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SUR L'AFFAIBLISSEMENT DE LA RELIGION ET DES MOEURS

(rrocès-verbaux des assemblées dp clergé, tom. VIU, ii' pari., pièces justif. p. 70G.)

SIRE

Assemblés pour la première fois «Jepuis ■votre avènement à la couronne, le plus grand des inléiêls nous amène aujourd'hui au pied du trône, l'intérêt sacré de la religion et dos mœurs.

Que ne nous esl-il permis d'épargner à voire cœur le récit affligeant du danger qui les menace 1 mais nous avons cette confiance, que vous désapprouveriez vous-même notre silence. « Il ne convient ni aux lois de rejeter la vérité, ni aux évoques de la dissimuler. Lorsqu'il s'agit de la cause de Dieu, n'est-ce pas de nous que Votre SIujeslé doit l'entendre. El qui osera vous la dire, si nous n'en avons pas le courage (8) ? »

Ce n'est plus à l'ombre du m^ stère, et dans des écrits semés par intervalles, que l'incrédulité répand aujourd'hui ses systèmes ; il n'est j)resque point de jour qui ne voit éclore quelques-unes de ses productions, et la malheureuse fécondité des auteurs impies, est encouragée par la promptitude et la facilité du débit de leurs ouvrages. Si les livres irréligieux ne peuvent obtenir l'ajiprobalion du gouvernuuienl, on dirait que celle ap|irobation ne leur est ()as nécessaiio : on les annonce dans les catalogues ; on les expose dans les Ventes publiques; on les jiorte dans les maisons des particuliers; on les étale dans les vestibules des maisons dis grands ; et peul-èlre. Sire, dans l'enceinte de cet auguste palais, où Votre Majesté reçoit nos hommages et médite sans cesse sur les moyens d'écarter de ses Etals toute espèce de désordre.

Les livres ouvertement impies ne sont pas, Sire, les seules ormes de l'incrédulité; elle a su infecter de son venin les ouvrages les plus étrangers à la religion ; elle y sème bcs traits perlides, ses ironies, ses dérision» ; liistoire, philosophie, poésie, les sciences, le Ihéûtre, les arts miiincs, elle a tout associé à ses tunestes c(>iuplols ; espèce d'attaque, d'auiant plus dangereuse ([u'elle est moins prévue, qu'elle se reproduit sous loules les formes, et qu'il est plus difficile de s'en défendre.

Aussi, avec quelle rajiidilé l'ii. crédulité n'étend-elle |)as iOn emiiirel Elle a placé dans la capitale le foyer de ses séductions, el déjà ses ravages ont pénétré dans nos provinces ; elle euvah.t les villes et bs campugnis; le cabinet de l'homme de lelires et les conversations ordinaires de la société;

(8) Sed neque impériale est liberlaiem dicendi «leiiejjarc, neque i-acerdolale, qiiod senlius iio.i diteie... In causa vera Dei, lim-iii audies, si sacerdu-

les conditions supérieures et les coft-lilions obscures ; tous 1rs âges, tous les étals, toutes les classes des citoyens. En vain voudrait-on opposer à nos plaintes la foi jiuie et docile du plus grand nombre de vos sujets; si Dieu conserve de tidèles adoratrurs, si la multitude chérit encore la religion sainte dans laquelle elle a eu 5e bonheur do naître, il n'en est |)as moins vrai que, dans la carrière des lettres, l'incrédulité séduit les jeunes auteurs par l'éclat d'une célébrité précoce ; qu'admise dans les palais des grands, elle md ^ |iroQl leur crédit, leur autorité, leur influence; qu'elle a initié dans ses mystères, ce sexe même dont la piélé faisait autrefois lu consolation do l'Eglise. Il n'en est pas moins vrai que les sources des connaissanci'S étant corrompues, la jeunesse, celte portion intéressante de vos sujets qui, dans quelques années, donnera des maîtres, des instituteurs, des pères, des magistrats, des agents do toute espèce à la société, conlracte, par la lecture, le goût, l'habitude et le langage de l'irréligion : et qui oserait vous répondre. Sire, qu'elle a laissé intacte celle première éducation, dont dépendra le sort de la génération future, et un jour celui de votre royaume? Les projets de rim[)iélé sont sans bornes ; elle menace tout ce qu'elle n'a pas atteint ; et vous pouvez. Sire, juger de SfS progrès par l'audace de SCS ]iniiuipes et par leurs funestes eUets.

