‹ Œuvres completesChapitre 62 sur 232 · LETTRE · texte numérisé non relu

LETTRE

DE MONSEIGNEUH LAUCIII'VEQUE DE VIENNE

iu> curés do l> partie d« son dioct-so qui est on Vivarais, au sujpi d'un i5cril sous le nom de Catécinune ùl'usa(je de» jeuites gc»i de toutes tes cumntuuions chrétiennes.

J'ai nppris, >Fos';iinirs, qu'il se n^pnnd.iit (Inrts In villo li'Annon.iy ol nux erivirnns un (^cril iiitilul(5 : Cnle'chisme à t'usarje des jeuve<GensdelouCesles Communions chrétiennes.

Vu oiompinire iinpriiiiô de ce prélcndu Calécliisnic est parvenu jusqu'à moi.

Si l'un veut en cmire i'jiuleur, ce n'est pas une rliinière que son Calt'chisme puisse servir h l'instruclion do tous lus jeunes gens qui portent le nom de chréliens, à celle du cntholif/ue romain, couimo du luthérien et (lu\prol'st(int. Le pit^p est trop grossier pour que de vrais tidèles, je ne dis pas dos ministres des autels, mais de simples laïques, puissent y être pris. Un ratécliisme, oij la trinilé des personnes dans l'unilé de la nature divine n'est pas seulement omise, mais ouvcîrtement contredite, où il en est ae môme do l'Incarnation du Verbe et de la divinité de Jésus-Christ, où l'éternité des peines demeure indécise, où le péché originel est supprimé, pour ne point parler de plusieurs autres dOi^nies si souvent et si fortement inculqués dans les livres saints, confirmés avec tant d'éclat par la tradition de tous les siècles, un catécliismo en un mot, où la loi de tout mystère supérieur à la raison est retranchée de la religion, a-t-il pu être sérieusement proposé à des catholiques, comme un livre élémentaire qui leur convienne ? Quant aux luthériens et aux prolestants, je demande si ce Catéchisme ressemble à ceux que Luther et Calvin donnèrent à leurs disciples, ou que les Eglises formées sous leurs auspices ont ado['tés dans la suite, ou que l'autorité publique fait enseigner dans les Eglises ()rotestanles,qui ne leur rapportent pas leur origine, telles que l'Eglise anglicane? Quoique tous ces catéchismes dînèrent en des points essentiels, et souvent aient soutfert des variations importantes, aucun néanmoins n'a réduit la religion chrétienne à une créance purement naturelle dans ses objets, et n'a supposé qu'on pût initier des enfants au christianisme en leur laissant ignorer, ou [ilutôt, en leur apprenant à ne pas croire le mystère de la Trinité et celui de l'Incarnation. Demandez vous-même à ceux de nos frères séparés, qui sont à votre portée, si c'est ainsi que leurs minisires ou prédicants les instruisaient autrefois, si c'est ainsi que leurs pères ont été catéchisés?

La doctrine qu'on leur présente aujourd'hui est le pur socinianisme, c'est-à-diro un déisme mitigé. Que celte docliine n'ait gagné beaucoup de leriain parmi les huguenots et les luthériens, le lait est constant, cl cela devait être. Cependant on nu lui connaîi dans ces corumunions ni ministère |iubiic, ni écoles autorisées. Il y a près do trente ans que le Dictionnaire de l'Encyclopédie annonçait à l'article Genève, que- les pasteurs et théolugiens de celte ville, dégoûtés ou désabusés du calvinisme, étaient devenus suciiiiens. Ils s'élevèrent contre cette iinputalion, et lui opposèrent une déclaration de leurs sentiments , qui me fut 'alors envoyée par quelques-uns d'entre eux. Je suis forcé d'avouer que celte profession de foi n'était [las suflisanle. L'Eglise catholique sait seule parler des mystères avec une oxaclo précisinn. Ses symboles et ses canons sont à cel égard la règle de notre langage, comme ils ie sont de noire croyance : J\obis ad certam rcgulam loqui fus est. (S. AiG.) C'est ce que je fis observer h ces docteurs de (îenève qui su plaign.iient d'avoir été calomniés. Mais il n'en est pas moins vrai que l'alliibulion du socinianisme leur paraissait une flétrissure, dont il était de leur devoir de se laver. Et quelque progrès que Ja licence ait pu faire dans un pays, où la religion des peuples n'a pas de guide, je doute qu'on approuvât à Genève, pour l'instruction des enfants, le catéchisme débité sous vos yeux.

