CHAPITRE IV
Prédictions des coiiquéles de Cijrus et de la prise de Babylone.
Il est peu de héros dans l'histoire aussi célèbres que Cyrus. Il est peu de villes , ou peut-être n'en estil point, qui aient égalé les merveilles de Babylone. Deux illustres écrivains de la Grèce , sans parler des autres plus récents ou moins estimés, ont parlé de ce héros etde cette ville : Hérodote etXcnophon. Tous les bons critiques conviennent que la narration de Xénophon est préférable à celle d'Hérodote ; soit parce qu'elle esten elle-même plus vraisemblable et plus judicieuse ; soit parce que l'auleur, homme de guerre et d'état, ayant vécu long-temps dans la Perse, où il prit part aux affaires les plus importantes, où il conr>ul parfaitement un prince du sang et du nom de Cyrus , a du être mieux instruit de l'histoire de ce conquérant, qu'Hérodote, justement soupçonné d'avoir choisi, parmil es différentes manières dont on raeon-
tait de son propre aveu les exploiis et la mon de Cyrus , celle qui était plus conforme à son goût pour le merveilleux, etau ressentiment des Grecs de l'Asie- Mineure contre la mémoire d'un roi qui les avait subjugués.
L'avantage qu'a la narration de Xénophon sur celle d'Hérodote , est un préjugé favorable pour les livres saints , qui se rapportent parfaitement., soit dans ca qu'ils prédisent , soit dans ce qu'ils racontent , à ce qu'écrit le premier de ces historiens. Que les incrédules réforment par cet exemple leurs idées sur l'Ecriture. Qu'ils apprennent que plus on l'étudié avec le secours des bonnes lettres (on pourrait dire de même avec celui des sciences), plus on l'admire et on la révère. Les auteurs profanes qui ont parlé de Cyrus , n'ont cherché le principe de ses conquêtes que dans une ambition et une ardeur pour la gloire secondées des plus heureux talents. Mais le prophète Isaïe porte ses vues plus loin. Instruit deux siècles avant la naissance de ce prince, et du nom qu'il devait porter, et du personnage éclatant qu'il serait dans le monde , il ne voit d'autre cause de ses victoires, que la protection toute-puissante de Dieu , d'autre motif de cette protection , que le dessein de le rendre le libérateur du peuple juil, et le restaurateur du temple de Jérusalem. Je dis à Cyrus (1) : Vmis êtes le pasteur de mon troupeau, vous accomplirez toutes mes volontés. Je dis à Jérusalem : Vous sera rebâtie ; et au temple , vous serez rétabli. Tel est le langage que Dieu tient dans Isaie. I.* ville et le temple existaient alors , non pas à lî vérité dans la même splendeur que sous le règne de Salonion , mais pourtant dans un état qui ne laissait pas lieu d'appréhender leur ruine , ni d'annoncer leur rétablissement. Isaïe avait déjà prédit plusieurs fois les malheurs destinés à Jérusalem ; et sa prophétie était surtout admirable en ce qu'elle prédisait ces malheurs , comme devant venir, non des AssjTÏens et des rois de Ninive , puissance la plus formidable alors pour les Israélites , mais de Babylone (2), dont l'empire était encore faible auprès de celui de Ninive , alliée même des rois de Juda , à qui elle avait envoyé des ambassadeurs et des présents , et qui ne paraissait pas devoir être jamais en guerre avec les Juifs. Isaïe ne se contente pas de prédire la destruction de Jérusalem : il mêle les consolations aux menaces , les prospérités aux malheurs ; et dans le temps qu'il introduit Dieu appelant Cyrus par son nom , et lui confiant de si loin la conduite de son troupeau, et l'exécution de ses volontés, il lui l'ail dire à Jérusalem : Vous serez rebâtie, et au temple, vous serez rétabli.
N'est-il pas visible par l'union de ces deux prophéties , que Dieu n'appelle Cyrus , que pour êlre le pasteur de son troupeau, c'est-à-dire, le défenseur et le conducteur de son peuple , et que les volontés , diint il doit le rendre l'exécuteur, sont la réédificalion de Jérusalem sa ville chérie, cl la reconstruction
(l)Isai. .44.28.
^ii îsai 59 . (; , 7.
T.;;i IVVUi. I\ IIIIOI.. F.MT.KT.- I.INCIUIH I ilri «<iii I(<ni|i1i< ? Ma» aliii qu'on iii> iluute pa» (|ui- l.-s qualili-» liciiMiiut-s i|iil uni lirillr il.in» Cyrus , ri les nploiis i|ni uni iiMiiiorUliM' la nloiie ili' ses arniis , n'uni ro J'aulro objel que l'accuiniilissenienl de ces ili-ssein* de Hieu , le proplièle lunliiiue ainsi (1): \ oiii fi" q'ie je ilii , moi qui suis /f Seigneur, à (.'j/rui iimii i.liriii que j'ai pria par .'u viiiiii , pour lui asmjellir le.\ iiu/iun. , puur mettre les rois en fuite devant lui, pour lui ouvrir les portes des villes, ian$ qu'aucune lui toit feni.ée. Je marcherai devant vous. J'abaisserai tes grands de la terre. Je romprai les portes d'airain , et je briserai les ijonds de fer. Je vous donnerai les trésors cachés et les richesses enfouies , afin que tous sachiez que je suis le- Seigneur Dieu d'israêt, qui appelle votre nom. C'est pour Jacob mon serviteur et pour Israël mon peuple élu que je vous ai nor.imé si luii);-lenii>s avanl voire naissance. Vous me devez, votre gloire, et vous ne m'avei pas connu. Je suis le Seigneur, et hors de moi il n'est point d'autre Dieu. Vous me derei votre force , et vous ne m'avez pas connu.
