‹ Œuvres completesChapitre 69 sur 232 · CONVAINCUE PAR LES PROPHÉTIES · texte numérisé non relu

CONVAINCUE PAR LES PROPHÉTIES

Diofours pv

Sur la preuve tirce des prophéties.

S'il était nécessaire de prouver que Dieu pout connaître avec «ne certitude infaillible les cliosos futures, on trouverait la preuve île celte vci ilé dans les prophéties, qui sont le sujet de cet ouvrage. Le fait, sans autre examen, emporte la possibilité : et l'on ne peut nier que Dieu n'ait prévu ce qu'il a fait prédire.

Mais nos incrédules sont-ils du nombre de ces aveugles philosophes à qui S. Augustin (1) reproche de rendre les hommes sacrjléges , pour les rendre libres? Dispiitcnt-ils à Dieu la prescience de l'avenir? (>oicnt-iib que des événements arrivés dans le temps n'aient pu cire préscnls de toute éternité à une intelligence infime? Refuser à Dieu cette connaissance , ce serait anéantir sa nature. S'il est des vérités que Dieu ail ignorées , il a manqué quelque chose à sa perfection. Si ses connaissances se sont augmentées, à mesure (jue les événements , quil ignorait , lui ont été décoiiverls , il a donc acquis en certains moments ce qu'il n'avait pns en d'autres. Admettre dans la nature divine des bornes et des progrès , qu'est-ce autre chose que lui ravir son immutabilité , sa souveraine perfection, et se contredire dans les termes, en appellent Dieu ce qui ne l'est pas? Les incrédules voudraientiis nous réduire à la nécessité de défendre contre eus non plus seulement la révélation et les mystères qu'elle renferme, mais les premiers principes qu'enseigne la raison humaine ?

En vain diraient-i! que la prescience divine est incompatible avec la liberté des créatures raisonnables : l'objection n'est pas nouvelle. Les diverses conséquences qu'on a tirées de cette prétendue incompalibilitc , ont formé des erreurs aussi opposées les unes aux autres , qu'elles l'étaient toutes à la vérité. Les uns, plusrespiciupux pour la Divinité, ont méconnu le libre arbitre de la créature en des actions infailliblement prévues par le Créateur. D'autres, plus jaloux d'une prérogative sans laquelle il n'y aurait paimi les hommes ni vice, ni vertu, ni exhortation, ni /epentir, ni châtiment, ni récompense, n'ont pas craint de soumettre Dieu même aux ténèbres de l'ignorance , pour ;.OrancUir les actions libres de la nécessité que leur imposait, selon eux, la certitude d'une prévision éternelle.

Les incrédules, à ne consulter que l'intérêt de leur cause, devraient être plus favorables au premier de ces denx exc.'s. Sans doute ils railopter;dent volon-

(1) S. Au; de Civii.v.;' De; . 1. 3. c. 9.

rlimimurf.

tiers , s'ils considéraient avec alteniicn tout l'av-intngc que le christianisme peut tirer de ces trois djgnies réunis, l'existence de Dieu, rimmorialitc do l'àme, et le libre arbitre. 11 senible néanmoins que les incrédules modernes , honteux des emportements do leurs prédécesseurs, ne disputent plus que faiblemeni sur l'immortalilé de l'àme , et qu'avec l'existence de Dieu , ils reconnaissent ouvertement le libre arbitre. Mais qu'ils ne se croient pas autorisés par cet aveu à contester l'étendue infinie de la prescience divine. Il ne leur est pas plus permis de faire injure au Créateur, que d'avilir la créature. Le témoignage de la raison n'est pas moins exprès ni moins décisif pour la prescience que pour le libre arbitre ; et loin qu'on puisse combattre l'une de ces vérités p»r l'autre , la nécessité do les retenir toutes deux , jointe à la difùculté de les concilier, est une démonstration contre l'incrédule qui rejelte dans la révélation tout ce qu'il ne conçoit pas. Qu'il apprenne par cet exemple à révérer l'impénétrable obscur.tô qui dérobe à ses yeux la liaison des dogmes qu'on lui propose. En voilà deux que la foi enseigne , et qui ont également pour eux le suffrage de la raison. Dieu a prévu de toute éternité les actions des créatures intelligentes , et ne peut [ws plus se tromper dans cette prévision, qu'il ne peut cesser d'être Dieu : cependant ces créatures agissent librement , et leur liberté ne souffre aucune atteinte de la certitude infaillible avec laquelle Dieu a su ce qu'elles feraient. 11 faut que toutes les subtilités d'une raison présomptueuse viennent se briser contre celle inébranlable doctrine. Si l'incrédule ne peut l'éclairiir par des exjilications qui le satisfassent , si l'accord de deux vérités qui paraissent contradictoires est pour lui un mystère incompréhensible, qu'altcnd-il encore pour confesser la faiblesse de son esprit et la médiocrité de ses connaissances? Que veut approfondir dans la révélation un homme forcé de s'arrêter à chaque pas dans les sciences qui sont du ressort de la raison?

Ce n'est pas qu'on prétende interdire aux incrédules des recherches modestes sur la manière d'accorder le librearbiiredel'homme avec la prescience de Dieu. On ne condamne qu'une vaine et téméraire curiosité toujours prête il s'élever contre ce qui surpasse ses lumières, et qui, trop allaclice à une vérité, accuse d'erreur timlce qu'elle ne peut concilier avec son dogme favoi-. En retranchant cette curiosité, il est permis d'entrepr2nâvc la conciliation des deux vérités dont nous parlons. Si les incrédules peuvent vaincre leur l'é^oùt i olt

