‹ Œuvres completesChapitre 8 sur 232 · ENTREE DANS L EPISCOPAT · texte numérisé non relu

ENTREE DANS L EPISCOPAT

Vous me demandez, Monseigneur, des éclaircissements sur plusieurs poinis de momie et de discipline qui concernent notre état. Je devrais vous répondre que vous cherchez dans un fonds étranger ce que vous pouvez trouver dans le vôtre : le mieu est d'ailleurs trop stérile pour j trouver ce que vous cherchez. Mais vous avez prévenu ces excuses , elles ne vous satisferaient pas. Vous rendez à mon tige , à mon ancieuneié dans l'épiscopat, une déférence que je rendrais volontiers à vos qualités personnelles; vous réclamez les droits du la tendre et lidèle amilié qui nous unit depuis tant d'années

Il faut donc que je vous obéisse, mais dans les termes que vous me prescrivez. H ne s'agit pas ici d'approfondir l'excellence de la dignité éiuscopale, matière si magnifiquement traitée parles Pères de l'Eglise: il ne s'agit pas non [Ans d'exposer, dans un juste détail, les bonnes œuvres qui doivent remplir les jours d'un évoque , les vertus qui doivent honorer son ministère et sanctifier sa personne. Vous connaissez tout cela ; vous voulez que notre correspondance les suppose, et qu'elle en retiaco seulement ce qui a rapport aux questions que vous me proposez. Vous nje dispensez même de prouver, du moins avec étendue, les vérités qui serviront de base à mes réponses : nos sentiments ont toujours été

uniformes h cet égard. Nous n'avons jamais imaginé qu'on put opposer des exeniples et des usages à des règles impresci-iplibles, aux autorités les plus respectables ; mais vous entendez souvent des objections où l'on se llatlH de justifier |)ar des raisonnements et (>ar des principes les abus dont vous gémissez : ces objections vous fatiguent, quoiqu'elles ne vous ébranlent pas; vous désirez des armes contre elles, et vous me laites l'honneur de croire quejesuis en état de vous en fournir.

Sans de nouvelles protestations, je vais I entrer dans la carrière que vous m'ouvrez: je la parcourrai suivant l'ordre que vous m'indiquez; et, conforruément à cet ordre , je ferai de l'enlrée dans l'épiscopat le sujet de cette |)remicre lettre.

Dire que cette entrée doit être pure, et n'ajouter h cela ni développement, ni application, c'est peu dire, ou [ilutôt, c'est ne dire rien. Les personnes qui pensent et qui parlent autrement que vous et moi, adoptent celte maxime générale. On dit quelque chose déplus, en écartant avec horreur les simonies, les confidences, dont il serait à souhaiter que la pratique (ùt inconnue autant que le nom en est odieux, les basses et indignes manœuvies pour supplanter des concurrents, ou poiu' mendier des protecteurs ; toutefois, il s'en faut de beaucoup que ce soit eu dire assez. Peut-on croire que, pour entrer légitimement dans l'épis- C'ipal, il suffit de n'avoir pas à se reprocher des voies qui souilleraient l'entrée dans des

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

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dignités séculières? En nous en tenant là, nous n'aurions à comhattre ou qu'une ignorance grossière qui viole ouvertement des lois sncrées (|u'elle ne veut pas connaître', ou qu'une impudence qui ne rougit pas des prévarications les plus scandaleuses. Nos adversaires sont d'une espèce différente; esprits adroils et pénétrants, ils se piquent avec cela do sentiments élevés ; ils ne montrent que de l'indignation pour les moyens honteux et décriés ; ils conviennent que le mérite du prélendant peut seul légitimer son entrée dans l'épiscupat.

Je conclus d'abord de cet aveu , qu'il n'est pas permis de prétendre à l'épiscopjit fiar des titres étrangers au mérite de la personne, tels que la noblesse du sang, les biens oe la fortune, de puissantes recommandations ; et que si ces faux titres sont réellement séparés, comme il arrive souvent, du mérite personnel, loin d'acquérir dos droits à celui qui les fait valoir, ils no sont projiresqu'à lui donner l'exclusion : j'en conclus aussi que le mérite reconnu nécessaire n'est pas un mérite quelconque, mais celui-là seul qui a une relation directe avec la dignité sociale dont il s'agit , et avec les devoirs qu'elle impose. Combien d'entrées dans ré|)iscopal, déclarées irrégulières pour celte doctrine! ijuo de désordres retranchés si elle était fidèlement suivie 1

