à l'archevêque de Cagliari (16C) : il y fait le Jé(iombrement des causes qui peuvent autoriser un évêque à demander sa démission. Il en compte six, aux(juelles on pouiraii en ajouter une septième dont les exem()les n'étaient guère connus de son temps; savoir, l'incomiiatibilité de l'exercice actuel de la dignité épiscopale dans un diocèse, avec d'autres fonctions d'une utilité encore plus grande pour la religion et pour l'étal. Mais re savant Pape observe judicieusement qu'il fuut de la réserve et du discernement uans l'application de ces causes : Sed in liis omnibus esl obscrvanda caulela.

Le témoignage que la conscience est forcée de se rendre d'un crime commis, est la première: Conscientia criminii. Alais, est-ce de toute espèce de péché ? Non, sans doute, car il y en aurait peu, et môme point, (jui persévérassent Uans ce minisière,si tous ceux-là y renonçaient, à qui leur conscience fait des refiroclies. Il ne s'agit donc >|ue d'un crime qui furme obstacle à l'exercice du ministère épiscopal, même après

l'avoir expié par la pénitence : lllius duntaxat, propter quod ipsius officii exsucutin, post peractam pœnitenliam, impedilur. On en a vu des exenifiles dans la Letcre sur l'Entrée dans l'épiscopat.

La seconde cause est la faiblesse du corps, qui provient ou -de vieillesse, ou d'intiimité; mais cela doit s'entendre d'une faiblesse qui rende le prélat absolument iniiabile aux fonctions pastorales : Pe.r quam impolens redditur ad exercendum officiuin pastorale. Car il arrive souvent que lu maturité des mœurs et de l'esprit, apanage ordinaire des vieillards, est une raison plus forte (jour continuer l'exercice de l'épiscopat, que la débilité de l'âge, pour en s)rtir; et quelquefois la faiblesse du corps augmente la force de l'âme.

La troisième est le défaut de science, et celle-là est du plus grand poids, attendu la nécessité de la science pour gouverner le peuple de Dieu, et les leriibles menacj* que Dieu fait au\ pasteurs ignorants. Toutefois, si la science éiuinente est désirable dans un pasteur, on peut tolérer en lui une science médiocre, mais suffisante : Qaanqtiain-, etsi desirunda sit emintns scientia in pastorc, in eo tamen sit compclens toleranda. LWpôtre nous avertit que la science enlle, mais que la chanté édihe : il est donc possible (]ue la perfection de la charité su|i|ilée à l'imperfection de la science : Et ideo imperfeclum scienliœ potest supplere perfeclio charitatis.

Le quatrième est la méchanceté du peuple, malitia populi : lua-is une méchanceté invincible à tous les soins du pasteur, aigrie contre sa personne, envenimée par sa présence, et qui lui impose l'obligation u'essayer si Dieu, qui n"a pas jugé a propos do bénir son -ministère auprès de ce peuple rebelle, n'y rendra pas le ministère d'un autre plus fructueux. Il ne lui est pouriant pas permis de tirer la même consé(|uenco de toutes les traverses qu'il jieut éprouver; car il y en a qu'il doit supporter, dans l'es- |ioir de corriger les méchants par sa patience, et dans la crainte de pioduire de plus grands maux ()ar un excès de roideur, ou par sa désertion.

La cinquième esl un scandale grave, qui ne i)eut être évité ou ell'acé que par ce moyen. Il serait en elfet honteux qu'un évêque parût plus attaché aux honneurs de sa dignilé qu au salut éternel des âmes qui lui Sont conliées : Ne plus temporatem honorem quam œlernam videalur affeclare salutem. Sur quoi il faut distinguer entre un scandale injustement ou malicieusement reçu, le scandale pharisaïque, et un scandale donné par une action, ou une iiiii)rudence inexcusable; entre un scandale légèrement ou faussement excité, et un scandale tellement répandu, tellement alïeimi qu'il ollusque et tlétrit la réputation dont un évêque a besoin pour l'exercice utile do Son ministère.