717 l'Ain. I\ ilIKOL. EXKl.lï.— liNCUKOr tli'« ilitsf rIaliiiiiH aeliuUsiii|UOs , ils n'iuil qu'."» jrUT {<% )eu\ >ur li>H ri'|tuii.S('B du iims liliiluiiipla-^ ol do iio» llii'ulo^iiMH aux olijeclioii» foniiik.'» contre l'iiifailliliiliu- lie la pn-sciciico iliviiic. Ils a|i|>ivnilr()iil il'i'ii» ciinuiuiil ci-lle inl'.iillibililii subsisl»* uvi'c la libiTle (lo l'action proviie. Oii leur dira ijui! la nm'ssiic (|iii n'siilto di? la provision do Dieu n'est pas onncniii; dn lilire aibilio, p:ircc que, s'il est vrai, s'il certain, s'il est iii:aillil>le i\uc l'Iioniiue lera ce est que llii'U a p-évu , ce n'est |>as prccisénsent à cause que Dieu l'a prévu ainsi ; mais au cunlrairu Dieu ne l'a provii qu'à cause que l'Iioninic devait agir ainsi : en sorte que la preseieiioe divine, quoique antérieure ilans l'ordre des temps, selon notre manière de concevoir, à l'action de l'Iionimc , n'en détermine piis néanmoins l'existence , mais plutôt la suppose l'ulure; semblable à la présence d'un liomnie qui, témoin ocidairc d'une action , ne peut se tromper dans ce ([u'd voit de ses propres \cu\ , sans que sa p éseacc soit cause de ce qui se l'ait devant lui. Il n'est pas possible que ce qu'il voit ne se fasse réellement : mais l'auteur de l'action agit avec une entière liberté; et il pouvait t'ai e, en agissant autrement, que le témoin qui le regarde , vil une action toute dinVreiitc. De même il est impossible que Dieu se trompe dans sa prescience , et que ce qu'il a prévu n'arrive point. Mais celle prévision n'influe pas sur le clioix volontaire et libre de la créature : et si celle-ci, comme il dépendait d'elle, avait fait nn sulre choix, ia prévision de Dieu n'aurait pas eu le même objet.

On ajoutera aux incrédules que la prescience divine, par la raison même qu'elle est infaillible, doit s'étendre non-seulement sur les actions futures , mais encore sur les circonstances de ces ac'.ions. Sont-elles l'effet d'une nécessité inévitable? Dieu les a prévues comme nécessaires. Sont-elles librement produites? Dieu les a aussi prévues comme libres. Et puisqu'il ne peut pas plus se tromper dans la n)aniùro que dans la réalité même de ce qu'il prévoit, soutenir que l'infeillibilité de la prescience divine détruit la liberté des actions humaines , c'est tomber dans une coniradietion maniles'.c.

Voilà ce qu'on peut dire de plus raisonnable et de plus simple, pour soulager l'cspiit liuinain accablé sous la m.tjcsté d'un Dieu qui a connu de toute éicrnité les actions futures des êtres intelligents qu'il a voulu créer. Oa dispense les incréJulcs , s'ils sont contents de ces réponses, d'entrer plus avant dans l'examen des systèmes qui partagent les écoles. 0;; y agile sur la science de Dieu et s«j le libre arbitre de l'homme beaucoup d'autres questions , qui peuvent être ignorées sans péril , et dont l'élude serait déplacée dans les incrédules. Il y a pour eux quelque chose de plus pressé que de discuter les décrois prédéierminants desTiiomistes, et la science moyenne des Molinistes. Ils doivent convenir d'abord , je ne dis pas seulement avec ces écoles , mais avec toutes les secics cliréliennes, des principes fondamentaux delà religion. La prescience esl du nombre de ces principes. On a

LITK C.O.NVAI.NCt i; l'AR I.F.S MIOI'IIKTIKS. 718 vu que l'idée Seule de Dieii en déninnlro la cri tilude. On avucomineut on peut Tuilier, par le bCcourii du raisonnement , avec le libre arbitre , qui n'esl pas d'ailleurs nminsét idemment (trouvé que la prcËciciice. C'en est assez pour décider eoiilrc les iiici-édulift, qui voudraient douter de cette pi eseience , la question do droit, avant même que d'établir le lait par les prophéties que nous devons examiner.

Il était digne de Dieu de confondre ces doutes injurieux .Isa jierfection iidinie jiar des preuves de fait aussi convainunte^ en elles-mêmes , et plus intelligibles à la plupart des hommes (|uc des démonstrations métaphysiques. On peut croire , sans se rendre coupable de présomption, que c'est une des fins que Dieu s'est jiroposée, en inspirant tant de prophètes. Il manil'este chacun de ses attributs par des opérations qui lui sont conformes : sa bonté, par les bienfaits qu'il répand ; sa jubtiee , par la punition du péché ; sa prescience, par la prédiciion des choses futures. Tous ces effets concourent néanmoins à faire éclater la grandeur et la souveraineté de son être, à distinguer son langage lorsqu'il parle aux hommes, et à conCr mer la vérité de ce qu'il leur déclare. .Mais parmi ce;; admirables effets, quel autre plus capable que l-i prophétie de prouver la divinité d'une révélation?

Toutes les manières dont il a plu à Dieu d'autoriser ses oracles sont également respectables. On n'a garde d'en élever aucune en dégradant les autres. Les miracles en pariiculier suffiraient, au déf.iut de toute autre preuve, pour le triomphe de la foi sur l'incrédulité. Toutefois, s'il est permis à l'esprit humain de comparer ensemble, non les œuvres divines en ellesmêmes, mais les diverses impressions qu'elles font en lui, il semble ([u'il doive être plus étonné d'une proplu lie que d'un miracle; et que, ne pouvant méconnaître dans l'un et dans l'autre l'opération de Dieu , il la trouve plus marquée dans une prédiciion de l'avenir, que dans une inlerruplion des lois de la nature. Dans le miracle, la matière, qui est un êlre purement passif, obéit à Dieu sans résistance. Elle prend sous sa main des formes et des arrangements auxquels nous ne sommes pas accoutumés, mais qui n'altèrent pas son essence , et n'excèdent pas l'idée que nous avons naturellement de la toute-puissance du Créateur. .\ussi n'est-ce pas le défaut de pouvoir qu'opposoni à. Dieu ceux qui contestent avec Spinosa la possibiliié des miracles. Ils ne se fon lent que sur son initniiiabilité. Comme s'il n'était pas aisé de concevoir q'ie Dieu, sans changer de volonté, peut changer les lois de la nature ; le même décret, qui est éternel , ayant embrassé ttiut à la fois et l'établissement et riiiterruption de ces lois! .Mais il est plus dilliciîe i'■^ coniprondrc comment une action non-seulemenl libre, mais au-dessus de lonies les conjectures, sou vent même opposée à toutes les apparences, a pu être prévue avec certitude plusieurs siècles avanl qu'elle arrivât. Et s'il est si diiTicile de l'imaginer d'une seule action, combici) plus d'une multitude d'événemcais aussi p2u liés les uns aux autres, qu a te qui se pas-

îlS œUVRFS COMPLETES DE

sait dans le temps de leur prédiction. De là vient que des philosophes, aussi éclairés qu'ils pouvaient l'être dans les ombres de l'idolâtrie, tels que Ciccron (1), n'ont pu se résoudre à croire l'infaillibiliié de la prescience divine. De là Wcnt que d'auires auteurs, qui, sar.s abjurer le christianisme, ont voulu en retrancher tous les mystères, comme les Sociniens, ont combattu cette même infaillibilité. Les objections que les incrédules proposent avec eux contre ce dogme se tournent donc en preuves contre eux. Plus il leur parait étrange que Dieu ait prévu ce que l'homme pouvait ne pas faire, plus ils rendent hommage à l'excellence de la prophétie, moins ils peuvent se dispenser de rL-connaitre la divinité d'une religion appuyée sur un témoignage si peu vraisemblable, scion eux, et néanmoins si réel et si positif.

