‹ Œuvres completesChapitre 73 sur 232 · CHAPITRE i!l · texte numérisé non relu

CHAPITRE i!l

Idée gém'rale des prédictiuns contenues dans tes livres prophétiques de l'ancien Testament.

II n'avait paru jusqti'au temps d'Osias, roi de Jérusalem , que des prophètes prononçant de vive voix leurs oracles. Alors Dieu voulut que ceux à qui il révélait les secrets de l'avenir écrivissent leurs prédictions. Ces prophètes sont au nombre de seize. Isaîe, Jérémie, Ézéchiel et Daniel, qui occupent les q4)aire premières places, sont appelés grands [jropliètes, à cause de la longueur et de l'étendue de leurs

(!) :^ Reg. 15, ?4.

(i) i lù'g. iô, 17

LEFRANG DE POMPiGNAN.

écrits. Les douze suivants, dont les prophéties son! plus courtes, sont nommés petits prophètes.

Outre les instructions salutaires dont ces livres prophétiques sont remplis, première raison pour laquelle Dieu a voulu qu'ils fussent composés et qu'ils passassent jusqu'à nous, on y trouve encore un avantage pour la conviction de l'incrédulité : c'est qu'il parait avec plus d'évidence que les prophéties antérieures aux événements ont été conservées sans altération. Elles portent toutes le nom de leurs auteurs , et c'est par-là qu'elles commencent, à l'exception de celles de Daniel, qui ne tarde pas à se nommer dans la suite de son ouvrage. La plupart ajoutent à celte marque d'authcnlicilé la date de leur composition, soit en indiquant les règnes sous lesquels leurs auteurs ont vécu et prophétisé , soit en racontant des événements contemporains, dont la date est d'ailleurs connue.

Isaïe annonce au commejicement de sa prophétie, qu'elle a été faite dans les temps d'Osias, de Joathan, d'Acliaz et d'Ézéchias, rois de Juda. On voit ensuite (1) l'époque d'une de ses prédictions : c'est l'année où mourut Osias. Il en fait une autre à Achaz (2), roi de Juda, lorsque Rasin, roi de Syrie, et Phacée , roi d'Israël, vinrent investir Jérusalem et ne purent s'en tendre maîtres. Il cite encore l'année (3) où Tharthan, l'un des généraux de Sargon, roi des Assyriens, entra dans la ville d'Azot et s'en empara : c'est l'époque d'une de ses prédictions. Mais c'est surtout sous le règne d'Ézéchias qu'il a prophétisé avec plus d'éclat, et il semble être l'historien de la vie de ce prince dans (4) quatre chapitres de sa prophétie.

Jérénde décrit encore avec plus de soin les faits historiques arrivés de son temps. U déclare d'abord qu'il a commencé l'exercice de son ministère la treizième année du règne de Josias (5), et qu'il l'a continué jusqu'à la onzième et dernière année de Sédécias, lorsque Jérusalem fut prise et ses habitants transplantés. L'ordre chronologique n'est pas toujours exactement gardé entre les chapitres de sa prophétie , qui ont sans doute été déplacés. Mais ce dérangement ii'empcclie pas qu'on ne trouve dans Jérémie tout ce qui s'est passé de plus important à Jérusalem, depuis la mort de Josias jusqu'à ce que cette ville succomba sous les armes des Chaldéens. U (6) termine sa narralion par ce que firent dans la Palestine les Juifs qu'on y avait laissés, et qui l'emmenèrent avec eux en Egypte, où ils ne méprisèrent pas moins ses sages conseils que dans leur propre pays.

Ézéchiel et Daniel ont écrit leurs prophéties dans la Chaldée, ou ils avaient été transportés au premier enlèvement que fit Nabuchodonosor d'une i)arlie des Juifs, sous le règne de Joachiin, petit-fils du Josias.

(2) Ibid. 7, 1.

(â) Ibid. 20, 1.

(4) Ibid. 3U, 57, 38, 3.«.

h) Jerem. I, 2.3.

(6) Jerem. 44.

7r.7 l'AUT. i\ Tiii:oi.. K\Kr.i.T. -Li.v;ui:i>ri

ÉicHhicI ilaio le (t) iiHiHiicniviiuiil Je *a propht'tio d* la ciiiquiiUne aiiiuv de ci-llo iraiisiiiigraliiiii. Il rupiHirlr ce i|U<' laiiiak-iil ses c<iiii|ulriole» ca|itiN avec loi daiiA Uabyluiie , el les criiiu-s i|ui se cuiniiiellaiciit dans le iiii^iiie Ieiii|j6 à Jerusaleiu , doul il ne cessait lie prédire la ruine. lUiiiIel e>l de lous le» propliéles le plus préeis dans si-s epiNjUi^s , eoiiune il esl le fiUis clair el le plus circunslancie dans ses proplielies. Il ne eue que des evéneinenls connus dans loul l'eniplro d.-s Clialdeens el des Mùdes , cl dans la cour des princes qui réj^naienl à lt.di)lone ; e'esl son élévation aux premiers emplois el au.\ pieiniers honneurs ('1} lie l'empire, sous Nabucliodonosor, Uallliazar, el Darius le Mèdo, nommé Cyaxare par les hisioriens profanes ; ce siini les édiu (5) de ces princes en laveur de l>.ii\iel, de si's Irois compagnons, el du culle du vrai Dieu. Il vécul el prophétisa jusqu'au temps que Cyrus, ayant succédé à Cyaxare, son oncle, régna seul dans tout l'Orient ; et l'une de ses prédictions est datée de la (4) troisième année du règne de ce conquérant.

