‹ Œuvres completesChapitre 5 sur 232 · I.NSTUL'CTION SUIl I.'IICIIF.SIE · texte numérisé non relu

I.NSTUL'CTION SUIl I.'IICIIF.SIE

quille, incorruptible, invariable do l'orilre, aiiiiiiu' (|Ui approuve luut ce (jiii est coiil'oimeà cet ordiu, (|ui conduinnu (oui eu (pu lui est opposé; ipriMilin il est absiirdi.' de se faire un litre i".'nlro nos obligations envers Dieu do la bassosso et de l'impiopriété du langage humain, quand il veut exprimer les |)erfeeti(jiis divines.

C'est donc une règle irès-fausse que cello (pii est proposée par nos prétendus [ijiilosoplu'S, de ne juger do la bonté ou de la m.diie des actions liuina;n(;s que selon leur I a, port avec les intérêts des autres Ikjuiiiies. Il faut renionler à un principe supérieur; il l'aut considérer dans les forfaits, dont les hommes sont les victimes, l'aliental commis contre Dieu, dont la volonté souverainement juste est la source primitive de la loi naturelle, dont riiomme est tout à ia fois l'œuvre et l'image, et dont la majesté est olfensée (comme elle jieut l'i;tre) par des injustices exercées sur des créatures ipii lui sonl chères. Il faut aussi ieconnaîtruqu'iiidé(iendamment des acl.ons où l'humanité est lésée, il y en a de trèscriminelles par le caractère si.'ul de révolte, d'ingratitude, de perlidie de la créature à l'égard du Créateur. Par quelle étrange morale ces vices abominables d'homme à homme cesseraient-ils de l'êlre de l'homme à Dieu?

L'hérésie est un de ces outrages que Dieu peut recevoir de riioiiime. C'en est assez pour l'avoir en horreur, quand môme elle n'apporterait aucun p-'éjudice aux intérêts de l'humanité. Nos incrédules n'en connaissent point d'autres que ceux qui sont bornés aux biens pc'nssables de ce monde et de la vie présente. A s'en tenir à ceux-là, ils ont été plus d'une l'ois blessés par l'hérésie. Qui ne sait les dissensions intestines, les guerres étrangères, les bouleversements d'Etals (ioit elle a été la cause par son ardeur à s'étendre el à dominer? .Mais, (juoi qu'en disent les faux sages et les allies monuaines, il est pour l'homme des inlérèts plus précieux que des objets puremenl temporels, llien ne lui imfiorle davantage que de conserver dans toute sa jmreté une foi ijiii est l'héritage des enfants de Dieu. L'iiérésie cherche à lui enlever ce trésor préférable à la possession de l'univers eulier; il n'a, pour le perdre, tpi'à prêter l'oieille à ses discours artificieux. Si cette perte n'est pas un de ces ' maux qui alai ment el allligeiit la nature, elle n'en est pas mo.ns teriible au jugeiiienl d'ui.e raison persuadée par lespreuves les plus COU vainLautdS de la divinité du chri lianisme.

1! est rare de ne pas trouver Bayle siw son chemin, quand on défend quelque partie de la leligKjn contre l'incrédulité. C'est à lui qu'il laut renvoyer l'honneur ou pluli)t le bliliue des plus S|iécieuses objections dont s'arment nos incrédules modernes : il en proiioae une contre la Uoctrinequf'iious venons d'établir ; c'est son argument favori. Il en a rempli ses l'ensées sur lu comète; Il

lUNAN. 11. k

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

fn a fait le canevas de son Commentaire philosophiqhe: il l'a répandu dans toutes les apologies (le ses deux ouvrages, on le retrouve encore dans son Dictionnaire.

Les péchés, dH-il , en matière de mœurs sont conilamnés par le seiiliment intime de celui qui les commet. Il n'ignore pas , lorsqu'il est sur le point de les commettre, qu'il va se rendre coupable : il passe outre , et aux dépens de sa conscience, il satisfait sa passion. C'est de lui qu'on peut dire, si cela est vrai de quelque créature, qu'il offense la Divinité. 11 fait, de propos délibéré, tout ce qui est en son pouvoir pour- la dégrader et l'anéantir, en préférant è sa loi, à ses menaces, h ses promesses, les faux biens dont il est idolâtre. Mais tout lionirae qui n'embrasse et ne soutient une doctrine que parce qu'elle lui paraît vé.-ilable [ tel est riiérélique] ne résiste à Dieu ni directement ni indirectement. Au contraire, il veut et croit lui obéir. S'il se trompe, c'est uniquement dans sa doctrine particulière: son erreur n'est pas injurieuse à Dieu, dont il reconnaît, dont il iionore toutes les perfections, loin de les révoquer en doute et de vouloir les atlaquer. Il n'est donc pas rebelle à la souveraine vérité, et la comparaison entre lui et le pécheur , qui refuse à Dieu ce qu'il lui doit comme au souverain bien, est visiblement fausse.

Ce raisonneuient est digne d'un écrivain protecteur déclaré de toutes les erreurs, sans en excepter l'athéisme. On sent d'abord quelles en seraient les conséquences monstrueuses, si l'on jirenait à la rigueur le principe sur lequel il est fondé. On pourrait en conclure qu'il n'y a jias d'offense de Dieu dans toutes les actions que la connaissance réfléchie de sa loi, qu'on va violer, n'a pas immédiatement précédées. L'expédient serait commode pour retrancher du nombre des ennemis de Dieu les hommes plongés dans le vice, endurcis dans le crime, parvenus au point d'avoir oublié, ou de ne penser presque jamais, qu'ils ont un maître et un juge dans le ciel.

Mais je veux croire que ce n'est pas là l'usage que Bayle et ses copistes prétendent faire du raisonnement que nous examinons, lis ne l'appliquent qu'aux erreurs spéculatives que la conscience approuve et qu'elle encourage. C'est en cela qu ils font consister la difl'érence des erreurs de l'esprit d'avec les actions vicieuses que la conscience réprouve aoluellement, ou du moins qu'elle a autrefois réprouvées. L'objection de Bayle

réduite à ces termes n'en est pas plus solide.

Les Juifs persécuteurs de Jésus-Christ et des apôtres ont été animés par cette voix inlérieure d'une conscience égarée. Ils ne savaient ce qu'ils faisaient (137), quand ils demandaient à grands cris la mort du Sauveur, et que sur la croix où il était suspendu, ils nourrissaient leur haine du spectacle de ses souffrances. Ils ne connaissaient pas la sagesse divine qui était cachée en lui ; s'ils l'avaient connue, Us ne Sauraient jamais crucifié {138), Ils s'imaginaient rradrewn service à Dieu (139j, en chassant de leurs synagogues, en faisant périr ses disciples. Saint Paul, plus en bulle que les autres apôtres à leur implacable fureur, n'a pas craint d'assurer qu'ils avaient du zèle pour Dieu (liO). Dira-!-on que par ce zèle, et par la persuasion dont il étail le fruit, ils n'outrageaient pas réellement le souverain Etre et sa sagesse incarnée? Croyons-en du moins saint Paul dans le témoignage qu'il a rendu de luimôme. Il avait été un des plus ardents ds sa nation à combattre le christianisme naissant. Ses démarches n'étaient pas alors ins|>irées par des motifs que sa conscience désavoiiât. Elevé dans le pharisaïsme, sincèrement attaché à celle secte, il en avait toutes les préventions contre la doctrine de Jésus-Christ. Conséquemmenl à ses principes, il avait applaudi et contribué au supplice de saint Etienne ; il avait sollicité aveu empressement, et il portait à Damas dei ordres sévères pour l'emprisonnement des Chrétiens. Qu'élail-il dans cet état d'aveuglement, où loin d'essuyer les reproches de sa conscience, il n'en suivait que les impressions? Il nous l'apprend lui-même (14.1). Un blasphémateur , un persécuteur, coupable d'injure (142) et d'attentat envers Dieu. S'il ajoute que Dieu a eu pitié de l'ignorance qui le faisait agir dans son incrédulité, ce n'est pas qu'il veuille justifier ce qu'il a déjà condamné avec tant de force; il ne cherche qu'à nous faire admirer, dans une grâce si peu méritée, l'excès de la miséricorde divine. Il se déclare le premier des pécheurs {lk3); et il n'attribue la miséricorde exercée sur lui qu'au dessein où Dieu a été de laisser un exemple éclatant à tous le» fidèles de sa patience infinie à suj>porler-les pécheurs

Si l'on répond que touile crime des Juifs a été de poursuivre Jésus-Christ à feu et à sang, et de continuer sur ses apôtres les mêmes vexations; ne voit-on pas, outre

(137) Luc. xxni, 34.

(138) / Cur. n, 7, 8.

(159) Joan. xvi, 2.

(!iO) Rom. X, 2.

(141) Qui ;irins blaspliemus fui , et persecutor, et contumeliosus. Sed misericordium Dei consecutus sum , quia ignorans (eci in incredulitate. (i l'tni. i, 15.)

(142) Sainl Paul n'avaii pas du lilasplièine les inéines idées ((ue Bayle ei ses adliérenis. Ils n'en donnent le nom qu'à des paroles injurieuses à DIen, proférées dans le iranspori de la passiou, et qui

n'expriment pas les véritables seniimoits de celui qui les voniil de la bouche. Saint Faul avoue qu'on peut être blasphémateur de sang-froid el sans parler contre sa conscience. On voit aussi qu'il confesse avoir oulragé Dieu par des sentiments, dont il na doutait pas avant sa conversion qu'il ne fût honoré. (145) Clirislus Jésus venil in huiit mundum pecculores salvos [acere, quorum priinus ego sum, sed ideo misericordium conseculus sum, ut in me primu osiendcret Cliriitus Jésus omnem paticntium ad informaliouem eorum qui crediluri suiit illi in vilain œtertiiim. (/ Tim. i, 15, 16.)

l'AUT. IV. Tlli:OI. l'OI.EM. - INSTRi I.TIO.N SLIl L'IlF-UKSIKi

le (léœenli l'oruicl (in'on iloiino oui livres saillis , i|iii n'Dicusfiil |i;is plus li-s firi'Ui s S|aS'uliilivos lies Juifs, i|m' lour nch.iniumctit h itiist^eultT J<Jsus-i;iiiist lI SOS dis(i|)lL'S ; iii> vi>il-i)ii p.is , (Jis-jo, (HIC culle |irrs('-ciilii)n étuil uiio suile ti6ct'S.s/iirt> des oi'iiiion-. dviiil ils l'Iai'iil piédL'cupés ? (Ju'on les siip pose iirepiélieiibiblrs diiiis ces opinmiis; il n't!>t plus pennis de lus trouver coufialilus daiiN leur ciinduile. I.a loi de Muiso leur ordonn.iit ex|iresseiiienl ilo !ii»llro à mur; i|uici)ii |ue leiiieriiil de les dt-lourner du cullo du viiii Dieu , cl de les eiilruiner vers l'idokllrie. L'iinprobalioii des dogmes dans Celle iiKilit''re élait inséparable cliez les Juifs du cliAliiiieiU des persoiiiii'S. Sils on! pu sans crime rei^anler Jésus-Clirisl comiiio un soducleur, comme un usiir[iateur dis liiuineurs divins, ils onl pu, ils ont dil lui faire soulfrir et à ses disciples les peines décernées par une loi dont les dispositions élaient pour eux autant d'oracles sacrés, lîn tout cela ils ont eu leur conscience pour guide et pour conseil; il n'en fallait pas davantage, selon les maximes de Hayle, pour exempter de ciime l'idée qu'ils avaient conçue de Jésus-Cliiist : c'en élait donc assez pour autoriser la manière dont ils le traitaient.

Il en coûterait peu à nos incrédules de prendre la défense des Juifs. Ils rejetleraient leur fanatisme sur la loi de Moise. Du reste ils les confondraient sans peine avec tous les errants, dont ils ne veulent pas que les opinioiiS |iuissent être réputées criminelles. Mais que dironl-ils des fanatiques du christianisme, dont il serait à désirer que les noms pussent èiro ellacés dos fastes de l'histoire? Ils détestent ces scélérats. Nous les détestons autant qu'eux: avec cette ditl'érence que dans le jiigement que nous t;n portons nous raisonnons conséquemmeut aux jirinciiies de notre religion; pour eux, ils démentent les leurs. Ils n'ignorent pas qu'une conscience erronée a inspiré les énormes forfaits dont la religion a été le jirétuxte. Combien de lois n'ont-ils pas riippelé avec complaisance cet odieux souvi;nir ? Combien de conséquences aussi fausses qu'injustes n'en tirent-ils pas encore? Sans m'arréter à les détruire , voici ce (]ue je conclus moi-même contre eux. 11 est ddiic des eiieuis fortement imjirimées dans l'esprit, qui outragent Dieu et qui provoquent ses \ engeances. Osera-t-on dire qu'un homme imbu des erreurs dont il est ici question , ne soit pas cou[>able par elles soûles, et qu'il ue le devienne qu'en réduisant en pratique son exécrable théorie ? Il l'étail aux yeux de Dieu, et avant que les hommes pussent le connaître , dès le moment qu'il a cru l'honorer et servir sa religion par des crimes. Des fruits empoisonnés ne peuvent naître que d'un arbre infecté du môme poison.

J'en dis autant d'une autre espèce de fanatisme, [lOur lequel nos incrédules auraient jilus d'indulgence, mais dont les etl'ets n'ont pas été moins funestes, ni les exemples

moins coinniuns dans l'IiislOiro. Jo parle de (0 fanati>.meiiu'cnfanle un amour efliéné de la libciliS On a vu do tous les lem|is de prcti'ndiis patriotes so persuader dans les accès do celte fougueuse |>assion, que tons les moyens élaient justes pour u[io lin aussi noble ipie l'i-xtiiu-tion de la tyranno-. Ils h; pensaient ainsi; mais étaientils exciisabl.'S de le penser? Le témoignage d'une conscience avi-nglée sullisail-il [lour di>cul|ier devant Dieu de telles opinions, ({uand même clh's n'auraient jamais éclaté ilev.iiit les liomines par les attentats qu'elles trai;sloiiiiaient en vertus?

Deux raisons décisives condamnent toutes les opinions (pi'oii cherche à justitier par les suggestions d'une conscience trompée. La prciiiiùrc est (pie cette erreur de lu ( onscieiice n'est pas une erreur invincible La vérité a pu être connue; elle peut l'ètro encore. Il n'a tenu ([u'à celui qui s'est éloigné, de s'attacher constainment à elUt ; il ne tient qu'à lui ue s'en rapprorher. Dieu l'a rendue assez rcconnais>al)le [lar les traits les [dus éclalanls. L'homme (\\ii la combat par ignora'ico ignore co qu'il doit savoir. La seconde raison est que» celte mémo erreur de la conscience a sa source dans une mauvaise disposition de la volonté.

C'est une passion secrète, dont le cœur a été corrompu, qui a insensiblement obscurci les lumières de son esprit. L'homme dès lors est aussi responsable de l'outrage fait à Dieu par ses 0(iinions que s'il avait voulu direcieme'it s'élever contre sa souveraine vérité. Dans le fait, il l'attaque en niant ce qu'elle enseigne : il a beau dire que ce n'est |ias son intention, l'origine de ses écarts est trop vicieuse, pour iju'on ne lui impule pas tout ce qu'ils ont en eux-mêmes d'injurieux à la Divinité

Ces deux circoaslances se rencontrent dans les exem(iles que nous venons d'alléguer; elles rétablissent la comparaison, que Bayle s'est flattée d'avoir ruiné entre I s erreurs spéculatives de l'esprit et'as actions opposées à la règle des mœurs. Montrons la réunion des mêmes circonslama's dans l'hérésie; et confondons ainsi les frivoles prétextes employés j)Our sa justification.

Quant à la première, il ne faut que se rap|ielfir la détiiiiliou de l'hérésie. C'est la choix d'une doctrine en matièiede re.igion, et un choix opiniâtrement soutenu contre l'autoiiiéde l'Église. L'erreur qui fait juger cette doctrine véritable, ii'eNt doiu- pas une erreur invincible. Qui a lorcé l'hérésiarque à choisir une doctrine, et à ne pas se contenter de celle qu'il trouvait établie dans l'Eglise? Qui a forcé ses sectateurs à le clioisir pour leur maître et à ne pus consulter, à ne pas suivre des guides, dont une institution et des (iromesses divines leur garantissaient la fidélité? Les uns et les autres élaient sullisamment avertis de lu voie que Dieu leur avait fra\ée, [lour connaître le vrai sens do la révélation.

La voie d'examen est impraticabls ^ la

lî!

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plupart (Ips liomnies. Celle d'aulorilé est la seule proporlioiinée à leurs besoins: elle est |iar conséquent la seule cotil'orme à la sagesse et à la bonlé de Dieu. «C'est un riiallieur, dit saint Augustin (IV'tj, dèlre séduit par l'autoiité. C'en est un encore plus grand de la mépriser. Si la providence de Dieu neprésidepoinl auxchoses humaines, laissons la religion pour ce qu'elle est, et ne nous en occupons plus. » Alors elle n'est pas seulement inutile, elle est fausse. « Mais si tout au dedans et au dehois nous exhorte à chercher Dieu et à le servir, lie doutons pas qu'il n'ait élahli une aulorilé (jui soit comme un degié ferme et immobile poui nous élever jusqu'à lui. » Or, cette autorité si nécessaire et si sûre, l'Kglise catholique la possède. Elle n'est ni ne peut ôire ailleurs. Il n'est pas même d'autre Eglise qui ose se l'attribuer; c'est dans le sein de cette Eglise, « comme dans un I iche magasin, selon l'expression de saint Irénée (lia), que les apôlres ont déposé tout ce qui peut conlriburr à faire connaîtie la vérité. » 11 était « facde » aux hérétiques de l'y trouver; ils sont inexcusables de no l'avoir pas cherchée dans un asile aussi accessible qu'inviolable. Ils le sont encore plus de s'être obs!i..és à s'ajiproprier ia détouvcrlede la vérité, après que l'Eglise {H6j, « dont la voix retenlil dans le n:onde entier, » leur a déclaré (ju'ils se trompaient. Une telle erreur ne peut plus èlro soutenue au tribunal de Dieu, ni même à celui des hounnes par le témoignage de la conscieni^e. Elle est trop imprudenie et trop téméraire pour jouir des droits de la bonne foi.