Une autre raison qui donne à la preuve tirée dos propliéiies une espèce de supériorité, est celle qu'ont l'ait valoir les premiers défenseurs du chrisiianisme. 1! est des prophéties, et et sont précisément les plus merveilleuses et les plus décisives pour la religion , dont l'accomplissement n'a pas même besoin d'être prouvé. On voit de ses propres yeux les événements prédiu. Il safiit alors, pour se convaincre que Dieu a p:>,rlé, de savoir que les prophéties ont précédé les cvéi:ements. Et qui peut sérieusement le nier, lorsqu'on les voit entre les mains d'une nation plus ancienne que le christianisme, et qui, loin de les avoir reçues des chrétiens, aurait un intérêt essentiel à dé' Uuire des monuments si favor.ibles pour cui? Il y a quelque chose de moins palpable dans les miracles qui servent de fondement à la religion, tels que ceux de Mijîse et de Jésus-Chritt. .le sais qu'ils sont indubitables pour quiconque les examine avec un peu d'application. Mais ils n'ont plus de témoins oculaires, commeen a l'état du peuple juif ou celui de l'Eglise chrétienne.

C'est le sens dans lequel on explique avec raison un texte de l'apôire saint Pierre. Il avait d'abord allégué, en preuve de la mission divine de Jésus-Christ, sa transfiguration glorieuse sur leThabor, et cette voix descendue du ciel qui lavait déclaré sur la montagne sainte le Fils bien aimé de Dieu. Saint Pierre se donr..ii lui-même pour témoin de ces faits (2). Il avait vu la majesté de Jésus-Christ. Il avait entendu la voix du Ptr^; céleste; et il ne prétendait pas que son téinoiçnage put élrc rejeté comme suspect. Les mira- < ks qu'il fiiisait pour l'autoriser, le caractère irréprocîiable de sa personne , ses souffrances , étaient des garants assez surs de sa sincérité. Cependant ,

(t; L;b. 2 de Divin.

{i) Nun enini doclas fabulas secutt, notam fecimus v&bis Domini noslri Jesu Christi virlutem et (jrœsentiam ; std specn'^itores lacli illius magniludinis. Accipiens enim à Deo Paire honorem et gloriam, voce delapsà ad eum hujusccmodi à raagnilicà gloriâ : Hic est Filins m'-'us dilcctus, in quo mihi complacui, ipsum audile. Et har.c vocem nus audivimus de cœlo allalam, cùin cssenms cum ipso in monte simcto ; et habernus lirniiurcni propheticum sermonem , cui benefacitis aitcudentes. 'iPetr. 1. iC. 17. i8. 19.

LE FRANC DE POMPIG.NAiN. 750

quelque reeevable que fût son témoigrtage, saint Pierre lui préfère les oracles des prophètes comme plus authentiques : El habernus firmiorem prophettcum sermonem. C'est que les hommes auxquels il parlait, et qui devaient dans la suite des siècles lire son Épître, n'avaient pas vu , comme lui , les faits qu'il leur racontait : au lieu que l'accomplissement des prophéties éiait dès lors présent aux yeux, et devait encore l'être d'une manière plus sensible, à mesure qu'il ac quérait par la révolution des années plus d'éclat et de stabilité. Et les hommes étant plus disposés a croire ce qu'ils voient eux-mêmes, que ce qu'ils entendent dire aux témoins les plus dignes de foi, saint Pierre no balançait pas à reconnaître plus de force pour la conviction des esprits dans l'accomplissemenl des prophéties, que dans les prodiges qui avaient accompagné l'avénemenl de Jésus-Christ.

Ajoutons un dernier motif de préférence, qui n'a pas non plus échappé aux saints Pères. Les miracles prouvent évidemment la vérité du christianisme. Mais ils laissent quelques subterfuges à ses ennemis. Les Juifs, et après eux Celsc et Porphyre, ont attribué CCS miracles à la magie. Celte réponse est trop contraire aux principes de nos incrédules pour qu'ils l'adoptent. La magie n'est pas moins chimérique pour eux que les vrais miracles. 11 est plus de leur goût de soupçonner de l'imposture et de la fourberie dans les faits extraordinaires dont ils ne peuvent absolument nier toutes les circonstances. Quelque frivoles que soient ces deux accusations , il n'est pas même possible de s'en servir contre l'accomplissement des prophéties. Dira-t-on, suivant la remarque de saint Augustin (1), que Jésus-Christ par un enchantemenl magique ait suscité, plusieurs siècles avant sa venue, des prophètes pour prédire tout ce qui devait lui arriver? Ici les anciens ennemis du christianisme sont forcés de se taire. Y a-l-il plus d'apparence à soutenir que les caractères du Messie ayant été prédits au hasard, Jésus-Christ, pour s'en faire honneur, a subi volontairement une mort cruelle et ignominieuse? Nous attendons qu'une telle absurdité soit sortie de la bouche des incrédules, pour les croire capables de l'avoir pensée. Mais quand ils en seraient réduits à celte extrémité, expliqueraient-ils comment Jésus- Christ, dans le dessein de se faire regarder comme le Messie prédit, a pu choisir la tribu dont il devait naître, le temps et le lieu de sa naissance, une croix pour l'insirument de son supplice , du vinaigre pour élanchcr sa soif dans les derniers moments, des bourreaux pour diviser entre eux une partie de ses vêtements, et tirer l'autre au sort? Le mensonge n'a donc pas plus de part que la magie à l'accomplissement des prophéties; et cette preuve est entièrement à l'abri des injustes soupçons formés contre les miracles.

Il n'est pas surprenant qu'une preuve si lumineuse ait été souvent employée par Jésus-Christ, l'objet des

(1) Lib. 12 contra Faustum, c. 15.