En général , quoiqu'il y ail eu quelques prophètes , qui , contents d'exprimer leurs noms à la tète de leurs prophéties , n'en ont pas marqué le temps avec la même précision , on sait , à n'en pouvoir douter, que ceux-là mêmes ont écrit avant la captivité de Babylone. Aggée, Zacharie, Malachie, les derniers de tous, n'ont prophétise que depuis le retour des Jirils da«s la Terre-Sainte. Ils font assez, connaître, les deux premiers par le titre de leurs prophéties, le troisième par la suite du discours, le temps où elles ont été composées. Pour ne pas laisser aux incrédules le moindre sujet de contestation , je leur promets de n'employer que les oracles dont la date est si manifeste , qu'ils ne pourront eux-mêmes disconvenir qu'ils n'aient précédé les événcinenls prédits.

Daniel est le seul sur lequel les ennemis du christianisme aient formé autrefois cette ditTieulté. L'évidence de ses prophéties lui attira de leur part cette accusation dépourvue de toute vraisemblance. // leur paraissait, dit saint Jérôme (S), avoir plutôt raconté des choses passées , que prédit des événements futurs. C'est ce qui détermina Porphyre à nier que les propliéties attribuées à Daniel fussent véritablement son ouvrage. Un Juif zélé pour sa nation les avait composées , selon lui , vers le temps des Machabées. Il leur eiU donné sans doute une origine plus récente, s'il l'avait pu. L'intérêt même de sa cause le demandait ainsi. Car enlln il ne gagnait rien à la date qu'il imaginait. Nous verrons qu'il re^te dans le livre de Daniel, malgré tous les efforts de Porphyre, des prophéties dont l'accomplissement esl posiérieur au temps des Machabées.

fl) F.zech. 1, 2.

(■î) D.in. 2, 48:5, 2'J; G, 2.

(3) Ibid. 5, 96;4, C;2o, 26; 14, 4.

04i Ibid. 10, 1.

(5) Tanla enim diclorum fidos fuit, ut prophela in-

dulis homiriibiis videatur , non fiitura dixisse , sed

prxlcnta. S. Uieron. proœniio in Dan.

ITE t.ONV.VIMIl E l'.Vn I.KS PKOl-IIETIES 7.'>g

Mai» on fmurraU demander \ Porphyre cl à tous

ceux qui voiidroiil nriijuviler cipiilre les livres de

D.iiiiel la iné aceu^aliiin, qui'lli' pleuve ils siinl en

elal d'en duiiiier. SufTll-il, pour deixiuiller un ouvrage de la possi-ssioii d'auihenlieiié où il s'est toujours iiiainleiiii , d'y trouver des propliéliis si évidentes , qu'on ne peut en éluder la fnrce qu'en avaii(,'an! qu'elles ont été laites ajins coup'.' l^elle évidence peut bien prouver l'intérêt qu'ont les incrédules à rejeter ces prophéties ; mais elle ne prouve rien de plus : et si un téiiiiiin intéressé veut être écouté sur sa seule parole, on esl en droit de lui opjioser avec plus de fondement le témoignage de Josèplie, historien juif, qui raconte (I) qu'Alexandre lut, en passant à Jérusalem , les prophéties de Daniel , qui aunonçaienl ses victoires sur les Perses.

Josèphe, en parlant ainsi, supposait q[ue les prophéties de Daniel existaient au moins dans le temps d'Alexandre. Mais il les croyait lui-même plus anciennes, comme il le dit (2) ailleurs, et il ne doutait pas, avec toute la nation, que Daniel n'en fût le véritable auteur. Celte tradition , dont on ne voit pas le commenccmcnl, est la plus forte preuve de l'aulhenlicilc d'un ouvrage. Car on ne peut mieux s'assurer du nom d'un auteur, ni du temps où il a vécu, que par le consentement una'aime de la nation dépositaire de ses écrits.

