‹ Œuvres completesChapitre 72 sur 232 · M1"IGN4.\. II · texte numérisé non relu

M1"IGN4.\. II

"i7 ŒL\'RES COMPLETES DE

la destruction entière île toute sa famiile. Jéliu fit (1) la roênic prédiction i Uaasa, l'ennemi de la race de Jéroboam, et l'imitateur de ses crimes.

Mais, lorsque l'idolâtrie et tous les désordres furent montés à leur comble dans le royaume d'Israël, sous le règne de l'impie. Acliab et de ses enfants , Dieu suscita les deux plus grands prophètes qui eussent encore paru dans son peuple, Élie et Elisée. Leurs prophéties sont trop connues pour qu'il soit nécessaire de les rapporter, et leur détail nous mènerait trop loin. Telle était la bonté de Dieu envers une nation ingrate et perfide, qu'il ne cessait de la rappeler à lui par d'éclatantes leçons. Il ne voulait pas qu'elle piU douter de son attention sur elle : et comme s'il eût craint qu'elle n'oubliât les assurances générales que Moïse lui avait données, il avait soin de la prévenir à chaque occasion de la récompense destinée à sa fidélité, et du supplice que ses péchés lui devaient attirer.

Pour convaincre les incrédules par ces prophéties, il faut leur prouver qu'elles sont antérieures aux événements prédits. Peuvent-ils en douter, s'ils font quelque réflexion sur l'authenticité des monuments d'où ces prophéties sont tirées? Ce sont les quatre livres des Rois, et les deux des Paralipomèiies. Je me sers des noms consacrés par l'usage de l'Eglise catholique ; et je n'ai pas besoin d'avertir que ces livres ont d'autres litres parmi les Juifs. Ce peuple les a toujours regardés comme des registres exacts et des mémoires véritables de l'histoire de ses ancêtres, depuis qu'Us ont commencé à être gouvernés par des rois, jujqu'à la captivité de liabylone. Qu'on ne dise pas que les Egj-ptienc avaient du temps d'IIérodole des histoires fabuleuses de leurs aïeux : que d'autres nations en ont eu de même, et que les Chinois en ont encore dont la fidélité n'est pas plus certaine. Il y a des différences essentielles entre ces histoires et celle que nous citons.

l" Elle a une date précise et incontestable. Il n'est pas possible d'en reculer la composition, ni même la publication au-dessous des temps d'Esdras. Personne n'ignore que c'est alors que fut dressé le fameux canon des Juifs, c'est-à-dire, le recueil des livres qu'ils respectaient comme divins. Il en contenait vingt -deux. Ceux dont nous parlons y étaient compris. Le refus qu'ils ont fait depuis de donner place dans ce recueil aux livres composés ou publiés dans des temps plus récents , prouve que tous ceux qu'on y voit aujourd'hui existaient dès lors , et leur étaient connus. Ce fait, attesté par la tradition dos Juils et des Chrétiens, est si constant, qu'il a donné lieu à quelques incrédules d'attribuer à Esdras la supposition des livres renfermés dans le Canon des Juifs.

Or, sur cette date évidente, je remarque d'abord que, depuis la captivité de Dabylone et le temps d'Esdras, en remontant jusqu'à celui de Samuel , il n'y a aucun vide dans toute l'histoire du peuple Israélite, telle que la décrivent les livres des Piois et ceux des

(1) 3 Ueg 16, 3.

LEFIUNC DE POMPIGNAN. 74S

Paralipomènes. On y voit, à commencer par David, el à finir par Sédéci.is , lu, si l'on veut, par Joachira, qui lui survécut, la filiation suivie et la succession non interrompue de tous les princes qui ont régné sur lea Juifs, leur âge quand ils parvinrent à la couronne, le genre de leur mort, le temps et les principaux évcnenients de leurs règnes. Ce qui reste depuis la captivité de Babylone jusqu'à l'arrivée d'Esdras à Jérusalem, et même jusqu'à l'entier rétablissement de celte ville par Néhémie, est rempli avec la même continuité dans les livres saints. C'est déjà un préjugé pour la vérité d'une histoire, que de n'y point trouver des lacunes , qui supposent que riiisioricii , instruit de ce qui l'a immédiatement précédé, n'a eu d'autres secours pour des temps plus reculés que des traditions populaires, ou des mémoires tronqués ei peu corrects.