Ce n'est pas que ce retranchement des mystères, et celle extinction de la foi divine, qui perd sa nature comme son mérite, dès qu'elle n'a plus de sacritice à faire, ne soient (je viens do le dire) les conséquences inévitables des principes avancés par les auteurs et les chefs des j)rétendues réformations du xvi' siècle. Ils apprirent aux peuples qui eurent l'imprudence de les suivre, à mépriser l'autorité de l'Eglise, la succession non interrompue du ministère apostolique, des traditions aussi aiiciennes qu'universelles, ils érigeaient chaque parliculier en arbitre et en juge de sa [)ropre foi. Ils assuraient quo l'Ecrituio sainte élail assez claire pour qu'on n'eût pas besoin d'un tribunal toujours subsistant, (|ui jugeai souverainement les controverses de religion. Ils ne tardèrent pas è se trahir eux-mêmes par leurs divisions

(F.UYRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

n'ciproviiics. Liilher ne trouvait rien de .«i évident '|iic In présence réelle dans ces paroles : Ceci est mon corps, ceci est tnon smig. Calvin no voyait pas de dinieullé h les expliquer dans un sens figuré. Ce n'é- Inienl pas là les senles paroles de l'Ecrilure sainte qu'ils interprétassent en des sens contraires, ni les seules diirérenres entre (les opinions qu'ils soutenaient respectivemenl, comme faisant partie de la doctrine évanjiéliqua. D'autres novateurs, marchant sur leurs traces, et plus audacieux par leur exemple, se crurent en dioit d'attaquer les mystères que leurs prédécesseurs avaienfrespeclés. Les sccles sorlitsdu proleslantisme, mais aussi peu d'accord avec lui qu'entre elles, sont innombrables. Dans ce chaos, que devenait cette clarté des livres saints, si manifeste, si palpable, <]ue sans aucun secours extérieur elle mettait les jilus ignorants en état de fixer eux-mômes leur foi? Il a faliu renoncer à ci'tle illusion; mais ce n'a été que poui' s'enfoncer plus avant dans un pyrrlionismu de religion. On a reconnu, parce qu'il n'était plus possible de le méconnaître, qu'il ii'v avait pas de milieu entre la soumission dii catholique h l'autorité de l'Iiglise, gardienne fidèle et infaillible interprète des saintes Ecritures, et la parfaite indiiférence du socinien sur tous les dogmes que la raison humaine ne coni|irend pas. On a choisi ce dernier parti. Voilà comment on cherche à établir un christianisme indéju'ndant de toute autorité, et cependant d'un accès facile à la faiblesse et h l'incanacitéde la plu|)art des hommes. Telle est la métliode du Catéchisme en question : avec celte circonstance remarquab'e que des écrivains de la secte socinienne se sont contentés quelquefois de reléguer les mystères, fussent-ils véritables, parmi les choses indifférentes, et n'ont jamais imaginé «l'amener à leur avis de vrais catholiques : au lieu que le Caliiéchisme, niant tout à la fois la nécessité et la vérité de ces mystères, se vante encore de pouvoir êlre à l'usage de toutes les coiiununions chrétiennes, i'i qu'après l'avoir étudié dans chacune de CCS communions, personne n'aura rien à désapprendre.

Mais que l'auteur ne s'abuse pas, ou qu'il cesse d'en imposer à de crédules lecteurs. Toute large qu'est la voie q j'il ouvre, elle ne l'est pas assez suivant ses i>rinci|ies. Il ne lui suflit pasde déchargerleschrétitns de l'obligation de croire des mystères au dessus de leurs sens et de leur raison. 11 doit dispenser tous les hommes de croire en Jésus-Christ, de se soumettre è sa loi, de craindre son jugement. La même amnistie qu'il promet devant Dieu, la môme tolérance religieuse (caril ne s'agit pas ici de la civile) qu'il accorde sur la tei re à toutes les sectes chrétiennes, il ,ne peut la refuser, s'il est conséquent, aux juifs, aux musulmans, aux idolâtres, aux déistes, qui n'admettent jias de révélation, que dis-je? aux athées tuème, s'il était [lossiblc qu'il y en eût [^ar

raisonnement et par persuasion.