La seconde circonstancu démontre encore plus sensiblement la malice de l'hérésie. On deuiande quel en esl dans le cœur humain la principe vicieux. Des passions de toutes les sortes ont produit des hérétiques. Nous lisons que les uns le sont devenus pai- le désespidr d'une ambition qui avait inutilement asjjiré aux dignités ecclésiastiijues ; d'autres par des haines et des animosités |iersonnelles. 11 y eu a eu qu'une basse cupidité, appelée par saint Paul (IW) la racine de tous les maux, a égarés dans la foi. Il y en a ou aussi qui ne l'ont perdue que pour s'èii'e livrés à des vices plus grossiers. Mais ce n'ont été là que des causes particulières. On se tromperait fort, si l'on attribuait à leur influence l'oiigine de toutes les hérésies, ou si l'on reiranchait de ce nombre les erreurs qu'elles n'ont point enfantées. 11 y en a une jilus générale que les livres saints nous apprennent, ot que tous les Pères ont unanimement observée: aussi a-

t-elle une liaison plus élroile avec l'hérésie, don! elle est esscnlicllement le véritable principe.

Cette cause est l'orgueil ; mais un orgueil dont il faut, mes fières, vous dévelo|)per la nature, pour que vous puissiez bien connaître tout ce que l'hérésie a de criminel. Tout orgueil esl un désordre dans la créature. C'est un amour de son excellence, qui lui en cache l'auteur, les bornes et le légitime usage. L'homme orgueilleux oublie qu'd n'a rien qu'il n'ait reçu de Dieu ; ou s'il y |)ense, c'est un souvenir stérile, qui ne l'empêche pas de se complaire dans ses avantages réels ou prétendus, comme s'il ne les devait qu'à lui-même. Je dis réels ou prétendus; car son amour-propre ne lui permet pas d'en juger sainement. Il se forme une idée de son mérite, agrandie de perfections qui lui manquent; il n'en rapproche que malgré lui, et toujours avec des correctifs qui le rassurent à la vue humiliante de ses défauts. Plein de ces sentiments, il interveitit la juste destination des qualités estimables dont il est doué; elles devaient servir uniquement à la gloire du Dieu qui les lui avait départies; il on fait l'instrument de la siemie. C'est par elles qu'il attend des autres hommes les mêmi's trophées qu'il a commencé à s'ériger dans le fond de sou cœur.

Cet orgueil ne prend pas les mômes formi's dans tous les hommes; la gloire est son objet universel; mais il y tend par des routes diverses. Tantôt c'est par les rangs et les titres éraineuts; quelquefois par Je grandes actimis que la renommée puisse publier dans l'univers, et dont la mémoire puisse être transmise à la postérité ; souvent par les productions du génie et du travail dans les sciences, les lettres ou les arts.

De toutes les dislinclions qui servent de l)àlure à l'orgueil humain, il n'en esl point dont l'amorce soit si subtile et si séduisante que celle de découvrir la vérité. Plus cette vérité est d'un ordre important, [ilus cette distinction est flatteuse pour l'amour-propre. Si le géomètre qui a trouvé la démonstration d'un théorème ou la solution d'un problème, est transporté d'une joie dont les plaisirs des sens n'approchent pas; si l'illusion en ce genre a tous les charmes de la réalité, quelle doit être 1 ivresse de l'inventeur d'un nouveau système de religion?

Combien s'applaudil-il lui-même d'avoir su apercevoir des vérités si j)récieuses au milieu des é()aisses ténèbres dont elles étaient environnées?

(14i) < Auctoritaie qiiidcin decipi luiserum est. Sed cène niisi;riiis nuii iiioveri. Si Uei providemiii non pr;eâidet reluis Immuiiisl, nitiil esl de ruligioiie

salajjeiidum. Siii vero el spccics reiuiii oiiuiitiui

cl inierior iiosljo iiu* toiiscieiili.i Deum quïereii- Uuiii cl Deu scrvieiidiim iiieliores qiiosque ariiiiios qiia>:i piittlice privaiiiii<|iie lioriaïur, non esl desperaiiduni ab eudcni ipso Deo conslilulam es.se alii|iiani auclorilulnni cjua velul c<Mlo i^radu innileiUes allt>lta;nur aJ Dcuin. » [Lib. de utilitiitc cicileiuli,

cap. 16, n. 5i.)

(145j « Non uporlei apud alios qu.xrere verJlalem, quant laclle esl al) Ecclusia snnierc. Cnin aposluli quasi in deposiluriuni divcs plcnissinie in eani coitlulerinl oinnia qux snnl vcntalis, ni ojnnis quicunque velit sumai ex ea poliini viia.-. > (Lib. m contra liœreses, cap. 4.)

(I4U) fiai, xvni, 5.

(147; Rttdix oinniuin maloru.ii esl cupiditas, quatn ijiiiUam iippeleiuei eiruieiuiii u fiJe. (I ïim. vi, 10 j

l'VIll IV 1111.01. rOLKM. — INSTIUÎI.TION SUU UIKIIKSIR.

C'esl «lois ijtio les SfUliiniMils vimIihuix, venitnl, s'il i'»l iieciiiis ilc lo duo, h l'nppiii de l'ori^ucil, le n'iiili'iit plus iiiciirablo. Toul co i|ii'iiii 11 (If ^î'Io pour Dit'u se loiirno cti aUiiclu'Mieiit |iassioiiiii'; poui' los (Ingines.ilniit on se rioit ii'di'ViihU- h îles luiiiitri's privili^Hit^es. Ou so félicile tl'.ivoir élô tiri^ loul it lii lois (le la uinsse de (.oiruiition cl de coIIiî d'igiioraïu-o ; on ri'iid gi.iccs à Uicu d'une fnvfuisi rare; on cioils'cii liuuiilioidovanl lui. .Mais loUc ri'connaissaiict.' c^t cetlii liuinililé pr(''t('iidiii'S sont celles du (tharisiiMi, dont la piiùre élnil un panégMipio do sa personne, il une censure dt'daiyneuso do Sun prochain. Je m; suis point, dit-on, cnmnie les autres lioniiues: A'on sum sicut cœleri hoininum. C'est uno troupe niiud.((î; ils ignorent la loi : llla turbtt miœ non nuvit Icgein maledicti $unt (Ii8). Ils ne sont rias Gcslinés, connue je le suis, ù en sonder les [irolbndeurs, h en dévoiler les mystères.

Il ne sullil ()as en elîel à l'orijueil du novateur de su croire i;claiié d'en haut pour l'inlellii^ence de la vérité. Il n'a garde de renlernier ce Iri'sor. Il serait ingrat envers la Providence, injuste ei. vers les autres hommes, s'il leur en rel'usait la connuunicalioii. Tels sont les jirélextes spécieux dont il autorise son ardeur h dogni.itiscr. Triste exemple de la duplicité du C(eur humain, in^^énieiix à s'aiiuser lui-même sur les vrais niolils qui le déterminent ! Celui de l'hérésiarque est d'avoir des disciples qui l'écoulenl, qui L' rév(ircnt, (jui le croient comme l'organe de la Uivinilé.

Il n'est p()i!it d'empire dont l'orgueil de l'homme soit plus jaloux que de régner sur les ns|irits par la voie de lu persuasion. Les autres emjiires n'ont jias les mômes attraits pour I amour-[)ro()re : la n.iissance les donne {>resque toujours ; ou si l'on y parvient autrement, do combien de secours étrangers n'a-t-on pas eu besoin? D'ailîturs, l'autorité des monar(iues les plus absolus ne s'exerce ijue sur les dehors de l'homme; elle ne commande pas ses opinions. L'empire accpiis par la persuasion n'est dû qu'à la sufjérioriié personnelle du maître sur ses disciples : ils la reconnaissent eu se soumeli.int à ses enseigueme'its. Cet omj)ire s'étend sur ce (|u'il y a dans l'homme de plus intime, do plus noble, de plus indépendant, resfirit et la raison. La |ieispective d'un tel empire peut remplacer dans un cœur tous les objets ordinaires de la cupidité. Aussi n'est-il pas surprenant que des clnts de parti dans la religion renoncent aux richesses, aux grands emplois, à la volupté. On en a vu qui ont eu toutes ces passions ensemble, ou quel- (]ue.î-uues d'elles. Mais ou comprend sans peine que l'orgueil, dont nous parlons, peut être assez fort pour les exclure, et s'il les admet quelquefois, poui les subordonner à ses vues et à ses projets.

l'énélrons, autant (lu'il est possdjle à nos faibles rt'tjards. dans les reidis de r;lnied'un iiérésiunpn!. Considérons-le suivi et cnloiiré d'une foule de prosélytes. C'est sa con- (piéle; il n'en partage la gloire avec personne. C'est la dépouilli! ijn'il n enlevée h l'IÎgli>e ciitholiipn- ; elle n'a pu, avec tout le poiiN de son autorité, engager des hommes nourris dans s<hi sein 5 croire tout ce ([u'ello leur enseignait; elle ne [leul, avec tous ses anatlièmes cl toutes ses foudres, bs ramener à son obéissance. Lui seid a plus d'ascendant sur eux que tous les pontifes du monde chrétien. Ils fuit vaudr la dignité sacrée dont ils sont revi''tus, la tige d'où (dlo est sortie, l'étendue des lieux oij elle est recouMuo et respectée, l'our lui il sait se passer de ces avantages extérieurs ; son génie, son savoir, son éloquence, ses vertus, sa répul.ilion, voilà ses titres; voilà les souliens de sa doctiine. Il ne lui a fallu pour s'insinuer dans les esjirils, pour les entraîner et les gouverner, ni prérogative de rang et d'autorité, ni promesses du ciel en sa faveur, ni commamlemenl d-.vin de lui obéir. Tout a été suppléé i>ar la couliance el l'admiration qu'il s'est acquises. 11 est donc, et il ne l'est que par ses (lualités personnelles (|.'i-9), It fonditcteur des uvcuylcs, la lumière de ceux qui font dans les ténèbres, le précepteur des ignorants, le maître des enfants. Il a trouvé, il a montré dans la loi mal interprétée avant lui la forme de la science et de la i-éfcif^. Quelles délices ne goûte pas un esprit sujierbe d.ms ces pensées ! Qu'il est grand alors 5 ses propres yeux ! qu'il se croit bien pavé do ses pénibles travaux ! c'élait là le fruit qu'il s'en iTometlait; il ne lui reste plus que de l'assurer et de l'accroître. Mais les succès qu'il y a déjà eus lui cnfont esp.ércr de nouveaux : il jouit d'avance des progiès futurs de sa secte, et de l'immortaiilé ue son nom. Ses sectateurs le porteiont toujours; lemaibre et le lironze ne sont pas des monuments si durables.

Nous ne vous proposons pas ici de simples s|)éculatiu;is sur le cuiur humain. Nous commentons un mot de l'apOtro saint Paul qui renferme tout ce ([ui peu! se dire de plus instructif et de plus vrai sur l'origine des hérésies.

Dans le discours qu'il lit aux évéques de l'Asie Mineure, rassembles à E|dièse par ses ordres, il leurannonc^a (loO) qu'il s'élèvtrutC du milieu d'eux [elfrayanle piédiction pour tous tant (|ue nous sommes honorés du caractère épiscopal, mais dont l'événement n'en est que plus glorieux au cor|is dont nous sommes membres], (pi'i/ «■e7(?i'(;»"«i< </;' milieu d'eus des hommes enseignant une doctrine perverse. Par quel motif, daustjuel dessein? Pour s'attirer des disciples.

Les évèqursqui, selon la grdce et le devoir de leur étal, enseignent la doctrine

(148) Joiin. vil, i9.

(1 lOj Ctinjidts leipsum esne ilucein ccrcoiunt, liiincu eorum qui tu liiicbiis suh(, entdilorem insiiiienliKiii, VKigislrum injuiilium, hatcnlem fimiKim scitiitiœ ci

verilnlis m leiie. {liom. il, 19, 20.)

(15i)) Ex vubis ifisis cxsitnjeiil viii lotjuenics pcrversn, ul abducaia tliicipulos posi se. iAct. xx, 30.)

ŒUVRES COMPLETES DE LE.T.ANC DE POMPJGNAN

orthodoxe, fussent-ils des Ambroises, des Chrysostoraes , des Augustins, n'ont pas proprenienl de disciples. Ils le sont euxmêmes de l'Eglise; ils n'en veiilenl former et ils n'en forment eirectivemeiit que pour elle. Mais tout hnnime, soit de l'ordre épiscopa!, soit d'un moindre rang, qui débile tes visions de son propre cœur, ouvre une école dont il veut être le chef; il la compose de tous ceux qui adoptent ses leçons. Ench.iînés à snn char, ils deviennent ses disciples; et contre la défense de Jésus- Chrisl (151j, i7 est nommé leur maître. Car c'est en ce sens que le Sauveur, a interdit à ses apôtres et oans leur personne à leurs successeurs l'usage de ce nom. II leur a déclaré qu'ils étaient tous frères; et que les fidèles commis à leurs soins, étant unis ensemljle et avec eux par les liens de la même fraternité, aucun homme n'avait droit fie se cruiie et de se dire le maître de ses semhial.les. Ce n'est pas qu'il ti'ait institué (lo2j dans son Eglise des doclrurs, qui le sont (lar leur qualité de pasteurs. Mais la dottri[;e qu'ils prêchent n'est pas la leur. Elle a l'ussé des apôtres jusqu'à eux par la succession continuelle du ministère. La soumission qu'on leur rend ne se termine pas à leurs personnes elle n'a pour ubjet que ce ministère même qu'ils exerii^'nt, avec lequel Jésus-Christ a promis (153) d'être tous les jours, sans iiitorruplion, y'»*qu'à ta consommation des siècles, il n'est linnc point de fidèles qui soient à Paul, à Céphas, à Apollon. Tous sont à Jésits-Cliri<t (15i) ; et tous sont à lui par sou Eglis ■, interprète aussi lidèie que nécessaiio de ce Maître uiiiquo et universel. Les hi'r''liques, indociles eux-mêmes à l'autorité de l'Eglise, n'ont garde «l'y renvoyer ceux qui les écoutent; lis les en éloignent au contraire pour se les attacher. Ils se vantent à la véiité de les conduire à Jésus-Chrisl ; mais ils s'en vantent sans mission et sans aucun litre aulhenlique. Ils se placent entre Jésus-Christ et les hommes qu'ils instruisent; et comme il ne les a i)as établis ses représentants, ils interceptent des hom- Dinges qui ne devaient être adressés qu'à lui : Docentes pervcrsa ut abducant discipulos posl se.

Ce projet d'attirer des disciples après soi est désigné d.ins d'autres endroits du Nouveau Testament. Il ne l'est pas seulement par les expressions générales d'ainour-propre, de présomption, u'orgueil, U'uiiflure, d'auviace, de complaisance eu soi-même : homines seipsos amantes, elati, supcrbi , tumidi , audaces, sibi placentes (c'est ainsi que saint Pierre et saint Paul dépeignent les hérétiques) ;il l'est plus particulièrement encore par ces deux traits de

(t.'il) Vos auiem nolile vocnri liabbi. Unut est enim magisler vesler. Omnes autem vos jralres eslis... uec roceinini viiigislri . nnus est enim ntagisier vesler Chrinus. (Maltli. xxiii, 8, 10.)

(|n!2) lp$e deUil quosdom qiiidem ajostolos... alioi Biiiciii )msiores ei doclores. {Eiilies. iv. 11.)

ra[iôtre saint Jude ; ils sont leurs propies pasteurs : semetipsos pascentes {i^6] ; \\s se sr'pnrent eux-mêmes : hi sunt qui segregant semetipsos (156). L'indé[)endance est dans un sujet ambitieux le pi'cniicr degré de l'usurpation ; il ne donne l'exemple et ]o signal de !a révolte que pour se frayer un chemin à la tyrannie.

Mais, dira-1-on, si l'orgueil qui rend l'hérésie criminelle consiste à déslrnr des prosélytes et à vouloir régner sur leurs espiits pardes opinions dont ou est l'inventeur, il n'y a que les hérésiarques de coupables; leurs jiarlisans ne le sont pas. ils le sont moins, je l'avoue, dans le même sens que les complices d'une rébellion sont ordinairement moins coupables que les instigateurs et les chefs. La règle est générale. En tout genre de perversité, celle du séducteur est censée l'emporter sur celle de ses imitateurs et de ses adhérents. S'il y a une séduction dont l'auteur doive rendre à Dieu un compte terrible, c'est sans doute la séduction de l'hérésie. Séduclion cpii n'est pas seulement funeste dans les temps et les lieux Oli elle commence, mais qui se répand au loin et se perfiétue durant plusieurs siècles. De quelle frayeur, par exemple, n'eston pas Saisi quand on considère avec les yeux de la foi ce nombre infini d'âmes rachetées du sang de Jésus-Christ, que la témérité d'un Luther et d'un Calvin a déjà entraînées et entraînera encore dans le schisme et dans l'hérésie ? Cependant il ne faut (lasiToire qu'un crime, pour être plus sévèrement imputé à celui qui en a formé le preuiier dessein et fourni la matière, ilevienne innoceiil dans ceux qui le commettent après lui.

Le même principe, qui a produit un hérésiarque, se retrouve dans les hérétiques ses sectateurs. Ils n'ont pas comme lui la gloire de l'invention; mais si cet aliment manque à leur orgueil, il en a d'autres dont il n'est guère moins avide. L'hérésiarque n'est pas le seul dans son parti qui se dislingue ou veuille se distinguer par la sufiériorité des talents et des connaissances. Un Pelage s'allache un Julien d'Eclane ; un Luilier, un Mélanchlbou ; un Zwingli, un OEcolanifiade. Soit que le caractère souple ou fougueux des hérésiarques ait un malheureux ascendant sur des génies plus élevés et plus étendus ; soit que la défense d'un parti, toujours faible par lui-môme, promette à ceux-ci plus d'honneur et de réputation qu'ils n'en pourraient espérer en combattant pour l'Eglise ; ces discijiles deviennent maîtres à leur tour : ils en exercent les fonctions dans une secte dont ils sont l'ornement, et qui révère en eux les dignes successeurs de son

(153) Ecce egu vobhcum ium omnibus diehus usqne nd consummationem sœcuti. (Matlli. xxviii, 20.)

(154) I Cor. m ({55)Jud., 12.