(166) IwNoCENTius III, Lpisi. ad archiepiscopum CuUiiiUiii:im, liiujo 9, De rennniiniione, rnp. 10.

l'Ain V TllldL. MOIlAI.i:. —

I.n si\i<''mo osl riiii''^ul.'iiili^ Mais si cllo est (lu iioiiiliro (lo reWvs ilnut l'Kgliae (leiiC ilis|i(^n>i'i-, si II- |>rtMal i|ui l'nvait emcjurui' a liiiijiiuis «né liilèle il srs (Itvuirs, cl ([iio rii^iiiiiiioins il ileiriHiule, coiiiiiRt irrt'^^uliui', sa démission, cIIk ne doit |iiis lui ôlio iiccoi(léi). Il y " 'iiit>'tiit du sa^ossoi|uo do charili^ h Icvi'r alors reiii|i(''i:lK!iuuiit (|ui |)rivt'riiit l'KKlisu do sus seivicus : Cuni eu, qui limtluhiliter of/ifium sttum ntlimiilrvit, putesl non minus ulilitvr quant luuduOilihr diiptnsuri.

Apit^s cos observations. Innocent III rejfltf d'autres causes do déniission, dont les unes sont l'iivoles et hkhiiahlos, telles qiie le goût d'une vii; plus tranquille et plus libre; d'autres sont plus sp(^cieuses, mais suspectes, un niouveniont do l'esprit do Dieu dont on se croit pressé, l'amour de la prière et do la contemplation. Ce ne sont p;is là, dit-il à l'arclievôque de Cagliari, des raisons légitimes pour abandonner l'Iigliso votre é|iouse, à laquelle vous avez dorme votre foi entre les mains du ponlil'e votre consécrateur : Non di'bes deserere sponsam tuam, cui difigendo manum upudej-lrancnm, te fide mcdia copulasli. Il le renvoie, en tinissant, h sa pro|ire coK^icience, l'assurant que s'il a de bonnes raisons |>our se démeltre, il le jieu!, avec la permission du Saint-Siège, mais que si elles lui man(pionl, cette permission lui est dès à (irésent refusée. Car en vain se tlallerait-il (i'avoir les ailes de la colombe, (>our s'enlever dans la solitude, ses ailes sont liées par l'obéissance, et le vol qu'il prendrait, aux dépens de. celte vertu, ne pourrait que le |)récij)iler.

Quand Innocent 111 pailait ainsi, il savait que l'esprit de Dieu, (lui souille où il veut, sans qu'on puisse toujours connaître sa mardie, suggère quelquefois des actions contraires aux règles communes, et qu'un supérieur, qui ne doit pas s'écarter de ces règles dans ses décisions, ne doit pas non plus réprouver indistinctement les voies extraordinaires, ni éteindre l'esprit (107) dans les âmes où il opère. Aussi les fastes de l'Eglise nous otlrent des démissions où l'on ne trouve aucune des raisons approuvées, quoiqu'avec restriction, jiar ce Pape, et dont les auteurs n'en ont pas moins laisse une mémoire précieuse et révérée. Dieu a voulu uous apprendre par ces exemples, plus admirables qu'imitables, jusqu'à quel (loinl des bommes éminents en vertus , quelquefois en science et en talents, ont porté la déliance et le mépris d'eux-mêmes, et quelle est l'excellence du ministère épiscopal, puisque ces mêmes hommes, qui lo connaissaient si bien, et s'en acquillaienl avec tant de zèle, ont cru en être indignes et devoir y renoncer. Je ne citerai, à ce sujet, que l'illustre archevêque de Brague, dom Barlbélemi des Martyrs. Peu de prélats, dans ces derniers siècles, ont autant lionoré l'épiscopal. Une vocation manifeste lui avait ouvert cette glorieuse carrière; il

i.i;r riiKs a un ^sejove, ktc. vjo

l'ùvnit heiireiiseineiil parcourito diiiani pès de »ingl-(|UHlre«Ms : on no devait |)as douter qu'il ne l'acbevAlile même. Il dem/iiida pourtant sa démission, et après iino loiiguo persévérance, éprouvée (tar plusieurs nfiis, il l'obtint. La l,klieté, ni lo dégoût et la lassj. tudo Ile rengainèrent pas à descfiidio de son siège; il avait l'ait sos preuves d'une iiillexiblo fermeté; il neclierclia pas le repos et les commodilés de la vie privéi;. Sa retraite fut un couvent do son ordn;, où il vécut dans les austérités île la pénitence et dans les déniiemenls do la pauvreté : il y coniinua, jusqu'à l'entier épuisement de ses forces, ses travaux pour le salut des unies. De soric qu'on a pu demander s'il a été plus grand devant Dieu, et mémo devani les bommes, dans l'exercice que dans l'abdication di; l'éjiiscopat.

