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OEUVRES COMPLETES DE LEFRANC Di: POMi'IGNAN.
exerce ses ravages. Dieu ne se contente pas qu'on la déleste au fond de son cœur, ni qu'on rende un hommage caché à l'autorité de l'Eglise qui la réprouve. Il veut que tous les fidèles se rassemblent avec empressement autour de leur mère outragée , qu'ils la dédommagent par les preuves publiques de leur attachemeiU de la défection de ses enfants rebelles, qu'ils élèvent leur voix, et qu'ils réunissent leurs efforts pour sa défense. Ainsi dans un temps de crise et de trouble, où l'autorité souveraine est menacée par un parti révuUé, le devoir des sujets est de témoigner hautement et par des services effectifs leur constante soumission. L'Elal tire au moins cet avantage d'un événement aussi malheureux, qu'on connaît alors les citoyens, sur le zèle et la fidélité desquels on fieut compter.
Et voilà, pour le dire en passant, l'une des raisons qui condamnent l'affectation d'indifférence et de neutralité entre l'erreur et ia foi, entre l'Eglise catholique et l'hérésie. Cette conduite est directement opposée au dessein de Dieu. Supposé qu'elle ne détruise pas les sentiments de la foi, elle laisse sur eux un nuage, qu'il était nécessaire de dissiper. Elle diminue le nombre des vrais enfants de l'Eglise, dont la foi éprouvée par l'hérésie devait servir h la confondre |)ar sa généreuse résistance. S'il en reste assez pour que le dessein de Dieu s'act''omplissc, si l'Eglise ne peut succomber, comme un état politique, sous le poids des maux qu'une pareille indifférence entraîne; ceux-là ne sont pas moins inexcusables qui se privent eux-mêmes de l'ijonneur et du mérite qui leur étaient réservés.
Un autre bien que Dieu sait ménager, en jiermeltanl l'hérésie, est l'éclaircissement et ,a confirmation desdogmescatholifpi es. Nous vous avons souvent dit qu'il y en a de deux sortes. Les uns populaires, c'est-à-dire, liés évidemment avec le culte public; d'autres jnoins connus du peuple fidèle et njoins nécessaires à connaître, parce qu'ils ont un iapi)ort plus éloigné avec le culte extérieur constamment observé dans l'Eglise chrétienne.
Il n'est pas douteux que la plupart des dogmes non populaires ne doivent aux héiéiies qui les ont combattus leur éclaircis- .'^rment et leur confirnjation. Avant elles, ils étaient compris dans la croyance générale des dogmes révélés de Dieu, et confiés à l'Eglise, ils demeuraient en quelque sorte renfermés dans leurs principes universellement admis, mais dont les conséquences n'avaient pas encore été développées avec la même clarté. Des docteurs orthodoxes avaient même ignoré ou révo(pié en doute ces conséquences; toutefois avec un res-
(500) « Mulia ad ndem calliolloam |ieriiiieiiti;i , (iiiin lixreticoriiiii calliJa jiuiuiounliiie uxagitaiiliir, (Il ailversus eos (lefeiuli possiiU, et coiisi.lt.rantur itiloiilius, el iiilelligunliir claiius, cl inslanlins pia;- (licaiiUii. El S'C ab adversaiio iiio:a qua.'Slio djsceiidi exisijl orcisio. » {De civil. Dei, Ib. xvi, cap. i.)
\t^l) < Lilti'iis verlji.s loiiuunlur pliiloboi'Iii : iiec
pcct pour l'Eglise, qui les disposait à souscrire à ce.qu'elle endéciderait quelque jour. Cette décision n'a été prononcée que lorsque des esprits contentieux ont voulu arracher à l'Eglise cette partie du dépôt qu'elle tenait de Jésus-Christ. Leurs disputes l'ont mi.>îe dans la nécessité d'approfondir sa tradition : elle y a trouvé les dogmes attaqués par les novateurs. Dès ce moment elle a fixé la croyance des fidèles sur ces dogmes f)ar un jugement irrévocable : l'obscurité qui pouvait les couvrir, s'est évanouie. Ils ont pris leur place parmi les articles de notre foi : non que cette [ilace ne leur appartînt déjà ; car l'Eglisene reçoit |)oinlde n-Juvelles révélations, depuis celles qui ont été faites aux apôtres. Mais il iailait que ces dogmes fusse-.it en butte (-206) à « l'inquiétude el aux artifices des hérétiques, » pour qu'on « les examinât avec plus d'attention; qu'on en acquît une intelligence plusnelle; qu'on les enseignât plus fréquemment. Et c'est ainsi qu'une question excitée par les ennemis « de l'Eglise « a été » pour ses enlunls « une occasion de s'instruire. »
Les dogmes populaires , distinctement connus dès la naissance de l'Elglise, n'ont pas eu besoin dans ia suite du même dérelo|)i)ement. Cependant les contradictions des hérésies ont été utiles en plus d'une manière à la profession et à la défense de ces doguies. De là sont nés ces termes énergiques consacrés [/ar l'Eglise, pour être à jamais le symbole et le signal de la foi. On a opposé à l'arianisme /e consubstantiel, qui détermine avec tant de précision la divinité du Fils de Dieu, égal à son Père et de même nature (jne lui. Les subtilités de Nestorius 0!it fait établir en faveur de la sainle Vierge le iHun ûiiMère de Dieu, pour expiimiT sans éqiiivo(pie qu'il n'y a en Jésus-Christ , qu'elle a enfanté selon la chair, qu'une seule lersonne, celle du Verbe éternel. C'est à 'occasion des sacramenlaires qu'on a créé le mot transsubstanliation, qui ne laisse aucun doulesur le changement de la substance du pain etdu vin dans l'Eucharistie au corps et au sang de Jésus-Christ.
11 est d'autres expressions qui, sans avoir été adojitées par des conciles généraux, ont acquis, dans ie iangige ecclésiastique, une autorité souverane : les hérésies en ont rendu l'usage indispensable. Ou parlaitavec plus de sécurité , avant qu'il eût paru des adversaires ingénieux à surprendre les écrivuin.ij et les prédicateurs orthodoxes dans leurs discours. Le sens pervers qu'ils attachaient à des exiiressions innoceiUes a exigé plus de circonspection. Il a donné lieu de mettre rei'.seignement des vérités décidées à l'abri de toute fausse interprétation, a La liberté du langage» (207) est sans
iii rébus ad intelligeiiiluin dilllcilliniis olTeiisijiidn rtligiosaïuiii auriuin iionliiie.-cuiil. Niibis ad cciiaiii resiiiain luqiij l'as esl ; ne veiborum licoitlia eli.mi i/i rébus, rpiae bis veibis sigriiliiaiilur, iiiipiaiii gigiiai opiiiionom. S. Acgustinus, lib. x, fê Ciiiiu:e Dei, cap. 25 )
PAHi. IV. nilOI.. lOLKM. - INSniLCilO.N SI II LIILIlIlSIi: .
(onsi^i|iioiKO liuiis li'S S( ifiiri's puromi'iit liuiiiainos : l'ciix uni lus Iniiluiil « ira|i(iiéhriii|i-ii( |ins (If lilisser ■> la drlnulosse « ili's oioilli's religiiiuscs. » Li'iirs Icrinis (ii-uvcnl ÔIro utiles sans <^lrr (l'iiiie assez graiulo im- |>iiilaiii'0 |iour pi'(W('iiir par lio si lortos iMÙi'uiilioiis lo (langer il'tUio mal enleiiiluos. Ils (jut pourtniil leurs lerines prupres ; les artistes ont aussi les Icin-s. Si ces ternn-s sont suseeplililfs do variation, il n'en doit jiasôtrode inl^ine des paroles destinées h si>;tiilii>r les dogmes de la loi. ('us dogmes sont d'une naliiro 1*1 n'(5lre pas livrt^s dans li'urénoncialiiiii au caprieo des lionimi's ni nu pouvoir arldlrairo de l'usage. L'l''gli.so incapable d'errer dans sa doclrine, est lî'clairécidu niè:iie esprit do Sagesse et de vérité dans la t'ornio do son langage. Cette l'orme, une l'ois choisie, est « une rùgleiionl il n'e>t pas pormisde s'écarler, dopi^ur ,pio la licence des expressions ii'inlMjduiso des opinions impies sur les choses même. »
Kn général, les dogmes de la religion, soit qu'ds fussent populaires, siiit qu'i's no le tussent lias, n'ont jamais été mieux discutés, ni mis dans un plus grand jour qu'après Jes hérésies qui les ont cù:i;l)uUus. La manière de les erprimer n'est !)as seulement devenue plus corrode et (dus préi:ise ; on s'est a|»pliqué davantage h les étudier (Jans les livres saints, à les recherciier dans les uionuniHMts de la tradition. 11 a fallu, pour répondieaux hérétiipies, creuser les passages litigieux, les confrontei- ensemble, confirmer leur véiilablo sens, ju^tilier fiar les langues originales les versions (|ue l'Eglise 8ppr(uive , dislingucr dans l'anliquilé les ouvrages aullientKpies de ceux qui ne lo sont pas, montrer la conformité de ce ([u'oii .croit aujourd'hui avec ce qui s'est cru dejiuis les aptjties dans tous les temi)s et dans tous les lieux.
Le bruit de ces controverses a réveillé des chrétiens plongés dans un sommeil léthargitiue : il les a excités à s'instruire plus à tond des objets et des motifs de leur foi (iOS). Ces combats avec l'hérésie ^ont furaié des athlètes plus ou moins illustres, selon qu'il a plu à Dieu de les accorder à sou Église, lille n'a pas loujoars eu pour ses défenseurs des Alîiannses, des Uasiles, des Jérijuies , des Augustias , el dans ces der-
niers siècles, (les Ilossuels. Il notait pas juste (|u'clle mit s/i conliance ondes hommes : liiiitelois il ne lui en a jam-iis man(pi(^ ipii fusso'it en état de soul(Miir sa causo av(!C succès contre charpie hérésie. 'l'ello est ladmirablo el 0 hi(ïnfaisanto (-iO'J) » Providence d'un Dieu u (pli eounnanilo la foi,» mais qui ne refuse pas l'inslruclioud'oiinalt l'intolligenco, pourvu f|u'ello soil précé<lée do la soumission, principe nécessaire de la foi. Ajirès av(ur élovi- dans son Kglise, « et par di-s assemblées célèbres cpii représentent les peuples et les nations, et par les chaires apostoliipios une citadelle d'autorité, » il dé|)loie dans cette mémo l'iglise, jiar le ministère « d'un |iolit nombre d'hommes doctes et pieux , un appareil invincible do raisons el do preuves. Mais c'est une règle liès-sage (|ue les faibles commencent par se réfugier dans la ciladelle de la i'oi;ilsy iruuvf.'il leur .sûreté ; et de là ils voient sans tlangei' les combats qu'on livre pour eux |iar la force du r'aisonnomont. »
Lo plus précieux de tous les biens que les hérésies procurent sans It! vouloii', est le triomphe de l'Eglise; elles conli'ibuent à Ce tiiomiihe sous iiuei(jue rapport tpi'on les envisage.
Kilos y contribuent par leur origine qui rend h.ommage à la inééminence et à l'antiquité de l'Eglise. Toutes sont sorties do sol sein; elle est la vigne; elles en sont des sarments détachées. Elle est la tige: elles ou SOL', des branches retranchées. Elle est la source • elles en sent des ruisseaux détournés.
Elles y contribuent iiar le petit nombre de leurs pai'lisans. Elles s'en vauto:u mémo (210) sous '0 vain pr-élexleque le petit nombre est colu-i des sages ; mais elles moltenl leur gloire dans ce (jui est lo sujet do leur confusion. Car l'Eglise doit être répandue dans toute la terre : elle a [lour héritage lu luultiludo des nations. Toute secte forcée d'avouer que cet liéi'ilage ne la regai-de pas, s'exclut par cela même du titre de véritable Eglise.
Elles y contribuent par leur multiplicité etjiar leur variété. L'hérésie est liarloui , ainsi que l'Eglise : mais c'est la même Eglise (211), et ce n'est pas la même héiésio. Ici l'on combat lo mystère de la sainte Tri-
(-208) < riiiiiiiiiim prosiiiit (hairei'ci) non venim (locomlo ipioil iicsciiiiU, Sf.l ad vciuni iiii;eren.liiin Ciirnalus, el ail venim ai)ei!;eiuliini spirilales C;ilholicos «XcilaiiUo. » (S. AuGCbTi.NUS, lib. De vera licligioiie, cap. 8.)
