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L'ESPRIT DES SCIENCES

l>'olijel des sciences est de découvrir la vérité par la voie du raisonnement. Aîais comme, il y a plusieurs oidresde vérités, toutes lés sciences ne se ressemblent pas. Les matliémaliques, qui par la certitude et la clarté de leurs démonsiralions ont retenu lenonigénéri(]uede5ci>nces (10), considèrent la grandeur, soit sous les signes généraux de l'algèbre, soit dans les nombres que l'aiilbraétique calcule, soit dans les trois dimensions de l'étendue que mesure la géométrie. La logique, qui dirige les opérations de l'esprit, nous apprend à mettre de la iirécisiou et de la netteté dans nos idées, à les comiiarer ensemble, à tirer de nos principes des conséquences justes, à remonter par une méthode exacte jusqu'aux premières connaissances, ou à descendre aux plus éloignées. La métaphysique, uniquement occupée des êtres intellectuels, approfondi!, autant que la raison peut le (lermettre, la nature de Dieu et celle des esprits. La physique, moins abstraite, étudie Jes propriétés de la matière , examine la situation des corps célestes et les mouveflaents des planètes, explique les causes des elTéls qu'elle observe dans l'univers. La morale distingue par des règles invariables les bonnes des mauvaises actions. Enlin la théologie, éclairée par la révélation, sépare Je dogme catholique des erreurs proscrites et des opinions permises.

Toutes ces sciences, quoique difTérenlcs les unes des autres, conviennent en trois choses qui paraissent incompatibles avec la dévotion. Elles occupent un temps que des oeuvres saintes et de ; ieux exercices rempliraient |ilus utilement [lour le salut. Elles iibsorbent toute l'atlenlion de l'esprit, et dessèchent le cœur, double obstacle à la prière et à la médiialion dos vérités chrétiennes. Elles servent de pâture à l'orgueil et à la vanité.

11 est vrai que la dévotion compte parmi ses principaux devoirs le bon usage du temps, et que ses moments les plus précieux sont ceux qu'elle emploie directement au culte de Dieu et au service du prochain. Mais peut-elle regarder comme perdu un tem|»s consacré à l'étude des sciences?

Cette étude est quelquefois un devoir pour elle, et c'est au moins de tous les délassements qu'il est. permis de mêler à des occupations indispensables, le i)lus légitime et le plus conforme à l'esprit de la dévotion.

Il y a des conditions dans le monde qui obligejit ceux qui les ont embrassées de s'appliquer aux sciences mêiue naturelles,

(!0) Lfi vcrlie grec qui esi la r.iciiie du nciii m.i-

Uici}iul!i;ue, sijjiiUie ajiproUre.

soit pour les enseigner, soit pour rendre à la société les services qu'elle attend d'eux. Dès lors la physique et les malhématique>, celles de toutes les sciences qui ont nu rapport plus éloigné à la religion, peuvent ètic étudiées par un jirincipe de piété, r-t les moments qu'on y enqiloie, sanclitiés par des vups chrétiennes. Indépendamment de cette obligation, qui peut bldiner, dans les règles du clirislianisme, des liomraes libres de tout engagement, et qu'un goût et di s talents particuliers ont déterminés à l'étuda de quelqu'une de ces sciences? Us ont suivi un penchant qu'ils ont été en droit de regarder comme une marque de la vocation du ciel, avec Uauiant plus de fondement, qu'aucune raison n« les détournait d'un travail innocent en lui-même, et qui pouvait devenir utile. S'ils ont su joindre à cette étude une piété solide, s'ils onl tidèlement rempli tous les devoirs de la religion, croit-on qu'ils puissent se reprocher le temps qu'ils ont donné aux sciences? On n'a pas besoin de ces détours à l'égard de la théologie. L'est une science trop sacrée pour qu'elle soit étrangère à la dévotion. JLditer Its divines Ecritures, lire les décrets des conciles, consulter les ouvrages des Pères, et puiser dans des sources si resjeclablesla connaissance des vérités révélées, ce n'est pas assurément dérober à la piété un temps qu'elle pourrait mieux employer. Ceux surtout dont il est écrit que leurs lèvres sont dépositaires de la science (11), s'acquittent par celte élude d'une obligation essentielle de leur état; et ils auraient de bien fausses idées de la dévotion, s'ils pensaient qu'elle pût leur prescrire un autre usage de leur lemps plus méritoire pour l'éternité.

Cessons de considérer l'étude des sciences comme un devoir. La dévotion regretteraitelle le temps que cette étude emporte, quand ce ne serait qu'une diversion aux travaux extérieurs ou aux soins tumultueux de certains étals? La dévotion ne condamne pas les délassements. Elle les ordonne même, pour rejirendre ensuite avec plus de zèle et d'activité des occupations qui deviendraient insoutenables, si elles n'étaient jamais interrompues. Elle aurait de l'indulgence pour de simples amusements renfermés néanmoins dans les bornes de la raison et de la vertu. Combien plus doitelle approuver des études également instructives et agréables , qui remplissent les intervalles des atlaires et des devoirs! L'anjour déréglé des plaisirs et les intrigues de l'ambition laissent ordinairement peu

(II) Labia saceiilutis ctislodieiit scientiam , et IS' gem requirent ex vre ejut. (Ualaclt. n, 7.)

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