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rehausse |iluli^i, par un développeuient public dus obligations (|u'ellcs inipiiseiit. I.es éviV|ui)s Seraient trop à plaindre si leur dignité était la seule dmit il ne t'iK pas permis d'ap(iri>rondir et d'expliquer liauteiuoiil les devidrs.
On ajoiilo subsidiaireinonl (|ue li's écrits iliis anciens sur celte matière sulliseni; qu'il esl inutile d'y joindre de nouvellis instructions; qu'en tout cas il faut les n-server pour les évêquivs, sans y admeltre ou y appeler dos lémoins devant leS(|Uids ils aient à rougir des averlissements qu'o i leur donne.
Quaiil <i la première dilliciillé, il faudrait en conclure, si elli; était bien iondée, ijue la morale, et particulièrement ce^Jo de l'Jivangile, ne doit plus avoir d'écrivains m de prédicateurs. (;onibicn nous est-il iiarvenu d'excellents traités sur les ilevoirs de l'huiiime ctsurceus<lescondili()ns(|iii distrilment le genre humain I Combien de sermons sur tous les [loiiils de la loi de J)ieu 1 On n'écrit pas, on ne prêche i^as mieux aujourd'hui; et cependant il est utile, il est nécessaire de renouveler aux hommes le souvenir, do réveiller en eux le sentiment de ce qu'ils ont su, de ce que la plupart oublient, du co qui ne lait sur eux, quaml ils y pensent, qu'une faible (;t légère impression. Les anciens n'ont dit (le si belles choses que pour instruire la postérité en instiiiisant leur siècle, et pour que leurs |)aio!es, répétées de bouche en bouche, accommodées aux usages et au génie des siècles suivants, y perpétuassent les mêmes etfets qu'ils en altendaient auprès de leurs contemporains. C'est surtout à l'égard des devoirs de I'épiscopat que celte répétition doit avoir lieu : el:e est rare; elle l'est trop; ne la laissons pas abolir; il y va de notre honneui aiitanl que de notre inlérôi. On no proj'oso pas aux évêques des maîtres dont l'enseignement puisse les humilier. Ce sont les plus illustres et les plus révérés de leurs (irédécesseurs, un saint Basile, un saint Grégoire de Nazianze, un saint Jean-Chrysostome, un saint Ambroise, un saint Augustin, un saint Léon, un saint Giégoire, Pape. Ce sont des conciles, ou œcuméniques ou particuliers. Des évô(jues y ont prononcé les lois qui lient leurs successeurs, et l'autorité épiscopale n'y a jamais élé exercée avec plus de poids et de digniié, que pour déterminer les devoirs de l'épiscopai. On ne suppose point, à Dieu ne plaise, que des évêques ignorent aujourd'hui des monuments si précieux et si respectables pour eux; maison ne leur fait pas d injure en su|iposant qu'ils ont besoin comme les autres hommes, de s'alfermir par ue fréquentes leçons contre leurs |)ro- [ires faiblesses et contre des lenlations étrangères.
On voudrait que ces leçons ne sortissent pas de l'enceinte de I'épiscopat. Cela devrait
(100) < Quis iiillii (Ici viJere, aiiteqiinm iiioiiar, Ecclesiam Dci sictll in diebiis aiiliiiuis. » (Sancli:s CER.NiRULS, t'iiibl. ^238, ad Eiigenium pupuin.)
OiàVRES COMPL. UE LeFKANC UE PoAlPIGNAM. IL 14
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OEUVRES COMPI.ETES DE LEFRANC DE PO.MPIGNAN
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être, si elles dégéni^raient en reproclies Saûl exigeait de SariUiel qu'il l'honorât devant ses sujets (191); et quoique le royaume d'Israël fût déjà dt'sliiié à un autre, Samuel eut pour lui rette condescendance. Il cessa de le voir sans cesser de le pleurer, ni de reconnaître en lui le caractère auguste de la royauté. La mf"ime délicatesse serait quelquefois pardonnable à un évèque, d'ailleurs digne de j)lânie. Les mêmes égards lui seraient dus. Saint Paul (192) n'excusa le propos amer, qui)iquejusle,qu'ilavait lenuaugrand prêtre Ananias, que par l'ignorance cù il était de sa dignité : il n'aurait osé couvrir d'ofiprohre, s'il l'eût connu, le principal ministre il'une religion défaillante et menacée, avec son sacerdoce, d'une ruine infaillible et procliaine. Avec quelle indignation n'eût-il fias réprouvé la même audace contre des pontifes de Jésus-Christ?
On a droit aussi d'exiger cette circonspection s'il ne s'agit pas seulement de traiter des devoirs de l'épiscopat , mais d'en faire des applications personnelles. La règle générale, qui souffre peu d'exceptions, mais ne regarde i)as les conciles provinciaux dont nous parlions dans la précédente lettre, est de cacher au ]iublic les remontrances qu'on croit devoir à un évè(|ue sur la négligence ou l'inlidélité avec laquelle il s'acquitte de son ministère. Uieu ne prouve niieux qu'elles sont dictées, par un attachement sincère et par le seul amour du bien, que lorsque celui (lui les fait, conleni d'avoir icnqili une mission aussi dure que nécessaire, ne prétendant pas en tirer une vaine gloire, encore moins avilir une personne toujours respectable, est le premier à donner l'exemple de ce respect, et à l'enseigner aux auties jiar ses actions ainsi que par ses discours. C'est la conduite de Sem et de îaphet, soigneux de voiler la nudité de Noé leur père, imprudemment annoncée })ar Cliam son troisième lils. Au reste, si cette réserve est le devoir d'un inférieur, d'un ami môme qui ne l'est i as, celui d'un évèque est de préférer des vhités qui peuvent le corriger h des vérités, combien plus, à des mensonges qui le tlatlent; de paraîlre désirer qu'on lui donne des avis, loin de ies redouter et do les fuir; et de les écouter avec bonté, quoiqu'il ne puisse pas toujours y souscrire. S'il nous était même permis de jiorler nos reg;irds plus loin, nous diiions qu'outre cette liberté modeste qu'un évèque ne peut trop laisser à ceux qui rap|irochenl et quelquefois h des (lersonnes qui ne l'approchent pas, il y en a une autre dont l'exercice est encore d'une [ilus grande nécessité pour lui • en ell'et, il partage avec la dernière de ses brel)is l'obligation de soumeitro aux ciels de l'Eglise les péchés dont il se sent coupable. Le prêtre qu'il en rend le dépositaire, est son juge, au nom et par l'autorilé de Jésus-Chrisl. Ce n'est pas assez qu'il le soit des péchés de l'homme, il faut qu'il le soit des péchés de l'évêque et du supérieur. L'humilité doit être égale dans
(19I)//ît'!7. XV, 30.
l'aveu des uns et des autres, et le jugement doit être subi, pour ceux-ci comme pour ceux-là, avec une égale docilité.
Les instructions dont nous réclamons la publicité sur les devoirs de l'épiscopat ne sont pas les expressions d'un zèle irrité. Nous parlerons jilus bas de ce qui porte er. ce genre l'empreinte de la médisance ou de l'inimitié contre l'épiscopat. Ce ne sont f)as non plus des représentations et des exhortations personnelles : oi voudrait néanmoins que celles qui n'ont aucun de ces deux caractères demeurassent concentrées dans l'épiscopat. Je demande d'abord comment cela pourrait être. On connaît plusieurs diocèses, et il serait à désirer que le même usagefût établi dans lous,oii les ecclésiastiques se rassemblent en cerlains temps de Tannée pour se renouveler dans l'esprit de leur étal, et pour enlendre des vérités qui ne couvienneni qu'à eux. Des laïques ne sont pas admis dans ces assemblées; bien des raisons les en éloignent ; ce qui n'emiiêche pas que les livres destinés à l'instiuction des prêtres et des clercs ne soient ouverts à qui veut les lire, et ne I)uisseiit être lus avec fruit par de simples lidèles. Ces retraites, si salutaires au second ordre du clergé, sont visiblement irajiraticables pour l'ordre épiscopal ; je ne dis pas pour des évêques séparément ( ils peuvent se choisir des tem(is et des lieux de solitude; ils |)euvent,ei rien n'est plusdigned'eux, prendre part aux retraites de leur clergé) , mais pour un grand nombre d'évèques qu'une autorité supérieure ne peut réunir dans le dessein de vaquer tous ensemble, et sans le mélange d'autres ecclésiastiques, ou de personnes laïques, à la méditation des devoirs propres de leur état. Ce projet serait une chimère : c'en serait une aussi que d'imaginer des ouvrages sur les devoiis de l'épiscopat, réservésaux seuls évoques, et inaccessibles à des lecteurs qui ne le lussent pas.