Nous l'avons vue dans les coramcncemenls dissimuler ses ()rétentions, proposer des doutes , sous |)rétexte de les résoudre, et employer les fables musulmanes et païennes pour servir de voile à ses tiails. Bientôt elle a franchi toutes les barrières, elle ose (nous ne le disons qu'eu frémissant) insulter, par ses blasphèmes, les ajiôtres, les prophètes, la personne adorable du Fils de Dieu ; elle ne se borne pas mêuie à attaquer nos dogmes, nos mj stères, la morale de l'Evangile, nos saintes Ecritures, toutes les parties de la doctrine chrétienne, n Assez et iro[) longtemps, suivant elle , la terre a tourné ses regards vers le ciel, il est temps qu'elle les replie sur elle-mômej il n'est point de rai)port entre Dieu et les nommes; point de liilférence entre le bien et le mal, entre, le vice et la vertu, plus de chàlimenls pour l'un, jilus de récomjienso l)Our l'autre; tout naît, IoliI dure, tout

lein non nudias?.. Quis libi verum aiideliit die rc, SI sacerdos nun auJciil. (S. Asiuiius. i-pist iU, ad

Tlicoilu-iium.)

7UU r.viii Mil. iiiioi. l'vsr hi:m(>muvn(;i.s \i iioi si ii i/.vn'.vini.. DE la iiiL.

MO

sf di'tiiiil pui uni' nvtii;;lti rnVessilé. i> 1.0 dt^liru (II'!) opiiiiotis a i\ù inissur dnits les iu'lii>iis. Ils nu siillit p.is à riiit-rcduliié do VDir violer oiiverU'iiiunt l'idiiliiiuneu, la siiii'.'lilii-attDii des l'iMos, l'assislaiico ii nus in>li'Ui'Uuiis , h riDs mystères, à nus suIimimli^s , luus les ilcvoiis i'\li^rii'ur>i do l.i religion, duMl l'oulili él;nl autn-ruis remaillé l'uininu un scand.'tlu : il ne lui siillit |>as d'éloi^îner les (ieu|ili'S do la lahie samie, soil lors(iiio ri-lj^lise y a|i|iellu ses enl'anls, soil l'.>rsi|iio les a|i|pioclie< do la nioit lus avertissent d'y avoir recours ; il ne lui sullit I as do repoussiT les ininistrus do la religion de lu porte ties mourants, el d'iiisuller, dans ces ilerniers moine.its.à leurs se- •ours et h leur zèle. Dès (|ue le n)onslrueui jitlièisiue est devenu lu vœu |)ul)lii; di" ses partisans el do leurs |iro. luttions, il faut bien (|u'il ne reste [dus de diyuo contie lo débordement cl la licence. Ole/ la religion au peuple et vous verrez la perversité, aiJéo de la misère, se |)orler à tous les e\cès ; Olez la religion aux grands, et vous verrez les passions, soutenues par la (luissance, se permettre les actions les plus viles et les plus atroces. Si les senlimenls naturels, si <:eui de l'honneur sont allaiblis pour nous ; si le vil amour des richesses s'est emparé <lo tous les cœurs; si des enfants (pii doivent èlro la gloire el la consolation de leurs l'amilles, eu sont l'opprobre et le tourmeni ; si, dans le peui le, ou voil des crimes réfléchis; si , dans les grands, on ne trouve plus ceile namiiie d'héroïsme qui échaullait nos ancêtres; si, enlin, le suicide, cet alleiitut (jui outrage la l'ruvideuce, la nature el la raison, commence à braver dans la nation l'tmiiiie du la loi, el celui même de notre caractère, n'en cherchons la causa que dans cet esjiril d'irréiigiuti, qui a brisé tous les liens du sang, de la nature el de l'autorilé.

Les mœurs de i;os pères n'étaient pc.s sansdoule irréprochables; mais le désordre n'était ni aussi hardi, ni aussi universel ; le vice connaissait encore la honte el les reu^ords ; il restait une ressource dans la crainte des jugeuients divins ; on élail alors vicieux par luiblesse; il élail réservé à la génération présente de l'être par système; el quel frein peut retenir des hommes, qui, joignant à la dépravation du cœur, celle de la raison, osent ériger leurs délires en priacijies el leurs vices en vertus?