(156) Jud., I[).

l'Ain. W niKOl.. l'OI.F.M. — INSTlll CIIO.N SUIl LIIEUKSIK.

IIH

|ialrii;."clif. llsiio sont nas iiit^ine Iflloiiifiil OM'Ittvi-s lies k't^ons ((u il U'ur n do'imk's, qu'ils 110 s'ittlntiui'iit il) |)Oiiv(iii' ilu cliiiiit;t«i- lies piiiiils lit) su iIdcIikic, il'en puili'Clioiuier (Ifiiiiios h Irur mode, do In inii^oi' ilos io.>.tos d'iiiio iiiicit'iiiii' ,Mi|U'r-lili(in, iliiiit il n'avail |ni, si-loii l'iix, séculier ciilii'ii'iiuîiit lo jmi^'.il fsljiivii', (lit r<TUillieii(l!J7), «jiie • lus |ni)f^r(''s ij'uiit' seclo so icssoiileiit lie l'espiil i|iii ;i |)rt^sid6 ft suii orii^iiio : co qui « été |urii)is h \'iili'iiiiii l'i'sl iiussi aii\ Viiliinliiiiciis. Los iiinrcioiiiles ont lo inCiiie ilioil tjuo M;iri loii iriniioviT h leur gié dans la IVii. « l\ii' ces innovations, ces i'ameux dét'cnsoi'is de l'iiérésio s'i'lrvent au rauij de ciéateuis. Quand ils ne pounaienl y prétendre, leur v;inité n'a-t-elie pas de quoi se sali>(airo dans les applauilissemonts d une secte qui les piodigue à ses héros et l'ail entendre mille \o\x pour remplir l'univers du biiiit do leur nom?

Le môme esprit anime les écrivains et les docteurs subalternes engagés dans îles sectes hérétiques. Ils fiarticipent, suivant leur mesure, à la gloire d'avoir su disierde maintenir avec zèle les vérités Is supposent eus sectes dépositaires.

lier et dont 11

C'est déjà une distinction inestimable à leurs yeux. S'ils ne peuvent jouer les premiers rùles dans le [laiti qu'ils ont embrassé, ils n'en sont pas moins tiers do ceux qu'on leur coiilie. Ainsi l'ambition du siècle, bornée pur des obstacles insurmontables à do médiocres objets, égale et quelquefois surpasse par la vivacité do ses senlimenls celle qui peut aspirer aux dignités les |)lus éiuinentes. Ces suppôts de l'hérésie attendent t'"'. Ile une considération qu'ils n'auraient pas ailleurs. Leur espérance est raieiueni dérue. « Dans une armée rebelle, c'est la comparaison do Ttrlullien (158), l'avancement est facde ; » on y a trop besoin de soldats et d'odiciers, pour ne pas accueillir avec empressement tous ceux qui so présentent, u C'est un mérite d'y ùlre, quand on n'eu aurait pas d'autres; » et ce mérite est payé par des honneurs et des titres qu'on n'obtin.drait peut-être pas dans un service légitime. Il est payé dans une secte hérétique, par des louanges outréei dont elle n'est jamaisavare. Ses principaux chefs, assez habiles s'ils ne consultaienl que leurs lumières pour apprécier les instruujenls qu'ils em(iloient, les comblent volontiers des témoignages les plus tlatleurs d'estime et de conliance. (/est une monnaie qu'ils échangent avec le tribut d'admiration et do dévouement qu'on leur apporte. L'intérêt du parti demande aussi que tous ceux qui lo servent passent pour des hommes supérieurs. Ou croit ètro de ce nombre, quand

on y est placé par des siiU'iagi'S dmil on ii'rmaginu pas qu'il soit permis d'a|)peler. CJn SO berce de cette rhimèie : et s'il faut quelque chose de plus pour la réaliser dans une imaginition si'vlniic, on a autour do soi un petit trnupeaii dont l'alteniion et la dorilité conUrinent l'opinion avanlageiiso (lir'oii a de son mériti: personnel. Car l'école do l'hérésie a ses degrés comme la hiiM-nrchie ei^clésiasliipio. Seulemonl ils no sont pas toujours réglés pai' lo rang et la dignité. Chaque docteur y a ses disciples, auxiiuels il disiribue les enseignements ({u'il tire de ses propres lumières ou ipi'il eiri|)runle des oracles de la secte. Ceux-ci no sont donc pas les seuls dont l'orgueil so plaise à former et à instruire des prosélytes. C'est la prétention do tous les écrivains et do tous les docteurs héréli(|ues : Uoecntes perversa ut ubd.ucant discipulos posl se.

Il n'est pas jusqu'aux personnes les plus ignorantes en qui ce même orgueil, lo germe et le soutien de toutes les hérésies, ne dora ne avec excès. Elles ne j^'uvent oll'rir au parli qu'elles épousent qu'un attachement aveugle et sans bornes. Mais iicnso-l-on (]ue l'amour- propre ne trouve pas une pûture dans le culte qu'il rend à des idoles qu'il s'est choisies. La vanité des grands est tiatlée de cette foule de clients el de serviteurs qui les environnent; la vanité des petits l'est aussi d'honorer et de servir les grands. Il en est de même des disciples et des maîtres dans l'hérésie. Les uns se glorilienl d'être écoutés et suivis; les autres d écouter et de suivre. On leur proposait dans l'Eglise catholique « une simiilicilé de croyance qui faisait leur sûreté (159]. » Kilo révoltait leur orgueil; elio n'était pas jointe à « une vive intelligence » des vérités de la religion : leurs nouveaux guides la leur promettent. Ils ne sont pas confondus avec ce « peuple » imbécile et superstitieux, qui no sait obéir qu'à des pasteurs, dont le caractère est l'unique recommandation. Pour eux, ils n'accordent leur contiance qu'aux talents et aux vertus iju'ils savent reconnaître et respecter. Ils ont le bonheur d'être instruits par des hommes rares, que le ciel a suscités pour les initier dans la connaissance de ses mystères. Ils apprennent d'eux à citer les Ecritures et les Pères; à se croire capables d'en com()rendie le sens; à discuter les controverses les [dus épineuses; et à préférer les jugements qu'ils en portent à celui des Souverains l'ontrfes, des évoques, des théologiens. Ainsi s'accomplit en eux celle prophétie de saint Paul (160) que le ttmps viendra où les hommes ramasseronl, au gré de Icuis désirs, des m<iiCres pour calmer la démangeaison d'oreilles dont ils seront tour-

(1.^7) I Agnoscil nalurarii siiain et oiigiiiis siue muieiii proteclus rei. Idem licuil Valeiiliiiiuiiis, (|uoii Valenlirio : idem Marcioiiilis, ([uod Marcioiil, de arbiliio .siii> (idem innovare. • (De pywscripl., n. i^.)

(loS) I ^llbllllalll faclliiis prolkiliir quaiii in casiiis rel'cllmm, ulii ipsuiii css; illif piuiiicrcri est. > (Oe ;)rii's"i/''., ri. 11 )

(159) « In Ecclesia calliolica... lurliam non rrilelligeiidi vivacitas, sed ciederidi siinplicilas , liitissiiiiaiii lacil. I ( Saiicliis Ai'gusti.nus contra Epiil. juiulnmeiiii, cap i, n. 5.)

(Itit)) Erit l'.nim lewpiis cum saiium lioclrinam non suslinebniU, sed nd snit tlcsidi'iin coaccivabunt iibi iitaijiilioi, jiruiiciiles iiard'iti. (l Uni, iv. 3.)

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weor-j. Mais loin do craindre rjue cet ornnie ne les regarde, ils déplorent l'aveiiglemont des ennemis de leur ilontrine; ils se consolent de leur petit nonilire par l'idée enclnn toresse que ce nombre est celui des sages ( t des amateurs de. la vérité.

Les flammes ne sont pas celles qui goûtent le moins la pernicieuse amorce que l'hérésie leur présents. La dor ilité, partage naturel de leur sexe, leur élait plus nécessaire dans la religion que partout ailleurs. Emportées par une téméraire curiosité, elles s'applaii'lissent «l'avoir trouvé des maîtres qui veuille'it la satisfaire. " Qu'elles sont vaines,» s'écrie Tertu'licn, de In liberté que les sectes hérétiques leur accordent « (renseigner et de disputer ! » L'Apôtre leur avait défendu de parler dans les églises (161), J'hérésie les affrancliil de ce silence, si ce n'est pour prêcherdans lestemples,du moins pour décider h.iutement dans les plus importantes matières de In religion : Ipsœ mu- Jicres hcrrclicœ qxinm procaces, quœ audeant docere, conlendere 1 (162)

Vois lu voyez , mes frfVes : de quelque man'ère qu'on envisage l'hérésie, elle est loujouis fille de l'orgueil. C'est lui qui en suggèie l'invention; c'est lui qui e\cite h la communiquer (lar d^s leçons publiques ou privées; c'est lui qui engage h en embrasser les sentiments et à y persister. Après cc'a vous ne serez pas surpris d'entendre dire par .-aint Jérôme (163) que l'héiésie est uni! espèce d'iiloîâtrie. L'In-rétique a ses idoles comme le païen. Les unes sont des simu- Jacres, ouvrages de la main des hommes ; les autres sont des opinions, ouvrages de l'esprit humain. Si l'homme est censé adorer tout ce qui tient dans son cœur la p.remière place, si par cette raison saint Paul accu'^e I avare et le voluiitueux de se faire une divinité, celui-là de ses richesses, celui-ci de ses plaisirs, l'hérétique s'en fait nne, dans le même sens, de ses opinions. Il se dévoue, il se consacre tout entier à elles; il leur fait souvent d'aussi grands sacrilices qu'on en puisse faire aux i lusforte's [tassions; il leur en fait que les iJolAlres ne font pas à des dieux de pierre et de métal. Peut-être dirait-on avec plus de justice ipi'il s'ailore lui-même dans ces opinions qu'il a enfantées ou qu'il s'est a[)propriées en les adoptant, t-'esl toujours un culte idnlâtriquedonl un chrétien ne peut se rendre coupable qu'eu se livrant au même orgueil qui a préci[)ité les anges superbes dans l'abîma de tous les maux.

Imitateur de ces esprits superbes dégradés par leur rébellion, l'hérétique est menacé de subir le même supplice. Ici nous avons à combattre une fausse délicatesse blessée par cette conséquence inévitable

des principes que nous venons d'établir. Les hommes de peu de foi ne conçoivent pas (ju'il y ait d'autres péchés dignes des feux de l'enfer que ceux rpii se commettent par le ministère des sens. Conmie ils sentent par leur expérience combien il est diflicile de s'en abstenir, ils se figurent que quiconque a vaincu cette difficulté a rempli toute justice aux yeux de Dieu. Les péchés purement spirituels n'ont pas cette malice extérieur.' et en quehjue sorte palpable dont ils [Miissenf élre frappés.

Mais en cela môme leur erreur est manifeste. Elle est détruite [lar l'exeraiile des démons, ces purs esprits éternellement réprouvés pour s'être élevés contre Dieu par une pensée d'orgueil ; elle l'est aussi par une simple attention ?! la ?ialurede l'homme. Composé d'esprit et de corps, il doit à Dieu le fidèle usage île l'un cl (le l'antre. Il l'offense en se révoltant coi-.tre lui dans celle des df>ux parties de son être qui est le siège de sa raison et de sa volonté, ipioique l'autre partie ne coopère pas à celle révolte. Les péchés même consommés au dehors ti.-ent toute leur perver'iité du consenleinent intérieur que l'Ame y donne librement. Ce qui sorl de la bouche ne souille l'homme que pal ce qu'il sort du cœur. Que s'il faut comparer les péeliés purement spiiituels h ceux dnnl la chair est l'instrument, il n'est pas iloiiieux que les premiers ne surpassent les autres en énormilé; ceux-ci peuvent trouver quelque excuse dans la faiblesse de la chair et dans la violence des tentations. Tout insuflisanle qu'est cette excuse, ^lle ne saurait être alléguée, lorsipie l'homme refuse aux oracles divins la soumission de son esprit. La pente déréglée de ses sens et les Ironqieurs altrails des biens sensibles ont |)u le disposer par degrés h ce refus. Mais si l'on en cherche les causes immédiates, il n'y en a point d'autres qu'une opiniâtreté ton te pure, une présomption diabolique, d'à ut.uit |)lus criminelles dans l'homme qu'elles répugnent davantage h l'état d'ignorance, de misère et d'infirmité où sa chute l'a mis.

Saint Paul compte l'hérésie parmi les œuvres de la chair. Dira-t-on qu'il ne la distingue point des péchés que l'âme commet avec la participation du corjis qui lui est uni'/ Ce n'est pas ainsi que les Pères l'ont entendu. Ils savaient que, dans la doctrine et le langage de l'Apôtre, la chair (164) et l'esprit qui se combattent sont la corruption originelle de l'homme et son renouvellement suriialurcl ; que les œuvres de l'une sont tous les péchés, sans distinction, qui naissent de la volonté dépravée (]e l'homme, et que Dieu condamne; les fruits de l'autre, toutes les actions saintes <jue la grâce iuspiie

(161) Mulieres in ecclesiis laceant. Non enim perviillilur eis loqui sed sicbclilus esse, sicut et lex liicil... lurpe est enim mulieri luqui m ecclesia. (/ Cor. xiv, ôi; 35.)

(IG2) Oe pr.rscript. ii.4l.

(103) I Siiiguli liaBieiicoiuiii liabenl deos saos, el

(|iiii(loiuiqne siniiilaveiliit (|iiasi sciilplile coliinl al- ((iie ronllabile. t {Comineitlar. in Osée , lil). ni, cap. H.i — ( Fabncalores sniil idoloniin ( liserenci) el adorant qiiac de corde siio tiiixenuil. » (l.lem, Comiiieiil. in Isaimn, lili. vu, c.ip. 21.) (164) Caro cvncui'isai udierius spiiitmn; spirilus

Hl

iwar. IV TiiKdi. iM)Li:\i. — iNsriiit.TiON sni Liinir.siK.

ni 'lui iloivciil (Mit: iDuroiiiiins diiiis It» cifl. Ils uni iloMC cru i|U(' l'IuTime rsl appoléu |inr siiinl l'itiil nrii» louvri- «li; l:i cliiiir, p.irc-o (|ii'i'l!u ost eiiiii'diit! tilt l>ii'u • t iji- sa viVilt^ Kk")); piu'i'c i|'i'i'llu u iliuis II' t'ii'ur liiiniiiiii un (iriii''i|'<' v'k-iiMï, ol iiui', loin il'iMii! uti tins fruits ilv; rfS|iril, t^lle ol au conlr.'tiro un tlo ct'-S triuics iiui l'xclufnl tlu royaume lit' Dimi tt)U- t-LMix i|ui les roiniiiellfiil : y»"ni(im (/i«f tnliu ayunC regnuin Uei non conseyiienlur.

Ce sens ijuo los ri>ros ont tlonné aux paroles do rApôlrt' paraît avec (Wiiloiuu' ilaiis une supposiliiin ipio lail saiul Au:^usliii «[irès les avoir rappnriùes. « SupposDUS, dii-il (lG(i), un lioinnin chaste, continent, luilleinenl avare, funumi du culte lies idoles, aimant l'IiospilaliltS secourant li!S j'auvres, ne liaissant personne, éloi^nc^ de lont esprit do contention, patient, paisible, sans jalousie et sans envie, sohre, traitai (il esl difticile d'assend)ler plus de vertus morale>), mais lit5réii(|ue : personne ne doulo que par cela seul ipril esl li(''réli(pie, il ne possédera pas le royaume de Dieu. » Par cela seul. On n'a |>as besoin de lui clierclier d'autres crimes: on le suppose nu^me exempt do lous ceux «lui doivent leur origine ii la fragilité de la ciiair il h l'impétuosité des passions humaines. Que de eatlioli(pies ont h rougir en rapjirochant leurs mœurs du |)ortrait que saint Augustin expose h nos yeux! néanmoins cet iiomme,si accompli en ap.parenee, est indigne du royaume des cieux. Tant de vertus sotit etTanées par un seul vice : et ce vice est l'hérésie.

Saint Fulgent-e va encore plus loin, sar's s'écarter toulcfois des sentiments du Docteur de la grâce, dont il a été l'un des plus zélés et des plus constants admirateurs. Il no s'arrête pas aux vertus morales: il snppo,so celles qui ont un rapport plus direct au christianisme, et parmi celles-lh les [)lus parfaites ilatis leurs actes extérieurs; des aumônes abondantes répandues dans lesiiti de l'indigence, la mort même soulTerte pour le nom de Jésus Christ. Qui croirait qu'avec de telles actions, et surtout avec la dernièi e, on puisse n'être pas sauvé? Qui croirait

nutem adversus carncm. llœc en'im sibi invicem adversanltir. {Galat. v, 17.)

(165) < ISoniHinqiiaiip evenit ni in exposilioiiiliiis ScripliMannii tniatiM' ilisseiisio, a qiiihiis li.Trescs iliiotpio, qiue iiinic in caniis opère ponunliir, eliiillinnl. Si enini sapienlia carnis iniinica esl l)eo (iniiiilca aiUein snru oninia ilogniata falsilalis l)eo repugnaïUii") coMseqiiciiler el h;Breses inimic:e Deo ad carnis opcra refeninlnr. i (S. IIierois. lib. m in Episl. ad Galattis, cap. 5.)