Il y a sans doute des sentiments d'iiumilité qui ont besoin d'être guidés [lar la prudence et par l'autorité des supérieurs. Mais les démissions, inspirées parce motif, ne sont pas celles contre lesquelles il faille prendre (ilus de précautions. On en voit de moins édiliantes dans leur priucqie et dans leurs suites, ou plutôt, sous ces deux rapports, d'allligeanles pour l'Kglise. Loin de moi la pensée d'attaquer des vivanis ou des morts, et de livrer à la malignité humaine une proie dont elle n'est que Iroj) avide. Je me borne à établir les vérités nécessaires pour l'éclaircissement des questions que vous me proposez. Or ces vérités s'élèvent contre des démissions que les canons n'admettent pas; encore plus, si elles sont évidemment iuleclées du vice de l'intérêt personnel.

Ce n'est donc pas une cause canonique de démission, que d'avoir négligé les devoirs de l'épiscopat, à commencer par celui de la résidence. Il y a un autre remède qui consiste à réparer ses torts et à servir tidèlement son Eglise. Que si le scandale est parvenu jusqu'à décréditer sans ressource un évèque dans son diocèse, s'il ne se sent pas la force de vaincre l'aversion qu'il a conçue fiour sa résidence, c'est bien une raison, et même une nécessité pour lui de se démettre ; mais ce n'en est pas une d'exiger, ou même d'accepter, en se démettant, un revenu égal, ou presque égal à celui dont il jouissait dans son évèché. Car [lour ne point dire, ce qui néanmoins est très-cerlain, que l'état de pénitence où ses transgressions précédentes rap[>ellenl, doit le réduire à l'étroit nécessaire , quel droit a-t-il au dédommagement du siège épiscopal dont il sort, parce qu'il devait en sortir? ou à une part abondante dans les biens de l'Eglise qu'il ne sert plus et qu'il a mal servie? r^'eûl-il même aucun reproche à craindre sur son administration passée, il cesse d'être homme public. Il n'a plus les mêmes déjienses de retirésentation h soutenir selon le monde, ni les mêmes œuvres de charité et de religion à exécuter selon Dieu. Il n'a

(l(i7) Spuilum rwlhe exstiiiyuere. (1 Tliessat. v, 19.)

ŒUVRES COMPLETES DE LEFUANC DE POMPIGNAN

donc pas besoin d'un revenu semblable à celui (lue sa jilace lui procurait. Rentré dans une cundilion privée, et n'ayant audessus des prêtres que le caractère épiscopal, il peut se contenter du même traitement accorciô à [ilusieurs de ceux-ci. Peut-être en esi-il quelques-uns dont la position demanderait un traitement plus fort que celui d'un évêque retiré. Par cette modestie, qui dans le fond est devoir et justice, il purifiera sa démission des taches capables de blesser des yeux attentifs et clairvoyants. Si elle était jugée nécessaire, elle deviendra la réparation des fautes qu'il avait commises, et qui l'oblij^eaient de renoncer à répisco()at. Si les sens de bien l'ont vue avec surprise et regret, dans la persuasion qu'elle dérobait il l'Eglise un minisire tidèle, ils en respecteront du moins le désintéressement mauileste, et ils chercheront dans cette circonstance nii motif de consolation.

Je medétierais d'une démission qui enlèverait un évêque à son diocèse , pour le trans|»orter sur un théâtre où, n'ayant ni autorité, ni juridiction, et n'attirant sur lui les regards que par ses connaissances et ses talents, il se dévouerait, dit-on, à des otijets u'utililé générale. Je craindrais de l'illusion dans ce déplacement. La mission d'un évoque, dans le diocèse que la Providence lui a conlié, est certaine et Oéiorminée; l'autre est vague et au moins équivoque. Le ndiiistère épisco|ial, quoique exercé dans un pays obscur et lointain, est de la plus haute importance; l'autre, d'un mérite et d'un ordre inférieur , n'a que l'avantage, dont une âme solidement vertueuse fait peu de cas, d'être plus lapi roche du grand monde et du lo} er de la renommée. Les anciens auiaient cru que ae démettre avec cette lierspective, c'était imiter en partie ces jeunes veuves dont pari. fit saint Paul (lG8),qui, par une inhdélilé condaimiable, renonçaient a ieui preiiiier engagement. Ils ne connaissaient pas de milieu entre la démission d'un évêque et le choix d'une luofoude solitude, comme saint Paul n'en connaissait pas entre ta véritable vidutté et le parlait dévouement au silence, a la retraite et à la [)rière.