Je remarque ensuite sur la même date, que l'espace d'environ six cents ans, qui est entre le sacre de Saiil par Samuel, et le temps d'Esdras n'est pas assez long, pour soupçonner que ce dernier ai: débité des fables aux Juifs, à la faveur d'une antiquité inconnue. Le souvenir des faits racontés dans les livres des Rois el dans les Paralipomènes devait être d'autant moins effacé parmi les Juifs , lorsqu'Esdras écrivit , qu'ils étaient plus singuliers par eux-mêmes et plus iniéressants pour toute la nation. Combien d'histoires profanes anciennes cl moileines l'cmonient à des temps plus éloignés? Qui doute, par exemple, que Tite-Live, dont l'hisloire embrasse un plus long espace, n'aii exposé lidèlemeni aux Komains les principales actions de leurs ancêtres? Qui accusera sérieusement d'imposture les historiens français, sous prétexte que, depuis Clovis jusqu'à nos jours, il y a un intervalle de plus de douze cents ans? On sait d'ailleurs que la coutume des peuples d'Orient était de transcrire dans les archives publiques les plus remaniuab'es événements, à mesure qu'ils arrivaient : et l'on verra dans un moment la preuve certaine que cette coutume s'observait parmi les Hébreux.

Il résulte de tout cela, que si l'on ne veut pas convenir, avec d'habiles interprètes de l'Ecriture, que les livres des Rois et des Paralipomènes ont eu des auteurs contemporains, si l'on veut absolument les attribuer à Esdras, il faut dire qu'il les a composés sur des mémoires fidèles qui avaient passé jusqu'à lui, et jusqu'aux Juifs de son temps : en sorte qu'il ne leur a rien appris de nouveau ; et qu'il n'a fait autre chose qu'abréger, mettre en ordre, et réduire en corps d'histoire ces registres détachés et plus étendus, où ils lisaient auparavant ce qui était arrivé à leurs pères. En effet, rien de plus commun , dans les Paralipomènes , que de renvoyer à d'autres ouvrages où ce que l'on raconte se trouvait dans un plus grand détail. Tantôt on cite (1) le livre de Samuel, celui de Nalhan, el U volume de Gad, où les premières et les dernières actions de David sont rapportées. Tantôt ce sont (2) les dis-

(1) 1 Paralip. 29, 29.

(2) 2 Paralip. 9, 29.

7i'i l'Mii. i\. TiiKoi.. i:\i:(;i.i'. i.i\(:ui;i)U

court de Sathaii, let livres d'.XItius, et la vision d'Addo contre J^riibo<im, oi'l l'on vciit Uiu\f l'iiisloiri- de SaliH iiKiii. I.'aiilt'ur lU-s rar;>li|Miinfiirs, en |iarlaiit des rois de Juda successeurs de ces deux princes, appuie souvent sa narration du li''nioii;nage d'autres proplictcs conleni^Mirains (|ui avaient cent les niènies clmses. Mais l'anlenr lies i]ualre livres diS Kois allègue eonstaniinent pour ceux ipii ont régné sur les dix tribus séparées, te Journal historique de» rois d'Israël; ei, |X)ur ceux qui ont régné à Jérusalem , le Journal historique des rois de JuJa. Vdilà ces registres publics, dont i\iins parli()ns ton! à l'Iieuie, où les événemenls les plus ini^Hirlants étaient consignes comme dans un dépôt inviohiblc. Voilà les sources où a puisé l'Iiisiorien que nous opposons aux incrédules.

Les Juiis et les ("lirtilens croient unanimement que dans le travail de sa rédaction, il a été conduit par une lumière divine, qui l'a préservé des erreurs légères, dont les histoires même les plus exactes ne sont pas exemptes. Mais, dans la dispute présente avec les incrédules, nous n'avons pas besoin de cette inspiration. Il nous sudit acluolleniciit qu'ils reconnaissent dans les liisioires, qui contiennent des prophéties, les traits d'une fidélité ordinaire. J'évite si soigneusement tout ce qui peut souffrir avec eux quelque dillicullé, (fie je me suis fixe voloiitairenienl à la date certaine et inconleslable d'Esdras qui n'a cependant plus de vraisemblance qu'à l'égard des l'aralipomèncs, le livre des Rois paraissant avoir une date plus ancienne. Celle dont nous nous contentons , et que les incrédules ne peuvent révoquer en doute, assure à ces livres historiques une ceriiiude, qui ne permet pas de les confondre avec des histoires fabuleuses. Premier caractère qui les distingue.