7ÎI J'AKl l\. IIIIJIL. KXECLT.— Ll.X.lllltl l.lll. (.ONV.UM.IL l'Ail l.r.S l'IlOIMIETIKS. lii

pro|ilu'iin, par les aiwVri's, par W» ïuinu Vira, par lou« les uiileurs ecclLsiu!>ti)|uos ijui uiit cnln-pris à leur exi-iuplo l'apuln^ic du iioln; ri-ligiuii. Il ii'o»! point de prouve qui ail pluscmilribuo à lacuiivcisiun dvs iiilidùU-« et îi la priipa^ ilimi du i'lirlsliunisiii(>. Il »'csl trouve, je l'uvoui-, îles enivjliis audacieux i|ui, préréraiit dans l'explicalioii des propliéties l'aulorilé des rabbins à eello de toute ranlii|uili' cluétieniie, oui réduit aux seuls miracles les londeinenls de nolru croyanee. Mais ds ont tenté inutilement de nous arracher des armes tant de l'ois viclorieuscs. Elles ont terrassé les Juils et les Païens. J'espère qu'on verra dans cet ouvrage qu'elles o:it la même force contre les incrédules mudernes.

L'usage que je [irclends on faire est même plus dégagé de toute controverse épineuse, que s'il (allait livrer de nouveaux combats aux anciens adversaires du cliristianisme : et nos incrédules seraient vaincus, quand on leur accorderait ce que les Juifs et les Chrétiens judaîsanls ont avancé sur les propliélics qui regardent Jesus-Chrisi et son Eglise. Ceux-ci ne disconviennent pas qu'il n'y ait dans le corps des saintes Écritures des propliélics véritablement accomplies. Ils sont contents, pourvu qu'on leur permette de détourner à d'autres personnes et à d'autres événements les oracles dont on fait l'application h Jésus- Christ. Les incrédules en demandent davantage. Comme ils ne connaissent aucune religion révélée, et qu'ils méprisent également les Écritures admises par les Juifs, et celles qui enirent dans le canon des Chrétiens, ils rejettent par une conséquence nécessaire toutes les prédictions. Leur prouver l'accomplissement d'une seule, c'est renverser leur système. Je veux pour un moment qu'il faille recevoir les interprétations judaïques qui font cadrer à Ezéchias, à Josias, à Jércniie, à Zorobabel, à Judas Machabée, les proiiliétics que les apôlres et les Pères ont entendues de Jésus-Christ. Nous .aurons alors une preuve de moins en faveur de la religion chréiienne. Mais les Juifs profileront seuls de notre porte : et puisqu'enlin ces prophéties, de quelque manière qu'on les explique, ont eu un accomplissement véritable, l'incréduliié demeure toujours confondue.

Que si elle croit pouvoir tirer quelque avantage d'une prétendue obscurité, qu'il est néanmoins trèsfacile de dissiper, que répondra-t-elle à ces prophéties où les Juifs et les Chrétiens, d'un commun accord, ont toujours trouve le même accomplissement? A celles qui ont appelé Cyrus par son nom deux cents ans avant sa naissance , qui ont annoncé ses conquêtes, le siège et la prise de Babylone , la ruine entière et la profonde humiliaiion de celte ville autrefois si puissante et si orgueilleuse? A celles qui ont prédit avec tant de clarté la chute des quatre plus grands empires qu'on eût vus dans le monde ; l'irruption de Xerxès dans la Grèce, celle d'Alexandre dans l'Asie, la marche rapide et les prodigieuses victoires de ce conquérant, le partage de ses états entre quatre successeurs oui ne seraient cas issus de son sa." g.

lei |;ucrre6 el les trompeuses alliances des rois d'É- (•\ple el de S)rie, Un lureui-s d'Anlioclius contre Ji.rusaleni? Pour juger d<.' la divinité de toutes ci« prophéties, un n'exige pus des incrédules un long el pénible examen. Qu'ils >e kuuvieniniil de ce tiu'ili ont lu dans lonles les liisluiii.'S, cl qu'dh disent de bonne loi par ipu'lle lumière Uaie et Daniel ont pu eoiinaltrn et annijucer de si loin de tels événements. L'inspiration peut-elle être marquée à des traits plus sensibles? Mais s'ils la reconnaissent dans ces deux hommes, tout est décidé contre eux. S'il y a des prophètes, il faut croire ce qu'ils ont enseigné. De Daniel el d'Isaîe, on remonte bientôt :i David el à Moïse; et en reprenant cette chaîne, on ramène inévitablcmeni les inciédules à Jésus-Christ el à la nouvelle loi.

En parlant ainsi, mon dessein n'est pas de négliger dans cet ouvrage les prop'aéties qui regardent directement Jésus-Christ. Ce serait se priver dans la réfutation des incrédules d'un trop grand avantage. Les preuves qui accablent les Juifs tombent également sur ceux qui font profession de ne rien croire. Je les exposerai donc, mais sans ra'assujclir à la mélliode qu'on suit ordinairement contre les Juifs, et sans supposer, avec des adversaires tels que les incrédules, la vérité de la révélation judaïque.

On ne doit pas s'attendre à voir ici des types et des allégories. J'ai toujours été persuadé que les figures , même les plus respectables, sont phis (iropres à l'édi- Ccation des fidèles qu'à la conviction des cnn.cmis du christianisme. Peut-être aurai-je un jour le loisir de traiter avec quelque détail cette fameuse question, d'en approfondir les principes, en prenant pour guide la tradition, d'indiquer un juste milieu entre les deux extrémités vicieuses, dont l'une condamne indistinctement toutes les figures, et n'approuve tout au plus que celles qui sont expressément marquées dans le nouveau Testament; l'autre commence, à la vérité, par avouer qu'il y a quelques endroits dans l'ancien Testament qui ne sont pas figuratifs , mais permet ensuite d'y chercher portout dis figures , i;se ellemême de celle prétendue liberté en adoptant les allégories les plus froides et les plus forcées, propose de faibles conjccluros comme des preuves concluantes, cl, ce qui est encore plus répréhensible, dégrade la lettre malgré les protestations qu'elle fait de la respecter, étend les figures au-delà de la personne de Jésus-Christ et des caractères généraux de l'Eglise chrétienne, cherche dans les livres saints les personnes et les événements qui l'intéressent , et par un dernier alleniat livre les divins oracles au délire fanatique d'un esprit révolté contre l'autorité légitime.