Les Juifs avaient d'autant plus de raison d'attribuer à Daniel ses prophéties, qu'ils les voyaient sous son nom dans leur Canon , dont ils savaient qu'Esdras était l'auteur, ils n'y trouvaient pas, a la vérité, du moins dans les derniers temps, quelques endroits de ces prophéties , le Cantique des trois jeunes hommes dans la fournaise, l'Histoire de Susanne, celle de l'Idole de Bel, et du Rragon. C'est par ce motif qu'ils n'admellcnl pas comme canoniques ces morceaux que nous n'avons plus aujourd'hui qu'en grec; et les protestants ont suivi leur exemple. Cette controverse est étrangère aux incrédules, puisqu'il n'y a aucune prédiction dans tout ce que les Juifs et les protestants rejettent du livre de Dauiol. Elle présente au contraire un nouveau tnre pour l'autheniicité de ce livre. Il esl possible que le texte original ait souffert quelque altération ; et sans examiner ici de quelle manière elle est arrivée , les anciennes versions grecques font foi , que ces endroits contestés appartiennent au livre de Daniel. Mais si le livre entier n'avait pas été inséré dans le Canon des Juifs, lorsqu'il fut dressé par Esdras, il n'est pas possible qu'ils l'eussent reçu avec tant de respect, eux qui en ont rejeté quelques parties, uniquement parce qu'elles avaient été supprimées dans quelques-uns de leurs exemplaires. Il esl encore moins possible qu'ils l'eussent regardé comme canonique, s'il n'eût été composé que dans le temps des Machabées. On sait que tous les livres de l'ancien Testament , publiés vers le même temps , n'onl jamais

(1) Joseph. Aniiquil. Judaic, lib. 11. cap 8.

(2) Ibi.l., lib. 10, cap. 11.

7d9 œuvres COMPLETES DE

eu prnii eux l'auloriie des autres écriis canoniques ; et la seule raison qu'on puisse donner de celle différence, est que leur Canon ayant élé une fois arrêté par Esdras , ils n'onl pas cru devoir la même vénéralion aux ouvrages dont la composition ou la publication était postérieure à celte époque.

Comment auraient-ils pu dotiler du livre de Daniel, en voyant les éloges de ce prophète dans Ezéchiel,auleurconlemporain? La connaissance profonde que Daniel avait de l'avenir, devait être déjà fort célèbre, quoi(|u'il fut encore dans un âge peu avancé, puisqu'Ezéchiel, captif comme lui dans Dabylone, ne craint pas de demander au roi de Tyr (1), en lui reprochant sa présomption, s'il se croit plus sage que Daniel, et s'il se flatte de pénétrer, comme ce prophète, dansli-s choses les plus cachées. Ce reproche ne faitil pas une allusion manifeste à l'explication que Daniel avait donnée du songe prophétique de Nabuchodonosor sur la succession des empires? Ezéchiel, dans un autre chapitre, compare (2) l'innocence de Daniel à celle de Noé et de Jub. 11 détrompe les Juifs de leur vaine confiance dans l'intercession des saints qu'ils n'imitaient pas, et il leur déclare que quand Noë, Daniel et Job seraient rassemblés dans la même terre, leur justice personnelle les sauverait , mais ne détournerait pas la malédiction justement préparée aux habitants criminels de celte terre. Quelle était dès lors la réputation de Daniel associé pendant sa vie, et même dans sa jeunesse , à des hommes lels que Job et Noë? Et sur quoi cette réputation pouvaitelle être fondée, si ce n'est sur les preuves éclatâmes qu'il avait déjà données de son convmcrce intime avec Dieu? Il faudra donc renvoyer jusqu'au temps des Machabées la composition du livre d'EzéchicI , ou, pour mieux dire, de toutes les orophélies et de tous les livres canoniques des Juifs; opinion si absurde , qu'elle se détruit d'elle-même, et que personne n'a encore osé l'avancer.

Ce n'est pas tout ; il faudra nier non seulement avec les Jui.s et les protestants, que le premier livre des Machabées que nous lisons aujourd'hui soit un ouvrage canonique, mais que ce soit même une histoire contemporaine ; ce qui n'a jamais élé révoqué rii doute. L'auteur de ce livre fait citer la prophétie de Daniel à Malthalhias, le père des Machabées, et le généreux défenseur de la loi de Moïse contre les persécutions d'Aniiochus (5). Ananias, dit ce sainl vieillard à ses enfants, Azarias et Mimèt ont élé délivrés par leur foi de la fournaise ardente où Nabucbodoiiosiir les avait fait jeter. Daniel par son innocence a été préservé de ta gueule des lions. Ces exemples, dans le discours de Matthatliias, viennent à la suite d'autres traits de l'histoire juive, tirés de quelques livres antérieurs sans difficulté à Fépoque dont il s'agit. Le livre de Daniel était donc aussi respecté parmi les <luifs, que le Pentateuque, que le livre de Josué , que

(1) Ezoch. 28, 5.

;2) Ezecli. 11.

">' i Mftchftb. 2j S9; GL»i

LEFRAiNC DE DOMPIGNAN. ÏCO

ceux des rois, puisqu'on y choisissait également des exemples de la protection miraculeuse de Dieu sur ses serviteurs. La prophétie de Daniel est donc plus ancienne que la persécution d'Antiochus et que le temps des Machabées.