11 est encore un atlenlat de l'incrédulité ; c'esU'espril d'iadéiiendance qu'elle inspire. A Dieu ne [ilaiso que nous voulions vous rendre suspect ratiachemenl de la nation l>our ses rois; ce sera la dernière vertu qui niourra dans le cœur des Français. Mais d'où vient celle fermentation générale qui tend à dissoudre les liens de la société?' D'où vient cet examen curieux et inquiet' que personne ne se refuse sur les opérations des gouvernemenls, sur ses uroils, sur leurs limites? D'où viennenl des principes destructeurs de toute autorité, semés dans uiit; multitude d'écrits el que dans

luus les VAiils on so pl.ilt h répéter ou h enlondre?Toiii ces désordres, Sire, se lieiinuiit el sesuivuni nécossaireineiit : lesfundemuiils de-s mœurs et do l'autorité doivent crouler avec ceux do la religion ; • ello seule plac(! le Irone des rois dans lu lieu lo I lus sur du tous el lu plus iiiaicessible, dans la ( iinscience , où Dieu a le sien ; et c'e.'l là le fondeineni le plus assuré de In Irampiillilc publuiuo. " (Uosslet, Sur l'unité de l L'ijliie.j

()'e>l à nous. Sire, h ro|)Oussor par nos in>lrui:lions et par nos exemples, les maux dont l'impiété allligo el mcnaco vcitie royaume, el nous ne manquerons jias à notre devoir; l'au'.'aco des ennemis do la loi ne lassera jias lo zèlo do ses défenseurs; mais il a plu à Dieu', ipii avait établi la rcl'gion malgré la résistance conjurée de?

I uissances de la terre, de les appeler ensuite au soutien de son Eglise. « il a voulu, selon l'expression de M. de l-'énelon, leur fairo celle gr^co el coilo miséricorde, ipie de leur permellro d'en devenir lus nourriciers et les défenseurs; » il a voulu que les princes veiilassenl autour du sanctuaire pour en assuier la paix, et ([ue leur autorité réprim<\t les abus que noire zèle no pourrait arrêter.

Le premier effel de celle protection est de niellre un frein à celte multitude d'écrits

II religieux, donl ravénement de Voire Majesté au Irùnc, présage de lanl do biens, n'a l'u suspendre le cours.

On vous dira peut-être que les livres, qui attaquent ouverleinenl la religion, savent échapper à la vigilani;e du magistrat , et qu'exiger sur les autres une censure trop sévère, c'est mettre des bornes au progrès des connaissances, faul-il donc pour donner l'essor au génie, lui permettre tous les écarts ? La raison liumuino ne peul-elle jias marcher à la perleclion que par des égarements? Si Dieu seul (leul commander à la pensée de l'homme, la loi doit commander à ses productions; et que deviendrait la socielé sans celle |iolice active qui, veillant à la tranquillité des es(irits comme à la conservation des citoyens, ne jiermel pas que le poison soit olTerl à la siuiplicilé el h l'imprudence , el que les plantes venimeuses croissent à côié des [liantes salutaires?

On craint que celle police ne soit infructueuse ; el cesl parce qu'on le craint quo son activité doit éire redoublée. Il n'est point, Sire, dans un Etal policé, de désordre qui puisse résister à la vulonlé sincère d'y remédier; el si Votre Majesté nous permet de lui exposer les moyens de ré(iiiiiier celui qui fait l'objet de nos (ilaintes, nous lui dirons que le nom des auieurs,mis à la tète de leurs ouvrages, répomirail à la soiciélé de leur sagesse et de leurs principes ; que l'abrogation des permissions lacilis ôierail lout prétexte el tout moyen de se soustraire à la rigueur des règlements; que I exaclilude des censeurs ne serait p^us iiicerlaaie, si on les rendait responsables

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

de ce qui osi contraire h la religion, même dans les litres qui lui snnt étrangers; nous lui dirons que des visites exactes et répétées, réprimeraient l'avidité des libraires, repousseraient hors du royaume \vs déte>tables productions des presses étrang'^ns, arrêteraient dans !es provinces cette prodigieuse distribution de livres impies, (luu des gens sans aveu, sans caractère, et qui ne sont assujettis à aucune police, ne cessent d'y répandre; nous lui dirons que ce sont moins les lois qui manquent que l'altenlion à les l'aire exécuter; que la négligence à y être fidèle ne peut être excusée, ni par de viles raisons de commerce, ni par la prétendue dilliculté de surmonter les artifices multipliés de l'impiété; qu'enfin pour remplir vos vœux (et nous osons assurer Votre Majesté que leur accomplissement est le plus sacré de ses devoirs), il ne faut que volonté et vigilance dans ceux qui sont chargés de l'exécution de vos ordres. La vigilance. Sire, est le l'rein que l'irréligion redoute davantage : souvent plus puissante que la loi, elle prévient le crime, elle rend les peines inutiles; elle épargnera à votre clémence la douleur de punir.