2° Quel eût pu être le motif de la supposition du livre des Bois et des Paralipomènes? Les labiés adoptées par quelques nations, n'ont été inventées que pour leur faire honneur. Les Juifs ont-ils pu se figurer que les histoires, dont il s'agit, fussent des monuments glorieux pour leur nation ? On y voit h la vérité un soin particulier de la Providence sur elle ; ni.iis en même temps une ingratitude , une révolte, une opiniâtreté continuelle et indoniptaole de sa part. On y voit quelques rois belliqueux , sages , heureux dans leurs entreprises ; mais un nombre beaucoup plus grand de princes souillés par l'idolâtrie , par des rapines , par des cruautés , par des crimes de toute espèce. On y voit un bonheur de quelques années, pour le royaume entier d'Israël, sous David et sous Salomon ; une prospérité encore plus courte et plus mélangée , pour le seul royaume de Juda, sous Josaphat et sous Ezéchias ; quelques victoires sur les peuples étrangers , toujours remportées par une protection visible du Ciel, sans qu'on puisse les attribuer à la bravoure des troupes, ni à la capacité des généraux. Tout le reste de cette histoire est rempli par les plus funestes événements, par des guerres civiles, par des batailles perdues, par des villes prises et saccagées, par des campagnes dévas-

lii. (U.NV AI.NCl L l'AK LLS IMIOI'IILUF.S. 7..() tées, |i;ir des servitudes humiliantes imposées auv rois d'Israël et dejuila. Kt la catastrophe de celte saiigl inte tragédie est la ruine de ce temple superbe si cher aux Juifs, la destruction de Jérusalem leur capitale, la déportation et la captivité des deux branche» de la nalicin dans une terre étrangère. Y a-l-il là de quoi llatler l'amour-propro et la vanité des lli brcux? L'auteur de la prétendue supposition a-l-il bien entendu les intérêts de ses Compatriotes.' Et s'il s'est trouvé dans cette nation un imposteur assez inalliabde, pour croire l'honorer par ce roman injurieux, comment n'a-t-elle pas réclamé? Comment s'est-elle laisse persuader que des aventures imaginaires se conservaient au milieu d'elle par une tradition constante et uniforme? Comment a-t-cllo cru et publié que ses aïeux étaient les plus grossiers et les plus criminels de tous les hommes? que plusieurs de leurs rois étaient des tyrans aussi méprisables qu'odieux ? qu'enfin le Seigneur , lassé des abominations qu'ils conmieitaicnt dans la Terre-Sainte, les avait punis par l'exil et par l'esclavage? Ce n'est pas ainsi que les Egyptiens traitaient la mémoire de leurs ancêtres. Aucune nation n'a jamais pensé à se relever ellemême par de semblables contes , et les livres historiques des Juifs diffèrent essentiellement par ce second caractère des annales fabuleuses.

Dès qu'il est prouvé que les livres des Rois forment une histoire exacte et fidèle, il n'est plus douteux que les prophéties qu'elles contiennent , n'aient précédé les événements prédits. Ce n'étaient pas des Prophéties faites dans l'obscurité, qu'on a pu supposer après l'événement, et qu'un historien même véridique peut adopter sur la foi d'une multitude séduite.

Les prophètes allaient trouver les rois au milieu de leur cour, leur parlaient à la tête de leurs armées, s'expliquaient devant de nombreuses assemblées , écrivaient des lettres circulaires, figuraient par des actions sensibles , et qui dnniient long-temps, les événements qu'ils prédisaient. Elle (l) avertit publiquement Acltab que pendant plusieurs années le ciel serait iernié , et qu'il ne tomberait ni rosée ni pluie. Tout Israël sut cette prédiction. Les royaumes même voisins en furent instruits par les perquisitions (2) que fit faire Achab, pour découvrir la retraite d'Elie. La sécheresse dura trois ans et demi. Il avait également prédit que sa parole seule ouvrirait le ciel et attirerait la pluie. 11 (3) accomplit cette seconde partie de sa prédiction en présence d' Achab et d'un peuple innnense qu'il avait convoqué sur le Mont-Carmel. Que dirai-je de la prédiction que le même prophète fit à Achab devant toute sa cour (4), dans la vigne de Naf>oth qu'd venait d'usurper ? Il lui annonça que le? chiens lécheraient son sang dans le même lieu , oii ils avaient léché celui du malheureux Naboth, que sa postérité jusqu'aux derniers restes serait anéantie, oi

(1) 5Reg. 17, {.