Lorsque saint, Jean-Chrysoslome eut écrit ses livres sur le sacerdoce, et par ce nom il entend l'épiscopat ; lorsque saint Grégoire, Pape, eut comiiosé ses règles du gouvernement jiasloral, l'Eglise ne pensa pas à enfouir dans le sanctuaire ces piécieux trésors dont ils l'avaient enrichie; elle n'en restreignit pas la connaissance et l'usage aux évêques qui devaient en protiter les jiremiers et plus que tous les auties ; elle ne se contenta pas d'en accorder la clef aux ministres subordonnés à leur autorité ; elle les ouvrit à tous ses enfants, et ne craignit pas que la facilité qu'ils y trouveraient de com[)arer la conduite de bien des prélats avec les devoirs de leur dignité , allaiblit leur vénération pour les successeurs des apôtres. Si l'on veut des exemples |ilus récents, tirés des siècles oîi le nombre des évêques irrépréhensibles, tels tpje saint Paul les exige, étai.t déjà bien dilférent de ce (ju'il avait été autrefois , je ne parcourrai pas cette multitude d'écrits où les hautes
(192) Aci. xxiii, 5, i, a.
r.viir. V. nu 01. mouvlk. - litthes a un EvtQUE, etc.
obliunlimis do ré(iisi:o|ial ii'onl élé ik^j-'iiis»W>s III t'\léim6os; jo iiriiii^^liTai h di-tit lirtilL's (le s'iint Ucriiiiril : l'un iidrcssé on liiiiue de lellio ù Mfiiii , rtitlirviV|ii'' do S<'ii<, sur tes iiururs ri Usderoirsilei pretuts ; l'aiilio nOl, sous le lilrc ^l'iirral do Considélaliom, il c>ii>lii|(io au |ia|io lMi>;èiii! III, son jini-ieii tlisi-i|ilo , les oljjols dniil un Souvclaiii Poiilile doit occu|ii'r sans ci-sse son fS|iril pour on |iéiitSlrtM' son cœur. Il n'i,j;norail |passaiis doutoi|iio les verilés iii<'uli|uées dans Ces deux éciils, cl ce no sont pas les seuls où il on lasso ineiilion , t'oriueraient un coiitrasle l'rappanl avec la vie de beaucoup de prélats de ce temps-là, et avec les aillons de plusieurs papes. Il s'allendail liioii que ces écrits ne resteraient pas entre li's n\aius de ceux à (pu il les envoyait. Ces i iMisidcratioiis ne l'arrélaient pas, etquoiipi il n'v ait jamais eu ilaiis Tligliso d'iiomme plus respectueux eiiveis l'épiscopat, et plus souiui's aux évéquos, il n'en raballait 1 itn des fortes insti uctioiis qu'un zèlo aussi l'ur qu'éclairé lui dictait pour eux.
On pouvait |iouitant lui objecter ce qu'on nous objecte aujourdliui, que ces écrits, livrés au public, ne produiraient point partout les uiéuies fruits ; qu'on y verrait, mali:ré lui, la censure dti tous les prélats cpii ne conformaient pas leurs mœurs ou leur aduiinistralion à >es maximes; que celte censure, utile |iar elle-même au clergé, utile à des dmes assez fortes pourque leurs princijtes de relijjjion et de piété n'en fussent pas ébranlés, scandaliserait des chrétiens infirmes duns la foi, fouiniiait des armes à lu malii^nilé des détracteurs ; que les uns en [irendiaienl occasion île douter si l'enseignement de la vérité demeurait inviolable au milieu de tant de désordres ; les autres, lie jiasser peut-être les bornes de ce doute déjà criminel, du moins de se déclutiner indistiiictemenl contre les premiers pasteurs, déctiiranl outrageusement ceux dont la vie est peu éditiante; et concluant de leurs exenqiles que ceut qui eu donnent de meilleurs sont plus circonspects dans leur conduite, mais au fond ne valent pas mieux.
Ces inconvénients sont fâcheux, je l'avoue ; on doit les craindre dans noire siècle, autant et plus que dans celui de saint Bernard : mais imisiju'il n'a pas jugé les objections qu'on en tire invincibles, puisqu'il leur a préféré les motifs de publier les devoirs de l'épiscopat, comparons ces inconvénients avec les avantages de la mélliode qu'il a suivie, et voyous de quel cùié la bulance doit pencher.
Dabord, l'attention à remarquer des défauts dans les évêques, et l'empressement à les relever, prennent-ils leur source dans une description publique des devoirs de répisco[)at ■? Les hommes rattendenl- ils pour exercerlibrement à l'égard dis prélats cette critique lant redoutée , et contre laquelle néanmoins on se précautionne si peu? S'il y a dans leuiomle des eslimuleiirs assez aveugles ou assez injustes [lour l'aire
un mérite h iles év^^quos do co qui leur càI intoiilit par les lois do lli^çliso, peut-être p;;r la loi divine, c'est une erreur qu'il no l'uiit pas entretenir, qu'il est même à propos do corrii^er : elle ne prolile ni à ceux ipii l'occasionnent ni ii ceux qui y tombent. Lu res()cct dd ù l'épiscopat exige, non pas notre connivence, mais notre léclamatio-i. Dans le vrai, la jdupart des hommes nous dispensent de ce soin : ils n'ont pus étmlié les devoirs de l'épiscopat ; ils en ignorent l'étendue et la sublimité; toutefois leur ig'ioiance sur ce point ne va pas jusiju'à méconnaître l'évirlente disprojiortion entre la dignité épiscopalo et une vie mondaine , pour no pas dire déréglée ; ils savent juger, |iar exemple, si un prélat garde liiJèlemunt la résidence, ou s'il aimo à s'éloigner de son diocèse; s'il s'y occupe des fonctions de son ministère, ou s'il passe ses jours dans l'inaction et l'oisiveté ; s'il est modesie, compatissant, libéral eiivens les pauvres, ou dur, hautain, fastueux, et usant mal de ses richesses, soit par de vaines dépenses, soit par une sordide avarice; entin, s'il a le ton et les manières profanes, ou le maintien et le langage d'un ministre et d'un vicaire de Jésus-Christ. Ces dilTéiences n'échapiient pas aux yeux môme du monde; et eried'et, les allusions dont on attribue l'origine à la peinture, exposée ei public, des devoirs de l'épiscopat, comment auruient-elles lieu si les personnes qu'elles regardent n'étaient pas déjà connues pour ce qu'elles sont? Le jugement qu'on en [)ortait a [irévenu les maximes enseignées dans les écrits , et ce n'est que pur ce jugement que des maximes générales ont été tournées en apjjlications personnelles. Le mal de ces applications personnelles, qui est grand sans doute, et que nous ii'uvons garde d'excuser, ne vient donc pas d'une communicaùjii donnée aux tidèles, qui (leut à la vérité lixer leurs idées, en étendre plusieurs, en rectilier quelquesunes touchant les devoirs de l'épiscopat, mais ne leur en apprend pas l'essentiel et le principal. 11 vient uniquement de la transgression manifeste de ces mômes devoirs.