["IO'J) I Scii i!lo fldci imperalcir vlonienlissimiis et per toiiveiiUis tcletiurriinos pAjuilorum alque naljoiium sedesque ipsas aposlohcas arce auiloi ilalis iniiuivii Ectlesiain, el par paucioros pie iloctus el vore spirilales viros copiosisiiinis apparatihiis eiiain inviclibsimiK ralionis annavil. V.r'jiii ill.i reclissiina clisciplin.i tsl in arcuni liJei ([iiani ni.ixinie reeipi in- Ih'nios, ut pi'O IMS jani inlissiiue, pusilis lurlissnna raluine pngncliu'. > (S. Alcusti.ncs, cpisl. 118, eut Vwscaruin )
('210) « Onniibus hsrelicis adversariis Ecelis ;c cadmlica", qux- pcr oniucs terras copiosa lecundilate dilluudilui, iu sua ciiiijue projiria vaiitialc lomniu!!^
est, pancilaieni linminnn; in siio crrore connnemlare, quia viileliccl païK-driini esl sa|)ieiuia. Omnes enini de paueilate ylunaiilur. » ^S. Aigisti.ncs cviiira tnliersdnuin tecjis el firoplicitiruui , lijj. 11 , cap. 52.)
(21 1) 1 Alla sccla in Africa, alla li^eiesis m Oiien;e, alla in yEgyplu, alla in ML'supolaniia. U.vorî^is locis snnt iliveiMc.sed mia niater superbia oinnes geiuiil, siciil una inaler nosira talliolica omnes Clirisiianus,
lldelos l(Jlo orbe dillusos esl in Aliica pars L)o-
nali, li^unuiiiiani non suiil in Ahica. .Sed ciini parle Uonali esl liie callidlica. Sunl in OriL'iiU' iMiiiuiiii.i- III : ibi auleiii liuii esl pars Ddii.ili, sed Eiiiiuiniaiiis il)i lîsUa'.liolica. 111,1 sic esl lainiiiani vilis cicd. ndu iilii(|!ie (lilTusa : illa sic suiil laiipiani sariiicnla i.i-. uni. a a;;ricoLR l'al.c praci>a. » (S. Auc, bcilil. 4li, De , etitoiibus in tii:c.'iul, cap. 8.)
ISS
œnVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
nité, 15 celui de riiicnrnn lion ; ici les vérités de la grice et du lii)re arbitre, là celles des sacrements, de la hiérarchie, ei tant d'autres. Toutes ces sociétés n'ont entre elles ni confédération, ni correspondance : au lieu que l'Eglise e,-t une dans sa foi, une dans son gouvernement, urje dans son culte. On passe de TOrient à l'Occident, du Septentrion au Midi, et on la retrouve toujours. Nulle part ses enfants ne sont étrangers les uns auï aulrcs.
Elles y contribuent par les coups qu'elles se portent réciproquemenl. Chaque hérésie n'ayant rejeté qu'une partie de la doctrine catholique, et retena'it le reste, il n'est aucun article de foi qui n'ait été défendu, aucune erreur qui n'ait été refutée par linéique secte hérétique. Dieu a voulu même, que ces sectes, si faibles contre l'Eglise, remportassent quelqu>el'ois des avantages signalés, cncomijattanl des nouveautés qui n'étaient pas les leurs. Mais alors ce n'est pas |)our elles, c'est jiour l'Eglise qu'elles ont vaincu (212). Toute vérité lui appartient. De quelque njainque parlent les tiaits qui percent l'erreur, c'est toujours elle (|ui racueille lo fruit de cette victoire.
Elles y contribuent par le nom particulier qu'elles portent , que la voix |iublique leur donne , et ipie leur réclamation lie peut elfacer. Il n'y avait guère |)lus d'un siècle que les hérésies inlesiaient le christianisme, et saint Clément d'Alexandrie observait (213) déjà ([u'elles étaient dénommées ou par leurs auteurs, ou par le pays ou la nation d'où elles étaient sorties, ou par leurs dogmes, ou par quelque événement singulier qui les avait tait connaître. C'est ainsi iiu'elles sont toutes distinguées les unes des autres ; c'est ainsi qu'elles sont désignées. L'Eglise seule est appelée catholique; nom vénérable, nom sacré qui n'a de rapport ni à aucun lioiume , ni à aucun dogme, nia aucun lieu, ni à aucun peuple vu particulier. Il embrasse toutes les vérités révélées, tous les temps depuis Jésus-Christ, toutes les nations, tout l'univers. Nom si spécialement atleciéà l'Eglise (214), que « ses ennemis môme, les hérétiques et les schismatiques, ne peuvint le lui refuser, sinon lorsqu'ils en parlent entre eux, du moins en la nommant aux étrangers. Le monde entier ne connaît qu'elle sous le nom de calhûlique. Ils no seraient pas entendus, s'ils l'appelaient autrement. »
Les hérésies contribuent enfin au triomphe de l'Eglise par leurs attaques continuelles depuis dix-sept siècles. Il lui est
(212) « Diim liœreiici se iiiviccni vinctiiii , riiliil lanien silti vinciuii. Viciorla eiilin eoruiii Ecclosix tiiuiiipliiis c'sl, duiii eo lia;resis coiilra alleram piii;iiai, (piod in lixTcsi aliera Kcilesia; lides (laiiiiial.> (Saiictus HiLAKiLS Pitlav. Iibr. vui De Tiiiiiluie ii. 4.) — < llseieilci coiilra st; nivkcm diiiiicaiilos vicioiiaiii Ecclesia; fatium. t (S. I.itii. , l.bi. iv, i» tap. xxiv Mattlt.)
(215) Lilir. vu Sirvm., n. 17.
(214) « Tencnda esl liolii.s Cliiislana vcligio 1 1 cj Js Eci lesi* coiiimiiaicalio (jiuc cailiuiita wt cl
sans contredit plus glori(!Ut d'y avoir résisté, que si elle avait toujours joui d'une profonde paix. On aurait pu croire qu'elle ne devait sa conservation qu'au bonheur de n'avoir jias eu d'ennemis. Les plus puissantes monarchies que nous connaissions par l'histoire ont eu leur terme. Des guerres étrangères, des dissensions intestines, d'autres causes d'afTaiblissement les ont anéanties un peu plus tôt, ou un peu plus tard. L'emiiire romain qui avait englouti )iresque Ions les empires précédents a subi à son tour la môme destinée. L'Eglise plus combattue au dehors, [dus agitée au dedans que tous ces empires, les a tous surpassés par la longueur de sa durée et fiar sa constante uniformité. En vain les hérésies se succédant les unes aux autres, ont voulu lui arracher sa foi , son ministère, son culte. Elle a tout conservé malgré leurs, ellorls. C'est ce nouvel empire montré à, Daniel (2!o) sous des emblèmes mystérieux. Etabli [)ar le Dieu du ciel sur la terre, il y subsistera suis altération jusqu'à la fin des siècles.
De ce contraste de l'Eglise et de l'hérésie, que devez-vous conclure, mes trèschcrs iVères ? Que l'une est digne de tout vo;re altachcmcnl, et que vous ne [louve^ avoir pour l'autre troj) d'éloignement et trop d'horreur. Dieu vous a fait la grâce de naître, et de recevoir le ba[itéme et les principes d'une éducation chrétienne dans le sein de son Eglise ; grâce privilégiée qui vous a
éi argn
danger
funeste à tant d'âmes,
d être entraînés dans l'erreur par l'impressioi) de l'exemple, de l'habitude, et des premiers enseignements. Vous seriez trop ingrats à cette inestimable laveur, si vous la regardiez comme une espèce de hasard, qui a déeidé aveuglément de votre créance ; si vous bâtissiez sur Cl tte déteslable maxime le système impie d'une iiulillerenceabsolue jiour toutes sortes de religions ; si, témoins lies révoltes contre l'autoi-ilé de l'Eglise, voire mère, vous faisi(;z gloire d'une neutralité (]ui lui est injurieuse. Que ces sentiments soient communs dans des religions où l'on ne demeure (jne parce que l'on y est né, il ne faut pas en ôlre surjiris; elles ne gagnent pas à être examinées de près et dans un âge plus avaneé. L'esprit, rebuté do cet examen (jui ne le falisfait pas, ne voulant rien chercher de plus lumineux et de plus solide, se livre naturellement à une indécision , qui Halte tout à la fuis sa paresse et son orgueil. Il n'en est pas ainsi de votre religion. l'Ius vous en aiiprol'on-
calliiilica iioiiiliiatiir, non s:dnn) a suis, scil ctiani ah nninilnis iiiiniicis vclinl r.ulinl, ipsi ({iioiiik; liu:re:i:'i et scliisinaluin ainnini, qnaiiilo non cuin suis,
S(^l cuni exlraiieis loi|nuiinn', calliu.'ica ili 1 alind
<]iia:M culiolicain vocant. Mon eilini possuiit Inleliigi, iiisi lioc cani iioniino discernant, ipio ab iiiiiveisi) orbe inincMi|>alui-. » (S. Alc. lib. Dj vera nlujionc, cap. 8.;
(215) In iliebui retjnvrum illoritm suscitabit Dciis tœli rcyiMin quoil iii œuriiun non ilissipabilur, el iv. guum fjuiullcii i>"pulo non irudetar. {Dun. ii, il J
PAUT. IV TIIKOI.. l'OI.KM. - INSTRUCTION SUIl I.IIF.RESIF..
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(liroz les iiKilirs cl la iloclriiio , plus cllu ériniri ra vos doutes et rtin|ilira les ilr.sils tlo volro rœur. N'ous scnliro/ niors niirux i]iio jamais qiMt if rlioij (fimc rfii^ion ll^•^^l [•as une avonluro !'..rlui(i' ; (|uo vous duvc/. à la inisi^ricoi'lr divine le lioiiliciir de n'avoir pas linuvé d'(il)^l,Kles d.uis volie eiil'aiico nu seul tlidix i'iiisoiiiial)lu *|ue vous puissiez l'aire : cl (|ue loin île revenir sur celui que vous files alors, il no s'iij;it plus i|ue de léiuoi;,'iior à Dieu votre rcconnais- SH'ii-c et votre lidélili^.
Ces devoirs s'aceordoraienl- ils avec uno froide insensibililii aux erreurs (|ui lilessent la foi? Si celle foi vous est clicrc, pouvezvous Otre spectateurs ti-anquilles des alleiiiles (ju'on lui porte'? Si c'esl un bonlieur pour vous d'iMre enfants do l'K^'lise , ses iiilértMs ne vous touchent-ils pas? Éli! «luello sérail donc cette piélé nouvelle que les livres sacrés ne nous enseignent point, que les Pères de l'KijIise n'ont jamais connue, dont les vies des saints ne nous olfrent aucun exemple? PieMé' qui verrait d'un môme œil la soumission et l'indocililé, la forme des paroles saines {'HJI)) et la nouveauté profane tics discours? {i\i) Ce n'a pas été ce Ile des Antoine, des Hdarion, et de tant d'admirables solitaires d'une vertu plusangélique <ju'liumainc. Retirés du t'ommerce des liommcs, ils ignoraient profondément les r.lîaires du siècle : ils laissaienl les morts ensevelir leurs morts. Mais ils no craignaieni pas de troubler leur céleste repos, ni il'interromfire leurs subliiues médiialions, en s'occupant des maux de l'Eglise et des périls de la foi. Ils sortaient même, (|uand il le fallait, de leurs déserts [lour rendre témoignage aux vérités attaquées par les hérétiques. Ou voyait alors ces cénobites, ces anachorètes courbés sous le jiQids des années, blanchis dans les travaux do la pénitence, déclarer leur créance a la f.ice de iKglise, exhorter les lidèles h | ersévérer dans l'obéissance qu ils lui devaient, unir leurs voix à celles des évoques défenseurs de la religion. Et vous, mes frères, qui n'avez pas besoin que le bruit éclatant des divisions sur la foi perco le silence et l'obscurité de vos retraites, n'en [)araitiie7.-vous |ias affligés? Les tiaiteriez-vous de disputes frivoles en elles-mêmes, étrangères à votre état? Et vous croiriez-vous quittes envers l'Eglise, en ne vous mêlant jias avec ses ennemis?
