CHAPITRE PREMIER
Des propiiélies temporelles contenues dans les livres de
Moïse.
H ne s'agit pas ici de prouver aux incrédules que Moïse est véritablement l'auteur des livres qui portent son nom. C'est une matière épuisée sur laquelle il n'y a plus rien à dire à des hommes assez opiniâtres pour contester encore une vérité si évidente. Toutes les preuves dont une vérité de cette espèce peut être appuyée se réftnissent en faveur de cellft^ ci. Le témoignage de l'auteur qui se nomirc luimême dans «on ouvrage, h consentement uiianinio
des écriv.iiiis de toul âge, de tout pays, de loule religion , la tradition perpétuelle d'un grand peuple qui, reconnaissant Moïse pour son législateur , lui a toujours attribué les livres du Pcntateuque , l'inipossibilité que ces livres aient été composes, dans ce qu'ils ont d'essentiel , par un auteur plus récent que les lois qu'ils établissent , que les prodiges qu'ils décrivent, que les prédictions qu'ils» contiennent, que les monuments dont ils font mention. S'il est permis de résister à l'assemblage de toutes ces preuves , il u'v a plus rien de certain, je ne dis pas dans l'histoire, mais dans la société civile et dans l'ordre judiciaire. C'est sans fondement qu'on s'est tant moqué de l'extravagante vision qui a reculé jusqu'au douzième siècle du Christianisme la date des plus précieux monuments de la littérature grecque et latine. Car il y a sans comparaison plus de motifs pour assurer à Moïse le Pcntateuque, qu'à Homère l'Iliade et l'Odyssée , à Virgile l'Enéide , à Horace les Odes et les Satyres, à Plutarque les Vies des Hommes illustres. Contre de telles démonstrations, que peuvent de légères didlcultés mille fois éclairtics jiar les savants, qui n'attaquent pas même le lond et la substance du Pcntateuque , et ne prouveraient tout au plus que ries additions de nulle importance postérieures au leuiiis de Moïse?
Voici un fait qui prouve sans réplique et d'une manière palpable que le Pentateuque est au moins plus ancien que le schisme des dix tribus , qui sous le règne de Uoboam, fds de Salomon,' se choisirerJ des rois particuliers, et abandonnèrent le temple de Jérusalem. Les Samaritains , peuple encore subsisinnt, conservent le texte hébreu du Pentateuque écrit en caractèreù différents de ceux dont se servent aujourd'hui les Juifs. On croit communément que ce so;it les anciens caractères hébreux, les Juifs, depuis la ca[>tivité de Babylone, ayant substitue les caractères clialdaïques à ceux de leur langue maternelle. On sait que les Samaritains sont un reste de cette colonie que les rois assyriens envoyèrent (1) dans le pays habité auparavant par U's dix tribus d'isriël , qu'ils avaient emmenées captives et trar.sjilantées dans leurs propres états. Cette colonie demanda un sacrificateur Israélite qui lui enseign.àt les cérémonies de la loi ce Moïse. Elle en fit d';ibord un mélange monstrueux avec le culte des fausses dinivilés. Enfin elle rcnonea entièrement à l'idolâtrie , dont on ne découvre plus elfoclivenient aucune trace parmi les Samaritains depuis le retour des Juifs dans la Terre-Sainte, et la construction du second temple de Jérusalem. Les Samaritains retinrent seulement une haine irréconciliable contre les Juifs, qui leur avait été sans doute transmise par les Israélites schismatiqucs, dont ils se regardaient comme les disciples et les successeurs.
Ils méprisent les glosesdu Talmud , et tout cequeles Juifs ont écrit depuis leur dispersion. Ils ne reconnaissent même que les cinqiivres du Pentateuque pourd:-
(«; 4 r.og. 17.
vins et authentiques , ce qui s'accorde parfaiicmeni avec l'époque de la séparation des dix tribus. Maisc'est ce qui démontre que la publication du Pentateuque a au moins précédé cette époque. Car, par la même raison que les Israélites séparés ont rejeté tous les livres insérés depuis leur séparation dans le canon des Juifs leurs plus mortels ennemis , ils auraient également refuse de leur main un ouvrage qui n'eût pa» été révéré par toute la nation, avant qu'elle se partageât. On seiit même que la vénération pour cet ouvrage devait être déjà profondément imprimée dans tous les cspriL<> , et qtie cela ne pouvait être , si sa publication eût été récente, lorsque le royaume fut démembré. Jéroboam, cet usurpateur si habile et si puissant sur l'esprit (le ses nouveaux sujets, aurait profilé de cette circonstance pour décréditer parmi eux un ouvrage qui condamnait le culte idolàtrique dont il était l'auteur, et favorisait ouvericnient la prééminence de la tribu de Juda , dont il les avait détaché'S.
La conséquence naturelle d'un fait si bien établi est que toutes les prophéties contenues dans les livres de Moïse, et dont l'accomplissement est postérieur à la séparation des dix tribus , sont incontestablement marquées au coin de la Divinité. Il n'y a rien dans cette preuve qui exige une discussion trop pénible , rien qui doive inspirer de la défiance aux incrédules. La date des prophéties est déjà fixée. On n'a plus à craindre qu'elles n'aient été composées après révéïiement. On les montre dans un livre public, faisant partie de la religion et du gouvernement , à couvert par ce double titre de toute altération ; et, ce qui est encore plus fort, entre les mains de deux peuples ennemis dont l'un n'aurait jamais adopte la fraude commise par l'autre. Ajoutons que ces prophéties sont telles, qu'il était plutôt derintérêt des Israélites de les supprimer que d'en approuver la supposition. Disons enfin que les paroles en sont si précises , qu on ne peut en éluder l'application aux événements qu'elles annoncent. Que peuvent désirer les incrédules de plus convaincant ?