Ne nous tlatlons pa> d'imposer silence sur nos défauts aux bouches médisantes; nous sommes environnés de trop de spectateurs ; nous en sommes trop observés ; ils voient ce qu'on s'elforce inutilement de leur cacher ; et quelquefois, ce qui est encore jiire, on ne cherche pas môme à le leur cacher; ils en parlent , ils en plaisnitenl, ils s'en indignent: c'est à quoi dciiveiit s'attendre les hommes en place qui ne se resjiectent pas eux-mêmes. La Piovidence leur a préparé ce frein dans une élévation qui souvent les atl'ranchit ici-bas de tout aulie châtiment. C'est aussi une espèce de dedommageiiienl qu'elle accorde, sans en up- |)rouver l'abus, aux conditions inférieures. L'éclat des dignités olTusque et impiutune leurs yeux : elles s'en vengent par le mépris do ceux ipii les remplissent. Cette vi-ngeance est basse, et le priiici[)e d'où elle naît est injuste, L'injustice est encore plus
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coupable lorsqu'on y ajoute, comme il est ordiiidire, la double contradiction, el d'envier dans son cœur les dignités qu'on ravale dans ses discours, et d'être tout disposé à commettre, si Ton y parvenait, les luôiiics fautes { peut-être avec plus d'excès el de scandale ) qu'on reproche à ses supérieurs. Il n'en est pas moins vrai que ceux-ci peuvent et doivent mettre à protil le risque inévitable qu'ils courent, s'ils se conduisent mal, de la censure publiijue. Nous le devons surtout, nous dont la dignité est plus sainte, et, jiar la corruption du cœur humain, plus exposée aux traits de la satiie; car de n'y connaître d'autre leniède que do soustraire avec aflectation aux regards du public les obligations de notre état , c'est aiguiser ces traits plutôt que les éinousser. Nous u'aveuglerons, nous i.i'endormironspas les hommes sur des faits dont ils sont témoins oculaires, ou doiit la renommée les instruit; nous ne leur persuaderons pas de (irêter au vice les couleurs de la vertu ; nous ne leur ôlerons pas le désir de publier les jugements qu'ils forment sur nous et malgré nous : au contraire, csdésirs'eullauunera d'autant plus qu'ils s'apercevront davantage de la crainte qu'il nous inspire , et des mesures que nous prenons pour en amortir la chaleur et l'activité. Il n'y a donc rien à gagner de ce côté-là dans le proiond secret auquel on condamne les instructions sur Ls devoirs de l'épiscopal: peut-ètie même y trouverailo:; mieux son comiite à les annoncer hautement de notre part et en notre nom. La franchise avec laquelle on développe ses propres devoirs prouve du moins qu'on n'en rougit pas el qu'on les respecte, La crilique peut en devenir moins acharnée , ou elle a moins de ]wise. Ce qu'il y a de sur, c'est que ces instructions sont faites pour atleruiir les bons évêques dans la praiique de leurs devoirs , el pour y ramener ceux qui s'en écartent, sans oublier le bien qu'elles peuvent produire auprès des sujets destinés par la Providence à occuper unjour les premières places de riiglise. Si elles atteignaient ce but, suivant la mesure des bénédictions que Dieu daignerait y répandre, combien la considération de l'épiscopal n'en serait-elle pas accrue et forlihée? Nulle comparaison entre ce moyen de couper court à la malignité des applications i)eisonnelles, el ceiui do se taire soi-même, et d exiger que tout le monde se taise sur les devons de l'épiscopal.
Ne concluons pas de là que toutes les manières d'en écrire ou d'en parler en public soient également louables, ni môme qu'elles soient toutes permises. 11 y en a qui semblent n'étaler des vérités précieuses que pour insinuer el pour accréditer des erreurs conJumnées. 11 y en a qui décèlent plus d'aigreur el d'aversion contre la dignité épiscopale, que de véiitable zèle pour la sancliticaiiou des évèques el pour le sei-
vice de l'Eglise. Il y en a oe défectueuses, parce que leurs auteurs, ne connaissant l'épiscopal que par les livres, n'appliquent pas toujours avec justesse ce qu'ils y ont lu et ce qu'ils en citent, faute d'eX|)érience [)ersonnelle ou de connaissances pratiques qui puissent y suppléer jusqu'à un certain point.
La première disposition pour écrire ou parler sagement et utilement sur les devoirs de l'épiscopal est une soumission universelle et inébranlable aux décisions du corps épiscopal;
Soumission universelle qui embrasse toutes ces décisions; celles que des conciles œcuméniques ont prononcées, et celles que l'union des prélats dispersés, avec le chef de l'Eglise, a suffisamment affermies; celles qui ne sont ouvertement contredites que par des sectes -séparées de notre communion, el celles qui le sont dans l'enceinte même de l'Eglise. L'autorité est égale dans. toutes ces sortes de décisions; la soumission doit l'être aussi, et ne peut être retusée à aucune sans encourir cet anathème de Jésus- Christ ; Si quelqu'un n'écoute pas l'Eglise, qu'il soie pour vous comme un paien el comme un publicain.
Soumission inébranlable, qui résiste à tous les motifs d'incrédulité ou dedétiance; qui s'élève au-dessus des imperfections et des faiblesses humaines; qui ne considère dans les enseignements du corps des premiers pasleui's que l'autorité divine dont il est revêtu; aussi docile à sa voix qu'incapable de se laisser séduire par les mauvais exemples de quelques-uns de ses membres. C'est ainsi, et l'on peut le dire avec une moindre nécessité, que la malice, l'hyiiociisie, les erreurs môme particulières de la [ilupart des scribes el des pharisiens ne devaient pas empêcher, suivant l'oracle de Jésus-Christ, qu'on n'écoutât avec respect et qu'on n'exécutùt les décisions qu'ils portaient, assis sur la chaire de Aloise, quoiqu'il ne iùl pas jiermis u'imiter leurs actions. Super calhedram Moisi sederunt Scribœ el Pkariicei. Quœcunquc enjo cUxcriiit vobis facile. SecunuuiH cero opéra eorumnolile [acere (la3]
M. de F énelon fait (19i) à ce sujet une comparaison bien touchante, et en même temjis bien juste, entre la foi de l'Eucharistie et celle de l'autorité de l'Eglise.
Les catholiques n'hésitent pas à croire que le corps et le sang du Verbe incarne, ue l'Homme-Oieu, sont réellement el substantiellement présents sous l'apparence d'une parcelle de pain et sous celle du vin versé dans la coupe sacrée. En vain la raison Se soulève contre une vérité qu'elle ne peut comprendre; en vain le témoignage des sens nous dispose à juger qu'il n'y a dans le sacreuient que ce qu'ils nous montrent. Les paroles sorties de la bouche du Fils deDieu,C(;ct est mon corps, ceci est mon
(195) Mallh. XXIII, 2, 5.
(l'Jl) liistiuc:iuii vuslornU' sur lea eus du conscience, île 1703.
PAUT V. TlirOI. MOUAI.E. — l KTTRrS A l'N F.VRQUE, ETC.
giing, cnpIivtMit notru raismi, l'oii'igi'rit l'iiiiiiri'ssroii ilii It5in(ii^n«.^i< ih"» sens , d nous lorcciit h ri'coniHiltre hi |)i-tKtMieo invisililo, mais liès-réello ilo Jt^us-flliiisl, sous des vi)ili'ssiilis|)ro|ioitioiiiK'S h sn iniijpsti^. l'ouripioi ces autres [inrolt-s ilii hk^iiiu Sauveur jii'lresséos aux n|'ôtri'S, cl, dans leur perso'uio, h leurs successeurs : Voilt\ que je suis avec vous jusqu'à ta consommation des sih-tes (lt)5S ii'auraienl-elles pas lu môme t'Mipire sur iiolro esprit? Les unes et les nuires nous otlVent Jésus-Christ présent, quoi(|ue d'une manière ilill'éreulo ; lii, par sa chair et Jim sang, inséparables de son ân)e et de sa divinité; ici, par les lumières de TEsprit-Sainl, ijui procède do lui conimo de son Père. Il n'y a pas plus d'interruption dans l'une do ces présences que dans l'aulie. Tous les jours le saint sacritice de la messe est céiéLiré; et sans remonter aux usages de la pnmitive Eglise, qui n'avait pas encore et ne pouvait avoir des temples publics, tous les jours et toutes les heures Ji'sus-Clirist réside dans nos tabernacles. Tous les jours auss\, ^i'',nn sa promesse,!^ esi avec les successeurs des apôlres, avec eux enseignant les nations, les régénérant dans le baptême, et leur dispensant tous les trésors spirituels. Le ciel et la terre passeront plutôt que cette présence, promise par le Fils (le Dieu, ne cesse un seul instant. En tout lieu, et depuis l'Orient jusqu'à l'Occident, l'on offre et l'on sarri/ie au nom du Seigneur tme hostie pure (19(j). Partout oii J'Eglise catholique a des enl'ants, et elle en a dans presque toutes les contrées de l'univers, la doctrine de Jésus-Christ est prèchée sous l'autorité des premiers pasteurs, si ce n'est avec le même appareil et les nièmes lumières, du moins avec assez d'intégrité pour le salut des fidèles qui l'écoutent. Enlin, ces deux présences de Jésus-Christ sur ia terre doivent avoir la môme durée; dans \'Eachar\s[iti, jusqu'à ce que le Seigneur vienne (197); dans le collège des successeurs des apôtres, J«s(/i4'(i la consommation des siècles. D'où pourrait donc venir, encore une fois, que des catholiques eussent plus de peine à croire Jésus-Christ présent (lar son esprit au milieu des premiers pasteurs, que Jésus- Christ présent par sa chair et par son sang dans le sacritice et le sacrement de l'Eucharistie? Serait-ce parce qu'il est moins digne du Fils de Dieu de prendre jiour ses organes dans l'enseignement [lublic et continuel de sa doctrine des hommes parmi lesquels il y en a d'ignorants, de passionnés, de vicieux, que de choisir la l'orme extérieure d'un aliment et d'un breuvage ordinaires, pour entrer dans nos cor[)s, nourrir et fortiher nos âmes ? Dans l'un et l'autre cas, la majesté intinie d'un Dieu, ni sa souveraine vérité, ne sont altérées par les ius-
Iruuionts (pi'clles em|i|oionl. L'humanité lie Ji'-sus-Christ, personnellement unie 'i sa divinité, doMiein-e aussi sainte, «ussi viviliante , aussi ailorahie sous les cs|)èces sacraïuenlelles qu'elle l'est dans sa glorieuse séanci! ?! la droite de son Pér'.'. Les oracles de l'I'^sprit-Saint sont aussi infaillibles et aussi vi'nérables dans la bouche des hommes (îhargés de les atuioni:er, malgré les défauts qu'ils peuvent av(jir, que dans celle <ies anges, si Dieu leur on coidiait Ij publication; et co n'est [las la première fois que des n)échants auraient projihélisé. Serait-ce (|ue les miracles de l'Eucharistie sont plus faciles h la toutofiuissarico divine ipio celui de l'infaillibilité conservée dans It." corps épiscopal ? Ilien ne coule à Dieu pour l'accomplissement lidèle de ses promesses. Les lois de la nature cèdent aux desseins cpie son amour a formés [lour nous. 11 Veut reproduire sans cesse sur nos autels la victime cpii s'est iinmolée une fois, et d'une mtyiièrc sanglante, sur la croix. Il veut nous convaincre ipie celte victime est la nôtre, et nous en appliquer les fruits \k\v l'union la plus intime (jui soit possible, après colle des trois [lersonnes divines et celle Jesdeux natures dans la (lorsonne du Verbe. Dès lors la substance des corps est intérieurement changée, et cependant se.