La' paix, disent quelques-uns, la paix de l'Eglise est le plus grand de. tous les biens. Sans doute; et il n'est pas de chrétien qui no dût l'acheter au prix de tout son sang. Mais quelle paix! Celle qui est fondée sur l'uniformité des seiitimenls, celle dont la soumission à l'autorité de l'Eglise est le lien, celle qui termine les troubles en tcrniinanl l'erreur. Car une paix qui, loin de tarir la source des dissensions, laisserait un libre cours aux erreurs proscriles par l'E-
(21 G) // Tim. I, 15.
(217) / Tim. VI, 20.
glise , (pii condamnernil h une lionleuse captivité les ilognn-s qu'elle o décidés, qui suspcinirail les d(''ci>ioiis f|u'idli' n prononcées, cl enircrail en roinpnsilion avec des rélraclaires opini.Ui'es ; une lelle paix, ouvrage do la poliiiipie niond.iini! , n'est pas celle I pli! Jésus-Christ nous a laissée.!,' Eglise ne p(iuiiail l'acceiiter sans désobéir à ses loi>, sans se déshonorer, sans se dé.;railer elle-mèmo. Dès (pie son autorité est i-ngagée ilans un décret qui en est émané, le sacrilice (pi'f Ile en ferait, serait la révocation de Ions les jugements (pi'ello a jam lis portés. 1! n'est point d'erreurs qui ne fussent nécessairement comprisesdans l'amnistie accordi'o à une seule. 'Ju'on ne propose point (l'allier la lumière avec les te'nèbres,Jésus-('lirift arec Itc'lial {-IIS); la paix, la vraie paixii'aura rien à craindre du zèle pur et sincère que nous vous [)rèchons.
Ce zèle est uno des vertus qui caractériso le mieux un vrai disciple de Jésus-Christ. Nos prétendus philosophes ne le comptent jioinl parmi les vertus sociales, seules dignes de leurs éloges. Ils ne font pas plus de grâce à la foi. Si elle n'est dans leur langage (pi'une crédulité superstitieuse, il n'est |)as étonnant que le zèle qui en dérive ne soit à leurs yeux fpi'un emportement fanatique. Aveugle téméiilédes hommes, (jui non contents d'abandonner la piatique des vertus surnaturelles, les ravalent par des noms odieux I joignant ainsi l'insulte à la pi'évaricalion, et accusant Dieu pour se justilier. Mais que |icuvenl ces sacrilèges accusalions contre la majesté du souverain Etre et la
' sainteté d(! sa religion ?Les hommes auraient beau accomplir tout ce qu'ils se doivent les
; uns aux autres, ils n'en seraient pas moins sous le juste anathôme de Dieu, s'ils transgressaient les devoirs qui le regardent immédiatement. Le premier de ces devoirs est de croire en sa parole avec celte pieuse alfection du cœur qui fait désirer que la foi qu'on professe suriiionle les ciuiiradictions qu'elle éprouve. Voilà le zèle dont nous par-
, Ions, modilié selon la dillerence des rangs
I et des étals, mais le même quajità sa substance dans tous les enfants de l'Eglise. Il est évidenini'iut renfermé dans la f)i; il est forlitlé par l'espérance élevée sur le fondement de la foi; il est animé par la charité qui perfeclionne l'espérance et la foi.
Et certes, ou il faut brûler tous les titres du christianisme, en retranchant l'hérésie du nombre des crimes; ou convenir (jue si elle en est un, on doit avoir du raoinsautant de zèle pour le [irévenir et pour l'extirper que tout autre crime réprouvé par la loi divine. Quelle fond ferait-on sur uno vertu sans désirs, sans activité pour se communiquer, sans zèle contre les vices (jni lui sont opposés? Et pour rendre cette maxime plus sensible par des exemples, un état so croirait-il lidèlement servi (lar des magistrats, dont l'oisive équité ne punirait pas
(218) nCor. VI, M, 15.
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ŒUVUES COMPLETAS DE LEFRANC DE POMPIGNAN.
les niainiilours, no réprimerait pas les désorilres, ne vengorait pas l'innocence et le bon droit opprimés? Une amiiié stérile Jans (IfS circonstances critiques, dans des besoins pressants flaiterait-elle celui qui en serait l'objet? Que |ienserait le monde d'une probité pour qui tous les liorames seraient égnux.qui n'évitant point le commerce des méchants, nullement soigneuse de les corriger, leur témoignerait les mêmes égards et la même contiance qu'aux bons? La toi n'est donc pas aussi sincère qu'elle doit l'être, si elle n'inspire pas du zèle contre l'hérésie son ennemie irréconciliable. Il n'est 'pas possible de croire que l'hérésie otrense Dieu, qu'elle sème la zizanie dans le champ du père Ue famille, qu'elle livre les âines à Satan, qu'elle prépare les voies à i'AnteclirisI, et cependant de couipler pour rien ses ravages et ses progrès. C'est dans les pasteurs la même nonchalance que celle d'un magistrat cou|iable du dépérissement de l'ordre public, au maintien duquel il est préposé. C'est dans tous les fidèles une trahison d'autant [dus criminelle, que notre alliance avec Dieu est mille fois plus sainte et plus inviolable que l'union formée entre les hommes par Famitié. C'est se jouer de la religion, comme se joue de la probité, quiconque ne nifl dans ses procédés aucune dill'érence cnire les scélérats elles honnêtes gens.
Puisse notre faible voix, imprimée par la grâce divine dans vos cœurs, y allumer un zèle ardent contre l'iiérésie ! pu";s>e ce monstre, qui n'a jamais pu qu'infecler des erreurs de Calvin qiiehjues extrémités de ce diocèse, redouter à jamais les approches d'une Eglise, où la sainle Vierge, destructrice des hérésiis, est honorée avec tant de jiiélé! Tel sera, si Dieu exauce nos vœux et les vôtres, l'heureux fruit du travail que nous avons consacré à voire inslruction. Il ne nous resie pour vous le rendre plus utile qu'à vous exposer les règles qu'il faut suivre dans l'exercice du zèle.
Lorsqu'on |iarle de régler le zèle contre Ihérésie, bien des personnes se figurent qu'on veut le refroidir et môme l'éteindre. C'est etfectivement le projet des impies qui, semblables à Julien ra[)oslat, ne connaissent pas de voie /dus sûre pour anéantir la vraie religion que de la confondre avec les fausses dans un Iraitement égal. C'est celui des partisans de l'hérésie, (jui ne réclament la liberté de conscience que par un intérêt personnel. C'est lelui dos politiques du siècle (et dans ce genre ils ne sont pas les l'Ius habiles) qui n'accordent aux alfaircs de religion que le dernier raig parmi celles dont un gouvernement doit s'occujjer.
Indépendamment de ces excès, contre lesquels nous vous avons assez prémunis dans Je cours de cette instruction, on ne jieut nier qu'il ne soit Irès-dangereux d'opposer auxabusduzèledesprincip 's vaguesetd'une Application arbitraire. On dit en général que
le zèle doit être éclairé, prudent, modéré. Rien n'-est plus vrai : mais quand on s en tient là, on n'instruit et on ne corrige personne. Qui ne sait que tout cela est nécessaire au zèle? lit qui avoue que le sien est déj)Ourvu de ces qualités! L'essentiel est de montrer eu quoi elles consistent, quel est leur usage véritable, et comment elles afl'ermissent, elles animent Je zèle, bien loin de le ralentir. Sans ces précautions, il est h craindre qu'on ne l'énervé au lieu do le régler; qu'on ne blâme témérairement les plus saintes démarches suggérées par l'Esprit de Dieu ; et qu'on ne substitue au courage que nous révérons dans les héros de la religion la prudence de la chair qu'ils ont délestée. L'unique moyen d'éviter cet inconvénient est do prescrire au zèle des règles tirées de la nature même de celle vertu, qui n'en écartent les abus que pour lui conserver sa force; qui n'en dirigent l'exercice que yiour lui assurer l'approbalinn de l'Eglise, et riour attirer sur lui les bénédictions du ciel.
D'abord, il est manifeste que ce n'est pas altérer le zèle, mais le rectifier, niaisl'épurc-r, que de le tourner tout entier contre les erreurs, et do le dépouiller de toute animosilé contre les personnes.
Je ne parle jias seulement d'une animosilé qui tourmeiile, qui égorge, qui brûle. Je me suis expliijué plus d'une fois sur les siq)plices décernés en celle matière par le souverain môme temporel, à (jui Dieu a lemis, comme au ministre di^ ces vengeances, le glaive exterminateur. A plus tbrle raison des [iarliculiers (]ui n'oni que des vueux h former, pour que la religion soit protégée [)ar les puissances du siècle, doivent-ils s'abstenir envers les hérétiques des violences et des voies de fail que les lois leur interdisent à l'égard des criminels les ilus dignes de mort. Ils ne doivent môme ni solliciter ni désirer les jieincs afllictives et les sanglantes exécutions qui passent leur pouvoir. Le vrai zèle se porte à détruire non riiomme en qui le mal se trouve, mais le mal qui pervertit l'homme. La règle est générale pour tous les crimes : je ne vois pas sur quel foiidement l'hérésie seule en serait exceptée. Saint Jérôme ignorait celle exeeplion, lorscpi'il disait au nom des calliol ijues ses conlcmporains (219) : « Nous souhaitons tous avec une égale ardeur et la condamnalion de l'hérésie et la conveision des personnes. » Que si l'on répond que le danger de la contagion, plus grand dans l'héréiiie que dans tout autre crime, ilemande aussi plus de rigueur pour en arrêter le cours, saint Chrysostouie en convient. Cependant il n'en api)lique (las moins aux hérétiques la parabole où le père de fauiille défend d'arracher l'ivraie avant la moisson. Ne pensez pas, continue ce saint docteur (220) , (|ue celle défense ex[)Ose le bon grain au pt'rnicieux mélange d'unii
(219) I Onines qui calliolicam si'ci.Tintir (iilL'iii opiamus cl tuiMiims daiuiiari b.ircsiiu, liomiiios ciueii-
dari. > {P>o!o(j. Dialogi adfCisits f'Jiiiiiaiws.) i'IiOj i Qiiid igiiui Doiii'.mis ? Id volai diccus ;
lAIlT IV. TllIiOl.. rOI.F.M. - INSTIll C.TION SUR f/llF.rU SU;
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ivraio i|ni rt'lniiirii.'iil. « Dicti vlmiI (in'oii répriiiit) les lit'-i'éli'|iii->; i|ir(in liiii l'i rniu In bout'lii-; <|ii '^>" Il-iii'(Mc Im liluTlô iti- pnilcr; i|ir(iiulissij->olouri iisseinbléi-s ;i|ij'i>ii r<)ti.|iii li-iii!i associ.'itioiis : il ri« iicrniol |i.'i!i ilit les liiiT. » Sailli (IlirvsovIoiiiL' nuiuil eiiuoie np- |>rmm^ tiui', sjiris |icr>(W;ult'r les scitiiirfis, 1)11 (iiit les sectes liéi'éiii|ii(;s dans un nliaisseiiient i|ui en /irr^I.U les iirogiès, cl les ciitidiiisit do |iroelio en |iioelioà nm,' entière th'eailenee. l'iir Imis ees innvons, les vncs légiliMii'S tin zèle le pins aitlenl sont icniplies; lu loi est mise en si^ielé la comninniculion avec l'eirenr est inlereoitée; la niiiiCtlo riiérosie est |iré|iarée,iuilant .jii'ellu peut l'être par les lioinmes. Tdut ce t\m est au delà n'est pins zèle ou si c'en est un, c'est ce zêtc aintr, d(nt rajiôtrn saint Jacques (k^claro [:l'2l) (jn'on ne peut s'ch (ipplnu- (lir ipio par un insii^no meiisoiiye vuiUie la térilé.
Il en faut dire aulatit d'un autre genre d'aniniosité per-sonnelle, dont les occasions sont beaucoup plus Irtninentes, et dont il est aussi plus nécessaire du vous délonrncr. Celte aniniosilè consiste à mêler aux reproches d'hérésie des accusations conlie In conduite cl les nuL-urs des hérétiques, l^is accusations peuvent être ou fausses, ou incertaines, ou vraies.
D.nis le |iron;ier cas, est-il permis de calomnier des innocents, parce (|ue leur foi n'est jias saine? La justice n'ublige-t-elh) [las à leur égard ? lit l'envie do nuire h ceux (|ui nuisent à la religion a-t-tlle la verlu de purilier le crime? Quel zèle! Peut-on de bonne foi lui<lo!!tier ce nom? Est-ce la grâce. (]ui l'inspire? lîst-co le service de l'Eglise qui le com;:jande ? Rien au contraire ne serait plus capable de la décrier, si la bonté de sa cause n'était au-dessus do ces indignes moyens emjiloyés sans son aveu et contre ses lois les plus expresses. C'est du moins aigrir les hérétiques de plus en [dus, nielti-e un nouvel obstacle à leur conversion, leur fournir un sujet de lrioni[die. C'est se couvrir soi-même de confusion, et décrédilei' dans sa i)ersonnG le téaiuig'uige qu'on veut rendre aux vérités catholiques.
