‹ Œuvres completesChapitre 36 sur 232 · GO · texte numérisé non relu

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snciélé, elle no rraint tJ'aJ4<5iiritir la [WK'sie.

La lilléi'aliiro a d'aulres parties avec lesquelles la dévotion n'est pas moins d'accord (ju'avec rélo(|uciice et la poésie. Telle est la graujiuairc, doni nous ne parlerons que par rapport à l'élude. des langues, étude si négliijéé durant plusieurs siècles, mais que la renaissance des lettres dans le (|ui.izième a rendue si commune jusqu'à nous. Si celte élude, dont il est hors do propos d'expliquer ici les avantages, paraît s'être ralentie dejiuis quelque iemps, du moins h l'égard des langues savantes, s'il esl à craindre que dans la suite elle ne se ralentisse de plus en plus, et qu't'nlin elle ne tombe entièrement, ce n'est pas sans doute à la dévotion qu'il faut imputer cette décadence. C'est jilutôt à un goûl moderne aussi opposé h la vJévolion qu'à la bonne littérature. Ce goût porte sur deux objets qui paraissent contradictoires, mais que dans notre siècle on a trouvé le secret de réunir: le frivole, qu'on aime avec trop d'excès, pour dévorer l'ennui de l'étude des langues, et une philosophie sophistique qui donne du mépris pour la science des mots, quoiqu'elle préjiare à celle des choses, et |)our la connaissance de ce qu'on a écrit et pensé dans les siècles les )ilus illustres et parmi les nations les plus éclairées. La dévotion, également éloi^^néo de ces deux abus, est ca|iablo do soutenir le travail le plus épineux, lorsqu'il peut être utile à la religion. Elle ne dédaigne pas de recueillir les pensées et de lire lus écrits lies anciens. De là sont nées ces iuimenses recherches sur l'Ecriture sainte. Il fallait, pour en développer la chronologie, la géographie, l'histoire, et en plusieurs endroits finleiligeuce grammaticale, recourir aux sources, consulter même les monuments de l'antiquité profane les jilus voisins des temps où les livros sacrés ont été composés. Eûton pu le faire sans l'élude des langues? Et ' Ja dévotion, qui a tant de zèle et de respect jiour les divines Ecritures, qui n'ignore pas combien il importe à la religion d'en appro- ' fondir et d'en lixer le sens, peut-elle s'opposer à une élude d'autant plus nécessaire îians l'Eglise, que l'hérésie en a plus abusé'? Jl fallait aussi, pour s'assurer de l'ancienneté des dogmes c.ilholiques, en suivie la trace dans l'orient et dans l'occident dL'jiuis les apôlres jusqu'à nos jours. C'est à quoi J'on a réussi par l'étude des langues, qui nous a mis en étal de confondre par la voie de la discussion ceux qui ne pouvaient croire, sur la foi de l'Eglise, quo sadoclrino fût la même aujourd'hui qu'elle avait été ilans tous les temps. La dévotion apjilaudit à des travaux dont la religion |iroiiie, et loin qu'on puisse la soupçonner d'éloigneiiient pour l'érudition, lusage qu'elle est obligée d'en faire, est peut-être la ressource la plus assurée contre la barbarie où l'ignorance des langues mortes pourrait nous "eplonger.

L'Iiisloire appartient encore aux belleskltres. Je ne m'arrêterai pas à prouver que

le genre historique convient parfailemont à la dévotion. La chose parle, et il n'est pus moins clair que s'il faut un talent particulier pour écrire l'histoire, la dévotion ne lui cause aucun préjudice. Une (pialité plus essentielle à un historien que tous les talents, est la fidélité, vertu rare, cl qui bien entendue n'exclut pas seulement l'imposture et la fourberio, mais la prévention , de quel.|ue espèce (ju'elle soil, la basse adul.iiion, l'aigreur envenimée, la négligence à s'instruire des faits , la précipitation dans les jugements. Si un historien peut se préserver lie tous Ces défauts, c'est par ks principes de la piété. Elle le met au-dessus de tons les motifs qui pourraient all'aiblir en lui l'amour de la vérité. Sans esj.érance, comme sans crainte, il ne sait point firodiguer SOS louanges à des personnes ouù des actions qui ne les mérilent pas. Sans partialité, il rend une égale justice à tous ceux dont il fait mention. Sans ostenlaiion, il préfère un récit simple, mais vrai, aune narration plus vive et plus inléressante, mais fausse ou môme douteuse. Sans amertume, il no dissimule pas les vices et les crime-s publics, mais il n'en parle que lors(|ue la nécessité l'exige, et il n'ajoute ni conjectures hardies, ni réilexions malignes, ni décliimations emportées , à ce que racontent des auteurs contemporains et dignes de foi. Quelle histoire jilus sincère et plus véritable que celle qui est écrite dans des vues si pures et avec des dispositions si chréliennes?