(I(i6) I Insliluaniiis aliqnem casluin , coiaincnlem, non avanun , non iilolis Sftrvieiueni , liospilaiem, iiiiiigentibns niinisiranteni , iiiin ctijiisdani ininiitimi , non conlentlosimi , paiiiMileni, qiiitMiiin, liuUiiin œniiilanlein, nulli inviilenlem, soliiinin, frugalein, sed liœieiicinn : nulli uliqiie duliiuin osl, proplcr hoc soluin qiiod liareticus est, rcgninn Dci non posscssnruni. • lia sancUis Aiigusliuiis, MI), iv De biiiilisiiio coiilta banatisias, cap". 18, posl relata verlia ApoMoll nuiiiifeita sioit o/nTo cniitis, f/c.,inler qiix li^Kics'-'S nuiiicianiiir.

ipTun liérétii|ue pitt ajouter au sa/:rilice du Ions SCS biens eu faveur des pauvres celui lie sa vie pour la confession du nom de Jésus-Christ'? Saint Fnljience ne met pas »'ii doute ipie lont cida i\r soil possible, et c'est en aihuellant cette double possibilité ipi'il iléi:iili! sans balatiier (Iti7j conlrtî le salul il'uii hérétiijue baptisé au nom ilt: la sainte Trinité et recommandable parties Irails r|ui seraient dans un vrai tidèle l'Iiéroismo de la charité. I.a raison qu'il en doinn; esl conforme h la doctrine île tous les Pères. <i Ni le haptôme, ni les aumônes, (|uniipie distribuées avec profusion, ni le courage iralfionler la mort pour le nom de Jé>us- Chrisl, ne servent pour le salut élernid h tout homme ipi' n'est |ias attaché h l'uni'é de riilgliso catlioli(|ue, la:it qu'il persévère dans le scîiisme ou dans l'hérésie tjui conduisent à la mort. »

L'hérésie est donc bien criminelle, puis- (ju'elle snHit , indépendamment et môme avec l'exclusion ili^ tout autre vice, pour damner ceux qui en sont coupables. C'est un ver ipii ronge et dévore les plus beaux fruits : une herbe venimeuse dont la contiguïté llétrit , (Jessèche, el fait mourir les (liantes les plus salutaires, lin vain l'hérétique croit-il avoir amassé un Irésorde vertus; en vain en attend-il la récora|iense. Dieu ne lui réserve qu'un arrêt de condamnation. Qu'as - lu prétendu, lui répondral-il du tribunal de sa souveraiie justice? Qii'as-tu prétendu par les aumônes, les jei)nes, tes prières? INI'offrir des sacrifices ?Je ne te dirai [las , comme aux Juifs, qu'ils m'éiaient importuns et odieux : je les exigeais de toi. Jusipic-K'i tu pouvais espérer de rue plaire. Mais est-ce \h tout ce que je t'avais commandé? L'obéissance ne valaitelle pas mieux que toutes ces victimes (108) que tu m'as iiuiiiolées? Ta rébellion leur a Ole tout leur prix. C'est un crime égal aux plus détestables forfaits. \'a (109), je 7ie te connais point. Fuis loin de mai. Tu n'es, avec toutes tes vertus, qu'un ouvrier d'iniquité.

De ces vérités effrayantes, mais inébranlables, vous devez lirer deux conséquen-

(107) « Firniissiine iciie et niillalenus dubilos quondiltel luerelicnni sive scliisinaliciiiii in noiniiio l'alris el Filii el Spiiiliis saiicli liaplisaliirn, si EcclL'siœ calholica; non lïieril aggregaliis, qiianlascniit]ne elecnio^iyiias feceiit, etsi pio Chrisli noniino eliani saiignineni fiuiciil, millaleniis posse salvari. Omni enini hoiniiii qui Ecclesi;e calliolicie non lenel niiilalcin nci|ue liaplismus, nctpn; eli^emosyna qnainlibet copiosa, nci|ne mors pro Clirisli noinmi; siisccpla proficere poieiil ail saluiein, qnantlo in ci> vtl liKrelica vlI scliisnialica praviias persi'verar, qiiae ilncil ad niorleni. « (Lib. de /iUe ad l'elrum, ca(). 39.)

(168) Helior esl obedieiilia qtiam victimœ et aiiscnlline mugis quant offerre adipem arieliiin. Qiiin ijuasi peccaliim ariolaiidi est rejinyuure, cf (/"lui scelus idvlûliitriœ nulle ac<iuiescere. (/ l^eg- ^v, 22, 23.)

(16!l) Fa lune coufilebor illii quia itiinquam noi'i Vus. Diuediie a me, oiiuics qui oi^eraiiiiiii iiiiqtiilaltm, (Uatlh. vil, '25.)

œUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE PO.MflGNÂN.

ces. La première, qu'il n'y a rien de plus imprudent et de plus dangereux, que d'adopter ou de justifier une doctrine, parce qu'on croit devoir admirer les qualités personnelles do ceux qui la professent. « Hé quoi! disait Tertullien (170) , si un évèque, si un diacre, si une veuve (ilu nombre de celles qui étaient alors , sous le tilro de diaconesses, attachées au service de l'Eglise), si une vierge , si un docteur, si un martyr mftme s'est écarté de la règle , les hérésies jouiront-elles (lour cela des droits de la vérité? Est-ce par les personnes que nous jugeons de la foi? N'est-ce pas plutôt parla foi que nousjugeons des |>ersonnes?»

JI en a élé lui-même pour son malheur, et pour l'instruction des Chrétiens , une preuve mémorable. La gravité (le ses mœurs, l'auslérité de sa morale, la force de son génie, ses travaux pour la défense (Ju christianisme contre les païens, pour celle de plusieurs dogmes catholiques contre des sectaires, n'ont |iu concilier de l'autorité à ses erreurs. On l'a ballu des mûmes armes avec lesquelles il avait remporté tant de yicloires ; et la place honorable, conservée à ses écrits orthodoxes dans les archives de l'Eglise, n'a pas garanti de l'analhème ceux de ses ouvrages qui respirent le montanisme.

Il n'est pas le seul homme célèbre dont les égarements nous appremient à ne [las faire ui,e môme cause de la doctrine et de la personne. La nécessité de cette précaution a toujours élé jusiifiée par de grands exemjiles : et les deriuers siècles nous en fournissent autant et plus que les précédents. Les talents ebliinables, des vertus et des actions éclatantes qui peuvent être jointes à l'hérésie et ne l'excusent pas, ne prouvent rien en faveur d'une doctrine. Etoii en seraient les (idèles s'ils n'avaient pas d'autres marques sensibles ponr distinguer la vérité de l'erreur ? Dans quelles illusions ne les précipiterait pas une créduliié sais jirudence , une admiration sans discernemont? Quand môme ils ne seraient tronqiés ni sur la réalilé des vertus ni sur la mesure des talents, et qu'en se déterminant sur ces indices ils rencontreraient par hasard la vérité, quel mérite aurait devant Dieu une obéissance dont le motif sei'uii si humain et si naturel ? Une |)rovidence aussi sage que bienfaisante lOhduit les hommes par des voies jdus sûres et plus dignes d'elle. Dieu n'a pas voulu que l'enseigneiuent des vérités qu'il faut croue pour être sauvé, dépendît des qualités personnelles de ceux qui l'annoncent. « il l'a tellement attaché , dit saint Augustin (ni), à leur rang et à leur caractère, que par ce précepte : faites

(170) I Qiiid ergo si episcopiis, si diacoiius , si viilii.i, si virgo, si doclor, si eliaiii marijr hipsiis a régula fueril , ideo lia:ieses v«iiialeiii videbiiiiun' obiinere? Ex peisonis prolj.iimis lideiii, an ex lide pursoiias? » {De iirirscrii>t., ii. 5.)

(171) i Qiiud iisipie adeo cœlcslis inagislcr c.ivciidiiiii pra;iiiuiiiiil, ni cliaiii de piicposilis iiialis plcbuiii securam faceiei; ne proplcr illos dotliiiiic

ce qu'ils vous disent , et n'imitez pas leurs œuvres, il a dissipé les défiances que la méchanceté des pasteurs pourrait inspirer au peuple ; ne voulant pas qu'à cause d'eux il abandonnât une chaire oiî les méchants eux-mêmes ne peuvent dire que de bonnes choses. Car ce qu'ils y disent ne vient pas d'eux, mais de Dieu qui a établi la chaire de la vérité dans la chaire de l'unité. »

Une seconde conséquence est que vous ne pouvez trop craindre ni trop détester l'hérésie. La haine que Dieu lui [lorle doit être la règle de la vôtre. Il la punit par des supplices éternels ; il la jiunit sans égard, sans compassion ponr des vertus qu'il couronnerait, si elles n'étaient pas ternies par ce mélange. Un Dieu juste et |)lus enclin à la clémence qu'à la rigueur, ne peut déployer ses vengeances que contre des crimes. Laissez les prélendus esprits forts de ce siècle , laissez les Chrétiens flottants et irrésolus se rire de nos frayeurs. Ce n'est pas contre nous qu'ils prennent le parti de l'hérésie, en la déclarant innocente : c'est contre les livres saints qui la [iroscrivent , contre tous les Pères et toutes les Eglises chrétiennes qui l'ont constamment abhorrée, contre les principes fondamentaux du christianisme, qui en démontrent la perversité. Vous avez vu toutes ces preuves : elles sont d'un tout autre poids que de frivoles plaisanteries sur la superstition , ou de vagues raisonnements sur la charité. Le jugement de Dieu touchant l'hérésie n'est donc pas douteux. En faut-il davantage pour des Chrétiens soigneux de leur salut '/ Hélas I mes frères , il y a tant d'autres pièges à éviter. Le sentier qui mène au ciel est bordé de tant d'autres |iréci[iices. Vous n'avez pas trop de toute votre vigilance pour échapper aux (lérils qui menacent vos mœurs. Commencez (;ar mettre votre foi en sûreté. Par elle (172) vous pourrez résister avec succès au lion rugissant qui épie les moments de fondre sur vous ; sans elle vous sei iez déjà sa proie.

Mais pcmr concevoir plus d'hoireur pour l'hérésie par la pensée des ch;Uiments que Dieu lui [irépare, descendons en esprit dans ces goulî'res ténébreux , éternelles prisons des victimes de la colère divine. Dieu lésa repoussées de sa présence : la perle <ju'elles ont faite de cet unique et souverain bien est irréparable. Investies , pénétrées d'un feu qui les brûle sans relâche, elles n'ont pas même l'esiiérance d'en être délivrées par l'anéanlissemenl. Voilà ce que le sort de lous les réprouvés a de commun dans l'enfer. Chaque péché y a encore sa punilion particulière ; ou plutôt les deux peines générales du dam et du sens y sont appli-

saliilaris cathedra deseicrenir in qna cogunlur eliam niali lioiia diceie. Ntcpic eiiiiii sua siinl quœ diciiril s.d Uei, qui in talliedra unilaus posuil calliedrani vcrilalis. > (Episl. 105, ad DonulisUis, cap. 5,

n. lU.) ,

{\'rl} Advenuiiiis vcsicr diabolus (n'ii/iini" 't'Oi«gieiis circuit quivieiis qucm dei'ovct , cul iisijiile /«riciiit ftdc. {I l'cir. V, 8, D.)

lis

PART. IV. TIII.OI.. l'Ol.KM. - INSTllLCTION SL» L'IIRHESIE.

<]uéoâ iliverst'iiii'iit aux péilu-s <livi<rs cjui les nul iiiiViuW's. Lîi tii(ille>io ul l;i V(<lM|il(i sont punies pnr les Iniils ai^us drs |ilus cuiï.tnlcs ilciuleurs : rinlcinix^rniieo, par iiiiu IfliMi et une -soirili'Viir.'iiili'S ; r.iniliiliiiii et l'ubus ilu pouvoir, piir de profonds nbaissonu-rils et pnr resclavat^e : l'aniour delà vaine j^ioiro, par rignoniiiiio: l'avarice el la cupidiiù, pur un dépouillcincul universel.

Il y aura la niômo proportion entre la malice du riiért5sio et la vcngfani'C (jiie Dion en tirera. L'Iiérétiijuo a coiiibaltu la vérité ; la vérilé sera son supplice. D.in.s le cours do sa vie , elle s'claii inutilement présentée à son esprit : il lui en avait toujours fermé l'onlréo. Maiire de son allenlion, il n'usait de cette liberté (juc pour s'allermir dans son aveui^ienient , pour rejeter loin do lui tout ce (]ui aurait pu l'éclairer. Mais alors la vérité reprendra tous ses droits, et ne les reiirendra qu'h son préjudice. Elle déchirera le liamleau dont ses yeux étaient couverts. Il la verra nuiltjréiui, sans pouvoir un seul inslunt en ilétourner sa vue ; il verra aussi toutes les injures qu'il lui avait faites. Elle lui retracera le souvenir amer de ses préveniions , de son orgueil, de son eiitétemoiit, et de celte mauvaise foi qu'il se déguisait à luimême sous des noms S[iécieux. Il n'aura plusjioursa défense les armes (173) nvec lesquelles il se croyait invincible. Dieu tes lui arrachera , [lour ne lui laisser que l'opprobre de su nudité. Ces arguments qu'il étalait avec tant de confiance, ne lui païaîtront plus ce iju'ils ont toujours élé , des so[iliismes tromfieurs. Ces preuves qu'il renvoyait si dédaigneusement avix ignorants et aux esprits faibles, se montreioiit à lui dans toute leur force. Sa bouche auirelois inéjiuisable en objections et en réponses ne s'ouvrira que pour avouer ses erreurs et pour les déplorer. Il n'aura plus à dis|iuter avec des hommes comme lui.

L'impérieuse vérité l'accablera d'un seul de ses regards : le temps de lui rendre une soumission volontaire est passé; il ne l'honorera désormais que par ses remords et son désespoir.

Ah malheureuxl s'écriera-l-il ; qu'ai-je fait, et que suis-je devenu 1 Je n'ai donc reçu des dons si précieux que pour les

(173) < Qiiando venerii contra liacreiicos liies jii- (llcii aique vimiicl.Te, tune auferentiir iii ai mis, lioc est cum aniiis suis (juibus ailveisiis Ecolesiani cli-

nilcaveruiil cgredicnUir midi, iiihil coniiii li;i-

beiUes (iiiae sihi pi;csiiiiieliaiu, el viilelimiL igiioniiiiiaii) suaiii. i (tjaiiclus HiEROi>., lib. ii Coviment. in Amos, c^ip. i.)

{17i) lli suni quos habuimus atiquondo in rierisum et in simililiidiiiem improperii... ecce quomodo computidi buiit inler (ilios Dei , el inier saiictos tors iltvrum esl! (Sap. v, 3.)

(17;>) QttiU nobis prufuit superbia? {Ibiii., 8.)

(17G) I An pœiia ulla gravior esse polesl qiiam

siippliiia lalKiiiim ac mhU ii |)ra'iiiiiMii c.iperc?

.^(Iiillcr, (lefiaiul.iinr, qui aliéna biiavilri- ahligni iil el pru.viiiii buiui rapial, solaliuin alnpud liabenl ;

tourner contre nioi-mâiiie. Tontes mes nonnaissances n'ont abouti (ju'ri mu [xTdre élcrnellemeiil. Je méprisais les enfaiitsdo l'Kglise ipii ne pensaient pas comme moi : J'insultais'i leiii- simplicité; r'esi elle (jiii le« a sauvés. Dieu (174) lui iiro ligue maintenant tontes ses nJcompenses: et moi si lier de mes talents et de mon savoir, je porto tout lo poids tle sa colère. A quoi me sert la répiitationqnej'ai si ardemmeni désirée (17;>)? Où sont tous ces disci|>les dont l'empressement h m'écouter nio causait tant de joie? Les uns partagiMit déjh mes maiii, el ils mo rcpiochent les leurs ; les autres restés sur la terre ignorent mon sort. Ils me dressent dos statues, ils élèvent mon nom jusqu'au ciel : tourmenté dans le lieu où jo suis, que m'importe d'être loué où je ne serai pins ?

Il n'a |)as môme, ajoute saint Jean Chrysostomc (176) , la consolation, légère <'i la vérité, de {louvoir dire qu'il a goûté les délices de la vie humaine. Non que la représentation de ces courtes délices soit capible d'adoucir les tourments de l'enfer, ce ne fut jamais la pensée de ce saint decteur. Mais s'il est vrai que dans le malheur la désolation augmente h mesure de la surprise , l'hérétique réprouvé , dont les mœurs avaient été pures, est plus misérable à cet égard que tout autre pécheur. L'adultère, le ravisseur du bien d'autrui , qui de ses injustices s'est fait la matière de ses plaisirs, se rappelle qu'il a recueilli sur la terre le fruit de ses crimes; il n'attendait pas d'autre bonheur après sa mort; son attente n'est pas confondue.il savait dès lorsqu'ilsemaïf rfan^/ttc/iair (177); il doit être moins étonné, si de cette rhair Une moissonne que de la corruption. Mais que celui qui, détaché de ses biens, a embrassé ou aimé la pauvreté, pour s'enrichir dans le ciel; qui a mortifié tous ses sens, pour être associé à l'immortelle félicité des anges; que celui-là par un événement imi)révu soit puni dans l'enfer; et qu'il le soit pour les choses même qu'il croyait devoir être récompensées (pour ce prétendu amour de la vérité dont il se faisait un mérite), il n'y a point de termes qui puissent exprimer sa douleur. Ses pensées le tourmentent autant que l'impression des flammes. Combien jouissent de

brève illiid quidem, sed liabcnl lamcn : qiiod eonim nomine pler.lanUir quorum bic IVucniiii baliueriiiu. At qui paupcrlalein spniue iiiiil, ul illic lompieielur, qui virginilatis labores ut illic cnni aiigelis ctioreaâ ducal, is repenle prœler omnium exspeclalionem ob ea pœnas del ob quœ ingens pra;niiniii speraveral, infaiidiim quanluni ex iiisperalo eveicu doloreni capial! ligo eniiii euin conscienlia ;oque ac flamma crucialuni'lri exislimo, ciiiii in mon U;in véniel, qui parem secuin laboreiii ceperinl cum Cdirislo digore; se auieui ob qus illi aicanis bnnis fruunlur, ub ea exlreiuas pœnas lueie, el qui vilam egerit severam gravins mulclari qiiam dissoliilos ac luxn peniilos. » {Ub. de liminiuile, cap. i ) (177) I Qui semiiiat in carne iuu,(le carne ei nulel corntplivnem, (VatnI. vi, i<.)

ŒLVRES COMPLETES DE LEFKANC DE POMPiGNAN.

ns

l'heuTOUse coininignie de Jésus-Christ assis à la droite de son Père, qui ne l'ont pas nch»l(^fi par di s travaux [liiis |iénibles que |ps siens I Qui même, à ne considén r (juq l'écorce des actions, l'ont obli'nue av'C moins de [)t'iiu's, el de f.itigiies 1 il s'en voit exclu pour jamais: et des âmes mondaines et volu|)luouses ne sont pas si rigoureusement conclanin(''es , ciu'il ne l'est avec tnu'e la sévérité de ses mœurs. Quel chemin a-t-il pris pour aller en enl'i r ? N'y en avait-il pas de moins ru(ie et de moins escarpé ? Siccine non inveniebalur via tolerabilior ail infernuin (178) ?