Dans le second cas, on croit les hérétiques coujiahles de ce qu'on leur iiu|)ule; mais on le ci'oil sur des uidices légers, sur de faibles conjectures, sur des motifs qu'où n'adopterait pas en toute autre circonstance. Or, je demande si cette inexcusable témérité est le fruit du véritable zèle? si cetie ditl'érence de poids et de mesures dans les jugements sur les hérétiques et sur ceux qui ne le sont pas, est propre à rendre l'hérésie odieuse ; si elle est utile à la religion ? C'est encore |iis, quand on s'empresse de commu-
ni |iier ee ipi'im n cru avec IoijI iIc légèrelè : on ajiiulo «lirs nu risipie (|ii'(in n couru do se lionipir s(u-niéme ciliii de tromper les autres au | n'judico de .--oi prochain. La vérité rencontrée par h. s.nd ne juslilie jias riiiiprudenco (pj'on commet, cl la laiisseté, si elle vient à éire proinéi', égale dans l'ospiit du publie celte iiii| nidei, Ci; ii la noirceur'd'une calumnie |iiéméd lée.
Le dernier cas est h: plus tn\oiablo. C'est celui où les torts, dont on charge les hérétiques, sont certains, sont indubitables, in ne nierai pas qu'il ne piiissi; être qnehpjefois nécessaire, pour l'inléiét de la leligion, de révéler rinfoclion sei rèle de ces sépulcres blanchis, ijui n'éblouissent les yeux des hommes, que jiour attirer des| rosélyli s à l'erreur. Une hypocrisie qui, comme celle des pharisiens, est l'écueil de la foi et le ressort de la sédiicliou, mérite d'être démasquée. La charité ne s'y oppose pas, et le zèle
I exige : Jésus-Christ en adonné l'exemple.
II a douné de même celui de réjuimer p-ir des traitenieiits ignominieux les profa'ialiuns du lieu saint. M;iis ijui no sent (pie dépareilles actions demandent, onlie l'intenlioii la plus pure, une autorité iiii|)osante que la plupart des homiucs n'ont pas? Aiitoriiu moins encore de rang et di- dignité, que de constance et de vénénitiiui ; autorité nbis attachée à une haute réputation de sagesse et de vertu, qu'à des places éminenles. Oui ne sent aussi que la publicnlion légilinie des vices personnels des hérétiques sup(ioso des conditions, dont l'assemblage est rare, la nécessité pressante de remédier aux funestes ellels d'une estime injustement acquise, l'impossibililéd'y apporter tout autre remède que do faire succéder h l'estime, dont ces hypocriles abusent, le profond mépris dont ils sont dignes, les preuves convaincantes qu'on est en état de donner de la corruption de leurs mœurs?
Voilà l'exceplion de la règle. La règle elle -môme conlirmée par cette .exception , est do ne reprendre dans les héiétiijues que leurs erreurs, en mettant à l'écart toute accusation étrangère à un objet si grave. La discussion, la réfutation, la poursuite des erreurs ouvrent au zèle une carrière assez vaste. S'il en sort pour se jeter sur des faits injurieux, qui n'ont pas de liaison avec les dogmes, on a droit de penser qu'il est moins touché de l'intérêt de la foi ipi'animé par des haines particulières , ou emjiorté par une humeur mordante et caustique. Saint Jérôme n'a jamais été soujiçonné d'indulgence pour les hérétiques, néaiiuioins il ne jiouvait soutfrir qu'eu combattant leurs opinions, on déchirât leurs mœurs. Il allègue (222) à ce sujet l'exemplu
A'i! Ion» erndicelis siiniil el zhaiiia. Iloc porro ditL'li;ii m btlla ciuilcsque prolilberei. iNeipie eniin liieieliciMii occlJeie .oiiorlel. fSain sic irretonciliabilo liclluMi iii orbeiii iinliK-eretui. > iHoiiiil. iii, :ili;>s 47, oi ca)). MU Maiili. n. I.) — Non igitur pioliilji.l liiiTcnitos repriiiiere, illi)riiiii ora obslrueie, libcilaiciu loiiiieiitli coerccro, ta'ius uoruiii suive; c.
pacla respuere : setl occiilcre vetat. » (IbiU. , n. 2 ) (i2l) Quod si zeliim amarum liiihelis )iolile ylo-
liiiri et iiiendaces esse advenus veritmcin Une. m,
M.) (•22-2) « Scripseruiil niulli contra Marcioneiii, Va-
leiuiiuiiii, Arimn el tiuiioiniiiiii. A (itio eis obj<'cia
Cbl tiiiiiiiudo ? loti lu coiniiKC:.ilu lixrcsi iiica-
ŒUVIIES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
(le tous ceux i]^' " avaient écrit contre Marcion , Valeiitin , Arius, Eiinomius. » Nul d'oiilro eux n'avait diliaaié la conduite de ces liérésianiues. « Tous s'étaient unii]ueiiieiil occupés du soin de confondre l'hérésie «jinr de solides raison neineiits.M Laissou'-", iijoute-t-il, aux liérétiLjues des armes .qui leur apiianiennenl. Convaincus d'erreur, ils ont recours aux invectives.» Saint Augustin établit la même uiaxiaie avec cette douceur engageante qui régnait dans son âme, et qu'il a peinte dniis sun style, mais qui ne prenait rien sur l'ardeur de son zèle contre les hérésies. «Dieu vous apprend, » écrit-il à ses diocésains d'Hippone (223), « à ne reprocher autre chose aux hérétiques, sinon qu'ils ne sont pas catholiques. Gardez-vous de ressembler à ceux qui dépourvus de motifs pour justilier leur soliisiue, ramassent avec alfectation les crimes léels et souvent môme imaginaires Oes hommes , ahn ([ue , s'ils ne peuvent i)as décrier et obscurcir la vérité des divines Ecritures oiX l'on voit avec évidence que l'Eglise est ré|)anduo par tout, ils attirent la haine [)ublique sur les défenseurs de cette vérité , contre lesquels ils peuvent inventer tout ce qui leur vient dans l'esprit. Pour vous , ce n'est jias ainsi que Jésus - Christ vous a été enseigné.»
Ces témoignages ne monlrent pas seuJemsnt la conformité de nos principes avec ceux des Pères; ils détruisent tejfondement de la méthode 0]iposée. Vous la blâmez dans nous, disent les catholiques passionnés: c'est pourtant celle qui réussit aux hérétiques. C'est par elle que leurs écrits répandus avec profusion, lus avec avidité, insinuent dans les esprits le i)oison de l'erreur. N'est-il pas juste de tourner contre eux, en faveur do la bonne cause, des armes si heu- reuses entre leurs mains? SainUérôuie, que vous nous objectez, se plaint (224) que « l'hérésie est détendue [lar ses partisans avec plus d'urdeur , qu'elle n'est allaiiuée » [lar ses adversaires. C'est autoriser cette plainte humiliante pour les orthodoxes, que d'abandonner par un vain scrupule aux hérétiques un mo3 en qu'ils emploient avec succès. Il est des occasions où la prudence des enfants du siècle est un modèle [lour les enfunis de lumière. Aussi bien le commun des hommes u'a-t-il que du dégoût pour les ouvrages purement dogmatiques : ieur aiteniion se porte plus volontiers sur des faits. Ils aiiprennent , dans le tableau hdèle qu'on leur en olTre, à reconnaître les
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loups déguisés sous la peau de brebis ; ils en conçoivent plus d'horreur pour l'hérésie, et plus d'attachement pour la foi.
C'est dommage que ces raisons aient fait si peu d'impression sur les Pères qui ne les ont pas ignorées. Témoins de tout l'avantage que les hérétiques tiraient de la médisance assaisonnée avecarl, ils n'ont pas cru pour cela que les catholiques dussent lus imiter.
Il y a sans doute des moyens communs entre les partisans de l'erreur et les |)rédioateurs de la véiité. Les uns et les autres patient, écrivent, raisonnent, exliorteut. Jusque-là l'Eglise ne rougit jms d'être défendue comme l'hérésie. La foi ne se communique que |iar l'organe de « l'ouïe; » et si « l'on ne croit ciij'ajuès avoir entendu, on n'entend que ce qui est annoncé» (225) par le ministèrede la parole. Mais qu'au delà de ces moyens aussi légitimes que nécessaires, l'usage des armes soit défensives, soit olfensives, doive être entièrement semblable entio les catholiques et les hérétiques, la dilférence essentielle des causes ne lu soulfre pas. Les hommes avilissent, autant qu'il est en eux, la vérité , lois(ju'i!s lui ploient les mêmes ap|)uis dont Terreur a besoin. Aussi les Pères, loin de conclure de l'exemple des hé'rétiques qu'il fût pour les catholiques une règle de conduite , en ont tiré, une conséquence toute conlrcdre. Ils n'ont admis cette comiiaraison que pour graver dans nos cœurs un attachement à la saine doctrine et à l'autorité de l'Eglise, qui égalât du moins, s'il ne surpassait pas l'attachement des sectaires à leurs opinions. Tel a été le but de saint Jérôme dans les jiaroles qu'on en rapporte. Ainsi reprochel-on tous les jours aux chrétiens qu'ils no ^ font pas pour leur saint ce que la cupidité inspire [lour obtenir des biens [lérissables. On ne prétend pas les engager par ce [larallèle à être faux, injustes, periides , comme le scut les esclaves du moiule dans l'exécution de leurs piofanes desseins. Jésus-Christ en nous instruisant par l'exemple de l'économe inliJèle, n'a pas consacré son inlidélité. Il n'a pas voulu que la prudence des enfants de lumière fûl, comme celle des enfants du siècle, un ralÙnement de méchanceté. Que l'ardeur des hérétiques à soutenir leurs sentiments soit donc proposée aux catholiques pour servir d'aiguillon à leur zèle dans la défense de la foi; mais à Dieu ne plaise que toutes les ressources do l'hérésie devienneni celles de la catholicité!
biicruiil. IsUe macliiiire sunl lKcrcliconim....ui con-
\icli de perlitlia ail iiialedicla se couferaiiL. i (/l//o/. uilversus Ituftitum, Ijb. ni.)
('l-lï) « Eiccdociiii vos Deiis, ut qui glurialur in Domino gloiieliir, nue objicialis lia:rencis nisi qiiia non sunl calliolici. iNe siiiiiles cis silis qui non tiabendo quod in causa sux divisionis dolendani, iiuiiiiisi lioniinuni criinina toUiycio alfeclant, el ea ijisa plni'iina l'alâissiniu jaciilanl. l'i tjuia ipsani divinx ijeripuiia; verilaleni, (|ua utiiiiue dilfasa Clirisli Etilesia coinnicudalur, cii.ninan cl ot^scnr.iru i.ua
possiiiil, lioniines per qiios pr.cdicalur aildiicaiil in udiniii, de qiiibus cl fint^ere quidi^uid m iiienli'in \uncril pos.-nnl. Vos aiilcni non ilu diilicisùs Cliiisluin. » lEpisl. 78, ad (jieijein suum llipponemem.)
(i-li) I Ardeiuiusab lllis difeniliUir b;urcsis quant a noljis oppnijnalni'. > {Epist. ad Ti'ieojilii.UiH, puliiarcham Alcxnndrinum.)
(2i.")) QiiuDtudo credent in (iiiem non uudierunl : Quoniadu uittein audieitt iine piadicunle.... er.ijo jides ex audiiu; nudiius (lulein per verbum Cltruli. {tium. X, 14, l7.)
l'AiiT. i\ un iti.. roi.KM. - i.NsruucTioN suii liimiksie.
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Il n'ost |)iiiMl ili< ^()l^.'lil^ (ju'il III! l'iilkU vkcnsor llall.^ li'S luVclii|iios , (|iii no SL-rmonl plus ('(iii|>i-ililos (|iio l'iir l(^ rliuix iruii mauvais parti. Il n'i-ii i-sl iiciint ipi'il nu fiilliU .■ludin.si'riiniis les (-iilliiili(|ui>s,(|iii n'auriiii-nt l>lus sur li'urs iulviTs.iiros d'aulro avanlayo (|Uo celui d'une MU'iili'iiii! cause.