On dira sans doute que la dévotion fait commettre des fautes très-importantes contre l'exactitude et la iidélité do l'hisloiro. La dévotion eslcrédule,ct adopte sansbeaucoup d'exaojen les faits miraculeux. Son attachement pour l'Eglise catholique grossit à ses yeux le mérile et les vertus de tous ceux qui l'ont défendue, et sa haine pour l'hérésie ne lui laisse apercevoir que dos défauts , saiiS aucune qualité estimable , dans les hérétiques et dans leurs adhérents. Trompée la [iremière, elle travaille à séduire ses lecteurs, et se llatlo de rendre un service à Dieu , on perpétuant dans la postérité les erreurs uont elle est préoccupée.

Nier ces erreurs ou s'opiniâtrer à les soutenir, ce serait mériter le reproche qu'on fait à la dévotion. Il n'est que trop vrai qu'un zélé dépourvu do science ou déjugeaient, mêlé dos imjierlections que la piété ne détruit pas toujours, a rempli plusieurs de nos hisioires do labiés absurdes, d'imjiulatioiis hasardées, d'élugos faux ou exagérés. Mais les écrivains qui sont tombés dans ces défauts, n'ont pas moins péché contre les lois de la dévotion que contre celles do l'hisloire.

La vraie piété, pleine de respect pour les miracles, ne les raconte qu'après s'en. être assurée par d'exactes recherches, de crainte que ie mélange des prodiges faux ou incertains ne fasse douter des véritables. Elle garde un juste milieu entre la crédulité

l'Mir \i iiii.Ki.. ASiKi. (ti.\niiu\ iii:r.()M;ii.ii:K avi;(: i;ksi'Ii:t.

jiilrt't» ol lii irilii|tio li-mi'r.iiri', im voiiliint poiiil éliloiiir ilrs Ifc'tfU-s i^iioraiils |iar un uwrvuilloiii où lii vriiisuiiililaiK 0 i-l In vt5rili^ iuutii|iitMil, m s'dliiier IV-sliiiio (K-siuélt'niliisi'S|iiiis fiirls jiar sa liunlies'so /i révoquiT cil ildule les iiiirailus lus mieux ul-

iL'SlÙS.

Niis liisloi'ioiis uur.'iii'iit In inôuie <5i|uiti^ (Jmis les poitiails ijii'iN liMCLMil îles cium'iihs et lies dércMsi'urs ilc l'Ii^lise, si Ki vérilalilo |>i(ilé i;oiiduis:iil (oujuurs leur pinceau. Ils coMiprcMilraU'iit iilurs iju'une pailialilt' luallilesle IjIi'SSi' la justice, curilroilii la vciili-, nuit à leur ciuse au|irès des letleuis juilicieui. Il laul savoiravouer Ivs loris dijceux. qui oui servi l'iiglise. Il l'aut aussi reconnailro les vertus morales el lus laleiils disliiii^ues do ceux qui uni eu le mallitur de laeoiuballre ; non qu'un historien , |iourac- (|uérir la conliancedu public, doive allecler une coupable neutiaiilii entre l'Eglise el les sectes scliistnaliques', entre l'erreur el la loi. 0"''l tlt-HIcire d'abord sa créance ; il y est obligé. Mais (]u'a()rès cette déclaration fuécise sur le dogme il tienne, en parlant îles personnes, la balance si droite, que la vérité seule la fasse pencher, el jamais l'iiilérôlileson |iarli. Malgré celle modération il n'évitera pas la censure des lecteurs prévenus, qui ne pourront lui pardonner ni son aversion pourleur doctrine, ni la sincérité avec laquelle il en aura peint les inventeurs el les principaux partisans. 11 déplaira penl-èlro [lar le même côté à des catholiques vaineiiient scrupuleux, qui ne connaissent ni les lois de l'histoire, ni lesvérilab.es intérêts de la religion. Les sutTrages qu'il obtiendra le dédommageront d'une ai)probalion qu'il n'eût pu mériter qu'aux dépens de la toi qu'il professe comme catholique, ou de l'uitegrité qu'on lui demande comme Inslonen. Il aura du moins pour lui k' témoignage de sa conscience, supéiieur à Ions les jugeuienls des hommes, et la saiist'action de n'avoir employé iiue la vérité en laveur d'une religion implacable ennemie du mensonge. a