I,es liérélifiues et les incrédules accusent cetle doctrine d'être Jure et impitoyable. Nous avons déjh répondu à cette difficulté dans notre dernière instruction. Est-ce à ri'^ylise catholique, h ses ministres, tî ses enlants qu'il l'aut s'en prendre, s'ils léjiètent les enathèmes que Dieu a prononcés contre l'hérésie ? Ils n'en sont |ias les auteurs ; il ne dépend pas d'eux de les elfacer des livres saints: ils n'en suspendraient pas l'exéculion, en les supprin;a'il; ils les encourraient eux-mêmes par cetle inlidôle supi)ression.

C'est à Dieu, si on l'ose, q\i'il faut demander couq)le de sa conduite envers les hérétiques. Llle paraît trop dure L des es[irits sujierbes : elien'est qu'équitable aux yeux ii'ui;e raison éclairée par la foi. Si i hérésie est un crime, comme on n'en P"ut plus douter, la patience et la miséricorde ont leur temps pour elle : la justice et la veiiL^cance oril aussi le leur. Le firemier est la vie présente; le second est réternilé tout entière. Qui empêche les hé:éliqnes, ainsi que les autres péciieurs, de profiter du temps destiné à la miséricorde? Dieu les y invite [lar les nienaces même, dont la dureté l'rélendue est pour eux un sujet de plainte. La main qui monire de loin le glaive , avertit d'en éviter les coups ; quand on s la l'orce enfin de frapper, te n'(St jius barbarie de sa part; c'est une obstination frénétique dans ceux qu'elle voulait épargner'.

Nous avons au^si répondu dans le même ouvrage fl l'ob.eetio:! de J(.'an -Jacques llousseau, qui piétend que l'acliarnemeot [)ersonnel contre les hérétiques est une suite inévitable de la haine pour l'hérésie. Il faudrait dire, suivant ce principe, que les commandements de la loi divine, avec les peines dont leur infraction est menacée, nous enseignent à détester ceux <|ni les violent ouverlenjent. Qui ne sait néanmoins, et qui peut révoquer en doute la différence des sentiments dus au criaib et au criminel? La double obligation

que Dieu nous impose de haïr l'un et d'aimer l'autre? La liaison étroite de ces deux préce(iles, |)uisqu'il n'est point de motif plus p.''Opre à inspirer une compassion pleine de tendresse pour le pécheur, que i'énormité et les suites affreuses du péché ?

Dénoncer les supplices éternels que Dieu réserve à l'hérésie, ce n'est i)oinl armer les fidèles contre les hérétiques. Je dirai [ilus ; à raisonner conséqueranient , c'est leur faire tomber des mains les armes qu'ils auraient prises. S'ils venletit venger la cause de Dieu, outragé par l'hérésie, il la venge assez lui-même par les feux que lo souflle de sa colère allume dans l'enfer. Les hommes peuvent se rcfioser sur lui du soin lie punir un crime, qui |)ar son objet et par sa nature n'est pas du ressort de la justice iujmaine (179). Si l'inli'iêt de la religion catholique les anime, elle perd plus qu'elle ne gagne aux vexations exercées sur les hérétiques, aux guerres sanglantes dont l'eitirjiation de l'hérésie est le motif ou le prétexte. S'ils envisagent les maux effroyables dont les héréiicjues courent le risque, la violence n'est pas le mo\en de les en préserver. Elle ne jieut produire par elle-même qu'un de ces deux effets, ou de les emluicir dans leurs erreuis, ou d'aï radier de leur bouche une confession déunnlie par les sentiments de leur ceeur. L'endurcissement porté jusipi'à la mort consomme leur réprobation. Une confession extorquée ajoute le crime de l'hypocrisie à celui dont ils sont toujours coiiiiables aux yeux de Dieu.

Il s'en faut donc bien que notre doctrine autorise l'intolérance meurtrière et persécutrice. On ne peut trop le répéter ; la religion prêchée dans toute sa pureté est l'nni'iue remè le aux abus dont elle a été l'occasion innocente. Les prétendus sages de notre leuqis se vantent de rétablir la concorde entre les hommes par un tolérantisine qui justilie toutes les erreurs. Qu'estce au Ion I que ce lolérantisrae, qu'une extinction entière de la religion ? Ce frein une lois ùté aux hommes, ils seraient encore plus divisés, plus ennemis les uns diis autres, i)u'ils n'ont jamais i)U l'être par la diveisité de leurs sentiments sur la religion. Il y a autant de faiblesse que de travers d'esprit, à ne retenir une vérité (juq pouien abandonner une autre qui lui paraît opposée. O 1 fait injure à toutes les deux. La vraie sagesse est de les concilier, s'il est [jossible, du moins de les respecter eii.-emble. Celles dont il s'agit ici sont d'un ordre il pouvoir se prêter un secours mutuel par leurs iMppoit> manifestes. La sévérité des jugements do Dieu, contre l'hérésie est un

(178) S. lÎFRNXRD.

(17;)) L'Iiéiésii' ii'or,l oriiii'iielle fjiie relaliveiaeiil à lin iiiilre siiriMl iirl. i-jle ii'csl donc -la^ du iioiiilire (lu CCS ilélirs qui, Iroulihiiil dirccleinciil funlre ii..liirel do l:i société civile, sont sujet?, imlciieiulamnieiil lies supplices ilo r.iuue vie, à la justice veng' ressc du niiigi-lial pulilique. Qi.tnl aux pciuts

spiritirelles ci ciiiioiiiques, on viiit assez que ce ii'csi p;is une juslice puieiucru liumainc qui les déierne. Llles ont d'ailleurs pour ol jet la sûreté îles fidèles et la correction des coupables, plutol que. la répa- 1. lion lie l'offeuse de Dieu renfermée dans le délit ronitnis.

Il»

rARi. i\ iiiiiti. l'oi.KM iNsTiu'inoN SI II L'iii;iu.s:i:.

iiintit' (!<■ |>lui |>oui- IniiU-r Iih >iéi(-lii|Ufs iltin.s i'f|iii-('i iivi'c- iiiiK iliiiici'iir dn'il ils III' iniis.sfiil ci'iirDil.'iiK si> |>i(''Valiijr (imir lu |iri>^iî's i>(i lo iii;iiiitit-ii iji' Ictus L-i'i'iKirs. I.o ïi^'lti nveiiglu iiM'ciiiitiiiIi Ij c(iiiti6i|iit>iii'u. I.'iiii|iii'tii\ |)iir tin intùs lu;(iiit'(iii|i |iliis runilainii.'il)li', lijollu lu |)iiii(i|ii!. \.n pliilo- .<>i>{ihie souiiiisu h \i\ ri'li^iuii sait l'éiiiiir ilfU\ vi^rilt^s iiisé|>!irii|j|i'.s l'iiiio ilu rnutre.

t\ir uni; siiilo de ci-t cs|irit i|uj n'outre, mais jiUN.si ir.itl'<iiblil et nu dégiiiïïo rien , iiiiiis no ciaigiuiiis |i:i.s, mes liés - clii-is Fu^rl's, «le vous londio riién-sio odiiMisc lie plus en plus, on fulu'vjml son iioitiail h vos ^eu\. Vous ;iviz vu cDinbiMn rucguiii, (pii en rsi in souirr, ollense le souverain lilre. Ce inôuif oiguiil piô>idt; J» [ouïes ses diMUiirclies; il Icdtiiiiniiirc par dos l'H'itssuusibles, ipii tloivi'iil \ous l'aire ju^jer do la nialignito d'un viMiiii si lunesle.

Le génie cjue nous allons obïioi ver dans l'Iiéiésie n'esl pas Mikessaireinoiil celui de tous les liéiéliques. I.e caractère particulier de ipickpies sectaires jieut '"dre, et il est souvent contraire au caractère général de la secte. Ainsi tout ce ipii est dans l'Klal )iolitiquo, l'action, cabalo, corispiralion, a son ^ônie, ipii n'est nuire chose i]uo l'asseiub âge des vues et dits moyens illégitimes, (]ui l'ornient ces sortes (i'eiiliepri»es, et concourent à leur exécution. Il est pourtant vrai i]ue tous ceux qui ont le niallusur d'y entrer, ne participent pas toujoui's à ce coupable génie. l'Iusieurs n'ont d'autre crime que d'avoir endjrassé un mauvais parti. Quelques-uns ignorent les iniquités de détail qui s'} commettent. D'antres suivent plutôt le torrent qui les entraîne que leurs pi'opres inclinations. Kntin il y en a (jui, le service de leur cau>e mis à part, n'agisseni (jne |iar des iirincipes vertueux. Il en est de II, élue dans l'Iiéiésie; elle a un génie qui la caiacléiise, et qu'il est important que vous connaissiez. Votre instruction n'en ileiiiande pas davantage. Laissez à l'hisliiire le récit îles vices personnels des liéréiiques ; l,iiss>z-en la reclierclie et la punition, si elles sont nécessaires, à l'autorilé publique.

Le génie de l'hérésie est ti'aboid de vanter avec excès tous ceux qui la soutiennent, et d'atrecter un souverain mépris pour ses adversaires et ses Censeurs. Elle y est assez disposée par la confiance |)résoniptueuse d'avoir découvert des vérités inconnues à la multiiude ignorante, et combattues par la superstition. Mais d'ailleurs celte manœuvre est nécessaire à ses projets. Le nombre et l'autorité sont des avantages qui lui manquent : il faut les remplacer. Elle ne le peut, qu'en mettant de son côté tout ce que les hommes admirent dans les qualités

di- l'i'spril ; elle elieii-he l\ s'emparer do I esiiinit et de lu CllmpA^^ioll, deui .•^untiiilenls qui ra-Mili'lll do Tiiii' relouihor sur qniriinqne si) déclaio (!(inlie elle, le inépris et l'indignaliori. l)c> l.'i ces disioms (jui lui sont si l'amiliers; (|ue se^ piincipuiix i.-|iel's sont sans comparaison les premiers Immines de leur temps; qu'il n'y a rien do plus lumineux, de plus éliii|uenl, de plu.-< profond que leurs éciils; rien an coniraiiode plus faible et do plus misérable ipie les ouvrages qu'on leur opjiose. Intarissable dans les éloges, dont elle comble ses héros, elle loue rarement i|uelques-nns de ses ennemis : et si l'éviiience et la voix pnbli(|ue l'y forceil, c'est toujours avec des réserves qui décèlent .sa lépugname et saiisl'ont sa haine. Elle reluse aiix uns l'érudition, aux autres le disceriioment et la (léin'tration, à ci.'iixci la .■-olidité du jugement, h ceux-là l'élendue et l'élévation du génie. 11 n'y a d'écrivains aicomplis en tout genre, evcellents dans toutes les parties, (pie ceux dont elle tire sa gloire. Ils laissent un inloi valle immense entre mix et les jilus distingués de leurs antagonistes ; du reste il n'est point de sujet si médiocre, dont elle ne llallo la vanité en se rattachant. Cet atladn ment seul prouve pour lui; il l'élève au-dessus de ces ûmes grossières, de ces esprits timides et bornés, qui ne connaissent le prix ni des choses ni des personnes.

C'est ainsi, dit saint Augustin (180), que les anciens et nouveaux hérétiques se sont toujours ex(iliqiiés. Il semble qu'ioi langage si usé ne devrait iiis|iirer que du l'ennui et du dégoût. Ce|iendant li en imjiûse plus ou moins, selon quo l'héiésio a des chefs et des sectateurs plus ou moins recommamlables par leurs talents. Des panégyriques pleins dQ cette emphase et de cette chaleur que (lOniie l'esprit do parti , ont eu de tout temps des liioits sur une téméraire crédulité. S'ils oi'l, comme il n'est que trop ordinaiie dans la cause de l'hérésie, un fondement plausible dans un mérite réel , quoique exagéré, ils (irépareiit les voies par une admiration démesurée des [lersonnes à la croyance des dogmes. Il est naturel do penser que des hommes dont on a une si haute idée sont les défenseurs de la vérité, et que ceux qu'on ne daigne pas leur comparer n'enseignent que des erreurs. D'autre part, ce ton lier et décisif est destiné à ralentir le zèle des |)rélats et des docteurs catholiques. On craint de se commettre avt c un parti (lui dispose ou paraît disposer à son gré du sulfrage de la renommée. C'est une lenlation délicate, dont on ne triomphe que par un délachemeiit de soi-même, puisé dans les motifs les plus pur^do la religion. Saint Jérôme écrivait à saint Augustin (181) :

(180) < Qiiid opiis isl ni ali(|ui(l .iilvcrsiis ea iliruin, quo; in principio pusulsli libri linjns sulll;i cl van», de iiividiu qil:iiii vos snsliiiere pro verlliilu jacialis, et de paucilalc priideniiuni ijiiilms vus plu coïc iiuiidclis. Ilu^c L'iiiiii ei veieniiii cl nuvoiuiii

uniniiiin vox est Iiœrciicoriiin ipsa consueindine jani siinlidala alqne piolilla. « (Lib. v cvnlra Jutiamm, cap. 1.)

(181) I Macle viiliile. In orbe cclcbraris. Callioliii le cuiidilorciii aiiliijna; rursum lidei viiieraiilur

« Courage : votre nom esi célèbre dans l'univers. Les catholiques vous révèrent et vous admirent comme le restaurateur de l'ancienne foi : et ce qui est encore plus honorable pour vous, tnus les liéréliques vous délestent. «Pour mériter la [iremière partie de cet éloge, il ne fallait pas moins que les talents d'un Augustin : pour raéntpr la seconde, il fallait sa magnanimité, aussi rare peut-être que ses talents.

Il est un autre préju-;6 plus séduisant. Car enfui il n'est pas dillicile de cou!i)rendre avec un peu de réflexion, que les qualités de l'esprit, dans quelque degré (|u'on les suppose, ne sont pas une preuve infaillible de vérité. Mais celle preuve acquiert un nouveau poids, si ces qualités de l'esprit semblent être jointes à d'éminentrs vertus. Lorsqu'on a commencé par cmire que des hommes si éclairés sont les plus lidèles serviteurs de Dieu, on esl bienUM jiersuaJé qu'ils sont ses inlerprèles et ses organes. L'hérésie ne néglige rien |)0ur établii' celte opinion dans le monde. La réputation de sainteté |)Our ses défenseurs lui esl encore [ilus chère que celle de leur esprit et de leur savoir. Elle les égale sans (ludeur aux a|iùtres, aux Pères de l'Eglise. Les noms de Paul, d'Aihanase, d'Augustin, n'ont rien de Uop vénérable pour eux. Il esl de son intérêt qu'on leur érige des autels : il n'en est pas moins que tous ceux qui la combattent loiiibenl dans un avilissement qui les décrédita. C'est peu de les déprimer en ce qui ne louclie ni les mœurs, ni la probité, ni la religion; elle vomit contre leurs personnes tout le fiel dont son cœur est jilein.

Le génie de l'hérésie est donc en second lieu d'être médisante el calomniatrice. Dans les accès de sa bile satirique elle ne respecte, elle n'épargne rien sur la terre. Pontifes, prélats, prêtres, religieux, voilà ses plus grands adversaires; c'est aussi sur eux qu'elle aime à lancer ses traits les plus envenimés. Elle sait profiter du penchant des hommes à croire le mal, surtout quand il déshonore les ministres du sanctuaire. La crainte d'envelopper le sanctuaire luimême dans ce déshonneur ne rariCle pas. Elle en est quitte pour de vagues protestalions ; et sans trop ai^irofondir si elles la justiûenl d'un si grave reproche, il luisuflit que ses monlanles satires la vengent de ses ennemis : elle veut que par de telles leçons on apprenne à la ménager. Les rois , les princes, les grands, les magistrats ne sont pas plus à l'abri de ses discours et de ses écrits outrageants, s'ils font servir leur autorité à maintenir les décisions de l'Eglise qui la condamnent. Dès lors ils lui deviennent d'autant plus odieux, qu'elle attendait de leur protection ou du moins de leur indulgence une ressource utile contre lesaua- Ihèmes de la puissance ecclésiastiiiue.

La satire a deux styles; l'un dédaigneux et moqueur; l'autre violent et atroce : tous les d' ux insultants et amers. L'hérésie les mêlesouvent ensemble, d'autres fois les emploie séparément, dans ces libelles de toute espèce où elle publie les anecdotes les plus dilfamantes, où elle recueille les plus scandaleuses rumeurs.

Ce sont , dit-elle , autant de vérités. Quand cela serait, qui lui a donné droit de les divulguer et de les écrire? Est-ce ainsi que le christianisme dans sa naissance a parlé (lèses persécuteurs? Les prêtres des idoles , ceux de la Synagogue expirante offraient sans doute un vaste champ à la criti(]ue. L'hérésie conviendra peut-être que le clergé catholique qu'elle décrie n'est ni plus vicieux ni plus méprisable. On sait fiar l'histoire ce qu'ont été, indépendamment de la religion, les princes auteurs des édits qui firent couler tant de sang chrétien. Les instigateurs et les exécuteurs de ces édits ne valaient guère mieux. Dans quelles apologies du christianisme les dérèglements et les crimes doses ennemis sontils racontés? Quel auteur chrétien s'occupait alors, ou à égayer le public par de malignes railleries, ou à l'irriter jiar de fougueuses déclamations? On ne respectait pas seulement dans ces heureux siècles les personnes constituées eu dignité; on ne se permettait pas même, en défendant la religion contre des écrivains très-impies, la moindre mention de leurs vices personnels. S.iii't Jérôme (182) en donne la raison : c'est que « les preuves des crimes personnels doivent se trouver non dans des ouvrages dogmatiques, mais dans les procédures des juges. »

il n'y aurait [>lus dans la société civile ni ordre, ni sûreté, ni repos, s'il était libre <i des particuliers d'exposer au grand jour tout ce qu'ils peuvent savoir d'injurieux à des hommes en place, et de les immoler à la risée ou à l'indignation publique. La religion déleste celte licence ; surtout elle ne peut souUrir qu'on la couvre de son nom sacré. C'est |iourlant à un moyen si pervers que l'hérésie doit ses plus grands succès : ses plaisanteries et ses sarcasmes l'ont toujours mieux servie que ses raisonnements et ses controverses.

