CHAPITRE IL
Des prédictions temporelles contenues en d'autres livres historiques de l'ancien Testament.
Les prédictions contenues dans les livres de Moïse devaient suffire aux Israélites. Ils étaient avertis des événements inséparables de la conduite qu'ils tiendraient à l'égard de Dieu. S'ils n'adoraient que lui, s'ils étaient fidèles à observer ses lois, on leur annonçait qu'ils seraient puissants, riches, tranquilles, victorieux de leurs ennemis. Mais s'ils servaient des divinités étrangères, s'ils violaient les préceptes qu'ils avaient reçus du vrai Dieu, on leur déclarait que d'affreuses calamités seraient l'infaillible châtiment de cette prévarication. Telles étaient les conditions de l'alliance que Dieu avait contractée avec eux.
Jama.6 rien de pareil ne s'est vu dans aucune autre nation. Il faut être l'arbitre souverain des cvcnements, et le maître absolu de la nature, pour oser promettre à un peuple entier qu'il sera heureux sur la terre toutes les fois qu'il sera docile à ce qu'on lui commande, et pour le menacer d'un malheur inévitable lorsqu'il sera rebelle et prévaricateur. A quoi ne s'exposait pas le législateur des Israélites, s'il faisait des promesses si positives sans être assuré de leur exécution? Car enfin l'engagement qu'il prenait ne pouvait être éludé par des explications arbitraires. La destinée
(1) Rom. 2, 2jeiseq.
7ir. l'Ail I. I\. ■I.'ÎIOI I AI (.1 i I INC.UIMH ij'uiu' naliim ili|>ciiilait, m'Iou lui, ilc lu iii;iiiii>r(> iloiil il r :iiv«>niplirail U loi iju'il lui pri-sciivait. Qu'il arrivât une si'uU- r(ils(iu'i-llc> fiH vaincue |iar sfsoiini'iiiis, alllicti' ili- luilisi'lli'<Miilf(|Uil(iiu'aulri'IVau,|)rii>lanl i|u'oll.' n-iiilail à Dieu un lullf lidcio ; ou (|»'au coiiirain-, iluraiil son iiloUUrif, el uialgro tous ses dfsorilrt-s, «tfs rocolifs fussciii abondâmes, ses villes cl ses caui^tagMes poupltvs, sa puissance redoutée des nations voisines, il elail eonvainiu de faux, sa loi ainsi ipie son nom tombait dans le mépris, el les Israélites frustres des biens qu'ils avaieni csjiérés , préservés des maux qu'il leur avail fuit craindre , rentraient dans la liberté qu'il leur avait injustement ravie.
Il n'a tenu qu';'» eux de s'assurer s'ils étaient en droit de la reprendre. Comme les autres peuples et pUis qu'aucun d'eux, ils ont éprouvé, avant leur deruiè're dispersion, une alternative de prospérités et d'infortunes. Ont-ils jamais pu se plaindre qu'il 'nian- (juàt quel(|ue cbose au lioidieur leinjierel rie leur nation, lorsqu'elle était attachée à la loi de Moïse'! Ontils pu se vanter que les transgressions de cette loi lussent demeurées impunies? Et la e<indition sensible el palpable de l'alliance où ils ét.nenl eiilrés, a-t-elle jamais été vaine, soit à leur avantage, soit h leur préjudice, ici les laits parlent. Qu'on consulte l'histoire des révolutions du peuple israélile , on le verra glorieux et trionipliant, autant île fois (ju'il a été juste et vertueux. On le trouvera criminel, avant de devenir malheureux.
Voili sans doute une prophétie aussi admirable qu'elle est singulière. Ce n'est pas un événement unii^ue, des faits détachés, quelques traits de la vie d'un honmie qu'on prédit. I>e telles prédictions seraient néanmoins divines. C'est, la suite entière des événements (jui devaient arriver à une grande nation, penchant plusieurs siècles. Avec quelle certitude et quelle clarté devait lire dans l'avenir le prophète qui se rend.iit ainsi garant du bonheur ou du malheur de celte nation !