La loi que je me suis imposée , pour rendre plus sensible l'accomplissement des pronhéiies , ne me permet pas d'employer celles qu'on lit d'ins la Genèse et dans le Deutéronome sur la destinée future des douze tribus. Jacob, sur le point de mourir (I), rassembla ses douze fils, pour leur prédire ce qui devait arriver dans les derniers temps. Cette expression et la suite de son discours font évidemment connaîire que la postérité des douze patriarches était plutôt l'objet de ses prédictions que leur personne. Moïse fit de même un testament prophétique, où il (2) s'expliqua sur chaque tribu, à l'exception de celle deSiméon qu'il n'y nomma pas.
Comme la plupart des prophéties que firent alors
(1) Vocavit Jacob filios suos , et ait eis : Congrrgamini ut aniuiniiom qu.-c venlura sunt vobis in d.'cbus iiovissimis. Gènes. 49, 1.
{■?.) DeutiT. J5.
133 l'Alii. I\. TIIKOL. EXKGF.T. LINCIIKIH et» ileui grands lioiniiii-s regarJciU duiia le sons iinniciliul ( II' sfui ilmit il soil ici i|ui--tiiiii ) lo |>.ul:n;i> (|iii iltviùl rtliiiir au\ dlIliTruli's liiluis île la l'aleslim- , lis e.\j)l"ils guerrieis de iicn-liiiu-ï. unes, le coninieiee el l.'s iiicllii.iuons de (|uel(|ut'S auVres , (in peul dire HirelU's l'i.iii'iil prosiiue toutes aeeoinplies avant le Si hiiine de-i di\ tribus ; et e'eit la pieinièie raison piiur laiiuelle lin n'insiste pas siu- eos proptiélies. Les incrédules doiveni juger par h\ de b tondescendaiice qu'on a pour euv dans cette dispute. l'eui-tîtrc paraitra-l-elle excessive; car si je ne me fusse pas restreint, pour éviter toute onihiede contestation, ;^ une époque aussi connue que l'établissenienl du royaume d'Israël sous Jéroboam , si j'eusse supposé , comme après tout lu cliose est certaine , que la public;ition du Penlateuque parmi les Israélites a précédé leur entiéc dans la terre de Clianann , quel avantage ne pouvais-jc pas tirer de ces prophéties coiiire les incri-dules? N'est-il pas merveilleux que le iiit-me livre où les Israélites trouvaient leui s lois civiles, politiques et religieuses , qui contenait l'histoire de leurs ancêtres , leur ait marqué par avance le pays que plusieure de leurs tribus devaient occuper, en le désignant par sa situation et ses confins, par la nature et les productions (lu ti^rroir, leur ail annoncé la prérogative de rang et d'autorité qui devait distiiigiier l'une de ces tribus , l'humeur martiale el les victoires de certaines d'entre elles, l'application de celles-ci à l'agriculture, de celles-là au négoce maritime ?
Il est vrai que les interprètes ne sont pas d'accord sur l'explication de chacune de ces prophéties. L'éloignement infini, el le défaut de connaissances historiques, y répandent une obscurité que nous ne sommes plus en étal de dissiper p.irfaitement. C'est la seconde ra'son qui m'enipcche de m'étcndre sur ces prophéties. Cependant il se présente une réflexion fori simple qui doit persuader aux incrédules , indépendamment de toutes controverses , qu'eil' s ont été accomplies. Les anciens Hébreux ont eu pour leur interprétation des lumières que nous n'avons pas. Ils connaissaient mieux que nous la langue de Moïse, qui était la leur, lis savaient ce qui était arrivé depuis le passage du Jourdain à toutes les tribus. Ils voyaient par eus-mémes l'habitation , le caractère , el les occupations de chacune. Or, ils n'ont jamais Jouté que les prédictions de Jacob et de .Moïse sur tout cela no fussent exactement conformes à l'événement. De quel œil auraient-ils regardé un livre où ils auraient aj.ei ça des faussetés manifestes? Que fallait-il de plus qu'une telle preuve d'imposture dans leur législateur , pour les soulever sans retour contre une loi qui les .iccablait par une multitude de préceptes pénibles 1 On trompe les hommes pendant quchpie temps ; et encore ne le peut-on pas sur des faits dont ils sont témoins ocniaircs. Mais il est plus impossible de perpétuer la séJuclion durant plusieurs races , qui , se succédant les unes aux autres , constatent tous les jours par de nouvelles preuves les mensonges du prétendu propiiètc. Les tribus de Ruben , de Siméon et de Ixivi
LITt; CO.WAIMl K l'VU LES PKOI'IILTIICS. 73» dont les fondatcuni étaient bi maltraités (() dans In prophétie de Jacob , n'auraient pas manqiu- d'en faire valoir la fausseté, pour abolir ou pour décrier un lilro qui déshonorait leur origine. Tons les Israélites n'auraient eu que dn mépris pour des oracles démentis à leurs yeux par l'événement. Il faut donc cpi'ils aient été forcés d'en reconnailre la fidélité, pui'iiu'iis eo sont constamment accordés à respecter connue divin le livre qui les contenait. Mais s'ils n'ont pu douter de raccomplissement de ces oracles dans un temps où il était si facile d'en juger, leur conviction ne doilelle pas entraîner la mitre ? Et quelque diflicuité i|ue nous éprouvions aujourd'hui à faire l'aiiplication de !a plupart de ces prophéties, ne noussullit-il pas qu'elle ait été faite par les anciens Hébreux , pour ôtre assurés de rinspiration divine qui les a dictées?