Son princijie est que des textes de l'Ecriture sainte, sur le sens desquels il y a des avis diiïérenls parmi 1rs chrétiens, tie nécessitent pas nue répense Muiforme : d'où il conclut, (jue Dieu n'aurait pas permis que sur certains articles (es opinions pussent varier, si la foi en ces articles avait été nécessaire au saint.

Sur ce iiriiicipc le Jin'f soutiendra qu'on a tort d'exiger de lui qu'il reconnaisse Jésus-Christ pour le iMessie promis à sa nation. On lui prouve qu'il le doit jiar les propiiélies de l'Ancien Testament. Mais il en détourne le sens h d'autres personnes, 5 d'aulres événements. Il n'est pas donleux qu'il ne s'égare dans ses vaines subtilités. On les détruit avec autant de force que celles des hérétiques contre les vérités révélées dans la parole de Dieu, et définies par l'Eglise. La condition du sectaire chrétien n'est pas plus favorable h cet égard que celle du Juif. Mais il y a un fait commun entre eux, celui de contester le sens des textes de l'Ecriture qu'on leur objecte. Si par cette unique raison ces textes ne nécessitent pas une réponse uniforme, si Dieu n'a pu ficrmettre cette diversité d'interprétations, que parce que le choix entre le pour et le contre est indiiférent à ses yeux, le Juif répondra, conlormémeiil à cette maxime, qu'il lui est aussi libre tie rendre homiuago aux livres de l'Ancien Testament, sans avouer que la mission de Jésus-Christ y ait été prédite, qu'à un homme, qui se dit chrétien, do recevoir lo Nouveau Testament avec l'Ancien, en écartant do l'un et de l'autre les mystères qu'il ne comprend pas.

Mais ce firiucipe de la liberté de, 'conscience l'méme au tiibunal de Dieu) fondé sur le fait seul des disputes qui partagent les hommes, n'esl-il applicable qu'à la manière d'entendre et d'explitpier des textes do l'Iicriture? Il s'éleiid visiblement à toute espèce de contistuiions religieuses sur le fond des ciioses, comme sur le sens des paroles. Ainsi un mahométau dira, que liour rester tranquille dans sa religion, et |iour ne pas embrasser le christianisme, il n'a que faire de peser les preuves de I.) fausseté de l'une, et de la vérité del'auire; qu'il lui suffit de savoir que des hommes eu grand nombre sur la terre s'en tiennent a i'Alcoran, et ne veulent pas de l'Evangile; que dès-lors il a lieu de croire que Dieu n'a pas fait dépendre le salut de l'adhésion à l'une de ces religions; et que tout ce qu'on peut lui demander, d'après ce principe, c'est que dépouillant la haine farouche lies musulmans contre le christianisme, il ne maudisse plus les chrétiens. Qui empochera un idolâlre de tenir le même langage, et de justitier, du moins comme innocent et comme compatible avec le salui, le culte des idoles par l'exemple de ceux qui l'ont pratiqué avant lui, et le pratiquent encore? Qui fermera la bouche au déisid ei.ncmi de toute révélation? S'il ne fiui,

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iM'.v. \jii. iiiiMi.. l'AST. - i.ktt;;!': aix ciar.s nu vivuivis.