Ajoutons qu'il y a d'autres voies criminelles de parvenir à l'épisoopat, que des simonies commises à pris d'argent, des confidences expresses et mutuellementstipulées par les parties contractantes, des procédés où régnent une mauvaise foi, une injustice, une méchanceté, contre lesquelles l'honneur du monde réclamo, et qu'une probité purement humaine déteste. Tous les Ihéo- Jogiens, fondés sur l'autorité des saints Pères, mettent au nombre des simonies réprouvées par le droit ecclésiastique, ainsi que par la loi divine, les services temporels rendus dans la vue d'obtenir un bénéfice , et récompensés par ce moyen. Ils enveiop- ])ent également dans le délit et la peine de la confidence ces conventions tacites où les deux parties s'entendent assez pour que l'une ait droit , si son attente est déçue, d'accuser l'autre d'infidélité. Ils n'épwgnent pas davantage, je ne dis pas seulement des flatteries serviles ou mensongères, mais des louanges, des complaisances , des assiduités , dont la fin unique ou principale est de se frayer une route à des bénéfices, et |iarticulièrement au plus éminent de tous , qui est l'épiscopat.

Déjà l'on voit que nos adversaires nous accordent bcaucouji, et peut-être plus qu'ils ne pensent. Cependant, ils ne remlent pas à Ja vérité l'hommageenlierqu'ils lui doivent. Mais, avant que d'entrer en preuve à cet égard, il est à propos d'observer que leur docirine retombe dans les inconvénients dont ils ne la croient pas susceptible. ; Ils autorisent une ambition qui a l'épiscopat pour objet. Je veux qu'elle préfère d'abord les moyens honnêtes selon le monde à

des moyens qui ne le sont pas, les moyens qu'elle puisse à des moyens qu'elle n'oserait avouer. Les premiers sont souvent plus longs et plus pénibles; si avec cela ils demeurent infructueux, si on désespère après des tentatives réitérées de réussir fiar leur secours, tandis que des moyens contraires promettent un succès plus prompt et plus sûr, est-il permis d'abandonner à l'ambition le choix du parti qu'il faut prendre? La tentation n'est-elle pas trop délicate pour elle, et n'y a-t-il pas lieu de craindre que sous son influence le désir ardent de la tin ne l'emporte sur l'iniquité du moyen?

Quant au mérite personnel que ces messieurs exigent dans tout aspirant à l'épiscopat, nous verrons dans la suite si c'est .tout celui que doit avoir un évêque; en attendant, je récuse le jugement avantageux qu'un honnue porte de son propre mérite relalivemenl à la dignité épiscopale : favoriser de pareils jugements et les démarches qu'ils peuvent inspirer, c'est ouvrir la porte à la présomption, qui méconnaît ou qui déguise son incapacité. En vain répond-on que le devoir de ceux qui nomment aux évèchés est de discerner dans les candidats le vrai du faux mérite; d'accueillir l'un et de repousser l'autre; tel est leur devoir sans doute : et ils le rempliront par de sages mesures pour découvrir le mérite modeste, et par la réprobation du prétendu mérite qui se vante lui-même ou qui se fait vanter. Mais combien ce discernement, déjà si difficile, le devient-il dès qu'on pose pour principe que tout homme qui peut espérer l'épiscopat est endroit de s'y présenter avec ro|)inion de son propre mérite I Quel piégo tend-on par là aux électeurs ou à l'homme chargé d'une aussi importante fonction? Et qu'attendre de cette foule do compétiteurs dont on enhardit les poursuites, sinon que le crédit et l'intrigue décideront entre eux la préférence plutôt que la considération du mérite? Car il ne peut être question, pour les évôchés, d'un concours semblable à celui qu.i est établi en plusieurs pays pour les cures. La disparité des objets s'y oppose. Le gouvernement ne l'admettrait pas, ou n'en admettrait que l'ombre. Il y aurait une indécence choquante aux yeuï des hommes, manifestement démentie par l'esprit et la pratique de l'Eglise, à convoquer des candidats pour remplir un siège épiscopal.

Qu'on dise donc, tant qu'on voudra, qu'en approuvant la sollicitation de l'épiscopat on n'excuse pas ceux qui choisissent un solliciteur sans mérite : on augmente pour eux le danger; on épaissit les nuages qui leur dérobent la connaissance du mérite réel et timide; on les livre à la séduction du mérite apparent et hn''di.

Au surplus, nous n'examinerons pas ici les devoirs inséparables de la nomination aux évèchés; de quelque manière que s'en acquittent les personnes chargées de ce fardeau, il n'en reste pas moins vrai que, de la part des récipiendaires , l'entrée dans l'épiscopat doit être pure, c'es(*-direcxem(ile

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