Des démissions encore moins excusables, sont celles qu'on ollre ou qu'on consent, oans l'espérai-i'^e, ou dans la certitude d'avoir pour successeur un parent, un ami, un homme puissamment recommandé, et sur lequel on compte, soit pour se ménager une meilleure retraite, soit pour s'épargner lies recherches importunes et des demandes Iroi) fortes en réparations, soit pour s'asaurer dans le diocèse qu'on quitte, et pour les personnes à qui l'on s'intéresse , l'exécution des arrangements qu'on a projetés. D'abord il est contre la règle générale qu un évoque désigne celui qui doit lui succéder après sa mort, ou de son vivant. Le petit nombre d exceptions heureuses à cette règle ne la détruit pas, et ne lire pas à consé-

quence. Il serait même dilTicile de montrer que toute autre demande en ce genre, (jue celle d'un coadjuteur, ait jamais été légalement approuvée, et qu'on ail permis, dans quelque acte ecclésiastique, à un évêque sollicitant sa démission, de nommer son successeur. En tout cas, les motifs de ces nominations ou désignations anticipées, étaient bien différents de ceux que nous venons d'exposer. On ne rougissait [las des premiers; on n'en faisait pas un mystère. Le clergé et le peuple y applaudissaient; l'Egilse y trouvait son avantage : mais les circonstances, jointes aux démissions dont nons parlons, sont de nature à n'être déclarées quedans une négociation ; et si elles renferment des stipulations formelles ou tacites d'intérêts personnels , je ne sais comment on [leut les exempter du crime de simonie : car elle peut se commettre dans le dépouillement, comme dans l'acquisition d'un bénétice. Au surplus, innocent ou coupable à cet égard, un évêque (jui veut se démettre, n'a droitdo réclamer qu'une subsistance proportionnée aux besoins qui lui resteront. Sans insister plus longtemps sur les lois sévères, mais justes de l'Eglise, j'avoue que j'ai été quelquefois étonné du liailement avantageux accordé sur des démissmns épiscopales. La seule politique devrait s'y opposer. Il n'est pas dans les princijies d'une bonne administration de fiivoriser la retraite dos serviteurs utiles, ni de payer chèrement celle des mauvais. L'ouverture et l'élargissement de cette porto auraient des suites plus fâcheuses pour l'épiscopatque fiour toute autre profession. Qui peut ré|iondre que des évêques, ennuyés de leurs loiictions, et y mettant peu de jn ix, assurés de conserver dans la société civile les honneurs de convention aliacliés à l'é- [liscopat et à ses marques extérieures, ne sacriliassenl volontiers une juridiction (ju'ils n'exercent guère jiar eux-mêmes, et reconnue dans un pays qu'ils n'aiment pas, aux douceursd'une liberté opulente? Les prieurés ou abbayes qui leur seraient distribués, chargeraient d'autant la feuille des hénétices, et absorberaient une partie des secours nécessaires à des ecclésiastiques laborieux. Les pensions, toujours i'orles , assises suites sièges é|)iscopau.\ abandonnés, en morcelleraient les revenus, et en traverseraient leservice.il me semble que ces inconvénients l'emportent de beaucoup sur la faible satistactiou de faire vaquer un évêclié, et d'en accélérer la nomination.

Il y a quelquefois, dit-on, des évêques embarrassants , les uns sous certains rap; ports, d'autres sous des rapports diH'érenls, mais qui font également souhaiter qu'on puisse en délivrer l'éiiiscoiiat, leurs diocèses et le public. Ils ne veulent pourtant se retirer que sous des tonditions avantageuses : il faut bien les leur accorder, puisqu'ils en font dépendre leur consentement dont on a

(168) llahenus y, 1-2.)

damnaiionem (ado'.escenùores viduiv) quia primam fidem irrilain (ecerunl. (i Tim.

l'Ail I, V. TlIKiL. MOU.VLi:. I.FTTIŒS \ UN EVrQUE, F.TC.