Mais d'ailleurs quelle apparence que cette prophétie ait jamais été supposée? Ne porte-t-elle pas tous les caractères d'un ouvrage fait dans le temps, où les événements qu'il raconte se sont passés.On y voit Daniel dans sa première jeunesse comblé par Nabucliodonosor de magnifiques présents, nommé gouverneur de toutes les provinces de l'empire , élevé au-dessus de tous les grands de l'état, introduit dans le palais et dans tous les conseils du roi ; ses trois compagnons aussi jeunes que lui, i)réposés, comme il l'avait demandé, à l'administration des affaires de la province de Babylone. Ces fails ont été publics dans un vaste empire. Ils n'ont pu être supposés ; et ce n'est pas sans doute ce que les incrédules contestent dans cette histoire. Mais qu'ils nous assignent une autre cause d'une élévation si extraordinaire, que celle même qui est rapportée dans Daniel. Un prince tel que Nabuchodonosor aurait-il choisi pour son premier ministre , avec une autorité si grande et des dislmciions si marquées, un homme de cet âge, d'une nation odieuse et méprisée, s'il n'avait reconnu dans ce jeune Juif une intelligence plus qu'humaine par l'interprétation qu'il lui donna de son songe? Qui put ignorer dans Babylone un songe qui avait causé au roi de si vives inquiétudes, qui l'avait engagé à convoquer auprès de lui tous les devins et les mages dont cette ville était pleine, qui les avaitmis dans un danger de mort, dont ils ne purent être garantis que par Daniel , l'unique interprète de ce songe mystérieux? L'élévation de Daniel ne fut pas plus connue dans tout l'empire chaldéen, que le principe même de cette élévation ; et suivant toutes les régies de la critiiiue, l'un de ces événeiiienls est inséparable de l'autre.

Que si l'on demande quelque chose de plus convaincant, on le trouvera dans les édits que Daniel transcrit en leur entier, et qui rendent témoignage à sa mission prophétique : édits répandus par ordre des souverains dans tous leurs états, consignés dans leurs archives, et qui par conséquent ne peuvent être l'ouvrage d'un imposteur. Nabuchodonosor, témoin du prodige opéré en faveur des trois jeunes compagnons de Daniel (1), prononce la peine de mort et la confiscation des biens contre quiconque de ses sujets blasphémera le Dieu qu'ils adorent : et celte ordonnance n'est pas moins publique que celle qui avait enjoint l'adoration de la statue d'or. Le même prince, banni d'abord de la société des hommes et réduit à a condition des bêles, rétabli ensuite sur le trône, annonce (2) à tous ses sujets, non-seulement cette révolution qu'ils n'ignoraient pas ; mais le signe ef» trayant dont Dieu s'était servi pour l'en avertir, et l'explication que Daniel en avait donnée, en lui pré-

iU Dan. 5, 96.

(2) Ihid. cap. 4.

îlil l'AKl. I\. l'Ill.OI.. KXKf.Ki. L'IiM'.UKIU (li<uiil Itti l'ii't'oiislaïK'fS biii^ulièicj Je lia di-^railation et de son rctablis-sfincnt. (Iroil-un <|ue NabuelioJullu8or, re priiii-t- allit-r el supi-rbe, ail voulu fairi! Iiuiiiifur à D.inifl d'une aveiKure si Imiiilliante |M>ur luiiiii'iiie , i|ue dans la vue de |>ei-su:idi'r i ses |>eu(iles qu'd avait un pruptiùte pour iiiinislre et pour favori , il se soit ravalé it leurs yeux jusqu'à leur déclarer dans un edil public, (|ue le l>ieu de Daniel l'avait puni p;ir un abi ulissenieni de sept années, dont il n'y a jamais eu d'exemple parmi les hommes? Ce l'ait était d'ailleurs d'une nature i» ne pouvoir être supposé, s'il n'eût pas élé véritable. Tout le inonde savait dans l'emiiire Clialdéen, ce qu'était devenu le roi pendant 8(.pt ans, la vacance de son irone ei la facilité avec laquelle il y était remonte. Quand Dieu exerce de p.ireils jugements sur un souveraiu, on ne doit pas être étunné iiu'il les ait révélés anparax'ant à un de ses prophètes : et la préilidion de Daniel est moins incroyable que l'avenlure de Nabucbodonosor, dont il n'est pas possible de douter.

Darius le Mède, ou Cyaxarc, oncle et prédécesfcur de Cyrus, n'eut pas moins de confiance en Daniel que les rois do Babylone, dont il avait renversé l'empire. Forcé par la jalousie de ses principaux olliciers, de l'exposer aux lioas (1), il vit avec autant de surprise que de joie, que ces cruels animaux avaient respecte son innocence. Il voulut lui-même en instruire tous ses sujets; et pour reparer l'impiété de son prcmic édîl, qui défendait d'adresser des prières durant trente jours i aucune divinité, il ordonna par un second, que le Dieu de Daniel , seul éternel et tout-puissant, lût craint et révéré dans tous ses états. Ces deux lois furent également publiques. L'une et l'autre attesta la sainteté d'un prophète si chéri du ciel. Après de telles époques, et celte multitude de monuments authentiques, qui osera soupçonner de supposition les prophéties de Daniel?