|itiur inlrodiiiiu uiit> obscurilù qui simvc tri'ïciise, i|Ui' ilis|>iilcr sur ilos Icïtt-s, il prôU'iiit en triiiiviT, iliiiis nos Livres SHiiits, lit' l'ohlrmlirditri's les uns i\[i\ niilros. lîo co rt'|ir(ii'lit>, tiiiijours riinlciiidu, iiiiiis loiiji>ur> Dpiiiiâlri'inotU rciirniliiil, ils(> liiitiiiio iinno cniitre riiis|)M';iliiiii du l'Iùiitinu .«•aiiito. Lu Vdil;'), aux tirini's du iiciuvciiu (liili'i-liisint', iis>i:ro, avec lnus ceux <iui l'Ciisi'Hl ruuiiui' lui, si ct^ n'csl d'avilir délouvoil la véiili', au niidiis d'ùlro un siirt-lô de lOiisru'Uco. (11! (lalécliisnie le lucl-eucoru plus h sun nise. Il lui laisse la lilii-rlé, il lui do'iiic niOiiiu rexeiuiilu.ile ne pas croire la Triiiilé des persniuie> divines, l'IncariKilion du Verbe, la ilivinilé de Jésiis- Clirisl, l'tHernilé des peines, loul niysière au-dessus de la raison. Sur eela le diMslo déiuunlrera s-ins peine, à l'aulenr du Catécliisuie, que les telles do l'Ecrilure, all*5gut5s en faveur do ces dogmes niyslérieux, ne peuvent ùlre aulreinenl ex(ilii|ués ((u'eii leur donnant une ciianle et conlinuello ttirlure. Il iii concluia, par un raisonneluent plus juste que celui du Catéciiisnio, non pas seulement (pio ces dogmes sont iniiiliérents an salut, mais que des livi'cs, où tant de textes ont besoin, pour en l'aire dis|iurailre les myslîïres, d'être détournés de leur signitication naturel le, contre les règles du langage, dj bon sens et de la sincérité, no sont pas des livres divins qu'il taille révérer. L'alliée paraîtra enijn sur les rangs. Il osera dire, et le principe du Catéchisme Vy autorise, que Dieu n'aurait pas sOAillert que des liommes conlestasseni son existeiice, s'il existait réellement, ou si la connaissance de celte vérité était iiidispensablement nécessaire.

Uieii de plus l'uux en soi, ni de plus dangereux, que de regarder comme problématique lout ce qui peut être jiarmi les liomnies matière de contestation. Les travers de l'esprit humain n'ont pas de bornes. Dès le temps do Cicéron on ne connaissait jias d'absurdités ou d'extravagances qui ne fussent sorties du cerveau de quelque jiliilosophe. La liste des erreurs bizarre;?, insensées, est bien grossie depuis ce temps-là. Suflit-il, pour les mettre à l'abri de toute censure, qu'elles aient des partisans? Non sans doute. On n'y regarde pas de si près ; on se contente de plaindre les égarements de ceux qui s'y livrent, lorsqu'elles sont sans conséquence pour l'ordre public, pour les mœurs, pour la religion. Mais elles ne méritent [ilus la même indulgence, quand ces grands objets y sont compiomis. Le gouvernement politique sait s'en faire justice dans les choses qui sont de son ressort; et s'il ne juge pas toujours à propos d'y porter des remèdes sévères, il empêche au moins, pour peu qu'il connaisse ses véritables intérêts, qu'elles n'acquièrent une consistance qui lui devienne funeste. Quant aux vérités religieuses, qui ne sont pas elles-mêmes étrangères è l'ordre civil, on a beau dire qu'elles Onl des contradicteurs. L'évidence de quel-

OF.LïRES COMPL. DE LeFRANC DE PoM

ques -unes, gravées dans notre âmo pur lu doigl dndrénicur, les jireuvcs viclorieusr'S, (loiil les autres sont appuyées, cl ipji les rendent évulciumonl cioyublcs, assurent à toutes des drniis impruscrqilililes sur l'obéissance des hommes. Alors la contradiction est inexcusabh-, est ci imitiellt;, et n'obscurcit pas les vérités qu'elle attaque. Celle ciiiilradiclion est |)eriiiise ilo Dhmi, car il (jlail assez piii^^sanl pour la piévotiir: mais l'ous devons savoir que, dans les décrets de Dieu, permetlre n'e>t pas approuver. Il (jrdonno la loi, do-it les motifs sont en eux-mêmes Imluliilables, comme il ordonne la verlii, dont la voix est si éloqiienle, lors(]u'on y |)rèle l'oreille, 'fontefois il permet <pj'il y ait des mécréanls et des hommes vicieux. Cette permission ne prouve pas [ilus contre la certitude el la nécessité de la foi (pie contre la lidélité due aux lois de la vertu.