Elle serait coupable, en ne disant que des vérités. Mais combien de fois a-t-elle été convaincue des plus insignes calomnies? Combien de lois a-t-elle été réduite, ou à les avouer par son silence, ou à se retrancher sur de fausses informations? 11 est triste d'être forcé de reconnaître en des hommes, ses semblables, un projet aussi noir que celui de Uétrir par des impostures la ré|)Utalion d'aulrui. iN'insistmis donc pas sur les faits calomnieux débités par des suppôts de l'hérésie contre le témoignage de leur pro-

atque suspiciunl : el quod signum majoris glorix est, oiiuies tixreiici deiesiaiiiur. > {Epist. aU S. Aug., toiii. IV, edil. Reiietl., part, il.) (lii) lAdversus itupiis:>iuioâCelsuiiialquc Porptiy-

riuin quanti scripsere nostronim ? Quis ornissa causa superlUia criiiiiiuiiii objcclimie vorsaUis esl ? qtre non fliarla eccleniaslicx-, bcil lllielli jiid.cuni debeiit coiilineie. > (Ai'ulogiu nilicnus liii/inuin, lib. m.;

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PAIll IV 1111:01.. POI.EM. - INSTRUCTION SU» I.IIEIIESIE.

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pro l'oiiscionco. N■|•^l-(•(^ [uis assez iprils so reiwlfiit cuiiiiiliccH tl'imi uIiiImki:» iiiciisnii. m">ii'», i|iii iltv;iit'iil leur i^lrc sus|iitlfS, s'ils avaii-iil iiiuins (■iiii.sulié leur l'iissioii .juc lu iiiuiltiico el l'étiiiili^ ? Soiilil» i.'xcusiiijlos d'ouvrir nvidoimnl It'iiis (iniilles ul do piôliT leur (iluniu avec InnI do joie nu\ projios <|ui se lieiuienl, (lux Iduils (|ui fO ré(iniideiil I outre losoiiils ilu Soiyneur duiis l'ordre eeelc'siiisliiiue, cnniro les peisotines (l'un rnnj; éK'vé(Jaiis lo siùi li;'.'i;'e>.i vouloir Oiro Innupi^ soi-iii(>iiie, c'est se liiirr nii jeu de trouiper les aulres dans la lu.itière la |ilus iiii|)orlarite, ipiodo |ir(''S'.'iitor au public ivec les coulours de la véiilé. ou iiiOnie do la vraiseuiblame, de |iareiilos accusations. On n'est plus recivalde, (]uaiid leur fausseté est avdréo, h lépoiidro qu'on les croyait véritables. Il falliiil les mieux exaiiiiiier ; ou jdutôl il fallait se taire, 011 aurait évité le danger manifeste d'être le liéraull de la cloniiiie, si on n'en est pas l'invenleur.

Uien ne prouve mieux la faiblesse réelle de l'hérésie ijiie ret esfirit satirique dont elle est animée. Quelijue jugement ([u'on porte sur les reproches (|u'elle fait h ses adversaires, ils n'ellleurent pas leur doctrine, ils ne n iident pas la sienne plus orthodoxe. Les récriminations contre l'accusateiir ne bianchisseiit pas Tnccusé. Elles lui sont encore moins favorables, ipiand eiles n'ont aucune liaison avec le délit dont il est pré- Tenu : elles donnent alors sujet de souj)çonner que, ne pouvant défendre son innocence, il élude la iiuestion principale , pour se joler sur des incidents dont elle est indéiiendanle. Tel est le jirocédé de l'hérésie. On lui objecte des erreurs cai)ilales. Elle y persiste : et toutefois sans se renfermer dans la discussion des dogmes, unique matière de son procès avec l'Eglise catholique, elle attaque ses adversaires par des inculpations t)ersonnelles. N'a-l-on [las droit d'en conclurel que, si elle se déliait moins de sa cause, elle ne lui chercherait pas des secours étrangers? « Pourquoi, disait saint Jérome(183jàdes sectaires de son temps, ramassez-vous de toutes jiarts, et cousez-vous ensemble des lambeaux d'invertives ? Pourquoi déchirez-vous la conduite de ceux à la foi desquels vous ne pouvez résister'? Cesserez-vous d'être hérétiques, parce (ju'il y aura des liommes qui, sur voire parole, nous croiront pécheurs'? Votre bouche ne sera-l-e!le plus souillée des impiétés qu'elle profère, parce que nos oreilles seionl blessées » des bruits oflensants que vous semez contre noire honneur?

Le génie de l'hérésie est encore d'être iiitriganle. L'intrigue est nécessaire à tout parti quel qu'il soit, de politique ou de religion. Il en a besoin dans les premiers moments de son existence, pour s'accroître :

il PU II besoin ijans la suite pourse soutenir. I.e privile^o intMimiiiufiicalilu des deux religions,^ celle des Israël il es el eello des Chrétiens, runi.' el l'autre ijesci-ndues du ciel, a élé de porter dans leur établissomcnl l'empreinte visible! do la divinitc'. L'hérésie, ouvragodo l'esprit humain, ne peut s'élaljlir que par les voies commiini.s aux aulres |<ai lis.

Il lui faut des menées secrètes , des contiibiitions |iécuniaires , des rabah.'s dans les corps et dans les compagnies, dos brigues auprès desgraiuls. Elh; a des émissaiiis (pii savent s'tnlroditire dans les mai' sons (18V), gagner la conliance de ceux ipii lesgouveiiiinl, surpreiidn,' la crédiililé d'un sexe plus facile à séduire, et plus opini;Ure ipiaiid il est une fois séduit. Elle a des chelsqui exercent une autorité (|ue les su|)éiieiirs naturels n'ont pas toujours sur leurs iiférieiirs (l'obéissance de ilioix et de goill est ordinaiiemenl plus pronqiteet plus enlière (jue celle de devoir). Elle a des assemblées clandestines où toutes les allaires du parti su traitent et se décident. C'est là oii l'on délibère sur les moyens de s'attacher les uns, d'endormir ou d'intimider les autres, do conjurer les orages qui grondent, de dissiper ceux qui ont éclaté, de faire luire des jours nlus sereins. C'est de là que partent Us résolutions marquées au coin de la violence ou de I arlilice. Le caractère de ceux qui les prennent, ou les circonstances du temps déterminciit cette ditférence.

Il est vrai que la désunion el la mésintelligence ne tardent pas à se glisser dans ces associations , dont les liens ne sont pas n sserrés par une subordination légitime. Drs chefs moins accrédités aspirent aux piemiers rangs; des subalternes se lassent de la dépendance. Ils veulent commander à leur tour; on n'est pas longlcin[)s d'accord sur des poinls importants de doctrine ; de nouvelles o()ininns croisent celles qui ont donné naissance à la secte. Celle brandie séparée de sa tige se rompt elle-même, et se partage en d'autres fragments. Les sectaires divisés se ballent ensemble avec les mêmes armes qu'ils avaient [irises de concert contre l'Eglise catholique. Ainsi la Providence confond les vains projets des hommes. Ils se détruisent |iar les mêmes moyens qui servent d'abord à leur exécution. L'intrigue est le berceau de l'hérésie; tôt ou tard elle en devient le tombeau.

Enfin le génie de l'hérésie est d'être turbulente et séditieuse. Je n'examine pas la question générale si l'hérésie est de sa nature ennemie de la royauté; si tous les penchants de son cœur sont jiour le gouvernement populaire. Il est certain dans le fait que plus les hérésies se sont élevées contre la hiérarchie de l'Eglise, plus elles ont ins-

(183) I Qiiid iiKiledicloniiii paiinos liiiic inilc consuilis? El eoniiii vilain carpilis, quorum liilci resislere non vak'lis?iNuni iilcirco non estis vos liaieliii, si nos i|uldani asserlionc veslia crediderinl poccalui'ua ? bi us impielaïc fœduiii nui) liubcljiiis,

si cicatriceni poiucrliis in noslra ;iiire nionsirare?» (Efiist. ad Pamniacliium et ilarcellum )

(I8i) Ex liiisunl qui jienetranl domos et caiHivas tliicun: miilierculus. [Il Tim. v, G.)

ŒUVRES COMPLETES l)E LEFRANC DE POMPIGNAi>.

pire d'anlipalliie à leucs seclaleurs pour l'autorité nioniucliique. C'est de cette source que sont snriies les dangereuses maximes, insérées par nos prétendus pliiloso|ihes dans leur code législatif : que les rois ne régnent qu'en vertu d'un contrat prim(trdial et loujours subsistant entre eux et leurs sujets ; que dans ce conirat le peuple s'est réservé la propriélê du pouvoir souverain , dont il n'a jamais pu se dépouiller; qu'il n'en a cédé que l'exercice à ses rois; et qu'il peut le retirer de leurs mains, lors- (ju'ils violent eux-mêmes les conditions que ce conirat leur impose. Comme si l'on pniivflit f lire une loi fondamentale pour touti s les nations des usages [laiticuliers de quelques-unes; comme s'il n'y en avait pas un irès-grand nombre dont le droit public, bdii d'énoncer ou de supposer ce prétendu contrat, le désavoue formel lemenl; comme si ce n'éiait pas un devoir de religion de respectur dans sa patrie la forme de gouvernement établie par les lois, et d'y garder au souverain une fidélité dont aucun motif ne peut dispenser.

J'avouerai néanmoins que cet esprit antiroyalislo et républicain n'est pas celui de toutes les hérésies : et je dirai de plus, n'en déplaise à l'auteur de l'Esprit des lois , que celles dont les dogmes favorisent davantage cet esprit (le calvinisme par exemiilel ne sont pas incomi)alibles avec les monarchies proprement dites. L'expérience, la plus sùi e de toutes les règles en matière de politique, le prouve. Dailleurs on comprend sans peina, que dès qu'une hérésie a jeté dans un Etat de profondes racines, qu'elle y a pour elle la multitude des citoyens , les magistrats, les grands, le souverain, et que par là elle est en quelque sorte incorporée avec le gouvernement, dès lors ses principes anarchiques, |iar rapport à l'iiglise , peuvent s'accommoder d'une police civile , où l'autorité royale est absolue.

Tout ce que'je prêt, nus, et les faits sont ici d'accord avec la théorie , c'est que toute hérésie , qui n'est pas dominante, ou du moins naturalisée par la possession dans un Etat, y met nécessairement des semences de rébellion. Ces semences se dévelopiienl plus ou moins selon les conjonctures ; mais il est rare qu'elles ne produisent quelque elfel sinistre. La raison en est simple : l'iiérésie qui, commençant à se former, est traversée par l'autorité séculière, s'irrite contre cette autorité. Il ne faut [las attendre d'elle l'héroïque patience et la soumission inviolable du christianisme persécuté dans sa naissance : c'était l'apanage d'une religion qu'un Dieu fait homme avait apportée sur la terre. La modération dont l'hérésie se vante ne tient pas contre des épreuves beaucoup moindres. Elle imite volontiers le langage des premiers Chrétiens, tant qu'elle esjière de fléc'liir les princes qui s'opposent à ses progiès , ou jusqu'à ce quelle soit en é:al déparier et d'agir avec plus de hauteur. Mais si ses espéiances s'évanouissent, si ses forces s'accroissent, elle liasse bientôt do la

haine pour -une autorité dont elle se croit opprimée, au désir d'en secouer le joug. Ses sectateurs accoutumés par ses leçons à l'indépendance dans l'ordre delà religion, n'y trouvent pas plus d'inconvénient dans l'tirdre temrorrl. C'est raisonner conséqueiument; car l'autorité des souverains n'a rien d'aussi auguste que d'êlre consacrée par la religion, et d'emprunter de ses maximes les droits qu'elle exerce sur la conscience. Ce fondement ébranlé, il ne lui reste d'autre appui que le molifde la crainte ou de l'inlérêl. Or l'obéissance à l'autorité ecclésiastique n'est pas moins prescrite dans les livres saints que la soumis>ion à la puissance souveraine. Il est facile, il est même naturel que la conscence alfranchie de la première de ces deux obligations , se croie libre de la seconde. Que dis-je? Il est à craindre qu'elle n'aille jusqu'à lui substituer le fanatisme d'une révolte érigée en acte de piété. Elle se flatte d'honorer Dieu, en résistant h une Eglise dépositaire de son autorité; elle s'applauiliia encore plus de sa résistance à un autre tribunal, qui joint aux sentiments qu'elle déteste dans l'Eglise une force et un appareil de terreur que l'Eglise n'a [las.

Telle a été l'origine des troubles excités par des sectes hérétiques dans des Etats où elles ne pouvaient obtenir la liberté qu'elles demandaient. Pûuri|uoi la leur refuser, dira-t-on? Je ne répèle (loint ce que j'ai uit ailleurs sur la tolérance ; mais je réponds à cette question jiar une autre. Qu'est-ce dans dus sujets qu'une fidélité, qui no dure qu'autant qu'ils sont traités par le gouvernement comme ils le désirent?

Est-ce à ce jirix qu'ils mettent la tranquillité de l'Etat? Et que faut-il de plus pour les convaincre d'un génie turbulent et séditieux?

Je sais qu'on trouve ailleurs que dans le sein de l'hérésie les défauts que nous lui reprochons. Il y a des catholiques qui d'une part se répandent en éloges que la raison ne peut avouer, et qui de l'autre disputent injustement à des hérétiques les qualités estimables qu'ils possèdent. Il y en a qui, se croyant tout (leriuis contre l'hérésie et ses partisans, emportés par iln faux zèle, dont il faudra, mes frères, vous découvrir les pièges, accablent les hérétiques d'invectives, et noircissent leur réputation par des satires personnelles. Il y en a qui , ^oit |iar goût, soit par impuissance de servir autrement la religion, se livrent à des intrigues dont elle n'a pas besoin, et dont les avantages sont toujours fort inférieurs au blâme qui en rejaillirait sur elle, si ou pouvait les lui attribuer. Il y en a enfin qui, aveuglés par de trompeuses lueurs, oubliant Ic'S véritables principes, et violant les devoirs les [dus sacrés, ont couvert du voile de la religion la révolte contre l'autorité sou7eraine.

L'hérésie triomphe de cet aveu; une foi ombrageuse et timide en murmure peutêtre. Je crains peu le triomphe imaginaire de l'une, et je plaias la faiblesse de l'autre.

l'VUr, l\. IIIIOI.. l'OLKM.

INSTUUCTION suit I.IIEIILSIE.

It)»

Jo n'ai jninais l'oiniu-is i|iut lit «iiicôrilé i>tU riuiro à l.i viirilt^. No iiiinilicr la vc'rili) i|ii h ilfiui, nitT ou (lissiituiliT livs Ijiils ilont mi tiio l'ontri' l'Ilo do l'aussi's c-nri'sr'i|Ui'iict'.s , c'est ii'uioi^iii'c iiiio dcli'iiico (|iii n'usl |iiis (|it;iio d'i'llu, (|ni no l'tvst |ttis ikmi plus d'ui) iiiiuislùro aussi iii>lili> i|uu celui do ()l«i<lei' sa cause. Il }■ a des dau^^iTS dans une confession inj;i^Muo di' ces Liiis : n'y en a-l-il jias aussi el de idus giaiids, dans la supercherie nui les doi^uisi-, ou d.ins la mauvaise foi (jui les suppriuie? du a des surveillanls, qui ont déj;"» dit, et qui savent redire ce qu'on s■ob^line h taire. On a ties censeurs, ijui relèvent avec aiueiliinKs ce silence .iflectiS (|ui s'en luévaleiil cdu.'.'uo d'un aveu taci;o do la force victorieuse d'une objection îi laquelle on n'ose l'épondre. On a des jut;t'S, qui n'enlranl point dans la connaissance du fond, en luennent une impression désavanlagouso sur un [noei^dé, oh ils ne trouvent ni équité ni Imnne foi. Le parti lo plus ST^e, comme le plus lionnéle, est donc d'avouer nettement ce qui ne peut <Mre contesté. I,a vérité qu'on soutient n'en a que plus de force, (juand on est en élat do prouver qu'elle ne souffre aucun iiréjudice des laits qu'on accorde à ses adversaires, ou de leurs objeclions tidèlement représentées.

Vous en allez voir un exemple dans la question que nous examinons.

Je ne me bornerai pas à répondre que c'est mal défendre le génie de l'Iiérésie, que d'en chercher les traces parmi ses ennemis. Car enlin si la cause était la même, pourquoi distinguerions-nous entre les coupables'? Pourquoi en rendre une partie odieuse par des traits (jui lui seraient communs avec celle que nous ménagerions? I.a justice n'admet [>as ces acceptions de personnes, inspirées [lar la haine et l'rsprit de parti.

On pourrait dire, et on le dirait avec vélité, que les hérétiques ont été les premiers cou|ialjles : que (j'autres chrétiens n'ont appris que par eux h traiter les alfaires de religion dans le même esprit que des intérêts de faction : qu'il en est des controverses ecclésiastiques comme des guerres civiles : l'armée rebelle n'est pis la seule où il se commette des criujes, Iruits malheureux de ces discordes intestines; les troupes enrôlées sous de légitimes étendards n'en sont pas exemptes : cependant on les impute à la rébellion, comme ayant excité par son attentat des troubles, qui ne manciuent jamais de donner dans l'un et l'autre ji^rti un essor funeste aux [)assions liumaiiies. Ces réiluxions sont justes ; mais elles ne sulllsenl pas pour caractériser l'hérésie par un génie directement O[iposé à celui de l'Jiglise catholique.

Voici qui tranche la difficulté : la constitution de l'Eglise et celle de l'hérésie sont tellement dillérentes, que le génie de l'une ne peut être le génie de l'autre.

L'Eglise fondée [lar le Fils de Dieu ne

doit au\ hommes ni son origine, ni son élablissemunt. Des pruiiiesscs divines lui assurent une perpéliielle durée jus(|ii';i la lin des siècles. I.es moyens humauis, exclus fin plan di.' sa foiination, entrent, il est vrai, dans celui do sa conscTvalioij : aussi l'Eglise lu! les rojolle pas. Il y en a rm^nio qu'elle désire et dont la privation lallli^c; pourvu toutefois (|iiecc< moyens soient li-ls qu'elle puisse les adopter sans roug'r. .Mais (|uelque louables qu'ils soie ni, elle n'y met pas sa conlianco : elle aitend (ont du Dieu (jui la protège, sûre de lriom|)iier do ses ennemis, quand toutes les ressources humaines lui mani|ueraient. Elle peut êire ijaiirn(; de ceitains lieux de la terre, où elle avait fait régner la vraie foi et le vrai culte; elle gémi! do ces pertes, sans craindre qu'elles entraînent sa destruction, bailleur h ceux qui attirent les ténèbres sur eux-mêmes I La lumière (|ui les éclairait change do place et ne s'éteint point.