Au suiiilus, à (|Ui)i so lédiiit co succiNs lont vnnli! dos ituvratjis saliri(|ues ? A diverlir \o pultlic. Ces sm'les li'écrils conviennent .si pou il la ni.'ijoslé dit la n^lit^ion , que si les lioniines o-il assez de nialignii6 , pour les lire d'ididid avec eni|in.ssciiie!il , ils ont assez do justice pour les c<iiiilauiner liienItNt fi un éleiiiol ouljli. Ou compte ceux que dos beautés ininiilublos ont sauve de ce iinulVat;o : tout le reste, ajuès i]uoli|ues applaudissements plus uu moins vils, est reiéçné dans la foule in'iouiliraldo des écrits périôdi((ues et surainiés ; leur réputation s'évanouit avec l'intérêt passa^^er qui leur attiiail (les lecteurs. Si par hasard on les tire de la poussière où ils demeurent ensevelis, on s'étonne, en les lisant, que des liouMiiesesliniables par loursavdir, par leurs talents, cl ipieUpiet'ois par la gravité de leurs nucurs, aient pu l'aire d'une controverse de rcliy;ion un llié;Uro d'invectives et une lice de gladiiiteurs. On rejtaie dansjes ténèbres, avec une indignation nièléo de pitié, ces libelles où la curiosité n'a plus d'objet qui la pique, et où l'instruction, s'il y en a (pielqu'uiic, est noyée dans un déluge de faits personnels. Quels anus la fausse pliilosojiliio ne fail-elle pas du ce jugement pronomé par l'équitable postérité?
Elle s'en ajiplaudit au dépens de la religion ; elle étend jusqu'A ses dogmes, occasion innocente de ces aigres disputes, le mépris qui n'est dû qu'à la manière dont on a disputé.
Les hérétiques i)euvent ei duivenl asjiiler à ce succès, quelque courte qu'en soit la durée: il en est d'eux à cet égard comme des artisans de la calomnie. Combien en est-il parmi ceux-ci qui ne peuvent guère douter que leurs mensonges ne soient découverts; que la vérité ne se fasse jour, et lie guérisse tôt ou tard des plaies [pi'ils font à l'innocence et à la vertu? N'iin[)orte : la calomnie satisfait leur haine; elle assouvit leiu' vengeance. Peut-être la blessure de ses traits sera-t-elle incurable: du moins la cicatrice en restera. Quoi qu'il arrive , ils auront joui quelque tenqjs de la crôdulilé du public et de l'humiliation de leurs ennemi.s: à ce prix ils veulent bien courir les ris([ues de l'avenir. Une victoire de cette nature est le partage des hommes qui enseignent dans la religion ce qu'ils ont choisi. Alalgré tous leurs^elforts pour diviniser ces idoles fabriquées de leurs mains, ils entendent au dedans d'eux-mêmes une réj)onse secrète qui leur en a[)()rend la caducité. Il faut les élayer do toutes |.arls, et leur ménager dans les premiers moments autant tfadoratuurs, qu'on peut éblouir de
leganls et fasciner cl'fsprils. C'est (oujours t;agner du temp"' , avuntngu précieux dans le» entreprises humaines. Si ces moyens s'usent, on espère les remplacer pnr d'autres qui en perpétueront lo succès. Kn tout cas, on protite des conjonitures piésentes, ot l'on se livre à l'incertitude des événements éloignés. Les hommes n'ont rien de mieux à faire pour établir une religion qti est leur ouvrage.
Mais (h s catholiijues (pii no snutiennont pas des sentiments à eux , qui ne croient que ce (pn; ri<;gliso leiu- enseigne , ot qui sont bien assurés que ectto doctrine ne s'effacera jamais dans le christianisme, jieuvenlilsse llalter do la servir utilement pardes satires contrôles héréliquesiiui lacomballenl ? Je veux (ju'ellcs aientdans leurgenre lo mérite d'amuser et de |ilaire : ce mérite n'est pas d'abord celui de la matière qu'ils traitent. De plus il se fane et so flétrit bienlùt, tel ((u'une tlcur qui stirv t h jieino au jour qui l'a vu éclore : l'instruction seule lesle et passe à la (lostérité; lille n'est attachée ni aux temfis ni aux lieux: elle comiiience par captiver l'allention des esprits solides. Leur nombre n'est pas le (ilus giand , ji; l'avoue ; cl la h'i cepemiant leur suffrage entraîne celui de la multitude. Les écrits où les (piestions dogmatiques sont discutées avec lumière et [irofondeur , honorent la foi qu'ils défendent. Ils Iransmeltent aux siècles futurs la tradition du leur. Voilà les vrais services que le zèle éclairé peut rendre h l'Eglise catholique. S'il ne l'est pas assez, yonr remplir avec succès toute l'étendue de ce mystère, il lui est au moins glorieux d'en connaître l'esi'ril et les devoirs. Dieu diversifie les grâces qu'il accorde à ses ministres pour l'ulililédes fidèles. Il les donne selon la mesure et dans le degré qui iui lliîl. Il ne demande aussi que le produit des talents qu'on a reçus do lui. Mais de Iransj'Oi ter ces talents à un usage qu'il n'approuve pas, il valait autant, et peut-êlre mieux les enfouir. Le serviteur qui, |iar une hardi 'sse téméraire, dissipe l'argent de son maître, a encore moins de droit à ses récoiLpenses que celui qui par une fausse crainte l'enferme, sans le faire fructifier.
Je dirai même jiius: ces écrits satiriques, dont on présume contre tous les prineijies, que le succès do.t rejaillir sur la bonne cause , réussissent mieux aux liérétiipjes qu'aux catholiques. Soit cjue Dieu, comme nous le voyoï.'S dans l'iiis.oiro' des Maehabees {'226), veuille punir par la lionte d'une défaite des soldats indiscijilinés qui combattent pour iui contre ses ordres, et sans l'ire de ta race de ceux qui doivent sauver Israël; soit que la [daisanlerie et la satire aient naturellement pus de sel et d'agrément dans la bouche do ceux qui bravent l'anlorilé ipie dans colle de ses défenseurs. Qu'airive-l-il donc de ces étranges scènes (jue les u)is et les autres donnent au public jiar
(22C) //)si (f.itein non erant de seinine viroiuiii iUonun pcr , quos salus facta csl in Israël (/ fdach. IV, Oi.)
ŒUVRES COMPLETES DE LEfUANC DL: POMPIGNAN.
une animosité qui s'exhale en injures piquantes? D'une part, les calholiqups se confondent avec les liéréliqiios pnr Tunifoiiniti'! (lu procédé : c'est dé]à un grand inconvénient. Le momie est plein de gens qui ne savent ou ne veulent pas distinguer dans les controverses de religion le fond du procédé. Leur disposition la plus orJinaiie est de regarder comme égales des causes soutenues respectivement par les mêmes moyens. D'autre part, les hérétiques ont les rieurs pour eux ; et dans co genre d'escrime que les calholiiiucs n'auraient jamais dû se jiermettie, ils ont encore la confusion de voir que l'avantage demeure à leurs anlagonisli's. Leçon salutaire, si elle réforme leur zèle à l'avenir; si elle leur apprend à ménager les personnes, et ne leur laisse de chaleur et d'activité que contre les erreurs.
Il y a pourlant dans la manière de poursuivre les erreurs des excès que le véritable zèle ne coiulaiiine pas moins que des haines jiersonnelles.
Le premier excès en ce genre est de prévenir les décisions de l'Eglise, et de mettre au nombre des erreurs [)roscrilcs des opinions qu'elle approuve ou qu'elle tolère. Il est aussi dangereux d'ajoutur à la foi que d'en retrancher. Le symbole dressé |iar l'Eglise, i)Our être la règle de notre croyance, n'a pa-, comme un livre canonique, le caractère nugusie de l'inspiration; tuais leur i'.itégrilé doit être la môme. Dieu nicnace de son indignation (227) quiconque la détigurc, soit par des extensions arbitraires, soit par de sacrilèges soustractions. On ne soulfrirait pas dans un Etat que de sim|)les [larticuliers érigeassent en lois |>ubliques leurs vues et leurs projets, ni qu'ils troublassent d'autres citoyens dans les usages où ils vivent [laisibleinent sous la protection de l'autorité souveraine. L'Eglise cette auguste république fondée par l'Homme- Dieu son législateur, a un tribunal auquel appartient le droit exclusif lie déclarer à tous les chrétiens les dogmes qu'ils doivent croire, et d'analhémaliser les erreurs par des jugements irrévocables, l'ont lidèle qui, de son autorité privée, propose des articles de loi, usurpe, par un aiten at inqiie, le pouvoir incouimunicable de ce tribunal, il méconnaît et méprise ce même pouvoir, lors(iu'il censure sans l'Eglise et nialgré l'Eglise des sentiments qu'elle n'ignore et ne condamne pas. Quel est, en effet, le criiue de l'hérétique? Il a choisi une doctrine inconnue à l'Eglise, et il la soutient opiniâtrement après qu'elle l'a réprouvée. Par là il s'est jugé plus sage, i)lus habile, plus incorruptiljle qu'elle; orgueil détestable, et que Dieu punit avec toute la rigueur de sa justice. Le censeur im[)érieux d'une
(2-27) Si qiiis npposucrjl ad lurc, npponet Deus shper t.luni phigas naiplas iiihbro iito, el iiqiiis diininuenl de veiOh libti iiroplieliœ liujus, nujerel Deus p,nlem ejus de iihro vilœ. {Apoc. \.\ii, 18, 19.)
(228) « Nulo iii susiiiciuiio luurcscos <iuciiiquam
les
doctrine permise par l'Eglise (St coupable du même orgueil. Il se croit plus écla ré qu'elle, s'il prétend découvrir des erreurs pernicieuses où elle ne voit que des opinions innocentes. Il l'accu?e de jirévaricatioii, si connaissant l'erreur, elle la favorise ou la dissimule. L'es[irit particulier de 1 liL^résie n'a rien de plus injurieux h l'Eglise que ce desjiotisme théologicpie : et peut-éiie l'olfense-t on davantage en voulant Ojiprimer une liberté qu'elle proiége, qu'en lui refusant une obéissance qu'elle exige.
C'est un second excès que de soupçonner légèrement qui que ce soit d'attachement ?i de véritables erreurs et de révolte contre l'autorité de l'Eglise. Je parle à vous, mes frères, qui n'occupant, dans la hiérarchie, que des rangs subordonnés, no devez point à Dieu le compte d'une administration , dont la principale partie est de veiller à la garde du dé|)ôt de la foi. Car, pour mes collègues dans l'éinseopat, il ne m'appartient pas de leur donner ici des conseils que je recevrais d'eux avec respect. Je sais d'ailleurs jusqu'où la sollicitude pastorale doit porter dans cette matière, iilus encore que dans toute autre, la délicatesse des |)récaiiiions. A Dieu ne plaise, cependant, que ces précautions indispensables dégénèrent en d'ombrageuses inquisitions; c'est aux fidèles à demander à Dieu pour leurs .pasteurs l'heureux assemblage de la vigilance et de la pru lenee. Je sais aussi quelle doit être la conduite ties personnes assez malheureuses, pour (jue leur foi et leur soumission soient suspectes : il ne leur est pas permis (228) d'opposer à de tels souj)çojo-s une patience muette. L'accusation d'hérésie est une de celles où le silence et l'inaction ne conviennent pas à l'innocence. Ceux qui ne la connaissent pas peuvent croire qu'un crime, dont il est si facile de se disculper, est avoué par l'accusé qui se tait. Ceux qui la connaissent ne peuvent qu'être indignés d'une indiU'érence scandaleuse l\ laisser subsister des soupçons dont on d;Mt être d'autant plus touché (ju'on les mérite moins.
Mais en mettant à l'écart ces dilférentes obligations qui ne vous regardent pas, la vôtre est déjuger avec, une extrême circonspection dans une matière aussi grave que celle de l'hérésie. Vous n'osez (du moins ne le devez-vous pas, et vous en convenez), vous n'osez croire facilement d'autres crimes sur de faibles indices, sur des preuves équivoques. L'évidence seule peut autoriser les jugements intérieurs qu'on en porie; et lorsqu'il n'est pas possible d'en douter, il reste encore à exansiner si l'on doit commu'ii(|iier ce qu'on fait, et quelles mesures il faut garder dans celte
esse patientem, ne apud cos qni ignoraiii innoceoliam cjus, (iissiiiiulaiio (oiiscieniia jiidicuOir bi laceal. I (S. HiERt;N. episl. 58, ud l'aimnacliium de erroribus Joannis episc. Jetosolyruilaid.)