Je pourrais raisonner de même sur une partie des prédictions de Ualaam. On sait Fliisloire de ce prophète. Moïse le représente dans le livre des Nombres (2) comme un homme vérit.ahlement éclairé d'une lumière surnaturelle , mais dominé par l'avarice. Celte honteuse passion qui l'engagea, contre l'ordre exprès de Dieu, h suivre les envoyés de Balac, roi de Moab , ne put néanmoins tirer de sa bouche les malédictions que ce prince voulait lui faire prononcer contre les Israélites. 11 ne parla que de leurs vi( loires futures contre les Chanancens et contre les peuples qui lui disputaient l'entrée de la Palestine. M.iis ce n'est pas précisément à quoi je m'arrête. L'intervalle entre ces cvénemenis cl les prophélies n'est pas assez long, pour démontrer sensiblement aux incrédules que les unes ont précédé les autres.
Il serait plus aisé de les convaincre par d'anîres prédictions du même prophète. Car il annon(;a aux peuples, dont il découvrit le pays du haut de la montagne sur laquelle il prophétisait , des malheurs qui n'arrivèrent qu'après plusieurs siècles écoulés. Il prédit le carnage dos Amalécites vaincus par Saiil (3). Il nomma même Agag (4) , ce prince infortuné d'Amalec que Saûl épargna. Et à s'en tenir à la version de notre Vulgate , rien de plus clair que cette prophétie : elle fait entendre que la fausse compassion de SaiiJ pour un roi condamné à la mort par un arrêt de la justice divine fut cause de la réproiiation de ce premier roi d'Israël. Quand on préférerait d'autres versions, qui marquent seulement h défaite d'Agag, que doivent penser les incrédules d'une prophétie qui appelle par son nom un prince plusieurs siècks
(1) Ruben primogenitus meus.... effusus es sicut aijua ; non crescas.quia ascemlisti cubile pairis lui, et niacnlàsli slralum ejus. Simcon et Levi lialres, vasa iniquitatis beilanlia.... Maledictr.s furor corum, quia perlinax, el iudignatio corum, quia dura. Gènes. 49, 5, 4, 5, 7.
(2) Numer. 22, 23, 24.
(5) Cùuiquo vidisset Anialec, assumens pnrabolam, ait : l'rir.cipium peiuinm AniaU^c, ciijns cxtrema perdeiitur. ISumer. 24, 20.
(4) T<Mleiur propier Agng, rcx- ejus, cl aurcretur ro- Knum illius. lùid. 7.
OEUVKES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
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avanl sa naissance , ei qui annonce le renvciseineni de son trône ?
La guerre de Saiil cunl-e les Araalécites louche de irop près l'époque à laquelle nous nous sommes altachés , pour qu'il soit permis de supposer que l'oracle qui l'a prcdiie a été forge après rOvcnemenl. Dès qu'il esl indubitable que la publication du Pentateuque a procédé le schisme des dix tribus , il faut nécessairement la faire remonter au-dessus du règne de Salomo:i , de David , et même de Saiil. J'ai déjà observé que si Jéroboam, auteur de ce schisme, n'avait pas trouvé l'autorité du Pentateuque affermie par une possession immémoriale, il était trop intéressé à désabuser ses nouveux sujets de la croyance qu'ils avaient aux livres de Moïse , pour ue pas leur en montrer la supposition.
Mais que réponilront les incrédules à la captivité des Cinécns prédite également par Balaam , et attribuée dans sa prophétie aux Assyriens (1)? Les Cinéens, peuple associé aux Israélites, et habitant au milieu d'eux , ne furent réduits en esclavage que longtemps après le schisme des dix tribus. La partie de ce peuple établie (2) dans le territoire de la tribu de Ncplitali fut enlevée avec cette li ihu par Théijlatlipbalazar, roi d'As-syrie (5); cl l'autre partie, qui n'avait pas abandonné la première habitation (1) qu'on lui avait assignée parmi les enfants de JuJa, sidiii conme eux la loi de Nabuchodonosor , cl passa de la JuJée dans les états de ce conquérant. Voilà une prophétie sans équivoqiia, dont les plus opiniâtres incrédules doivent avouer que raccomplisscmenl esl postérieur à sn publication.
Je consens qu'ils la comptent pour peu de chose. En voici une autre du même prophète plus frappante encore par son évidence. Ce n'est plus sculemonl d'un peuple obscur, et qui n'est connu que par l'Ecriture sainte, que je vais leur parler ; c'est des événements les plus mémorables dans l'histoire , et qui concerne dos nations dont tout l'univers connaît la destinée. Qui croirait que les guerres des Romains contre les rois de Syrie cl contre les Jui.'^s se trouvassent dans le Penlalcuque, c'est -à-dire dans un ouvrage composé, selon no'.is et dans la vérité, sept cents (o) ans avant la fondation de Uonie , cl près de trois cents ans au moins , suivant une date que les incrédules , s'ils n'ont pas renoncé à la raison , ne peuvent contester. Car la fondation de Rome, qu'on rapporte communément à l'année 7.'i3 avant l'ère chrétienne, est postérieure de sept siècles à l'âge de Moïse , et d'environ trois siècles au règne de Salomon. Commeni Dalaani,
(1) Vidil quoque Cinceum , et assumptâ parabolà, ail. ... : Si in petrà posueris niduiii luum , et iueris eleclus de slirpc Cin, quamdiii polcris pennanere'î Assur cnini capiet le. ISamer. 'ii, 2l, 22.
(2) Judic. 4, 11.
(5) 4 Reg. 13. 29.
(4)Judic. 1,1G.
(5) Nous suivons dans cette époque et dans la suivante le calcul du texte hébreu adopié par la Vulgaie. Selon le calcul des Sepunie et du texte gamarilain, il faudrait reirancher cent ans.
que Moïse fait parler, a-l-il pu prévoir que des ar inées venues d'Italie (1) traverseraient les mers pour attaquer la Syrie, en détruiraient l'empire, subjugueraient dans la suite les Hébreux ; mais qu'enfiu et* formidables vainqueurs périraient eux-mêmes .'