démontre toujours à nos sens la même ([u'elle était avant celte Iranssubstanliation. Un même corps existe dans le môme moment en une infinité de lieux dilférents ; il en existe où, loin d'imaginer la présence de l'Homme-Dieu, on ne soupçonnerait pas môme celle d'un homme. Ainsi , quand Jésus-Christ a voulu, [lourle mérite et pour la sûreté do notre foi, établir dans son Eglise un tribunal visible, d'où il ne retirerait jatnais sa présance, ni l'assistance do son esprit, il ne s'est pas engagé à ne composer ce tribunal que de jusies, (jue do savants ou de génies sublimes. Au contraire, il a prédit les scûudalesqui affligeraient son Eglise, et ses apôlres n'ont pas tardé à nous avertir que ces scandales naîtraient quelipiefûis dans l'ordre des premiers pasteurs. Il n'a pas promis non plus que chacun d'eux serait int'ailliljle. La promesse faite à un corps, dit M Oossuel (198J, n'a pas besoin pour son accomplissement , d'être vérifiée dans chaque particulier, llsufjit que Dieu sache tellement se saisir des cœurs, que la saine doctrine prévale toujours dons la communion visible et perpétuelle des successeurs des apôtres. Or, qui peut contester co pouvoir à celui qui a donné pour gage de l'exéculioii de sa promesse (19*J), sa toute-puissance dons le ciel et sur la-terre'ï C'est un miracle, sans doute, que l'exercice de ce pouvoir; el il éprouve encore jilus notre loi, lorsque cet exercice est obscurci à nos yeux par
(195) Miiitli. xxvui, 20.
(I9U) MalMk. I, II.
(197) Qmliescmque manducnbilis fuinem hune cl rrdiceiii Itil'elis, morlein Domiiii uiiminliubilii duiuc vcitiut. (l Cor. XI, '20.)
(198) Seconde instriiclioii pasloriile sur la promesses fuiles ù t'Lyiise.
(199) Umu est inilii omnis pole.stns in cœlo el in tenu, lùtnies errju docele utiines ijenles... el i;;st' cijo wliiiciun siini, de. {Mallli. WMii, IS, 19, 20.)
ŒUVRES COMPLETES DE LEFRA^C DE POMPIGNAN
des aéfanis on des vices personnels, qui rendent nalurellemenlplus sujels à l'erreur ceux en qui on les remarque, et inspirent aussi plus de défiance pour leurs enseignements. Mais ce miracle n'excède pas les prodiges de l'Eucharistie. Notre foi n'est pas filu'S éprouvée par les dehors quelquefois rebutants qui nous cachenlJésus-Christ tous les jours présent avec le corps épiscojial, que par ceux qui nous cachent sa présence dans l'Eucharistie. Il n'y a donc aucun motif qui puisse nous faire paraître l'une de ces présences moins croyable que l'autre. Tnutes les deux prouvent combien la sagesse éternelle aime h se communiquer aux liomnips. Si l'on pouvait assigner en- Ireellesqiielque ditférence dans la nécessité de les croire, elle est îi l'avantage de la présence continuelle de Jésus-Christ au milieu des premiers pasteurs. Sans celle-ci, tous les dogmes du christianisme et l'Eucharistie, comme les autres, n'auraient pas de fondement immobile; et tout évident qu'est le sens littéral de ces paroles, ceci est mon corps, ceci est mon sang, il en faut revenir, pour former noire acte de foi, à l'autorité de l'Eglise, dont la tradition n'a jamais varié sur ce sens, qui nous le propose aujourd'hui comme le véritable et l'unique, et [lar celte actuelle proposition nous assure infailliblement que c'est ainsi qu'elle a constamment enteniiu l'Ecriture, et que nous devons nous-mêmes l'entendre.
Cet attachement aux décisions du corps épiscopal, universel dans ses objets, inébranlable dans sa fermeté, a guidé la plume des pieux écrivainsquiont traité des devoirs de l'éfùscopat. J'ai déjà nommé saint Bernard. Il n'avait entrepris rpie par l'ordre il'Henri, archevêque de Sens, son ouvrage sur cette matière, adressé à ce prélat. Qui sommes-nous, disait-il, pour écrire de fiareilles lettres à desévèques? Qui sumus , ut scrihamus episcopis? Mais ijui sommes-nous pour ne pas leur obéir? Sed qui sumus ul non obedia7nus episcopis ? Ou sntt. (pielîeétail sa soumission pour son propre évéque , son éloignemeiit pour les exemptions, la peine (pi'if ressentait de cellcsqu'il voyait sollicitées et (ibtenues par des abbés contre leurs ]irélats, par desévéques contre leurs métropolitains, les plaintâs amères qu'il en portait au Sain -Siège, et néanmoins sa profonde vénération pour ce siège dont il respectait autant les divines prérogatives, qu'il flattait peu les pontifes qui l'occupaient, et les abus introduits dans leur cour. On saitaus^i que, loin de se prévaloir de la confiance que les Papeset les évêque? avaient en lui, do la déférence qu'ils lui témoignaient dans les plus importantes allaires de l'Eglise, il attendait de leur tribunal la résolution de tous ses doutes, la décision des controverses agitées de son temps , la condamnation des erreurs qu'il y dénonçait. Celte condamnation devenait la règle de sa conduite envers les auteurs ouïes partisans de ces erreurs. 11 n'a-
vait garde défaire dépendre la validité des jugements ecclésiastiques de la science ou de la sainteté de ceux qui les prononçaient. Et cet homme merveilleux, animé de l'esprit des prophètes , enrichi de leurs dons , plein des maxittes des Pères, dont il a fermé la marche, ne désirait pas moins que l'autorité du Pape et des évèques fût maintenue dans tous ses droits, que de la voir exercée par des mains aussi pures que dans les premiers siècles de l'Eglise.
Avec ces sentiments, on peut édifier et servir l'Eglise par une naïve et [)ublique exfiosition des devoirs de l'éjiiscopnl. Elle porte dans elle-même des correctifs qui en écartent le danger. On api>rend d'elle deux choses qu'il n'est jamais permis de séparer; l'une, jusqu'où doit aller la sainteté personnelle d'un évêque pour rôponjie à celle de sa dignité; l'autre, quelle est la suréminence des pouvoirs attachés à une dignité qui exi' ge une si haute perfection. J'avoue qu'elle laisse la douleur de voir (jnelquefois cette, dignité mal remplie et mal exercée. C'est un spectacle qui se présente sans qu'on le recherche , et qui revient ajirès qu'on en a détourné les yeux. Il est impossible de ne pas apercevoir une contradiction manifeste entre des règles connues et des infractions qui ne le sont pas moins , la distance d'une vie qui ne suffit pas pourle salutd'un chrétien ordinaire, à celle que doit mener iiii évêque pour se sauver lui-môme, et pour sauver les âmes dont il est le pasteur. Tout ce que peulsuggérer alors une charité fidèle aux leçons de saint Paul (200) est de se défendre de toutes les applications personnelles que l'évidence ne lui arrache pas , de garder le silence sur ce qu'elle ne peut ignorer, d'excuser les intentions quand les actions sont inexcusables , d'adoucir des inculpations que le monde se plaît à grossir et à charger; enfin, de remettre au jugement dé Dieu ce qui n'entre pas dans l'ordie de ses propres obligations , dont il faudra qu'elle lui rende cora|)te. C'est déjà beaucoup pour remédier aux inconvénients de la publicité donnée aux devoirs de l'éjjiscopat. Ceux qui parlent et agissent ainsi, et toiisy sont obligés, n'en abusent pas lis en deviennent plus instruits et meilleurs chrétiens. Mais ils ne le seraient pas , s'ils n'étaient enfants dociles de l'Eglise, ou s'ils supjiosaient qu'on peut l'être sansunesincère obéissance à des décisions du corps épiscopal.