ileiifermons-nous, j'y consens, dans la malière traitée jiar le nouveau Catéchisme. Quel étrange |)aradoxe, quel outrage à la jiaiolo de Dieu, (jui; de poser en thèse (jue toute contrariété d'opinions sur îles textes de l'Ecriture sainte en rend l'explication incertaine et fait évanouir l'obligation de croire ce (|u'ils enseignent positivement! Quoi! [larce qu'il y a difS esprits indociles et présomptueux, Dieu n'aura pas révélé ce qui est contenu dans les textes les plus lirojires ù l'exprimer; ou, s'il a voulu le révéler, il se verra forcé de trouver bon qu'on s'obstine à l'ignorer, et qu'on le contredise 1 C'est restreindre la révélation divine dans les bornes qu'il a plu aux hommes d'y mettre; c'est n'accordera Dieu, qui est la souveraine vérité, d'autres droits sur l'esprit humain, que ceux qui sont accefités par tous les hommes sans aucune résistance. Dans le fond, c'est réduire à rien,, c'est anéantir la révélation. On ne sait pas les contradictions que peuvent éprouver dans la suite des articles, reconnus unanimement jusqu'à nos jours, et par le Catéchisme lui-môme, appartenir clairement à la révélation. Par cette raison il est nécessaire aujourd'hui de les croire, de l'aveu du Catéchisme. Il ne le sera plus, selon lui, dès que cette raison cessera jiar une diversité d'avis et d'interprétalion.s, qui ne s'était (las encore formée. Ainsi l'autorité, toujours chancelanle et fragile, de la révélation dépend des fantaisies humaines. Les dernières peuvent renverser ce qui paraissait inébranlablement alfermi. Autant vaudrait prononcer dès à présent qu'il n'y a rien de révélé, rien dans nos Livres saints dont la connaissance intéresse lu salut.

Et (ju'on ne dise pas que les catholiques jugent eux-mêmes, que les textes de l'Ecriture sainte sur des dogmes spéculatifs ne sont pas assez clairs, jmisqu'ils veulent un tribunal suprême, visible et perpétuel, qui décide en dernier ressort, et sans |)ouvoir se tromjier, du sens de ces textes. Autre chose esl, qu'il y ait dciiis les Ecn-