Je me bornerai dans la matière présente aux propliélics purement littérales. Je n'entreprendrai pas même, en les expliquant, de réfuter directement la dangereuse opinion qui, dans les plus magnifiques el les plus claires de ces prophéties, joint un premier accomplissement à celui qui regarde Jésus-Christ et son Eglise. Il me suffit aujourd'hui que les partisans de celte opinion reconnaissent ce dernier acconiplisr

semcnl comme vériîaWe , comme lillcral , comme drmoiistratif en faveur de la religion chrélienne. Je prends droit de cet aveu, sans examiner comment il s'accorde avec le premier sens qu'ils donnent à ces piophcties. Si dans l'application qui en sera faite à Jcius-Christ, on trouve une exclusion manifeste dé ce sens étranger, il faudra l'attribuer à la force et à l'énergie du texte, qui n'est suscepiible d'aucune autre inlcrprétalion : et j'ose défier les incrédules de détruire la mienne, en rétablissant celle que j'aurai rejetéc. Qu'ils étudient, j'y consens, les raisons sur lesquelles ces liardis critiques fondent leur système, liais qu'ils conviennent ensuite que Jésus-Christ doit cire bien visible dans ces prophciics, puisque les interprètes, qui prétendent y apercevoir un sens qui ne se rapporte pas à lui , ne peuvent cependant l'y méconnaître.

Mais il faut avant toutes choses leur apprendre sous quelles conditions on exige que lour incrédulité se rende à l'argument tiré des propliéiies. Ils jugeront par cet exposé qu'on n'a pas dessein de les surprendre, qu'on ne prodigue point à de légères preuves le nom de démonstration , et que si la religion chrétienne leur ordonne de croire des mystères ineoncev.iblcs, ce n'est qu'après en avoir acq^ds le droit par des motifs invincibles de crédibilité.

il n'y aurait jamais eu dans le monde des orac!es trompeurs, si les hommes n'eussent été intimement persuadés qui^ Dieu, qui possède la science de l'aveidr, daigne quelquefois la comnmniquer à ceux qu'il inspire. Une folle curiosité dans les uns, et la cupidité dans les autres, ont produit celte fsusse imitation de k prophétie. On l'a vue parmi les païens , non pas toujours à la vérité par la malice scuic des hommes, ainsi que l'ont prétendu Wandaîe et l'ingénieux (1) auteur qui a donné à ce nouveau système un tour si agréable. Car il est certain que, si une fourberie toute humaine a présidé à la plupart des oracles du paganisme, le démon, par une permission pariicalière de Dieu, a souvent dicté les réponses des prclres et des prêtresses des idoles; et le savant père Baltus, jésuite, a mis le sentiment des i'ères sur ce point dans un degré d'évidence qui ne perinei plus de penser autrement. On a vu de même de faux oracles I>^nni les Juifs. Mais dans quelque nation qu'ils aient été prononcés , il y a toujours eu des dilférenceâ essentielles et palpables entre eux et les vrides pro phéiies.

La plus importante est celle qui est si souvent et si forlcmcnt inculquée dans l'Ecriture sainte. Prévoir les événements futurs qui dépendent d'une caubc libre, est un aiiribut incommunicable de la Divinité : les prédire est une opération qui surpasse les lumières , non-seulement de l'homme le plus éclairé , mais de toute intelligence créée. Un astronome peut connaître avec ceiiitude et annoncer par avance des phénomènes naturels , suites nécessaires de la révolution

(1) Uistoire dos Oracles, par M. deFontenelle.

constante et uniforme des corps célestes. Ainsi sont prédites les éclipses par un calcul aussi infaillible que les lois de la nature sont invariables. Un habile politique qui connaît parfaitement les hommes cl leurs différentes mœurs , qui a fait de profondes réflexions sur les événements qui l'ont précédé , et sur ceux qui se passent de son temps , peut former d'heureuses conjectures sur l'avenir. Ainsi le judicieux Polybe, en examinant la diverse consiiluiion des républiques de Uome et de Carlhage , a sagement conjecturé ce qui devait arriver à l'une et à l'autre. Mais il pouvait le faire sans être prophète ; et tous ceux qui raisonnent de la sorte n'ont besoin pour cela qi;c d'une prudence qui n'est pas toujours exemple d'erreur , quelque clairvoyante qu'elle puisse clic. Les esprits dégagés de tout commerce avec la matière ont encore plus de pénél ration et de sagacité que les hommes , soit pour la prévision des cflets purement physiques , soit pour la combinaison de l'avenir avec le passé. Ils peuvent même savoir et découvrir aux autres des secrets inaccessibles à l'esprit humain. Ainsi , selon la remarque de quelques Pères, ont-ils prédit des maux dont ils devaient être les auteurs. Ainsi ont-ils manifesté dans un endroit ce qui était arrivé dans un autre lieu trop éloigné pour qu'il fût humainement possible d'en être si proroptement instruit. Mais la prévision certaine des actions libres est au-dessus de leurs lumières. Elle est réservée h la nature divine. Des oracles trompeurs , soit qu'ils fussent rendus par l'influence de ces esprits pervers , soit qu'ils n'eussent d'autre principe que la fourberie des devins consultés , n'ont jamais prédit des événements de cette espèce; et toutes les fois qu'ils ont voulu en parler, l'ambiguilé de leurs réponses a décelé leur ignorance.

L'accomplissement d'une prophétie sur des événty nicnts qui dépendent d'une cause qui agit avec liberté, est donc un témoignage incontestable de l'inspiration divine. Voici le signe (1), disait Moïse, auquel vous distingnerez les paroles que Dieu n'a pas inspirées. Lorsqu'un prophète aura prédit au nom du Seigneur un événement qui ne sera pas arrivé , le Seigneur n'a pas parte par sa bouche. C'est une fiction de ce témérair» prophète , et alors vous le mépriserez. Isaïe, quoique persuadé avec le Psalmiste (2) que les dénions étateul les dieux des'genlils, les défiaft (5) d'annoncer les choses futures , et il leur offrait à cette condition de reconnaître leur divinité. Jérémie confondait par la même preuve l'audace d'un de ces imposteurs qui usurpaient sans mission le ministère propliétique. Il le ramenait à l'exemple des prophètes qui les avaient précédés l'un et l'autre. Il sommait le peuple juii' de les juger tous deux sur cet exemple, et de n'accorder le titre d'envoyé de Dieu qu'à celui dont les

(1) Oe!i/er. 18, 21,22.

(2) Ps. 9o, 5.

(5) Annuntiate qusB venlur.a sunt in futurum. Cl sciemus quia dii csiis vos. U. ti, 23.