C'est donc le Seigneur qui a voulu se servir de Cyrus pour l'aUVancliissenient des Juifs , et pour le rétablissement de Jérusalem et de son temple. C'est lui qui , pour le rendre l'instrument d'une si noble entreprise, l'a conduit comme par" la main sur le trône d'Orient. C'est lui qui a mis en fuite devant lui les rois de Babylone ei de Lydie , cl lous les princes ligués avec eux ; qui lui a livré les richesses immenses de Crésus et de Italtliazar; qui lui a ouvert les portes de toutes !•■« villes qu'il a assiégées, et surtout celles de Babyluno, qui paraissait imprenable. 11 lui fallait cette dernière conquête, pour être en état de décider du sort des Juii's esclaves des Chaldéens , et de leur restituer les vases sacrés que les rois de Babylone avaient enlevés.
Josèplie (2) soutient que cet oracle d'Isaïe fut connu de Cyrus , et que ce prince, frappé de se voir si clairement dépeint dans une ancienne prophétie , accorda aux Juifs tout ce qu'ils lui demandèrent. Ce récit n'a rien que de vraisemblable. On ne peut guère douter que les Juifs n'aient été très-empressés de montrer à Cyrus son nom et ses exploits annoncés dans les livres de leur religion, et que cette lecture, en remplissant ce prince d'admiration , ne l'ait rendu favorable à une nation dépositaire d'un monument si glorieux pour lui. Mais , quand il n'aurait pas connu l'oracle d'Isaie , il ne l'a pas moins accompti avec la plus grande évidence , soit par le nom (|u'il a porté , et par ses prodigieuses conquêtes que l'histoire a tant Célébrées, soit par la liberté qu'il rendit aux Juifs, et par la permission qu'il leur accorda de rebâtir le temple de Jérusalem.
Personne ne doute que la captivité des Juifs n'ait pris fin sous son règne et par ses ordres ; et que les premiers d'entre eux , qui retournèrent alors dans la Judée, n'aient commencé, en se bâtissant des
(I) Isai. 45, 1 et seq.
(i) Joseph. Antiauit. Judaic. lib. 11, chap. 1.
II! I (i\\ \iN( 1 1 i>\ii i.i:s l'noi'UKTrF.s. 77(i
niuiwuis |>our cux-niâiiics , pur iravailliT à construire un nouveau leniple. On trouve h la lin (l) dirs l'ara- Uponiènes et au {i} eonHiieiu'eini'nt du premier livre d'Ksdras , l'édit de (^yrus portant permission de ro- Ultir le tenq)le de Jerusah-m , avec invitation aui Juifs de se rendre dans leur patrie, |Hiur entreprendre ce grand ouvrage. Il déclare dans cet Kdit adressé à tousses sujets, que c'est le Dieu du ciel qui lui a donné lous les royaumes de la terre, et qui lui a commandé de lui bâtir une maison dans Jérusalem, capitale de la Judée : nouvelle preuve , pour le dire en passant , qu'il a été instruit de l'oracle d'ls.iie. Cyrus no se borna pas à celte permission ; il y ajouta la restitution des vases de l'ancien temple conservés encore à Babylone , qu'il fit remetire .'i Zorobabel , prince de Juda , nommé Sassabasar par les Chaldéens.
Cet édit est une pièce trop importante i>our avoir été supposée par Esdras. Il écrivait dans un temps où il eut été convaincu de faux par les Samaritains ennemis irréconciliables de sa nation , et par les Perses eux-mêmes, à qui elle demeura soumise jusqu'au temps d'Alexandre. Outre celte preuve démonstrative , n(n:s voyons dans la même histoire qu'on s'assura par des recherches exactes de la réalité de cet éait de Cyrus. Les Samaritains (3) avaient surpris à la cour de Perse une défense de continuer l'ouvrage commencé à Jérusalem. Mais les Juifs l'ayant repris , sur les instances des prophètes Aggée et Zacharie , les commandants pour les rois de Perse dans les provinces au-delà de l'Euphrate écrivirent à Darius, fils d'Hystaspe, que ce peuple s'autorisait d'un rescrit publie la première année du règne de Cyrus à Babylone. Darius fit fouiller dans toutes les archives royales ; et l'on trouva enfin cet •Mit de Cyrus dans la bibliothèque d'Ecbatane (4). U était donc réel ; et à moins qu'on ne veuille s'inscrire en faux contre les plus respectables de tous les titres, qui sont des archives royales , on doit convenir que Cyrus , en rendant hommage à la toute-puissance du Dieu des Juifs, délivra son peuple et ordonna que son temple fût rebâti: exemple imité et même surpassé par deux de ses successeurs, dont l'un, Darius, fils d'Hystaspe (5), voulut contribuer d'une partie de ses trésors aux frais de la construction du lempleet à ceux des sacrifices qui s'y offriraient ; l'autre , Artaxerxès Longuemain, permit que (6) la ville de Jérusalem, qui n'était encore qu'un assemblage de maisons sans aucune défense, fût enceinte de murs et fermée par des portes.