-2) 3 Reg. 18, 10.

5) Ihid. 43.

4)3 Keg.'il, 19,20,21,22.23.

ŒUVRES COMPLETES DE LEFRANC DE POMPIGNAN

que le caJavre de Jesabcl , son épf)use, serait dévoré par les chiens dans le champ de Jezrahel. La prophé lie fut accomplie dans tous ses points ; et Jéhu qui en avait été témoin, lorsqu'il n'était encore qu'officier «t'Achab, en (1) reconnut raeconiplisseraent, quand il devint l'instrument des vengeances divines exercées sur la race d'Achab et sur Jésabel.

Les prophéties d'Elisée, pour ne point parler ici de tant d'autres, n'étaient pas d'une moindre notoriété. Et s'il nous était permis d'anticiper ce que nous avons à dire sur les prophètes qui ont écrit eux-mêmes leurs prédictions, qu'y avait-il de plus éclatant, que la nudité du prophète Isaîe , cet homme du sang royal et si connu dans Jérusalem , qui marcha dépouillé de ses vêtements au milieu de cette ville (2) pour l'aire connaiice , comme il l'expliqua tout de suite (ce que Dieu lui avait révélé), que dans trois ans le roi des Assyriens emmènerait d'Egypte et d'Ethiopie une foule de captifs qu'il traînerait ainsi nus et dépouillés? Quoi de plus capable de réveiller l'attention publique, que les chaînes que Jérémie portait (5) à son cou à la face du peuple Juif, pour représenter celles dont ce peuple serait chargé par les Chaldéens, ses vainqueurs? Quoi dg plus remarquable que les chaînes dont il lit (4) présent aux ambassadeurs envoyés par les rois voisins , pour féliciter Sédécias, roi de Juda, sur son avènement à la couronne ? Il les exhorta d'envoyer ces chaînes à leurs maîtres , en leur déclarant de sa part, que leurs états seraient conquis par Nabuchodonosor, roi de Babylone, el demeureraient asservis à lui, à son fils, el à son petit-fils. Quelle dut être la surprise de tous ces princes, qui croyaient leur puissance si bien affermie! Avec quelle indignation et <iucl mépris reçurent-ils cet étrange présent d'un prêlrejuif qui se donnait pour prophète! La prophétie n'en fut pas moins vérifiée. Nabuchodonosor les subjugua tous ; el leur assujettissement à l'empire de Dabylone dura jusqu'à Balthasar le dernier de ses rois, et peiit-fils de Nabuchodonosor.

Les prophéties d'Eiéchiel étaient annoncées par des signes encore plus frappants. Tantôt il lui était ordonné (3) de graver sur une brique le plan de Jérusalem et le dessin de son siège, et d'ajouter à celle représeniaiioM (6) des marques extérieures de l'inflexible colère de Dieu contre cette ville. Tantôt Dieu lui commandait de demeurer couché sur le côlé gauche durant 590 jours , et ensuite sur le côté droit pendant 40 jours; de se nourrir dans une situation si pénible, et pendant ce long espace, d'un pain souillé et distribué avec mesure ; et de n'avoir d'autre breuvage que de l'eau en petite quaniiic (7). Sans exami-

(1) 4 Reg. 9, 23, 20.

(-2) Isai. 20.

(5) Jérem. 27.

(Ulbid.

(S) Ezech. 4, \, 2, 3.

(G) Voiis prendrez une plaque de fc, el vous ta mettrez comme un mur de fer entre vous et la ville. Ej.ech. 4,5.