Je me suis étendu sur Daniel, parce qu'il est le seul des prophètes que Porphyre, ce subtil advers:iire des chrétiens, ait cru pouvoir accuser de supposition. De plus, ces prophéties sont si évidentes, que leur date une fois établie, elles suffisent pour confondre les incrédules.

Je n'ignore pas que Spinosa, dans un ouvrage écrit contre la religion judaïque, dont il était déserteur, a fait le même reprnclie aux autres prophètes. Il a prétendu que leurs ouvrages n'étaient que des compilations indigestes , publiées long-temps après les événements qu'elles annoncent. M. lluet , dans sa dfmonstration evangélique, a réfuté en détail les objections de Spinosa sur chaque prophète. Je crois pouvoir renvoyer à cet ouvrage, ceux qui voudront connaître le mérite de ces objections. Ils les trouveront si faibles, qu'ils me sauraient gré de les avoir passées sous silence. Ce n'est pas tromper mes lecteurs que de leur épargner, sous la garantie d'un auteur comme M. Huei, l'ennuyeuse discussion de

(I) Dan. rap. 6.

i.iTi; (owAi.Nci i; l'AU i.i;s mioI'Iiktiks. T.i

toutiit les inimilies de grammaire et de critique employées par Spinosa contre les prophètes. Klles toiiibeul rièine par retli; uiiiipie répniisi-, que les propliélii'S ont une date ciTtaine, soit par li- nom de leurs auteurs qu'elles disent toutes, soit par le temps que la plupart IndicpienI , soit par la tradition du peuple Juif, qui remonte jusqu'à l'âge des prophètes, soit enliii par le canon hébreu des livres saints où ellts sont toutes contenues, à l'exeeption de relie de llaruch (|iie nous ne citerons pas, el que les copistes ont sans doute omise, parce qu'elle ne faisait qu'un seul et même livre avec la prophétie de Jèrèmie qu'elle suivait iiiimédialeinent.

Nous venons de voir que Dieu avait inspiré h plusieurs de ses prophètes la pensée d'écrire leurs prédictions pour en mieux fixer l'épwiuc , et pour les conserver plus facilement à la postérité. Mais il se présentait un ohsliule à l'exécution de ce projet. Les prophètes prédisaient ordinairement à leurs concitoyens de si tristes événements, ils joignaient à leurs prophéties de si fortes invectives contre les vices dominants ; ils attaquaient avec tant de liberté les personnes les plus émiiienles, qu'il n'était pas vraisemblable que leurs écrits dussent être conserves par les Juils. Pour la silreté d'un dépôt si précieux, il fallait que ceux mêmes qui étaient intéressés à le supprimer, y aperçussent un caractère de divinité qui les forç.it a les respecter. Ce caractère lut l'aecnmplissemcnt prochain et manifeste des oracles qui cimcernaient la destinée de leur propre nation et celle des peuples voisins.

Il s'élevait dans Juda ou dans Israël un prophète qui menaçait desx'cngeanees divines les prévaricateurs de la loi. On méprisait d'abord ses menaces autant que ses leçons. Souvent même les rois, les grands et le peuple , fatigués de ses discours , indignés de son audace, l'accablaient d'outrages, le charge.nient de chaînes, le faisaient mourir dans les supplices. Les écrits d'un auteur qui avait été l'objet de la haine publique, seniJ)laient devoir périr avec lui. Mais bientôt les prédictions renfermées dans ces écrits étaient vériliécs aux yeux de ses persécuteurs. Tout ce qu'il avait prédit contre Jérusalem ou contre Samarie , contre les villesdes Philistins, contre Mnive, Damas, Tyr, Sidon, contre les Moabilcs, les Iduméens, les Ammonites, contre l'Egypte , contre Dabylone, tout cela s'accomplissait sans qu'aucune de ses paroles fiit démentie par l'événement. On ne pouvait plus alors douter de sa mission céleste ni de son inspiration prophétique. On rendait à sa mémoire les hommages qu'on avait refusés à sa personne. Ses écrits, déposés dans le temple ou insérés dans les registres publics, devenaient pour la nation des écrits sacrés qui la confirmaient dans l'attente des événements futurs , par l'accomplissement de ceux qu'elle avait vus arriver.

En clfel, les livres prophétiques sont remplis de prédictions sur des événements peu éloignés du temps cil vivaient les (irophc'.cs. M le royaume de Jérusa-

(em, ni celui de Samaric , ni tous les étais, dont la Terre-Sainie était entourée , ou dont les intérêts se trouvaient mêlés avec ceux des Juifs, n'ont échappé à /a lumière surnaturelle qui éclairait les prophètes. Ils ont annoncé le sort de toutes les nations et de toutes les villes que nous avons nommées plus haut, et ces prédictions ne tardaient pas à s'accomplir. Elles étaient nécessaires , pour assurer parmi les Juifs la durée des livres prophétiques. Elles l'étaient encore, pour concilier de l'autorité à d'autres prophéties plus importantes , l'objet principal du ministère des prophètes , mais qui , regardant le Messie et son Église , devaient s'accomplir en des temps beaucoup plus éloignés. Nous réservons l'examen de ces prophéties à la seconde partie de cet ouvrage. Mais pour nous attacher maintenant à la première raison , que les incrédules nous disent pourquoi des livres , qui , sous le nom de prophéties, ne débitaient , selon eux , que des mensonges , ont été si religieusement conservés par les Juifs.