«5 PMU l\. IIIEOL. EXKliET.-LI.NCIlEDLI.ITi: CONVAINCL'E l'AK LES l'UUI'IIETIES. 7S6

pri'JktMiis tt'i-uU-nl véiiliiies par rovt^iivim'nt (I).

Ou peut olijot'U'r i|ui! celle preuve est iiigullUanlc, puiM|u'il e«t dit au eliapiUe 15 du Deuleioiiniue , qu'il 110 faut |us cetmler , qu'il faut iiu^iiie inellre h mort un proplièle qui veut persuader au peuplo d'adorer des dieux élran^jers , quuii|u'il 80 vante d'avoir eu des sungeii mystérieux , (iiiui(|u'i! nit pn'dit q'intquc signe e( i/iied/iic" proc/ii;e, et que su ;iri'i(ic7iu)i uil i'Ié uccomplie (1). Mais en premier lieu qui sait si ce eigiie et ce p^udigl^ aiiiioneL' par un faux pruplièle n'est pas un de ces événements que le dcnion peut pvéïlire, parce qu'il n'est pas au-dessus du pouvoir qu'il a revu de Dieu sur les tîtrcs physiques'.' En seciuid lieu , autre cliose est qu'une prophétie soit divine ; autre cimsc que le prophète soit un homme vertueux, ot ipi'il veuille toujours prùchcr la vérité qu'il n'iijnoïc pas. lialaaui a prouvé dans sa personne qu'on peut avec un cœur cmrnnipu Olrc l'org-ine et l'imerprèle de la Divinité, dans la prédiction dos plus merveilleux événements. Dieu n'induit pas alors en erreur ceux qui entendent ce pernicieux prophète. Il ne veut , comme il est dit dans le même endroit , qu'i'/jrcmivr s'ils sont vérilablemenl attachés à son culte , cl en leur apprenant à respecter ses dons jusque dans celui qui en fait l'abus le plus criminel , il icur procure tous les secours nécessaires pour éviter le piège qu'on leur dresse. On peut oiiier entre ces deux explications, ou en choisir une plus vraisemblable , si on la trouve. Mais quelque parti que l'on prenne , il n'est pas permis de supposer que Moïse ait voulu rendre équivoque un caractère qu'd donne peu de chapitres après comnio si décisif pour le discernement des vrais et des faux prophètes.

Les incrédules doivent être contents d'un caractère qui les met à l'abri de toute illusion. Si l'on attachait la vérification des prophéties à des preuves de laisonnement, peut-être auraient-ils lieu de s'en défier. Slais on fait dépendre celte vérification d'une preuve qui consiste en fait, si simple d'ailleurs et si aisée à constater, qu'il n'est pas possible de s'y méprendre. U n'est question que de confronter l'événement avec la prophciie, et de juger s'il y a entre l'un Cl l'autre une exacte conformité. La propliélic ét.int antérieure et déjà connue , il n'est plus temps de l'ajuster à révénement après qu'd est arrivé ; et avant qu'il arrive, les hommes ne sont pas les maîtres de disposer toutes choses pour l'accomplissement de la prophétie.

(1) Prophetae qui fuerunl anle me et ante te ab initio , f t prophetaverunt super terras multas , et super régna multa.... Propheta qui valicinatus est pacem , ciim venerit vcrbum ejus , scietur propheta queni misit Dominus in veritate. Jerem. 28, 8, 9.

(2) Si surrexerit in medio lui prophètes.... et proediserit signum at<]ue portentum , et evcneril quod locatus est , et dixerit tibi : Eamus , atque scquamur deos alicnos ..; non audies verba propheta; illius... quia tentai vos Dominus Dcnsvcsle:-... Propheta aatcm ilic intcrficictnr. Dailer. 13, 1,2, S, i, .5.

l)u h'I je cuncluK qiiu deux cuiiditiuiisiuntabsuliiineiit m eessalres pour qu'iiiM' propliétie fasKn prruvr. I.a pri'iiiière, qu'elle ait ilésinné revéïienicnl prédit duin^ maiiiei e iielle et précise ; eu sorte que l'applicaliiin de la prophétie ne suit pas arbitraire , mais que l'événement en fixe et en détcriuiiic le sens. Par le défaut de celle condition, les oracles qui sijçniliaienlégaleincnlipieCrésus.rui de Lydie, et l'yrrhus, roi d'Éjiire, seraient vaincus ou victorieux (1) ilaiis les guerres qu'ils allaient eiitreprciidre, n'étaient pas de véritables prophéties. A plus forte raison doit-on refuser un titre si respectable à ces obscures rêveries, dont les auteurs ne s'enicnilaient pas cuxniiines , et où l'on trouve tout ce qu'on veut , parce qu'cIVoctivement elles ne disent rien. La seconde coii*diiion est que la prophétie ï&l consignée dans des monuments publics cl inaltérables avant son accomplissement. Sans cela on pourrait soupçonner qu'elle a été réfurn.éc sur l'événement ; et un soupçon si grave ne lui laisserait aucune autorité.

Je pourrais m'en tenir à ces deux conditions , e'. les incrédules n'auraient rien à répondre à toute prophétie qui les remplirait. Il y aura néanmoins quelque chose de plus dans les oracles que je leur oppos-rai. Ils verront que les prophètes ont prédit nonseulement des actions hbres que Dieu seul a \m leur révéler, mais des événements fort éloignés des temps et des pays où ils vivaient , sans aucun rapport à ce qui arrivait sous leurs yeux , contraires à toutes les idées de la prudence humaine, aux inclinations, aux espérances et aux projets des hommes qu'ils devaient le plus ménager. Tous ces caractères ne se trouveront pas rassemblés dans chacune des prophéties que nous leur citerons ; les incrédules seraient trop diTiciles s'ils l'exigeaient. On leur montrera qu'il était df 1.1 sagesse et de la bonté de Dieu de distribuer tellement les prophéties, qu'il y en eût un certain nom bre dont l'accomplissement fût prwhain et intéres sant pour les Juifs, dépositaires des livTes prophétiques. Mais ce qu'il n'est pas juste dj chercher dani chaque prédiction , on le trouve dans le corps entiei des prophéties , dictées par le même esprit. Qui n'admirera comment des hommes relégués dans un coin de l'univers , mcnJjres d'une nation séparée de toutes les autres , ont pu parcourir en esprit tous les siècles et toutes les contrées , marquer la destinée des empires qui n'étaient pas encore formés , prédire des révolutions éclatantes dont on ne voyait pas alors la moindre cause , nommer les héros et les princes qui en seraient les auteurs, ou les désigner par des traits aussi expressifs que leurs noms ; supputer les temps

(i) Il fut prédit h Crésus, qu'en passant le fleuve llalys, il renverserait un grand empire, ce qui pouvait s'enlendrc l'u sien, comme de celui de Cyrus, avec 1- quel il élail en guerre. L'oracle rendu â Pyrrhus, dans une éq\dvoque que la langue française ne peut iuiiler , signiliait également qu'il pouvait vaincre les Romains , ou que les Romains pouvaient la vaincre.