Ite.Nuii). Je conrois ri-uiliiiiras do ci'lli! iiosilion. Klais Ju suulieiis (|u'il ii'utt \>as iutiiiis tlo giii'i'ir lin iiiiil par un mîlro ; un iiinl piissiigtT L'I liiuilé, |>ar un plus (hiraltk- cl |>lus éU'riilu dans sos i<lTelN ; un mal iloiil on n'i-sl '•es()iMisal)li' ni h Dieu , ni î» l'I'i^lise (si ou n'a pas rtuilriluié à rdévation du los \nélals, ou SI l'on a été iniioccniiufiil Irompô sur tour L'onipti-), parun nialdonlon devient coiupjiec. l.'inslilulion du Ji''sus-(;inist et les lùijk'S de riî^lise ont préparé des moyens pour purger l'épiseojat do sujets qui lo tourmentent ou le désIioiioruMt. Tant pis, si lo malheur des temps énerve ces moyens, ou les rend impralicahles.Mais telui par lequel on prétend los lempiacer, n'eiisto dans aucun eoneile, ni dans aucun monuniont rcspectaldo de l'Iiistoiro ecclésiastique. Il n'est l'as mémo, je le répèle, dans l'ordre des ressources adoptées par un sage gouvernomenl. Entiii, il est d'autant |i|ns dangereux, que, sortant de l'ordre liiérarcliiiiuo, il peut étie employé pour une mauvaise comme pour une bonne tin, pour écarter un évéque utile, en le séduisant ou en l'intimidant, comme pour ohtenir la retraite d'un évéquo dont on est justement fatigué.

La facilité do recevoir des démissions épiscopales entraini? un inconvénient fàelieux, celui de grovsir le nombre des évoques sans travail lixe et connu, sans juridiction, sans terriloire. La liste en devient longue, si l'on y joint les prélats consacrés sur des titres d'églises que la domination lies iniidèles a depuis longtemps renversées de fond en comble. Parmi ceux-là il s'en trouve pour qui celte décoration est une récompense bien placée, et qai la tourriiMit au protil de la religion. 11 y en a d'autres, encore plus respeclablos, ordonnés, suivant l'usage du Sainl-Siége, sur des litres de sièges abolis, mais qui n'en prèclient pas moins l'Evangile dans d<js terres iniidèles, arrosées de leurs sueurs, et quelquefois de leur sang. Hors de ces exemples, quel étrange speclacio pour le monde, qu'une inultiiude d"évè(iues, qui ne l'ont jamais été, ou qui ne lo sont plus, que par le caractère et [)ar des ^ignes dont quelques membres du second ordre peuvent même être revêtus I Le peu[)le, qui les confond avec des prélats chargés du gouvernemenl d'un diocèse, on prend occasion de se récrier contre leur absence des lieux oiï il s'imagine qu'ils devraient ôlre. Il en conclut que la non-résidence et l'oisiveté sont des désordres régnants dans l'éiiiscopat. Les gens qui les coiniaissent, et qui portent leurs réllexions plus loin, demandent ce que font, dans l'ordre des premiers pasteurs, ces |jersonnages épisodiques et (jarfaitement inutiles. Il n'y aurait pas de moyen (ilus sûr, si l'abus de riioiiime pouvait aller jusque-là, [lour avilir la (dus vénérable de toutes les diy,iiités.

L'épiscupnt enrorino une rolatioii naliilello du l'évôquu h son église, et de réfflise h son évé(|ue : t:'ccle»in in epifcopo, episco- ]iu) in ecclfsia (IG'J). Cette relation no doit Olre annulée (|ue par une démission légilimu, ou par une translation canonique : encore dans celle-ci le lien ne fail-il (|ue changer de place. De la première église il passe à une autre, avec laipielle on conlraclo les méiiK.'s obligations; et il n'a jamais cessé entre cet évéque, successivement appelé à deux sièges, et l'Lglise universelle, au service de la(iuello il demcuro consiaruniont attaché. Dans la démission, ce lien est tolalement romim avec uno église particulière. Il n'en subsiste que des restes avec ILglise universollo, (in'un évéquo retiré pont continuer do servir, quoi(iu'avcc moins do travail et de fruit extérieur. Mais dans la démission, comme dans la translation, il faut des raisons supérieures à la nécessité de cnnsorver sa première épouse. Sans dn pareilles raisons, la translation est un adullôi'O," la démission, une répudiation et un divorce. L'une et l'autre sont plus ou moins répiéhensibles au tribunal de Dieu, selon que l'amour-propro ou la cupidité y ont [dus ou moins de part.