(7) Ibid. 4 et seq.

ner avec les interprètes les différentes significations qu'on peut donner à ce nombre mystérieux de joure, il est certain liu moins que l'état du proj)!ièle désignait la disette de pain et d'eau à laquelle les Israélites seraient réduits, et la nécessité où ils se verraient d":ipaiser une faim dévorante (1) par les plus impurs alinients. D'autres fois le prophète devait en plein jour, et en présence de tout le peuple, faire emballer précipitamment ses effets, percer aux yeux des mêmes témoins la muraille de sa maison , sortir sur le soir par cette brèche, et se faire emporter, le visage couvert d'un voile , par des hommes qui le chargeaient sur leurs épaules (2). Le peuple assemblé autour d'Ezéchiel et de sa maison ne comprit rien h une action si extraordinaire. l^Iais le prophète lui dit clairement que c'était ainsi que Sédécias. roi de Jérusalem, au moment que la ville serait prise, s'écliapperail de son palais par la brèche d'une muraille, que ses gens l'emporieraientlanuitsur leurs épaules, et lui mettralenl un bandeau sur les yeux , pour qu'il ne fût pas effrayé du précipice où on le ferait descendre. Plus ces signes étaient surprenants par leur singularité, quelquefois même par leur durée , plus ils constataient, devant le peuple nombreux qui les voyait, l'existence de la prophétie : moins ils laissaient lieu de soupçonner après l'événement qu'elle eût élé conirouvée, pour faire honneur au prophète d'une fausse et chimérique inspiraiion.

J'avoue qu'en matière de prédictions on ne peut exiger avec trop de rigueur la preuve qu'elles oni précédé les événements. Car tout le merveilleux de la prophétie consistant à prédire ce qui n'est pas encore arrivé, et ce qui peut ne pas être, la merveille disparaît, si l'on n'est pas bien assuré que la prophétie a été faite avant l'événemenl. Ainsi lorsqu'on soutiendra qu'un événement a élé prédit, et qu'on n'en apportera d'autre preuve qu'une prophétie publiée après coup et sortie subitement des ténèbres où elle avait élé ensevelie jusqu'alors, les esprits solides se défieroni d'une telle prophétie, et demanderont au moins qu'on supplée à son obscurité précédente, par des témoignages incontestables de sa vérité. 11 n'en est pas ainsi des prédictions que nous avons alléguées. Elles étaient connues avant leur accomplissement. Les rois, les grands, la nation qui en étaient prévenus, attendaient avec impatience ce qui leur arriverait. Il était également impossible de leur persuader, el qu'on leur avait prédit autre chose que ce qui leur était arrivé , et qu'U leur arrivait autre chose que ce qui leur avait été prédit.

Achab et Josaphat (3) assis sur leur trône, environnés de toute leur cour dans un lieu où tout le peuple de Saniarie était rassemblé, interrogent le Seigneur sur le succès de leurs armes contre les Syriens. Quatre cents faux prophètes ne leur annoncent que des

(1) Sic coraedent fdii Israël panem suum polluliun inter génies ad quascjiciain eos. Ibid. 13.

(2) Ez.ech. 12, 5 el scq.

(3) 3 !Vg. 22. ;

7W l'\HT 1\. TIIKOI. KVr.CI.T- I.IM.IIKIH l ïicloîrcs. I.i'soul Vlicluoiissurc nue l'ariiiiH> (l'UrucI (li^lil'Uir (If Sun clii-r, s«> (lis|H'r>('rj Kur les iiioiitufiuen , iiiniiiie un tr<iii|H'au (|iii n'a pas do |ia.sti'ur. Nuilà bien ilf« ttiiioiiis (le sa |>i'(i|ilii-ti<', iiiliTestiog ik Il iniuvcr |juv-c. Il csl uulra^cusciiicnl inaUraitc par un ili-s proplii'los llallcni'S. AcUab nuli(;n(i U; lail cnicruicr dans uno [irMin , |Hiui' le punir do iiiurt, au rotuur do ta ('anipai;no (|u'd va cuuiniencor. Qui put i);nuror alors dans tout Israël et dans tuut Juda une proplifiie si (l'Ialanto? Mais (|ul put duulcr (|u'('llo m; ini divino, lui'sipriin vil Acliab, inalj;r(^ loulos les pr(icautions qu'il avait prises pour se déguiser, frappé dans le cunibal d'une blessure dont il mourut le nuHiie soir, et son arui(5e dis|H'rsoe, sans que les Syriens, prolilant do leur avantage , la poursuivissent , eoiinne si tout elail Uni par l'acconiplissenient de la proplK-'lieî