La première prédiction s'est accomplie par degrés. Son accomplissement commença lorsque les Romains commandés par les deux Scipions, ayant passé pour la première fois le détroit de l'ilellespont, qui sépare l'Europe de l'Asie , vainquirent Aniiochus-le-Grand dans la bataille de Magnésie, et le forcèrent après cetln victoire d'abandonner les pays qu'il possédait en-dcçi du mont Taurus. L'empire syiien, affaibli par ce désastre , ne lit plus que pencher et s'avancer vers sa ruine , jusqu'à ce qu'enfin Pompée l'anéantît , en réduisant la Syrie en province romaine , cl en dépouillant de la couronne Antochius-l' Asiatique, le dernier des princes Séleucides. Alors celle partie de l'oracle de Balaam reçut son parfait accomplissement. Sous le même Pompée, les Hébreux commencèrent à éprouver la supériorité des armes romaines. Le trône où ils avaient fait monter les Asmuuéens , princes tirés de leur nation , fut ébranlé par ce général , qui venait de conquérir la Syrie. Mais bientôt après il fut renverse par Ilérode, allié des Romains , et secouru de leurs troupes. Les Juifs, déjà tributaires des Romains, et assujélis sous Ilérode à une domination étrangère , vtrcnl après la mort de ce prince leur patrie réduiic en province romaine. C'en éiait assez pour vérifier h leur égard la prophétie de Balaam ; mais elle eut aux yeux de l'univers un accomplissement plus manifeste, lorsque Titus, àla tête d'unc.armée romaine, détruisit Jérusalem jusqu'aux fondements , fit un carnage horrible des Juifs , cl chassa pour toujours de la Palestine celte malheureuse naiion. Les Romains auteurs de tant de maux, ont subi le sort que Balaam leur avait prédit ; et il n'est pas nécessaire d'ajouter commcnl la chute de leur empire a mis le dernier sceau à l'exécution de sa prophétie.
Arrêtons- nous un moment sur ces étonnantes prédictions. Qui se fftt attendu, lorsque Balaam peignait sous des images si pompeuses la valeur invincible du pei;ple d'Israël, sa fidélité au culte de Dieu , ses conquêtes, la muliiplication infiniede ses descendants (2), que tous ces éloges se lerminera-ient à la prédiction de sa ruine? Qu'on ne dise pas que cet avare prophète voulait plaire au roi de Moab, l'ennemi des Israélites. L'infortune dont il les menace est pour un temps si éloigné, qu'il s'écrie dans l'admiration où le jette ce prodigieux èloignement : Hélas ! qui sera et)
(1) Venienl in triremibus de Italiâ. Siiperabuni Assyrios, vastalmnlque llebraeos, et ad extrenium ipsi peribunl. ISumer. 24, 24.
(2) Quis diiiumerarc possit pulverem Jacob , et nôsse numerum stirpis Israël ?... Non est idolum in Jacob, nec videlur simulacrum in Israël. Dominus Dcus ejus cum co est , et clangor vicioriae régis in illo... ecce populus ut Icxna consurget, et quasi leo erigeiur. Non accubabit donec devorei praedam et oocieorum sanguinem bibal. Niimer. 23, 10, 21, 24.
757 l'AUT. I\. Tlir.OI,. KXK(;tT.-LIM.RE(>L' v<> , forii;ii« bitu fera ImUt cti cliotet (1)7 Avant co li'iiip!) , .Mtub , Kiluin, Aiiiali-c soroni iluiiiplos p.ir l^jôl. // liifvrtra toulei les riulio.u i;iii l'fitlourenl , il bridera Uurs 03, et Us fiiTcern de ses flèdiet. nalaani ne parle pas de la scrvitudi' iiù 1rs Urarlili's |;riiiii'ciit pendant vingt ans sous tglun , roi de Moab , l'un des hui'cfssours de Ualac , de l'oppression où les tinrent (loiidaut sept ans les Madianlles, allies du m(ïme lljlae. La merveille eût élé moindre, ces événemeii'.s étant plus rapproclii-s du temps dans l&^ucl il propliéiisait ; cl il serait plus vraisemblable qu'il a voulu flatter par ses proplioiies ceux dont il attendait de rieties présents. Mais dans toutes les guerres ([u'Israel devait soutenir contre ses voisins, italaam ne voit que se» victoires. S'il a des prédictions sinistres à faire sur cette nation , il se perd dans la postérité la plus reculée. Il va cherclier un peuple qui n'evistnit pas encore , séparés |)ar des mers iniinenses des contrées dont les Israélites devaient se rendre laaitrcs. Voila le destructeur qu'il leur annonce. Et, portant ses regards dans un avenir encore plus éloigné, il assure que la verge dont Dieu aura Irappé Israël sera mise en pièces à son tour. Est-ce une basse .".dulalion qui a diclé de telles prophéties? Est-ce une habile prévoyance qui a deviné des événements qu'il était même impossible de conjecturer ?
Il doit paraître singulier aux incrédules que cette prédiction se trouve dans un livre de tout temps SI c'Ir'i"" aux Juifs ; que le plus ancien et le plus respecté de leurs monuments , le titre selon eux de leur grandeur et de leur prééminence au-dessus des autres nations, ait été pour eux le pronostic de la fin tragique de leur empire. Ce n'est pus le langage de l'imposture. Moïse, ou tout autre auteur du Pentateuque, n'aurait pas imaginé de lui-même un événement si peu honorable à ses concitoyens. Il n'aurait pas inséré dans son ouvrage une prophétie qui devait les lévolter. On ne conçoit pas comment, après l'avoir lue , et continuant sans cesse de la lire , ils ont pu conserver une si profonde vénération pour ce livre , si les preuves les plus convaincantes ne les ont pas forcés d'en reconnaître la divinité. Mais laissons ce raisonnement malgré toute sa force. Nous n'en avons pas besoin pour justifier les prophéties que nous venons de citer. Le Pentatcuque est certainement plus ancien que le schisme des dix tribus sous Jéroboam. Or les conquêtes des Romains dans la Svrio , l'assujétisseracnt des Juifs à la puissance romaine, le siège et la prise de Jérusalem par Titus , la chute de l'empire romain , sont des événements postérieurs à ce schisme de beaucoup de siècles. Donc le Pentatcuque, oii ces événements sont prédits, est un livre divin ; et les incrédules sont confondus.