SKPilflME LETTRE.

soutien de la discipline ecclésiastique dass l'épiscopat.

Nous avons souvent. Monseigneur, déploré ensemble deux maux de l'Eglise do France : les évéques y ont trop de liberté dans leur conduilo personnelle; ils n'en ont pas assez dans l'exercice do leur juridiction ; ce devrait être tout le coaliairo

Pour commencer par le premier de ces maux, il y a pour les prélats, dans l'état présent, doux sortes de dépendances qui ont leur elfet ; l'une purement ecclésiastique, l'aulre politique et civile. Celle-ci assujettit leurs personnes à la suprômij autorité du roi ; celle-là soumet quelques-unes de leurs opéralions épiscopales à la révision du métropolitain , du primai, s'il y en a un, du Pape. Mais il faut convenir que l'une et l'autre leur laissent une exlrôme liberlé dans leur conduilo (lersonnelle.

Les prélats qui tiennent les premiers rangs dans la biéiarcliio, peuvent prononcer sur des atlaires survenues dans leur dé|)arlement, et dont ils sonl saisis par appel. Colle supériorité ne les constitue jias juges de la personne de l'évoque contre l'opéralion dmiuel on se pourvoit devant eux. ils n'ont droit, en aucun cas, de le citer à leur propre tribunal, et d'y examiner sa Conduite [iTO). Le Pape est notre supérieur de droit divin, piérogalivo singulière de son siège. Toutefois nous croyons, conformément aux anciens canons, que nos causes

(169) S.CïPniANUs. canons, soiU tomliées en désuéliide parmi nous de-

(fît)) Les visllos lies arclievêques dans les diocè- iinis plusieurs siècles. Lu niélropolluiiu ({ui en

ses de leur métropole, ijuoiijiie auioiisées par los (uoposerail le lèlabliiscnieni, iiièiuc après avoir

OEUVUES COMPL. DE LeIUAVC DE Po.MPKiNAX. IL i'-i

ŒrVRES COMPLETES DE LEFKANC DE POMPIGNAN.

3yfl

personnelles doivent être jugées en première instance par nos coiiiprovinciaux et nos confrères nationaux ; et que si elles sont ensuite portées devant le Souverain Pontife, il doit nommer à cet effet des commissaires sur les lieux, de Tordre épiscopal et de notre nation. Du reste, le recours au supérieur liiérarchique n'est ouvert que pour les parties de l'adminislration diocésaine, qui sont de rigueur. Il y en a d'autres, et d'un très-grand intérêt, oii les lois ne perniellent pas au méiropolitain, au primat, d'interposer sou autorité, ni de réformer l'usage que le prélat diocésain a fait de la sienne.

Quant à la défiendance civile, nous ne sommes pas moins sujets du roi que les autres Français. Nous nous en faisons gloire, et nous répétons volontiers cette parolii de saint Jean Glu ysoslome (171) : « Fussiezvous apôtre, fussiez-vous évangéliste, fussiez-vous iiropliète, et s'il pouvait y avoir dans l'Kglise des personnes plus éuiiuentes et plus sacrées, vous êtes compris dans ce juécepte de saint Paul (1"2), Que tout homme ioit soumis aux puissances souveraines. Si uu évùque était accusé de crime d'Elat, ou de queiciue autre oll'ense envers la majesté du trône, ou enliu de forfaits semblables à ceux des malfaiteurs, les privilèges de sa dignité (observés même comme nous les réclamons, puisque nous ne prétendons pas plus en faire un titre d'impunité que d'indépendance,) ne lui serviraient pasdesauvegarcie. N'oilà uu frein, s'il lui en faut, contre de pareils égarements; et certes, ce n'est jias le tenir d^ms une géue trop étroite. Mais s'agit-il de devoirs de sa piofession négligés, de prévarications dans son ministère, lesquelles ne troublent j'as l'ordre public, de désordres dans sa vie privée, il n'a rien à craindre de la puissance séculière. Pour que celle-ci |)rîl contre lui des mesures fortes, sans élro juridiques, il faudrait, d'une part, que le scandale passût toutes les bornes, et de l'autre, que l'auteur en lût dépourvu de tout a|i|)ui, ou eût perdu celui qu'il [louvait espérer. Je parlerai, dans la suite, des moyens employés quelquefois par le gouvernement pour faire observer aux pré.ais des lègles qui leur sont projires, par eicmple, celle du la résidence; et j'examinerai ii ces moyens peuvent et doivent en remplacer d'autres plus utiles comme jilus canoniques.