Malheur aux écrivains qui , s'étant abreuvés de fiel contre quelques-unes de ces décisions, en infectent des ouvrages où l'on ne devrait trouver (juo des motifs et des sentiments de piété I Leur plume, trempée dans ce fiel , s'exerce sur les devoirs de l'épiscopat. C'est une occasion pour eux de placer des traits favorables aux opinions réprouvées qui leur sont chères, pour détruire l'autorité des décrets qui les condamnent ; ilsavancent hardimentqu'elles nesont ipie la pure doctrine des Pères. El comme
(200J ICor. xin, i, •", 6,7.
PAIIT. V, TIIEOL. MOUALE. - I^TIIIES A UN EVF.QUE, ETC.
l'un il('"> )TiiiL-i|iaiu (li'voii's divs i''vù(iut'S est, >iiii> ciiiilreilil, ili' lonti.iltn- ililo tiiuinleiiir r<iiinfiiiio (raJition ils rii iiliiilxiont l'iynoiMiice fl lu luiWxis aux piéliils juges el fi'iisiniis lin leurs (loi^mes |iiiiliculiei's. Ainsi, i|u;mil ils iiisisli'iil si IViitiMiuiil sur la iiécossilii de la scii'iici! dans un évi^ijui; , ce n'est lias souleiiieiil en tciuics j^énéraux qu'ils la (liMiiandiMit ; ils en veulent ahsoluniont unei|ui puisse tlevenir ra|p|iui do leur parti; ce n'est pas surtout eelle (pii, prenant pour base do ses roclici-ches l'iniaillililo eonl'orinilé entre la doctrine aetuelle de l'K^liso, et celle qu'elle a professée de tous les teniiis, n'étudie et irapprf)londit l'antiquitétiuepour se mieux convaincre de la justice et de la vérité des défiisiens réceinmenl prononcées, suivant cett.; maxime de Tertullien: « Ce qu'on trouve linilorméiuenl établi dans la multitude des lidèles n'est pas une erreur, mais une tradition. » Quod apud mullos unuin ini'eniCitr, non est erratum, sed Craditinn. La science dirigée par de tels principes leur est odieuse : fût-elle éiuinenlc dans un évéque ouvertement opposé h leurs sentiments, ils la dissimulent, ils la déprécient, ils la comptent pour rien. En revanche, ils vantent avec excès les connaissances et les talents des [irélats dont ils ont pu gagner le sutfrai^e. C'a élé la méthode de tous les hérétiquesqui, voulant demeurer dans la comm-union extérieure de l'Eglise, n'ont [lasattaquôdefrontl'épiscopatni rompu la chaîne de sa succession ; c'a été en [larliculier, au rapport de saint Augustin, celle de Julien, évôqne d'Eclane, chef du parti pélagien. Il se' glorifiait (-201) du petit nombre des évoques, ses adhérents (ils étaient dix-huit), comme étant avec lui les seuls savants et les seuls sages. Il accusait d'une ignorante simplicité (202) la mnltiludid des prélats dispersés dans leurs sie'ges , il.)nt on avait, disait-il, extorqué la souscription contre sa doctrine. 11 osait reprochera saint Augustin de s'être écarté de celle des plus illustres évêques leursprédécessenrs. Mais, indépenilauunent des preuves vicloi'ieuses qui confondaient cette calomnie, saint Augustin lui répondait que, sans avoir assemblé un concile général, on avait donné aux pélagiens (i03) un jugement compétent, un jugement suffisant ; qu'il n'était plus besoin de rien examiner avec eux, et que parles décisions (20i) des deux conciles d'Afrique envoyés au Saint-Siège, parlesrescrits émanés de ce Siège, acceptés partout oii ils avaient été connus, la cause était irrévocablement finie.
(201) JuLuxus, passim, apud .Acgustixum-
(202) I Qiiul est qiiod diciinl (Peliiginiii) sunplicibus episcopis, in locis suis sedenlibus, sine coiigre-
gatione synodi, exlorlu subsciiplio est Qii;isi iiulla
liaeresis aliqiiando, iiisi coiigregalioiie synodi, damiiala sil. Cimi polius raris^iiiKe iiiveniulur, propter qiias necessilas lalis e\sllleril; imdlcxpic sicil alqiie iiicuiiiparabililer plures, qus ubi exslileiiiiil, iilic hiiproLiari , daiimarique nienieiuiu , alqiie iiide pcr c;i'icriis leiras divilaiid;e iiniotcscere poUieiiiiU. • (Saiicuis AcecsTiMis contra duas epistutas Peltiyiiiiioium, cap. 4, ii. 54.)
(".0 que ji) dis de In science épiscopale, ' uont les éi;rivains e,i question n'i'\iilti'id la nécessité que pour alfuiblir l'autorité ib's jugonicnls épiscopaux (|ui leur déplaisenr. est également vrai de l'amour et du /élu pour l'Eglise, autres (|nali(és essentielles dans un évéque ; ils n'en admellenl la réalité el lu mérite (|u'à condition ijno ce zèle SI- t(airne en atlachemcTit à leur parti, et qnu cet amour, s'il ne produit pas entièrement le même elfi't, leur procure du moins, sous le faux iH)m de paix, la tolérance et la liberté. Si, par des idées jdus saines, un évè- ()uo croit devoii' faire de c(;s vertus un usage directement contraire à leurs désirs et à leurs |)rét(,'nlions, loin de les eslimi;r en lui, ils les déligurent par des (pialilicalions injurieuses. En voilà assez pour rendre non-seulement suspects, mais véritablement dangereux , des ouvrages oCi il y a d'ailleurs d'excellentes choses sur les devoirs do ré()isco{)at. Un. es[uit éclairé et ferme dans la foi, (]ui les lit avec discernement, peut en tirer de l'utilité. Des évôfiues qui doivent avoir Vhabitudc , l'exercice cl l'intelligence de distinguer le bien el le mal, peuvent trouver dans ces livres (Je quoi se corriger eux-mêmes et se perfectionner ; car il ne serait pas juste ([ue nous repoussassions la vérité , parce (ju'elle sort d'une bouche ennemie : mais ce mélange de bien el de mal, par la raison môme qu'il exige des précautions, et que sans elles il devient nuisible, dégrade un ouvrage du rang où ses admirateurs le placent. Ce n'est ni un aliment pur pour la piété, ni un monument tidèle de la tradition. L'Eglise voit toujours avec douleur des enseignements utiles servir de voile et d'amorce à d'autres ipii sont pernicieux : elle n'attend pas d'un de ses enfants rebelles la réformation de ses jiasleurs.
Cette réformation ne convient pas mieux h des hommes d'une espèce dilTérente (ils n'appartiennent à aucune secte condamnée), toutefois mal intentionnés pour l'épiscopat : ils le haïssent ; les uns, parce que c'est un état, humainement parlant, d'éîévalion et de richesse, epii lilesse leurs yeux ; les autres, parce (|ue leur ressentiment personnel s'est étendu, comme celui d'Aman, d'un seul évèque ou de plusieurs, au corjis entier de l'épiscopat. il y en a dont l'ambitio!! déçue les aigrit contre une dignité à laquelle ils ont inutilement aspiré. Cette cause, qui dès les premiers siècles de l'Eglise a fait des hérésiarques, fait quelquefois des ennemis implacables de l'épiscopat. Ajouterons-no;iS
(203) i Veslra apud compeiens jiidiciuiii conimuiiiuin episcoporuin moilo causa fiiiiu esl. îNoe ampliiis voijiscciii agenduiii esl , (piaiiUnn ad jus exaiiiiiiis periiiiei, iiisi ui prolaïain de liac re seiiieiiliam ciim pace seipiaiiiiiii. • (Saiictiis AccusTI.nus, lib. ni Connu Jnlianum, cap. 1, ii. o.)
(-20i) « Jaiii de liac causa duo concilia missa siiiit ad Sedeiii Apostoiicaiii. Inde eliam rescripla veiieniiil. Causa linila Csl; lUiiiaiu aliiniaiido liiiialiir eicor ! > (Saiiclus Acgustimjs, scniio 131, De icrbis Eittngelii Joan, vi, ii. 10.)