Je ne dissimulerai pas, ce que peu d'incrédules m'objecteraient sans doute , que si on lit dans la version Yulgate que les vainqueurs des Assyriens et des Hébreux viendront sur des galères d'Italie , le texte
(1) Heu ! qnis viciurus est quando ista faciet Deusî Numer. 24, 23.
LITE C.ONVAINTl'E TAIV LES PROPMF.TIF.S. 73R hébreu ditqu'ilsvjendronl de Céihim, terme que notre interprète a rendu pir celui d'Italie. IJn témoignage évident de !^a lidelitc i cet é(;ard r'St d'alxird le coi>sentenient unanime de<t anciens Tanjiimittei ou p:iraplirasles juifs (|ui traduisent de la même manière le mot de Cétbiin. Quelques-uns nomment même les Romains, d'autres nomment la I.oinbardie dans leurs versions, parce (|u'ils écrivaient dans un tcuipsM) où les Lombards régnaient sur la plus gr.inue partie de l'Italie. Cétliim dans les versions orientales signifie également les Romains. Il est vrai qu'en rassemblant tous les endroits de l'Ecriture où se trouve le mol de (Cétliim, on peut croire qu'il était générique dans I.1 langue des Hébreux , et qu'il exprimait toulcs les cotes maritimes de l'occident. Le savant IKichart, qui a recherché avec tant de soin l'origine des premiers peuples répandus dans les différentes parties de l'univers , soutient néanmoins que Céll:im dans toulo l'Ecriture ne veut ilire que l'Italie. Nous le lui avouons pour la plupart des textes qu'il cite. M lis l'autorité du premier livre des Machabées, qu'un calviniste ne regarde pas comme canonique , quoique cet écrivain lui rende plus de justice que ses confrères, nous oblige de reconnaître que les Macédoniens ont eu quelquefois chez les Hébreux le nom de Céihéens(2). Dès lors il paraît inévitable de donner au mot d<3 Cétliim une signification générique, déterminée ensuiie par les circonstances à certaines côtes mariiinoes de l'Occident plutôt qu'à d'autres. Or il est visible que les armées, qui dans la prophétie de Balaani traversent la mer sur des vaisseaux, ne peuvent venir que des côtes d'Italie. Lorsque les Macédoniens passèrent d'Occident en Orient, ils ne renversèrent aucun empire qui portât le nom d'AssjTie ou de Syrie. Ils rétablirent plutôt un royaume de ce nom. Ils ne firent aucun mal aux Juifs, qu'Alexandre au contraire combla de faveurs. Ainsi ce peuple d'Occident, que Balaam désigne par ces quatre caractères, d'être venu sur des vaisseaux , de dompter les Assyriens , de perdre les Hébreux, et de périr enfin lui-même, est nécessairement le peuple romain ; et notre Vulgale a dû traduire dans cet endroit Cétliim par l'Italie.
D'autres prophéties du Pentatcuque montrent clairemen' que l'auteur de ce livre n'a pas eu dessein de flatter le peuple auquel il annonçait l'avenir ; puissant préjugé en faveur de ses prophéties. Un fourbe, qui débile ses propres visions pour des oracles inspirés, cherche à leur acquérir du crédit auprès de ceux qui l'écoutent. S'attirera-t-il leur attention et leur créance en leur faisant les reproches les plus amers , en leur prédisant des calamités et les cliàti-" ments inouis des crimes dont il assure qu'ils se rendront coupables? Ce serait là un nouveau genre d'imposture dont l'histoire ne fournit point d'exemples,
{\) Voyez le Phaleg de Bochart, chap. o du troisième Svre de la première partie.
(2) Alexander Philippi Macedo... egrçssu» de terri Cethim, Darium regem Persarum et Medorumpercus- 8it. iMach. i. 1.
7Ô9 œUVRES COMPLETES DE
mconipnliblt d'ailleurs avec les penchants les plus vifs du cœiir humain.
C'est ainsi néanraokis que Moïse a propliclisé. Non content de rappeler sans cesse aux Israélites leurs idulàiries passées , leur ingratitude envers Dieu , leur endurcissement après tant de prodiges opères en leur présence, il leur déclare qu'apfès sa mort ils commcllront tes mêmes iniquilés, et qu'ils ne tarderont pas à s'écarter de la voie qu'il leur a tracée (1). Ce n'est pas une conjecture qu'il hasarde ; il parle avec une entière certitude, comme un liomnic qui lit dans l'avenir. Je le sas, dit-il, et je n'en puis douter. L'événement n'a que trop justifié cette prophétie. Qui ne sait que les Israélites, malgré tant d'avertissements , de miracles, et de punitions, ont ouUié mille fois le vrai Dieu pour adorer des idoles? Et cela nca-seulement avant le règne de Uoboam , mais encore longtemps après la séparation des dix tribus, pour revenir toujours à la date que nous nous sommes prescrite. Je veux même qu'on s'imagine pouvoir affaiblir celte preuve d'inspiration par le raiionnement que -Moïse avait fait auparavant : /e comtûîs, avait-il dit, voire cœur opiniâtre et incorrigible. Pendant ma vie, et lorsque j'étais à votre tète, vous vous êtes toujours révolus contre le Seigneur ; combien plus après que je serai mort (3) ! 11 était pourtant naturel de penser que l'envie qui s'attache ordinairement au mérite et à l'autorité, se trouvant éteinte par la mort de Moïse, les Israélites ne se souviendraient plus que de la sagesse de ses lois, que des services inestimables qu'il avait rendus à la nation , que des prodiges sur la Tériié desquels on interpellait le témoignage de leurs yeux et de leurs oreilles. Mais quand Moïse aurait pu deviner humainement lidolàtrie future des Israélites, pouvait-il prévoir de nicine les ciiconstances les plus singulières du supplice que Dieu leur réservait?