PIGNAN. 11. 21

erj t)F.lVRES COMILETES DE LEFRANC DE DOMPIGNAN

turrs, comme le témnii^nc sniiU Pierre, certains endroits difficiles à entendre {Il Petr. m, IG); iiiilro chose, qu'ils le soient tous. Aulre chose est, que la ciilTicullé d'entendre les passages obscurs exige une autorité supérieure pour en écarter les sens faux et mauvais, pour les réunir avec ceux où le dogme est clairement énoncé; a\itre chose, que celte oljscurité, si facile à dissiper par unejuste soumission h l'Eglise, réjiande sur le dogme révélé des doutes légitimes. Aulre chose est, que dans les textes môme les plus clairs, la lettre muette de l'Ecriture ne réprime pas .^eule la témérité de ceux qui l'estropienl, la déchirent el la mcllent en pièces, et que par conséquent il faille un juge des controverses qu'ils excitent, comme il faut, dans touies les sociétés policées, pour les procès intentés contre la teneur la plus expresse des lois; aulre chose, que les procès de religion n'aient |)as dans la parole de pieu, qui est la loi commune à tous les chrélicns, des motifs certains de décision. Autre cho^e est enfin, que les simj)les et les ignorants, d'une [)art, aient besoin qu'on leur donne, au noui et par l'autorité de l'Eglise, l'intelligence des J. ivres sainls, et que de l'autre, les savants ne puissent se [lasser eux-méines de ce secours, afin q\ie leur foi soit aussi humble et aussi divinement fondée (jue celle des autres fidèles; autre cho^e, que la vérité des mystères ne soil pas établie par des textes de l'Ecriture, convaincants pour les simples qui peuvent les connaître, et, à plus lorte raison, pour les savants qui ont le cœur droit et l'esprit libre des préjugés. 11 y a donc très-certaii.ement des textes de l'Ecriture qui nécessitent jiar eux-mêmes iine réponse uniforme eu faveur de la Trinité, de l'Incarnation, de la divinité de Jésus-Clirist, Uu prix infini de &a satisfaction, do la présence réelle de son corps et de son sang dans riiucharistie, du péché originel, de l'éternité des i)eines,etc. Cette réiiunse ne peut èlru déniée que par entêtement et par orgueil. Nous ne renonçons pas à cet avantage, et nous déplorons l'aveuglement d'un écrivain qui méjirise assez l'Eciilure, quoiqu'il fasse profession i.\'y croire, pour y trouver en cent endroils de quoi faire naître des disputes dans le , christianisme, sans y rien apercevoir qui puisse servir à les décider. Dans le même temps nous disons, et tout cela se concilie liarfaitement, que l'infaillible autorité de l'Eglise peut seule maintenir parmi les hommes, contre les chicanes de la dialectique et de la grammaire, contre la révolie dts sens et de la raison, contre l'obscurité que la Providence a laissée exprès dans certains passages, le sens littéral des textes, où nos mystères sont formellement enseignés : que cette autorité, si clairement raoniréedans la parole de Dieu, dispense les hommes vulgaires d'un examen au-dessus de leurs forces, et rassure ceux qui en .-ont Ciqiables contre la crainte de s'y tromper : qu'ainsi elle remplit la destination

que lui donne l'apôtre saint Paul, de nous iiisiruire de manière, que nous ne soi/ons plus comme des enfants, comme des personnes flottantes, et ne nous laissicns pas emporter à tout vent de doctrine par la malice des hommes, par les arti/iees el la séduction de l'erreur. (Ephcs. iv, ik.)

Les prétextes de ce démembrement de la religion sont la charité envers le prochain, l'injustice et l'inhumanité des jiersécutions, le droit réservé à Dieu de juger les consciences. Vains jnélextes : la charité aime Ioé personnes, mais non pas les ei'reiirs; et |inrce qu'elle aime les personnes, elle gémit des erreurs (pii les éloignent do la voie du salut. Piêcher l'unité de la foi, n'est pas prêcher la persécution. Au contraire, le vrai zèle pour la foi déteste la violence et la contrainte qui ne la persuadent pas, qui tendent à la l'aire haïr, et ne jiroduisent par elles-mêmes que le déguisement et l'hyiiocrisie. Quand nous jugeons que des erreurs sont pernicieuses au salut, nous ne le jugeons pas ainsi de notre aulorité. 11 n'y a que les sectes où l'esprit particulier domine, à qui l'on puisse reprocher de pareils jugemenis. Le nôtre est subordonné à celui de l'Eglise, et l'Egliso elle-même ne juge cpie par l'autorité de Jésus-Christ. Elle lit dans les divins O.acles, cjue celui qui ne croit pas est déjà jugé [Joan. \\\, 18), que sans la foi il est impossible de plaire à Dieu {Uebr. xi, 6), que l'homme hérétique est perverti et condamné par son propre jugement [Tit. m, 11), que quiconque n'écoute pas l'Eglise, doit être à nos tjeux comme un païen et comme un publicain. [Mallh. xviu, 17.) C'est Jésus-Christ qui a fulminé, de sa pro|)re bouche, ces anathèmes qu'on voudrait abolir. L'Eglise a-t-elle le droit de les annuler ou de les susjiendre? Peut-elle les dissimuler? Nous les répétons après elle. En cela, nous ne jugeons pas les consciences, nous n'usurjions, nous n'anticipons pas le jugement que J>iou s'en est léservé. Nous le redoutons pour nous, comme pour nos frères séjiarés. Nous désirons pour eux, comme pour nous, que la miséricorde y préside. Slais nous les avertissons qu'on n'approche que par la foi du trône de la grâce (llebr. iv, 16), et nous les conjurons de ne pas s'en fermer les avenues. Et n'esl-ca pas le langage que l'auteur du Gatécliisme devait tenir aux juifs, aux musulmans, aux |iaiens, aux incrédules, à tous les ennemis de l'Evangile? Sans doute il confesse, avec 1 apôlre saint Pierre, qu'il n'y a de salut qu'eu Jésus-Christ, ni d'auire nom que le sien, donné sous le ciel aux hommes, par lequel ils puissent être sauvés. [Act. iv, 12.) Viole-t-il, par cette conle^sion, la chariie ipj'il doit à tous les hommes, qui ne sont |ias chrétiens? Se déclare-t-il leur persécuteur? Dispute-t-il à Dieu le droit de juger les consciences? il est donc avec lui-même dans une conlradiciion manifeste, dont il ne peut sortir, ([u'en lompant ce dernier fil qui l'attache au christianisme, et en ac-