Il n'était pas possible de leur en imposer sur l'accomplissement de ces prophéties. Il s'agissait d'abord d'eux-mêmes , et de leur propre destinée. Pouvait-on leur fau'e croire que des malheurs prédits fussent réels pour eux , tandis qu'ils ne les éprouvaient pas î Il s'agissait ensuite de leurs voisins , de leurs alliés, de leurs ennemis. Était-il facile de leur donner le change sur des choses qui excitaient de si près et si vivement leur attention ? La plupart de ces prophéties sont obscures pour nous aujourd'hui. Trop de siècles se sont succédé depuis leur accomplissement. L'histoire ne nous fournil pas des éclaircissemenLs, qui nous rapprochent en quelque sorte d'une anti(iuilc si reculée. Mais alors les Juifs savaient parfaitement ce que nous ignorons. On ne leur aurait pas persuadé, quoi qu'en eussent pu dire Isaîe, Jéréniie, Ezéchicl , que la superbe ville de T\ r avait été prise , pillée , et démolie par Nabuchodonosor , ni que l'Ég^ple avait été ravagée par ce conquérant , si les événcnie»ls n'avaient pas répondu aux prophéties. 11 en était de même de ce que Nahum avait prédit sur Ninive , Abdias sur l'idumée , Amos sur Damas , les cinq villes des Philistins , les pays d'Ammon et de Moab , et ainsi des autres. Les prédictions étaient trop récentes , les événements qu'elles annonçaient trop connus, pour qu'on ne sût pas d'abord à quoi s'en tenir sur leur confoimilé réciproque.

11 est donc évident que dans la supposition des incrédules , les Juifs ont dû être convaincus de la fausseté des prophéties. Si cela est , je demande encore une fois . comment avec un nouveau motif de mépriser les livres prophétiques , et d'en détester les auteurs , ils ont respecté les uns comme des envoyés de Dieu , et retenu les autres comme des livres inspirés. Ils ne lisaient dans ces ouvrages que les satyres les plus offensantes pour leur nation. C'en était assez, pour en effacer jusqu'aux moindres vestiges. Mais, quand ils y voyaient de plus la mauvaise foi de ces faussaires , qui s'étalent ériges en propliclcs , déinas-

LEFRAiNC DE POMPIGNAN. 7Gi

quée par des preuves aussi claires que le soleil , la Judée avait-elle assez de feux , pour réduire en cendre ce coupable recueil d'invectives et de mensonges ? Le jugement contraire que les Juifs ont porté des livres prophétiques détruit l'hypothèse des incrédules. Ceux-ci ne sont plus recevables à s'insciiro en faux contre des faits avérés par des témoignage.s contemporains. Il n'est plus permis aujourd'hui de rejeter des prophéties adoptées par un peuple entier, à qui elles devaient être suspectes , et qui a pu juger par ses propres yeux de la vérité de leur accomplissement.

Au reste , nous ne nous bornons pas à ce préjugé, qui , dans les règles de la bonne critique , forme une démonstration. Il est plusieurs de ces prophéties, dont l'accomplissement se prouve par i'histoire , et nous choisirons les plus éclatantes, pour achever de convaincre les incrédules par ce genre de prédictions.

Mais il faut auparavant répondre à une objection des incrédules contre les écrits des prophètes. Ils voudraient y trouver plus de clarté, de suite Ci. de détail. Ils ne comprennent rien à des prédictions éparses qui ne sont liées ensemble ni par l'ordre des temps , ni par celui des matières ; qui , parlant d'un prince ou d'un héros, ne développent pas l'historre entière de ses exploits ou de sa vie; qui, annonçant un événement, n'en décrivent pas toutes les circonstances. Ils seraient contents si les prophètes semblables aux historiens par l'exactitude et par la méthode , ne différaient d'eux qu'en prédisant comme futur, ce que les autres racontent comme passé.

Telle est l'obstination de l'incrédulité. Elle demande toujours de nouvelles lumières. Celles qu'on lui présente ne suffisent pas pour l'éclairer. Ses yeux malades ne peuvent en soutenir l'éclat ; et le désir chimérique d'une lumière plus vive est le prétexte spécieux de son aveuglement volontaire. A l'entendre, elle croirait la résurrection de Jésus-Christ, s'il était apparu non-seulement à ses disciples , mais à ses ennemis, mais à toute la ville de Jérusalem. Elle se rendrait de même aux prophéties, si elles étaient plus claires , plus suivies et plus circonstanciées. Mais a-t-elle droit de l'exiger î El doit-elle faire dépendre son acquiescement à des preuves concluantes d'une condition qui n'est ni nécessaire, ni convenable.