Aio le, /Eaiida, Romnnos vinccre posse.

et !es années des cvéncmenls futurs, en décrire les circonstances les plus singulières ; annoncer à tous les peuples du inonde la loi qu'ils devaient embrasser un jour , après avoir renonce au culte des idoles ; prophétiser à leur propre nation le malheur inouï qui lui était réservé? Aucune de ces prédictions n'a été démentie. Nous voyons de rus yeux l'accomplissenienl des plus importantes. Nous savons par des monuments authentiques tomment les autres ont été vérifiées. El si nous trouvons , comme cela doit être, plus de détails cl plus de suite dans les histoires qua dans les prophéties , nous remarquons que plus les historiens sont exacts ei lidèles, plus leurs relations sont conformes aux prédictions des prophètes. Les incrédules seront-ils assez aveugles pour méconnaître l'inspiration divine dans cci assemblage de prophéties? peuvent-ils se plaindre qu'on leur impose un joi:g trop pesant , lorsqu'on ne leur demande qu'à de telles conditions le sacrifice de leurs lumières à l'autoiitc de la révélation?

En ni'cngageant à n'alléguer aucune prophétie qui ne porte l'^mpreinie certaine de la divinité, je n'ai pas besoin de justifier les prophètes contre les accusations de Spinosa et de quelques impies qui les ont décriés. Je suis dispensé de répondre à tout ce qu'avance (1) ce coryphée moderne de l'athéisme, sur l'imagination des prophètes , sur la différence de leurs opinions , de leur humeur et de leur style. Suiv.inl l'usnge de tout écrivain qui cherche à séduire ses lecteurs , Spinosa mêle dans ce détail beaucoup d'erreurs à quelques vérités ; et il tire des unes et des autres des conséquences également fausses.

Les prophètes n'ont pas tous le même style; qui en doute ? 11 se ressent dans les uns de la noblesse de leur naissance ci de l'élévation de leur génie. Il lient davantage dans quelques autres de la méuiocriié de leur état , cl de la simplicité de leur cducalion. Mais Dieu n'a-l-il pas pu , eu les choisissant pour ses interprèles , s'accommoder à la irenqie de leur esprit ? Etait-il convenable que, dans l'exercice de ce ministère , il les dépouillât de leurs qualitt-s naturelles? Et sans examiner à fond les différentes sortes d'inspiration qui leur ont acquis le lilue auguste (rhatjiographcs , ou d'auteurs sacrés , qu'importe à la vérité de leurs oracles la manière dont ils les exprimaient? On trouve néanmoins dans ceux raèrae qui des conditions bs plus basses ont été appelés au ministère prophétique , des traits de la plus sublime «iloqucnce. Amos, qui iiiiprunte la plupart de ses images de la vie cliani|);!ire et pastorale qu'il avait menée , parle de la puissance divine avec plus de hauteur et de magnilicence que n'ont jamais Jaitles plus grands poètes de l'antiquité.

les prophètes s'emportaient quelquelbis contre les vices et les abus dont ils étaient témoins. Etait-ce, comme le prétc-iid Spinosa, l'effet d'une humeur inquiète et farouche? 11 est aiso de défigurer par des

(1) Trail. Theohgico-poUl.

noms odieux les vertus les plus pures. Slais quel est l'homme équitable qui puisse refuser son admiration à un zèle que des crimes énormes et toujours renaissants enîlamnieiil , et que la puissance ni la colère des criminels endurcis n'intimident jamais t Qui peut taxer ce zèle d'imprudence, ou l'allribuer à un caractère naturellement vif et impétueux, lorsque les châtiments qu'il annonce arrivent dans le temps et de la manière qu'ils sont prédits?

Souvent les prophètes menaçaient des plus terribles cidainiiés : d'autres fois ils promettaient des événements heureux. Quelle extravagance à Spinosa de soutenir que cette diversité de prophéties venait d'une imagination enjouée dans les uns, sombre au contraire et mélancolique dans les autres ! comme si les mêmes prophètes n'avaient pas prédit des biens et des maux; comme s'ils eussent pu d'iùUeurs disposer de l'avenir à leur gré , et proportionner les événements futurs à la qualité de leur imagination ! Spinosa s'est flatté qu'il suffirait de nommer celte imagination, pour décrédiier les ouvrages des prophètes, où l'on ne peut nier qu'elle n'éclate merveilleusement. Mais qu'a-t-elle de commun avec l'aceompliisement des prophéties ! De quelques couleurs qu'on la dépeigne , les secrets de l'avenir n'en élaient pas moins impénétrables pour elle. Les prophètes ont pu s'en servir pour animer leurs tableaux, pour rendre présents et sensibles les objets qu'ils n'apercevaient que dans un lointain. Mais la connaissance des choses futures a eu nécessairement un autre principe , cl s'il est vrai que l'inspiration divine a échauffé leur génie, il faut bien qu'elle l'ait éclairé, pour leur apprendre ce qu'ils ont prédit.

Pour ce qui est des préjugés qu'il leur reproche, cl qu'il soulicni même avoir varié parmi eux, ce n'est pas ici le lieu d'établir contre lui la vérité cl l'uniformité de leur doctrine. Des expressions niétaplioriques ou tirées du langage populaire ne prouvent pas que les prophètes aient enseigné des erreurs. Voilà néanmoins le principal motif de Spinosa pour leur en imputer , ou pour opposer les sentiments des uns à ceux de quelques autres. Ils ne prêchaient, de son propre aveu, que la justice et la vertu. Ils élaient les premiers à pratiquer leurs leçons. Ils ne voulaient donc tromper personne. Comment ont-ils pu se tromper eux-mêmes, ou se contredire réciproquement , s'il est vrai , comme nous nous obligeons à le prouver , qu'ils écrivaient par les ordres et avec l'assistance de Dieu qui leur manifestait l'avenir ?