Le roi de Juda, le roi d'Israi-l, et le roi d'idunitie se ri^ndent (I) clioï Elisée, qui n'a d'autre titre pour abaisser ainsi devant lui trois têtes royales , que d'avoir i'l(.' le serviteur d'Klie. Ils le conjurent de consulter Dieu sur la disette d'eau qui met leurs armd'es réunies en danger de périr. Elisée leur déclare que ce n'est ni le vent, ni la piuie, qui leur procurera le soulagement qu'ils désirent ; mais que s'ils creusent des lusses dans le lit desséché d un torrent, ces l'o-sés seront tout-à-coup inonaés d'une eau qui les désaltérera, eux, leurs troupes , et les bûtes qui les suivent. Il ajoute que ce prodige sera suivi d'une victoire compléie sur les Moabites , leurs ennemis. Ainsi les prophètes savaient également prédire des prospérités et des malheurs. Comme ils prédisaient les uns sans emportement, ils annonçaient les autres sans flânerie. La réponse que lit.d'aiiord Elisée (2) au roi d'Israël, filsdel'impie Achab, prouve assez qu'il n'avait jas dessein de lui plaire. Mais de quelque nature que fussent leurs prophéties, elles portaient toujours avant leur accomplissement un caractère d'évidence et de notoriété qui écarte tout soupçon de mensonge: et l'authenticité démontrée des livres historiques qui contiennent ces prophéties, entraîne nécessi'irenient la démonstration de leur divinité.

Je ne puis rne dispenser, avant de finir le chapitre des livres historiques, de remarquer dans ces livres deux prophéties d'autant plus convaincantes pour les incrédules, qu'il y eut un fort long intervalle entre la prédiction et l'événement.

La première est l'imprécation que prononça Josué, après .woir brûlé la ville de Jéricho (3). ilaiidil soit ilevanl le Seigneur, s'écria-t-il, quiconque la rebâtira. Qu'il perde l'ainé de ses enfants, lorsqu'il tiijetlera les l'ondementi ; et le dernier, lorsqu'il y fera mettre les portes. Cinq cents ans après celte imprécation, l'événement prouva qu'elle était prophétique. Sous le règne d' Achab, un Israélite citoyen de Déthei, ignorant

(1) i Keg. 3.

(2) Quid mihi cl ld)i isl? vadc ad prophelas patris lui et inatris Hn\ 4 Urg 3, 13.

15) Jos. (i, 2(1.

JTi: CONVALNCIL l'iU LES l'UOI'lM.TIES. 7'I4 ou niepi isaiit cet oracle (I) , eiilre|irit de rcb-Mir Jérielio. Abirani l'aîné de ses oiifaiilH mourut il la premièiT pierre, et Segub le dernier de tous au niomeiil que les iMirles furent posée».

M. Muet conjecture (2) (|iie eellfi malédiction de Josué a servi de modèle à ces eoiii|inranls îles temps anciens, qui inaudissaient , suivant le temuii^nago do Strabun, ceux jui oseraient rcb:^lir les villes qu il» avaient démolies. Le savanl prélat conclut de cet usage l'antiipiitedu livre de JosU(''. Mais i|uelc|ue force qu'on veuille domieràcetli! preuve, il est cerlain (|uesi dans le paganisme on a connu Josué, el qu'on ait voulu l'imiter, il n'a ]kls dépendu de ses imitateurs de réaliser comme lui leurs imprécations. Il fallait être proplièle , pour annoncer avec tant de précision le cli:llimenl qui serait exercé sur celui qui violerait sa défense; et l'anliquité de cet or;icle s'établit ass^'ï d'elle-même, indéi)endainnienl d'une coutume observée avant le siège de Troie. Josué n'est pas moins l'auteur du livre qui porte son nom, (pie Moï'^e dti l'entaleuque. Ces deux vérités sont fondées sur les mêmes motifs ; les dillicullés semblables , qu'im oppose à l'une et à l'autre, sont résolues de la mcine manière. Il est du moins indubitable que le livre de Josué, cité dans les livres des Hois, existait avant eux. Ainsi, soit que ce dernier ouvrage ail été composé par des auteurs contemporains aux événements qu'il raconte, soit qu'il ait été rédigé sur des mémoires des mômes temps (l'aUernative est inévilable, nous l'avons prouvéplus haut), la prophétie de Josué, véi iliée d.ms toutes ses circonstances, était publique avant son accomplissement.