l'AIlT. VIII. TIIFOl.. PVST. - I.KTTIU: AUX f.i;ni.S Dr VIVARAIS

tiiril.iiil i|u'iin |n'iil t\lui iiiuvt^, suits croiro en Jéxjs-C.liiisl. (l'csl Ifl secDiido lois nu'il esl lotïvaiiiiu de (.ivotiser, jiar les n^.siilim* iiéccssuiii's di> ses |irimi|.«s, iion-sonlemeiil loulcs li'S sfcli^s rlirilicniies. iniiis •;iii'(iro les i'i'lii:;ioiis les |ilus o|i|)Ost't'S jiii clirisliuriisme, ou (lOiir mii-iix iliie, l'im- |ii^lé ài|ui toulcs lus religions soiil étjjiies.

Jo lue suis borné, Messieurs, iiux erreurs fondumenldles de ce CaU-cliisnio, h celles (|ui en découvrent l'esiirit, cl le venin, dont il est inleclé d'un bout h l'autre. Il y on aurait d'autres à relever; des passages do l'Iîeritnre pris î\ cunlre-sens, des rélicences alTeelées et justement suspectes, des assertions hétérodoxes, des accusations indirectes, et tout à la l'ois calomnieuses, du culte et des dogmes calliolinues. Mais ce détail me inônerail lro|i loin. Si vous eu avez besoin, vous le trouverez dans des ouvrages connus, et surtout dans ceux de ^I. Bossuet, ee llambeau do l'Kglise gallicane, co Père du xviT siècle.

.Mais il faut bien (|ue j(! dise un mot, en finissant, de la morale, (|ui lait la seconde partie de ceCalécliisme.On m'as>ure qu'elle a des admirateurs : comme s'il était merveilleux, qu'une morale où l'Kvangile n'est })as ouverlemei.t ni enlièremeiU abjuré, contienne des préceptes de vertu : comme si l'on n'en trouvait pas de pareils dans des livres dont les auteurs ont été privés des lumières de J'iivangile: comme si ce mélange de maximes louables n'était pas une amorce pour atiirer les es()rits superliciels et leur faire goûter une ductiine perverse: comme si entin tout ce qu'il peut y avoir de bon à cet égard dans le Calhécliisme, n'était pas depuis longtemps, et ne paraissait pas tous les jours, avec plus de lumière, d'onction, d'exactitude et de perfection, dans n(js livres de (dété.

La science de la morale consiste en deux choses : enseigner les vertus, et en dunntr les motifs. La supériorité de la morale chrétienne est d'élever l'homme à dos vertus plus pures, plus sublimes, et de l'y exciter par des motifs dignes du Fils de Dieu et do la sainteté de son Evangile. La morale du Catéchisme esl défectueuse dans ces deux points. Elle traite faiblement, et quelquelois passe sous silence les nnlifs les plus propres à loucher, à guérir le cœur, à y déraciner le vice, à l'atiermir dans l'amour du bien. D'autres fois elle associe à des motifs de religion des intérêts humains, qui peuvent en de certaines occasions être proposés, quoique étrangers au fond de la vertu, pour en écarter les obstacles, mais ne doivent pas trouver place dans l'instruclion ordinaire des enfants, dont on ne veut faire d'iionnètes gens, que pour en faire des chréliens. Quant aux vertus mèiin-S.si l'on dit, ce qui n'est pas absolumeiu vrai, que le Catéchisme conserve toutes celles qui appartiennent à la loi naturelle, du moins ne peut-on disconvenir qu'il n'y ait des vertus chréliennes, comme I humilité, l'amour des ennemis, le pardon des injures, l'abnéga-

tion de soi-m(^mc, dont il ne Irm-e nas de juslrsi idées, ilonl il nllèreou alTaiblit l'exercice.