Cyrus n'est prédit au moins avec celle clarté que dans ce seul endroit d'Isaïe. Il n'en est pas ainsi de kl prise de Babylone , le plus illustre de ses exidoits, et celui qui a préparé les voies .'i la délivrance du peuple Juif. Ce peuple avait clé souvent menacé des maux que Babylone lui causerai'.. Mais
(D 2ParaIip. 36, 22 23.
(2) 1 Esdr. 1 , 1 «t se(i.
(.")! 1 Lsilr. -i.
(4) 1 Fsdr. tj, t , 2.
(5) lEsdr. 6,8, 0.
(C) 2 Esdr. 2 , 8.
les mêmes prophètes qui avaient déifoncé aux Juifs leur captivité dans celle ville , avaient prédit sa ruine et en avaient marqué toutes les circonstances. Babylone leur est si odieuse, qu'ils ne se lassent point de la charger d'anaihèmes et de malédictions. Mais surtout Isaîe et Jérémie ont vu dans un plus grand détail l.i manière dont elle serait subjuguée, et le profond abaissement où elle tomberait.
1" Ils ont connu ses vainqueurs. Jérémie ne les dépigne d'abord que par leur situation septentrionale (1); bientôt après il les nomme (2) , et dit nettement , comme Isaïe (3) , que les rois Mèdes armeront contre Babylone leurs sujets et leurs alliés. Celte prédiction est exacte. Quoique Cyrus ait mené le* Perses devant celle ville , quoiqu'il ait eu même le commandement général de l'armée qui l'assiégeait, la guerre se faisait au nom du roi de Médie. Les Perses, inférieurs en nombre aux Mèdes , quoique plus braves et mieux disciplinés , n'étaient qu'auxiliaires dans l'armée ; et Cyrus , à qui Cyaxare , son oncle , en avait déféré le commandement , paraissait n'agir que sous son autorité. Cependant celle circonstance de la jonction des Perses avec les Mèdes n'a pas été ignorée d'isaîe ; et Cyrus a eu trop de part à la prise de Bubylone , pour être oublié dans la description prophétique de cet événement. Isaïe n'a pas plutôt annoncé au chapitre 21 ta trhle nouvelle dont il est porteur contre Babylone, qu'il s'écrie (4) : Marche, prince des Elaiiiiies (c'est le nom des Perses) ; et toi, Mède, forme le niége. La sentinelle, qui doit tout observer dans le moment que Babylone est prise , découvre deux cavaliers nioiUés, l'un sur un chameau, l'autre sur un àne. Après ce que l'on vient d'entendre , il est facile de reconnaître dans ces deux cavaliers , dont les montures sont si différentes , les Mèdes , nation puissante eimagnilique, elles Perses, peuple obscur jusqu'alors, accoutumé à une vie laborieuse et frugale.
2° Les prophètes semblent avoir assisté en esprit à ce superbe repas que Balthazar donna dans son palais la nuit môme que Babylone fut prise. Jérémie (5) voit tous les grands de la Chai Jée plongés dans l'ivresse, et ne se réveillant de cet assoupissement que pour s'endormir du sommeil éternel de la mort. El afin qu'on ne prenne pas ces expressions dans le sens métaphorique de la surprise et de l'élourdissenient, Isaîe fait entendre les mêmes pa; oies qui furent dites à Balthazar, pour le rassurer au mil'.eu de ce repas. La joie en avait été troublée par le terrible (6) phénomène d'une main écrivant sur le nmr de la salle du fesiin des paroles que les plus savants mages n'avaient pu ni lire ni expliquer. L'interprétation de
yl) Ascendii contra eam gensab Aquilone, qu» po-
1,1'i terra»' ejus in solitudinem Ecce ego suscila-
bo et adducam in Babylonem congregationem geniium niagiiaru:n di' terra Aquilonis.Jerem. 50, 5, 9.
(i) Ibid. 51, 11,27,28.
(5) Isai. 15, 17.
(4) Ascende, yElam ; obside. Mode. Isai. 21, 2.
(5) Jerem. 51, 59, 57.
lOJ Dan. 5, 5.