Or n'est-ce pas un grand mal que la dignité qui exig« le jilus de |)erfection atfrancliisse le titulaire, dans le fait, si ce n'est dans le droit, d'une iiiS|)ection et d'une censure nécessaires fur sa conduite? qu'il lui sullise, pour être ii l'abri de^ toute ani-

aclievé, comme il lui est prescrit, la visiie de sou proiue diocèse , y éprouverail de grands obstacles. t)ii supposant qu'il les surmontât, ce serait une (juestiun délicate et embarrassante de savoir jusqu'où son autorité pourrait s'étendre, dans le tours lie celle visite provinciale, pour la letorniaiion des mœurs et la ciurecliun des abus, soit à l'égard du peuple el du clergé, boit, el priucipalemciit , à l'é-

mad version, de ne pas exci 1er des orages contrelui,par dosintrigues dangereuses, parde criantes injustices, par une administration turbulente ? de respecter les bienséances du monde, avec la ressource, en les respectant moins, de couvrir cette indécence et de désarmer la satire par un commerce aimable, p.irdes bienfaits distribués, par des services rendus, par des talents qui lui attirent de la léjiutation ou du crédit? onlin, qu'il puisse manquer à des devoirs essentiels, sans en rendre conq)te à qui que ce soit, et sans avoir à redouter des procédures ecclésiastiques, que la situalion actuelle des clioses ne comporte pas, ou qu'il éluderait facilement dans celte même situation?

La vraie prudence dans l'exercice de l'autorité, le véritable ordre dans toute espèco de gouvernement, n'est [las tant de punir les coupables que de [irévenir les fautes. S'il ne fdiail que des lois aux ni'nistres des autels, et S|iécialement aux évèques , elles existent déjà. 11 n'y a point de vice en gén"éral qu'elles n'aient prévu et réprouvé; point de devoirs dont elles n'aient oidonné l'accom()lisseinent. J'en ai rajijielé plusieuis dans les lettres précédentes, à mesure que le sujet les amenait : j'en ai omis beaucoup d'autres, qui n'entraient pas dans le plan que vous m'aviez proposé. Ces lois n'ont pas toujours été lidèlement observées; elles ne le sont pas encore. Qu'on remonte à la source de ces relâchements, on trouvera que c'est ou le défaut de moyens établis, indépendamment des peines décernées contre les infracleurs, pour maintenir l'exécution de ces lois, ou l'inlerruiition d'abord, et ensuite la cessation de ces moyens. Tant qu'il en sera de même, les règles canoniques n'auront pas de soutien solide, ni les abus, de préservatif durable dans l'épiscopat.

lit quand je pai le ainsi, je ne sépare point les arclievèques des évèques. La dignité des uns et des autres est égale par l'instiluiion divine. Leurs obligations le sont aussi, aux nuances près que doit y mettre l'inégalité do droit ecclésiastique eiitre leurs juridictions respectives. 11 serait absurde et souverainement injuste que le métropolitain jouît dans sa conduite personnelle d'une libeité qui devrait eue restreinte à l'égard de ses sulfraganis ; il leur est responsable, comme ils le sont à lui, et s'il a quelquo supériorité sur eux, c'est une raison de plus [)Our que sa conduite soit éclairée, et qu'il soit en étal de la justilier, non-seulement dans ce qu'il a de commun avec eux, mais encore dans ce qui distingue sa place de la leur.