La seconde prophétie est celle qui fut faite à Jéroboam devant l'autel. qu'U avait érigé à Itcthel , et en présence de tous les Israélites assemblés pour la solemnilé qu'il avait indiquée (3). Aulel, autel, s'écria un homme de Dieu, voici ce que dit le Seigneur ; // naîtra de la race de David un prince nommé Josias, qui égorgera sur toi les prêtres qui t' encensent , el brù~ lera sur toi des os d'hommes. Tout est admirable dans cette prophétie. L'événement qu'elle prédit ne devait arriver et n'arriva effectivement qu'après plus de trois cent cinquante ans. Le prince, successeur de David et destructeur de l'autel idolâtre de Bélliel, est ap pelé par son propre nom. Dans le temps queJérobi:ai!i vient de fonder un nouveau royaume, et de réduire la maison de David aux deux tribus de Juda et dà Benjamin, on lui annonce que cette maison exercera sa puissance dans les villes qu'il lui a enlevées, et jusque dans le siège du culte schismatique, qu'U a opposé au culte du vrai Dieu. On lui marque les différentes espèces d'ignominies, dont son ouvrage sera couvert. Les prêlres immolés sur cet autel , dont ils feront le service : des os d'hommes brûlés sur ce même aulel, ce qui était, parmi les Hébreux, le comble de la souillure el de la prolanalion. Plus celle

(1) 3 Reg. 16, 34.

2) Demonst. Evang. Prop. i. de lib. Josue. 5} 3 lu g. 13, 1, 2.

l.îopiiétie dut iiiiier Ji-ioboara dans une assemnlée si nombreuse et dans les fondions de sa nouvelle liturgie, plus le bruil d'une dcmaicbe si hardie dut se répandre de tous cotes. Il s'accrut encore par la fin iragique du prophète (1), qu'un lion mit à mort pour avoir désobéi à l'ordre exprès qu'il avait reçu du ciel ; et, afin que le souvenir de cotte prophétie se perpétuât jusqu'au moment de son exécution , Dieu voulut que, sur le tonilteau de ce prophète et de celui qui l'avait séduit, il fut élevé un monument que Josias aperçut (2) après qu'il eut accompli, sans le savoir, toutes les circonstances de la prédiction. L'incréilulité peutelle découvrir ici qucliiue ombre d'hiiposture ou quelque trace de supposition ?

Combien a-t-il lallu préparer de loin et rassembler d'événements, pour que cette prédiction fût accomplie dans tous ses points ! La famille de David a dû conserver la couronne jusqu'au temps de son accomjilissemenl. Il a dû naître de cette race, dans un certain temps, un prince appelé Josias, préférablemenl à tout autre nom qu'on aurait pu lui donner. Cet enfant, monté sur le ti ône à l'âge de huit ans, après la mort de son père Anmn, a dû parvenir à un .ige assez avancé , pour exercer par lui-même le pouvoir que donne la royauté. Il a lallu que, loin d'imiter rexen)ple de son prédécesseur, dont il chérissait d'ailleurs la mémoire et dont il avait vengé la mort, il n'ait employé son autorité ((u'à rétablir le culte du Seigneur, et à purger la Terre-Sainte des moindres vestiges de l'idolâtrie. Toutes ces circonstances étaient libres dans l'ordre moral, ou incertaines dans l'ordre naturel. Qu'une seule d'elles manquât ou fût déplacée, U prédiction était démentie par l'événement. Mais que peut-on conclure de son exécution si précise et si littérale , sinon qu'elle a été inspirée par le souverain Être, qui joint à la certitude infaillible de sa prescience un empire absolu sur les créatures?

Cette réflexion peut s'appliquer avec plus ou moins d'étendue aux prophéties que nous avons déjà rapportées. Elle Convient également à celles que nous rapporterons dans la suite. Nous ne la répèlerons plus; et nous prions une fois pour toutes nos lecteurs de la graver prohuidément dans leurs esprits.

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