Daniel avait redoublé l'épouvanle. Mais on ne tarda pas à bannir ces lugubres idées. Le roi et ses courtisans se flattèrent, ou que la prophétie n'était qu'une menace susceptible d'adoucissement, ou que son exécution était éloignée. Ordonnez, dit-on à Balthazar, que la table soit servie de nouveau, qu'on considère du, haut d'une guérite tout ce qui se passe. Mangeons et buvons (1) comme auparavant. On cherchait à lui plaire, en le dissipant ; et l'on croyait mettre sa couronne et sa vie en sûreté par les précautions qu'on lui suggérait. Ainsi ce roi impie (2), comme l'appelle Xénnphon se précipita lui-même dans le piège dont on l'avait averti. Mais sa perle était résolue ; et l'aveuglement qui devait la précéder av.iit été prédit. 5° Les prophètes ont su que Babylone ne serait pas emportée d'assaut ou rendue par capitulation, mais qu'elle serait surprise (3). En effet, la force ouverte eût été inutilement employée contre une villo d'une étendue immense, dont les murailles étaient d'une hauteur et d'une solidité à peine croyables, défendue par des armées entières. En vain aurait-on entrepris de l'affamer. Elle était pourvue de toutes sortes de munitions pour vingt ans. La disette se serait plutôt fait sentir dans le camp des assiégeants que dans la ville. C'est ce qui lui inspirait cette fierté dont parlent les prophètes (4) ; et les historiens nous marquent que les assiégés du haut de leurs murailles insultaient l'armée de Cyrus. Cet habile conquérant recourut à la seule voie qui pût le rendre maître d'une place si forte; et, ce qu'il y a de plus admirable, le stratagème singulier dont il se servit a été distinctement prédit par les prophètes.
i" Ils ont assuré que le lit du fleuve qui traversait Babylone (c'était l'Euphrate) serait mis à sec ; qu'à la faveur de ce dessèchement les ennemis pénétreraient dans la ville par les deux extrémités ; que le roi enfermé dans son palais recevrait courriers sur courriers, qui viendraient lui apprendre que tout est perdu. Isaïe (5) et Jérémie (0) parlent l'un et l'autre de ce dessèchement de l'Euphrate. Mais le second est le plus exprès et le plus circonstancié dans la prophétie que je cite (7). C'est mot à mol ce que l'histoire nous apprend de la manière dont Babylone lu: prise. Cyrus, dans le dessein de détourner le cours de l'Euphrate, avait fait creuser des canaux au-dessus et au-dessous de la ville. Quand le moment d'exécuter
(1) Pone mensam. Contemplare in spécula corne dentés et bibentes. Is. 21, 5.
(2) Cyrop. lib. 7.
(3; Véniel super te malum, et nesciesorlum ejus... véniel super te repente niiseria, quam nescies. Itai. 47, H.
lllaqueavi te, et capta es, Babylon, et aescicbas. Inventa es et apprehensa. Jerem. 50, 24.
(4) Isai. Jerem. ibid.
(5) Isai. 44, 27.
(6) Jerem. 50, 38, 51, 36. ;
(7) Currens obviàm currenti véniel, et nuiilius ob- ; vius nunlianti, ut annunliet régi Babylonis quia capta est civitas ejus à summo usque ad summum, et vada |>j'a;occupata sunl, et paludcs incens* siinl'igiii, et viri bellatores conturhali sunl. Jtrem. 51,31, 32.
^:^ i-viu i\ iiiko K\r.t;KT.-i.'iM:iii:m i
Koii prtijri l'ut univi-, iiisiruit qui- li-s Bab)loiiii'iis coli'lirjitMil uiu> fiHi' , où iU f.: Iivruii-iil à tous les (•\iùs lie riiitoiii|>('r.iiu'e vl do la ilfbauclio, il l'ail oii- (ror U-A eaux de l'Kupliratu dans lc!> canaux qu'il leur ,>ïuil pri'paris. le lil ili-sséclié du lli'iivo oll'iv à ses lrou|H-s uiu! rouli- sûre el laoili». Llli's brùli'iil les joncs qui enilurrassaiiMit leur passage, et eiilrent s-iiis Cire apervues dans une ville où elles ne Irouvenl aucune résislance. Les inènips proplièleb onl encore preilil (l) , cmiCorinénienl au l(''nioi(;nage des liisloriens, l'Iiorrilile carnage (|ue les Mèdes el les l'rrses llrenl dans Italiylone. Le roi lui-même fui massacré au niilieij de ses olliciers cl de ses gardes, et SOI) cadavre demeura coul'ondu dans la foule des Miorls (i).
;>" Kniin les prophètes onl prédit l'état d'huniilialiiui, ou pour mieux dire d'anéanlissenient où Babyloue sérail rcduile, après que l'empire lui aurait été arraché. Ils onl annoncé (3) qu'elle subirait le mèiiie sort que Sodonie el (Jumorrhe, qu'elle serait détruite jusqu'aux l'ondemenis, qu'elle ne serait plus rebâiie, qu'ayant cessé d'être habitée par des hommes, elle ne serait plus l'asile que des oiseaux nocturnes et dos hèles sauvages et venimeuses. Tout cela s'est vérilié de point en point. On peut voir dans le commentaire(l sur ls;ueatlribui' à M. Duguct, et dont M. l\(>\lin a donné un extrait dans son Histoire (;>) ancienne, lorsqu'U n'était encore que nuinuscrii, on peut voir, dis-je, daus cet ouvrage par quels degrés celle prophétie est parvenue à son dernier accomplissement; comment Babylone a d'abord perdu la qualité de ville royale, conmient elle fut ensuite dépeuplée; comment, après avoir été un parc pour la chasse, tandis que l'enceinte de ses murs subsistait encore, elle devint, par la ruine de celte enceinte et le changement du cours derEuphrate, un affreux marais dont les serpents et les scorpions défendaient les approches aux voyageurs ; comment enfin toutes les tr.ices de cette ville infortunée furent si parfaitement eflacées, que les plus habiles géographes ignorent aujourd'hui son ancienne situation.