Mais en môme temps qu'on a lieu de se plaindre que les évoques aient trop de liberté

gard des évèques ses sufliaganls.

(171) < Etsi aposiulus e^ses, elsl evangelisla et propbeta, \el quivis alius. > (6. Joan. Ciirtsosto- HUb, lioniilia ii , n. 1, in caput xiu Epist. ad Rotnunos.)

(172; Omuis nnima poleilalibus iubliinioribui subilua iil, {tioin. xiii, 1.;

PART. V. TIIKdL. MOUAI.E.

(iniis leur l'iiiiiltiitu |ii'rs(iniii'lli', il n'^ a puint (rntiinnu- !>iiu'i<l°t.-lili-lit rttli^ieiil qui lii- iloivu );t'iiiir iIl-s oiitr.ivi's iloiit l'cH'i-cico ilu liMir jurulit tiiiii csl lii'. Co ii'i'iiiil pas asst'z tlo l'usa^B exi'ossil', cl liop l'iicileiin'iit nocnoilli, <l(> recours iiux liiliuiu-iiix scH-iiliers. l/u>prit (le cDiUrflilictiDn el ilo ile-olir'issjiiieo a l'ait «les progriVs doiil il est inutile il'evposor ici les ('.'Mises; il so déclare par des ell'ets dcs- Iruclifs de raulonlé, tandis (pi'iis la rendent plus nécessaire. Nnns n'avons plus ipiu In t'unsululiun de trouvt.T une lidèlo correspomlance dans le nDinhro de ceux de nos coopéraleiirs en qui l'alUiclieiuenl à leur clici décèle, avec leurs aulres veilus, l'esprit eci;lésiaslii|ue et sacerdotal. Il nous resl'î aussi la ressource des exiioi talions chaiilabies et des corrections iialernellcs, (pii ne réussissent j^uère ordiiiaireuient auprès de ceux (pii en ont le plus de besoin. Je compte pour rien les lelties de cachet, voie odieuse qui envenimo le mal, en io palliant pour un temps, et sur iafjuiille j'ai vu pvecjoie le gouvernement devenir plus sobre et plus réservé: jo compte pour [leu do chose les procédures et les sentences d'une orUcialilé, non qu'il l'aille ou qu'il soit permis de renoncer à celle parlie essentielle de la juridiction épiscopale; mais, qui ne sait les épines dor.l elle est liérissée? les dé|>enses considérables qu'elle entraîne qnel(|uet'ois sur des revenus c|ui seraient plus ulilemcnl em(iloyés ailleurs? l'inceitilude de l'événemenl ? la certitude d'un avilissement d'aulorilé dans le supérieur et li'un accroissement scandaleux d'audace dans l'accusé, si celui-ci n'a pu être juridiquement convaincu au tribunal ecclésiastique, ou si, a[)iès avoir été condamné, il vient à bout de laire annuler ce jugement par un tribunal séculier?

C'esl sans doule un trcs-granJ mal qu'un évétpie n'ose hasarder des ordonnances salutaires, dans la juste craiiite de se comj>rometlre, ou qu'il ail la douleur, si son devoir les lui arrache, do les voir ouvertement méprisées. C'en est un qu'il se croie forcé par des considéralions de prudence d'abandonner la punition des délits ecclésiastiques qui souillent la pureté du sanctuaire ei ravagent la bergerie du Seigneur, ou qu'il ne puisse l'entreprendre qu'au péril d'y écliouer, si ce n'est par d'autres traverses, du moins par des déiauls de l'orme, malgré le mérite du fond. Ces maux sont réels, (luelqu'idée qu'un se forme du prélat sous lépiscopat duquel ils arrivent. A-t-il du zèle et do la piété? il n'en est i[ue plus fdcheux que ses bonnes inteulioiis soient frustrées et que ses exemples, insuflisanls pour réprimer le vice opiniillie el rebelle, ne servent, par leur conliaîte, qu'à lui ùler toute excuse devant Dieu el devant les

(175) Modèle de la lellre de convocation adressée par l'usseutblée de Itiio, à loits les viéUopolituins da royaume, pour Us conciles proomctaux iju'elle tes exliurtuil à lenh .

(174) II y a tii, dans l'E'^lise gallicane, depuis 150i, t'est à-dirc umuédi.UcMieal après la coiiclu-

Page 1