à CCS diverses dispositions la malignité de, ceux pour qui la morale est un cliaiup ou-' vert à la satire? ou l'orgueil d'un misaiitlirope qui n'envisage la perfection dans les choses que pour s'en faire un droit de ne rien approuver, et même de tout biamer dans les personnes?
Quiconque écrit ou parle par quelqu'un de ces mo'ifs sur les devoirs de l'épiscopat, n'' st |ias in>piré par la sagesse descendue d'en haut, comme saint Jaci]ues l'appelle (20o). Sa [irétendue sagesse, pour continuel
]e lani:
du même afiôtre, est terratre.
animale , diabolique ; car où il y a de la jalousie et de la contention, là est le trouble et toute sorte de mal. Des écrits ou des discours, fruits de cette fausse sagesse et )iiar(|ués à son coin, ne soiU pas propres à rétaljlir la discipline dans l'épiscopat ; ils irritent avec justice tous les évêques sans (exception, et n'en ramènent aucun à l'accoMqil.sseujent de ses devoirs ; ils n'en affermissent aucun dans l'esprit et les vertus de son état. On s'apeiçoit aisément que ce n'est pas leur but ; on n'y voit que de la mauvaise humeur, de la passion, un dessein de noircir et lie décrier. Ce sont de vrais libelles semés de maximes bonnes en flles-méuies, mais qui n'y tiennent lieu que de bordures à des portraits hideux et à des accusations diUamaiites.
Quelle est donc la sagesse qui peut dicter des instructions solides et salutaires sur les devoirs de l'épiscopat? Saint Jacques la caractérise ainsi dans le mêuie endroit (206) : En premier lieu elle est pure, c'est-àdire exempte de toute eireur. Ce caractère a été exjiliqué plus haut. Ensuite elle est amie de la paix. Dès lors elle est bien éloignée de jeter la division parmi les fidèles, el surtout d'aliéner les ouailles de leurs pasteurs. Elle est modeste. La modestie, <]u[ Serait fausse dans le chiistianisme, si elle n'était pas tiumilité, fait sentir tout le poids de la divinité épiscopale à ceux mêmes qui ne le portent pas, Ijeaucouji plus à ceux qui le )iortent, et leur défend d'insulter à la faiblesse qui succombe sous ce poids. Elle tsl équitable, ne retranchant rien des obligations inqiosées par celte dignité, et n'y ajoutant pas non plus au gré d'une imagination ardente. Elle est susceptible de toutes » jrtes de biens, de celui qui désire que tous les évêques, dont le ministère est fcrmidai)le aux anges, soient autant d'anges sur la terre ; de Celui qui adore la providence divine, lorsiju'elle ()ermetque son Eglise soit gouvernée jiar des ho.nmes vicieux ; de celui qui, sous ces hommes mêmes, sait rendre au gouvi rnement ecclésiastique une inviolable obéissance; de celui eulin que (les abus dont il gémit et qu'il n'est pas en son pouvoir de réformer, n'empêchent pas de travailler eliicacement, comme il le i)eut
(205) Non est hia sapientia desursiim descendein, sed lerreiia , aniinulis , diubulica. Vbi enim zelits et cunicnlio , uln incoiislaiitia et oinne ojiui pravtim. (Jac. \iii. 15, 16.)
(2'JGj Qua- iiittcr.t tlesiusum al sapieiiliu, l'iiiiiur.i
toujours, à sa propre réformation. Elle est pleine de miséricorde , non pour approuver ou favoriser le vieedans des personnes élevées, ce serait une timidité criminelle, une perlide complaisance, mais pour éloulf-r dans son cœur le souvenir des injures qu'elle croii en avoir reçues, et pour traiter de leur dignité, de leurs devoirs, comme si elle n'en avait jamais reçu que des bienfaits. Elle ne juge pas. Loin de toucher aux oints duSeigneur, contre sa défenseexpresse (207), elle réserve le jugement de leurs i)ersonries, sur la terre, aux puissances qui en ont le droit, dans l'autre monde, h Dieu qui les attend à son tribunal. Elle n'est pas dissimulée, non-seulement avec les autres, mais avec soi-même. L'hypocrisie des pharisiens consistait h pallier pur d'aigres censures leurs secrètes iniquités : elle n'est pas sans imitateurs dans le christianisme. Il y en a u;ie autre par laquelle une conscience aveuglée se flatte d'honorer et de servir Dieu, tandis qu'elle est en proie à l'orgueil qui la domine, à l'envie qui la ronge, au zèle amer q\ii la dévore, à la bile envenimée qu'elle exhale.
Peut-être Irouvera-t-on en des écrits dont l'Eglise révère les auteurs, non pas tous les défauts que nous venons d'observer ( ils sont incompatibles avec une vertu comnuine , beaucou)) plus avec une sainteté distinguée; ils ne méritent que des anathèmes), mais quelques traits dont la chaleur et la liberté ne paraissent |)as s'accorder avec les idées ordinaires sur le respect dii o la persorjne des évêques. Les intentions de ces écrivains n'ont pas été douteuses ; ils aimaient l'Eglise, ils l'édifiaient par leur piété, ils l'éclairaient de leurs lumières; elle n'avait pas d'enl'anls plus attachés à sa foi, plus soumis à l'autorité de son ministère. Dieu les ajipelail à instruire et à corriger les chefs et les princij)aux pasteurs de son Eglise. Pour l'exercice de cette mission, accréditée quelquefois par des miracles, il mettait dans leur bouche des paroles de feu, telles qu'il en avait inspiré aux [irophètes contre des rois idolâtres, contre des lévites et des [irêlres déserteurs de leur loi. Les vocations extraordinaires sont toujours jointes à des dons sublimes qui les justifient, si ce n'est aux yeux des hommes profanes, et dans le moment même, du moins dans la suite des siècles et aux yeux de l'Eglise. Ces vocations , ni ces dons , ne se supjdéent pas. En vain celui qui en est dépourvu entreprend de faire revivre d'illustres réformateurs. Il n'en a pas le mélite , il n'en a pas l'autorisé; il ne lui reste que la tache d'une témérité malheureuse ; mais ces vocations merveilleuses, et qu'il n'est jamais permis de contrefaire, sont toujours désirables. C'est une des grâces lus plus signalées, que Dieu puisse accorder
qiiidem pudica esl, deinde paci/ica, modesta, siindi-
hilis, bonis conseniiens, plenn misericordia A'ou
judicaiis, Ktne siinulaliutie. (Ibid., 17.)
("207) Nolite lanijere cliristos mens, et in prophelis ineis uoliic muligiuiri. (Psal. civ, lï.)
l'AlU. N llll.nl MOIIALE. —
h *on Eglisi". Avec i|iielli's iiislanncs d«yllns-l)llu^ lui ileniaiiilcr ! ;ivi;c qucllt) ro- I iiiitiai>is.ini;e dovi ioiis-iions iic<'iR'illir ilo CCS liuitiiiic'S susfili'S ircn litiiil |i()iir lmi- >cii;ner li'S iiiallres t-ii Isijiël ! Fussi^iil-ils ilii ^cLonil (inlio du clerj,'!^. coiiimo saint Ji''n\iiu> Pl saint Kcrriiinl , h Dion ne |)lnist' que nnus di'il«ij,'iiiwsions loiir voixl A Dieu 110 |ilrtise (|u'otrL'nsés di' la linrdi{?sse cl do 1,1 vôliéniemo de leur zè'e, nous en ni6ct)'iiiussioiis le prix I S'il y avait /le leur part qutdciiie excès m ce (^enre, ou si les lionnnes lo jugeaient ainsi, il serait racheté |iar la |iiii-clo du luolil' et par rini|iorlancc du service.
I.e dernier défaut où l'on peut tomber en traitant des devoirs de l't'piscopat est de les discuter en snlitaire, en homme do cali net, nulleiMi'iii en homme puhlic, (|ui ait pu et su ajouter des notions jiiatiipies h d'Iles de la théorie. Ce défaut est moins i^rave que ceux que nous venons d'ohserver; mais il ùte à des ouvrages , d'ailleurs eslimaliles , une partie; de leur prix et de leuruliliîé. lien est de cette matière comme lie toutes celles qui exigent une U[)|)licntion détaillée des maximes et des principes.