; Ce serait peu d'admirer dans celle multitude d'oracles si précis et si détaillés l'infaillible vérité de la prescience divine. Les incrédules, qui ne peuvent l'y méconnaitre, s'il leur reste de la raison et de la bonne foi, doivent s'élever plus haut. On les invite à lire eux-mêmes ces prophéties, donton ne leur a préseulé que les principaux traits. Us trouveront dans les arrêts que Dieu prononce contre Babylone par la bouche de ses prophètes, mie force, une élévation, une majesté, qui décèlent le Juge suprême des hommes et le maître absolu de la nature. Dieu seul a pu inspirer un langage si digne de lui. Mais il agit avec plus
(1) h:n. 13. Jcrcm. 50, 51.
f2| Jereni. 50, 7,-2. Is;ii. 14, 19.
(3) Isai. 13, VJ, 20, 21; id. U, 23. Jerem. 50, 13, 59, 10; id. 51, 25, 2»), 57, «, 58.
(4) Tom. 2, pages ,100-310.
(5) Tom. 2, pages 25i-2G2.
ITL l.ONS M.M.l K l'Ml ILS PIUM'IILMES. 774 lie grandeur encore qu'il ne parle ; el (i h manière dont il evpriiiie ses arièls force lo* incrédules à la respecter, combien doiveiit-iU craindre et adorer lia justice qui le» furiiic, et sa Uiutc-piiissance qui les exécute 'I
CIIAPITIIE V.
Prédicliont de Daniel tur le$ rois lic Ptne cl tur Alexandre.
Plus les événemenis prédits se rapprochent cics temps connus par riiisloiiepiorane, plus les pi(i|)liéiics deviennent claires. Nous n'avons plus besoin de chercher des preuves à la vérité de leur accomplissement. Queli|ue fortes que soient ces preuves, il esl encore plus simple et plus lumineux de montrer des événements que personne ne contt'sie, annoncés <lans des pr(qthéiies qui leur sont manifestement antérieures.
C'est ce qu'on va voir dans celles de Daniel. Nous avons déjà juslilié leur date contre les calomnies de Poridiyre. Le relranchcmciit où il a cru se mettre en sûreté esl enlevé aux incrédules qui auraient voulu s'y réfugier après lui. Il leur deviendrait d'ailleurs inutile, puisque les prédictions de Daniel descendent leaucoup au dessous de l'ipoqiie marquée par l'or- |iliyre, pour la prétendue supposition de ce livre. Ils sont donc vaincus par ces préilictions ; el l'aveu de leur défaite sérail plus salutaire et plus honorable pour eux, qu'une vaine el criminelle résistance.
Les prophéties de Daniel ont un degré d'évidence qui n'est pas dans les oracles des autres prophètes. Son style n'est ni senienticux, ni coupé, ni véhément comme le leur. On n'y voit pas de ces ligures hardies qui interrompent le fd du discours, et , en y mettant plus d'âme et d'intérêt, y jettent une espèce d'obscurité. Dieu n'y prend pas la parole. Si des interlocuteurs dillïrcnls paraissent quelquefois sur la scène, ils sont nommés : el l'on est averti, quand chacun d'eux conmience, et quand il achève son discours. Des événements futurs n'y sont pas exposés comme s'ils étaient ou présents ou passés. Ce sont des songes que le prophète devine, et qu'il interprète. Ce sont des lettres inconnues qu'il déchiffre. Ce sont des visions qu'il a, dont un ange lui dévoile tout le mystère. Il ne débute point par un événement ou par un personnage figuratif, pour finir par la vérité figurée. Chacune de ces prédictions a son objet distinct et séparé. La plupart ne marquent , dans les tableaux qu'elles présentent, que les grands traits qui se font d'abord connaître aux yeux les moins attentifs. Mais il y en a une sur les rois d'Egypte et de Syxie, qui entre dans une suite de détails qu'on ne trouve dans aucun prophète ; et si elle est alors plus énigmatique, c'est qu'il fallait bien qu'elle conservât le caraclôi e qui distingue essentiellement une prophétie d'une narration historique.
Ainsi Dieu, qui, en destinant Daniel à occuper dans la cour et dans l'empire des princes les emplois les plus distingués, a vcvilu mettre celte différence entre sa manière de vivre ut celle des autres urophéies. lui
775 œUYRES COMPLETES DE
a également inspiré un genre d'écrire différent du leur. Il lui avait donné la plus liaute considération parmi les idolâtres par l'interprétation des deux songes de Nabucliodonosor, par le miracle opéré en faveur de ses trois compagnons, par l'explication des paroles écrites durant le fesrin de Balthazar, par sa délivrance miraculeuse de la fosse aux lions. Il communiqua encore à cet homme si accrédité dans le monde une connaissance plus nette et plus circonstanciée des événements qui doivent changer la face de l'univers, afin que la réputation et la dignité de l'auteur rendant son ouvrage plus célèbre dès sa naissance, on pilt moins douter de la puissance souveraine du Dieu qui gouverne tout, et de sa science infinie qui embrasse tous les siècles.