Doit-on être .surpris do celle double imperfection do !iior.ile?Los vérités qui règlent nos mii'urs, formciil , avec celles qui règlent noire foi , le dépôt sacré, doiil Jé.«iU.s-('.lirisl a coiilié la garde h l'Kglise catholique il apostolique. L'i!Éti''grité.les dogmes , qu'il tant croire pour être sauvé, no subsisli! (pie dans son sein. Hors d'idle on chercherait iniililemeiit la idiMiitiide d'uiio iiiniah», (|ui conduise les linmmes nu ciel. Mais qu'aileridit' de ( elle qui commence jiar clfacer de l'Lvangile les plus augustes mystères? La cioyaiice (pie nous leur devons, ni! contribue j)as moins à sanctilier nos pensées, nos désirs, nos actions, q\i'h humilier nos esprits. C'est sur elle (pie porto l'édilicede la|iiété chrétienne, (/est elle qui allume dans nos co'iirs le l'eu de la charité, qui nous inspire la plus tendre reconnaissaiico |iour des bienf.iits inestimables, qui nous pénètre d'une crainte et d'une liorreur proportionnées à l'énoriiiilé du péché, qui soutient et anime notre espérance par les gages les plus précieux et les plus consoianls d'une béatitude immortelle , seiiiblaà celles des anges, et h celle même de Jésus- Christ. Quicon(pie se crée une religion dépourvue de celle croyance, ne saurait être vertueux en cluélien. C'est beaucoup, s'il l'est comme un [laion , et tout au plus, comme un juif peut l'être.

Ce n'est |ias pour vous engager dans des conlroverses , ipie je vous adresse cette lettre. Je connais votre modération et votre sagesse. \'ous savez, comme moi, qu'un serviteur de Dieu ne doit pas aimer à dis- |)Uler : Servum Domini non oporlet liligare. [il Tim. II, 2i.) Sun partage esU'inslruclion dont il doit être cajiable, mais une inslruclion assaisonnée de douceur et de patience: Sed mansHctum esse ad omnes, docibileni,palicnlcm. [Ibid.) Dieu ne lui a jias (ionné do meilleurs moyens, pour ramener les rélractaires à une sincère pénitence et -i la connaissance de la vérité. Cum modeslia corripienlem eos qui yesislunt verilali , nequanilo Ueus dct illis pœnilenliam ad cognoscenduin vcriialem. [Ibid., ^21.) Celle conduite honorera votre minislôre; elle remplira les inlentioiis du roi. Par elle le préservatif, que je remets en vos mains, deviendra [lius efficace et jilus salutaire. Si des pruleslanls vous écoulent, représentez-leur que le Catéchisme qu'on leur offre est le désaveu formel du luihéranisme, et ne leur laisse plus d'autre ressource, contre l'autorité de l'Lglise, que l'indilférence des reli gions. Si vous rencontrez des catholiques qui fassent quelque cas de cet ouvrage, ou pour ne l'avoir pas lu, ou pour l'avoir lu sans attention, vous n'aurez pas de peine a leur faire com|!rendre, qu'un Catéchisme anti-chrétien seiaii, pour leurs enfants, non pas une nourriture saine, mais un (loison mortel.

Je suis, >'cssieurs, avec les sentiments

œL\Ul::S COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN. n.S6

■f J. G. archevêque de Vienne.

A Vienne, le 6 juillet 1788.

les plus sincères, en notre Seigneur Jt'su? Christ, votre très -humble et très- obéis snnt serviteur.

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