H y a sur ces circonstances deux prédictions remarquables, l'une dans le Lévitique, l'autre dans le Deuléronome : prédictions conditionnelles à la vérité ; car Moïse expose d'abord aux Hébreux les biens dont leur Ddélité sera récompensée ; et ce n'est que dans le cas qu'ils soient rebelles à Dieu , qu'il leur dénonce les maux effroyables qu'ils doivent souffrir. Mais celte seconde condition ayant été malheureusement remplie par les Israélites, la prédiction devient absolue ; et lorsqu'on en voit l'accomplissement , on ne peut plus douter que Dieu, ayant révélé à Moïse l'infidélité future de son peuple , ne lui en ait eu même temps découvert les suites affreuses. Ces suites ne sont ignorées de personne. Deux fois les Juifs ont été chassés de la Palestine, réduits en esclavage, dispersés 3n des climats loinlains.Deux fois leur pays a été impitoyablement ravagé par des armées viclorieuses , leur ville capitale emportée d'assaut et rasée après un siège meurtrier, où ils ont éprouvé les effetsde la plus cruelle
II) Novi qnôd post mortein raeam inique agetis, deôlinabilis cilô de via , quara pracccpi vobls : et occurreni vobis mala in extremo tempore. Dculer 31.29.
(2) Veui.r. 31,27.
lamine. Je n'ai pas besoin d'ajouter que ces aeux événements se rapportent , le premier à l'espédilion de Nabuchodonosor , roi des Chaldéens, le second à celle de Titus, général, et ensuite empereur des Romains.
En lisant avec attention le teste de Moïse, on demeure convaincu que l'une et l'autre de ces expé ditions ont été présentes à son esprit. Mais il ne les distingue pas avec la précision d'un critique et la netteté d'un historien. On verra dans la suite les diffi'rcnces qui doivent être entre la narration des choses passées et la prédiction de l'avenir. A cette exactitude près, qu'il n'est pas permis de chercher dans le discours d'un prophète, on trouve dans celui de Mo'isc , et les principales circonstances par où ces deux événements se ressemblent , et quelques-unes de celles qui sont particulières à l'un ou à l'autre.
Rien n'a plus attaché les Israélites, peuple grossier et charnel, à la mémoire de Moïse, que la promesse qu'il leur avait faite de conquérir la terre de Chanaan; promesse accomplie par l'événement contre toutes les règles de la prudence humaine. Etait-il vraisenJjlable que tant de peuples , qui ne cédaient pas aux Israélites en courage , et l'emportaient sur eux par le nombre et la force extraordinaire de leuis guerriers, dussent être anéantis par une seule nation, dont ils pouvaient mépriser la faiblesse ? Moïse était si persuadé que cela serait , quoiqu'il n'en dût pas être témoin , qu'il ûl un crime aux Israélites sortis avec lui de l'Egjpte de s'être livrés à la défiance sur la vérité de celte promesse. Tout arriva comme il l'avait prédit. Le Chananéen fut vaincu , et Israël prit sa place dans la Palestine. Mais si l'on se figure qu'il avait voulu flatter sa nation par celle prophétie , ou œème qu'elle a été fabriquée après l'événement , que devaient penser du temps des rois de Juda et de ceux de Samarie, temps où il est plus clair que le jour que le Pentaieuque existait déjà, que devaient, dis-je, penser alors les Israélites, en lisant dans ce liîre chéri que la délicieuse contrée dont ils se croyaient possesseurs par un décret de Dieu, leur serait un jour enlevée? Celle prédiction devait-elle leur plaire? L'imposteur , qui selon les incrédules aurait suppose sous le nom de MoïiC les cinq livres du Peniateuque , pouvait-il espérer de séduire une nation qu'il dépouillait par avance d'un si précieux héritage? Il y a néanmoins réussi ; et ce qui doit encore plus surprendre les incrédules , ou plulôt ce qui doit les confondre, c'est que les tristes prophéties de cet imposteur prétendu ont été vérifiées long-temps après la supposition qu'on lui attribue.
I! est prédit aux Israélites au chapitre 26 du Lévilique , que (1) leur terre sera désolée et que leurs en-
(1) Disperdam terram vestram, et slupebunl super eam inimici vesiri , cùm habiialores illiiis lucriiit. Vos auteia dispcrgam in genlO-S... Tune placebunt terrai sabbata sua cunclis diebus solitudiiiis Buœ , quando fucritis in lerrà hostili , sabbalisabil et ri quiescct in sabbalis solitudinis sux , eô quôd non rrcjdeverit ir sabbatis vesiris , quandô habitabatts lu e.i. I^vit 26, 52 53, 51, 53.