IftO P.VUT. IV. TIII.OL. roi.l M. -
copimiuiii'iilion. (lolto i^^li! du lu clinritt5 «•lirélicmios'iMeiul snns ililli.iillt^ h riioiésii». Fins elle est rriiiiinullc, plus riiii|>iiUiliuii iliiil on tMro |il'sol' au |iiiiiU ilu sumluaiie. Des bruits v;i^iil'S no sullisoiit pas : des rii|>p()its où il est iiisi^ d'ii|ierccvoir do l'ai- Hioiir et de la |iiéveiilioii uiiWitonl peu de eoDliance ; des eoiijectuies, di!S induelioiis, drs vraisciulilahces ne funuent pas iino convielion. Il evt nn^nie à pi'Opos dose tenir eri gaiile conlre Its l'rayenr's p.niwiucs d'une piété crédule et soupi;onneuse. Il est nécessaire do rejeter les coiidaïunalions quo rifinoiance et le faux zèlo prononcent.
Au surplus, il y a des degrés dans les fautes qui peuvent tMre e(juiniises contre les devoirs que la loi impose. Les mêmes degrés doivent être observés dans les jugements tpi'on en |)orte. Les liaisons étroites et sui-erllues avec les partisans de l'Iiérésio sont toujours dangereuses et d'un mauvais exemple. On a raison do les reprociier à ceux (pii les cultivent : mais on n'a pas droit d'en conclure, au défaut do toute autre pleuve , qu'elles supposent la cnnlormité des sentiments. Des discours indiscrètement répétés d'après le langage ou les écrits des liéréti(pies sont très-liUkiiahles; ils ne sont pas toujours des lémoignages certains d'une désobéissance rétlécliie aux décisions de l'Eglise, il est juste de les apprécier ce qu'ils valent, et de n'en [las tirer précipitamment des conséquences ip.i'un examen plus mûr démentirait peut-être. Les vrais litièles gémissent de certaines démarches où l'autorité la plus sainte semble agir de concert avec l'erreur; ce mal est grand sans doute, mais il faut savoir le distinguer de l'iiérésie elle-même. Il y a de la distance entre en adopter formellement la i)ernicieuse doctrine, et n'avoir ou ne montrer pas le zèle nécessaire pour la comballre.
Ces nuances échappent facilement à des personnes peu instruites. Tout ce qui ne s'accorde pas avec les idées rétrécies qu'elles ont de la foi, prend dans leur imagination ardente la teinture de l'iiérésie. C'est ainsi qu'on voit s'élever dans l'Eglise des tribunaux incompélents, où des particuliers sans mission et sans caractère se rendent les arbitres de l'orthodoiie, lui assignent Ses défenseurs, lui nomment ses ennemis, et portent quelquefois la témérité de leurs jugements jusqu'à un tel excès, que, s'il fallait y souscrire, le petit nombre d'orthodoxes qu'ils reconnaissent anéantirait les promesses de Jésus-Christ.
Ce n'est pas que des soupçons, et à plus forte raison des preuves d'héiTisie, ne doivent faire de sérieuses impressiojis sur l'esprit des simples tidèles. Qui peut nier qu'ils ne soient obligés de pourvoir à leur propre sûreté, en évitant, autant qu'il est possible, tout commerce dangereux pour leur loi? Que cette même obligation ne les presse à l'égard de leurs inférieurs, ou des personnes à qui leurs conseils ueuvent Être
i.NsrmicTio.N si;k i, iii:ui:sie.
utiles et nécessaire 7 Qu'il» no doivent aussi, sans luéjudino do In cori-eclion fralernello, <léposer leurs crainto»> dans lo sr.'in des supérieurs ecclésiastiques, qui les en < guériront si elles sont mal fondées, ou sau- . ront en faire, si elles sont légiiimes, un usago convenable aux besoins du linir troupeau ? La ckuritc (jni vieiU d'un cœur pur, d'une bonne conscience, cl d'une foi sincère (:?20), inspire celte conduite. Elle y ajoute les prières les plus ferventes pour (juo Dieu éclaire les es|irils indociles, et (pi'il préserve les enfants de son Eglise d'une pernicieuse contagion. Mais elle s'en lient l.'i , et no répand pas au dehors, par des conlidences multi|iliées ou par do bruyantes ili'clamations, les soupçons ou lesjugements qu'elle n'a formés ([u'à regret. Contenio lie rem|dir la mesure de ces devoirs, elle ne l'ait point parade, aux yeux du public, d'un zèhî ingénieux h découvrir des hérétiques. L'unique fruit de ces recherches, que la sagesse et la cliarilé ne guident pas, est de jeter des troubles dans les consciences, de fomenter et d'étendre le feu des divisions, d'aliéner de l'Eglise, sans retour, les véritables héréliqaes, et de préci[iitor dans l'abiino de 1 hérésie des hommes qui, n'étant encore (jue sur le penchant, attendaient peut-être une main secourable pour les, ramener dans le droit chemin.
Saint Grégoire Pape, dont la singulière prudence a éclaté parmi ses autres vertus, nous a instruits sur celte matière et parses actions et par ses maximes. 11 rétablit dans son synode un prêtre de l'Eglise de Clialcédoine faussement accusé d'hérésie, et injustement dé|)osé [jar les commissaires du patriarche de Constantinoplo. Jamais, à la vérité, il n'y avait eu d'accusation plu.s vaine. Le nom de l'hérésie qu'on attribuait h ce prêtre (celle des marcianites) ne su trouve dans aucun catalogue des hérésies. Les accusateurs eux-mêmes n'avaietit pii dire ce qu'elle était. Mais qu'on fasse un corps do délit d'une hérésie chiuii^rique, ou d'une hérésie réelle dont l'accusé n'est pas coupable, l'injustice est égale. Le [irôtre de Chalcédoine s'était justilié par la profession de foi la plus claire et la jilus complète. Sa cause n'en était que meilleure. U avait plu néanmoins à ses premiers juges do ne pas l'en croire sur sa |]arole et de le condamner fioùr une erreur totalement inconnue. Saint Grégoire ne put le soutTrir. Aurait-ii approuve davantage des inculpations hasardées sans preuves , ou des preuves légères ojiposées à des déclarations dont, après tout, fes juges de la foi seraient seuls en droit de prononcer l'insullivince? llaurait dit, coaime il ledit alors {23o], « que si l'on lécuse le témoignage de celui qui rend un cumpti; lidèle de sa doctrine , » ou si l'on accuse témérairement celui qui ne l'a (las encore rendu, « il n'est point do cailioliijues dont on ne puisse révoquer en doute la foi; quo cette indisciète sévérité donno
(2-29) I Tim. 1, ;>.
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('2.-.0) « Si cicili lidtliter coiifuenli deqiicilur, LUi Lekuanc vu Po.Ml>l^i^^^. H. (>
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ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN
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naissnnce h des erreurs mortelles; et que loin de rappeler par là les brebis égarées au bercail du Seigneur, on expose cruellement telles qui sont dedans aux morsures des b^les dévorantes. »
C'esl un troisième excès que d'ajouter aux erreurs qui ont attiré sur une secte les aiialhèmes de l'Eglise d'autres erreurs que ses chefs et seï jiarlisans n'ont jamais enseignées. L'argnujent négatif sudirait pour les absouilre à cet égard, et pour repousser une accusation destituée de prouves : car chaque hérésie a des erreurs qui lui sont pro|jres. L'attaciiement démesuré à ses o|)inions favorites est [lourelle un motif (le plus d'attaquer avec ardeur celles qui lui sont étrangères. C'est même une providence de Dieu, qui, pour l'avantage de son Eglise, commet ainsi les hérésies les unes avec les autres : providence dont nous voj'ons un exemple dans les savants ouvrages que le calvinisme et le luthéranisme ont produits contre les erreurs sociniennes. Aussi, une liérésie qui n'adn.ellait aucune vérité révélée est-elle un être imaginaire : ce serait ]ilutôt une secte do parfaits incrédules que il hérétiques. Il n'est'donc permis d'attribuer à toute hérésie, quelle qu'elle puisse être, que les dogmes particuliers qu'elle avoue, et que l'Eglise a condamnés en elle.
Les conséquences qu'on tire de ses principes et qu'on prétend substituer aux aveux qu'elle ne fait point, ne détruisent (las la force de ce argument négatif. Ces conséquencrs, fussent-elles justes, ne doivent être imputées qu'à ceux qui les adoptent avec les [irinciiies mêmes d'oii elles naissent. Mais jiour ceux qui les nient, tout l'usage qu'on en peut faire conire eux est de leur reprocher des princi|)es qui entraînent des conséquences dont ils ont horreur. Les hérétiques sont sujets comme l<!S autres hommes, et plus que beaucou|) d'autres, à ne pas jaisonner ,conséquemment. Ils ont droit (l'exiger, avec tous les hommes qui se trompent ainsi, qu'on sépare les vices de leur dialectique de leur véritable doctrine. Il est même des hérésies dont la constitution ne demande qu'un certain nombre d'erreurs et répugne à toutes les autres. Et, quand cela n'est pas, il suffit que le plan dont elles sont occujiées depuis leur naissance soit rempli par les erreurs qu'elles professent ouvertement, jiour ]ne pas les charger de celles qu'elles no soutiennent pas.
S'il est contre les règles de l'équité d'accuser des hérétiques d'erreurs dont on ne trouve aucun vestige dans leurs écrits, qu'est-ce que d'en mettre sur leur compte qu'ils ont fortement combattues en mille occasions? Je ne dis rien de l'accusation jilus absurde encore et plus choquante d'un complot tramé contre le christianisme. On
s'écarte étrangement de son but, si l'on croit servir l'Eglise et nuire h une hérésie par de telles voies. Les catholiques instruits savent ce qu'ils ont à délester dans une secte réprouvée par l'Eglise. Ils n'ont pas besoin de fictions incroyables pour s'affermir dans le parti qu'ils ont pris. Des im[iutations raanisfestement fausses répandent des nuages sur les véritables accusations dans l'esprit des personnes peu éclairées ou peu attentives : les sectaires réclament contre l'atrocité des crimes qu'on leur impose. Ils aiment à rejeter sur le corps entier de la catholicité les torts de quelques-uns de ses membres. Leur haine pour l'Eglise s'accroit : et, assez forts pour confondre une calomnie qui ne vient pas d'elle, ils n'en sont que plus animés à défendre contre elle les erreurs dont elle les a convaincus. 1/6 succès de ces fables débitées avec si peu de vraisemblance se réduit donc à l'accueil empressé d'un petit nombre (Je lecteurs à qui tout est bon, i)ourvu qu'on dise du mal de l'hérésie et de ses suppôts. Il fallait préparer à leur zèle un aliment plus solide et plus sain. Le zèle aveugle et emporté passe quelquefois de l'extrémité de trop croire à celle de ne pas croire assez. Quoi qu'il en soit, leurs suffrages ne méritent pas d'être achetés aux dépens de la pudeur et do la justice blessées pardes anecdotes aussi scandaleuses que]romanesques.
[]n quatrième et dernier excès est d'épuiser son zèle sur une seule hérésie, de sorte qu'on épargne ou qu'on néglige toute autre erreur. 11 est vrai , et telle a élé la conduite des Pères, que c'esl à l'hérésie la plus acharnée dans les lieux et dans les temps où l'on vil, qu'on doit parliculièrement s'opposer. 11 est vrai aussi que des hérétiques ardents à dénonci T des erreurs, soit pour faire une diversion utile à leurs intérêts, soit [lourse venger de leurs adversaires les plus déclarés, ne sont pas des témoins irré[)rochabl(S. Il est de la prudence et de l'équité d'y regarder a[)rès eux : et il y aurait un véritable scandale h ne poursuivre les erreurs qu'ils baissent, qu'en allectant un profond silence sur les leurs plus accréditées et i>lus répandues.