Avec une pareille constitution, l'Eglise ne dé|iend point des moyens dont nous aïons vu l'usage si familier à l'hérésie. Si elle a de grands liommes qui la défendent, elle no prétend (loint les frustrer du tribut do louanges dû à leurs qualités persoinielles. Mais comme elle [leut se passer do ces qualités, elle n'aime pas qu'on les vante avec un enthousiasme, qui n'est prù[iro qu'à faire d'idolAtres el de fanatiques admirateurs. Elle n'a|)[)rouve pas davantage qu'on cherche à obscurcir les talents et les connaissances que ses adversaiies [)ruvent avoir. Qu'a-t-elleà en redouter? Les plus sublimes génies, les savants les j.lus consommés auraient beau se liguer contre elle. Dieu réprouverai: leur fausse sajw.se (183), comme il a réprouvé celle des philosophes païens vaincus par la prédication des a|iôtres.

L'Eglise n'a pas besoin que les hérétiques soient traduits au tribunal du public Comme des scélérats sans mœurs, sans probité, sans principes. Pourquoi Icurchercher des crimes! Ou s'ils en sont coupables, pourquoi les publier? c'est bien assez qu'ils soient convaincus d'un attachement opiniAlre à des erreurs condimnées. Toutes les vertus morales ensemble ne justifieraient pas ce crime unique, et n'atfaibliraient pas la cause soutenue (>ar l'Eglise contre les iiérétiipies.

Les intrigues lui sont également inutiles. Dans un gouvernement tel que le sien, tout ce qui tend au bien commun se décide par l'autorité, s'exécute par les ordres et sous les yeux de l'aulorilé. Des particuliers qui s i'igèront sans mission dans les aflfa'res publiques, n'agissent jilus au nom du corps : on peul leur tenir compte du motif qui les anime, si leur zèle est sincère; mais leurs pratiijues, à n'y considérer (|u'uni' ?.ctivité iiHiuièto el remuante, sont ii légnliôres. Le véritable intéiôl de l'Eglise est i]ue la mémo gravité, la même décence, la même simplicité qui distinguent sa doctrine, éclaleat

(185) ICor. 1, 19.

Oîiiivuiîs co:^;pi.. de Lei"iia.nc de roîiricNAs. IL

OEUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPiGNAN.

dsns toutes les démarches (ju'on lait en sa faveur.

On la sert encore moins, en voulant retirer les peujiiesde l'obéissance qu'ils doivent k leurs souverains hérétiques. La révolte peut être utile, quand elle réussit, à un parti qui n'a d'autre but que de subsister et de s'étendre à quelque prix que ce soil. Elle ne peut jamais l'être îi uneLiglise qui perdrait ce qu'elle a de (ilus cher et de plus précieux, si iirofilaut du criiue et se contredisant elle-mêiue, elle mérilail de perdre la confiance et la vénération des hommes. Ce malheur serait plus grand sans doute que celui de voir un Etat entraîné dans 1 hérésie par l'exemple et l'autorité do son souvelain. Ajirès tout, l'Eglise n'est pas attachée à un piiys, à une nation. Si le sort funeste des âmes qu'on lui enlève, déchire son cœur maternel, ses droits n'en sont pas altérés. Les brèches de l'emjiire, que les livres saints lui ont prédit, se répa;viit avec avantage. Le ciel el la terre pussironl, mais la parole de Dieu ne passera point (18G.)

11 s'en faut bien que l'hérésie ait les mêmes titres el les mêmes appuis. Toute sou audace ne («eut lui cacher sa laililesse ni le besoin essentiel qu'elle a des secours humains. En vain se coinpare-t-elle à l'Kglise primitive, dont elle prétend ressusciter la docirine; en vain se |>aie-t-elle des dehors d'une morale pure, qui écarte avec iiidignalion la moindre apparence du mal ; qui demeure hdèle à ses devoirs dans les plus rudes épreuves; qui n'attend le succès de ses desseins que de ses prières, de sa résignation, des soins de la Providence. Tous ces beaux principes n'ont pas dans son ûme des racines inébranlables. Il n'en est pas d'elle comme de l'Iiglise, oii ce qui a été une fois défini, l'est pour loujours. Les confessions de loi varimi nécessairement dans l'hérésie : et outre cette inslabilité naturelle, les circonsUiiices l'obligent à se faite de nouveaux principes. Par exemple, elle déclare volonliersdons sescommenceineiils, qu'elle n'emploiera que la part)le pour établir ses dogmes. Mais si le tem|is arrive dejoind"e à cette parole, troi) lente dans ses ellets, trop faible pour poi'suader, des moyens plus imposants, les armes et la force ouverte, elle a ilrs maximes toutes prêtes pour autoriser cetle conduite. Elle est de même entraînée par une pente inévitable dans les différents détauis dont nous avons parlé.

En u!. mot, il faut à toute religion [lour s'introduire et s'affermir, ou la protection divine, ou des moyens |)uremenl humains. L'hérésie sent malgré elle que la première de ces deux ressouLces hii manijue : elle est donc réduite à la seconde. Dans une telle nécessité, si les iiiu.i eus hounôlcs suilisLenl, on les préfère |)eul-ètre; mais la même nécessité fait choisir ceux qui ne le sont pas.

i'I résulte de cette différence entre l'Eglise

el l'hérésie, que les vices des hommes, fussent-ils entièrement semblables dans l'une el dans l'aiilre , sont l'ans l'Eglise des vices personnels, dans l'hérésie des vices généraux ; des vices étrangers à l'une, contraires <■! ses intérêts; nécessaires à l'aulre et inhérents à sa '■onsiilution. Ils ne peuvent \ire reprochés à l'Eglise sans injustice : ils loivent l'être à l'hérésie, dont ils forment ;e génie et le caractère.

, ^Notre dessein, en vous les exposant, a {'\é d'augmenter en vous l'horreur que l'hérésie mérite. C'est par ces fruits que vous devez reconnaître ce repaire de loups couverts de la peau de brebis. Vous apercevez maintenant leur dent meurtrière el venimeuse à travers leiir vêlement emprunté.

C'en est assez [lour fuir les dangereuses approches de ces faux prophètes.

I Si loulefois vous voulez une marque idus certaine encore, vous la trouverez dans leur résistance obstinée à l'aiilorité de l'Eglise. 1( i lieu de commun entre les [lersonnes engagées d.ms l'hérésie, et celles qu'un zèle faux ou déréglé anime pour la catholicité.

II n'y a que des hérétiques qui puissent rejeter des déi isions de l'Eglise. Si l'histoire nous apprend qu'en combattant avec'trnp d'ardeur pour des décisions qui avaient cmidamné une erreur, on a pu tomber dans une auire, ci't excès est lui-même une secondé hérésie, non moins opposée que la première à l'autorité de l'Eglise.

La soumission à cette autorité est donc la pii rre de louche, pour discerner les hérétiques partout fù ils peuvent être. Quelle est, dit s;nnt Jean (187), la différence sensible de l'esprit de vérité et de l'esprit d'erreur? C'est, répond-il, que celui qui connaît Dieu nous écoute, nous apôtres qui sommes de Dieu, qui tenons sa place auprès des hommes, qui leur annonçons ses oracles : et que celui qui n'est pas de Dieu ne nous écoute pas.

Le corps é|)i-copal présidé par son chef a succédé au collège aprjslolique ; il a recueilli sur la terre le pouvoir essentiel confié par Jésus-Christ h ses apôtres pour le gouvernement de son Eglise. C'est dans la personne de ces mômes apôtres (]ii'il a promis à leurs mrvi'isi^uvs d'être avec eux tous les jours jus' qu'à la consommation des siècles. Il est donc vraid;i!is lous les temps, cuniine il l'était dans celui de suint Jean, (pie le signe distinclif de IVsprit de vérité et de l'esprit d'erreur, ou, ce qui revient au même, de l'esprit de foi et de l'esprit d'hérésie, est (]ue l'un fait écouter avec respect la voix des premiers ]iasleurs, et (jne l'autie la fait mépriser.

Il ii'esl |ias sans exemple que des hérésies protestent vaguement d'obéir à l'Eglise, Mais ullt's savent éluder ces [U'Otestaiions par des systèmes qui anéantissent l'aulorilé réelle du tribunal de l'Eglise. Ce tribunal ne consiste plus, comme les fidèles l'ont

(18(5) Mallh. XXIV, 55.

(187) Nos ex beo bumns. Qui novil Deiiin, iind l nos Qui non est ex lico , non iiiidil nos. In Iwc co-

ijnoiàmns spiritum veritnlis el ipiritum ciroris (/ Juun. IV, 6 )

l'AllT. IV. TIIKOI.. l'OLEM - INSTIllCTION SUR L'HERESIE.

iDiiJLms cru, romiiK» \cs aii'ri's liérûlii|m's n'en mit jint ou\-rii(Miii's iloulù, dans le foi'i'S si'iil des tWiV|iii's succosscuis ik'S ll|ll^l^os. Klles y ainn-llonl lu second onlio de lii lii(^r«rthie ; et si tcllo intrusion ne leur sullil pas , elles y loit monter lis laii)uus ; conlondaiit ainsi les {arties de IKnliso, qui, l'uno et l'aiilrc, h la vérité, conservent invioluhleinent le dé|iùt de la saine doctrine, mais chacune en sa muniùi c ; l'une par voie tlo soumission et do simple croyance, I autre par voie de décision et d'cnseit^nenienl. Ces taux systèmes peuvent servir il ceux (|ui les SDulienneiit, (xiur f^nrder encore (lueli)ues mesures avec l'Iïgliie, pour ne iias se sé|)arer ouvertement do sa cimimunidn ; mais ils ne lui laissent (|u'un faiitOme d"aulorilé; ils ouvrent la porte ;"! des disputes sans fin ; ils ne remplissent jias les justes désirs (rune Ame qui, oiaignanl les embOclics de l'erieur, durclie un moyen sur et facile île s'en préserver.

Ainsi, mes frères, ([uand vous demandez dans quel(|uo coiiteslalion im|iortante sur la religion oij est l'hérésie, ce monstre si odieux, regardez où est la résistance au corps entier do l'épiscopat. Vous pouvez ignorer le fond des matières contestées. Tous les dogmes attaqués par les hérétiques et décidés par Tliglise, ne sont pas do ces dogmes populaires, dont nous avons fuit mention |ilus d'una fois; mais, pour demeurer inviolablement attachés aux dogmes de , cette esjièce, il faut (]ue vous le soyez à ce Irihunol sacré, qui les a maintenus contre les elloitsdo l'hérésie, et qui en maintient également d'autres, dont la connaissance distincte vous est moins nécessaire. Entendez-vous des discours, jetezvous les yeux sur des écrits, où l'on énerve par des restrictions captieuses l'autoriié réunie dos principaux ministres de la religion; où quelcjuet'ois oi s'élève insolemnient contre eux ; où l'on olijecle à leurs jugements l'igiioran e, la prévention et les motifs les plus ciiiuineis ; où l'on vous invite à examiner par vous-mÔiues,sanî égard à ces jugements, les (]uestions sur lesquelles Ils ont été prononcés ? c'est là, n'en doutez pas, le la:igage de l'hérésie. Quelque éblouissant qu'il puisse èire (Kir so i éloquence, quelque appuyé qu'il vous (laraisNO de textes ies|)eciables cités avec prol'usio.'i, quelque estime que vous jiuissiez avoir d'ail. eurs |)our ceux qui le liciinent, dès que c'est un langage de ilésobéissance à ceux (jue Jésus- Christ vous ordonne d'écouler comme luimême, encore une fjis c'est par cela seul le langage de riiérésie.

(188) I Neqiieeniin iipii oiniies lia;relici Scripiiiras «alliolicMS legniit ; iiec (ili aiiuij siiiil iuert'liti, li:si (|iiOil ea* non lecle iiilelligeiiles , suas falsas (^liiiiioncs cDiiUa eaïuiii verU:ilein pcrv'icaciter aibciiuii. > [De Geneii ad luieram, lib. vu, cap. 9.)

(1S9) I Sa'pe iKurelici eosdeiii qiios vcnoraiiiiir P.ilres laiiilaiil. Scil iiaulIcLtii depravalo ipsis nos eoriiin laiuliljus iiiipiiyiianl. > ( Lib. Mil Mvialium 1/1 cap. vm Jub., cap. lO.J

(i'M) Il Cor. XI, 15, 14, Ij.

ti.

l'IHe peut all.'i^iicr les lîcrilurcs ; car, dit .saint Augiislin (188). a tous les hérétiques les lisent : (.'tjls mj sont héiétiquesqiie parce i]ue les entendait nul, iU souliennenl opiniâtrement leurs fausses o|iiiiioiis contre !a vérité des livres saints. » Klle jieut |.roduirc des (lassnges des Pères ; car, suivant saint (Jiégoiro pa|.e (180), « Les hérétiipics hmcnt souvent » ces grands hommes « (jue nous révérons , mais, en défiravant leur iloiirino ils se font, des louanges qu'ils leur donnont| une arme (pi'ils tournent contre nous. » Klle peut en imposer par l'érudition, le gémi', la beauté du style, une morale sévère, les dehors de la jiliis pure vertu. Car saint Paul nous apprend \VM) qu'à l'exemple do Stitan i/tti se Irunsfujuie en ange de lumière, srs iniitistrc!!, les faux (iptUres se Iransflyurnit en ministres de la justice et en apôtres de Jésus-CItrist. Mais elle ne (jeut avoir le sull'rage du Sainl-Siégo et des premiers pasbiiis; et, dans le désespoir de l'obtenir, il faut qu'elle se trahisse, indé|)endammeiit même des nouveautés qu'elle enseigne, par son audace à ravaler une autorité ijui la condamne A ce trait vous ne pouvez la méconnaître : il la distingue manifestement de la vraie loi, inséparable de l'esprit de soumission et de docilité : Qui nuvit Dcwn, audit nos; qui non est ex Deo , non audit nos; in hue co(/noscimus spiritum reritatis et spiri- Cum erroris.

lit n'ètes-vous pas trop heureux que Dieu ait attaché le disceniomeiit de Ihérésic, qui suffit pour vous p.erdre éternellement, à la preuve la plus abrégée, la plus éclatante la plus universelle? Saint Augustin observe (191) que les hérétiques n'ont d'autre rnnycn [lour attirer les hommes dans leur |iarti que la promesse de leur vérité. Il ajoule que si cette véiité promise était si palpablevient démontrée qu'il ne fût pas possible d'en douter, elle devrait èlre préférée à tous les motifs extérieurs qui retiennent les calholi- (jues dans Je sein do leur Eglise. Mais cette promesse qui a été tant de fois un instrument de séduction entre les mains de l'hérésie, l'accoraplit-elle avec celte évidence que saint Augustin a raison d'exiger ? Les matières dont ede dispute en sont-elles siiscepiibles '? Quand elle voudra parler de bonne foi, et cîéposer un moment sa fière et présomptueuse contenance, dira-t-ello que des dogiiKS oubliés de son aveu ou ignorés ava-it elle, si fortement contredits après qu'elle les a jiubhés , soient d'une clarté qui dissipe tous les doutes, et doive subjuguer les esprits ? Cette prétendue clarlô se réduit à de longues et pénibles discus-

(191) .\pUil vos (M,lIlicll:KOS et allOS (]liOsCIIII(piC

li;eiclicos; sola pcisuuat pollicilalio veniaiis. Qhj; (juilcMi si laiii iiiaiiilcsla iiiuiislrabiliir ni In ildljiiiin \ciiiie iii):i possil, pr;epoiieiiila csl illis oiiiiiiliiis i eiiiis, i{>iil>iis in calliulica leiicor. Si auleiii l.jnUiiiiiiiD.li) pi'oiiiiuilur et non cxlubeuir, nenu) niC inu- \eiiil abea Iule, (pi.e alliiniini iiieuin lut cl lanljs ne- Xibis Cl.iisli.uia; rcligioiii ailjiiiigil. ) (Ccnlia Epiai, jiiiiilaiiieinl, cap. iv, ii. o.)

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ŒIJYUES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

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sions, qui supposent dans les hommes qu'on veut y engnger, un loisir, des connaissances, une pénétration que la plupart n'ont |i,-is; ou si on les dispense de cet examen, en les laissant en même temps les arbitres de leur rroyauce, c'est en renietlre la décision au |)lus imprudent et au plus téméraire de tous les choix.

Vous seriez bien h p'aindre si, pour savoir ce que vous devez croire ou rejeter sous peine de damnation , vous étiez oblii^és d'appiofondir le sens des textes obscurs de riù'rilure f-ainte , de véiitier la Iradilion dans les nionuracnts où elle est tonsijj;iiée, d'éludier les langues originales ou de vous assurer de la lidélité des traduclions, de lire et de conl'ronter avec soin tout ce qui s'écrit dans les différents partis, de peser toutes les preuves et toutes les objections, de ju^«r enfin [par vos seules lumières u)ie cause aussi diflîcile à instruire, et d'une auï>i grande importance pour voire salut. Ne sembleraii-il pas qu'au lieu de vous prêter une main secourable , Dieu vous aurait tendu des pièges? Est-ce là l'idée que la religion vous donne d'un Dieu plein de bonié 'qui veut que Ions les hommes soient sauvés et purvienneul à la cuntuiissance de la vérité [i^±)t'tiou, il n'a pas l'..it oépendro celle connaissance d'un moyen impraticable pour la plupart des hommes, incerlaiii |iour le leste, insuflisant pour tous, il a éjiargné aux ignorants des lecherches qui passent leurs forces , aux savants la crainte do se troin|)er après toutes celles qu'ils pourraient faire, aux uns et aux autres riiaonvéuient d'une toi trop humaine et trop naturelle pour être méritoire à ses yeux. Il a joint dans les mômes personnes l'autorité d'enseigner son Eglise à celle de la gouverner. Les jiusteiirs sont tout ensemble docteurs (19;J). Ce n'est |)as à la science, à la vertu, aux qualités de l'IiOiiime (jue l'esprit se soumet : c'est li la dignité, au caractère, à l'institution divine. Nul retuur d'amour- piojiie (sans cette soumission; elle se rapporte uniijueiiient à Dieu, llien en même temps de | lus laeile à connaître, ni de moins susce|!lil)lc d'illusion que le motif qui lui seit de londejiienl. C'est un lait notoire, et par des témoignages oculaires et par la voix de la renomluée. Le jugement porté par le Saini-Siége et par le coips des premiers pasteurs dans une controverse de religion, a la même visibilité que l'Eglise. Au défaut do toute autre [)reuve , les clameurs du parti condauiiié sulliraient [lonr en constater l'existence. Il était aussi de la sagesse dt; Dieu que la certitude de ce moyeu en égalât la lacilité. Il fallait pour cela que le peu|ilo liilèle n'eût pas à craindre d'être oiiiiaiiié dans l'erreur par .va coutiaiice dans les décisions du tribunal toujours subsistant que lormeiil les successeurs des apôtres. Dieu l'a délivré de cette ciainte, en assurant a ce tribunal la présence ut l'assistance continuelles de l'Esprit suint. La saine doclriue,

a l'abri de ce rempart, est invincible à toutes les allaquns; et l'hérésie, sous quelque iorme (pi'elle paraisse , est toujours reconnaissable parce signal aux yeux les moins clairvoyants.