C'est d'abord ignorer la nature du style prophétique , que d'y chercher la même suite et la même liaison que dans le discours d'un historien. Celui-ci s'attache à l'ordre chronologique ; et il ne s'en écarle quelquefois , que pour ne pas dépayser trop souvent ses lecteurs , ou pour ne pas interrompre le fil d'une narration intéressante. C'est ce qui met dans son ouvrage une netteté qui soulage la mémoire et fixe l'allention. Mais autant que cette netteté plaît dans une histoire , autant serait-elle insipide el languissante dans un livre prophétique. Le prophète, transporté par l'Esprit divin qui l'anime, ne s'assujétil nia l'ordre des temps , ni à cciui des matières. I! répèie ce

7W l'Ail 1. I\ 1 111:01.. i;\K(;Kr. — Ll.NCIlKltl qu'une viia iiilc.'irur(> dlcU' : ci cuiiiiiu' tuub li-s biécltit sttiil |irii>fiiUt ik rinlclli^oiiLr su|iri^iii<- qui lui n-- Vflf l'jvi-uir , il iM&sv sans iulcrvalle d'un éM'iicnii'iil >|u'il a |iirilit à un autre i|ui ii'n a aucun ra|i|>orl. Ce u'c»( |>as i^i lui )|u'on iluit iniptilcr ra|>|iarcn(c irrù- (lularilc dv sets discuurs ; c'est à celui dont il est l'tir^antf cl l'inleriirtïte , et i|ui dispense , ctinunu il lu jii^e !t prupos , la cunnuissanco aniicipcc des cimscs liilurcs.

Ce n'est pas qu'un propliùlc suit un l'ncrguuiène , ni que l'inspiration ccleslc lui ravisse rus:ij;e de su liberté. Cette manie si parlaiteinent dépeinte par Virgile (I) est le partage des proplièles du paganifine. Il était digne du dénioii de piirter le trouble et la l'un-ur dans des àincs (|ui se liviaienl à lui. Il coiitrelaisait (»ar les violentes convulsions de ses prêtres et (!e 8i"S prêtresses rcnlliousiasnie des vrais propliètes ; et il entretenait par ce spectacle eflrayaiil la supcrstitimi de ses adorati'urs. Dieu n'agit pas ainsi sur une ànie qu'il remplit d'une lumière propbutique. Il lui laisse la raison et la liberté , dons précieux qu'elle a reçus de lui dans sa création, et les traits les plus marques de sa ressemblance avec lui. Mais si le prophète est toujours libre, en suivant l'inspiration divine , il ne dépend pas de lui de la prévenir. Il ne peut prédire que ce qui lui est révélé. Ambassadeur du premier et du plus grand de tous les êtres , il exécute ponctuellement ses ordres , en rendant aux hommes ses oracles, tels qu'il les lui a conQés ; et loin que le désordre qui règne dans ses prédictions, en rende la vérité douteuse , une précision trop étudiée serait au contraire un préjugé légitime contre une prophétie.

Indépendamment de cette opération de Dieu sur les prophètes , ne jugeons de leurs ouvrages que conmie de ceux où l'imagination et le génie ont plus de part que le raisonnement et la méditation. L'Ode, par exemple , n'est pas susceptible de cette méthode didactique qui met chaque chose dans sa place naturelle, qui enchaîne ses pensées l'une à l'autre, et n'entame un nouveau sujet qu'après avoir épuisé celui qui le précède. Son vol est trop sublime et trop liardi , pour être si régulier et si compassé. Doil-on faire un crime aux prophètes d'avoir emprunté le style lyrique ? Quel autre convenait mieux .i leur ministère"? Ils prédisaient l'avenir. Ils célébraient la majesté de Dieu. Ils reprenaient les pécheurs. Ils déploraient les calamités publiques. Tout cela demande un genre d'écrire , qui réveille les esprits les plus insensibles, qui échaufle les cœurs les plus froids, qui épouvante les plus audacieux. Rien de plus capable de produire ces grands eflets, que les fortes images et les saillies impétueuses du genre lyrique. Les prophètes l'ont reconnu , ou plutôt l'Esprit qui les animait leur a fait choisir un tour et des expressions conformes à ses vues. 11 a mis en œuvre leurs talents

(U Baccliatur vates, magnum si pectore possit lixcussisse Deum. Tantô magis ille laligat Osrabidum,leracordddomans,(ingitquepieini'ndo. Viry. .'Eiicid. 6.

i.iTh; coNv.vi.Nci i: l'.vii i,i;s i-koimikties. im

nainrtls : et ajoutant au feu de leur génie un nuuveai> degré île chaleur, il a imprimé dans leurs écrits celle inerveilleusi! énergie , (|ui se fait encore wiitir après tant de siècles , et dont 1rs poètes lyriques de l'antiquité profane n'ont jamais approche.