Si pourtant leu>rs récriminations, malgré le vice du motif, se trouvent justes dans le fond, le vrai zèle ne balancera jias à y faire droit. Il ne les attendra môme [las, pour s'élever contre des erreurs avancées par les ennemis de l'hérésie dominante. Il déteste eu elle non les hommes qui la soutiennent, sentiment trop indigne de lui, mais les atteintes qu'elle ))orteà la foi. Parce principe, il rejette toute autre nouveauté profane, de quelque endroit qu'elle vienne. Il sait que si les auteurs et les défenseurs de ces nouveautés sont sincèrement attachés à l'Eglise,
cimcloruni in diiliiinii fides aiiilHcinir, :il(|ue erroics iiiorlireri ex iucaulu dltilricliuii..' gcucruiilui. Et Mine lion suliihi ei'i'.uitus oves a.l c:iiilas ininliiie Duiiiii:\C2iS rcvcitaiiliir, sed euaiii iinruijusila; fcriiiis drlilli^ut hiliulida: crudelilcr cifi>uiuiiiiur. > (S. Qi-lh.,
Rcg. Episl., libr. vi, iiiditlione M, ep. 13, ad Joaniicm episc. Consi.) — Voyez les lettres qui précùdeiil cl siiiveiU, au tuiale rsaiiés, et à rt-iiipcrcur Mau-,
l'AKi IV iiiioi,. l'oi.EM. - iNSTiiucTrox siii r.'iii.unsir.
ils Siu-iititTOiil leurs soiilimuiits |iailifiiliiTS ^ ri'iiseii;MiMii('iil l'iililii: cl uni vcisrl. .Miii<i, s'ils ,v I fisistaicrit «vt-c i'(il)siin;ilic)ii| <|ui csl lo iMiiiclùif lies liéiésiL-s, il ne croit |i;is (lUi' l'Our l'u uvoir couiliiillu iniuUjui'S-uncs, lis uussodl aci|uis li> liroit d'en inliuiluiiu ij'iuitres (lo liur tlit'l'. L;i loi osl une : ks t'rri!ursi|ui luconîrcdiseiil pcuvonl ùlie luultiplii'cs à l'iiiliiii ; inuis, i|ii.'iiici un aliiiiidoiiii"' l.i seule voie (|ni conduise au lernie, il iiii|(iule peu de se délnuiner à dioile ou à i,'.UKlie : ou s'éi^nie el l'on se perd égaluuienl.
Il est dangereux, disent iiucKiucs personnes, d'avoir sui- les bras un troji t;r;uid iiond)ro d'enneuiis. L'Kglise, déjà fiiliijuéo des troubles t]u'iin lui a suscites, n'a pas besoin lie elieriiier de nouveaux embarras. Ses inlértHs uiOuies deniaudeut (|u'ello ail oe i'indul^eueo pour les erreurs de ceux ipii en toute autre occasion la servent avec autant Je courage que du lidélité. lîlie les déj^oùlerait par dos condamnations iiuniiliaiiles, dont le coulre-coup lelomberait sur elle, tiu la [>rivant d'une partie de sesl'orces.
Ainsi peut raisonner une polili(]ue liuiiiaiue à qai les circonstances lont souvent la loi. Trop faible pour l'aiie face de tous côtés, il faut bien alors (ju'ellu dissimule, qu'elle leuijjorise, qu'elle compose avec une partie de ses ennemis, [lour condiatlro lo reste avec plus d'avantage. Il faut aussi qu'elle traite quelquefois comme de lidèles serviteurs ceux qu'en d'autres temps elle jiunirait comme des rebelles. La nécessité piesente et les espérances pour l'avenir juslitiont cette conduite, où il no s'agit après tout que de droits et d'intérêts temporels susceptibh.-s [)ar eux-mêmes de cession ou de compenjalion.
Comment ose-ton proposer la mémo politique à lEglise dans la défense des vérités de la foi? Craint-on qu'elle ne succombe aux elforts des ditlerenles erreurs qui l'attaqueraient en même temps? Est-elle un de ces édifices fondés sur le sable, ou bâtis de la uiain des bommos , que le souille des vents déchaînés et lo débordement des eaux accumulées [)uissent renverser? L'Eglise so connait trop bien pour mesurer ses démarches sur de pareilles frayeurs. Si elle ne com])te pas sur des miracles visibles, si elle ne tente pas le Seigneur par une contiance jirésomptueuse, elle sait cependant^ qu'il ne permettra jamais que les pjrtes de l'eiifer (irévalent coutre elle. Sa discipline a pu être l'objet d'une condescendance économique : elle n' était pas invariable de sa nature. Mais, pour ce qui est de conniver à des erreurs enseignées dans son sein, aucun prétexte ne peut l'y déterminer : cette connivence est incompatible avec ses devoirs les pi us essentiels; elle ruinerait même son autorité de fond en comble. Celte autorité n'est divine et infaillible iiue parce que s'éten- (iant à toute vérité, elle (iroscril indistinctem(.'nt toute eneur. La moindre exce|ition accordée à des considéralions personnelles autoriserait les hérétiques condamnés, non-
sculenionl A'se plaindre do la rigueur exercée h leur égard, mais eHioro h récuseï" lin Iriliuii.d (lont les jugcinciils pourraient être (liil(''s par un autre iiiidif (pio l'altacliement à la foi : tciix de l'Eglise sonl audessus de ce reproche; les ei leurs lui sonl toujours odieuses; leurs partisans, s'ils su montrent o|iiiii.ltres, ne lui sonl jamais néccs>-aires. (juelquc'S services (ju'ils lui aient rendus et (|u'ils oll'rent encore de lui reiidro, ce ne sont plus ses troupes . ellelcs foudroie sans alfaiblir son armée, (;l n'en est (jne [dus en état ilo terrasser ses autres ennemis.
Les exemples ne manquent r>as pour appu>er ces maximes incontestables. Dans le iv siècle de l'Eglise, trois évé|ues orientaux, Marcel d'Aiicyre, Pliolin de Sirniium, A|Olliiiairu de Laodicée s'élaient attirés la baine des aiiens, les plus dangereux ennemis qu'eût alors la religion catholique. Ils furinit <piel(|ue temps soutenus par des préials orthodoxes ,qui no les croyaient pas coupables des erreurs qu'un leur imputait. Mais dès que ces erreurs curent, été reconnues ils chercliôrenl vainement un titre d'innocence dans la persécution des ariens. Les Alhanase, les Hilaire de Poitiers, les Uasile do Césarée, h s Crégoire de Nazianze, les Epiphune , les Viiicenl de Lérias, désavouèrent ces faux alliés dont l'Eglise n'avait que faire. La llétiissure , quoique inégale, en a demeuré sur leur mémoire dans la suite des siècles. Ces derniers temps ont vu le Saini-Siége, applaudi des premiers |>asleurs, lancer sans acception do personnes des ana'ihèmes el contre les erreurs de la gr;lce et du libre arbitre avec toutes leur dépendances, et contre les propositions d'une morale relâchée, et contre les illusions d'une fausse spiritualité, et contre les cérémonies idolàliiqnes de ia Chine et des Malabares, et contre la dépravation des livres saints, sous le nom d'histoire du peuple de Dieu. Tant il est vrai que l'Eglise , inexorable envers l'erreur, ne fait de discernement entre ses divers jiartisans que jiar leur soumission ou par leur indocilité.
Tous les défauts (lue nous avons observés dans la manière d'attaquer, soit les personnes, soit les erreurs, naissent du (jcu de soin qu'on a d'entrer d-uis l'esprit de l'Eglise, et de régler son zèle sur le sien. Sa cause est générale; on en fait une cause particulière. C'est moins l'hérésie qu'on abhorre qu'une telle hérésie. On se cantonne, et, hors du cercle étroit que l'on s'est tracé, on ne voit rien d'intéressant pour la religion. On concentre tous Ks b.ens ou tous les maux qui peuvent lui arriver dans un certain nombre de dogmes et do personnes. On n'est alfecté que des événements qui leur sont relatifs; on compte pour peu de chose, ou l'on y ramène tout le reste. Ainsi, l'on poite les faiblesses et les misères de l'esprit de jiaiti dans l'exercice d'une veilu qui par elle-iiièiiU! y csl diamétialemcnt ooposée, le zCle pour la
^^i ŒUVRES COMPLETES DE
foi. Si c'est là être catholique par le fond de la croyance, disons-le nettement, ce n'est pas l'être par le procédé. Le catholique ou l'universel, considéré sous ce point de vue, n'éjiouse que les intérêts de l'Eglise,- ne •soutient que ses iJécisions , n'est sensible qu'à ses perles ou à ses avantages. Il condamne ce qu'elle condamne; il tolèie sans murmure ce qu'elle croit devoir tolérer ; il approuve tout ce qu'elle approuve, il la sert comme elle veut être servie.
Quel est donc, mes très-chers frères, le zèle que nous désirons de vous inspirer par cette instruction? Celui même de l'Eglise notre mère commune. Zèle ardent, zèle pur, zèle sage, zèle imparti;d, zèle irréconciliable avec l'hérésie, plein de charité pour les hérétiques : zèle d'autant plus juste que la conduite de il'Eglise est aussi sainte que son enseignement est certain, et qu'elle réunit tous les litres qui peuvent lui assurer notre attachement et notre contiance.
Elle est l'épouse de Jésus-Christ : épouse chérie qu'il s'est acquise au prii de son sang (231 ) , qu'il a embellie et comblée de gloire, en la luiritiant des souillures de son origine, et en la |préservant des rides de la vieillesse; avec laquelle il a conlracté une alliance indissoluble, et pour tout dire éternelle comme lui. -•l)î('//(emf, s'écrif saint Paul , à 71(1 n'aime pas Jésus-Clirist (232)1 Tout lidèle répète cet analhème. Toute secte chrétienne se vanta d'apprendre à aimer Jésus-Christ. Mais l'cU'et et la preuve nécessaire de cet amour est celui qu'on a pour siiii Eglise ; de même, pie nous n'aimons véritablement Z^ictt, que nous ne voyons pas, qu'en aiuuuit nos frères que nous voyons (233), Jésus-Christ, assis à la droite de son Père , élevé au plus haut des cieux, piésent sur la terre d'une manière très-réelle, mais inaccessible à nos sens et surnalurelle , n'a pas besoin de nous pour sa propre personne. C'est dans son Eglise, l'objet do son plus tendre umoui', que nous pouvons el que nous devons lui lémoigner le noire. Si ce qu'il .y a de plus admu-able dans la beauté de celle lille du Roi est invisible et caché {23k], elle a des j>roi)riélés et des marques eilérieures qui nous la rendent assez reconjiaissable. Son unité, dont la chaire de saint Pierre est le centre, son étendue, la peri)étuité de son ministère, la sainteté de ses lois, les vertus qui brillent au milieu d'elle, li!S miracles qui s'y sont toujours opérés, l'autorité des conciles qu'elle a célébrés, ses combats et ses triomi)hes conlinuels depuis sa naissance; tout nous avertit sensiblement qu'elle est l'épouse du Dieu vivant, la colonne et l'appui de la vérité, la nouvelle Jérusalem, la vraie mère des entants
LEFUANC DE POMPlGi>AN.
de Dieu. Anathème à qui n'aime pas l'Eglise; il est l'ennemi de Jésus-Christ.
Si des nœuds sacrés qui lient Jésus-Christ à son épouse vous passez à ceux qui vous unissent à elle, que ne lui devez-vous pas sous ce nouveau rapport ? C'est par elle que vous avez été appelés à la foi , substitués au peufile juif, et préservés des ténèbres de l'idolâtrie oii les gentils vos ancêtres ont été si longtemps plongés. Dépositaire et dispensatrice des dons de l'esprit sanctificaleur, elle vous a régénérés dans le baptême ; elle a ajouté jiar un second sacrenienl au caractère de voire régénération celui de votre enrôlement dans la milice chrétienne : elle nourrit les âmes justes du pain dos anges ; elle [irononce aux pécheurs pénitents la sentence de leur absolution : elle bénit dans le mariage l'union des deux sexes: elle consacre les minisire du sanctuaire : elle expie dans les mourants les restes de la fragilité humaine. C'e.'.t par elle que vous participez aux fruits du sacrifice adorable dont un Homme-Dieu est la victime et le jirêlre. C'est [)ar elle que vos vœux, vos supplications, vos larmes, monlentjusçu'au trône de la grâce, et vous obtiennent de la miséricorde divine des secours favorables dans vos besoins (235). C'est d'elle que vous avez reçu ies livres saints, et avec eux la parole de Dieu , coutiée d'abord de vive voix à des témoins fidèles (236) , et transmise de bouche en bouche dans la suite des siècles. Les hérétiques, qui disputent à l'Eglise l'intelligence do ces livres inspirés, sont forcés néanmoins d'avouerquils entionnenlletcxta de ses mains. Ils l'oni trouvée eu possession de ce précieux héritage : ils sont venus trop lard pour le partager avec elle. Aussi n'estce que dans son sein que les vérités révélées sont enseignées et crues comme elles doivent l'élre. Ce n'est que dans sa chaire que la morale chrétienne conserve toute sa force et toute sa pureté. C'est elle enfin qui vous conduira dans la céleste patrie : elle est l'arche du Seigneur; il faut y être, pour échapper aux eaux du déluge; il faut y achevursa navigation, pour arriver au port de l'immortelle félicité.