11 ne faut pas quitter le genre hisloriiiue sans diie un mol des romans, qui racontent comme l'histoire, mais qui ne laconlenl que des liilions. Le seul défaut de vérité dans les faits ne rendrait pas ces ouvrages odieux à la dévotion. Rien de plus innocent que de supposer, pour l'instruction des hommes, des personnages qui n'ont jamais existé, ou de |)rèter, dans la même vue, des avanlures imaginaires à des persoimages réels. Je ne dirai pas, comme queli]ues-uns l'ont cru, que Moïse a doiuié un exemple de ce genre d'instruction dans le livre de Job , dont il n'a inventé le nom et décrit les souffrances que pour consoler les Israélites errants dans le désert. C'est une opinion condamnable par sa témérité,, et manifestement contraire à diUérents textes de l'Ecriture. Mais l'on sait d'ailleurs que les tictions et les paraboles étaient familières aux Orientaux, qu elles étaient surtout en usage chez le peuple juif, el c'est sans doute une des

misons ipii engagen Jésus-CilirisI à se si-rvir cil) cuitu von; pour ensei({ner Ses (ilns imporlanliis vérités. Li-s exemples iiistriiisi'iit mieux que les préipples; el coninio riiisluiro iH! fournit pas toujours' les iiiodules (ju'on voudrait n.'jirésonti-r.il isl pcriiii'-, il est mémo Irès-ulile do faire des portrai:» d'imagiiialion l()iS|u'on ne peut pas peindri! d'après natuie.

Des liclions qui ne peuvont tromper personne, sont exemples do mensonge, et co n'est pas aussi le ie|iroc!ie ipii; fa dévotion fait aux romans, lille ceiisuro dans ces ouvrages des vices Jilus réels et plus pi-rnicieux. Elle ne peut souffrir qu'oti s'attache il des lectures qui n'appreinenl rien do S'ilide, el (jui ne servent ()u'à insjiirer de criminelles passions , ou à remplir dans une vio oisive les vides que laissent les plaisirs. L'amour est pour elle un ol)jet d'horreur dans la tragédie; elle n'a garde de l'aiiprouver dans les romans qir, sans avoir les beautés de quelques-uns des [)0ëmes tragiques où règne la tendresse, sont encore plus dangereux pour le^ mœurs.

Mais en proscrivant les romans, la dévotion fait-elle queUiuo tort à la ré|>ublique des lettres? Elle lui rendrait au contrairu un service essentiel si elle avait assez de pouvoir sur les hommes pour les désabuser de ces méprisables ouvrages. Le bon goût y gagnerait autant que la purelodes mœurs. Les vrais amateurs des lettres verraient avec, plaisir tomber de frivoles productions qui nesuiiposent dans leurs auteurs ni génie, ni savoir, et qui tiennent lieu, pour plusieurs de ceux ijui les lisent, de lectures plus intéressantes. Ou sait le jugement sévère que Boileau, par les seuls prini;ipe3 de la critniue, a porté sur les romans. Ceux qui de nos jours inondent le jiublic, ne ressemblent pas, à la vérité, aux romans décriés par cet illustre poêle; mais pour être moins insipides et moins ridicules, ils n'en sont [las plus [iropres il former l'esprit et le cœur.

C'est une tache pour la littérature française que ce nombre prodigieux de romans dont l'uniformité, pour ne itoinl parler des , autres défauts, n'a pu encore dégoûler noire nation. Rien ne prouve uii^ux combien on esl éloigné de cette force el de cette délicatesse de raison dont on se pique aujourd'hui. Tanilis qu'on méprise la dévotion coDjme incompalib'e avec l'esprit des belleslettres, on avilit la littérature par une folle passion pour des ouvrages que condamne la dévotion. 11 serait aisé de montrer que plus ou fuit gloire de la raé|)riser par système, plus on s écarte des vrais principes de la littérature. C'est au moins ce que l'expérience véritie parmi nous. Celle piiilosophie moderne, bien dillérente du cartésianisme, di'jà lro(i vieux, el d'ailleurs trop chrétien pour elle, celle même philosophie qui raisonne avec tant de liberté sur les choses les plus sacrées, ne respecte pas davantage les précieux monumenlsdo l'antiquité profane.

Elle ne traite guère mieux la plupart Jus

iGl

écrivains célèbres qui nous onl immédiatenjeiit précédés, ol notre siècle, qui se croit

si éclairé, ruarclie d'un pas éi^al vers Tigrrorance tl vers l'irréligion.

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