Je puis mépriser par le même motif la plaisanterie aussi absurde qu'indécente d'un auteur anglais (i) sur les prophètes. Il les appelle des diseurs de bonne aventure, employés à découvrir des effets perdui, payés pour cela par ceux qui les consultaient , et vivants de cet indigne inéiier. On lit en effet dans l'tcriture sainte que Dieu daignait quelquefois révéler

(I) Antoine Collins, auteur d'un ouvrage intitulé Discours sur les fondements cl Ici raisons de la religio» chrétienne.

W. TIIKOL. llXtliET. LINCUtUlLITK CONVAI.NCLK PAR LliS HIOI'IILTIF.S. 730

•ÎÎ9 l'Ain

il an prupiicles ce t|u'un leur tloinaDdalt »ur des uffel» [MTilus, soil |Miur «fcrcililLT li-ur iiiiiiiMttTe , soit |>.iur accoi iliT il li'ur iiiU'ici'NMuii les ^ .utcîi iciiipori'lli» que pnmu'tuii'iil l'uiicifiiiif lui. Il clail il'usa^! quVn cuiisuliant ainsi les proplièU's, ou li-iir (ilfiit ili-» picseiiis. Mais iinus ne lisons pas que les vrai» prupliclis, dô>iiil.Tessis jii-iqu'au ili'lailu'inonl lo plus |joroî(|ue, aionl jamais acccplo les otVios qu'on leur faisait. Samuel refusa (1) celles de S;.Cil (i), Elisée telles de Naaii'.an. F.l pour dire (|uelque chose de plus pressant, Samuel, qui apprit (5) à Saùl que son père avait retrouvé ce qu'il eliercliait, élail-il un diseur de bonne aienlnre , loi-squ'il en prédisait de si Iragiciucs au grand-prètre lleli (l) , et à ce même Saiil (5) devenu roi d'Israël î Elisée mérilera-t-il le même nom, pour avoir consolé par un miracle celui qui avait perdu le fer de sacoi'^iiéc (ti), lui qui parlait aux rois atec tant de liberté , et leur annonçait des malheurs aa^si hardiment que des prospérités?

En général, les prédictions des prophètes étaient plus eflVayantes que flatteuses. Dieu les suscitait pour reprendre les vices non-sculenient du peuple , mais des prêtres, des grands do l'état , des souverains cux-uièmcs. Il leur ordonnait de faire briller aux yeux des pécheurs impénitents le glaive suspendu sur lerrs télés, de prédire la chute de Jérusalem, le pillage et la ruine du temple, le ravage de la Judée , l'exil et la c.iptivité de son peuple. Chargés de la publication de ces sinislrcs oracles , les prophètes ne devaient pas s'attendre qu'elle leur attirât des bienfaits. Ils exécutaient néanmoins une si dangereuse commission. On les accablait d'injures. On les enfermait en d'affreuses prisons. On les punissait quelquefois de mort. Ni la crainte ni les supplices ne pouvaient leur fermer la bouche, ou arracher d'eux une parole conforme aux désirs des rois et de la nation. Voilà les hommes qu'on ne rougit point de qualifier Ue diseurs de bonne aventure. Voilà comme leurs réponses étaient payées. Voilà le métier dont ils vivaient. Mais , pour trancher plus court , que signifie ce langage ? Sans doute , que les prophètes étaient des imposteurs. Toute la suite de cet ouvrage démontrera le contraire. Des hommes qui ont prédit avec certitude ce que des créatures n'ont pu savoir, ne ressemblent pas à des devins mercenaires qui Tendent leur mensonges, et mettent à proflt la crédule curiosité de ceux qui les consultent. L'accomplissement de leurs prophéties prouve en eus plus que de la droiture. 11 établit la grandeur et la divinité de leur ministère.

Jo ne transcrirai point toutes les prophéties qui pourraient entrer dans mon plan , et servir à con'bnérc les iucrédules. Leur nombre grossirait trop cet ouvrage , el fatiguerait le lecteur par de fréquentes

(1) 1 Reg. 9.

(2) 4 Iteg. S.

(3) \ Fieg. S).

(4) 1 lieg. 3.

(5) 1 Rcg. 15.

(6) 4 Reg. 6.

répétitions. Je cnoisirai dan» c« nombre colles qui me paraîtront les plus ellnvaine^^nlcs. l'eul-élie regretlera-t-uii (|uelques-uiii'b il» celles que j'aurai omises. Je n'exige pas qu'on approuve la ((référence que j'aurai donnée à d'autres ; et pourvu qu'on n'ait pas lieu de nie reprocher d'avoir alTaibli les preuves dont j'aurai fait usage , je consens d'avance qu'on dise qui- j'aurais |iu en ajouter d'aussi bonnes, ou >"n substituer de meilleures. (;e discours donnera un nouveau mérite à la cause que je défends, et rendra plus inexcusables les incrédules qui la conibattcni. J'éviterai avec eux les discussions d'une grammaire ou d'une critique trop recherchées. C'est un g 'nre d'érudition où il est facile de se faire honneur du travail d'autrui. Si l'on ne cherchait qu'à les éblouir par des observations multipliées sur la langue hébraiquo, sur l'histoire et sur la chronologie anciennes, on le pourrait à peu de frais, en copiant les interprètes et les commentateurs. Mais on se propose une lin plus digne de la matière qu'on traite. On veut les instruire et les éclairer. Pour y parvenir, on ne croit pas .avoir besoin d'une vaine montre d'érudition qui les éloignerait vraisemblablement d'un ouv;age qu'on souhaite leur rendre utile. Ce n'est pas qu'on prétende se dispenser de répondre aux dilliculiés solides, ni d'établir clairement le sens dans lequel on expliquera les propliéties. Us auraient droit de se plaindre qu'on les amuse , après avoir promis de les convaincre. On se flatte de leur tenir parole , sans être obligé de 3'enfoncer trop avant dans la controverse ; el si l'on n'écrit pas p.iui les savants , on tâchera de ne rien avancer qui puisse mériter leur censure.

DIVISION DE l'OUVRACI;.

Les propiiélies qui sont le sujet de cet ouvrage seront distribuées en deux classes. La première renfermera les prédictions des évécaments temporels. La seconde contiendra les oracles vériiiés dans la personne de Jésus-Christ et dans son Eglise.

prcmihf partie.

DES PRÉDICTIONS QUI REGARDENT DES ÉVI5NEMEi"IT8 TEUPOREI.S.

Page 1