L'amour de l'Eglise a toujours été l'apanagedes véritables chrétiens ; mais aujourd'hui, mes frères, il est plus temps que jamais que cet amour embrase vos cœurs.
L'Eglise est attaquée de toutes parts. L'hérésie , et tout ce qui la prolége , met en pièces son autorité. L'incrédulité plus audacieuse encore veut elîacer son nom de dessus la terre ; elles se prêtent l'une à l'autre un mutuel ap|)ui. L'incrédulité mé|)rise et déteste l'hérésie, qui lui rend les mômes sentiments : toulefois une haine
(231) Chrislus dileiil Ecclesiam et seipsum Iradidil \>ro ea ul illnvi saiiclilicuiet , munilitns Invucro uenœ in rerbo viliv, ul exltiberel sibi gluriosam Eccieiiam non liiibeulem maculamueque rugam. [Epliet, y, 25, 2tj, 27.)
(252) i Cor. xvi, 22.
(253) 1 loan. iv, 20.
(23i) Omnis gloria ejus fitiœ Régis ab tn(us, (Psa.. XLIV, U.jl
^255) Hebr. iv, 16.
(256) Oua^iudisii a me per multos testes, hœc oommènda pddibus homiinbus qui idonei erunl el utios docere. (11 Ttin. ii, 2.)
PArVT. IT TIIEOI,. l'OLEM. — rONDVMNATION DE LIVRF.S innri,ir.||.LX.
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commune cl un intiVôt plus puiss.iiit Us réunisscnl i;i)iilre l'H^^lisi». I.'incri^dtilité appljindil Mu\ l'tMips (pio l'lK^i'(i-.io lui poitu, sttt'o ilo liiiiniplu'r ilu clu'istiunisMif , si I K^lisi', ijui siulo un pussiulo lu plonilu le, piiuviiil succDuiber. 1- liric-sie s'i-nivro do CfS iipjpliuidi.sscnicnls , du'il ello dovi.iil idu;;'!'. l>is cliinieurs df l'inciédulilé i\'a>liii'Snver les siiMine>>, ollc mi I'oiuK! l'iii^iOa- L)li3 l'Ininùru d une ucclunKilion ^tWiorulu cpii s'iMùvc, dit -elle, en mi t'-iveur. A son loin' ellf cnii)uifi,:^o p.ir ses uxeiiiplus les iiiciédules à dOiliirorsans iiii''ii;ij^oiiient le cliTiji'' ; siiciiliaiU ainsi ù la passion ijui l'aveiiglu l'honneur du iio:n ciiiélion , tl prôlc ù s'iMisevolir elle-inôiiiL' sous le di^bris de I l'I^liso, plulûl que ilo so soumollre à son auloi'itti.
Grdcos ou ciel l'Eglise esl invincible.
Dieu a piTiiiis de nos jours celte Jii^uo filiale : il la dissipera lot ou lard. Votre devoir «.•■l de li<\ler cet heureux nioniont jiar vos |)rières, el en attendant do consoler par votre zèle i'lii;liso des outrages qu'elle reçoit. Vous jouissez dans ce diocèse d'une profonde p.aix, ciiiienloo par runaniniilé de la soumission : eonnaissez tout le prix do
cette paix (lai- lu ci)iii|iuraisiiii des troubles dont la reiioiiiiiiéi! vous iiislniil. N'envivz pas i\ d'antres une l'ansse scicnco qui les en- Ile, et une curiosité qui les |iOr<l. C'est assez, « c'esl tout savoir, dit Teil illien (237), ipie de no savoir rien contre la w-^le. « L'eiil'anre si recoininandée par Jésns-Cbrisl n'est pas la |irivalion des connaissances utiles : c'est l'ignorance el l'horreur du mal (238) : c'est la siinplieité d'une toi appuyée sur dos roiidoiiienls inéliraiilahles. Ne craignez }ias de porter cette ciil'.ince jusqu'à la vieillesse et jiisipraii lombcau : mais souvenezvous (jui^ riniioi ence des iiuclhs eu est inséparabliï, et qu'uni; religion telle fpio l.i vôtre ne doil pas ôlre moins honorée par les œuvres que par la loi : ('onversaliu-
ncm vestram inler génies habenCes honnin
quia sic est roluntas Dei ut benrfaciinle* oOmulesccrc facialis impnidctUiuin Uominum ignoranliam (231)).
Donné au Puy lo 24. février 17GG
t Jean-George, évéque du Puy.
Var Monseigneur
CoRTiAL, secrétaire.
(237) I Ailversiis regiilam uiliil scire, omiiia cst.i viili esiole. Sensibin auiem perfecti esiote. [I Ccr. {hc prœsciipi., ii. 14.) xiv, '20.)
(238) iSolle pueri efftci sensibus, sed mutilia par- ('25yj / Pelr. ii, 12, 15.
CONDAMNAT iON
DE PLUSIEURS LIVRES COiNTRE LA RELIGION.
AVERTISSEMENT.'
Celle pièce, sipnée de ircme-lrois évêquesoii arclievfqiies, et anjonKl'hiii ilovoime assis nro , se troTivaii & la siiile de la Ocfense des actes liu clergé concernant la religion. {Voir le loiiic 1" do nolieiiilion, col. 921.) Elle n'est iiroljahlemeiii pas de Lefiaiic de Ponipigiian , mais, coiiiine elle porte sa signaiure nous avons cm devoir la joindre aux autres ouvrages de reloq.uent prélat.
Les archevêques el évoques assemblés en 1765, considérant que, depuis plusieurs années, il se répandait une multitude de livres impies dans lesquels on s'efforçait d'effacer de l'espril des peuples toute impression de religion cl de vertu, ont cru, comme pasteurs et comme citoyens, comme évêques de l'Eglise de Dieu, et comme membres de l'Etal, dont nous formons le premier ordre, devoir élever la voix contre ces téméraires productions, el flétrir celles qu'une funeste célébrité, ou un plus haut degré de perversité, rendraient plus dangereuses, par une condamnation qui en fît connaître le danger aux lîdèles, et les prévînt contre le poison qu'elles renferment.
Mais comme depuis celte condamnation il a paru dans ce royaume un très-grand nombre d'ouvrages pleins du môme isi)rit, cl infectés du môme venin, comme il est certain même que plusieurs de ces productions nouvelles de l'impiété sonl en-
core plus condamnables que celles qui les ont précédées, soit en ce que l'athéisme, ce système destructeur de loute loi, de toute société, s'y décèle avec audace et sans déguisement; soit parce que l'impiété, devenue plus hardie, y déclame, avec une sorte de fureur, contre les livres sacrés, cisiitro nos mystères, contre les saints do l'ancienne et do la nouvelle loi, contre les apôtres, et mémo contre la personne adorable de Jésus-Christ.
Aninit'S par les mêmes motifs que les archevêques el évoques assePi^blés en 1765, et instruits comme eux par les exemples des hommes respectables qui nous ont précédés dans répisco(iat , nous avons jugé convenable, après avoir adressé aux peuples un avertissement salutaire sur les avantages que la religion procure aux hommes, et dont l'incrédulité tend à les priver, d'opposer aux efforts redoublés de l'impiété une condamnation semblaJile à celle qui a
ŒUVr.ES COMPLETES DE LEFP.ANC DE POMPIGNAN.
élé prononcée par l'Assemblée do 1765; et, à l'exemple de celle Assemblée, de faire tomber celle condamnation sur les ouvages les plus connus et les plus criminels, el qui ne contiennent pas seulement des propositions condamnables, mais qui ont (lour objet, dans toules leurs parties, d'attaquer la religion, les principes des mœurs, et ceux qui servent de fondement à la conslilution des Elats.
A ces causes, nous cardinaux, archevêques el évoques députés du clergé de France, et assemblés à Paris dans le couvent des Grands-Augustins, après un mûr examen, et le saint nom de Dieu invoi]ué, nous avons condamné et condamnons tous les ouvrages qui ont été faits dans ces derniers tenips contre la religion ciu-élienne, la règle des mœurs, les principes de l'obéissance qui est due au souverain, et en parliculier, outre ceux dénommés dans la condamnation de 1703, les livres ayant pour litre : Le Cliristianisme dévoilé, l'Antiquité dévoilée par ses usages, le Sermon des Cinquante, l'Examen important, attribué, dans le froniispice de ces ouvrages, à lord Bolingbroke; ta Contagion Sacrée, l'Examen critique des anciens et nouveaux apologistes du christianisme, la Lettre de Tlirasijbule â Lcucippe, le Sj/slcme de la nature , le Sgstême social, les Questions sur VEncyclopédie, De Vhomme, l'Histoire critique de la vie de Jésus-Christ, Le bon sens, l'Histoire philosophique et politique du commerce et des élaLlisscments des Européens dans h's deux Indes, etc., comme contenant des principes respeclivement faux, injurieux à Dieu et à ses augustes attributs , favorisant ou enseignant l'Iiatiiéisme, pleins du poison du matérialisme, anéanlissant la règle des mœurs, introduisant la confusion des vices et des vertus, capables d'altérer la paix des familles, d'éleiudre les sentiments qui les unissent, autorisant toutes les liassions et les désordres de toute es[ièce, tendant à ins|)irer du mé- ])ris pour les livres sainis, à renverser leur autorité, à déjiouiller l'Eglise du pouvoir qu'elle a reçu de Jésus-Christ cl à décrier ses ministres, propies à révolter les sujets contre leur souverain, à fomenter -les séditions et les troubles, destructifs de toute révélation, remplis de calomnies et d'outrages contre noire sainte loi et la personne adorable de Jésus-Christ notre Sauveur, scandaleux, téméraires, im[>ies, blasphématoires, et aussi oITensanls pour la majesté divine, que nuisibles au bien des empires et des sociétés.
Et en conséquence nous défendons, sous les peines de droit, à tous les fidèles confiés h nos soins, de distribuer , lire, ou retenir lesdils livres, ou autres de celle nature ; les exhortant à se souvenir que cette défense est moins une précaution salutaire qu'un avertissement nécessaire sur un devoir essentiel de leur vocation , que celui qui aime le péril, y périra , et que c'est déjà se rendre couprdjle de péché, que de se permettre , 7néme par un simple motif de curiosité, des lectures capables d'éteindre la foi, de corrompre les mœurs et d'altérer la tranquillité de l'Etat.
^ Cu.-AxT., card. de La Roche-Aymon , archevêque duc de Reims , président.
t J.-Fniisçois, archevéq. d'Auch.
t Dominique, archevêque de Rouen.
f Geor. -Louis , P. P. archevêq. de Bourges.
t Arthur-Richard, archevêq. et primat de Narbonne.
f Et.-Ch., archevêq. de Toulouse.
t Ferdinand - Maximilien - Mériadec , arch. de Bordeaux.
t Jean-de-Dieu-Raïmond , archevêq d'Aix.
t Jean-Geor. , nrchevôq. de V'ienne.
f J.-M., archevêq. d'Arles.
t P.-J.-C, évôq. de Baycux.
t Gasp.-Alex., évêq. comte de Die.
t P.-F.-Xav. , évèq. et comte de Saint- Paul.
-[• P.-A.-B., évêq. de Chartres.
-;- J.-L., évôq. de Meaux.
I" J.-Fel.-Henr., évêq. comte de Lodève.
.;- J.-Rapt., évêq. de Marseille.
. J. DE Grasse, évôq. d'Angers.
I Henri , évô(j. de Giandeve.
+ J.-B., évêq. d'Auxerre.
I C.-M.-J., évôq. de ïroyes.
t Henri-Jos. -Claude , évôq. do Soissons.
t Jos.-Fr., évêq. comte de Châlons.
t Ger., évêq. de Saintes.
t Ch.-Ant.-Gab. , évêq. de Comitiges-
t Louis-JÉRÔME , évêq. de Sisteron.^
t François , évêq. de Rennes.
i J. A., évêq. de Mende.
T F. -T., évêq. de Mirepoix.
t JÉR. -Marie, évêq. comte de Rodez.
t C.-G., évêq. duc de Langres.
t J.-B.-C.-M., évêq. de SeneZ.
t Marie- Joseph, évêq. du Puy.
LE
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Aucin: vÈQUK de vienne
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