•î.ii\;r i\. liiii»!.. i:xe(;kt. i/iNciiKDn.
ntmit teront lUiis l'étowiemeitl , i/iiunij ils te verront Us muitret \\\\n« ri'giuii bi Kolciiiiellviiic-.il |iroiiiiM! uu |i('iiplo tli> Dit'u; (|iic |iuui' cu\, iU>irruii/ iln/vrii'j fiarim Us nulioiis, el i|;ic Itur terre, cju'ilii n'avaii'iil pus l:uv>é ri'puscr |ioiulaiU k'i sabbaB qui leur l'Iaii'iit proscriu , se ropASora maigre eux (1), inculte et dé- Kurto «luraiil leur exil. Ou vuil <laiis ces paroles Iti clilliiiicnl iPuno pri varicatiuii cuiiiiiiise par les Juil's coalre un îles cciuiiuaiiJi.'iiU'iits Je leur lui. t.'esl ce ij'ii prouve ([u'elles ili)iveui s'eiitemlre de leur preuiière t;ipii> ité dans la Clialdée. Car co lerrible fléau lit une si lurie iiiipression sur -leur cjpril , que depuis leur retuur dans lu TeiTe-Sainle le gros de l:i nation observa religieusement la lettre de la loi do îloise ; el dans Us temps qui précédèrenl la dernière destruction de Jérusalem par les lîomains , les Juifs , loin deviolcr le précepte du sabbat, l'accomplissaient avec une ré^julariic superstiiicuse.
lue autre eirconslance , qui ne convient qu'à II première captivité des Juifs, est annoncée au cli:ipilrc iiS du Deutéionome. H y csl dii que le rvi qu'ils se sfront choisi sera traiisporlé avec eux au milieu d'une ualiou qu''eux et leurs phes ne connaissaient puj (2). Cette prophétie fut aceoniplii' , loi sijue iSalmcliodonosor emmena d'abord à Baliyloiie Joacbim, roi de Jérusalem, el ensuite Sédécias, oncle eisucccsseur de ce prince. Les Juifs n'avaient pus de roi quand ils lurenl ilomiités pr.r Tiius.
Ce même clia()ilre du Deuléronome fait une pciiiture encore plus vive des m:;llieurs préparés aux Juifs dans leur double captivité. Il les avertit que Dieu fera venir contre eux, de Lin et des extrémités de la terre, une nation doul Cimpétuosilé sera semblable à celle de l'aigle qui fund sur sa proie, une nalion dont ils n'entendront pas la langue, une nalion (nricuse qni n'épargnera ni les vieillards ni les enfants, qui ne leur laissera ni froment, ni' vin, nileurs troupeaux de ba;v.fs et de brebis, qui renversera ces hautes murailles dans lesquelles ils avaient ta:U de confiance (3), etc. Tout cela peut s'expliquer à la Iclirc des Clialdéens conduits par Nabucliodonosar qui ravagèrent les oampagnes de la Judée, en prirent toutes les villes , et rasèreoi Jérusalem. Mais cette prophétie s'accorapUt avec plus d'éclal , et d'une manière plus liliéralc, dans la guerre que Titus fit aux Juifs. Les Romains furent à leur cg.ud ce peuple appelé de loin et des extrémités de la lerre , ce peuple dout la course rapide imita le vol impétueux de l'aigle qu'il portait dans ses étendards , dont les Hébreux n'entendaient pas la langue, plus différcnie de la leur que celle des Cbaldéens , dout la fureur mil à feu et à sang loute
(1) Il est à remarquer que pendant les 70 années de la eapiivité des Juifs dans la Chaldée, la terre de Chanaan dejiieura en friche , quelque belle et quelque fertile qu'elle lui. Son inaction et sa solitude, prédites par cel oracle, furent respectées par les nations qui avaient le plus grand imérél i la peupler et à la cultiver.
liE CONVAINCLE P.\R LES IMIOI'IIKTIKS. 742
la Judée , el en déuuisil la capitale du l'md ea cutniile.
l ne liiirrili!e famine adligea Jérusalem pendant ces deux sièges avi'C celle circonstance commune à l'un cl à l'autre, el prédite dans le Deuléronome (I), qui; les mères, oub'i.mi tous IcsKciiiJrnenls de la nature, massacrèrent leurs propres cnfanls pour se nourrir de leur cli.dr.
La dispeision , ilont il est parlé dans le même endroit, ressemble davanlageùcelle qui csl arrivée aus Juifs depuis que les Humains les ont chassés de la l'alcsline. Suivant colle prédiction, ils devaient être dispersés parmi tous les peuples d'un bout de la terre à l'amrc (2). Les incrédules n'ont ici besoin que de leurs yeux pour reconnaître racconqilissenicnt do celte prophéiic.
Eidin le même chapitre ajoute une dernière circonstance qui n'a eu lieu qu'api'ès la seconde ruine de Jérusalem. Les Hébreux, sortis par terre de Vtgijpte, oit il leur était défendu de retourner, y seront ramenés sur des vaisseaux el vendus, dans cet odieux pays, comme des esclaves, sans qu'il se trouve des marchands pour les acheter (2). Josèphe nous raconte (3) l'évéiiemont qui vérilia cette prophétie. Titus, victorieux des Juil's, envoya en Egypte lous les capliis au-dessus de dix-sept ans. Ils y lurent vendus pour servir aux plus vils travaux ; et leur multitude fut si grande , qu";\ peine trouva-l-elle des acheteurs.
Quelle étonnante prophétie dans une telle distance de temps! et lorsqu'on en pénètre l'esprit , combien parait-elle digne de l'Être suprême qui l'a inspirée i C'est comme si Moïse disait aux Israélites : On no vous a rien défendu avec plus de force que de retourner en Egypte. C'est pour vous une terre maudite. Tout commerce morne avec elle est un crime pour vous (4). Un de vos rois se flattera vainement de repousser par le secours de l'Egypte les attaques do liabylone. Celte alliance funeste précipitera sa perle. Ceux de vos descendants (5) qui chercheront un asile en Egypte, contre les averlissements des prophètes, n'y trouveront que la raori. Ne semble-t-il pas que Dieu ait voulu mettre une barrière éternello entre vous et une terre souillée par une honteuse idolâtrie, où vos pères d'ailleurs ont été si cruellement opprimés. Cependant il viendra un lempsoù,pour punir vos iniquités montées à leur comble, Dieu vous ramènera malgré vous dans ce même pays qu'il vous
(2) Dcuior. 28, 36,
(-.) Deuter. 23, 49, 50, 51, E2.