Nous n'observerons pas à l'égard des prophéties de Daniel le rang qu'elles tiennent dans son livre. Il n'est conforme ni à l'ordre des temps, ni à celui des matières. Nous ne travaillerons pas non plus à rendre à chacune d'elles sa véritable place, suivant la chronologie. Ce travail serait facile. Daniel nous avertit lui-môme du temps où il a eu ses différentes révélations. Mais il ne s'agit plus d'en fixer la date constatée par cette exactitude. Il nous suffit que Daniel soit indubitablement l'auteur des prophéties, qui portent son nom. Nous commencerons par celles qui ont été le plusiôt accomplies après la mort du prophète ; et nous continuerons, en suivant toujours l'ordre de leur accomplissement.
La première (jui s'offre à nous selon cet arrangement est celle qui regarde Xerxès et la guerre qu'il fit aux Grecs. Je vous annoncerai la vérité (1), dit l'ange à Daniel : Trois rois régneront encore dans la l'erse, et te quatrième aura des trésors immenses et aes troupes innombrables. Fier de ses richesses et de sa pttissance, il animera tous les peuples contre la Grèce. Xerxès ne pouvait être plus clairement désigné. Cyrus, qui régnait (2) dans le temps de cette propliélie, parait ne devoir pas être compté dans le nombre dont elle parle (3). Il y aura encore, dit-elle, trois rois dans la Perse, et le quatrième, etc. Ces trois rois sont Cambyse, fils do Cyrus ; le mage Oropaste, qui prit le nom de Smerdis ; Darius fils d'Hystaspe. Xerxès, son (ils, est le quatrième. Que si l'on veut compter Cyrus, il faudra dire que le prophète a négligé le faux Smerdis, usurpateur et traité comme tel par les Perses; et Xerxès sera toujours le quatrième.
A ce t;reniier trait qui caractérise si bien ce prince, le proplièie joint ses immenses ricliesses. On sait que sous son règne le luxe et le faste asiatique furent portés à leur comble, et que les derniers restes de l'ancienne simplicité des Perses furent abolis. Ces ricliesses le mirent en état d'équiper ce nombre infini de vaisseaux qui couvraient la surface des mers, et
(1) Dan. 11, 2.
(2) Anno tertio Cyri régis Persartim verbum revelatum est Danieli. Ibid. 10, 1.
(5) Ecce adimc très reges sliibuni in Perside, et quartus. Dan. 11,2.
LEFUANC DE POMPIGNAN 776
de lever celte multitude pi-odigieusc de soldais, à qui les (louves entiers fournissaient à peine assez d'eau pour leurs besoins. C'est contre la Grèce qu'il réunit toutes ces forces ; et pour mieux accomplir cette prophétie de Daniel, pendant qu'il marchait lui-même à la tête des peuples orientaux ses sujets, il fit attaquer par les Carthaginois ses alliés, maîtres d'une partie de l'Afrique et de l'Occident, les nations grecques qui étaient dans la Sicile et dans l'Italie.
Il n'est pas nécessaire de demander ici pourquoi, de tous les rois de Perse, Xerxès est le seul compris dans cette prédiction. Saint Jérôme remarque avec raison que le dessein du Saint-Esprit n'a pas été de nous tracer par anticipation l'histoire de l'empire des Perses. Ce qu'il lui a plù d'en révéler à Daniel doit nous convaincre qu'elle lui était dès lors présente dans toute son étendue. Si cependant les conjectures nous sont permises dans une matière où nous devons mettre des bornes étroites à notre curiosité, on peut dire que la haine qui dura si long temps entre les Perses cl les Grecs, ayant éclaté pour la première fois sous le règne de Xerxès, il était naturel de parler de ce prince dans une prophétie qui devait annoncer la fin que les victoires d'Alexandre mirent aux guerres de ces deux nations.
On lit effectivement ces paroles après celles que nous venons de citer (1) : // s'élèvera un roi fort et vaillant qui commandera avec une grande puissance et fera ce qui lui plaira. Le courage d'Alexandre, ses conquêtes, son humeur fière et impérieuse sont marqués par ces paroles. Il est encore mieux dépeint par celles qui suivent (2) : Lorsqu'il sera le plus affermi, son empim sera brisé, et il se partagera vers les quatre vents du ciel. Il ne sera pas transmis à sa postérité, et n'égalera pas la puissance qu'il aura eue sous ce premier roi. Car son royaume sera déchiré, et passera à d'autres princes étrangers, outre ces quatre plus puissants.
Quand Daniel aurait vécu du temps d'Alexandre, et qu'il eut été témoin des événements qui suivirent sa mort, aurait-il pu s'exprimer avec plus de justesse et de vérité. Le nom d'Alexandre était devenu fornudable à toute la terre. Son empire paraissait affermi sur des fondements inébranlables. C'est alors que le prophète prédit qu'il sera brisé, mais d'une manière bien différente des empires qui l'avaient précédé. Les Perses, les Mèdes, les Assyriens, les Egyptiens, ne se relèveront pas de leurs chutes. Une nouvelle nation ne prendra pas encore la place de celle qui a subjugué toutes ceileslà. L'empire demeurera aux Grecs. Mais des débris de celui d'Alexandre, il s'en fermera quatre vers les quatre vents du ciel : savoir, celui de Thrace et de liithynie vers l'orient, celui de Macédoine vers l'octideiit, celui de Syrie vers le nord, celui d'Egypte vers le midi. Ces quatre empires seront inférieurs en puissance à celui d'Alexandre, qui les réunissait tous, et qui régnait d'ailleurs avec plus de
(I) Dan. 11, 5.