Ne vous attendez pas que je décrive ici toutes les hérésies foudroyées par ce tribunal supième dejiuis la naissance de l'Eglise. Des auteurs anciens et modernes ont fait [ilus d'une fois ce dénombrement. Votre curiosité sur ce point peut se satisfaire dans les catalogues .des hérésies; ou si ce détail hi>ioii(pie des égarements de l'esprit liumain, utile à que'ques égards, n'est pas pour vous un objet de turiosilé, conlenteavous de'sivoir en général, qu'il n'est peutêtre aucun dogme de la religion, qui n'ait été combattu [lar '.quelque secte hérétique. Je dis peut-être: car, lorsque d'un côté l'on se raj'pelle toulos les erreurs publiées contre l'unité de Dieu, sa spiritualité, sa souveraine peifectiun ; contre le mystère de l'auguste Trinité, celui de l'incarnation et toutes ses suites: contre la grâce, le libre arbitre, le péclié originel; contre les sacrements et le sacrifice de la nouvelle loi; contre l'Eglise, la communion des saints, Ifudrc liiérarcbique institué par Jésus- Cinist; contre la nature de l'âme, sa destination future et celle du corps qui lui est uni : contre les vraies maximes de la piété chrétienne , on a peine à com|irendre que d'au(rf-s erreurs puissent être ajoutées h celles-là. On clierclie iuniileme'nt des atteintes (juc l'aïUDur Ue la nouveauté n'ait pas encore (loitces à la révélation. D'un aulro côté, qui jieul marquer les bornes d'une inquiétude et d'une subtilité qui n'en ont point? Qui sait jusqu'où l'esprit humain peut étendre ses téméraires spéculations? Qui os-ra répondre que des erieurs inou'ies ne vieidiunl |)as un jour exercer, jiar de nouveaux troubles, la iiatience et la fermeté de l'Eglise?

Au fond, l'éclaircissement de C3 doute n'intéresse pas les fidèles. Que tout soit dit en ce genre de nouveautés, ou qu'elles ne soient pas épuisées, il n'importe : celles qui pourraient éclore, sans être attendues, n'auraient pas d'autre principe que celles qui sont déjà nées. Suggérées par l'esprit de ténèbres, elles seraient enfantées par l'orgueil humain. La même autorité qui a terrassée les premières, terrasserait également celles (]ui leur su(-« é .eiaieni. Tel est l'inestimable avantage ue la loi catholique; fondée sur une règle aussi uniforme qu'invariable, elle embrasse tians son symbole les vérités (pi'ello ignore avec celles qu'elle coiinail; elle n'a qii un seul anaUième à prononcer contre toutes lits erreurs, anciennes, jirésentes, et à venir.

Adorons, mes Irèies, avec une humble frayeur les couse; Is de Dieu dans la permission des hérésies. Elles dureront, nous vous l'avons déjà dit, autant que l'Eglise; elles ont [iresque commencé avec elle. Les

(192) ; Tim. n. 4.

(193) Ephes. IV, IL

l'\l\i IV TIIKOI.. l'OLEM. - INSmilCriON SL1\ niERESir.

tl(i

I'Otos en ont all(il»iiii l'ui i.^iiin h l.i rnno ilti dihnoii, ilé|i<)vsé(iL- |iiii' If rliristidiiisiiio ilu l'uiiii'iro (|uM uvti( iisiii-|'i.S (l.'iris l'iitiiveis. « Il voyiiit les hniinni's ahjiircr ses sacril^^i's inystèros, rinverseï' ses loiniili-s, brisor ses iilnli's, iiiloiiliru si'S sncrilires ; il viiyiiil i|ii'on lui ai'rac'lKiil sh l'ciiic, (iiic si r.iiiiilU' iliiiiiiiiifiil tous li'S jours, i|uo lo vùriliiblo l)iuu l'iail rt'Coumi. Que l'iiii-L* » il.iiis uno révolution si t'uncstf |iciur lui? » (Juuls pitSi^os ilrt'ssiT » à cello religion son eniieniic eapiluli'? « Il introduisit ilos disputes l'iuiui les cliiéliuns": ne pouvant loiirluljiitpier une multitude de, dieux, u qu'ils voulussent adorer, « il multiiilia les sectes » au milieu d'eux; « il sema ues erreurs, il établit les hérésies (It».'»). »

On reconnaît îi celte niano'uvre la ruso et la profonde malice do l'esprit inlernal. Car, outre les chrétiens (]u'il devait empoisonner iJu venin do l'hérésie, il se prometlait, dit ailleurs saint Augustin (193), et saint Clément d'Alexandrie avait lait avant lui la môme oliservalioii, il so [iromellait de tirer un autre avantage des hérésies, il voulait i]uo les dissonsions « des chrétiens » devinssent un obstacle à la conversion des idokllres ; et que « les détracteurs » du christianisme « trouvassent un prétexte de blasidiémcr le nom chrétien » dans les absurdités et les infamies des sectes hérétiques (jui |irol'cinaienl ce nom en le poi-lanl.

Ce projei du déHion, cxéculé durant les premieis siècles de ri""glise à l'égard de queupies inlidèks, fut enliii confondu par re\linclion du paganisme. Nous esiiérons qu'il en sera de mèmu d'un projet tout semblable qu'il ji^iraîl avoir substitué à celui-là. Ce ne sont plus des idolâtres qui refusent d'embrasser la religion chrétienne: ce sont des hommes élevés dans son seiu qui l'abindonnent, et qui autorisent cette espèce d'apostasie, par le même molif que des liaiensalléguaienl autrefois, « lesdissensions des chrétiens.» Ce ne sont plus des Juifs et des philosophes grecs qui nous objectent, comme ils l'ohjeclaicni à saint Clément d'Alexandrie (lOG) : « Que les divisions qui naissent des hérésies ne per;r.eltent pas de croire en Jésus-Christ ; que tandis (jue nous nous partageons sur les dogmes, la vérilé e ie-mème nous déchire et nous lasse » par I impossib.lité de la trouver. Celte objection

(194) 1 At vero ciiiii ilcsei'eioliir((.liabi>liisiol imilii ail unuin Dcuiii cou iir eiem, t-jiis sncril-gi SLuraiiieuia doserereiit : Ilmi (.la tve:lereiU, iildia IVuii;,'!'- !oiU, sacrifici.i pioliil.eioni, vUlit Si! peitlidisso (jin.s l'.iicbat, \iilit e sua f.iniili.i reccssissf, vlmi;ii Driiiu r.ognovlsse. Qiiid lacorel ?(jiioinoilo iiisid areiiir?. .. Liles iiiiinisil iiiler lliiisiiaiios. Quia niul.os ilios iMii [loliiil hibricaio Clinsiiaiji>, s.'clas iiiiilli|jlnavi!, crrores seiniiiavil, lixreses iiisliluil. » (Lilir. De tilililnle jejuiiii, cap. 8. i — Ce livre est allriliiié à sailli Aiijjusliii par les l'I'. BéiiéJicliiis dans leur cdilion de ce Pèie. La même pensée se lioiive au ehap. 51 du livre .wiii, de la <Jild de Dieu.

(l!)u) € Ipsi (pio |ue lia'ieiiei eu n cngiianlnr hali. re iiomeii et sac laiiieiil.i tini^liaii i, et pr(,fes-.ioiRin, ma^iiuai dulureiii faeiiini la eciidibiis pioniiii. yaia cl iiiulli vulciUcs esse Clirijùaui [iropler eoruai

a passé de la IjimuIiu «le ces anciens ailvorsaires du chrisliaiiisuiu dnils celle du nus niiidernos incrédulos, i|iii prennent le nom de pliilos(tplii>s. I'!i quoique (sans pai ler dos autres répuiises) nous puissions leur dire, à l'exeiiqilo du ce saint docteur, qu'eiix-tnômes sont aussi divisés do sentiments que l'étaient les philosophes de la ({enlilitit, et qu'ils n'eu concluent pas néanmoins ipi'il faille renoncer 'i la philosophie, dont ils piéli' ideni tirer loulo leur gloire, coinliien serait-il h désirer que cette n'-ponse et Idoles cfîllfS dont la môme dilliciilté est suscrpiible ne fussent pas nécessaires.

Le démon n'îi pas aujourd'hui de moyon plus ellieace , après les passions déréglées du cii'ur humain, pour répaiulre l'incrédiililé, (|iie les déplorables i oiileslalions qui .subsistent i ntio les chrétiens. Toutes les autres objeclions des iiicréilules portent sur des principes dont on prouve invincilili!nient la fausseté. Celle-ci |)art d'un fait, tjui n'est ([ue trop véritable. 11 est mal envisagé, sans doute : car, dans le point de vue où il doit rétro, il oliri; non la faiblesse de la religion, mais le coupable travers de ceux qui s'écartent de son esprit. Les coiiséipiences qu'on en déduit n'ont aucune justesse; cela est cerlain : car il sullit pour la saine coiisniniion d'un Etat fpi'il ait des luis sages, et îles magistrats ipii jugent conformément à ces lois. La ré|iublique chrétienne a des lois divines, et un tribunal infaillible pour les interpréter. Il n'y a ipi'une obslinalion criminelle qui puisse imiitiplier et perpétuer les procès dans un gouvernement où cette police est élablii.-. Mais bs incrédules négligent ou dissimulent ces réflexions décisives. Jls en reviennent sans cesse au fait sensible et palpable des divisions sur le dogme qui agitent le christianisme, ils en font le même abus contre la religion elle-même, (|ue des vices personnels qu'ils reprochent avec tant d'amertume aux ministres du sanctuaire. Plus ces abus sont criants, plus ceux qui en fournissent l'oecas'on et la matière sont condamnables. Les ministres des autels répondent du mépris injuste qu'une conduite scandaleuso attire sur leur ministère. On est en droit de leur dire ce que. les prophètes disaient aux Juifs transgresseurs de leur loi : C'e.<t pur tous que le nom du Seigneur est blaspltc'mé

ilissciisiones liœsiiaie cogiinliir ; el iiinlii maloil.i i eliaiii JJi liis inveniuiil maieriam lilasplieiiiaii.li Cln ihliaiumi niiiiieii, ipiia et ipsi qiioipioiiioili) appallaiilur (".liiistiaiii.» (Lilir. xviii, De ciiilale Dci, t::ip. 51.) (191)) < l'riiiiiiiii lioc adversiis nos addiicuiit (Juilai) el Gr.efi diteules non oporlere credere propler disseiibioiieiii lueiesiiim. Dislraliil eiiiiii nos el del'aligat eliaiii ipsa verilas, duiii alii alla coiisli- Iwiinl duginala. Qinbiis respondeiiiiis quod el apud vos Jud.cos el apud eosipii inier Gia'cos in niaxiiiia fiiere exisliiiialione pliilosopbos, l'iiero ptiiriin.e lucrcses. iSeipie laiiieii ideo dubilaiiduin esse dicilis (pda sil plidosopliandiim aiil .liida;c;e li.i'ieiidum iliscipliiuv, pni|)ter eam (jua; esl iiiier se vestrarum disseiiïioneui se.laium. » ( Lil;r. vu Siromalum,u, la.)

ŒUVKES COMPLETES DE LEFUANC DE POMPICNAN.

parmi les nnticns (197). On doit dire dans le même sens aux sectaires qui tMernisent les disputes de religion par leur 0[iiniâlre résistance aux décisions de FEglise : c'est par vous que les impins hlnspliènieiit le nom et !a doctrine de Jésus-Christ; c'est des disS'isions, dont vous êtes les auieuis, qu'ils s'autorisent dans leur audace è b'-aver la révélation. Vous demandez, et des cliréliens, des callioliqiies même plus politiques que religieux demandent pour vous, qu'on excuse, (ju'on tolère du moins vos sentiments et votre résistance : c'est bien alors que le L13me de ces malheureuses dissensions retOMil) rait avr'c justice sur lEglise, sur la nligion elle-même; tout s'rait perdu pour elle dès qu'il lui faudrait avouer qu'elle a trop exigé une seule l'ois. A Dieu ne plaise que dans l'espérance d'une fausse tt honteuse paix, l'Eglise chrétienne sacrifie ses droits, sa consistance, son état, dont aussi bien elle ne peut pas disposer. Elle verra tomber h ses pieds les nouvelles hérésies, comme elle y a vu tomber les anciennes. Les unes et les autres n'auront laissé en périssant que le souvenir odieux de leurs ravages parmi ks fidèles, 1 1 du triomphe qu'elles av,.ienl aj)prêlé aux ennemis du nom chrétien.

Pourquoi donc Dieu a-l-il permis que son Eglise fût affligée d'un aussi funeste fléau que relui de l'hérésie? 11 l'a permis comme tous les autres maux dont la terre est inondée. Les manichéens ont nié qu'il ait pu les permeilre ; Ba^ie s'est plu à ressusciter cette fameuse question : il l'a tr.iiléedans son Dictionnaire avec autant d'art que de malignité. Je ne fais point .l'injure à ce coryphée des incrédules modernes de l'accuser de maniché'isme : il en méprisait souverainement les monstrueuses erreurs.

Il n'a jamais imaginé que .l'hypothèse des iJeux piinci|ies lût [ilus iiropre à exjiliquer l'origine du mal- que la créance du Dieu unique adoré jiar les chrétiens. Il eu voulait venir à sa maxime favorite, que tous les dogmes, exposés respeclivemenl selon lui à des dillicullés insuriuontables, sont indiÛ'érents eu eux-mômes; qu'il est égal de lesadii.eltreou de les rejelter, pourvu qu'où n'enseigne que ce qu'on pense réellement. C'est dans cette vue qu'en avouant l'absurdité du système manichéen, il n'a pas craint de nous représenter les arguments contre la jiermission du mal sous un Dieu bon, saintet juste, comme des objections sans réplique.

Où l'imiiiélé est-elle réduite, lorsiju'elle est obligée, pour détourner les hommes d'être chrétiens , de les précipiter dans un pyrihonisme (|ui ne peut être, s'il est sincère, qu'une véritable démence? Qu'y a-t-il de mieux établi, de l'aveu même de ceux qui ont quelque nom paruii les incrédules de notre temps , (jue l'existence d'un seul Dieu? Qu'y a-t-il aussi d:! plus évident et par l'hisloire du monde, ei par l'expérience de ce qui se passe autour de nous,

et parle sentiment inlérieur do noire conscience, que le mal moral? Il faut douter de tout, ou reconnaître ces deux vérités ensemble. C'est donc en vain qu'on s'efTorco de prouver qu'elles sont incompatibles.

Tous les raisonnements qui tendent à détruire l'une par l'autre sont les illusions volontaires d'un sophiste'qui se joue de la raison humaine.

Après c^la, nous n'avons pas besoin de chercher la liaison de ces deux vérités : c'est assez pour nous d'êti'e sûrs qu'il y en ait une. Si Dieu existe," et s'il y a du mal, il l'a permis : et il a pu le permettre, sans déroger à la souveraine excellence de sa nature. II a eu devant lui, en se jiroposant de créer l'univers, deux ordres de Providence également possibles : l'un exempt de tout péché parmi les créatures libres qu'il aurait tirées du néant;' l'autre, oij celles (]ui auraient abusé de leur liberté, deviendiaient les objets de sa miséricorde ou de sa justice. Il a choisi le second : l'orgueil de l'homme voudrait qu'il eût préféré le premier. Mais d'abord le choix de Dieu, qui n'est pas douteux, impose silence à ces désirs présomptueux. S'il faut ensuite des raisons solides pour nous convaincre que ce plan est digne de la sagesse infinie du Créateur, elles ne nous manquent pas.

Nmus savons que le péché, ou le mal moral n'arrive que par la faute de la créature. Nos propres remords, et les reproches que nous faisons aux autres, en sont la preuve. Mieux que tous les raisonnements, ils disculpent la sainteté de Dieu. Il est étrange que des hommes aient osé le rendre responsable d'une infraction de ses lois, dont il n'a tenu qu'à eux de n'être pas coupables. Ils lui demandent quelle nécessité il y avait de créer des êtres libres, dont il prévoyait les prévarications: aucune. Et oii était aussi la nécessité pour lui, d'en créer qui dussent le louer, l'aimer, le servir fidèlement? Il pouvait se passer des hommages des uns, comme il n'avait rien à craindre do l'ingratitude et de la perfidie des autres. Mais qui peut nier que ce mal qu'il abhorre, qu'il défenil 5 ses créatures, dont il leur a donné le pouvoir de s'abstenir, qu il a pu empêcher, qu'il permet toutefois, ne devienne l'occasion des plus grands biens, et ne fasse éclater ses perfections de la manière la plus admirable? Combien de vertus seraient restées sans exercice sur la terre, si la justice et l'innocence seules, y avaient été connues? L'amour des ennemis, le pardon des injures, l'iiumililédans les mépris, la patience et le courage dans les adversités, la compassion et la charité pour les misérables, la persévérance et la fldélité dans les tentations? Quel lustre et quel jirix les bons n'acquièrent- ils pas de la comparaison et de la société des méchants? Et pour remonter jusqu'à Dieu, quelles hautes, quelles louchantes idées de ses attributs, ne nous inspire pas sa conduite

(197) Rom. H, 24.

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