Uarement trouve-t-un d'excellents casuisles I aiiui des écrivains qui n'aient jamais ' \ercé le ministère de la [lénitence; plus rarement encore des hommes dont la situation ne leur a pas jiermis d'approcher des conseils ou de la personne et do la cour des rois, peuvent-ils raisomieravec justesse et précision sur l'art de régner. Des disserl.itions sur la politique que le iiianieinent des f;randes atf.iiriis n'a point éclairées, sont coramunéinent de vagues spéculations. t)n peut écrire sur la guerre, quoiqu'ejn no soit pas aussi iiabile que César ù commander des armées, ni à tracer le tableau d'une iiiar.œuvre ou d'une expédition niilitaire ; mais pour entre|)rendre de former des généraux, il faut l'avoir été soi-même , ou du moins en avoir ajipiis le métier dans les emplois qui servent de degié ou d'instrument à celui-là : enfin un jurisconsulte cjui n'aurait de sa vie plaidé, consulté ni jugé, .-erait, avec toute sa science acquise par l'élude, un assez mauvais maître pour les tondions de la magistrature.
On dira qu'un savant à qui les détails et li'S soins de l'administration épisco()ale ont Idujours élé étrangers n'a pas éprouvé la li'iUation d'enfreindre et d'énerver les anciennes règles |)ar une dangereuse déférence à la coutume et aux exenqjles ; qu'il n'a ]ias eu d'intérêt à justifier des relicliements dans la conduite par des maximes relâchées; (pi'en cela il n'en est que plus propre à exposer les obligations iLivariables et imprescriptibles de la dignité é|)iscopale dans toute leur étendue; qu'il sutlit de les avoir a|)prolondies dans les souices , et qu'il n'en méiite pas moins de contiance pour n'avoir jamais été à portée d'exécuter luimôme ce qu'il a lu et ce qu'il enseigne.
Sans doute les vérités du sacerdoce et de l'épibcojiat ne sont pas sujettes à la vi-
LLI iULS X UN EV.KQUr:, KIC. 4li
cissiiudo dus temps, tienucoiip moins h l'clle des modes : on doit les retrouver dans la pratii|ue, si elle esl buiuie ; et si elle est mauvaise, ce n'est plus une scienee qu'il faille envier, c'est un aveuglement funeste (pii clfaco des lumières pures, cl contre lequel on ne peut trop se prémunir. La routine n'i'st alors (pic; l'habitude invétérée do comriiettre les mèiiies fautes, et une iqiiniiU treté présom|ituçuso h les soutenir : aussi, i]uariii je prétends que pour traiter, avec toute l'exactituile nécessaire, des devoirs de réjiiscopat, il faut lus avoir connus par sa prique expérience, en chef ou sous les auspices d'un chef , je profjose uniquement cette connaissance comme le développement et le supplément de celle qui doit avoir élé précédeiument jiuisée dans les livres saints, dans les conciles, dans les saints Pères, et dans les écrivains qui en ont é!é, de l'aveu de l'Eglise, les tidèles échos. Celte connaissaneei spéculative est le f(mdement essi iitiel ; tout ce qu'on biltiiait sur d'autres princiiies , quehjue appui qu'on lui chcrchilt dans une longue expérience, serait un édilice de boui;.
C(;s deux connaissances ont besoin l'iinc de l'autre. Si la coimnissance pratique s'écarte de la connaissance spéculative, si elle en oublie ou mé|)rise les règles, elle égare et précipite ceux ipii la suivent. Si la connaissance spécalalive n'est pas tempérée par l'autre, elle excède les bornes où elle doit s'arrêter; elle égale des accessoires au principal, et resjjrit lui échappe à force de l-resser la lettre.
Ainsi un zélateur rigide de la discipline ecclésiastique, et ne joignant pas à son zèle la sobriété de sagesse recommandée (lar saitit Paul , mais cpii ne s'accorde guère avec la continuelle retraite d'une vie privée, condamne toute espèce de translations. Il cite à ce sujet, des textes de l'antiquité où cette couilamriation esl \^délinie, des exemples de jiréiats que lo mérite le plus éminent et le plus connu n'a pu enlever aux sièges [leu considérables pour lesquels ils avaient d'abord été consacrés, ou que les motifs les plus imposants n'ont pu détacher de ces sièges pour- passer h d'autres plus distingués. On lui objecte, dans l'antiquité, des décisions qui modifient celles-là et les ramènent toutes à un sens uniforme. Aux exemples qu'il allègue, on lui en oppose d'autres très-respectables, et on lui soutient que le même esprit a influé dans les uns et dans les autres. Il répond que c'étaient là des exceptions tolérables dans ces siècles reculés, mais qui ne le sont (dus depuis longtemps ; en quoi il se trompe manifustement , et son erreur vient de l'ignorance où il est des usages présents, ou do sou p.eu d'attention à les observer; car il est devenu plus nécessaire depuis quelques siècles, qu'il ne l'avait été dans les siècles antérieurs, de choisir- souvent pour des églises d'une grande iin|)Oitaiice des sujets déjà éprouvés dans le ministèi'e épiscopal ; que s'il se t)ornail à
OEUVRES COMP1.ETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
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désirer que les Iranslatioiis fiissetii, comme elles I étaient aulrefois , examinées dans des assemblées iiiérarcliii^ues (i'évèqiies, il aurait raison, pourvu qu'il n'en prit |ias droit de hlâmer sans réserve celles à qui manque cette autorisation, impossible jusqu'au rétablissement de l'ordre ancien.
L'isprit de l'Eglise est et sera toujours : qu'exemptes d'ambition ou de cupidité, vices inexcusables dans tous les temps, elles soient de plus commandées par la nécessité des lieux ou par l'avantage de la religion. Ce discerneiuent dépend d'une prudence qu'il ne faut |ias toujours attendre de quelqu'un qui n'est jamais sorti de son cloîire ou de son cabinet.
Il en est de même de la pluralité des bénéfices. Lorsqu'on se livre démesurément aux idées générahis sur la frugalité, la modestie et l'amour de la pauvreté, nécessaires à un successeur des a[)ùtres; lorsqu'on adopte avec crédulité les propos et les préjugés populaires toui'liant la richesse des sièges épisco)iaux; lorsqu'on ne veut pas distinguer dans les changements amenés par la succession des temps ce qui est mauvais de sa nature de ce qui est bon dans l'intention de l'Eglise et en des mains vertueuses, on se porte facilement à croire et à décider que toute pluralité de bénéfices, et particulièrement l'adjonction d'abbayes ou de [irieurés commendalaires, est criminelle dans un évêque; mais ceux qui voient de près la dis()roportion etfective des revenus d'un siège épiscopal avec les besoins du diocèse, l'indispensable nécessité pour un évèque de pourvoir, dans une mesure suffisante, aux bonnes œuvres sans lesquelles son ministère demeurerait infructueux, le danger que ce ministère ne fût peu considéré dans sa personne, môme avec une piété sincère, si, ne reiraçant pas les prodiges des Jlartin de Tours et des Germain d'Auxerre, il vivait dans le même dépouillement ; ceux qui ont reconnu, avec M. l'abbé Fleuri, que les manses abbatiales et prieurales, sans préjudice du culte divin dans les monastères, et de raccom()lissement essentiel des volontés des fondateurs, |)Ouvaient être plus utilement employées pour le service d'un siège épiscopal indigent, que par des titulaires réguliers, ceux-là, dis-je, ne sont pas si prompts à condamner toute pluralité dans quel(|ue évoque que ce soit ; ils se contentent de rappeler les anciennes lois sur cette matière, conlirmées, selon la discipline présente de l'Eglise, par celle du concile de Trente, qui subsiste dans toute sa vigueur, et dont l'obligation presse les évêques autant que tous les autres ecclésiastiques; ils gémissent que ces lois soient souvent éludées, et que le désintéressement, âme et objet de ces lois, se rencontre si peu dans la possession d'un seul bénétice , comme dans celle de plusieurs : enhn ils souhaitent et ils demandent que l'abus d'une pluralité qui n'est pas réellement nécessaire, ainsi que celui d'un emploi profane d.esbiejis egclésiasliques, soient prévenus ou
corrigés par rinterposition salutaire d'une autorité qui appartient à l'Eglise, et dont l'exercice habituel n'a été que trop longtemps suspendu.