{'<) [):inicl 11. 4.
777 TAin IX. 1IIF.0L. EXECiF.T.-l.'INCUKDi: gloire et d'aulorilé, que ne Urent ajirùs lui les ruU du •a luliiin. (JueK|ue n-tpect iiiaiiiiioins (|iriiii eût pour kl uiiiiHiire, M-s enl'unls lU' lui huiivilontit pas. l'Iiilip|ie ou Aridi'f sou lière, print r uubt'cilli' i-l raiili^uio de roi, jK'ril bienlùl d'une mort violente. (Jleopilre , s.i tatar, Alexandre cl Hercule , ses deux (ils , curent le uit'uiesurl. Cassandre, roi de Macédoine; Séleueus, roi de Syru- ; l'iolmute, roi d'Ejtyple; Lysiuiaque, roi de Tliraco et de Uilliiuie, nVtaieiit que srs fa|)ilaini's. U'aulres princes également l'traiigvrs à sa famille, tels que les fondateurs des royaumes de l'ergame, de l'ont , de Cappadoce et d'Armi'nie, parlaRèrcnl ses dépouilles : et Oauiol a vu les principaux évenemenls que devait produire l'ouverlure de sa succession.
Ce n'est pus la seule prophétie qu'U ail faite sur Alexandre. Il ne parle dans celle-ci de sa valeur et de ses victoires qu'en termes généraux. Dans un autre cliapitre, il s'en explique plus en détail, et avec une telle clarté, qu'on ne doit pas être surpris, que celle prophétie ait concilié aux Juifs selon le rapport de Jo sept l'amitié et la faveur d'Alexandre.
/* levai les yeux (1), dit le prophète, et je vis un bélier qui se tenait devant le marais (2), ayant les cornes élevées. L'une l'était plus que l'autre et allait en croissant. Je vis ensuite que ce bélier donnait des coups de corne contre l'occident, contre l'aquilon et contre le midi. Et toutes les bêles ne lui pouvaient résister ni se délivrer de sa puissance. Il fit tout ce qu'il voulut, et devint fort puissant. Je considérais attentivement, et voilà qu'un bouc venait de l'occident sur la face de toute ta terre, et il ne la touchait pas. Ce bouc avait une corne fort grande entre les yeux. Il vint jusqu'au bélier, qui avait des cornes, que j'avais vu qui se tenait devant Ll porte ; et s'élançant avec impétuosité, il courut à lui de toute sa force. S'étant approché du bélier, il l'attaqua avec furie, et le perça de coups. Il lui rompit ses deux cornes, et le bélier ne pouvait lui résister. L'ayant jeté par terre, il le foula aux pieds, et personne ne pouvait délivrer le bélier de sa puissance. Le bouc devint ensuite exlraordinairement grand; et ayant crû, sa grande corne se rompit , et il se forma quatre cornes au dessous, vers les quatre vents du ciel.
Quand Daniel ne nous aurait pas donné lui-même la clé de cette prophéiio, il n'est personne qui n'en découvrît d'abord la signification et l'objet. Qui ne reconnaît sous l'image du bélier à deux cornes la mouarcbie composée des deu\ nations, les MèJes el les Perses? L'une des deux cornes est plus grande que l'autre, et va toujours er. croissant. Les Perses, moins connus d'abord et moins puissants que les .Mèdes, acquirent bientôt par leur valeur et par les qualités héroïques de CyTUS leur roi, une prééminence qui étouffa la gloire de leurs alliés, et conl'omiit les deux nations dans une seule, dont le nom demeura à la monarchie. Ce bélier donne des coups de corne contre l'occident, contre l'aquilon el contre le midi : el de tous ces c«-
(I) Dan. 8, 5 et seq.
•2) Sur le bord duquel était Daniel.
LITK CONVAINCIE PAR LES PaOI'IlETIES. 778 lé« il n'en point de bOlc dont il ne iriomphe. Qu'on examine la silualii.n des pays conquis par Cyrus el ses succcssrurs. On les lr»u\era ou à l'cici iilenl de la l'erse el de la Méilie, comme l'Asie mineure el la I.vdie, ou au nord comme la Colchide et le l'ont, ou a'i midi comme l'Egypte, la Libye, cl l'Eiliiopie.