(1) Comedes fructum uteri lui et carnes fdiorum tuorum et filiarum tuarum, quas dederit tibi Dominos tuus, in angustià et vastiiate quà opprimet te bosiis tuus. Deutir. 28, 53.
(2) Dispergct te Dominus in omnes populos à summiuilo icrrœ usque ad terminos ejus. Oeuler. 28. C4.
3) Keducet te Dominus classibus in yEgyptum per viam de quà dixil tibi ut eam ampliùs non vidorcs. Ibl venJeris inimicis tuis in servos et ancillas, et non eril qui emat. Deuter. 28 , (iS.
(4) De bcllo Judaico, lib. G, cap. il.
(.")) Jerem. 37.
(0) Jerem. 12,43, 41.
la
ŒUVRES COMPLETES DE LE» RANG DE POMTIGNAN. lU
Inferdil aujourd'hui. Vous y retournerez , non par le même chemin de terre que vous avez pris quand vous ensorliles, mais sur des vaisseaux, afin que vous ne puissiez écliapper aux gardes qui vous conduiront. Arrivés en Egypte , vous y subirez un esclavage plus dur et plus humiliant que celui dont vous avez été délivrés par mon ministère. Parler ainsi, et ne rien dire qui ne soit justifié par l'événement , n'est-ce pas se déclarer avec évidence l'interprète et l'envoyé de Dieu?
L'auteur du Pcntaieuque n'a pas seulement prévu l'induélilé des Juifs et la captivité qui en devait être le cliâtiment. Il a percé plus avant dans la nuit prolonde de l'avenir. Il a prédit leur pénitence et leur heureux retour dans l'héritage dont ils devaient être bannis. Jetés enverrai, fait-il (1) dire à Dieu , dans une terre ennemie, où ils demeureront jusqu'à ce que leur cœur incirconcis soit touché de honte et de repentir. Ils prieront alors pour leurs iniquités, et je we souviendrai de mon alliance avec Jacob, Isaac et Abraham. Je me souviendrai aussi de la terre qu'ils hahit:iient. Lorsque vous reviendrez, ajouie-l-il (2) en son propre nom, au Seigneur votre Dieu , et que vous obéiret, a ses lois, il vous retirera de l'esclavage, il aura pitié de vous, et vous rassemblera de toutes les nations, parmi lesquelles il vous aura dispersés. Fussiez-vou$ exilés jusqu'aux pèles du monde, il vous rappellera de votre exil , pour vous introduire de nouveau dans la terre que vos pères ont possédée.
Les incrédules demanderont peut-être où est l'accomplissement de celte prophétie. Ignorent-ils qu'elle a déjà été vérifiée sous le.règne et par les ordres de Cyrus? Ce prince, aprèsavoir été l'exécuteur des vengeances de Dieu conire Babylone, annoncées comme nous le verrons par tant de prophéties, accomplit en faveur des Juifs une autre prédiction qui le regardait (3). Il leur permit de retourner dans leur patrie, et d'y rebâtir le temple du vrai Dieu. Un de ses successeurs étendit la gT.\ce qui leur était accordée (l), en leur permettant de rétablir leur ville et de l'cntonrer de murailles. Jérusalem sortant de ses ruines vil ses enfanu accourus de l'Orient se réunir dans son sein. La Judée fui également repeuplée; et ce dernier point de la prophétie fut alors accomplie comme tous les autres.
Si celte prophétie exige un second retour après un second exil , elle n'en fixe pas le temps. La première captivité des Juifs ne devait durer que soLxantc-dix ans. Des prophéties (5) postérieures à celle de Moïse en avaient marqué le terme. Mais ni .Moïse ni les autres prophètes n'ont déclaré combien durerait la seconde captivité. Celui qui en a parlé plus distinctement se contente de dire qu'elle sera (G) longue , et suivie de la conversion des Israélites , non-seule-
1) Leviiic.26,41, 42.
2) Deuier. 50,1,2,3, i.H.
(3) 1 Esdr. 1.
h) 2 Esdr. 2.
/5 Jer^m. 25, H; ibid. 29, 10 ; Dan. 0, 2. (<') Diea multos, Oscc 3, i.
ment au Seigneur leur Dieu , mais à David leur roi , c'est-à-dire, au Messie. Les Chrétiens mstruits par S. Paul (1) n'attendent pas avec moins d'impatience que les Juifs ce second rétablissement, dont la foi au Messie doit être le principe. Mais ils l'attendent dans un sens plus noble et plus salutaire aux Juifs que ce peuple même. Ils ne bornent pas le bonheur qui lui est destiné à rentrer on possession de la Palestine, à bâtir une nouvelle ville de Jérusalem , à construire un troisième temple pour y offrir des sacrifices sanglants. Ils espèrent que son aveuglement cessera , qu'il tournera les yeux vers le Messie qu'il a crucifie, qu'il sera incorporé à la véritable Église , et que sa conversion lui procurera des biens plus solides , una grandeur plus réelle , que s'il était comblé dans la ier« de Chanaan des mêmes prospérités lemporcllea dont ses pères ont joui sous les règnes de David et de Salomon.
Ce dernier accomplissement manque encore aux prophéties qui concernent les Juifs. Mais le passé doit nous faire juger de l'avenir. Tant d'événements merveilleux, conformes aux oracles qui les avaient prédits , sont des gages certains de la fidélité des prophéties dont le temps n'est pas encore venu. Les incrédules auraient donc tort de nous demander à voir un accomplissement qu'il faut attendre. Indépendamment de cette attente si légitime et si bien fondée, ils ont vu dans le Pentaleuque les principaux traits de l'histoire du peuple juif ; et les prédictions de ce livre déjà vérifiées suffisent pour leur conviction.