Par une suite de cet esprit, plus versé dans la spéculation que dans la pratique, on voit des auteurs fixer, entre autres règles de conduite pour un évèque, la somme annuelle qu'il lui est permis de prendre sur les revenus de son siège, pour toute autre dé()ense que celle des œuvres de religion et de charité; fixation imprudente et nércessaireinent défectueuse, si on veut la rendre universelle; car, quoiqu'il soit vrai que la dépense de l'entretien [)ersonnel devrait être à peu près égale, c'est-à-dire également modeste dans tous les prélats, on ne peut pourtant nier, lorsqu'on est instruit de l'état des choses, que la position de quelques-uns ne les oLhge, du moins ne les autorise à (ilus de représentation extérieure que d'autres de leurs confrères. Il est incontestable que celui qui trouve plus et de jilus vastes bâtiments épiscopaux à entretenir, avec leurs dépendances, ne puisse et ne doive y employer, en diminution de ce qu'il voudrait donner aux pauvres et aux églises, une plus grande partie de son revenu, que des prélats qui n'ont pas la mémo charge. Mal à jiropos on exigerait de lui qu'il se réduisît à ce petit hospice dont il est jiarlé dans un concile des premiers siècles, comme devant être l'habitation d'un évèque. Qui j)eut d'ailleurs répondre que l'entretien personnel, quelque modestie qu'on y mette, soit constamment le même chaque année? Et serait-il sage à un évêque de se prescrire à soi-même, sur la foi de ces spéculations hasardées, des bornes qu'il n'oserait plus franchir ?
Cette fixation est d'autant moins raisonnable, que si on voulait en croire ces auteurs, qui ne raisonnent pas sur des faits ])ositifs, il faudrait encore la resserrer ou plutôt l'anéantir, pour obliger un évêque à vivre des aumônes des fidèles ou du travail de ses mains. En cUet, dans l'énumération des œuvres dont ils le chargent dans son diocèse , ils épuisent la dotation de son siège, et ne lui laissent pas même de quoi pourvoir à son entretien [(crsonnel le plus étroit : ignorant ou peut-être oubliant qu'un évêque ne doit, à la vérité, exclure aucune espèce de bonnes œuvres dans l'emploi de ses revenus, mais que cette dispensation est limitée par les facultés de son siège ; qu'il est obligé d'en omettre quelques-unes pour embrasser celles qui méritent la prétérence; qu'il lui suffit d'établir dans son diocèse, i)ar des preuves non équivoques, la réputation d'une charité libérale qui accorde volontiers et ne refuse que par impuissance et avec regret; et que c'est même ce désir immodéré de faire tous les biens qui se présentent, et d'en provoquer qui ne se présenteraient [las, qui a ser." quelquefois de motif à une aîcumulalion indiscrète de bénéfices.
On voit aussi ces auteurs itsistcr forte-
l'VKT. V. TIlIOl,. MOUALE. — l.KTI'UtS A DN KVKQUK, ETC.
ment sur iriiiicicns u$ni;(>s dont ils ptMisi'iit iiiio l'oblignlioii fst iiussi |ii'cs?iiiiili' |ioui' les ovi\|iu'S i|u'i'lle a pu l'f^fi' iiiitri'rnis. 'i'i'llc t(sl.|>ar t'iieiii|ilc, l'IiDsiiiiiiliié (|ui coii'islo à lecL'voir f t i miiirr ir ctK'z Mii les voyn^eiirs, Ifs i''lr;ui^t>rs, les iiiiséialilus (|iii n'ont |Miint ilo (Jumiciiu ni de moyens do subsisliince. Jo ne répéterai pjis tout ce ipie j'en .'li dit dans la eiii'iuièine de es lettres. Mais il n'est personne tin peu au luit de ce ipii so passe dans le monde et parmi les hnmiecs (jui ne convienne avec nous, 1° i|uh l'hospitalité, jadis pratiquée, et ilans la même étendue, a cessé depuis kui^temps d'élro du la même nécessité et du mémo mérite; 2" qu'exercée dans la maist)u d'un évéque, ou dans une autre (pi'il aurait consacrée à cet usage, elle entraînerait heaucoup d'inconvénients, dont les princi|)aux seraient de le distraire notablement de ses plus imporiaides oc('U|ia!ions ; de tarir jiour cet unique objet, et au détriment de tous les aulres, la source de ses dons , de favoriser la t'ainéantise et la uiendieilé vagabonde.
Est-ce un défaut semblable d'usage et de pratique, ou petitesse et fausseté o'esprit, qui détermine (jneiques personnes à l.iiie un devoir à tous les évêijues de certaines actions qu'ils ont lues dans l'iiistoire de l'Eglise et dans les vies de quelques saints prélats? Il y en a qui ont imité ou surpassé le dénùment et l'austérité des anachorètes; d'autres qui, par leur présence et leur exemple, animaient la prière et la psalmodie publique; d'uuties qui ont prêché l'Evangile à leurs peuples, si ce n'est chaque jour de l'année, du moins tous les dimanches et toutes les fêle». Ce sont là sansdoule des traits admirables, quoiqu'ils n'aient [las tous une égale analogie avec les fonctions de l'épiscopat. Mais les proposer à tous les évoques comme autant de devoirs, c'est, à J'égard de quelques-uns de ces traits, confondre les conseils avec les |irécei)les; l'héroïsme de la sainteté épiscopale avec son essence; c'est supposer que des vocations j'.ai ticulières sont des vocations généralss, et que dans la carrière de l'épiscopat les desseins de Dieu sont toujours les mêmes sur ditférents serviteurs. C'est rabaisser injustement une vertu plus commune dans ses dehors, mais peut-être aussi estimable devant Dieu par la compensation de mérites moins éclatants avec ceux dont la singularité attire les regards et fraii[)e les esprits: surtout, et ceci regarde la fréquenialion journalière du chœur ou la [irédicalion conlinuellement renouvelée dans les chaires, c'est méconnaître, par ignorance ou par inadvertance, la diversité des temps, des lieux et des conjonctures. Car ce qui a pu Cire pratiqué avec éditiealion et avec fruit [jar dts évèques bornés à une seule Eglise, comme l'étaient la plupart de ceux de l'antiquité, ou par ceux qui n'ont eu à veiller que sur un petit troupeau, ne saurait l'être
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également par les prélats dont la sollicitudo s'élend heaucoup plus loin, lioiit les oc cupations exiérieuies sont plus nmltipln-es, et que rallaeliemont .'i liMir éj^liso cathédrale ne iloit pas ilétoiirner d'uni- juste et nécessaire attention aux autres églises de leur diocèse;. Un peut mêmr dire que si c'i.'St un excès dans un évêi]ue de donner Uuy de temps h la contemplation, c'fii sei'ait un aussi, et lie plus une cliimère, que de vouloir assister h la psalmolie publii|ue autant (|ue des chanoines, dont l'état les y assujétit. Il lui sullit de jiaraitre ù leur tête dans ce pieux exercice, lorsiiue des solennités l'y invitent, et que ses alfaires ou sa sanié lo jiermeltent. On peut ajouter (|u'indépendammont des obstacles que les prélats trouvent aujourd'ui dans le nombre et la variété de leurs fonctions îi des jirédications aussi iréiiueiites que celles des anciens évêques, il serait dilliiile, non-seulemcnl de prescrire, mais do conseiller à plusieurs d'enlro eux de prêcher tous les dimanihos et toutes les fêtes. Nous avons vu dans la (]ualrième de ces lettres que leur voix Irop prodiguée jiourrait perdre do sa dignité et de son poids; que néanmoins elle doit se faire entendre dans les chaires de leur diocèse, à commencer parcelle de leur église principale; et qu'en remplissant avec une sage mesure cette im|)urtante obligation, ils o:U d'autres manières d'enseigner de bouche ou par écrit les vérités chrétiennes. C'est ainsi que la connaissance pratique du ministère épiscopal tempère la connaissance spéculative qu on a pu en acquérir par la lecture et [lar l'étude.
Vous avez |)résumé. Monseigneur, qu'un long épiscopat avait dû produire cet elfet chez moi. J'avoue ijue le temps ne m'a jias manqué ; et si l'expérience ne m'a |ias mieux instruit, je ne puis en accuser ifue ma négligence. Je crois pourtant n'avoir altéré ni at]'aibli dans l'exécution de vos ordres, aucune règle, aucun (irincipe touchant les devoirs de l'épiscopat. Je désavoue, je rétracte d'avance tout ce qui peut m'ètre échappé, sans le vouloir, de contraire à la doctrine de nos maîtres dans la morale et dans la foi. Je me dois aussi le témoignage d'avoir écrit ces lettres avec une soumission parfaite à toutes les décisions du corjis épiscopal, avec une intime conviction que cette autorité est la sauvegarde du christianisme, avec un respect sincère pour tous les prélats parmi lesquels je ne méritais pas d'occuper une place, avec une horreur extrême pour la satire qui |soutlle son venin contre eux. D'autres sentiments eussent été indignes de votre conliance ; mais il fallait quelque chose de plus pour remplir la tâche que vous m'avez imposée. Il ne liemha (ju'à vous de suppléer à mon insullisance, ou de condamner à l'oubli cet essai que je déiioso en vos mains.
DE
ARCHEVÊQUE DE VIENNE
ixxtmc partie.
TiîÉOLOGiE ASCÉTIQUE.