Mais, Sire, les rois de la terre ont entre les mains un mojen encore plus efiicace do protéger la religion et ia vertu; c'est l'appas des récompenses.; doux et puissant empire, qui ne s'exerce' que par des bienlaits, 1 1 console.la puissance souveraine des rigueurs qu'elle est obligée de permettre.

Loin de nous la pensée d'accréditer les faux rapports , les soupçons imiuiels , les délations odieuses, artifices ordinaires de l'intrigue et de l'ambition; mais que l'homme irréligieux et corrompu soit exclu des laveurs et des grâces; que la religion seule et la vertu aient part à votre estime et ù votre confiance ; que les places qui ont le plus d'iidluence sur les mœurs, ne soient confiées qu'à ceux qui, par leur conduite, hont en droit de les l'aire respecter; que la carrière des lettres, protégée tout à la fois et surveillée par le gouvernement, n'ollie les honneurs littéraires qu'à ceux qui les auront mérités par la sagesse et par la pureté de leurs écrits; que dans aucun genre et sous aucun rapport, l'incréJulilé et le dérèglement no puissent se prévaloir des faveurs accordées ou surprises; que surtout l'attachement à ia religion, l'amour de l'ordre, toutes les qualités qui distinguent Votre Majesté, continuent à servir uo modèle à ses sujets, et d'aiipui à ses lois, et bientôt elle verra l'onlro se rétablir dans toutes les parties de son royaume : l'homme de lettres cultivera ses talents sans les profaner; les grands, dont les écrivains dirigent les opinions par leurs écrits- le

peuple, dont les grands dirigent les actions par leurs exemples ; tous les ordres de l'Eiat rentreront dans les voies de la religion , de l'honneur et de la vertu.

Le cœur des rois , disent nos livres saints, est dans la main de Dieu ; le creur des peuples est dans la main des rois ; et combien plus encore le cœur du peujile français estil dans la main de son souverain ! Vous régnez sur une nation , dont le fidèle et inllexible altaLlieiiient cherche è prévenir les godls de ses maîtres. » Un roi qui est assis sur le trône de la justice, dissipe le mal par un seul regard.» Le roi Josias était né dans un siècle a'impiété et d'idolâtrie : Dieu gouverna son cœur et fortifia sa piété. A vingt ans, il ôta du temple et de la terre sainte les abominations, et pendant tout son règne, Israël persévéra dans les voies du Seigneur; « tant a de force dans un roi une vertu commencée dès l'enfance et continuée durant tout le cours de sa vie. » (Bossuet, Polit., tirée de l'Ecrit, sainte, liv. vu,art. 3, prop. Il )

Nous, vous en conjurons donc, par l'onction sainte que vous venez de recevoir, par le serment solennel que vous venez de prononcer ; nous vous en conjurons pour la gloire du ciel et pour l'honneur de votre couronne, pour votre intérêt et pour celui de vos sujets, pour le maintien de votre autorité et de la félicité publique; nous vous en conjurons au nom de vos illustres prédécesseurs, qui, avec cet empire, vous ont laissé la foi , comme le plus |)récieux de leurs héritages, au nom de toutes les églises de France dont nous ne pouvons vous peindre le deuil et la consternation, au nom de cette portion respectable de vos sujets , qui tremble et frémit des maux ijui nous menacent; nous vous en conjurons, ne soulfrez pas que la religion et la vertu continuent de dépérir dans votre royaume ; déployez contre l'incrédulité et la corruption les ressources de votre |)uissance; réiuimez la licence par une juste sévérité , encouragez la vertu et la piéié par des faveurs , par des bienfaits, par vos exemples. Daigne le ciel , qui semble vous avoir fait naître pour rétablir l'empire de la religion et des mœurs, achever son ouvrage, réjiandre sur vous les dons de sa sagesse, dirij^er ses résolutions, présider à vos conseils 1 Daigne le roi du ciel proléger le roi de la terre, fX le combler dans tous les temps de ses plus précieuses bénédictions 1 Ce sont les vœux que ne cesseroul de former, Sire,

De voire Majesté ,

Les très-humbles, très-soumis serviteurs et fidèles sujets, etc.

DE

LEFRANCDE POMPIGNAN

ARCHEVÊQUE DE VIENNE

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THEOLOGIE EXEGETIQUE

OEUVRES COMPL. DE LeFRA^C DE PoMPIGNAN. IT. "«'

(F.l VUES COMPLETES DE LEFnANC DE POMPir.NAN.

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