I.e style proplntiquc est donc incompatible JVfC 1» jtf^ti-sse el la simplicité nécessaires ilans le discours d'un historien. Mais il y a une dernière raison qui a dû rendre les propliélies plus obscures ei plus mystérieuses (|ue des narrations liist()ri(|ues. Il ne convenait pas que les premières eussent une clarté qui devint un obstacle à leur accomplissement.

Dieu n'est pas obligé de multiplier les miracles; il est même de sa grandeur et de sa sagesse de ne pas altérer sans nécessilé le cours ordinaire des choses humaines , de mettre autant de douceur que d'eflicace dans les ressorts de sa providence. Il est manifeste qu'une prédiction aussi claire et aussi détaillée (pi'nnc relation bi>toriciue , ou ne serait jamais acconqilie , ou ne pourrait l'être que par un miracle. Supposons que toutes les prophéties sur Jésus-Christ eussent été rassemblées dans un seul et même discours , et rangées selon l'ordre des temps ; qu'elles commenç.issent [«tr sa naissance dans Rethlèem avec les circonstances et les suites de cette naissance ; qu'elles continuassent par sa fuite en Egypte , son retour dans la Palestine , sa vie cachée jusqu'à l'-ige de trente ans ; qu'elles décrivissent ensuite toute sa vie publique , ses miracles , ses prédications , ses voyages dans la Judée , ses combats contre une cabale puissante et jalouse ; qu'elles finissent par la perlidie d'un de ses disciples , par la lâcheté de tous les autres , par l'iniquité de ses juges , par sa mort sur une croix , et par sa résurreciioti glorieuse : supposons , dis-je , que tout cela eût été annoncé avec cette suite et ce détail , el de plus avec une telle clarté , qu'avant chaque action de Jésus- Christ , les Juifs n'eussent qu'à consulter son histoire prédite , pour savoir ce qu'il devait faire ; dans cette supposition, de pareilles prophéties ne pouvaient plus être humainement accomplies. I^es Juifs si bien avertis ne pouvaient plus concourir par leur incrédulité à l'exécution des conseils éternels. Il fallait un de ces prodiges, qu'on ne doit attendre ni de la sainteté , ni de la bonté de Dieu , pour effacer à chaque instant , dans l'esprit des Juifs , des notions si nettes et si précises; ou, s'ils ne les perdaient pas , pour les faire agir volontairement contre les règles les plus communes de la prévoyance.

Il en est à peu près de même des autres prophéties. Leur trop grande évidence en eût rendu l'accomplissement impossible sans un miracle. Le libre arbitre , dans l'usage ordinaire que Dieu en laisse aux hommes, serait trop gêné par une connaissance si distincte de l'avenir. L'incertitude à cet égard leur est nécessaire , pour tenir dans leurs déterminations un juste milieu entre un excès de confiance et un excès de crainte et de paresse.

Il est vrai que les prophéties doivent préparer les csjirits ins(ju'à un certain point à l'aticnle de leur

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accomplissement. Il esl vrai aussi qu'elles doivent avoir une clarté suffisante , pour rendre inexcusables ceux qui méconnaissent cet accomplissement , quand il est arrivé. Ce double caractère se remarque dans les prophéties de l'ancien Testament et surtout dans celles du Messie, dont l'objection proposée nous oblige de parler ici par avance. Les Juifs , en lisant les anciens oracles , avaient conçu l'espérance d'un libérateur. Ils avaient même sur cet événement si désiré un signe que la plupart des prophéties ne donnent pas. C'était l'époque de la déciid<'.nce de leur eni[.ire , après laquelle Jacob leur avait prédit que le Messie paraîtrait , et la date des semaines de Daniel , dont la fin approchait au temps de Jésus-Christ. Aussi aitcndaient-ils alors le Messie promis , et celte atlente leur éiait commune avec les Samaritains qui n'ad- .■ueltaient d'autres livres sacrés que ceux de Moïse. Il n'a tenu qu'à eux de reconnaître dans la personne de Jésus-Christ tous les autres traits du libérateur annoncé par tant <Ie prédictions. Mais ces traits répandus en différentes prophéties, et souvent cachés sous des apparences plus conformes atw désirs de leur cœur, n'avaient pas assez attiré leur attention. Ils s'obsliiièrent à les rejeter, lorsque Jésus-Christ les leur montra ; et ils contribuèrent ainsi , sans le savoir, à vérifier les prophéties, puisque leur incrcduliié était elle-même prédite.

Une disiribi'tion si exacte de himière et d'obscurité est peut-être ce qu'il y a de plus admirable dans les prophéties. Un homme à qui Dieu aurait ouvert le livre de l'avenir, sans lui inspirer la manière dont d devrait prédire ce qu'il y aurait vu, parlerait trop ou trop peu. Il n'appartient qu'à ce même Esprit qui a éclairé les prophètes de dicter des oracles assez enveloppés , pour que leur exécution n'ait pas besoin d'un nouveau prodige ; assez clairs néanmoins , pour que la vérité puisse en être aperçue , après l'événenienl, par tous les esprits attentifs.

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