Jus(|ue-là le bélier fait tout ce qui lui jilatt cl Sa puissance n'a point d'égale. Tout à coup vient du colii de l'occident un bouc qui parcourt la terre el ne la touche pas. Il n'a qu'une grande corne entre les yeux. Qui n'aperçoit dans cette corne unique el dans cette marche si rapide, Alexandre partant des côtés de la Grèce, dont tous les peuples le reconnaissent ou pour leur roi ou pour leur général, passant d'oci ident en orient, et employant presque aussi peu de temps ii soumettre des régions immenses qu'à les parcourir ? Le bouc s'élance avec impétuosité et court de toute sa force vers le bélier. Dès qu'il en est proche, sa fureur redouble. Il se jette sur lui, le perce de coups, brise ses deux cornes, le foule aux pieds, et ne le quitte pas, qu'il ne l'ait écrasé et mis en pièces.
Alexandre après le passage du Granique s'avance sans perdre un moment vers les défilés des montagnes p.ir où Darius pouvait lui fermer le passage de l'Asie. 11 le joint auprès d'Issus, met son armée en fuite, n'écoute aucune proposition de paix et ne veut achever la guerre que par une bataille décisive. Il la donne enfin dans les plaines d'Arbelles. Elle est suivie de la mort de Darms ; et'par cette victoire^ il renx'erse de fond en comWe l'empire des Mèdes el des Perses. Le bouc devient alors extraordinairemeiii puissant. Car Alexandre joignit à ce qu'il possédaii dans la Grèce, et à ce qu'il avait conquis sur Darius, d'autres pays qu'il subjugua ensuite, et qui n'étaient pas sous la domination des Perses.
Dans ce haut degré d'une force et d'une grandeur sans exemple, le bouc perd sa grande corne, et il s'en forme quatre autres au dessous, vers les quatre vents du ciel. Alexandre meurt au comble de la gloire et de la puissance. La monarchie des Grecs qu'il avait formée, se divise en quatre royaumes moindres que le sien, .\niipatre et Cassandre son fils régnent à l'occident dans la Macédoine: Lysimaque à l'orient dans la Thrace , la Bithynie et une partie de l'Asie mineure ; Séleucus au nord dans la Syrie ; Ptoiomée au midi dans l'Egypte et dans la Libye.
Cette explication est si naturelle, si conforme au texte et en même temps à l'histoire, que nous n'avions pas besoin que le prophète prit soin de nous développer le sens de sa vision. Cependant, pour ne laisser aucun doute dans notre esprit, il nous déclare ce qu'elle représentait. Le W//ct (I), lui dit un ange, que vous avez vu, qui avait des cornes, est le roi des Mèdes et des Perses. Le bouc est le roi des Grecs : et la grande corne qu'il avait entre les yeux est le premier de leurs rois. Les quatre cornes qui se sont éle^rées, après que la première a été rompue, sont les duatrc rois
(1) Dan. 8, 20, '21,2^.
Œuvres compl. de Lefra>c bk Pompissan. (i.
qui s'élèveront de sa nation, mais non ai'ec sa force et sa puissance. Je ne sais plus ce qu'on peut appelei (lémonslraiion, si une telle prophétie n'en est pas une :. et si les incrédules n'en sentent pas toute la Torcc ou s'ils ne l'avouent pas, il ne faut plus espérer que la raison ait quelques droits sur leur esprit, ou que h vérité trouve place dans leurs discours.
Peut-être seniLlera-t-il étrange que des empires, tels que ceux des Perses et des Grecs aient été représentés à Daniel sous d'aussi faibles ligures ; qu'Alexandre surloui, ce vainqueur de tant de peuples, et le plus intrépide des guerriers, ne soit dans le langage du prophète qu'un vil et méprisable animal. Il n'en est pas moins vrai que ce langage, qui révolte nos préjugés, est celui du Saint-Esprit. Les combats d'Alexandre conire les Perses, ses conquêtes, sa mort, la division de son empire sont prédiles en termes exprès. S'il pouvait rester quelque incertitude dans l'énigme du bélier et du bouc, le prophète l'a dissipée, en nommant les personnages que cette énigme désignait. Il est inutile après cela d'examiner, pourquoi elle a été préférée à toute autre. Dieu l'a choisie, l'a expliquée lui-même, et a donné dans cette explication la plus claire de loulcs les prophéties. Voilà où nos doutes doivent s'évanouir, et ce qu'il y a de plus intéressant pour nous dans celle vision de Danial.
Toutefois il n'est pas dillicile de pénétrer les raisons d'un langage si peu conforme aux opinions populaires. Dieu a voulu montrer par des images sensibles !a fausseté de ces opinions. Il dépouille de leur prétendue force ces conquérants si (iers et si heureux diins leurs entreprises. Les hommes admirent et redoutent en eux une puissance qui est aux yeux de Dieu une véritable faiblesse. 11 se plaît quelquefois à représenter leurs plus brillants exploits comme des coups de corne de ces anim.iux qui n'ont rien de remarquable par leur force ; d'autres fois, et nous le verrons bientôt, il les dépeint sous des formes plus terribles. 11 fait voir alors à ses prophètes, des lions, des ours, des léopards ; mais c'est plutôt pour marquer l'avidité des conquérants et leur humeur sanguinaire, que pour donner une idée de leur force. De quelque manière qu'il les figure, ils ne paraissent jamais que comme des bêtes emportées par un aveugle instinct, tantôt frappant des cornes et des pieds, uinlôt déchirant avec les griffes et les dents, toujours furieuses, toujours insatiables, toujours dignes d'horreur.