11 n'examine pas le climat et les autres qualités du pays qu'elle allait compiérir, pour juger si elle y trouvera la force, la santé, et une longue vie ; si elle y recueillera avec abondance tous les biens que la terre produit. Il décide sans balancer, que , malgré la douceur el la pureté de l'air, malgré la fcrlililé naturelle du terroir, des maladies cruelles el contagieuses frapperont les Israélites infidèles ; que le froid , le chaud , la faim et la pauvreté, les désoleront ; que le ciel sera pour eux d'airain, et la terre de fer; qu'ils n'auront ni des bestiaux pour la culture de leurs champs et pour leurs besoins personnels , ni des enfants pour être leur consolation et leur soutien ; qu'au contraire .Is seront exempts de tous ces maux, et comblés de toutes sortes de biens, lorsqu'ils obseï veront la loi divine. 11 n'étudie pas leurs usages, leurs inclinations, leurs mœurs, pour conjecturer que le gouvernement monarchiijue succédera parmi eux au npublieain , qu ils étendront d'obord leur puissance par tics C(Ui-
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quêtes ; in.iis (pi'i'iilin leur courage venant à s'amollit', les divisions intestines à li'arcrullrc , tout l'ordre e| toute la police de l'état h se confondre, ils sueeomboronl sous le poids de leur propre grandeur. Muise, supi'rieur à tous ces ralliiiements de politique (1), annonce nettement aux llehrcux i|u'ils auront un roi, sans leur iuari|uer jjar ijucls degrés ils passeront do la liberté à la sujétion. Mais sous quehpie forme de gouvernement qu'ils vivent , (piclle que soit la valeur et l'habileté de leurs chefs, que leurs armées soient f ililes, ou nombreuses el aguerries, il ne voit jamais pour eux qu'un seul moyen de réussir, qui est la crainte el le service du Seigneur : il ne connaît qu'un seul obstacle insurmontable à leur félicité teiiijdiri'lle, qui est l'idolâtrie et la corruption des mœurs. Une prévoyance humaine n'aurait pas inspiré de pareils discours, que toute l'histoire du peuple Israélite a exaclemenl vérifiés. Il fallait avoir été admis dans les si'crcts conseils de celui dont le pouvoir suprême égalo la science infinie, et qui peut prédire avec assurance ce qu'il veut faire et ce qu'il est en étal d'exécuter.
Encore une fois ces prophéties , dont les Israélites voyaient sans cesse l'accomplissement, devaient leur suflire. Cependant Dieu ne s'en est pas coiilmté. 1! leur a envoyé une suite de |)riq)hètes qui leur aenonçaienl en détail les grands événements qui devaient arriver aux rois et à la nation. Depuis Samuel jusqu'à Malachie , c'est-à-dire, depuis l'élablissenienl de la royauté jusque peu après le retour des Juifs dans la Terre promise, il ne s'est rien passé de remarqualilo dans hrael, qui n'ait été prédit. II semble ipie Dieu eût choisi le temps où l'autorité royale ins|)irail plus de respect et de teneur, pour susciter des hommes qui, par !a hardiesse de leurs prédictions inenaçantes, faisaient trembler les rois mêmes sur leurs trônes.
Ainsi Samuel apprit (2) à Saûl que le royaume lui serait enlevé, et que son successeur était déjà choisi. Ainsi Nathan assura (5) à David que l'enfant né de son commerce adultère avec Bethsabée mourrait; et Cad, un autre prophète (4), fit connaître à ce même prince le fléau dont Dieu punirait son orgueil. Ainsi Salomon (5) fut-il averti que ses idolâtries el ses coupables amours seraient punies par le démembrement du royaume, el que sa postérité ne régnerait qqe sur la tribu de Juda. Tous les rois de Jérusalem ont eu de même des censeurs intrépides de leurs dérèglements, qui les instruisaient par avance des mallieurs qu'ils devaient éprouver. Dieu ne laissait p:is ignorer aux rois d'Israël, quoique idolâtres el schismaliques le sort qui les attendait. Le même prophète Ahi.is, qui aTail (6) prédit à Jéroboam son élévation future, lui annonça (7) la mort prochaine dun de ses enfants, e»
(1) Denier. 17, 11, et seq.
(2) 1 Ueg. i:., !l.
(5) -2 lieg. 1-2, fi.
(i) Ihid.'ii, i:..
(•)) 5 Keg. 11. Il, 1115.
(Ci :> Ueg. 11, 51.
(7) Ihid. Il, KL